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Poèmes

Noli me tangere

6 avril 2021 | Publié par Véronique Belen dans Poèmes - Aucun commentaire

Ne me retiens pas,
car je ne suis pas encore monté vers le Père
Ne me retiens pas, Marie de Magdala,
Car je me dois à un plus grand mystère

Il est venu le temps de la mission universelle
Le temps où mes disciples m’engendrent des amis
Le temps où du baptême
Leur jaillira l’Esprit

Ne me retiens pas, Marie de Magdala,
En ce jour où mon corps supplicié reprend vie
Ce jour où la lumière tout entier m’envahit
Ce jour où de mes plaies le salut a jailli

Ne me retiens pas, Marie de Magdala,
En ce matin de Pâques où tu fais don de ma Personne
A une multitude indénombrable
De rachetés promis à l’éternelle vie

Ne me retiens pas, Marie de Magdala,
Mon corps est désormais Jésus Eucharistie
Nourriture de la foi, manne qui fortifie
Communion fraternelle, signe et pain de vie

Ne me retiens pas, Marie de Magdala,
Car le jour du retour n’est pas encore venu
C’est le temps d’annoncer ma Parole de salut
De porter l’Evangile, de faire grandir la foi

Ne me retiens pas, Marie de Magdala,
Tu seras pour toujours témoin de ma résurrection
Espérance des pécheurs et baume sur leurs fronts
Tu seras pour toujours Apôtre des apôtres

Et s’ils veulent faire de toi une femme tout autre
Tu sauras que je veille sur ma meilleure amie
Pour réhabiliter ta foi et tes vertus
Pour leur redire encore que les démons vaincus
Ont affecté ton âme, non une chair corrompue

Ne me retiens pas, Marie de Magdala,
Je reviendrai bientôt tandis que tu resplendiras
De l’amitié donnée, chaste et en loyauté,
A l’homme que j’ai été, au Dieu qu’on peut prier

Ne me retiens pas, Marie de Magdala,
Apôtre tu resteras, pour eux intercèderas,
Dès cette vie qu’il te faut poursuivre sans me voir
Tout comme la multitude, heureuse en vérité
De croire sans avoir vu et sans pouvoir toucher

 

Véronique Belen          Avril 2021

Le blanc du linge
Que tu as soigneusement roulé sur la pierre désertée
Le blanc de l’ange
Qui interpelle Marie désorientée
Le blanc d’un silence
Quand elle témoigne face aux disciples hébétés
Le blanc de l’absence
Quand ils parviennent au tombeau inhabité
Le blanc de la lumière éblouissante
Qui se fait dans leurs cœurs encore dévastés
Le blanc de l’évidence
Quand Marie voudrait tant te toucher
Le blanc de la nuée
Qui t’emporte vers les Cieux annoncés
Le blanc des fleurs du cerisier
Quand la nature explose du renouveau de Pâques
Et que de ta présence
Je ressens la vigueur et la paix.

Christ est ressuscité !

Véronique Belen      Avril 2021

Et la neige tombait

10 décembre 2020 | Publié par Véronique Belen dans Poèmes - 2 commentaires

Il y avait la neige, dehors
Floconneuse invitée
Tombant en grand silence
Dans le cœur de la nuit

Il y avait, dedans
Dans un âpre combat
L’attente et la souffrance
L’accalmie bienfaisante
La douleur qui élance
Le soupir et le cri

Il y avait l’amour
Fort, présent, consolant
La main qui serre et encourage
Qui reste et compatit

Il y avait aussi
La présence rassurante
Le sourire généreux
De femmes avenantes
Discrètes, expertes et dévouées

Et dehors, la neige tombait
Tombait longtemps, dans cette nuit si longue
A l’issue espérée

Puis il y eut ton cri

Débordement d’amour
De bonheur
Inouï

Il y eut ton cri
Et la joie inondant notre vie
Pour un commencement et même un infini
Trésor inestimable
Que ce petit corps
Animé, chaud, vagissant à peine
Cherchant déjà tendresse et réconfort
Auprès de nous deux éblouis
Reconnaissants
Conquis

Et dehors la neige tombait
Tombait longtemps
Dans cette inoubliable nuit

 

Véronique Belen

10 décembre 1990 / 10 décembre 2020

Près de lui

31 août 2020 | Publié par Véronique Belen dans Poèmes - 2 commentaires

La voix se raconte encore
Mais par moments
Les mots restent prisonniers
Au fond des souvenirs blessés

Le beau émerge aussi

Sous ses yeux, la photo de son mariage
Avec l’unique qu’il ait chérie

Je lui demande de me raconter leurs débuts
Il se souvient de la maison d’en face
Où elle visitait sa marraine
De leurs regards qui se croisaient
Leur premier face à face
Les bals intimidants
La certitude que c’était elle
Que c’était lui

C’est beau d’être née d’elle, et de lui
Comme l’évidence d’un mariage qui durerait jusqu’à la mort

D’elle, il n’a plus que des photos
La reverra-t-il ?
Son cœur ne sait plus
Sa foi ne répond plus
Alors je caresse longuement son bras chétif
Et je lui dis qu’elle l’attend à bras ouverts
Comme dans leur jeunesse
Et même la haie d’honneur pour lui, là-haut
Quand il arrivera
Bientôt

Bientôt
Il attend, il espère
Mais il est long le chapelet des jours
Sans plus d’appétit
Les comprimés, les injections, les régressions
Il se cramponne à sa dignité
Mais qu’il est long, le chapelet des jours !

Il n’a pas peur, non
S’il y a quelque chose après, c’est bien
S’il n’y a rien, c’est bien aussi
Mais quitter ceux qu’il aime
Voilà une fameuse épreuve !
Comment il s’appellera ce petit ?
Ce petit que sans doute, ses yeux ne verront plus

Ils ne pleurent pas ses yeux aujourd’hui
Je suis là
Nous sommes là tous les jours
Et des vélos lui donnent le réconfort d’un petit tour
Ça l’intéresse encore
Une dernière fois, il le sait bien
Ces hommes si courageux
Et ces paysages fabuleux

Voilà, il est là, dans ce lit, devant cette télé
Avec le beau portrait de mariage qui remplit tout l’espace du mur
Ils ne pleurent pas, mes yeux
Non, seulement ce soir
Quand il ne pourra pas le voir
Et que mon cœur saignera de tant l’aimer
Pour de vrai
Un peu de temps encore
Un peu de temps

Véronique Belen           Août 2020

Dans mon jardin
A la faveur d’un beau printemps
J’ai imaginé un potager
Je l’ai conçu et installé
J’ai apporté la terre
Et je l’ai amendée
J’ai aplani et ratissé
Ensemencé et éclairci
Et passé de longs moments silencieux
A m’émerveiller du miracle de la vie
De cette croissance continue
De ces promesses de légumes partagés
Des jours chauds de l’été jusqu’aux frimas de l’hiver

Dans mon jardin
A la faveur d’un beau printemps
J’ai désiré la gratuité des fleurs
J’ai imaginé des massifs
Les ai conçus et installés
Terre apportée et amendée
Foison de graines à semer
Patience de plants à faire grandir
Et de bulbes à bien disposer
J’ai imaginé des couleurs
Des abeilles et des papillons enivrés
Des bouquets odorants au salon
Et sur les tombes de mes bien-aimés

Dans mon jardin
A la faveur d’un beau printemps
J’ai tondu et taillé
J’ai désherbé et élagué
J’ai imaginé des tartes aux cerises
Et des compotes de pêches de vigne
Je me suis émerveillée de la sûre profusion de fruits
Quand même le gel daigne épargner les bourgeons prometteurs
Et que de la splendeur des fleurs
Jaillissent déjà le sucre et les couleurs

Et dans ma prière vespérale
A la faveur d’un beau printemps
Je T’ai aimé, et je T’ai dit :
« Seigneur, sois le jardinier de mon âme
Déracines-en tout ce qui n’est pas Toi
Amende et ensemence
Apporte ta Parole comme un bon grain
Plante les jeunes pousses issues de ton Cœur
Dans une terre que Tu auras fertilisée
Arrose-la de l’eau vive de Ton puits
Et donne encore l’engrais de Ta tendresse
Pour faire croître et porter du fruit
A la pauvre terre que je suis. »

Dans ce jardin
A la faveur d’un beau printemps
Tendre et doux, Tu es descendu
Et je T’ai redonné ma vie

 

Véronique Belen     Mai 2020