Site de Véronique Belen
Header

Poèmes

Près de lui

31 août 2020 | Publié par Véronique Belen dans Poèmes - 2 commentaires

La voix se raconte encore
Mais par moments
Les mots restent prisonniers
Au fond des souvenirs blessés

Le beau émerge aussi

Sous ses yeux, la photo de son mariage
Avec l’unique qu’il ait chérie

Je lui demande de me raconter leurs débuts
Il se souvient de la maison d’en face
Où elle visitait sa marraine
De leurs regards qui se croisaient
Leur premier face à face
Les bals intimidants
La certitude que c’était elle
Que c’était lui

C’est beau d’être née d’elle, et de lui
Comme l’évidence d’un mariage qui durerait jusqu’à la mort

D’elle, il n’a plus que des photos
La reverra-t-il ?
Son cœur ne sait plus
Sa foi ne répond plus
Alors je caresse longuement son bras chétif
Et je lui dis qu’elle l’attend à bras ouverts
Comme dans leur jeunesse
Et même la haie d’honneur pour lui, là-haut
Quand il arrivera
Bientôt

Bientôt
Il attend, il espère
Mais il est long le chapelet des jours
Sans plus d’appétit
Les comprimés, les injections, les régressions
Il se cramponne à sa dignité
Mais qu’il est long, le chapelet des jours !

Il n’a pas peur, non
S’il y a quelque chose après, c’est bien
S’il n’y a rien, c’est bien aussi
Mais quitter ceux qu’il aime
Voilà une fameuse épreuve !
Comment il s’appellera ce petit ?
Ce petit que sans doute, ses yeux ne verront plus

Ils ne pleurent pas ses yeux aujourd’hui
Je suis là
Nous sommes là tous les jours
Et des vélos lui donnent le réconfort d’un petit tour
Ça l’intéresse encore
Une dernière fois, il le sait bien
Ces hommes si courageux
Et ces paysages fabuleux

Voilà, il est là, dans ce lit, devant cette télé
Avec le beau portrait de mariage qui remplit tout l’espace du mur
Ils ne pleurent pas, mes yeux
Non, seulement ce soir
Quand il ne pourra pas le voir
Et que mon cœur saignera de tant l’aimer
Pour de vrai
Un peu de temps encore
Un peu de temps

Véronique Belen           Août 2020

La pluie d’orage

14 août 2020 | Publié par Véronique Belen dans Poèmes - Aucun commentaire

La pluie d’orage
Comme un rideau sur les espérances estivales
Comme un chagrin impossible à porter
Comme la douche froide des illusions perdues

La pluie d’orage
Comme la ténèbre d’un jour d’été
Comme le froid d’un soleil avorté
Comme l’humide des caves inhospitalières

La pluie d’orage
Comme une décision ne pouvant être reportée
Comme le deuil d’un amour étiolé
Comme la fin des villégiatures de l’insouciance

La pluie d’orage
Comme un tonnerre dans un ciel délavé
Comme l’éclair révélant l’obsolescence d’un lien
Comme une rupture des eaux de la fidélité

 

Véronique Belen             Août 2020

Dans mon jardin
A la faveur d’un beau printemps
J’ai imaginé un potager
Je l’ai conçu et installé
J’ai apporté la terre
Et je l’ai amendée
J’ai aplani et ratissé
Ensemencé et éclairci
Et passé de longs moments silencieux
A m’émerveiller du miracle de la vie
De cette croissance continue
De ces promesses de légumes partagés
Des jours chauds de l’été jusqu’aux frimas de l’hiver

Dans mon jardin
A la faveur d’un beau printemps
J’ai désiré la gratuité des fleurs
J’ai imaginé des massifs
Les ai conçus et installés
Terre apportée et amendée
Foison de graines à semer
Patience de plants à faire grandir
Et de bulbes à bien disposer
J’ai imaginé des couleurs
Des abeilles et des papillons enivrés
Des bouquets odorants au salon
Et sur les tombes de mes bien-aimés

Dans mon jardin
A la faveur d’un beau printemps
J’ai tondu et taillé
J’ai désherbé et élagué
J’ai imaginé des tartes aux cerises
Et des compotes de pêches de vigne
Je me suis émerveillée de la sûre profusion de fruits
Quand même le gel daigne épargner les bourgeons prometteurs
Et que de la splendeur des fleurs
Jaillissent déjà le sucre et les couleurs

Et dans ma prière vespérale
A la faveur d’un beau printemps
Je T’ai aimé, et je T’ai dit :
« Seigneur, sois le jardinier de mon âme
Déracines-en tout ce qui n’est pas Toi
Amende et ensemence
Apporte ta Parole comme un bon grain
Plante les jeunes pousses issues de ton Cœur
Dans une terre que Tu auras fertilisée
Arrose-la de l’eau vive de Ton puits
Et donne encore l’engrais de Ta tendresse
Pour faire croître et porter du fruit
A la pauvre terre que je suis. »

Dans ce jardin
A la faveur d’un beau printemps
Tendre et doux, Tu es descendu
Et je T’ai redonné ma vie

 

Véronique Belen     Mai 2020

« Le Maître est là, il t’appelle. »
Seigneur, me voici, je cours vers toi !
Je n’ai pas voulu t’importuner
Je n’ai pas voulu me donner en spectacle devant les foules
Je n’ai pas voulu courir spontanément vers toi avec des reproches plein la voix

« Le Maître est là, il t’appelle. »
Seigneur, me voici, je me jette à tes pieds !
J’ai cru très fort que tu allais venir
J’ai cru très fort que tu allais le guérir
J’ai cru, pourquoi as-tu déçu ma foi ?

« Le Maître est là, il t’appelle. »
Seigneur, me voici, je te dis mon amertume
Nous aurais-tu oubliées ?
Aurais-tu omis de nous exaucer ?
Aurais-tu refusé ta grâce à ton ami et tes bien-aimées ?

« Le Maître est là, il t’appelle. »
Seigneur, me voici, je plonge mes yeux dans ton regard
Je les vois, tes yeux si purs, se troubler de larmes
Je vois ton cœur meurtri par mon chagrin
Je vois affleurer ta détresse devant la pierre scellée

« Le Maître est là, il t’appelle. »
Seigneur, le voici qui quitte le linceul de la mort
Seigneur, le voici qui marche, qui vient dehors
Seigneur, le voici qui brave vivant le verdict de sa maladie !

« Le Maître est là, il t’appelle. »
Seigneur, me voici, avec ma reconnaissance infinie
Je le sais désormais, tu es fidélité et tu es vie
Tu es victoire et puissance du ciel
Appelle-moi tant que tu voudras
J’accourrai de tous horizons
Avec un seul désir : répondre à ton appel

 

Véronique Belen               Mars 2020
A la mémoire de Marie de Béthanie

Image : Evangéliaire copte-arabe de la Bibliothèque de Fels

Comme les mages à Bethléem
Après t’avoir contemplé, Seigneur
Regagner son pays intérieur par un autre chemin
A contresens de l’enfance
A rebours des déterminismes familiaux
En faisant fi des convenances
En écornant la bienséance

Résolument en marche vers soi
Perdre de vue l’enfant couvé de doux regards
Mais te retrouver, Toi
Pourchassé, banni, émigré
Accusé, trahi, crucifié

Comme des mages à Bethléem
Fuir Hérode, ses épées et sa haine
Loin des bourreaux identifiés
Laisser grandir l’enfant plein de sagesse
Consentir à sa Croix autant qu’à ses largesses
Vivre une épiphanie de Vérité
Au grand vent de la liberté

Véronique Belen         5 janvier 2020