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Méditations bibliques

Arrêtons-nous à ce court extrait de l’évangile d’aujourd’hui :

« N’avez-vous pas lu ceci ? Dès le commencement, le Créateur les fit homme et femme,
et dit : ‘À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair.’
Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! »

Matthieu 19, 4-6

De quelles origines Jésus parle-t-il ici ?
Certes, de la Genèse. Adam et son épouse Eve. Et personne ne songe jamais à les séparer l’un de l’autre.
Mais cependant, revenons aussi à ces autres versets de la Genèse, justement.

Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme.
Genèse 1, 27

Homme et femme à l’image de Dieu ! Dieu est-il donc homme et femme ? D’où vient que les catholiques vénèrent sans sourciller une sainte Trinité toute masculine ? Le Père, le Fils et le Saint Esprit, ce dernier étant, selon notre théologie, souffle ou feu ou encore « circulation d’amour » entre le Père et le Fils.
Nous voilà bien loin d’un Dieu homme et femme ! Nous voilà bien loin de la Genèse !
Il y a pourtant, chez les Prophètes, de nombreuses allusions aux « entrailles maternelles » de Dieu, et l’évangéliste Jean dans son Prologue nous dit aussi :

Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.
Jean 1, 18

De l’expression « Fils unique » employée ici, on a déduit bien vite que dans le sein du Père, aux origines, il y avait un Fils, le Verbe, et c’est tout. Mais on adore tout de même un Dieu en trois Personnes, la troisième étant curieusement considérée comme un flux immatériel entre les deux premières, le Père et le Fils. Force est de constater que la Sagesse a disparu dans cette configuration. Les chrétiens nous diront encore que la Sagesse dans le Premier Testament préfigure Jésus le Christ. Ce qui, au passage, rend bien curieuses les envolées amoureuses de Salomon qui désirait « la prendre pour épouse » (Sagesse 8, 2-21 et encore 9).

Je crois bien plutôt qu’aux origines, dans le sein du Père, il y avait le masculin et le féminin qui lui ont inspiré de créer l’homme et aussi la femme. Il y avait le Verbe, non encore incarné, et aussi la Sagesse, essence féminine distincte de Lui et non encore incarnée. Le Logos et la Sophia…

Va-t-on encore me montrer du doigt comme hérétique ? Mais où est le féminin de Dieu, s’il n’est dans cette Ruah qui sourd de Lui-même ?

Je reviens au Prologue de Jean :

Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu.
Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.

Jean 1, 10-11

Eh bien, au lieu de jeter la pierre aux juifs qui n’ont pas reconnu leur propre Messie il y a 2000 ans, ou encore au monde qui ne reconnaît toujours pas le Verbe de Dieu après vingt siècles de christianisme, demandons-nous si les chrétiens – et là je parle de tous les baptisés, quelle que soit leur église d’appartenance – ne sont pas sourds et aveugles à leur tour à la Sagesse du Père, absolument féminine, et incarnée dans ce siècle où nous sommes plongés. Et s’ils ne sont pas coupables de vouloir encore et toujours la dissocier du Verbe, son Bien-Aimé d’éternité.

« Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! »

 

Image : Jérusalem personnifiée – Enluminure – Guiard des Moulins, Bible

En ce temps-là, Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ.
À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. »
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Matthieu 16,13-23
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Relevons bien que dans cet extrait d’évangile, Jésus sollicite de ses disciples une confession de la personne qu’il est à leurs yeux, mais que, dès que Pierre le reconnaît comme le Christ, le Fils du Dieu vivant, il recommande vivement aux apôtres de ne le faire savoir à personne.

Sans être omniscient, Jésus sait de par son Père vers quelle Passion il est en train de s’acheminer. Ses heures passées en prière n’ont pas été vaines : il s’est laissé enseigner par le Père, il sait que les gardiens de sa religion vont le rejeter pour qui il est et ce qu’il annonce, et le mener vers une mort infiniment douloureuse. Mais cette mort ne saurait être échec et fin de tout : Jésus a appris aussi de son Père qu’Il le ressusciterait au troisième jour, ce dont il pouvait trouver confirmation dans les Ecritures, notamment en Osée 6, 1-2 :
Venez, retournons vers le Seigneur ! il a blessé, mais il nous guérira ; il a frappé, mais il nous soignera.
Après deux jours, il nous rendra la vie ; il nous relèvera le troisième jour : alors, nous vivrons devant sa face.

Avec cette double assurance puisée dans sa prière et les Prophètes, Jésus marche aussi sereinement que possible vers la Jérusalem de son calvaire.

Mais voici que Pierre, son disciple et ami, cherche à instiller le doute en lui quant à sa destinée : «Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas.»
Et de façon tellement insidieuse qu’il se sert du nom de Dieu pour remettre en cause la prophétie parfaitement sensée et raisonnée de Jésus.
Ne nous étonnons pas, alors, de la réponse cinglante du Messie :
« Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Jésus, si proche de son Père, sait parfaitement ce qu’Il attend de lui, et est capable comme personne de distinguer une parole prophétique d’une parole purement terrestre et humaine, et même inspirée du Mauvais. Il ne va pas ménager Pierre qu’il vient pourtant, par ailleurs, de louer pour sa profession de foi. Et il ne se laissera pas déstabiliser par une telle injonction.

Prenons garde, quand quelqu’un a des paroles réellement inspirées de l’Esprit Saint, à ne pas le réduire à nos petits calculs terrestres et humains. Une prophétie puisée dans une grande proximité avec le Père et le Fils est fiable et à accueillir avec un cœur ouvert à la nouveauté et à la grande sagesse de Dieu. Faute de quoi, on fait le jeu de l’Adversaire.

 

Image : Duccio di Buoninsegna La tentation sur la montagne, Maesta (detail) 1301-1311, musée de l’Ouvre, Sienne

En ce temps-là, partant de Génésareth, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »
Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »
Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »
Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.

Matthieu 15,21-28
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

De cet extrait d’évangile que beaucoup, souvent, ont du mal à comprendre car Jésus y apparaît un peu rude, dans un premier temps, vis-à-vis de cette femme cananéenne, lui qui est pourtant toujours si prévenant avec toute femme et respectueux de sa personne, je ne voudrais rebondir que sur l’exclamation un brin méprisante des disciples : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »

Je suis attachée à la personne de cette femme qui n’est pas dans l’entourage proche de Jésus, et, parce que païenne et certainement aussi parce que femme, se voit rabrouée par les disciples qui veulent à tout prix s’en débarrasser. Qui est-elle, celle-là, pour oser demander quelque chose au messie d’Israël ? Qui est-elle, pour venir troubler leur petit cercle de proches de Jésus qui se sentent légitimes à ses côtés et sont jaloux de leurs prérogatives ?

Jésus semble abonder dans leur sens dans un premier temps : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
La femme païenne pourrait se décourager et abandonner sa requête, mais déjà, elle croit en la puissance de ce fils de David. Quelle confiance !
La confiance étant le début de la foi, Jésus va se laisser toucher par sa persévérance et sa conviction, d’autant plus qu’elle ne demande rien pour elle-même, mais seulement une délivrance pour sa fille. Il a alors ces mots magnifiques, qui résonnent profondément en toute âme qui se fie en Jésus : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »

Et par là-même, il l’exauce, et c’est un nouveau camouflet pour ses disciples qui ont toujours tant de mal à comprendre qui il est et quelles relations il entretient avec les femmes, fussent-elles païennes ou en disgrâce aux yeux des gardiens de leur commune religion.

« Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »

Je pourrais traduire, en termes d’aujourd’hui dans ma propre vie :
« Désavoue-la, car elle nous poursuit de ses écrits ! »
Demande que certains clercs pourraient bien adresser au Seigneur tant ils sont incommodés par ma liberté de ton dans l’Eglise catholique.
Je suis habituée à déranger l’ordre établi, depuis bien des années.
En paroisse déjà, car je ne suis ni catéchiste, ni repasseuse de linges d’autel. Et beaucoup trouvent inconvenant que l’on soit une femme encore pas trop âgée, pratiquante régulière, sans crouler sous les mandats paroissiaux. Tout curé est persuadé que sa paroisse, c’est la vigne du Seigneur, et qu’une foi authentique se mesure à l’engagement pour cette paroisse. Et donc, je suis souvent suspectée de manque d’engagement religieux, de foi qui n’agit pas.

Or, et mes lecteurs le savent bien, mon propre charisme d’évangélisation, il est ici et sur le net en général. Le seul problème, c’est que la plupart des prêtres n’aiment pas du tout ce que j’y écris. Trop de liberté dans l’interprétation des Ecritures, trop de prises de distance avec la doctrine catholique officielle, trop d’articles polémiques et trop d’investissement pour la cause des femmes en Eglise et au-delà. Et je crois bien qu’ils aimeraient un signe du Seigneur qui me désavouerait franchement pour qu’ils retrouvent la paix de leurs prérogatives séculaires.

Pourtant, j’ai ma conscience pour moi, et ma proximité avec le Christ Jésus me redit sans cesse :

« Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »

 

Image : Jean Colombe 1430- 1493 La femme syro phénicienne, enluminure, Les Heures de l’Année Liturgique. Les Très Riches Heures du Duc de Berry, environ 1485-89, fol 164

En ces jours-là, dans le désert, les fils d’Israël se remirent à pleurer : « Ah ! qui donc nous donnera de la viande à manger ?
Nous nous rappelons encore le poisson que nous mangions pour rien en Égypte, et les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et l’ail !
Maintenant notre gorge est desséchée ; nous ne voyons jamais rien que de la manne ! »
La manne était comme des grains de coriandre, elle ressemblait à de l’ambre jaune.
Le peuple se dispersait pour la recueillir ; puis on la broyait sous la meule, ou on l’écrasait au pilon ; enfin on la cuisait dans la marmite et on en faisait des galettes. Elle avait le goût d’une friandise à l’huile.
Lorsque, pendant la nuit, la rosée descendait sur le camp, la manne descendait sur elle.
Moïse entendit pleurer le peuple, groupé par clans, chacun à l’entrée de sa tente. Le Seigneur s’enflamma d’une grande colère. Cela déplut à Moïse,
et il dit au Seigneur : « Pourquoi traiter si mal ton serviteur ? Pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux que tu m’aies imposé le fardeau de tout ce peuple ?
Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple, est-ce moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises : “Comme on porte un nourrisson, porte ce peuple dans tes bras jusqu’au pays que j’ai juré de donner à tes pères” ?
Où puis-je trouver de la viande pour en donner à tout ce peuple, quand ils viennent pleurer près de moi en disant : “Donne-nous de la viande à manger” ?
Je ne puis, à moi seul, porter tout ce peuple : c’est trop lourd pour moi.
Si c’est ainsi que tu me traites, tue-moi donc ; oui, tue-moi, si j’ai trouvé grâce à tes yeux. Que je ne voie pas mon malheur ! »

Nombres 11,4b-15
Textes liturgiques©AELF

Je suis habituée aux homélies catholiques. Quand le Premier Testament évoque la manne, les prédicateurs établissent un parallèle avec le pain eucharistique – la liturgie d’aujourd’hui le fait d’ailleurs – et prêchent bellement sur le fait que nous autres chanceux bénéficions, contrairement aux Hébreux dans le désert, de la manne du pain de Vie éternelle. Et de considérer ainsi que toutes les Ecritures sont accomplies, et que l’Eglise, qui donne le sacrement eucharistique, est quasiment pérenne. Et toujours, en Eglise catholique, ce refus d’envisager la fin des temps comme un événement peut-être tout proche. On part à la chasse aux vocations sacerdotales, on ordonne, on bénit le Seigneur de nous avoir donné quelques nouveaux prêtres pour assurer tant bien que mal la relève…

Je m’emploierai toujours à tordre le cou à cette logique imparable de la Révélation divine accomplie dans les sacrements et le salut catholiques. Car enfin, soyons réalistes : qui se sent encore comblé de nos jours après avoir communié le dimanche matin ? Le fidèle qui a communié en est-il rassasié comme l’Hébreu qui a enfin mangé sa caille au déjeuner ?

Je suis la première à avoir une très grande dévotion à la sainte Eucharistie, et je confesse que chaque communion est pour moi une intense visite intérieure du Seigneur Jésus. Oui, je brûle de foi et d’amour pour mon Seigneur quand il se donne à moi sous les saintes Espèces. Parce que je crois profondément en la Présence Réelle et que je mène aussi une intense vie d’oraison, de proximité avec le Père et le Fils. Mais soyons un peu réalistes, et reconnaissons que beaucoup de catholiques communient par rite et habitude et ne ressentent rien du tout en posant cet acte qu’ils banalisent. Tout au plus la communion au Corps du Christ est-elle un viatique pour la semaine. Presque tous, j’en suis convaincue, lui préfèrent le déjeuner dominical qui lui succèdera…

Aussi, toute cette théologie qui vise à considérer l’eucharistie comme « sommet de la vie chrétienne » (1) me semble-t-elle surfaite. A vrai dire, si notre espérance tient juste dans la petite hostie, aussi consacrée soit-elle, du dimanche ou de la semaine, nous sommes plutôt à plaindre. Et il n’y a pas à nous étonner que les non pratiquants ou non catholiques ne comprennent rien à notre discours sur l’eucharistie. J’ai vu des prêtres communier comme de droit aux deux espèces tous les jours et ne plus avoir une once de foi. J’ai vu des premiers communiants recevoir le Saint sacrement dans l’indifférence, pressés de déballer leurs cadeaux et leurs enveloppes pour estimer leur gain financier du jour. Ne nous voilons pas la face et reconnaissons-le honnêtement !

Même pour moi qui ai une vive dévotion au sacrement eucharistique, il n’est pas un sommet de ma vie, mais seulement un gage d’amour dans l’attente de la Rencontre véritable. Jésus le Christ, je veux le voir de mes yeux, le respirer de mes sens, me laisser étreindre dans ses bras à son retour en Gloire. Je veux le saisir en son corps de chair et lui donner ma personne en vie éternelle. Voilà ma véritable espérance, dût-elle choquer tout le monde ! Lui n’en est pas choqué, j’en suis sûre, car Dieu donne toujours à l’âme enflammée d’amour pour Lui ce qu’elle lui demande : se contente-t-elle de la manne ou de viande, elle obtiendra du pain et une caille. Se contente-t-elle d’un rite religieux, elle obtiendra de chanter la louange de Dieu éternellement. Lui demande-t-elle la Personne même du Fils pour la chérir éternellement, elle en jouira, dans le Royaume tout proche qui signifie aussi la fin de toute église terrestre, car la première création, ici-bas, ne sera plus.

(1) http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_P3S.HTM

En ce temps-là, Jésus se rendit dans son lieu d’origine, et il enseignait les gens dans leur synagogue, de telle manière qu’ils étaient frappés d’étonnement et disaient : « D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ?
N’est-il pas le fils du charpentier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie, et ses frères : Jacques, Joseph, Simon et Jude ?
Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? Alors, d’où lui vient tout cela ? »
Et ils étaient profondément choqués à son sujet. Jésus leur dit : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays et dans sa propre maison. »
Et il ne fit pas beaucoup de miracles à cet endroit-là, à cause de leur manque de foi.

Matthieu 13,54-58
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Imaginons la situation. Jésus, baptisé, victorieux de la tentation au désert, a déjà appelé ses premiers disciples, prononcé le sermon sur la montagne – Béatitudes et nombreux commandements – donné la prière du Notre Père et annoncé la survenue du Royaume, accompli de nombreux miracles – purification de lépreux, guérisons, exorcismes, résurrection de la fille de Jaïre… Il enseigne dans les synagogues et les foules le suivent dans ses déplacements, peut-être plus avides de ses miracles que de sa parole, mais sa renommée s’étend dans toute la Galilée et bien au-delà. Il a aussi déjà été pris violemment à partie par les scribes et les pharisiens, gardiens de leur commune religion, et sa famille a tenté une première fois de le faire taire.

Jésus, cependant, poursuit imperturbablement son annonce du Royaume qui vient, en multipliant les paraboles. Et nous le retrouvons aujourd’hui dans sa patrie, à Nazareth, et là, c’est un fiasco. Les gens de son village savent que sa parole est hors du commun et qu’il a déjà accompli bien des miracles, mais de là à reconnaître que la puissance du Père agit en lui, il y a un pas qu’ils ne parviennent pas à franchir. Ils croient le connaître mieux que quiconque en le définissant par ses origines familiales. Et je souligne encore, à cette occasion, que sa mère étant parfaitement humble et discrète sur la conception virginale de son fils aîné, les Nazaréens ont tôt fait d’assimiler Jésus à ses frères et sœurs, enfants de Marie et Joseph nés après lui, qui ne sont pas, quant à eux, en filiation directe avec le Père. Jésus leur semble le fils ordinaire du charpentier et de Marie, comme sa fratrie, et ils lui refusent ses prérogatives divines. Ils balaient d’un revers de la main son exceptionnelle sagesse et même les miracles qu’il a accomplis, ailleurs, car leur manque de foi au Fils de Dieu ne permettra rien de tel à Nazareth. Jésus a alors pour eux cette parole si véridique :

« Un prophète n’est méprisé que dans son pays et dans sa propre maison. »

Réplique qui va engendrer contre lui une fureur encore plus grande. L’entourage de Jésus se contente d’être « profondément choqué à son sujet ». En Luc 4, 29, dans l’épisode parallèle, les choses vont même plus loin :
« Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. »

Voilà l’accueil qui est réservé à un prophète authentique en sa patrie et sa parenté. Que l’on s’en souvienne.

On peut tirer de cet épisode deux enseignements :

– Un « prophète » bien accueilli dans sa parenté et sa patrie est à coup sûr un faux prophète. Celui qui ne dérange pas l’ordre établi dans sa religion d’origine ne parle pas au nom de Dieu. Voyez un prédicateur onctueux, qui récolte force « like » sur les réseaux sociaux pour ses homélies consensuelles ou vend ses livres comme des petits pains dans son propre pays, et vous aurez le choix : le suivre et ronronner dans une religion confortable, ou vous opposer à lui car il n’annonce pas l’évangile authentique et vivant aujourd’hui encore.

– Si vous voulez entendre un prophète authentique, ne le cherchez pas sur les Radio Notre-Dame et autres éditeurs bien consensuellement catholiques. En général, sa parole est censurée en Eglise,  son manuscrit est passé à la broyeuse, sa famille le tient pour dérangé et il a peut-être même connu des phases d’internement psychiatrique. Sa parole percutante vous dérange profondément, vous secoue, et neuf fois sur dix, pour préférez l’ignorer ou l’oublier aussitôt entendue ou lue. Même sa sagesse vous paraîtra délire. Quant à ses miracles, inutile d’en attendre: le Père n’en accorde pas dans les ambiances de manque total de foi.

 

Image : Jésus à la synagogue de Nazareth      Anonyme, Art Byzantin XIVe     Serbie     Visoki Decani monastery