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Méditations bibliques

Ainsi parle le Seigneur : Oui, j’ai aimé Israël dès son enfance, et, pour le faire sortir d’Égypte, j’ai appelé mon fils.
C’est moi qui lui apprenais à marcher, en le soutenant de mes bras, et il n’a pas compris que je venais à son secours.
Je le guidais avec humanité, par des liens d’amour ; je le traitais comme un nourrisson qu’on soulève tout contre sa joue ; je me penchais vers lui pour le faire manger. Mais ils ont refusé de revenir à moi : vais-je les livrer au châtiment ?
Non ! Mon cœur se retourne contre moi ; en même temps, mes entrailles frémissent.
Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car moi, je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer.

Osée 11,1.3-4.8c-9
Textes liturgiques©AELF

On choisit cet extrait du Prophète Osée en ce jour de la fête du Sacré-Cœur de Jésus, car il est maintenant communément admis en Eglise que ces prophéties n’évoquent pas seulement le peuple d’Israël, mais aussi le propre Fils de Dieu, Jésus de Nazareth, notre Seigneur et Sauveur. Oui, ces versets nous parlent de la tendresse d’un Dieu Père pour son propre enfant, cette merveille de l’humanité que fut le fils de Marie engendré de Dieu.

Plutôt que de nous abîmer en de pieuses dévotions un brin désuètes, en ce jour, en tant que chrétiens, nous devrions pousser plus loin notre appétit pour les allégories bibliques et nous demander honnêtement, si le peuple d’Israël préfigure le Christ Jésus par la prédilection que Dieu lui a portée, qui la ville de Jérusalem, objet aussi des prédilections du Père puis du Fils, préfigure quant à elle. Peut-on penser honnêtement qu’une simple ville, qui est d’ailleurs de nos jours à feu et à sang, soit toujours aujourd’hui première dans le cœur de Dieu ? Cela vaut-il la peine de se battre, de tuer ou de mourir pour une ville dont le nom n’est peut-être lui aussi qu’une allégorie de l’amour de Dieu pour ses créatures ?

Penchons-nous sur les prophéties attachées dans l’Ancien Testament à la ville de Jérusalem. Il y en a bien sûr énormément et je ne saurais, en un court billet, être exhaustive. Je ne citerai donc que :

Isaïe 3, 16-26 / 22, 1-14 / 30, 18-26 / 33, 17-24 / 49, 14-26 / 51, 17-23 / 52, 1-6 / 54, 1-17 / 60, 1-22 / 61, 10-11 / 62, 1-12 / 65, 17-25 / 66, 5-20

Jérémie 3, 14-18 / 10, 17-22 / 13, 18-27 / 31, 1-22 / 31, 38-40

Lamentations 2, 1-22

Baruc 4, 5-37 / 5, 1-9

Ezékiel 16, 1-63 / 22, 1-31

Il est frappant que Jérusalem y soit toujours personnifiée au féminin. Et la trame est dans chaque Livre un peu la même : cette Jérusalem féminine jouissait dès sa naissance de la prédilection du Seigneur, mais elle l’a trahi par infidélité, idolâtrie, prostitution. Vient alors sur elle la ruine par l’épée et la déportation. Puis la restauration, le retour de l’amour de son Seigneur, et enfin la gloire : elle voit son Roi, elle porte un diadème, elle est l’Epousée. La splendeur vient sur elle, elle devient Jérusalem céleste, elle est l’objet de l’exultation du Roi et de tout le peuple des rachetés.

Qu’avons-nous fait, en Eglise, de ces allégories ?

Il est un peu facile et court de dire « Jérusalem, c’est l’Eglise ». Qu’est-ce que l’Eglise sous-entendue ici ? L’ensemble des baptisés ? Et les non-baptisés alors, qu’en est-il d’eux ?
L’Eglise institution ? Qu’elle cesse donc de rêver d’une splendeur qu’elle n’atteindra plus jamais ici-bas ! Le temps de son pouvoir est révolu. Elle a suffisamment démontré son échec dans la volonté de coercition sur les âmes et sur les corps. Et les scandales parvenus au grand jour ces dernières décennies l’apparentent davantage à une organisation mafieuse où l’omerta est la règle qu’à une pure œuvre de Dieu.
L’Eglise des ordonnés et consacrés ? Encore faudrait-il que ceux-là soient exemplaires en matière de mise en pratique de l’Evangile ! Et franchement, je ne pense pas qu’un prélat en soutane fasse rêver l’Epoux comme le fait rêver la fiancée du Cantique des cantiques, à l’image de la passion du roi Salomon pour la Sagesse…

Je pense que la très grande erreur des théologiens a été de dépouiller Jérusalem, la ville sainte ou la cité céleste, de sa féminité. Une fois de plus, étant hommes mâles en majorité, ils ont voulu dépouiller l’autre moitié de l’humanité de la prédilection de Dieu sur elle, comme Il affirmait sa prédilection pour Jérusalem.

Alors aujourd’hui, en cette fête du Sacré-Cœur de Jésus, il serait justice de se demander, si Lui est le Fils bien-aimé du Père comme le peuple d’Israël dans lequel il est né l’a été avant son incarnation, qui est la femme qui personnifie Jérusalem dans ces temps qui sont les derniers, après son incarnation.

 

Image : Vincent Van Gogh  « Les premiers pas »  XIXe

En ce temps-là, Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. »
Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre
sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.
Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront les premiers. »

Marc 10,28-31
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

 

Dire, quitter, recevoir, être : voilà les verbes que le Verbe emploie dans cette parole fondamentale à ses disciples. Et chacun à son importance.
Le « dire » de Jésus, c’est toujours la vérité. Nous avons à nous y référer encore et encore pour discerner le chemin de nos vies. Le Christ Jésus est lui-même Chemin, Vérité et Vie (Jean 14, 6). Comment ne pas le choisir comme le plus sûr guide de nos pérégrinations terrestres si nous voulons goûter près de Lui  la vie éternelle ?

Mais pour cela, il nous faut « quitter ». Quitter nos conforts et nos certitudes qui ne sont pas enracinées en Lui. Quitter nos déterminismes sociaux et familiaux. Nombre de grands saints comme François ou Claire d’Assise ont renoncé à des conditions de naissance privilégiées pour choisir la pauvreté à la suite du Christ. Des catéchumènes issus de familles areligieuses choisissent le baptême pour mener une vie évangélique. Et être issu d’une famille déjà catholique ne signifie pas forcément en accepter tous les rites et conventions sans les remettre, au moins un temps, en question. Suffit-il d’être chrétien par héritage et habitude pour être un baptisé prenant à cœur sa mission de témoignage ? Suffit-il d’être « en règle avec l’Eglise » en recevant tous les sacrements si on ne développe pas ensuite une foi agissante ?

Quitter aussi, quand on veut un engagement radical à la suite du Seigneur Jésus, des lieux et des personnes, comme on doit quitter son père et sa mère pour s’attacher à une épouse, à un époux. Le Seigneur apprécie l’amour total pour sa Personne. Le choisissant Lui plutôt que tout(e) autre, on est plus assuré de ne pas être partagé dans ses choix de vie. Même un époux peut détourner une âme du choix d’une vie véritablement évangélique. Un époux peut concevoir de la jalousie vis-à-vis du Christ Jésus quand une âme le chérit. C’est lui d’abord, l’époux terrestre, qui veut être admiré voire adulé par son épouse ! Depuis vingt siècles, les femmes qui se consacrent au Seigneur dans la chasteté ont compris cela. Elles fuient les partenaires qui pourraient les maintenir clouées au sol du matérialisme et de la dépendance affective. Donner toute sa vie au Seigneur permet à l’âme de s’élever totalement libre vers Lui. A condition toutefois de ne pas tomber dans la dépendance d’un « berger » ou directeur spirituel jouant les gourous, qui pourrait tout aussi bien kidnapper l’âme consacrée à son profit. Cette liberté de quitter les attachements terrestres pour vivre véritablement de l’amour du Seigneur, Lui sait la récompenser au centuple en se faisant guide, compagnon de route, conseiller, consolateur. N’est-Il pas Lui-même la plus belle des récompenses, quand Il s’offre tout entier, aimant et candide, à l’âme qui lui a offert maints renoncements ?

Oui, c’est alors qu’on peut « recevoir ». Recevoir la grâce de Dieu au centuple de ce que l’on avait espéré. Sortir de l’aridité spirituelle quand le Seigneur aura décidé que le moment en est venu. Recevoir les effluves incomparables de son amour qui surpasse tout amour humain. Et sans l’avoir même demandé, recevoir parallèlement des amis à aimer, des cœurs à chérir et à consoler, et même, parfois, des consolateurs dans les persécutions qui pour sûr ne manquent pas. Jésus nous en a prévenus !

Alors vient le temps de « l’être ». Etre dans l’ineffable joie de la foi assurée. Etre, davantage que faire et avoir. Etre assuré(e) de ne plus demeurer seul(e) quelles que soient ses circonstances de vie. Etre dans l’espérance permanente des bienfaits de l’oraison, dans la certitude des consolations divines. Etre fort(e) même dans l’apparente faiblesse. Etre en état de grâce. Etre dans l’exultation à la pensée que cette plénitude de la sérénité et de la joie spirituelle ne soit que les prémices de l’ineffable bonheur d’une éternité dans les bras de Dieu.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.
Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement.
J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

Jean 15,26-27.16,12-15
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

 

Etrange Esprit, qui entend, qui parle, qui reçoit, qui glorifie, qui fait connaître…

Cet Esprit-là révélé par Jésus Christ n’est-il qu’un souffle, qu’une inspiration de sagesse ?

Cet Esprit-là, le Seigneur l’a-t-il envoyé une fois pour toutes sur les disciples au Cénacle dans les premiers temps de l’Eglise, ou est-il destiné à revenir encore et encore, à demeurer puissance de vérité agissante ?

Je pense qu’il y a plusieurs écueils à éviter quand on parle de l’Esprit Saint.

Tout d’abord, celui de croire qu’il est automatiquement donné de manière égalitariste dans les sacrements catholiques. Ainsi, trop souvent, tout catholique qui proclame que Jésus est Seigneur et ressuscité d’entre les morts peut s’estimer investi de l’Esprit Saint selon les écrits des premiers temps de l’Eglise. Alors que ce qui était une affirmation terriblement subversive et susceptible de déclencher une persécution immédiate mettant en jeu la vie et la mort au temps des premiers chrétiens peut n’être de nos jours qu’un simple rabâchage catéchétique, du moins dans les contrées où l’on est libre de son appartenance religieuse. Répéter une vérité de foi déjà vieille de 2000 ans peut ne pas engager pour autant le chrétien dans une vie authentiquement évangélique. Un Credo peut être récité de lèvres qui vont aussitôt après médire voire abjurer dans les actes quand les circonstances exigeraient un comportement exemplaire.

Je crois assez peu aussi à la hiérarchie des dons de l’Esprit Saint selon les sacrements reçus : cette croyance qui voudrait que l’adolescent confirmé soit davantage inspiré que celui qui ne l’est pas, que l’ordonné surpasse le simple confirmé dans les dons de l’Esprit Saint et qu’au-dessus de tous, le Pape soit de manière suréminente prophète de Vérité – quand ce n’est pas infaillible dans les affirmations de foi ! – me laisse assez sceptique, outre le fait que cette hiérarchie subordonne toujours les femmes aux hommes en matière de discernement spirituel en Eglise. Je crois qu’on peut déconstruire cette illusion de l’Esprit Saint tributaire des sacrements reçus ou pas. S’il est une Personne divine, il est souverainement libre, et peut se donner dans un sacrement, oui, mais aussi à qui Il veut et comme Il veut. Si les catholiques confirmés ou ordonnés étaient meilleurs chrétiens et personnes humaines que tous les autres, cela se serait remarqué depuis fort longtemps, or ce n’est guère le cas.

Autre écueil, celui qui consiste à penser que l’Esprit Saint inspire chacun intérieurement, et que l’appeler en ce jour de Pentecôte le fera descendre de préférence sur soi-même pour discerner ses chemins de vie personnels. Certes, cela fait partie de la promesse du Seigneur. Mais il en va du don de l’Esprit Saint comme de l’exaucement de la prière : très souvent, dans la prière, on reçoit autre chose que ce que l’on avait demandé. On suppliait pour telle cause et voici que telle autre affaire se résout, d’ailleurs parfois très longtemps après, quand on ne pensait même plus à prier pour cet exaucement-là. Eh bien, chanter le Veni Creator, de même, ne fait pas forcément tomber la langue de feu sur l’âme qui l’a entonné. Est-ce par jalousie spirituelle que bien souvent, on refuse de reconnaître dans l’âme du prochain une connaissance des mystères divins supérieure à la sienne propre ?

Et enfin, un dernier écueil à éviter est d’omettre que l’Esprit Saint soit une Personne divine au même titre que les deux autres. Jésus le dit pourtant clairement dans cet extrait d’Evangile : l’Esprit Saint, le Défenseur, le Paraclet vient après lui, quand lui-même n’est plus dans le monde, il entend, il parle, il glorifie, il fait connaître… Comment prétendre alors, et cela s’entendra dans les prédications de la semaine prochaine pour la fête de la Sainte Trinité, que l’Esprit est « circulation d’amour entre le Père et le Fils » ? Comment un sentiment, fût-il d’amour absolu, comment une relation pourrait-elle entendre, parler, glorifier, faire connaître…? Sans compter que ce Souffle simple circulation d’amour entre le Père et le Fils se révèlerait bien narcissique si son existence n’était liée qu’à ces deux Personnes-là, d’ailleurs toutes les deux, faut-il encore le souligner, revêtues d’attributs masculins. On se demande vraiment où est passée l’image du Dieu créateur  « Homme et femme » (Genèse 1, 27) si la Trinité n’est qu’un Père, un Fils, et « une circulation d’amour » entre eux deux…

Alors je crois qu’il est grand temps de réformer notre perception de cette troisième Personne de la Trinité Sainte dont c’est la fête aujourd’hui, en cette Pentecôte où elle se révèle.
C’est une Personne libre : elle ne peut être mise dans aucune cage – pour reprendre une expression du Pape François – pas même celle des sacrements catholiques.
Elle n’est pas forcément donnée à chacun, une Personne, même divine, ayant le droit et même la prérogative d’avoir des prédilections : des âmes dans lesquelles elle se complaît plus que dans d’autres.
Elle entend, elle parle, elle fait connaître le Père et le Fils qu’elle fréquente comme personne d’autre et qu’elle connaît donc de manière toute privilégiée. Approchant leur mystère au plus près, elle demeure comme nul autre dans la vérité, cette vérité tout entière dont Jésus savait qu’elle ne pouvait être portée par ses disciples, et par extension, par tous ceux qui se considèrent ses disciples jusqu’à aujourd’hui, en particulier les hommes mâles, même ordonnés, dont beaucoup demeurent, comme au temps de Jésus, hermétiques à tout ce qu’il n’a pas pu leur dire au temps de son incarnation parce qu’ils ne pouvaient pas le porter. Cet état de fait n’a toujours pas évolué, et des ordonnés, dans leur orgueil mâle, ont construit eux-mêmes le dogme de l’infaillibilité pontificale pour verrouiller la doctrine à leur profit.

En toute logique, Dieu ayant créé l’homme « homme et femme » à Son image, il y a forcément une Personne féminine dans la Trinité. Elle procède du Père et du Fils, oui, dans la mesure où elle se manifeste après eux deux, ce qu’elle dit ne venant même pas d’elle-même : la Vérité ultime qu’elle goûte auprès du Père et du Fils, véritable Sagesse, elle la délivre pour que l’humanité accède enfin à la vérité sur son origine, son être et son devenir. Car ce qui va venir, elle, elle l’entend, elle le reçoit du Père et du Fils pour le faire connaître.

Du moins, elle tente de le faire connaître, car l’opposition du monde et des structures religieuses à cette Personne est telle que tout est mis en œuvre pour la faire taire ou la tourner en ridicule, surtout en ces temps où nous sommes.

En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit.
Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ?
Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. »
Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds.
Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
Ils lui présentèrent une part de poisson grillé
qu’il prit et mangea devant eux.
Puis il leur déclara : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures.
Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour,
et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem.
À vous d’en être les témoins. »

Luc 24,35-48
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Dans cet extrait du chapitre 24 qui est le dernier de l’Evangile de Luc, nous pouvons discerner toute la pédagogie du Christ Jésus, sa manière de se manifester pour éveiller notre foi, notre croyance en Dieu et en Lui son Fils et son Messie.

La foi naît d’une rencontre personnelle avec le Seigneur, d’une confrontation de témoignages à son sujet, d’une croyance en l’incarnation du Fils de Dieu qui n’est pas abolie par sa mort pourtant réelle et inscrite dans l’histoire humaine, du fait de pouvoir « manger » avec lui – et pour nous chrétiens nous le perpétuons par l’Eucharistie ou la Sainte Cène – et du rapport intime entre l’Ecriture qui précède et qui suit Jésus et sa Parole. La vie, la résurrection, la prédication et le don de son Corps pour nous de Jésus de Nazareth sont ainsi inscrits comme nuls autres dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament.

Et nous en faisons mémoire à chaque messe, à chaque culte chrétien : écouter des témoignages de rencontres personnelles avec le Seigneur dans les Ecritures ou par l’accueil de paroles de saints du passé ou de fidèles contemporains touchés par Lui, faire mémoire de sa naissance, de sa vie d’annonce du Royaume, de sa mort, de sa résurrection, de son ascension, de sa royauté universelle à travers les différentes fêtes liturgiques qui ponctuent l’année, méditer les Ecritures et y discerner les traces du passage de Dieu dans nos vies, manger à la table du Seigneur Jésus et se nourrir de son Corps donné pour nous, célébrer ensemble notre foi chrétienne par des cantiques, des hymnes, des psaumes, faire corps enfin entre chrétiens pour annoncer à notre tour la merveilleuse nouvelle de notre foi et du Salut offert à l’humanité.

Si nous nous inscrivons dans cette dynamique, alors la promesse de Jésus donnée juste après cet extrait dans le chapitre 24 de l’Evangile de Luc se réalise pour les disciples que nous sommes aussi :

« Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une puissance venue d’en haut. » (Luc 24,49)

L’Esprit nous est donné, lui qui nous introduit plus sûrement à la compréhension des Ecritures que toutes les études universitaires, même les plus poussées. Les disciples de Jésus, humbles pêcheurs, artisans, fonctionnaires de son temps ne se sont pas rendus auprès d’un scribe de l’époque pour comprendre enfin les mystères de la Loi et des Prophètes. C’est Jésus lui-même, en cette scène relatée aujourd’hui, qui a ouvert leur intelligence à la compréhension des Écritures.

Et plus tard, en son absence matérielle, l’Esprit de Pentecôte a pris le relais. Et tout au long des Actes des Apôtres et des Epîtres, nous voyons les disciples de Jésus, qui n’étaient pourtant pas des érudits, citer les Prophètes, les Psaumes, la Loi pour appuyer leur annonce de la seigneurie de Jésus Christ. Jésus, ce jour-là, a levé pour eux un voile qui recouvre les Ecritures pour tout un chacun. Ainsi de nous quand nous entrons dans une grande intimité de cœur avec Lui. On pourra toujours s’épuiser dans de longues études d’exégèse jusqu’à en perdre la spontanéité de la foi, l’érudition ne pourra pas se substituer à la puissance de l’Esprit Saint qui fait lever le voile sur les mystères de la révélation divine.

Ainsi donc, comme je le dis souvent en suscitant ici et là des grincements de dents, la mystique l’emporte assurément sur la théologie savante, certes pas inutile, mais dont les adeptes feraient bien de prêter aussi l’oreille aux inspirations de l’Esprit qui habitent celles et ceux que le Seigneur visite intimement avec prédilection, leur ouvrant l’intelligence à la compréhension des Écritures.

En ce temps-là, quand les femmes eurent entendu les paroles de l’ange, vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.
Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui.
Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »
Tandis qu’elles étaient en chemin, quelques-uns des gardes allèrent en ville annoncer aux grands prêtres tout ce qui s’était passé.
Ceux-ci, après s’être réunis avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une forte somme
en disant : « Voici ce que vous direz : “Ses disciples sont venus voler le corps, la nuit pendant que nous dormions.”
Et si tout cela vient aux oreilles du gouverneur, nous lui expliquerons la chose, et nous vous éviterons tout ennui. »
Les soldats prirent l’argent et suivirent les instructions. Et cette explication s’est propagée chez les Juifs jusqu’à aujourd’hui.

Matthieu 28,8-15
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

On n’a jamais fini de découvrir des trésors cachés dans la Parole de Dieu. Et ainsi, ce matin, lisant l’évangile du jour, j’ai été frappée par la salutation de Jésus ressuscité aux femmes qui s’étaient rendues de bon matin à son tombeau et qu’il a choisies lui-même pour les faire témoins de sa résurrection auprès de ses disciples. Des femmes de foi, des femmes de compassion pour Lui, des femmes de fidélité, des femmes de courage, des femmes d’écoute, des femmes de conviction dans le témoignage. Oui, en vérité, Jésus n’a pas choisi pour cette annonce majeure dans l’histoire de la Révélation divine Pierre qui avait failli trois jours avant ou Paul qui ne le rencontrera que bien plus tard dans une expérience mystique. Il a choisi Marie de Magdala, celle dont il avait chassé sept démons qui pourraient très bien correspondre à un psychisme tourmenté davantage qu’à la luxure que d’aucuns en Eglise et dans l’iconographie chrétienne veulent obstinément lui attribuer, et « l’autre Marie » qui n’est certes pas sa mère, sinon il en aurait été fait mention.
Par contre, Jésus choisit de les interpeller par la salutation même que l’ange adressa à la jeune Marie de Nazareth quelques trente-trois années auparavant : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » (Luc 1, 28)

Je te salue, je vous salue…

Et nous catholiques qui prions si régulièrement le « Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous », d’où vient que nous omettions de considérer que les deux autres Marie du matin de la résurrection aient aussi été pleines de la grâce d’avoir le Seigneur Jésus avec elles de manière toute privilégiée en ce matin de Pâques ? N’est-ce pas là aussi une grâce insigne ? D’où vient l’obstination catholique à séparer Marie mère de Jésus du reste du genre féminin en la considérant comme « pleine de grâce » à la différence supposée de toutes ses sœurs en humanité ? Jésus aurait-il salué ces femmes-là en leur disant : « Je vous salue, femmes pécheresses, mais ne puis me révéler à vous. » ?

Bien au contraire, ce sont ces femmes qu’il a choisies pour leur révéler le mystère de sa résurrection, bien plutôt que ses douze disciples dont l’un déjà l’avait vendu aux soldats romains et les autres demeureraient tous dans l’incrédulité aux paroles de ses élues pour le témoignage ! (Luc 24, 11 : Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas.)

Seigneur Jésus, combien de temps faudra-t-il pour que les hommes qui prétendent avoir des droits sur la Révélation divine cessent de considérer leurs sœurs en humanité comme mineures dans le témoignage chrétien, en les plaçant à un rang inférieur à celui de ta mère choisie par le Père éternel pour t’enfanter mais non pour témoigner la première de ta résurrection ? N’as-tu pas toi-même voulu par avance nous saluer toutes dans notre grâce d’être femmes et « Capax Dei », ouvertes à ta Parole de manière éminente et dociles à l’Esprit Saint que tu te plais à déverser sur nous  de manière toute privilégiée ? N’as-tu pas voulu, par tout ton Evangile, souligner que tes plus belles louanges à une foi spontanée nous reviennent, et que même peut-être égarées un temps loin de Toi, nous sommes capables de devenir une fois réconciliées avec ton Père les plus fidèles et fiables de tes adoratrices et de tes témoins ?

Je rends grâce à cet évangile d’aujourd’hui car je me sens personnellement saluée par le Seigneur dans une grâce différente de celle qui fut faite à Marie de Nazareth il y a 2000 ans, mais non une grâce moindre : oui, je suis infatigable témoin de la résurrection de mon Seigneur, de sa vie indubitable en mon cœur et en mon âme, de sa Parole sans cesse renouvelée et cependant conforme aux Ecritures dans mon oraison. Et je ne me fatiguerai pas, 2000 ans après Marie de Magdala, de proclamer ici et ailleurs que le Seigneur a choisi ma pauvre personne, à travers grâces et bien des épreuves au creuset de la souffrance, pour témoigner inlassablement de la Vérité des Ecritures jusqu’à leur terme et de son retour prochain dans la Gloire. Dussé-je endurer encore et encore des soupçons de délire de la part des ordonnés qui s’obstinent depuis longtemps à ne pas vouloir me croire.

Image : Mosaïque de Laurence Torno « Une prière pour le monde »,  Exposition « Femmes de la Bible » à l’église Saint Léger de Guebwiller, 2019