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Le célibat des prêtres

16 août 2013 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Des pharisiens s’approchèrent de lui pour le mettre à l’épreuve ; ils lui demandèrent : « Est-il permis de renvoyer sa femme pour n’importe quel motif ? »
Il répondit : « N’avez-vous pas lu l’Écriture ? Au commencement, le Créateur les fit homme et femme, et il leur dit : ‘Voilà pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.’ À cause de cela, ils ne sont plus deux, mais un seul. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! »
Les pharisiens lui répliquent : « Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit la remise d’un acte de divorce avant la séparation ? »
Jésus leur répond : « C’est en raison de votre endurcissement que Moïse vous a concédé de renvoyer vos femmes. Mais au commencement, il n’en était pas ainsi. Or je vous le dis : si quelqu’un renvoie sa femme — sauf en cas d’union illégitime — pour en épouser une autre, il est adultère. »
Ses disciples lui disent : « Si telle est la situation de l’homme par rapport à sa femme, il n’y a pas intérêt à se marier. »
Il leur répondit : « Ce n’est pas tout le monde qui peut comprendre cette parole, mais ceux à qui Dieu l’a révélée. Il y a des gens qui ne se marient pas car, de naissance, ils en sont incapables ; il y en a qui ne peuvent pas se marier car ils ont été mutilés par les hommes ; il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du Royaume des cieux. Celui qui peut comprendre, qu’il comprenne!»

Mt 19, 3-12

@AELF

Sur cet évangile, je ne vais pas m’attarder comme on le fait habituellement sur la fidélité dans le mariage, mais sur ce verset : il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du Royaume des cieux.
Pendant longtemps, je me suis interrogée sur le bien-fondé du célibat des prêtres, et j’avais tendance à penser comme la majorité de nos contemporains qu’il était trop exigeant pour eux et sans réel intérêt.
Puis j’ai mûri longuement des expériences que j’avais vécues, et que je souhaite partager aujourd’hui, pour justifier ma prise de position résolue en faveur du célibat des prêtres.

En 2000, suite à des expériences douloureuses que j’avais vécues en Eglise catholique et intérieurement, j’ai fréquenté pendant six mois une paroisse évangélique. Le pasteur, qui était une personne remarquable, était marié et avait des enfants, et je trouvais cela très bien, son expérience d’époux et de père de famille équilibrait ses prédications, me semblait-il.
Puis j’ai eu un jour le grand besoin de me confier à lui sur ma vie spirituelle. J’avais de bons rapports avec sa femme, catholique d’origine, et ils m’ont reçue chez eux. Elle était à ses côtés pendant tout notre entretien.
Quand je les ai quittés, j’ai ressenti de manière intime, très forte, qu’elle avait douté de ce que j’avais confié à son mari. J’ai su dès cet instant qu’il ne continuerait pas à m’accompagner dans ma vie spirituelle. Je ne sais pas quel a été leur entretien après cette soirée, mais le fait est qu’il n’a pas su, par la suite, m’aider.
Je me suis alors interrogée sur le bien-fondé de cette présence à ses côtés pendant un entretien qui aurait dû être intime, d’âme de fidèle à âme de pasteur. Ce que j’avais à lui confier ne regardait pas sa femme. Mais en même temps, je comprenais qu’en tant qu’épouse, cela pouvait lui poser problème qu’il reçoive une jeune femme seul à seul.

Je suis extrêmement attachée au sacrement de réconciliation. Il va sans dire qu’il est tout à fait essentiel, quand je me confesse, que je sois seule à seul avec le prêtre. Et cela me rassure qu’aucune femme ne puisse en prendre ombrage.
J’ai tiré aussi un enseignement de ma vie de femme mariée. J’avais un mari médecin, et ce qu’il vivait dans la journée avec ses patients était parfois très lourd pour lui. Le soir, souvent, pour décharger son coeur, il me racontait des diagnostics qu’il avait dû poser. C’est très difficile pour un médecin d’annoncer à un patient auquel il est très lié qu’il est atteint d’un cancer, par exemple. Mon mari ne me nommait jamais ses patients, mais il me partageait ses chagrins, ses réussites aussi, ce qui est finalement normal et bon dans un couple.

Alors je m’interroge : un prêtre qui a reçu dans la journée une confession très lourde pourrait-il s’emmurer dans le silence face à son épouse qui ne comprendrait pas forcément la raison de la pesanteur de son âme ? Or une confession ne doit absolument pas se divulguer, le secret de la confession est un devoir absolu du prêtre, même si je conçois que ce soit très difficile.

Il y a aussi cet autre fait incontournable de nos jours : le prêtre est surchargé d’une multitude de tâches. Comment une épouse pourrait-elle supporter la disponibilité absolue à laquelle il se doit sans qu’elle s’aigrisse du peu de temps qu’il aurait pour elle ?

Enfin, le prêtre a vocation à se configurer au Christ, et le Christ est chaste. Et pour ma part, je trouve magnifique la chasteté des prêtres. Elle leur confère une lumière qui est la lumière même du Christ. Mon attachement à eux vient de là. Quand j’ai une profonde amitié pour un prêtre, c’est parce que je retrouve le Christ en lui, que ce n’est plus lui qui vit, mais le Christ qui vit en lui, (Galates  2,20) et qu’en lui je peux aimer le Christ.

Et pour finir, le prêtre est pauvre, c’est sans doute une croix pour lui, mais c’est sa vocation évangélique. Il n’a pas de quoi nourrir une famille.

Pour toutes ces raisons, je suis définitivement convaincue que le célibat des prêtres est souhaitable et voulu par le Christ.

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8 commentaires

  • pierre wodon says:

    psychothérapeute et sexologue je recevais mes patients soit à la maison dans mon cabinet – soit en clinique. Mariée et mères de 5 enfants le vécu des personnes est le leur et il n’appartiens pas de l’exprimer ailleurs- il en serait de même pour les prêtres mariés avec leur épouse – comme le médecin avec son épouse.

    Pour ce qui est de l’entretien avec une personne c’est a soi de mandé la confidentialité et de se taire si les conditions ne sont telles.

  • Véronique Belen says:

    Comme le sujet est assez brûlant dans l’actualité ecclésiale du moment, je fais remonter ce billet qui date d’il y a presque six ans mais que j’assume toujours.
    Personnellement, j’apprécie la prise de position du pape François, ferme, à ce sujet.

    http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/celibat-des-pretres-ce-qu-a-vraiment-dit-le-pape-francois-29-01-2019-96015_16.php

    Je ne suis pas « à la mode », et pas du tout tradi non plus, mais j’apprécie le célibat du prêtre. Pour moi, il a un sens spirituel et pastoral. Le prêtre peut se donner davantage à sa mission en étant célibataire. Et je ne fais pas là du prêchi-prêcha sans mesurer le fond du problème, étant très proche de plusieurs prêtres qui souffrent de leur solitude au moment de vieillir seuls (aussi) mais qui ne remettent pas pour autant en cause le célibat qu’ils ont accepté à leur ordination. Et j’ajoute, si en tant que femme seule par choix spirituel moi aussi, je peux avoir des relations aussi proches avec des prêtres, c’est justement parce qu’ils n’ont pas une épouse qui pourrait en prendre ombrage et s’interposer dans nos amitiés. Le célibat mûrement consenti, la chasteté profondément choisie sont une force qui permet d’avoir des liens spirituels beaucoup plus denses. Le « monde » y suspecte autre chose, parce qu’il n’est pas à même de comprendre que l’attirance non charnelle entre deux personnes consacrées au Christ soit possible. Mais si ! De même que l’on choisit ses amis par affinités de toutes sortes, de même ai-je plus d ‘affinités, comme amis hommes, avec les prêtres et les moines parce que nous avons les mêmes préoccupations ! Et je terminerai par un autre exemple encore plus facile à comprendre : notre nouveau curé a mon âge et c’est tout à fait le genre d’homme qui aurait pu me plaire physiquement. Ne parlons même pas de sa grande culture biblique qui ravit mes oreilles à chaque homélie. On aurait vite fait d’en conclure que nous étions faits pour nous rencontrer, et d ‘en glousser. Eh bien non ! Pas au sens où le monde l’entend ! Je respecte son célibat de prêtre et je suis ferme dans mes vœux personnels de consécration au Christ, et nous pourrons très bien devenir proches l’un de l’autre sans que la chair ne trahisse cette amitié née d’une proximité spirituelle, ni qu’elle ne blesse qui que ce soit (une épouse s’il en avait une, un mari si j’en avais un…)

  • Véronique says:

    Merci Debbie pour ton point de vue intéressant de protestante.
    Avec le pasteur évangélique, je n’étais pas dans une démarche de confession (je n’ai pas parlé de mes péchés), plutôt de demande d’accompagnement spirituel dans ma vie intérieure. Mais cela n’a pas été possible, peut-être en effet cela se fait-il moins couramment chez les protestants. Je découvrais.



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