Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

Frères, si nous avons une telle confiance en Dieu par le Christ,
ce n’est pas à cause d’une capacité personnelle que nous pourrions nous attribuer : notre capacité vient de Dieu.
Lui nous a rendus capables d’être les ministres d’une Alliance nouvelle, fondée non pas sur la lettre mais dans l’Esprit ; car la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie.
Le ministère de la mort, celui de la Loi gravée en lettres sur des pierres, avait déjà une telle gloire que les fils d’Israël ne pouvaient pas fixer le visage de Moïse à cause de la gloire, pourtant passagère, qui rayonnait de son visage.
Combien plus grande alors sera la gloire du ministère de l’Esprit !
Le ministère qui entraînait la condamnation, celui de la Loi, était déjà rayonnant de gloire ; combien plus grande sera la gloire du ministère qui fait de nous des justes !
Non, vraiment, ce qui, dans une certaine mesure, a été glorieux ne l’est plus, parce qu’il y a maintenant une gloire incomparable.
Si, en effet, ce qui était passager a connu un moment de gloire, combien plus ce qui demeure restera-t-il dans la gloire !

2 Corinthiens 3,4-11

Textes liturgiques©AELF

Je m’aperçois que je ne me suis jamais beaucoup arrêtée sur ce passage si beau de la 2ème Lettre aux Corinthiens. Aujourd’hui, il m’interpelle hautement.
J’ai eu des échanges ces derniers jours avec une femme catholique qui écrit beaucoup, se présente comme mystique, mais dont les choix et les orientations correspondent à ce qui personnellement me rebute le plus dans l’Eglise de notre baptême : l’allégeance à Medjugorje, l’hyperdulie *, l’obéissance scrupuleuse à toute la doctrine de l’Eglise et la confiance aveugle dans le catéchisme, qu’elle récite à longueur de réponses. Et lorsque j’ose argumenter selon ce que je reçois depuis tant d’années dans l’abandon à l’Esprit Saint et la fidélité aux sacrements, je suis qualifiée par elle d’orgueilleuse. Pourtant, je pourrais reprendre mot pour mot l’affirmation de l’Apôtre Paul : « Si nous avons une telle confiance en Dieu par le Christ, ce n’est pas à cause d’une capacité personnelle que nous pourrions nous attribuer : notre capacité vient de Dieu. »
Que l’on mesure ce paradoxe : les « charismatiques » auto-proclamés ont le droit de prononcer de telles paroles. Cela ne choque personne dans leur cercle. Soyez extérieure à ce cercle mais cependant pratiquante très fidèle dans une humble paroisse, passant des heures précieuses en oraison, vous n’aurez pas le droit de vous présenter comme inspirée par l’Esprit… si vous vous mettez à contester le catéchisme de l’Eglise catholique.

Car enfin, il est temps de réfléchir à notre situation en regard de celle que Paul évoque ici. Sommes-nous encore, Eglise du Seigneur comme dans ce texte à ses premiers temps, soumis uniquement aux lois de l’Esprit ? C’est ce que prétend encore l’Institution, elle qui s’est crue bien trop longtemps bénéficiaire privilégiée de l’Esprit Saint. Plus on monte en grade dans l’Eglise hiérarchique, et plus on est censé être oint, jusqu’au pape qui lui, en ses affirmations de foi, est censé être infaillible ! Infaillible, mais franchement, que l’on réfléchisse un peu à cette notion que le Magistère dans son entre-soi masculin s’est octroyée ! Je conteste ce dogme depuis longtemps, et je continuerai à le faire. Car c’est un insupportable bâillon pour tous les autres chrétiens.

Paul a eu en son temps à se battre contre les légalistes juifs qui opposaient la Loi de Moïse à la nouveauté du Seigneur Jésus. Et moi, dans l’onction de l’Esprit – je ne suis pas moins baptisée, confirmée et consacrée au Seigneur que les ordonnés – j’ose affirmer que le catéchisme de l’Eglise catholique est désormais une insupportable gangue qui a une lourde part de responsabilité dans la défection des baptisés. Non pas qu’il faille vivre hors de tout commandement : la Parole du Christ demeure, est un guide insurpassable. Mais quand vous voyez que le CEC a bien plus d’épaisseur que les quatre Evangiles réunis, vous êtes en droit de vous poser des questions.

« Ah mais, va-t-on me rétorquer, le catéchisme a été approuvé tel que rédigé sous son pontificat par Jean-Paul II, qui est un Saint !  »

Nous y voilà. Jean-Paul II, déjà infaillible en son ministère, et de surcroît Saint de nos jours, on ne peut plus rien y redire.

Eh bien j’y redirai quand même, car ce ne sont que des hommes pas forcément inspirés par l’Esprit qui ont rédigé ce carcan moral, et un pape pas toujours très clairvoyant qui l’a contresigné. Avec le CEC, nous sommes, je pense, en plus mauvaise situation que les Juifs avec leurs 613 commandements. Pour vivre selon le catéchisme, il faudrait être un ange désincarné. Est-ce le but d’une vie humaine ? La conséquence d’un tel empilement de prescriptions n’est-elle pas plutôt soit de décourager complètement le chrétien sincère, soit de le faire vivre en légaliste ? Et comme tous sans aucune exception, nous sommes en faute vis-à-vis du CEC, nous devrions donc battre notre coulpe indéfiniment, nous noyer dans la culpabilité et nous sentir indistinctement pécheurs et pécheresses au long des jours ?

Que les rédacteurs bénis par Jean-Paul II s’interrogent d’abord eux-mêmes : n’est-ce pas sous ce pontificat-là que les crimes les plus odieux de certains clercs ont été étouffés par l’institution et couverts par le Vatican ? Se souvenir de cela permettrait de désacraliser un peu ce pavé de prescriptions morales qui n’a plus grand chose à voir avec la Parole percutante et efficace de Jésus le Christ. C’est ma protestation du jour.

 

* hyperdulie :
Culte d’hyperdulie, culte réservé à la Vierge Marie en raison de sa prééminence parmi les saints. (Définition Larousse)

En ce temps-là, les disciples de Jésus lui dirent : « Voici que tu parles ouvertement et non plus en images.
Maintenant nous savons que tu sais toutes choses, et tu n’as pas besoin qu’on t’interroge : voilà pourquoi nous croyons que tu es sorti de Dieu. »
Jésus leur répondit : « Maintenant vous croyez !
Voici que l’heure vient – déjà elle est venue – où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul ; mais je ne suis pas seul, puisque le Père est avec moi.
Je vous ai parlé ainsi, afin qu’en moi vous ayez la paix. Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde. »

Jean 16, 29-33
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Parfois, ici, je joue les trouble-fêtes. Je pense à l’homélie que j’ai entendue au jeudi de l’Ascension ailleurs que dans ma paroisse, une jolie homélie rassurante pour des paroissiens âgés qui avaient demandé une intention de messe. Le célébrant disait en substance qu’au moment de la mort, si nous sautions avec confiance dans le vide comme un enfant qui veut échapper à un incendie au premier étage de sa maison et entend son papa l’appeler en bas, nous atterririons dans les bras de Père qui nous voit même si nous ne l’apercevons pas à travers l’épaisse fumée. Et que donc, à l’instant de la mort, il suffisait de sauter en toute confiance pour se retrouver entre les bras de Dieu.
Nos prêtres sont habitués à donner ce type d’homélie pour les funérailles, il faut réconforter ceux qui sont en deuil, rassurer sur le sort du défunt, quelle qu’ait été sa vie réelle…

Alors certes, je ne suis pas à la veille de mourir étant donné mon âge et ma santé, et je ne cherche pas à ce que l’on me rassure devant la mort. Mais tout de même, je trouve que nous nous fourvoyons un peu dans le langage ecclésial contemporain. Cette manie de prêcher que la vie éternelle nous est acquise sans que l’existence que nous aurons menée ici-bas n’ait à être prise en compte ! Cette habitude de faire croire que quelques sacrements sont l’unique nécessaire pour nous garantir le salut ! Pourquoi les responsables religieux se plaignent-ils que les églises soient vides, alors qu’ils prêchent à longueur de funérailles qu’ « on ira tous au paradis » ? A les entendre, son nom dans un registre de baptême et si possible avoir communié au moins une fois dans sa vie paraissent  des vaccins contre le néant – voire pire – qui pourrait nous guetter après la mort…

Si je m’exprime encore et encore sur un tel sujet, ce n’est pas par option personnelle ou par esprit de contradiction. Non, c’est par connaissance intime de quelques mystères du salut en Christ et des vérités essentielles de sa Parole dans l’Evangile.
L’Eglise aujourd’hui prêche : « Dieu veut notre bonheur. » Tous les auditeurs sont contents et comprennent « dès ce monde ». Or, ce n’est pas du tout ce que Jésus nous a promis : « Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! » Et là, les plumes théologiques et les claviers catholiques se préparent à me rétorquer que le temps du « dolorisme » est révolu.

Je suis habituée à ce que les contre-arguments fusent quand je m’exprime sur ces sujets-là. Mais je persévère, non pas pour me démarquer, mais par réel souci du salut de mon prochain.

Le « monde » dans lequel nous vivons ici-bas n’est qu’une terre de pèlerinage vers le Royaume que le Christ incarné puis ressuscité nous a promis, en vertu de sa miséricorde, certes, mais aussi si nous vivons selon ses commandements ! Et je redis ici que les commandements de Jésus sont inscrits dans l’Evangile bien plus sûrement et clairement que dans le catéchisme de l’Eglise catholique.
Alors oui, pour un/e disciple authentique du Christ, ce monde-ci est souvent une terre de souffrance, car le chrétien véridique ne vit pas selon les préceptes du monde. Certes, il est appelé à obéir à toute la loi civile, mais si cette loi lui demande d’aller jusqu’à renier son Seigneur et ses commandements, il doit témoigner avant tout de sa fidélité à son baptême et à la Parole indépassable du Verbe de Dieu. Le chrétien doit vivre une vie évangélique envers son prochain, et au cœur d’un monde qui suit la pente inverse, s’offrir à Dieu, dans une foi profonde, pour mendier s’il est possible le salut de tant de ses contemporains qui se fourvoient dans des voies d’égoïsme et de complaisance pour la dictature du pouvoir et de la jouissance terrestres. Au risque de leur salut.

 

Image : Christ à la Croix   El Greco   XVIe    Musée des Arts catalans, Barcelone

Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem,
et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.
Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux.
Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.
Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes.
L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. »
Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple :
comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié.
Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé.
À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau,
elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant.
Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit !
Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »
Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin.
Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.
Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna.
Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.
Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? »
À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent :
« Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »
À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.

Luc 24, 13-35
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

L’esprit humain – et surtout, d’ailleurs, l’esprit masculin – est ainsi fait qu’il a besoin de signes, de preuves, besoin de voir, d’entendre, de toucher pour croire en un témoignage, fût-il le plus véridique et le plus authentique. Et ainsi, nombre des disciples hommes de Jésus n’ont-ils pas crû à l’extraordinaire nouvelle de sa résurrection, alors que des femmes qui l’avaient vu ressuscité de leurs yeux en témoignaient. L’aveuglement des disciples d’Emmaüs dure ici longtemps aussi. Ils ont le Christ vivant au milieu d’eux et ne le reconnaissent pas. Il atteste de la cohérence entre les Ecritures même déjà anciennes et qu’ils connaissent pourtant et toute sa vie, jusqu’à sa résurrection, et ils ne croient toujours pas. Il leur faudra un geste caractéristique du Seigneur Jésus – la fraction du pain – pour qu’enfin, ils abdiquent leurs objections rationnelles et le reconnaissent. Mais aussitôt, il disparut à leurs regards.

C’est bien là la manière de faire de Dieu. Donner des signes, des références bibliques qui relèvent de l’évidence, solliciter encore et encore la foi, mais dès qu’elle point, se retirer pour laisser l’esprit humain libre de poursuivre ou non sur la voie de la foi et du témoignage. Et quand la décision de croire a été prise du fond du cœur, c’est au tour du disciple convaincu de se heurter à la méfiance humaine, à la mécréance voire à la dérision de ceux qui préfèrent se voir eux-mêmes, en leur ego, comme le début et la fin de tout.

Mystère de la discrétion de Dieu, de son infini respect de notre liberté de conscience, mystère de l’humilité de ce Dieu Trinité qui préfère être moqué et bafoué plutôt que de se révéler clairement pour tous dans toute sa Gloire ! N’est-ce pas justement parce qu’il a une prédilection pour les petits et les humbles, et que les esprits forts et orgueilleux ont plus de chance de se convertir en profondeur et en vérité au contact d’un témoin humble et sans aucune « preuve » que devant des prodiges divins que ces superbes-là réfuteraient de toute façon, parce qu’ils ne veulent « ni Dieu, ni maître » !

La foi chrétienne ne passe pas par le prosélytisme et la coercition. Elle passe par le témoignage d’une vie donnée pour la vérité de l’Evangile et pour l’amour du Christ, étroitement lié à la bienveillance et l’amour agapê pour le prochain. Les disciples d’Emmaüs, enfin convaincus de la Résurrection du Seigneur, retournent à Jérusalem vers les autres apôtres pour témoigner à leur tour. Et nous, chrétiens du XXIe siècle, sommes appelés au même témoignage, quoiqu’il doive nous en coûter de la part des ennemis du Christ et de son Père.

Image : Résurrection du Christ     Guerau Gener    Musée des Arts catalans de Barcelone

En ce temps-là, Jésus disait à ceux des Juifs qui croyaient en lui : « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ;
alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. »
Ils lui répliquèrent : « Nous sommes la descendance d’Abraham, et nous n’avons jamais été les esclaves de personne. Comment peux-tu dire : “Vous deviendrez libres” ? »
Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : qui commet le péché est esclave du péché.
L’esclave ne demeure pas pour toujours dans la maison ; le fils, lui, y demeure pour toujours.
Si donc le Fils vous rend libres, réellement vous serez libres.
Je sais bien que vous êtes la descendance d’Abraham, et pourtant vous cherchez à me tuer, parce que ma parole ne trouve pas sa place en vous.
Je dis ce que moi, j’ai vu auprès de mon Père, et vous aussi, vous faites ce que vous avez entendu chez votre père. »
Ils lui répliquèrent : « Notre père, c’est Abraham. » Jésus leur dit : « Si vous étiez les enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham.
Mais maintenant, vous cherchez à me tuer, moi, un homme qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue de Dieu. Cela, Abraham ne l’a pas fait.
Vous, vous faites les œuvres de votre père. » Ils lui dirent : « Nous ne sommes pas nés de la prostitution ! Nous n’avons qu’un seul Père : c’est Dieu. »
Jésus leur dit : « Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car moi, c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens. Je ne suis pas venu de moi-même ; c’est lui qui m’a envoyé. »

Jean 8,31-42
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Jésus, ta vie de prédication, quelle longue souffrance devant les gardiens de la religion dans laquelle tu as été élevé et que tu as observée !
Voilà notre chemin, à nous qui t’aimons, t’écoutons, te croyons : ne pas être aimé, écouté et crû par les gardiens de la religion qui est pourtant née de ta Parole ! Et plus encore, par ceux qui se veulent « plus royalistes que le roi », ces pseudo chrétiens qui contestent a priori tout ce qui émane de l’Esprit Saint, fût-ce de l’Eglise elle-même en quelques-uns de ses représentants isolés, vraiment inspirés, qui détonnent dans le paysage morne et corrompu qu’elle donne à contempler en ces temps où nous sommes.

Etouffer l’Esprit Saint, c’est tout un art en Eglise. C’est, par exemple, promouvoir le « Renouveau charismatique » qui s’en croit propriétaire, et dont les membres ont toujours été dans les premiers à venir défendre le catéchisme et les « saints prêtres » quand quelques-uns osaient en dénoncer les abus spirituels ou autres. C’est, par exemple, répondre invariablement à une inspiration prophétique qui brûle de l’intérieur – et surtout si elle émane d’une femme – « Mais laissez donc l’Eglise se soucier elle-même de ce problème ! » Qui est « l’Eglise » dans ces cas-là ? Cet affligeant parterre de clercs ensoutanés que le Vatican nous donne à contempler tous les jours en photo ? Soit dit en passant, la prophétie concernait, dès 2011, une mise en garde contre Medjugorje. Nous sommes en 2019 et Medjugorje prospère toujours dans le lucre et les prodiges du Mauvais…

Etouffer l’Esprit Saint, cela se pratique même jusqu’au sommet de l’Eglise. Je vais faire une confidence à mes lecteurs : j’ai une très, très grande estime pour le pape François, qui, là où il est, fait ce qu’il peut pour réformer le fonctionnement sclérosé de cette Eglise dont il a l’écrasante responsabilité. Il y a quelques années, repoussée de partout en entretien spirituel, je me suis dit : « Je vais écrire au Pape ». Ce que j’ai fait, et dans sa langue maternelle. Oh, j’ai reçu une aimable réponse de sa secrétairie, la bénédiction sur ma famille, une demande de prier pour lui… et quelques images de lui-même pour aider à ma vénération… Plus tard, je me suis dit : « Il est trop occupé, c’est normal qu’il ne puisse pas me prêter attention, je vais écrire au pape émérite Benoît XVI qui mène désormais une vie d’oraison et qui a écrit de si beaux livres sur Jésus ». Et je lui ai écrit, dans sa langue maternelle à lui, en le félicitant pour son œuvre écrite que j’ai tant appréciée et en lui envoyant « Histoire d’une foi » dans une reliure soignée. Et son secrétaire m’a répondu, fort aimablement, en m’envoyant des images et même une médaille pour le vénérer, lui, Benoît XVI. Voilà. Cela fait quelques années maintenant.

Où est-il, le problème ?

On aura beau grincer des dents et se moquer, je sais que le problème n’est pas en moi. C’est le Christ Jésus qui m’inspire et m’envoie, c’est du Père et du Fils que sourd l’Esprit qui brûle en moi comme une ardente fournaise. Je le sais, je suis passée par le creuset de toutes les souffrances psychiques et spirituelles possibles en 55 ans de vie, mais jamais plus je ne douterai de l’onction qui me fut prodiguée à mon baptême, à ma confirmation, et en une inoubliable nuit de grâce lumineuse le 2 décembre 1999.

20 ans. 20 ans à prêcher en plein désert. Très peu de personnes prêtes à me croire, très, très peu.

Mais j’ai pour moi la confiance que Jésus avait en son Père. Il savait qu’il marchait vers une mort infâme, mais que son Père le ressusciterait au troisième jour. C’était dans leur prière, et dans les Ecritures. Et moi je sais que j’avance vers la justification, sans passer par la mort. C’est dans ma prière, et c’est aussi dans les Ecritures.

« Tu sors de ta passion et tu vas vers ta gloire. »

Amen

« Seigneur, tu m’as fait savoir, et maintenant je sais, tu m’as fait voir leurs manœuvres.
Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir, et je ne savais pas qu’ils montaient un complot contre moi. Ils disaient : « Coupons l’arbre à la racine, retranchons-le de la terre des vivants, afin qu’on oublie jusqu’à son nom. »
Seigneur de l’univers, toi qui juges avec justice, qui scrutes les reins et les cœurs, fais-moi voir la revanche que tu leur infligeras, car c’est à toi que j’ai remis ma cause. »

Jérémie 11,18-20
Textes liturgiques©AELF

On aurait tort de voir en cet extrait biblique une demande à Dieu de châtiment pour ses persécuteurs de la part de Jérémie. Un prophète persécuté – et Jérémie en est le meilleur représentant dans le Premier Testament, le précurseur du Christ – demande avant toute chose la justification pour lui par le Père, et la gloire qui lui revient auprès de Lui, pas forcément au cours de sa vie terrestre, mais au moins pour son éternité qui ne peut être que bienheureuse. Et la revanche qu’il désire être infligée à ses persécuteurs, ce n’est pas autre chose que la confusion pour eux de voir la parole du prophète enfin prise au sérieux, consignée, méditée, prise en exemple, traduite en d’autres langues… Tous les prophètes – tous moqués et persécutés – de la Première Alliance ont fini par être reconnus, leurs persécuteurs ont été balayés comme la paille au vent et les croyants méditent encore aujourd’hui, des siècles voire des millénaires plus tard, leurs prophéties, qui ne sont pas toutes arrivées à achèvement.

N’allons pas imaginer qu’à travers les âges, l’Eglise s’est mieux comportée que les responsables religieux de la Première Alliance. Hildegarde de Bingen n’a été canonisée que 1000 ans après sa mort, Jeanne d’Arc a été abandonnée et livrée par l’Eglise à ses bourreaux, les béguines du Moyen-Age ont toutes été soupçonnées du pire par Rome et de nos jours encore, on conteste la sainteté de l’admirable Hadewijch d’Anvers, jugée trop gênante dans ses visions mystiques pourtant si criantes de vérité. Je pourrais ajouter que sans un petit miracle, l’Inquisition aurait brûlé tous les livres de sainte Thérèse d’Avila. Pour ce qui est des persécutions contemporaines de « lanceurs d’alerte » au sein de l’Eglise catholique romaine, l’actualité en parle mieux que moi.

Je me permets donc aujourd’hui de faire mienne la supplique de Jérémie. Dans le secret de mon oraison, je sais que Dieu me justifiera, et dans peu de temps. Et qu’ils seront bien marris, tous ceux qui m’ont considérée comme folle, illuminée au sens méprisant du terme, idiote au passage – les « libres penseurs »-,  jouet du démon – une certaine Eglise qui adore la Gospa de Medjugorje et vénère Maria Valtorta – ou encore mauvaise chrétienne qui tout de même, est divorcée – ô scandale ! – et ose contester le catéchisme et la sacro-sainte théologie de Jean-Paul II.

Dieu reconnaîtra les siens.