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Homélie du 1er dimanche de l’Avent Année B 2017 à l’abbaye de Tamié

3 décembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Isaïe, Chapitre 63, 16b-17 & 19b ; 64, 2b à 7
Psaume 79
Première lettre aux Corinthiens Chapitre 1, versets 3 à 9
Évangile selon saint Marc, chapitre 13, versets 33 à 37

Chaque année, en ce temps de l’Avent, nous sommes invités à la vigilance, à l’attente, et nous entendons résonner, dans la liturgie, le cri : « Viens, Seigneur Jésus, viens bientôt ! » Mais nous devrions nous poser la question : nous, les chrétiens, croyons-nous encore à la fin de l’histoire, à la venue du Seigneur Jésus, à l’inauguration d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle ? Nous, les chrétiens, sommes-nous toujours « ceux qui attendent le Christ », comme nous appelait le cardinal John-Henry Newman ? Nous, les chrétiens, chargés de garder toujours vivante la flamme brûlante du désir, qu’avons-nous fait de l’attente ? Avons-nous encore conscience de ce que nous disons lorsque, en répétant la prière que le Seigneur Jésus nous a enseignée, nous implorons : «Que ton règne vienne ? » Pourtant, le retour du Seigneur est une donnée centrale de notre foi chrétienne, une donnée qui exprime l’absolue souveraineté de Dieu sur le monde, sur l’humanité, sur l’histoire. L’humanité n’avance pas dans l’histoire par inertie, mais elle va vers une fin établie par la volonté de Dieu. Il y a donc un jour, appelé par tous les prophètes « le Jour du Seigneur », où les réalités visibles céderont la place aux invisibles, ce monde-ci cédera la place au ciel nouveau et à la terre nouvelle, au royaume de Dieu, à la vie éternelle. Si notre foi chrétienne n’était pas porteuse de cette espérance au-delà de la mort et au-delà de l’histoire, alors les chrétiens seraient les plus à plaindre de tous les hommes, dit saint Paul (1 Co 15, 19). La parabole de l’évangile que nous venons d’entendre a été dite par Jésus non pour effrayer ses disciples, mais pour les rassurer : le Seigneur est comme un homme parti en voyage, mais qui reviendra.

Entre temps, que devons-nous faire, nous, ses serviteurs ? Veiller et accomplir notre travail. Veiller en cette nuit du monde pour tous les hommes, veiller comme des sentinelles pour toute la ville. Veiller pour ne pas devenir la proie de ce sommeil qui nous fait oublier qui sommes-nous, où allons-nous et qui attendons-nous. Veiller pour garder la lucidité dans nos relations avec les choses et avec les personnes, et pour donner aux réalités d’ici-bas leur juste valeur. Veiller pour demeurer attentifs au temps qui passe, aux étapes de la vie, pour ne pas se laisser vivre. « Heureux celui qui veille », dit le livre de l’Apocalypse (16, 15). Oui, parce qu’il vit dans l’histoire avec la liberté de celui qui sait que sa cité se trouve dans les cieux (Ph 3, 20), parce qu’il vit dans l’aujourd’hui en étant tendu vers l’éternité, parce qu’il reçoit de l’attente du Seigneur qui vient la capacité d’apprécier avec justesse les autres, lui-même et les réalités qui l’entourent. Je pense que nous devrions toujours nous poser cette question, devant les événements qui nous arrivent : qu’est-ce que cela par rapport à l’éternité ? Voilà ce qui nous permettrait de relativiser bien des choses ! Oui, l’homme est désir et il tourne son regard vers l’avenir, plein d’espérance. Mais, bien souvent, c’est ici que se cachent les idoles : vaines attentes, espérances fallacieuses qui ne tardent pas à se révéler pour ce qu’elles sont, des illusions décevantes. Pour nous, chrétiens, l’attente de Jésus devrait être la chose la plus importante. Il nous faut tenir ferme dans l’histoire, au milieu des épreuves, des difficultés, des contradictions, comme celui qui ne vacille pas et n’est pas ébranlé, en homme qui voit l’Invisible (He 11, 27), c’est-à-dire le Christ son Seigneur, vainqueur de la mort et vivant, qui l’attend les bras ouverts. Car « les choses visibles n’ont qu’un temps, les invisibles sont éternelles », dit saint Paul (2 Co 4, 18). L’Avent voudrait nous remettre cette vérité sous les yeux et nous la rappeler. Le Seigneur vient bientôt et il vient en son jour : s’il tarde, c’est qu’il est patient envers les hommes, et qu’il les soutient dans le long labeur de l’histoire, long labeur qui toutefois aboutira au Royaume. Amen.
Frère Raffaele
Source : http://www.abbaye-tamie.com/communaute-tamie/homelies-annee-b/avent_1

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