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Méditations bibliques

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.
Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie.
Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés.
Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde.
Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais.
Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde.
Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité.
De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »

Jean 17,11b-19
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Jésus a donné au monde la Parole de vérité du Père, il l’a confiée à ses disciples, et ils vont goûter comme leur Seigneur à la béatitude de la persécution pour la justice. Béatitude ? Sur le moment, certes non. C’est bien difficile d’être moqué, raillé, d’attirer à soi le doute, les sarcasmes et le mépris quand on annonce une vérité confiée à soi par le Seigneur en personne.

Les successeurs « officiels » des apôtres ont de nos jours tôt fait de prendre pour eux-mêmes ces avertissements de Jésus. Certes, les clercs sont moqués, raillés et méprisés par beaucoup de nos contemporains. Mais il convient d’examiner la cause de ces persécutions. Sont-ils en butte à l’impopularité parce qu’ils annoncent l’Evangile, ou parce qu’ils ont failli dans cette annonce ?
Les deux cas de figure existent. Parmi les clercs, il y a parfois d’authentiques prophètes, qui annoncent sincèrement la Parole du Seigneur Jésus et en vivent concrètement. Et ceux-là sont alors toujours persécutés pour la vérité, comme Jésus l’annonce ici dans sa grande prière sacerdotale en Jean 17,1-26.
Mais il existe un autre cas de figure, très répandu : des clercs vivent et se comportent à revers de l’Evangile, ils ont acquis le goût du pouvoir, ne supportent pas d’être contestés au nom d’une soit-disant autorité naturelle que leur confèreraient leur ordination et leur allégeance à la doctrine de l’Eglise. Ils extrapolent volontiers sur l’Evangile, se saisissent de telle ou telle parole du Christ pour en tirer tout un enseignement moral et discourent essentiellement sur des questions sexuelles, familiales et bioéthiques. Et cela en n’étant pas toujours innocents de dissimulations de crimes de mœurs ou d’emprise spirituelle au sein même de l’organisation ecclésiale. Il me semble alors un peu facile de crier à la persécution pour la vérité. « Qu’est-ce que la vérité ? », disait Pilate à Jésus (Jean 18, 38). Voilà ce dont nous devons nous souvenir. Qu’est-ce que la vérité, en Christ ?

L’Eglise catholique romaine prétend posséder le dépôt fidèle de la foi chrétienne. Moi qui suis baptisée catholique, j’avoue que je n’ai pas pu trouver ailleurs énoncés de foi plus proches de l’enseignement du Seigneur Jésus. Mais je reconnais volontiers qu’il y a dans la doctrine catholique tout un fatras de fausses croyances et de dévotions dévoyées qui placent en permanence le catholique sur le fil risqué de l’idolâtrie. Et c’est particulièrement vrai pour tous les développements ultérieurs à l’Eglise primitive qui concernent le culte à Marie, mère de Jésus, et aux saints officiellement canonisés. Il y a dans les doctrines mariales des aberrations indéfendables de nos jours. Et si vous avez la lucidité et l’audace de les mettre au jour, attendez-vous à la vraie persécution : celle pour défendre la vérité, vos plus farouches adversaires émanant de l’Eglise catholique même et pas du monde ni des autres religions. Quand on a nourri et officialisé l’erreur depuis des siècles, rien de plus inconfortable que de le reconnaître humblement et publiquement. Quand on continue à enseigner dans les catéchèses des mensonges théologiques aux enfants et jeunes ou adultes catéchumènes, rien de plus malaisé que de faire machine arrière et de confesser que l’on s’est lourdement trompé.

Le Christ a voulu que ses disciples – tous les baptisés – soient un, sanctifiés dans la vérité. Or je dis que l’œcuménisme sera impossible tant que les catholiques continueront à se cramponner à des doctrines mariales erronées dès l’origine, et tant que les réformés relativiseront toute la doctrine du salut, y compris l’aspect sacrificiel de la vie de Jésus.

On va me rétorquer : mais qui êtes-vous donc pour avoir l’audace de remettre les doctrines ecclésiales en question ?

Eh bien, je réponds : je suis celle qui n’a pour tout CV qu’un baptême catholique avec tous les sacrements qui lui sont consécutifs, sauf l’Ordre et le mariage, un diplôme d’institutrice et une expérience de mère de trois enfants. Mais j’ai pour moi la confiance profonde du Père et du Fils. J’ai pour moi d’avoir été, dans l’Esprit Saint, consacrée au Seigneur Jésus dans la vérité et pour la vérité. Et je ne cesse de me faire, à travers mes écrits, leur porte-parole pour que cette vérité éclate enfin au grand jour. Dussé-je être persécutée verbalement, psychologiquement, spirituellement et socialement. Voire excommuniée un jour de l’Eglise de mon baptême et de toute ma lignée familiale.

Au nom de la Vérité, je suis prête à tout assumer. Sauf de perpétuer moi-même le mensonge théologique et doctrinal.

 

Image : La Prière sacerdotale 1900-1918     Eugène Burnand    Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

En ces jours-là, à Iconium, il y eut un mouvement chez les non-Juifs et chez les Juifs, avec leurs chefs, pour recourir à la violence et lapider Paul et Barnabé.
Lorsque ceux-ci s’en aperçurent, ils se réfugièrent en Lycaonie dans les cités de Lystres et de Derbé et dans leurs territoires environnants.
Là encore, ils annonçaient la Bonne Nouvelle.
Or, à Lystres, il y avait un homme qui était assis, incapable de se tenir sur ses pieds. Infirme de naissance, il n’avait jamais pu marcher.
Cet homme écoutait les paroles de Paul. Celui-ci le fixa du regard et vit qu’il avait la foi pour être sauvé.
Alors il lui dit d’une voix forte : « Lève-toi, tiens-toi droit sur tes pieds. » L’homme se dressa d’un bond : il marchait.
En voyant ce que Paul venait de faire, les foules s’écrièrent en lycaonien : « Les dieux se sont faits pareils aux hommes, et ils sont descendus chez nous ! »
Ils donnaient à Barnabé le nom de Zeus, et à Paul celui d’Hermès, puisque c’était lui le porte-parole.
Le prêtre du temple de Zeus, situé hors de la ville, fit amener aux portes de celle-ci des taureaux et des guirlandes. Il voulait offrir un sacrifice avec les foules.
Informés de cela, les Apôtres Barnabé et Paul déchirèrent leurs vêtements et se précipitèrent dans la foule en criant :
« Pourquoi faites-vous cela ? Nous aussi, nous sommes des hommes pareils à vous, et nous annonçons la Bonne Nouvelle : détournez-vous de ces vaines pratiques, et tournez-vous vers le Dieu vivant, lui qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qu’ils contiennent.
Dans les générations passées, il a laissé toutes les nations suivre leurs chemins.
Pourtant, il n’a pas manqué de donner le témoignage de ses bienfaits, puisqu’il vous a envoyé du ciel la pluie et des saisons fertiles pour vous combler de nourriture et de bien-être. »
En parlant ainsi, ils empêchèrent, mais non sans peine, la foule de leur offrir un sacrifice.

Actes des Apôtres 14, 5-18
Textes liturgiques©AELF

Cet extrait des Actes des Apôtres arrive à point nommé pour revenir sur un aspect de notre relation à la parole de l’Apôtre Paul que j’évoquais déjà dans la méditation de samedi 9 mai en lien ci-dessous :

https://www.histoiredunefoi.fr/meditations-bibliques/11954-cest-a-vous-dabord-quil-etait-necessaire-dadresser-la-parole-de-dieu-actes-des-apotres-13-46

Paul et Barnabé sont ici on ne peut plus clairs quant à leur humanité semblable à celle de tous les autres hommes : s’ils ont réalisé un signe fort en rendant la marche à un infirme de naissance, c’est au Nom du Seigneur Jésus et non en leur nom propre. C’est la puissance du Ressuscité, dans l’exaucement du Père, qui accorde la guérison à cet homme handicapé, à l’intercession du croyant Paul et par la foi du miraculé. Et Paul et Barnabé ont alors raison de s’opposer à la déification dont la païens de Lystres voudraient les honorer.

Cela m’inspire deux réflexions : les faiseurs de miracles contemporains, qu’ils soient issus d’une église évangélique, protestante ou catholique ont-ils tous la même réaction saine et humble que Paul et Barnabé ici ? Le fait est qu’un certain nombre d’entre eux, pasteurs ou prêtres, sont adulés par les foules et révérés comme des saints vivants. Il suffit de lire les invitations dithyrambiques à leurs super soirées de guérisons corporelles ou psychiques et spirituelles pour se rendre compte que leurs promoteurs ne sont pas loin de les couvrir de guirlandes – pour dire les choses de façon « soft » – au long de leurs tournées…

Une autre réflexion qui me tient très à cœur, c’est de comprendre comment on en est venu, en Eglise, là aussi réformée ou catholique, à considérer les écrits de Paul comme « Parole de Dieu ». Paul insiste lourdement dans l’extrait des Actes ci-dessus sur le fait qu’il est un homme comme tous les autres hommes, donc pécheur, donc susceptible de se tromper, à la grande différence du Christ Jésus qui est pur de tout péché et dont toute la Parole est véridique, Lui qui est le Verbe de Dieu. Alors certes, Paul est l’évangélisateur des païens que le Seigneur s’est choisi, mais comme disait François de Sales « Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie. » Et dans Paul comme dans tout homme qui n’est pas le Christ, il y a de l’hommerie ! Pourquoi s’obstiner alors à dire à la messe après une lecture tirée des écrits de Paul : « Parole du Seigneur » ? Pourquoi les plus rigoristes des chrétiens considèrent-ils les passages discutables de Paul, notamment ses tirades patriarcales et misogynes, comme Parole même de Dieu ? Faisant cela, ils ne se comportent pas mieux que les païens de Lystres : ils font de Paul un quasi dieu qui n’aurait pas pu se tromper, voire trahir l’esprit du Verbe. Que l’on me présente dans les paroles de Jésus consignées dans les Evangiles un seul verset misogyne qui aurait pu inspirer Paul et les prêtres, pasteurs et maris se réjouissant à sa suite de se sentir fondés à brimer les femmes en couple, en famille ou dans les églises et temples. On n’en trouvera pas. J’ose le dire, moi qui suis lectrice dans ma paroisse : quand vient dans la liturgie un extrait tel qu’Ephésiens 5, 21-33 ou 1 Corinthiens 11, 2-16 ou 14, 34-35 ou encore Colossiens 3, 18-25, je cède ma place à qui veut bien les lire, car je suis incapable de dire « Parole du Seigneur » à l’ambon après de tels propos de Paul qui sont de l’homme Paul et de son entourage patriarcal à cette époque et non de Dieu. Ce serait mentir que d’attribuer des idées aussi phallocrates à Dieu, et je me refuse à le faire comme je me refuse à mentir dans toute situation de ma vie et a fortiori à l’ambon.

Prenons donc la mesure de ce que nous faisons de païen et d’idolâtre quand nous ne voulons plus voir l’humanité faillible de Paul comme de n’importe quel autre apôtre, y compris leurs successeurs et jusqu’aux papes. La terre n’a jamais porté qu’un seul homme véridique en toute chose, c’est le Christ Jésus et Lui seul, il serait bon de s’en souvenir un peu plus dans notre langage et nos rituels ecclésiaux de même que dans nos relations humaines.

 

Image : Le sacrifice de Lystres     Raphaël  XVIe

Le sabbat qui suivait la première prédication de Paul à Antioche de Pisidie, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur.
Quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient.
Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance : « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes.
C’est le commandement que le Seigneur nous a donné : ‘J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre.’ »
En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants.
Ainsi la parole du Seigneur se répandait dans toute la région.
Mais les Juifs provoquèrent l’agitation parmi les femmes de qualité adorant Dieu, et parmi les notables de la cité ; ils se mirent à poursuivre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire.
Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium,
tandis que les disciples étaient remplis de joie et d’Esprit Saint.

Actes des Apôtres 13,44-52
Textes liturgiques©AELF

Je me souviens, il y a vingt ans de cela, quand je fréquentais une église évangélique – ce que je n’ai fait que six mois – que les prédications étaient souvent basées sur les écrits ou faits de Paul, et ce davantage que sur les évangiles, ce qui m’étonnait toujours de la part d’une église appelée « évangélique ». Je remarquais aussi, lors des prises de paroles des paroissiens pour donner une intention de prière, un certain antisémitisme qui me choquait profondément, moi qui étais à cette période – et qui le suis toujours –  fascinée par les origines juives de notre foi. Tout se passait comme si ces chrétiens évangéliques prenaient les écrits de Paul au pied de la lettre et transposaient sans états d’âme ce qu’ils y lisaient et méditaient à notre époque. On priait pour la conversion des Juifs d’aujourd’hui au christianisme, ce que personnellement je ne fais jamais, considérant que le salut de Dieu leur est réservé en tant que peuple élu depuis Abraham et jusqu’à la consommation des siècles. C’est même totalement indécent de prendre encore les paroles de Paul sur les Juifs – telles que celles données dans l’extrait des Actes des Apôtres ci-dessus – comme valables de nos jours dans l’opposition de nos cultes respectifs. Comment des croyants au Dieu unique peuvent-ils faire abstraction de la tragédie de la Shoah et s’enfler d’orgueil, comme si être chrétien était synonyme de supériorité spirituelle sur toute autre expression de la foi ?

Les écrits de Paul sont à replacer dans le contexte de persécution des premiers chrétiens par certains Juifs de cette époque. De là à extrapoler sur une disqualification perpétuelle des héritiers du judaïsme aux yeux mêmes du Père, il y a un pas infranchissable et gravissime. Dire encore cela au XXIe siècle, c’est rien moins que faire l’apologie de l’holocauste. Si cette tragédie majeure de l’histoire humaine n’avait pas eu lieu, les chrétiens auraient encore quelque excuse de prendre les écrits et paroles de Paul pour parole même de Dieu par ignorance de la pertinence de la foi juive – qui était celle de Jésus, ne l’oublions jamais. Si la foi juive a su, dans la plus grande difficulté, se perpétuer jusqu’à nos jours, c’est bien qu’elle est légitime et absolument agréée par l’Eternel.

Je suis d’ailleurs tout à fait sûre que Dieu a une imparable logique dans ses projets, ses promesses et ses alliances.
Et ici, je ne voudrais pas faire le procès des évangéliques, mais inciter aussi les catholiques dont je fais partie à examiner leurs propres contradictions.
Que constatons-nous ces dernières décennies dans l’Eglise catholique romaine, et qui est très sensible en France et dans toute l’Europe, de même qu’aux Etats-Unis ?
Un clivage se fait de plus en plus net entre d’une part une Eglise animée par l’élan de Vatican II, encore pleine de contre-témoignages, je ne dis pas le contraire, et qui peine à s’adapter aux défis contemporains, mais qui a le mérite de tenter de le faire avec des papes de la veine de Jean XXIII ou François, et d’autre part une Eglise nostalgique de supposés fastes d’antan, cléricale, centrée sur la liturgie et de plus en plus éloignée de la quintessence de l’Evangile, moralisatrice, souvent misogyne et à la tendance tristement nombriliste. Et les adeptes de cette Eglise rétrograde ne se rendent même pas compte qu’ils ressemblent de plus en plus aux religieux rigides du temps de Jésus, ceux-là même qui l’ont fait crucifier.

Oh mais bien sûr, ils se réclament du Christ, poussent de hauts cris contre les « progressistes » qui relativisent la place de la Tradition et voient l’Evangile en nécessité de mise en œuvre aussi importante dans la société qu’entre les murs des églises. Les passéistes jurent qu’ils donnent une place centrale au Christ par la révérence à l’Eucharistie, mais apprécient-ils sa Parole percutante et toujours d’actualité avec autant de sincérité que le bel ostensoir qui entoure l’hostie consacrée ? S’abîmer dans des rituels pieux correspond-il vraiment à l’appel du Seigneur sur les baptisés ?

J’en reviens à mon propos de départ. Dieu est logique et fidèle à ses alliances. Et il se pourrait bien que de nos jours, en ces temps qui nous rapprochent du terme de la Révélation, après vingt siècles de christianisme parfois bien peu évangélique dans les faits, je le reconnais, Dieu réhabilite fortement les minorités religieuses qui ont été ou sont encore durement persécutées, au détriment des orgueilleux de la foi et de la tradition, ceux qui se sentent sauvés d’office et érigent leurs rites en vérité immuable et insurpassable. A mon avis, les chrétiens qui pérorent sur la supériorité de leur foi et de leurs cultes ont quelques soucis à se faire dans la perspective de la manifestation glorieuse du Messie, lui qui n’a jamais été prisonnier d’aucune doctrine figée et ne le sera jamais.

 

En cet après-midi de Shabbat, 9 mai 2020,

Véronique Belen

 

Image : Le prêche de Saint Paul       Joseph-Benoît Suvée XVIIIe,    Los Angeles County Museum of Art,  Los Angeles


Lui, vous l’aimez sans l’avoir vu ;
en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi,
vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire,
car vous allez obtenir le salut des âmes
qui est l’aboutissement de votre foi.

1 Pierre 1, 8-9

Pour cette petite méditation dominicale, je préfère partir de cet extrait de la première Epître de Pierre plutôt que de l’évangile du jour – Jean 20, 19-31 – qui, année après année depuis que je suis toute petite fille, m’incommode : je n’ai jamais compris le doute de l’apôtre Thomas, sa résistance insistante à nier la résurrection du Christ, lui qui avait le privilège d’être de ses disciples et qui recevait de ses compagnons de route un témoignage direct, en plus de celui des femmes du matin de Pâques. Et ainsi, quand les prédicateurs font du doute de Thomas une norme qui nous concernerait tous, je me sens offensée. Je ne cesserai d’en témoigner : ma foi a toujours été totale en la vérité du Christ Jésus. Ce sont de très nombreux et graves contre-témoignages au sein même de l’Eglise catholique, associés à une pression massive du monde contre ma foi naturelle si sincère dès la prime enfance qui m’ont fait douter de l’existence de Dieu à l’entrée dans l’âge adulte. Avec tant de recul, je ne puis plus battre ma coulpe au sujet de ces quinze années de doute: j’ai lutté de toutes mes forces pour garder intacte ma confiance en Jésus et sa Parole tandis que tout autour de moi, de mon milieu étudiant puis professionnel à mon cercle d’amis en passant par les hommes de ma vie et ce pays impie qu’était la France de ces années-là, tout, oui, autour de moi, me harcelait pour que j’abdique ma foi chrétienne. J’ai subi, de mes 18 à mes 33 ans, un véritable lynchage de la foi pure et active qui m’avait toujours animée.

Alors aujourd’hui, en ce dimanche de la Miséricorde, j’ai du mal à accepter, même de la part du pape François que j’aime pourtant beaucoup écouter, que ces prédicateurs masculins prennent pour universelles leurs propres luttes intérieures entre le bien et le mal, leurs doutes comparables à ceux de Thomas, quand ils réclament encore et encore des preuves matérielles ou scientifiques de l’existence de Dieu, de la filiation divine de Jésus, de la résurrection du Christ au matin de Pâques… J’en veux à ces prédicateurs qui prétendent que nous sommes tous à égalité dans la lutte contre le péché qui nous serait aussi spontané aux uns qu’aux autres : je dis non, car je connais beaucoup de femmes à la foi vive et très naturelle en elles, enclines profondément au bien, naturellement miséricordieuses et charitables. Oui, je connais beaucoup de ces femmes qui ont la même foi chevillée au cœur que moi, et qui doivent lutter contre un environnement les incitant toujours davantage à pécher, souvent malgré elles.

Et malheureusement, je connais aussi beaucoup de femmes qui ont abdiqué la foi de leur enfance ou de leur jeunesse pour ne pas déplaire à un monde et surtout à un environnement masculiniste qui prône toutes les valeurs contraires à l’Evangile. Se laissant gagner par le monde, elles renoncent à l’amour de la Parole de Dieu pour avoir la paix avec autrui, notamment avec les fortes personnalités masculines qui les entourent. Et que dire de toutes ces fillettes et femmes que l’on a privées dès leur plus tendre enfance d’accès à la vérité du Christ Jésus ? Il y a peu de chances qu’elles évoluent vers une conversion dans un monde qui nie à ce point la pertinence de la Parole de Dieu, et qu’elles soient attirées par des églises qui pratiquent autant le culte que le contre-témoignage le plus abject.

Je voudrais conclure sur ce verset :

car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi. (1 Pierre 1, 9)

Là aussi, que de déni au cœur même de l’Eglise ! Que de fois n’ai-je pas dû entendre que Dieu seul sauve, et qu’une âme, aussi immolée dans la foi pure soit-elle, ne pouvait rien pour le salut de son prochain !
Je dis qu’il y a là un mystère de rédemption que seules des âmes authentiquement contemplatives et embrasées d’amour pour le Seigneur peuvent comprendre. Sainte Faustine fut de celles-là, elle qui nous a valu cette fête de la Miséricorde.

J’appelle de mes vœux une reconnaissance de la foi vivante, sincère et agissante de bien des femmes, même en vie, même s’exprimant, même contestant une supposée suprématie spirituelle des clercs et de tous les scribes contemporains. Que l’on cesse d’affubler toute femme d’une carapace de pécheresse, pour qu’elle s’épanouisse enfin, loin d’un sentiment originel de culpabilité, dans la joie d’être une créature aimée de Dieu, digne de le louer et de faire connaître sa Parole.

Image :   Christ de douleur   Attribué à Martin Hoffmann, XVIe Musée Unterlinden, Colmar

En ce temps-là, Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples,
et il déclara : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse.
Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas.
Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères et rallongent leurs franges ;
ils aiment les places d’honneur dans les dîners, les sièges d’honneur dans les synagogues
et les salutations sur les places publiques ; ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères.
Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux.
Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. »

Matthieu 23, 1-12
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

L’évangile d’aujourd’hui m’incite à exprimer un petit agacement que j’ai déjà évoqué ici ou là. La Parole de Jésus pourrait bien aujourd’hui me donner raison.
Je trouve que nous sommes à une époque, en Eglise et hors de son cadre, qui survalorise les diplômes en théologie. Quand tel prêtre s’exprime ou est cité, on s’empresse de détailler son cursus universitaire. Que dire alors des laïcs et surtout des femmes qui s’expriment publiquement! Tout se passe, dans les débats contemporains – médias, réseaux sociaux… – comme si on ne pouvait donner la parole en matière de foi, d’interprétation des Ecritures et d’organisation de l’Eglise qu’à des titulaires d’un Master, DEA ou aux Docteurs en ceci ou cela. C’est devenu tellement naturel que les arguments des non universitaires ne sont plus sollicités, voire se retrouvent balayés d’un revers de la main dans tout échange. Les grandes voix féminines du catholicisme et du protestantisme sont sur-diplômées et écoutées en raison de leurs compétences intellectuelles et de leur cursus professionnel davantage que pour la pertinence de leurs prises de position.

Disant cela, je vais encore me faire des ennemi(e)s. Peu m’importe. Je voudrais simplement souligner qu’au XXIe siècle, avec cette mode du diplôme universitaire en théologie, on contredit le Christ lui-même :

Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner.
Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.

Qu’a voulu nous enseigner Jésus, sinon qu’avec une confiance totale en Lui, l’Esprit Saint nous serait donné pour comprendre Ses mystères et les exigences de l’évangélisation, comme cela fut le cas pour l’Apôtre Paul à la suite de tous les disciples, pour les évangélistes, pour de nombreux Docteurs de l’Eglise qui n’avaient aucune formation universitaire comme Catherine de Sienne – illettrée – Hildegarde de Bingen ou les deux Thérèse ?

Dans les débats sur les réseaux sociaux, je suis souvent rabrouée au nom de ma prétendue ignorance. Que l’on sache que je ne suis aucunement frustrée d’un diplôme universitaire en théologie. Ma paroisse m’avait même proposé de me former il y a quelques années, mais j’avais décliné par souci de ne pas négliger mon devoir d’état d’institutrice et de maman. Et je n’ai d’ailleurs aucune envie d’entreprendre ce genre de cursus car je n’ai qu’un seul maître, le Christ. On m’a déjà répliqué sur un ton narquois : « Vous avez donc une ligne directe avec Dieu ?  »

Eh bien oui, messieurs et mesdames les diplômé(e)s, le Christ Jésus m’enseigne dans mon oraison, et ce depuis vingt ans et pas cinq minutes, j’ose l’affirmer aujourd’hui. Et ce Jésus Christ-là n’a rigoureusement aucune différence avec celui des évangiles, c’est à cela que je le reconnais comme véridique. Ce n’est pas par fondamentalisme, un grand mot que l’on aime bien m’opposer, que je crois aux Ecritures : c’est par amour pour Celui qui s’y fait connaître tel qu’il a été et tel qu’il est encore. Et il lui plaît que je ne sois rien sur la scène ecclésiale. D’un rien, le Seigneur sait modeler un témoin à son image, lui qui n’a jamais étudié auprès d’aucun maître sinon son Père, dans sa propre prière.