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Méditations bibliques

En ce temps-là, Jésus sortit de nouveau le long de la mer ; toute la foule venait à lui, et il les enseignait.
En passant, il aperçut Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » L’homme se leva et le suivit.
Comme Jésus était à table dans la maison de Lévi, beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux à le suivre.
Les scribes du groupe des pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les publicains, disaient à ses disciples : « Comment ! Il mange avec les publicains et les pécheurs ! »
Jésus, qui avait entendu, leur déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »

Marc 2, 13-17
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Je voudrais saisir l’occasion de la méditation en Eglise de ces versets de Marc pour éclaircir un peu la question de Jésus par rapport aux pécheurs. Entendons bien, ceux qui pèchent, « en pensée, en parole, par action et par omission » (Confiteor), c’est-à-dire, bien sûr, un peu nous tous. Il faudrait être parvenu à un très haut degré de sainteté pour ne plus pécher, à la suite du Christ, d’aucune de ces quatre manières.

Ne pas encore y être parvenus ne signifie cependant pas que nous soyons, en tant que chrétiens, dispensés de chercher à atteindre cet idéal de la vie chrétienne. L’Apôtre Paul par exemple nous le répète souvent dans ses écrits, ici en 1 Thessaloniciens 4, 3-7 :

La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté, en vous abstenant de la débauche, et en veillant chacun à rester maître de son corps dans un esprit de sainteté et de respect, sans vous laisser entraîner par la convoitise comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu. Dans ce domaine, il ne faut pas agir au détriment de son frère ni lui causer du tort, car de tout cela le Seigneur fait justice, comme nous vous l’avons déjà dit et attesté. En effet, Dieu nous a appelés, non pas pour que nous restions dans l’impureté, mais pour que nous vivions dans la sainteté.
[Fin de citation]

Evidemment, il ne s’agit pas seulement de viser la sainteté par un corps qui ne nuise pas à son prochain, mais aussi par tout un comportement personnel qui traduise jour après jour notre volonté de mettre en œuvre la Parole du Christ. Et là, je trouve que le discours chrétien est parfois bien mou. On met facilement en exergue la parole de Jésus : « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » Or, je voudrais relever deux éléments de cette parole :

– Jésus dit bien : « Je ne suis pas venu », il parle là de sa venue dans l’incarnation, inscrite dans l’histoire des hommes il y a 2000 ans. Il parle de son premier avènement, dont les chrétiens font mémoire chaque année à Noël depuis vingt siècles, ce qui fait déjà un sacré bout de temps ! Bref, vivre en 2020 comme si cet événement n’avait jamais eu lieu et que la Parole du Christ n’était pas facilement consultable, pour en prendre connaissance, en un seul clic sur la toile ou dans toute Bible de nos jours – j’excepte les contrées où le christianisme est pourchassé et puni par la loi – c’est déjà faire preuve d’une certaine malice ou au moins d’un soupçon de mauvaise volonté.

– Jésus dit aussi : « appeler ». A dessein, il n’a pas dit : « Je ne suis pas venu absoudre des justes, mais des pécheurs. » Il est venu appeler. Il ne s’est pas contenté de pardonner les péchés de ses contemporains à peu de frais : il appelle Lévi, pécheur, et Lévi le suit. Autant dire qu’il va changer de vie, ne plus être collecteur d’impôts, vivre aux côtés de Jésus et l’accompagner dans son ministère de prédication, bref, Lévi  s’est amendé. Largement.

Alors je voudrais souligner que de nos jours, le discours chrétien dégoulinant de miséricorde nous met parfois en porte-à-faux avec la parole profonde du Christ Jésus. Jésus est venu nous arracher au péché, à grands frais pour lui, jusqu’aux tortures de sa passion et de sa crucifixion. Nous avons donc tort de penser, même comme chrétien, que ce n’est finalement pas bien grave de pécher, nous sommes si faibles, et puis hop, un petit tour au confessionnal, on est absous, c’est magnifique, et comme on est décidément faible, eh bien on a encore le droit de chuter, et encore, et encore… On sera absous, avec un peu de bonne contrition, et comme Jésus a bien voulu mourir pour nous, allez, on ira tous au paradis…

Je réagis aussi, dans cet article, à des horreurs que j’ai pu lire cette semaine dans la presse. Ce prêtre que je ne citerai pas abusait d’enfants qui lui étaient confiés dans le Seigneur, il se confessait, recevait l’absolution, était enjoint à ne plus recommencer mais pas à se faire soigner ni à se dénoncer à la justice, et, pauvre faible créature, il sévissait de nouveau… En quoi s’amendait-il ? En quoi sa conversion était-elle réelle ? Ses confesseurs sont-ils bien certains qu’ils absolvaient « in persona Christi » et non par souci de sauver les apparences ecclésiales ?

Une chose est certaine : Jésus ne reviendra jamais petit bébé pour grandir au milieu des pécheurs et prendre son repas avec eux demeurant plongés dans leur péché. Non !

« Il reviendra dans la gloire, pour JUGER les vivants et les morts.  » (Credo de Nicée-Constantinople)

Ah, qu’ai-je écrit là en capitales ! Un mot haï, honni, banni du vocabulaire chrétien. Est-ce la raison pour laquelle l’Eglise s’est crue si longtemps au-dessus de la justice des hommes ?

Eh bien, j’ose le réaffirmer aujourd’hui : « Il reviendra dans la gloire, pour JUGER les vivants et les morts.  »

Oui, et sans doute bientôt ! Et nous verrons bien, à son second avènement, si le Christ revient pour festoyer avec les pécheurs qui nuisent à leur prochain ou pour consoler éternellement leurs victimes.

 

Image : L’appel de Matthieu / Lévi au bureau des taxes        Le Caravage

En ces jours-là, Anne se leva, après qu’ils eurent mangé et bu. Le prêtre Éli était assis sur son siège, à l’entrée du sanctuaire du Seigneur.
Anne, pleine d’amertume, se mit à prier le Seigneur et pleura abondamment.
Elle fit un vœu en disant : « Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier, et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie, et le rasoir ne passera pas sur sa tête. »
Tandis qu’elle prolongeait sa prière devant le Seigneur, Éli observait sa bouche.
Anne parlait dans son cœur : seules ses lèvres remuaient, et l’on n’entendait pas sa voix. Éli pensa qu’elle était ivre
et lui dit : « Combien de temps vas-tu rester ivre ? Cuve donc ton vin ! »
Anne répondit : « Non, mon seigneur, je ne suis qu’une femme affligée, je n’ai bu ni vin ni boisson forte ; j’épanche mon âme devant le Seigneur.
Ne prends pas ta servante pour une vaurienne : c’est l’excès de mon chagrin et de mon dépit qui m’a fait prier aussi longtemps. »
Éli lui répondit : « Va en paix, et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. »
Anne dit alors : « Que ta servante trouve grâce devant toi ! » Elle s’en alla, elle se mit à manger, et son visage n’était plus le même.
Le lendemain, Elcana et les siens se levèrent de bon matin. Après s’être prosternés devant le Seigneur, ils s’en retournèrent chez eux, à Rama. Elcana s’unit à Anne sa femme, et le Seigneur se souvint d’elle.
Anne conçut et, le temps venu, elle enfanta un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle : « Je l’ai demandé au Seigneur. »

1 Samuel 1, 9-20
Textes liturgiques®AELF

De ce très beau récit d’Anne, épouse d’Elcana, qui obtient un fils après des années de souffrance due à sa stérilité et une ardente prière pour en sortir, je ne retiendrai aujourd’hui que la réaction du prêtre Eli la voyant prier intérieurement avec abondance de larmes. Eli manque complètement sa cible en la prenant pour une ivrogne inopportune, elle qui vient au sanctuaire pour prier le Dieu d’Israël de la plus pure des façons, avec sincérité de cœur et espérance malgré sa détresse. Eli la rabroue, loin de penser de quelle sainte disposition d’esprit cette femme fait preuve, elle qui est prête à donner son fils tant espéré au Seigneur dès qu’il sera sevré – ce que, exaucée, elle fera effectivement (1 Samuel 1, 24-28).

Face à cette scène, j’ai envie de dire : vingt-six siècles – voire plus – et rien de nouveau sous le soleil. Nous voici face à un prêtre de l’Ancienne Alliance qui méprise a priori, sans du tout la connaître, une femme entrée au sanctuaire pour prier pourtant de la plus pure des façons. Misogynie et méfiance vis-à-vis d’une femme plus que courante de la part d’un « serviteur de Dieu » qui, lui, se pense légitime dans ce lieu et fondé à juger de la sincérité, ou non, d’une démarche de piété, d’une relation à Dieu.

Vingt-six siècles, et rien de nouveau sous le soleil…

Oh, bien sûr, de nos jours, la misogynie du clergé est connue, dénoncée, au possible évitée par les clercs. Beaucoup ont de l’estime pour leurs fidèles et collaboratrices femmes en paroisse, oui, c’est vrai. Mais allez confier en tant que femme à un clerc quel qu’il soit la teneur de votre vie de prière voire d’un intense vécu mystique, et vous verrez très vite comment vous serez reçue. « Il faut discerner ! » va-t-il certainement vous objecter, et puis il vous renverra poliment, neuf fois sur dix, sans avoir cherché à discerner quoi que ce soit. Silence poli au mieux, suspicions d’illusion, de délire ou d’accointances avec le Mauvais au plus probable, surtout si vos inspirations spirituelles s’aventurent à contredire la sacro-sainte doctrine dont ils sont les gardiens farouches. Je parle par expérience.

Alors je pense aujourd’hui qu’il serait bon pour nos prêtres de la Nouvelle Alliance de méditer l’attitude d’Eli vis-à-vis d’Anne. On a tôt fait de juger inopportune une femme à la vie de prière peu ordinaire dans un temple ou une église. Au risque d’insulter gratuitement la mère du grand prophète Samuel, au risque, de nos jours, de contrister gravement l’Esprit Saint.

 

Image : Anne présentant au grand prêtre Eli son fils Samuel        Gerbrand van den Eeckhout

Quant à vous,
l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous,
et vous n’avez pas besoin d’enseignement.
Cette onction vous enseigne toutes choses,
elle qui est vérité et non pas mensonge ;
et, selon ce qu’elle vous a enseigné,
vous demeurez en lui.

1 Jean 2, 27

Jean nous fait comprendre ici qu’il n’en va pas de la foi chrétienne comme d’un enseignement catéchétique ou universitaire. D’où vient que l’Eglise catholique elle-même se mette souvent en porte-à-faux avec cette affirmation du disciple évangéliste, en outre ami le plus proche de Jésus ?

Depuis plus de vingt ans que je suis revenue à la foi et qu’elle est le moteur essentiel de ma vie, j’ai entendu de la part des clercs toutes sortes de recommandations :
– Il ne faut pas lire la Bible seul, on doit la lire en Eglise, partager à son sujet en groupes de fidèles.
– Ne pas se fier à ses intuitions spirituelles, les vérifier à la lumière du magistère catholique.
– Une intuition spirituelle qui contredit la doctrine catholique ne vient pas de Dieu.
– Une personne qui une vie mystique doit obligatoirement avoir un directeur spirituel, seul capable de discerner ses inspirations.
– Si on a des inspirations spirituelles qui contredisent la doctrine, on doit les taire pour ne pas choquer la foi des fidèles.
– Il est bon de se former en théologie : accompagnement catéchétique, cycles de formation en université catholique…

Je pourrais encore allonger la liste.
Je me rends compte, à l’établir ainsi, que j’ai su résister bon an mal an à toutes ces pressions que j’ai subies depuis vingt ans. Souvent, les clercs n’étaient pas capables de répondre à mes questions quand je leur en posais encore. « Tu poses des questions bien difficiles », m’avait écrit un ami alors moine. De l’éviction à la non-réponse, j’ai connu toute la palette des attitudes d’évitement.
Mon entourage catholique a été un temps réconforté de me savoir soignée en psychiatrie. Ouf, je dysfonctionnais, donc eux étaient dans le juste et n’avaient plus à se remettre en question ! Tout rentrait dans l’ordre, la « folle du logis » était officiellement reconnue malade psychique, on pourrait la faire taire définitivement. Un problème en moins…

Il se trouve que je suis un peu plus persévérante que cela.
Il se trouve que, quand presque toutes les créatures m’ont abandonnée, le Christ, lui, est resté intensément à mes côtés, et a continué à m’enseigner, patiemment, jour après jour, pas après pas, par la puissance de l’Esprit Saint. Cette onction même qu’évoque saint Jean dans son Epître citée ci-dessus. Alors, devrais-je croire prioritairement les gardiens du dogme catholique et négliger l’enseignement du Christ et la vérité des Ecritures ?

Profondément et par toute ma vie, j’ai pu vérifier que les Evangiles étaient absolument véridiques, comme les Prophètes du Premier Testament et la grande majorité des écrits du Nouveau. Le Christ Jésus de mon oraison est absolument conforme à celui des Ecritures canoniques. Je crois en Lui et je crois au Père, l’Eternel de nos frères aînés juifs dans la foi. Je crois en l’onction de l’Esprit Saint, et je ne pense pas l’usurper : dans l’Eglise catholique, je suis baptisée depuis mon plus jeune âge, confirmée dans une grande foi à 13 ans, consacrée au Seigneur Jésus depuis plus de huit ans par un vœu béni par un prêtre et renouvelé depuis chaque année en confession. On aura du mal à me prendre en défaut d’amour pour le Seigneur et de fidélité à mon baptême. Et je vais à la messe où je communie dans une grande foi plusieurs fois par semaine.

Alors une fois pour toutes, j’aimerais affirmer que je ne suis pas moins légitime à parler au nom de Dieu qu’un prêtre ou un diplômé en théologie. Ce que j’écris, je le puise à la source de l’Esprit.

L’onction que j’ai reçue de lui demeure en moi, et je n’ai plus besoin d’enseignement  fût-ce le rabâchage de la doctrine catholique qui comporte, je le redis, bien des erreurs. Surtout au sujet de la Vierge Marie.

Le Verbe était la vraie Lumière,
qui éclaire tout homme
en venant dans le monde.
Il était dans le monde,
et le monde était venu par lui à l’existence,
mais le monde ne l’a pas reconnu.
Il est venu chez lui,
et les siens ne l’ont pas reçu.

Jean 1, 9-11

Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas,
et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse
que sa justice ne paraisse dans la clarté,
et son salut comme une torche qui brûle.
Et les nations verront ta justice ;
tous les rois verront ta gloire.
On te nommera d’un nom nouveau
que la bouche du Seigneur dictera.
Tu seras une couronne brillante
dans la main du Seigneur,
un diadème royal
entre les doigts de ton Dieu.
On ne te dira plus : « Délaissée ! »
À ton pays, nul ne dira : « Désolation ! »
Toi, tu seras appelée « Ma Préférence »,
cette terre se nommera « L’Épousée ».
Car le Seigneur t’a préférée,
et cette terre deviendra « L’Épousée ».
Comme un jeune homme épouse une vierge,
ton Bâtisseur t’épousera.
Comme la jeune mariée fait la joie de son mari,
tu seras la joie de ton Dieu.

Isaïe 62, 1-5

En ce jour de Noël, je mets à dessein à la suite l’un de l’autre ces deux extraits de la Parole de Dieu, Le premier étant tiré de la lecture de l’évangile du 25 décembre et le deuxième, de la première lecture donnée à la messe du soir du 24 décembre, la veille de Noël.

Je m’interroge et j’interroge mes lecteurs.

Très profondément, dans ma foi chrétienne, je crois que le Christ Jésus est bien le Verbe de Dieu, sa Parole la plus fidèle, son propre Fils né de Lui, le Père, et du consentement de Marie à cette naissance virginale tout à fait unique dans l’histoire de l’humanité. Oui, Jésus qui porte si bien son nom est l’émanation de ce Dieu qui nous sauve, qui nous rachète en sa grande miséricorde de nos péchés par le sacrifice plein d’abnégation de ce Fils si pur et innocent sur la Croix. Jésus absolument sans péché a pris sur lui tout l’opprobre du monde et des créatures depuis les origines et jusqu’à son retour glorieux. En nous approchant de Lui avec contrition, nous pouvons désormais obtenir miséricorde. C’est là ma foi totale au Christ Jésus rédempteur, et je la proclame.

Pourquoi l’Eglise choisit-elle aussi Isaïe 62, 1-5 dans les lectures de ce temps de Noël ? Cela me semble plus obscur…
Certes, Jésus est issu du peuple élu de Dieu, le peuple juif, il allait avec ses parents puis ses disciples vivre sa foi juive à Jérusalem, la ville sainte. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que Jérusalem n’a jamais jubilé ni de sa naissance, ni de sa prédication, à peine a-t-elle acclamé le rabbi monté sur un âne qui pénétrait ses murs quelques jours avant sa passion. (Matthieu 21, 1-11) Sans doute attendait-elle davantage le supposé thaumaturge Jésus de Nazareth que le Messie annoncé depuis des siècles par les prophètes. Nous savons comment se dérouleront les jours suivants : Jésus trahi, arrêté, moqué, supplicié, condamné par la foule au profit de Barabbas sera crucifié comme un paria hors des murs de Jérusalem.

Il est venu chez lui,
et les siens ne l’ont pas reçu.

Jean 1, 11

Le choix de ce texte d’Isaïe où Jérusalem jubile ne me semble donc pas, curieusement, adapté au temps de Noël. Nous savons qu’Hérode le Grand était roi de Judée, établi à Jérusalem au temps de la naissance de Jésus, et que loin d’en jubiler avec sa ville, il ordonna de faire périr tous les enfants de moins de deux ans dans Bethléem et ses environs dans le but d’éliminer, à peine venu au monde, notre Sauveur (Matthieu 2, 16-18).  Hérode, jaloux de son petit pouvoir qu’il n’était surtout pas prêt à sacrifier pour  un potentiel Messie d’Israël, cède à ses pulsions encore plus abjectement meurtrières que celles de Caïn vis-à-vis d’Abel dont Dieu préféra l’offrande (Genèse 4, 3-8).

L’Eglise catholique voit-elle peut-être la Vierge Marie dans cette prophétie sur Jérusalem ? Personnellement, je la vois beaucoup mieux en Isaïe 7, 10-16. La jeune fille enceinte qui enfante l’Emmanuel, oui, c’est sans doute la mère de Jésus. Je la vois aisément aussi en Sophonie 3, 14-18 :

Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem !
Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis. Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem : « Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir !
Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira,
comme aux jours de fête. » J’ai écarté de toi le malheur, pour que tu ne subisses plus l’humiliation.

De là à voir la Vierge Marie partout dès qu’il y a dans les Prophètes une métaphore féminine, non, c’est un pas que même en tant que catholique, je ne franchis pas.
Force est de constater que ces prophéties ne peuvent pas non plus concerner une ville, fût-elle Jérusalem. Qui serait Dieu pour préférer une ville à n’importe laquelle de ses créatures ?
Ce qui me semble intéressant, c’est que la personne symbolisée par Jérusalem est éminemment féminine. C’est finalement un peu orgueilleux de la part des hommes d’Eglise de tous les temps de dire, dès qu’il y a une métaphore féminine dans la Bible, que cela concerne « le peuple de Dieu » ou encore « l’ensemble des croyants », manière de s’inclure une fois de plus dans une réalité divine qui ne les concerne pourtant peut-être pas, eux qui, en tant qu’hommes, se voient partout, dans le Christ et dans toutes les œuvres de Dieu. Quoiqu’ils disent, cette attitude ne nous sort toujours pas de l’antique patriarcat.

Il nous faut plutôt imaginer, dans Sion que Dieu veut à tout prix défendre :

Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas,
et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse
que sa justice ne paraisse dans la clarté,
et son salut comme une torche qui brûle.
Et les nations verront ta justice ;
tous les rois verront ta gloire.

une femme élue par Lui qui survient après son Fils Jésus, tout comme cette Jérusalem glorieuse en Isaïe survient après le Serviteur souffrant qui préfigure si bien Jésus (Isaïe 53).
Une femme élue de Dieu envoyée par Lui, après le Christ, par le Christ, pour le Christ. N’y a-t-il pas trois Personnes dans la Trinité Sainte ? Pourquoi l’Esprit Saint ne serait-il que cette idée abstraite, selon les théologiens, d’une « circulation d’amour entre le Père et le Fils » ? Où serait donc la féminité originelle dans une vision aussi restreinte de la Trinité ?

Je crois bien plutôt qu’après avoir envoyé s’incarner le Verbe, le Père, première Personne de la Trinité, a aussi envoyé s’incarner la Sagesse, troisième Personne de la Trinité, quant à elle éminemment féminine, fille de Dieu et sœur du Christ Jésus par le baptême. Et que c’est à son sujet que maints versets d’Isaïe prophétisent quand ils évoquent une Jérusalem personnifiée.
Une Sagesse bafouée par les hommes, à commencer par ceux de la religion de son baptême, une femme délaissée par tous les hommes de sa génération en sa propre histoire au milieu d’eux, une femme qui a connu l’extrême désolation dans des souffrances aussi injustes que celles du Verbe alors qu’elle était innocente des fautes et maux qu’on lui attribuait, une femme aussi suppliciée psychiquement et spirituellement que le Fils l’a été corporellement. Une femme rejetée longtemps par sa génération et ses coreligionnaires tout autant que le Christ Jésus l’a été par les siens.

Mais Dieu n’a toujours pas dit son dernier mot.
Le Christ Jésus doit revenir glorieux.
Quant à elle, cette femme baptisée qu’il a, entre toutes, préférée, sa justice paraîtra dans la clarté, et son salut comme une torche qui brûle.

Amen, viens, Seigneur Jésus !

Or, voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret.
Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : «Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ;
elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète :
Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous »
Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse,
Matthieu 1, 18-24

Voici l’extrait d’évangile qui a été donné à notre méditation pour le quatrième dimanche de l’Avent hier.
Nous avons tous entendu en Eglise catholique de belles homélies sur l’humilité et l’obéissance à Dieu de Joseph, et cela est justice. Sans lui, que serait devenue Marie enceinte de l’Enfant Jésus ? Livrée à la vindicte populaire, paria car fille-mère, elle aurait été exposée à une vie des plus difficiles, ce que Dieu n’a pas voulu pour elle en lui donnant un époux attentif à sa parole, dans l’abnégation de son honneur d’homme d’abord blessé par cette grossesse ne venant pas de lui. Joseph a tenu compte de ce que son songe divin lui a inspiré et a pris chez lui son épouse Marie.

Curieusement, ou plutôt de façon fort prévisible, l’Eglise catholique découpant comme elle l’entend les versets bibliques pour l’usage liturgique a omis le verset 25 qui conclut ce chapitre 1 de l’évangile de Matthieu :

 mais il ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

Et là, j’avoue que je suis scandalisée.
L’Eglise de mon baptême nous prend-elle donc pour des enfants immatures se nourrissant exclusivement du lait de sa doctrine ? Pourquoi omet-elle sciemment le verset 25 ?
C’est qu’il est fort gênant pour ce que les catholiques confessent depuis presque vingt siècles : Marie vierge perpétuelle, avant, pendant et après la naissance de Jésus. Une doctrine contre laquelle je me bats en solitude avec l’énergie du désespoir dans l’Eglise catholique à laquelle je désire cependant profondément demeurer fidèle.
Omettre le verset 25 est à mon avis l’aveu même par l’Eglise de l’indigence de cette doctrine.

mais il ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

Le verset est on ne peut plus clair. Joseph va respecter Marie en sa virginité, malgré le fait qu’ils habitent désormais ensemble, tout au long de cette grossesse et jusqu’à la naissance du propre Fils de Dieu. Je crois profondément en cet enseignement des Ecritures, tout comme au chapitre 1 de l’évangile de Luc qui nous rapporte la conception virginale de Jésus. C’est une base incontestable de ma foi. Oui, Jésus est Fils de Dieu, il n’a sur terre aucun géniteur masculin, ce qui fait de lui le seul homme de toute l’histoire de l’humanité à être absolument sans péché. Personnellement, je ne remettrai jamais en cause le fait que Jésus soit vraiment Fils de Dieu par une conception divine unique et à jamais mystérieuse.

Pour autant, je ne trouve pas nécessaire que Marie sa mère soit demeurée vierge pendant et après sa naissance, cette doctrine catholique puritaine n’a aucun intérêt à mes yeux et n’est même pas conforme aux Ecritures. Je connais tous les arguments catholiques qui visent à prouver que les frères de Jésus ne sont pas les frères de Jésus, aucun ne peut m’atteindre. Joseph a « connu », au sens fort biblique, son épouse Marie après la naissance de Jésus, et de leur amour conjugal tout à fait sain et normal sont nés de nombreux enfants.

Or, l’Eglise catholique, prise dans le carcan de sa doctrine frappée soit-disant du sceau de l’infaillibilité, nous repaît de contorsions théologiques pour nous marteler le contraire. Et coincée dans son incohérence, elle choisit finalement pour ses fidèles l’ignorance biblique en omettant dans la liturgie ce fameux verset 25. C’est proprement pitoyable. Comment voulez-vous que les catholiques, dont beaucoup, surtout parmi les plus âgés, ne lisent jamais la Bible « dans le texte » mais uniquement dans leur « Prions en Eglise » ou autre missel accèdent à la vérité de la vie conjugale de Marie et Joseph ?

Depuis une vingtaine d’années que je me rebiffe contre – entre autres – la doctrine de la virginité perpétuelle de Marie, je scandalise nombre de mes coreligionnaires. Or quant à moi, ce qui me scandalise, c’est que l’Eglise catholique trafique à sa guise les Ecritures pour nous maintenir dans l’erreur plutôt que de s’avouer et de nous avouer qu’elle n’a jamais choisi sur ce point, à travers les différents conciles de son histoire, la voie de la vérité.

Image : Le retour d’Egypte   Giovanni Francesco Romanelli XVIIe, Musée des Arts catalans, Barcelone