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Méditations bibliques

En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit.
Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ?
Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. »
Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds.
Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
Ils lui présentèrent une part de poisson grillé
qu’il prit et mangea devant eux.
Puis il leur déclara : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures.
Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour,
et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem.
À vous d’en être les témoins. »

Luc 24,35-48
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Dans cet extrait du chapitre 24 qui est le dernier de l’Evangile de Luc, nous pouvons discerner toute la pédagogie du Christ Jésus, sa manière de se manifester pour éveiller notre foi, notre croyance en Dieu et en Lui son Fils et son Messie.

La foi naît d’une rencontre personnelle avec le Seigneur, d’une confrontation de témoignages à son sujet, d’une croyance en l’incarnation du Fils de Dieu qui n’est pas abolie par sa mort pourtant réelle et inscrite dans l’histoire humaine, du fait de pouvoir « manger » avec lui – et pour nous chrétiens nous le perpétuons par l’Eucharistie ou la Sainte Cène – et du rapport intime entre l’Ecriture qui précède et qui suit Jésus et sa Parole. La vie, la résurrection, la prédication et le don de son Corps pour nous de Jésus de Nazareth sont ainsi inscrits comme nuls autres dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament.

Et nous en faisons mémoire à chaque messe, à chaque culte chrétien : écouter des témoignages de rencontres personnelles avec le Seigneur dans les Ecritures ou par l’accueil de paroles de saints du passé ou de fidèles contemporains touchés par Lui, faire mémoire de sa naissance, de sa vie d’annonce du Royaume, de sa mort, de sa résurrection, de son ascension, de sa royauté universelle à travers les différentes fêtes liturgiques qui ponctuent l’année, méditer les Ecritures et y discerner les traces du passage de Dieu dans nos vies, manger à la table du Seigneur Jésus et se nourrir de son Corps donné pour nous, célébrer ensemble notre foi chrétienne par des cantiques, des hymnes, des psaumes, faire corps enfin entre chrétiens pour annoncer à notre tour la merveilleuse nouvelle de notre foi et du Salut offert à l’humanité.

Si nous nous inscrivons dans cette dynamique, alors la promesse de Jésus donnée juste après cet extrait dans le chapitre 24 de l’Evangile de Luc se réalise pour les disciples que nous sommes aussi :

« Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une puissance venue d’en haut. » (Luc 24,49)

L’Esprit nous est donné, lui qui nous introduit plus sûrement à la compréhension des Ecritures que toutes les études universitaires, même les plus poussées. Les disciples de Jésus, humbles pêcheurs, artisans, fonctionnaires de son temps ne se sont pas rendus auprès d’un scribe de l’époque pour comprendre enfin les mystères de la Loi et des Prophètes. C’est Jésus lui-même, en cette scène relatée aujourd’hui, qui a ouvert leur intelligence à la compréhension des Écritures.

Et plus tard, en son absence matérielle, l’Esprit de Pentecôte a pris le relais. Et tout au long des Actes des Apôtres et des Epîtres, nous voyons les disciples de Jésus, qui n’étaient pourtant pas des érudits, citer les Prophètes, les Psaumes, la Loi pour appuyer leur annonce de la seigneurie de Jésus Christ. Jésus, ce jour-là, a levé pour eux un voile qui recouvre les Ecritures pour tout un chacun. Ainsi de nous quand nous entrons dans une grande intimité de cœur avec Lui. On pourra toujours s’épuiser dans de longues études d’exégèse jusqu’à en perdre la spontanéité de la foi, l’érudition ne pourra pas se substituer à la puissance de l’Esprit Saint qui fait lever le voile sur les mystères de la révélation divine.

Ainsi donc, comme je le dis souvent en suscitant ici et là des grincements de dents, la mystique l’emporte assurément sur la théologie savante, certes pas inutile, mais dont les adeptes feraient bien de prêter aussi l’oreille aux inspirations de l’Esprit qui habitent celles et ceux que le Seigneur visite intimement avec prédilection, leur ouvrant l’intelligence à la compréhension des Écritures.

En ce temps-là, quand les femmes eurent entendu les paroles de l’ange, vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.
Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui.
Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »
Tandis qu’elles étaient en chemin, quelques-uns des gardes allèrent en ville annoncer aux grands prêtres tout ce qui s’était passé.
Ceux-ci, après s’être réunis avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une forte somme
en disant : « Voici ce que vous direz : “Ses disciples sont venus voler le corps, la nuit pendant que nous dormions.”
Et si tout cela vient aux oreilles du gouverneur, nous lui expliquerons la chose, et nous vous éviterons tout ennui. »
Les soldats prirent l’argent et suivirent les instructions. Et cette explication s’est propagée chez les Juifs jusqu’à aujourd’hui.

Matthieu 28,8-15
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

On n’a jamais fini de découvrir des trésors cachés dans la Parole de Dieu. Et ainsi, ce matin, lisant l’évangile du jour, j’ai été frappée par la salutation de Jésus ressuscité aux femmes qui s’étaient rendues de bon matin à son tombeau et qu’il a choisies lui-même pour les faire témoins de sa résurrection auprès de ses disciples. Des femmes de foi, des femmes de compassion pour Lui, des femmes de fidélité, des femmes de courage, des femmes d’écoute, des femmes de conviction dans le témoignage. Oui, en vérité, Jésus n’a pas choisi pour cette annonce majeure dans l’histoire de la Révélation divine Pierre qui avait failli trois jours avant ou Paul qui ne le rencontrera que bien plus tard dans une expérience mystique. Il a choisi Marie de Magdala, celle dont il avait chassé sept démons qui pourraient très bien correspondre à un psychisme tourmenté davantage qu’à la luxure que d’aucuns en Eglise et dans l’iconographie chrétienne veulent obstinément lui attribuer, et « l’autre Marie » qui n’est certes pas sa mère, sinon il en aurait été fait mention.
Par contre, Jésus choisit de les interpeller par la salutation même que l’ange adressa à la jeune Marie de Nazareth quelques trente-trois années auparavant : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » (Luc 1, 28)

Je te salue, je vous salue…

Et nous catholiques qui prions si régulièrement le « Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous », d’où vient que nous omettions de considérer que les deux autres Marie du matin de la résurrection aient aussi été pleines de la grâce d’avoir le Seigneur Jésus avec elles de manière toute privilégiée en ce matin de Pâques ? N’est-ce pas là aussi une grâce insigne ? D’où vient l’obstination catholique à séparer Marie mère de Jésus du reste du genre féminin en la considérant comme « pleine de grâce » à la différence supposée de toutes ses sœurs en humanité ? Jésus aurait-il salué ces femmes-là en leur disant : « Je vous salue, femmes pécheresses, mais ne puis me révéler à vous. » ?

Bien au contraire, ce sont ces femmes qu’il a choisies pour leur révéler le mystère de sa résurrection, bien plutôt que ses douze disciples dont l’un déjà l’avait vendu aux soldats romains et les autres demeureraient tous dans l’incrédulité aux paroles de ses élues pour le témoignage ! (Luc 24, 11 : Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas.)

Seigneur Jésus, combien de temps faudra-t-il pour que les hommes qui prétendent avoir des droits sur la Révélation divine cessent de considérer leurs sœurs en humanité comme mineures dans le témoignage chrétien, en les plaçant à un rang inférieur à celui de ta mère choisie par le Père éternel pour t’enfanter mais non pour témoigner la première de ta résurrection ? N’as-tu pas toi-même voulu par avance nous saluer toutes dans notre grâce d’être femmes et « Capax Dei », ouvertes à ta Parole de manière éminente et dociles à l’Esprit Saint que tu te plais à déverser sur nous  de manière toute privilégiée ? N’as-tu pas voulu, par tout ton Evangile, souligner que tes plus belles louanges à une foi spontanée nous reviennent, et que même peut-être égarées un temps loin de Toi, nous sommes capables de devenir une fois réconciliées avec ton Père les plus fidèles et fiables de tes adoratrices et de tes témoins ?

Je rends grâce à cet évangile d’aujourd’hui car je me sens personnellement saluée par le Seigneur dans une grâce différente de celle qui fut faite à Marie de Nazareth il y a 2000 ans, mais non une grâce moindre : oui, je suis infatigable témoin de la résurrection de mon Seigneur, de sa vie indubitable en mon cœur et en mon âme, de sa Parole sans cesse renouvelée et cependant conforme aux Ecritures dans mon oraison. Et je ne me fatiguerai pas, 2000 ans après Marie de Magdala, de proclamer ici et ailleurs que le Seigneur a choisi ma pauvre personne, à travers grâces et bien des épreuves au creuset de la souffrance, pour témoigner inlassablement de la Vérité des Ecritures jusqu’à leur terme et de son retour prochain dans la Gloire. Dussé-je endurer encore et encore des soupçons de délire de la part des ordonnés qui s’obstinent depuis longtemps à ne pas vouloir me croire.

Image : Mosaïque de Laurence Torno « Une prière pour le monde »,  Exposition « Femmes de la Bible » à l’église Saint Léger de Guebwiller, 2019

Ainsi parle le Seigneur : Oui, voici : je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle, on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit.
Soyez plutôt dans la joie, exultez sans fin pour ce que je crée. Car je vais recréer Jérusalem, pour qu’elle soit exultation, et que son peuple devienne joie.
J’exulterai en Jérusalem, je trouverai ma joie dans mon peuple. On n’y entendra plus de pleurs ni de cris.
Là, plus de nourrisson emporté en quelques jours, ni d’homme qui ne parvienne au bout de sa vieillesse ; le plus jeune mourra centenaire, ne pas atteindre cent ans sera malédiction.
On bâtira des maisons, on y habitera ; on plantera des vignes, on mangera leurs fruits.

Isaïe 65,17-21
Textes liturgiques©AELF

Il faut être aveugle au monde d’aujourd’hui, halluciné ou de mauvaise foi pour prétendre que les prophéties d’Isaïe sont toutes accomplies depuis la venue parmi les hommes de Jésus Christ, que ces prophéties annonçaient essentiellement la venue du Messie il y a 2000 ans ou, pire encore – mais cela s’entend parfois – le temps de l’Eglise… Il faut être un doux rêveur, ou plutôt, un chrétien hypocrite pour avancer que toute l’Ecriture est déjà accomplie en l’Incarnation du Verbe et que nous n’avons plus désormais qu’à laisser fructifier cette grâce. Il faut aussi singulièrement manquer de foi en Dieu pour laisser entendre que Ses promesses ne seront pas tenues davantage que par ce qui nous est donné dans le monde d’aujourd’hui et, au mieux, dans la vie après la mort. Il faut aussi être diablement résigné à l’injustice pour considérer que depuis 2000 ans, nous avons tout en main et que l’avènement d’un monde plus juste dépend uniquement de nos faits et gestes.

Je veux par cette introduction un brin désabusée signifier à quel point je m’érige contre la manie chrétienne de considérer que toute l’Ecriture est déjà accomplie et qu’il nous faut exulter d’avoir l’Eglise et les sacrements au milieu d’un monde qui s’éloigne peut-être chaque jour davantage des préceptes de l’Evangile, très loin d’en vivre. Les apparats de l’Eglise, cette illusion de magnificence qui lui a inspiré qu’elle était devenue la vraie Jérusalem sur terre, sont un mirage en train de s’effondrer sous nos yeux.

Je crois qu’il y a lieu de déconstruire des siècles de développements sur une conception de l’Eglise comme aboutissement des prophéties de l’Ancien Testament, et du monde nouveau comme déjà advenu, ou tout au moins à améliorer désormais par nous-mêmes. Comme si la Trinité était figée dans son Ciel, n’avait plus à se manifester ni à descendre de son trône de gloire pour montrer le vrai chemin et mener l’humanité non pas vers un utopique monde terrestre régénéré, mais bel et bien vers le jugement des vivants et des morts et le passage vers la terre nouvelle ci-dessus décrite par Isaïe. Celle-ci ne ressemblera absolument pas à notre contexte même  – surtout ? – contemporain, elle en sera plutôt tout l’inverse. Cette terre nouvelle n’est certes pas la première création criblée de mort, de maladies, de virus, de deuil et de larmes, ce monde en déliquescence que l’humain et le mal se sont acharnés à dégrader siècle après siècle et décennie après décennie. Cette terre où nous vivons n’est qu’une sorte de « laboratoire d’essai » d’une autre création que Dieu prodiguera aux rachetés, sans doute notre planète était-elle dévolue à la procréation, notre Dieu se désirant un peuple innombrable, et aussi à la quête de ce Dieu qui sait se cacher mais qui aime tant se laisser trouver par les persévérants dans la prière et la justice. Nul sur terre n’a été aussi proche du Dieu éternel que son Fils Jésus en son incarnation. Nul ne peut communier aux ultimes vérités de la Révélation sans s’agréger au cœur de ce Verbe si doux, lui qui aime qu’on l’écoute, mette sa parole en pratique et se laisse conduire vers son Père pour une étreinte d’amour filial sans commune mesure avec ce qui peut se vivre ici-bas.

Alors me direz-vous, que vient faire Jérusalem dans ces promesses ineffables de vie enfin dépouillée de mal et de souffrance ?

Jérusalem est au-delà de ce qu’Isaïe lui-même en comprenait en prononçant ces prophéties. Jérusalem est l’objet de la complaisance du Seigneur qui a fait choix d’elle pour toujours. Elle n’est ni la ville portant son nom, ni l’Eglise et ses prélats déguisés en Epouse, elle n’est pas non plus le Ciel de la première résurrection où les bienheureux se consacrent pour le moment à intercéder pour nous pauvres créatures perdues dans un monde hostile, et non à faire la fête en paradis comme on l’imagine parfois. Ce qui serait devenir, après sa mort, bien égoïste…

Non, Jérusalem est la prédilection du Seigneur, sa confidente, son vis-à-vis, comme Salomon reçut la Sagesse en don divin, comme le Serviteur souffrant rayonna de vie au matin de Pâques, elle est celle que le Verbe chérit et comblera de bénédictions, y associant dans une même accolade tout l’heureux peuple des rachetés.

Quand ?

Quand le Père aura décidé que le moment est venu de manifester la gloire de la Trinité, et de la révéler enfin telle qu’elle Est.

On ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit.
Soyez plutôt dans la joie, exultez sans fin pour ce que je crée. Car je vais recréer Jérusalem, pour qu’elle soit exultation, et que son peuple devienne joie.
J’exulterai en Jérusalem, je trouverai ma joie dans mon peuple. On n’y entendra plus de pleurs ni de cris.

Venez, retournons vers le Seigneur !
il a blessé, mais il nous guérira ;
il a frappé, mais il nous soignera.
Après deux jours, il nous rendra la vie ;
il nous relèvera le troisième jour :
alors, nous vivrons devant sa face.

Efforçons-nous de connaître le Seigneur :
son lever est aussi sûr que l’aurore ;
il nous viendra comme la pluie,
l’ondée qui arrose la terre.
– Que ferai-je de toi, Éphraïm ?
Que ferai-je de toi, Juda ?
Votre fidélité, une brume du matin,
une rosée d’aurore qui s’en va.
Voilà pourquoi j’ai frappé par mes prophètes,
donné la mort par les paroles de ma bouche :
mon jugement jaillit comme la lumière.
Je veux la fidélité, non le sacrifice,
la connaissance de Dieu plus que les holocaustes.

Osée 6, 1-6
Textes liturgiques©AELF

Je ne vais pas faire un commentaire savant sur ces versets d’Osée, l’un des Prophètes qui me touchent le plus. Simplement dire à quel point ces prophéties me semblent actuelles, oh pas de nos jours contre les peuples de la première Alliance, ce qui constituerait pour nous chrétiens un raccourci bien trop confortable, mais bel et bien pour nous aussi chrétiens et les institutions que nous nous sommes données. Il faut lire et méditer les chapitres 4 et 5 d’Osée qui précèdent l’extrait ci-dessus. Dieu n’y est pas tendre du tout ! Il y évoque les crimes de son peuple et de ses prêtres, et y est particulièrement virulent contre eux justement :

Écoutez la parole du Seigneur, fils d’Israël, car le Seigneur est en procès avec les habitants du pays : il n’y a, dans le pays, ni vérité ni fidélité, ni connaissance de Dieu, mais parjure et mensonge, assassinat et vol ; on commet l’adultère, on se déchire : le sang appelle le sang.
C’est pourquoi le pays est en deuil, tous ses habitants dépérissent, ainsi que les bêtes sauvages et les oiseaux du ciel ; même les poissons de la mer disparaissent. Mais que nul n’accuse, que nul ne réprimande : Prêtre, c’est avec toi que je suis en procès ! Tu trébuches le jour, le prophète aussi trébuche avec toi la nuit ; je réduirai ta mère au silence, et mon peuple, faute de connaissance, sera, lui aussi, réduit au silence. Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai et tu ne seras plus mon prêtre ; puisque tu as oublié la loi de ton Dieu, à mon tour, j’oublierai tes fils.
Tous, tant qu’ils sont, ils ont péché contre moi : je vais changer leur gloire en infamie.
Ils se repaissent du péché de mon peuple et vers leur faute ils portent leur désir.
Il en sera du prêtre comme du peuple : je sévirai contre lui à cause de sa conduite et je lui revaudrai ses actions.

Osée 4, 1-9

Ne serait-ce pas un peu facile de dire que par la venue, la mort et la résurrection de Jésus, Dieu a tout pardonné et que désormais, les baptisés et les prêtres sont sanctifiés et assurés de la mansuétude de Dieu pour toutes leurs fautes pourvu qu’ils montrent un peu de contrition devant un confesseur ? Nous n’avons que trop constaté ces dernières années les ravages incalculables des abus sexuels et spirituels qui ont eu cours dans l’Eglise depuis des décennies et sans doute des siècles ! Nous n’avons que trop mesuré la blessure que constitue pour les victimes le fait de savoir que leurs prédateurs sexuels ou spirituels ont été couverts par l’institution ecclésiale jusqu’à son plus haut niveau, qu’ils sont demeurés impunis, tout au plus sanctionnés d’une petite mutation ou d’une reconduite à l’état laïc quand l’Eglise ne pouvait décemment plus masquer les faits !

Je trouve que le chapitre 4 d’Osée entre en résonance profonde avec cet état de fait.

Prêtre, c’est avec toi que je suis en procès ! (Osée 4, 4)

Ne tremblent-ils pas en lisant ces versets, ceux qui ont détruit l’innocence de mineurs ou organisé la décérébration de jeunes postulants ou consacrés?
On n’est certes plus à l’époque des prostituées sacrées, mais nos religieux et fondateurs de communautés nouvelles ont peut-être fait pire encore en détournant à leur profit les plus pures aspirations d’enfants et de jeunes à servir Dieu !

Alors je ne suis pas de ceux qui manient l’onctuosité en s’exclamant : « Dieu n’est qu’Amour ! » et qui se pensent d’emblée absous de tout grâce au bon Jésus. Soyons un tant soit peu réalistes : l’ensemble des baptisés est-il réellement plus saint que ne l’étaient les peuples de la première Alliance ? Ne sommes-nous pas nous aussi une société en deuil, criblée de parjure, mensonge, assassinat, vol et adultère comme celle que dénonce le Prophète Osée au début de ce chapitre 4?

J’ai été accablée par l’actualité de ces derniers jours dans notre pays de France : voici que notre société est capable de générer des adolescents qui s’entretuent dans des rixes de quartier ou qui assassinent froidement une des leurs pour des motifs futiles de rancœurs « amoureuses » ou de mots mal placés. Où allons-nous donc ?

C’est trop facile pour l’Eglise de dénoncer « l’esprit du monde déchristianisé » en prétendant incarner la vertu et la solution aux maux de cette société quand elle-même, dans une bien trop large frange, n’a que trop démontré son hypocrite incapacité à vivre authentiquement l’esprit de l’Evangile. Ceux qui devaient être les témoins les plus lumineux du Christ se sont parfois montrés les fossoyeurs de sa Parole.

Alors personnellement, le Dieu qui a parlé par les Prophètes de la première Alliance ne m’incommode pas et je ne le trouve pas « méchant » par rapport à une conception par trop mièvre du Dieu Trinité des chrétiens. L’Eternel est éternel. Plein de miséricorde, certes, mais aussi de justice.

En ce temps-là,
comme Jésus était dans une maison,
arrivent sa mère et ses frères.
Restant au-dehors, ils le font appeler.
Une foule était assise autour de lui ;
et on lui dit :
« Voici que ta mère et tes frères sont là dehors :
ils te cherchent. »
Mais il leur répond :
« Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? »
Et parcourant du regard
ceux qui étaient assis en cercle autour de lui,
il dit :
« Voici ma mère et mes frères.
Celui qui fait la volonté de Dieu,
celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »

Marc 3, 31-35
Textes liturgiques©AELF

Je me suis déjà exprimée, sur ce site, au sujet de cet extrait de l’Evangile de Marc. Mais il n’est pas inutile d’y revenir, surtout en tant que catholique, pour sortir des commentaires un peu lénifiants dans notre Eglise, toujours plutôt gênée par ces versets qu’elle se réserve le droit de commenter exclusivement en ses ministres ordonnés pour bien enfoncer le clou catholique : les frères de Jésus ne sont pas ses frères (quelle idée n’est-ce pas ?) mais ses voisins ou ses cousins, et la Vierge Marie sa mère étant la première et la meilleure de toutes ses disciples, il ne saurait s’agir dans ces versets d’une prise de distance de Jésus avec sa famille. Consultez des homélies catholiques sur cet extrait d’évangile, et neuf fois sur dix, on vous servira cette catéchèse qui a en outre le mérite de noyer un peu le poisson soulevé quelques versets plus haut :

Les gens de chez lui, l’apprenant, vinrent pour se saisir de lui, car ils affirmaient : « Il a perdu la tête. »
Marc 3, 21

Sur ce verset-là aussi, on prêche pieusement que Marie et les « voisins et cousins » de Jésus ont craint pour son bien-être car il était tellement occupé qu’il ne trouvait plus le temps de manger. Plutôt la soupe familiale que le surmenage du bon Jésus, et l’honneur de ses proches est sauf. Admettre encore et encore qu’en toutes circonstances, ceux-là ne lui auraient voulu que du bien.

Eh bien, si Jésus se montre ici dénutri, moi aussi, comme catholique abreuvée de ce style de commentaires, je reste sur ma faim.
Car enfin, être soupçonné par ses proches d’avoir perdu la tête n’est pas tout à fait la même chose que de leur inspirer des inquiétudes pour sa satiété.
Prêcher le Royaume de Dieu à des foules rassemblées autour de soi en suscitant ainsi l’envie de ses proches de se faire rapatrier d’urgence à la maison n’est pas tout à fait un signe de docilité à la volonté du Père et à l’Esprit Saint pour ces empêcheurs d’annoncer la Bonne Nouvelle aux foules.

Je veux bien croire en la bonne foi de Marie, mais comment s’obstiner à nier qu’au moins une fois – cette fois-là – elle ait été gagnée par le doute sur le bien-fondé de la prédication de son fils ?
N’y a-t-il pas là un écho à son incompréhension de la fugue de l’enfant à 12 ans vers le temple de Jérusalem ? (Luc 2, 41-51) Est-ce donc un blasphème des plus abjects en catholicisme que de considérer que la mère de Jésus ait pu avoir une réaction tout humaine de panique devant les propos de son fils qui lui semblaient hors de contrôle et risqués ? Je pense que c’est plutôt rendre hommage à la mère qu’elle a été que de lui laisser un peu de faiblesse et de faillibilité, au lieu de la revêtir toujours d’une aura de prescience et de perfection de jugement spirituel. Ou alors, n’est-ce pas que notre Eglise qui se réclame de la maternité originelle de Marie sur elle craint aussi de voir son infaillibilité doctrinale se flétrir au contact d’un verset biblique peu flatteur pour Marie ?

Quant aux frères de Jésus, il ne fait pas de doute, comme le souligne aussi l’évangéliste Jean, qu’ils ne croyaient pas en la légitimité de leur aîné à prêcher le Royaume des Cieux.
En effet, les frères de Jésus eux-mêmes ne croyaient pas en lui.
Jean 7, 5

On comprend bien mieux l’annonce de Jésus sur sa véritable famille quand on admet que la sienne n’a pas été exempte d’erreurs de jugement sur sa messianité et sa légitimité à dire les mots du Père, lui qui était le Verbe, venu parmi les siens, « et les siens ne l’ont pas reçu. »
(Jean 1, 12)

Ecrivant cela, je vais encore me faire quelques ennemis dans l’Eglise de mon baptême. Mais si je persiste à l’écrire, c’est parce que je saisis le mystère de la souffrance intérieure de Jésus, lui qui a peu à peu acquis, pendant ses trente années de vie cachée, la certitude d’être Fils de Dieu, lui qui a été envoyé parler en son Nom, et qui savait que ce faisant, il se mettrait à dos ses propres frères de sang doutant de lui, et par extension la plus grande partie de la famille religieuse à laquelle il appartenait. Jésus n’était dupe ni de la volonté des gardiens de sa religion de ne pas se laisser déposséder de leurs prérogatives spirituelles et temporelles, ni de l’issue fatale que sa courageuse prédication allait lui valoir.

« Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »

Seigneur Jésus, je n’aspire qu’à être ta sœur par l’Esprit en accomplissant la volonté de notre Père, dans la vérité, quoiqu’il doive m’en coûter.