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Homélie du 18 août 2013 à Tamié

18 août 2013 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Lc 12/49-53

Tout le monde sait que « évangile » veut dire « bonne nouvelle ». Ce que nous savons moins ou pas du tout c’est que cette « bonne nouvelle » n’a pas le sens habituel que nous donnons à cette expression. La « bonne nouvelle »  de l’évangile ne provoque pas forcément une joie immédiate, comme lorsqu’on nous annonce que nous avons gagné au tiercé. Quand Jésus dit qu’il faut partager avec les pauvres, cela peut faire plaisir aux pauvres mais pas aux riches ! Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus nous dit qu’il ne vient pas apporter la paix mais la division dans les familles. Pas évident que ce soit une «  bonne nouvelle » !

« Je ne suis pas venu mettre la paix dans le monde »
Nous devons d’abord reconnaître que Jésus ne pensait pas forcément selon la logique cartésienne qui est la nôtre. La mentalité sémitique ignore certaines de nos nuances et n’a pas peur de ce qui nous paraît être des contradictions. Cela nous oblige à trouver le cœur de la pensée de Jésus. De quelle paix s’agit-il ? Il y a, en effet, des fausses « paix » . Celle qui cherche une tranquillité égoïste : « Fiche-moi la paix », une paix résignation : «  Laisse tomber », une paix imposée par la force : à Chypre par exemple, les casques bleus garantissent un cessez le feu mais pas la paix entre grecs et turcs, et cela depuis une cinquantaine d’années. La paix véritable ne peut que rarement être imposée de l’extérieur, elle doit naître de l’intérieur. La paix que Jésus apporte est une sorte de synthèse de tous les biens messianiques dont parle la Bible. Elle n’est pas seulement l’absence de guerre ou de conflits mais elle nous délivre de la peur, de la tristesse, de l’inquiétude, de l’angoisse. Cette paix est liée à la venue du Messie, pour nous à Jésus, elle est l’équivalent du bonheur parfait, de la joie divine d’exister. Cette paix est liée à la foi et reçue comme un don de Dieu. Elle ne sera complète que dans le Royaume.

« Je n’apporte pas la paix mais la division dans les familles ».
Que les familles se divisent, pas besoin de Jésus pour cela. Nous connaissons peut-être l’histoire du contremaître qui passe un savon à l’un de ses ouvriers, lequel ne peut se défendre sous peine de perdre son emploi. Venu à la maison l’ouvrier s’en prend à sa femme, celle-ci à son fils qui s’en prend au chien…Souvent nous cherchons à blesser d’autres parce que nous avons été nous-mêmes blessés, nous cherchons à nous venger mais sur des plus faibles. La division qu’apporte Jésus est d’un autre ordre. Elle commence de bonne heure avec ses propres parents : Marie et Joseph. Ils étaient fiancés et envisageaient de vivre ensemble quand Jésus arrive on ne sait trop comment, de sorte que Joseph est obligé d’envisager la séparation d’avec celle qu’il aime. A la « Présentation de Jésus au temple » ( Lc 2/34-35), Syméon prophétise que ce bébé « sera un signe de contradiction, un signe contesté …ainsi seront dévoilés les débats de bien des cœurs ». Quelques chapitres plus loin, quand Jésus adulte se rend à Nazareth sa patrie ( Lc 4), où tout le monde se connaît et où les gens sont tous plus ou moins parents, il sème la division. Il enlève, sans préavis, deux de ses disciples à leur père. L’évangile ne dit pas si celui-ci était vraiment content ! La division qu’apporte Jésus n’est pas celle du diable, le diviseur. La division qu’apporte Jésus est celle des cœurs, des libertés, des choix de vie , celle de la foi en lui. Il ne nous demande pas de croire en lui en plus de croire en Dieu mais il nous demande de croire en Dieu en mettant notre confiance en ce qu’il nous dit de Dieu. Quoi de si nouveau ? Que Dieu est le Père de tous les hommes et que tous les hommes sont nos frères. Voilà une racine profonde de nos conflits : la peur de l’autre, de celui qui est différent. « N’ayez pas peur » et apprenez à pardonner les offenses. Voilà qui est divinement humain et humainement divin. Cela est exigeant, cela exige l’aide de l’Esprit de Jésus, cela divise les disciples de Jésus du « monde » (au sens de St Jean). Etre disciple de Jésus, c’est accepter de faire des choix qui ne sont pas forcément compris et qui divisent.

La « bonne nouvelle » de l’évangile, c’est de nous appeler à la liberté des enfants de Dieu et vivre dès maintenant dans la paix du Royaume. Un tortionnaire blanc, en Afrique du Sud, disait à Nelson Mandela : « Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te tuer ? » Réponse : « Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de marcher librement vers ma mort ? » Ce dialogue rappelle étrangement celui de Pilate avec Jésus.

Frère Antoine

Source : http://www.abbaye-tamie.com/la_communaute/la_liturgie/homelies_tamie/homelies-2013/homelie-to-20/vue

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1 commentaire

  • Une belle homélie qui permet de bien comprendre ce passage de l’Evangile. Je retiens plus particulièrement ceci :
    « La division qu’apporte Jésus est celle des cœurs, des libertés, des choix de vie , celle de la foi en lui. Il ne nous demande pas de croire en lui en plus de croire en Dieu mais il nous demande de croire en Dieu en mettant notre confiance en ce qu’il nous dit de Dieu. Quoi de si nouveau ? Que Dieu est le Père de tous les hommes et que tous les hommes sont nos frères. Voilà une racine profonde de nos conflits : la peur de l’autre, de celui qui est différent. « N’ayez pas peur » et apprenez à pardonner les offenses. Voilà qui est divinement humain et humainement divin. »



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