Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

C’est pour mon malheur, ô ma mère, que tu m’as enfanté, homme de querelle et de dispute pour tout le pays. Je ne suis le créancier ni le débiteur de personne, et pourtant tout le monde me maudit !

Quand je rencontrais tes paroles, je les dévorais ; elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur, parce que ton nom était invoqué sur moi, Seigneur, Dieu de l’univers.
Jamais je ne me suis assis dans le cercle des moqueurs pour m’y divertir ; sous le poids de ta main, je me suis assis à l’écart, parce que tu m’as rempli d’indignation.
Pourquoi ma souffrance est-elle sans fin, ma blessure, incurable, refusant la guérison ? Serais-tu pour moi un mirage, comme une eau incertaine ?

Voilà pourquoi, ainsi parle le Seigneur :
Si tu reviens, si je te fais revenir, tu reprendras ton service devant moi. Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est méprisable, tu seras comme ma propre bouche. C’est eux qui reviendront vers toi, et non pas toi qui reviendras vers eux. Je fais de toi pour ce peuple un rempart de bronze infranchissable ; ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te sauver et te délivrer – oracle du Seigneur. Je te délivrerai de la main des méchants, je t’affranchirai de la poigne des puissants.

Jérémie 15, 10 et 16-21
Textes liturgiques©AELF

Le Livre de Jérémie m’a toujours été d’une grande consolation. Je ne le lis pas comme un texte archaïque dont les tenants et les aboutissants appartiendraient à un passé révolu. Non, bien au contraire, j’ai retrouvé mille fois en Jérémie mes propres combats et mes amertumes devant les injustices que je subissais par fidélité à la Parole du Seigneur.

Quand je souffrais naguère au creux d’un abîme de désolation, les mots du Seigneur à Jérémie me redonnaient courage et combativité. Et je puis dire aujourd’hui avec sérénité que ma blessure n’est plus incurable, que ma vie a retrouvé sa saveur et que Dieu, plus que jamais, m’est une douce certitude et une consolation permanente. Oui, quand on voue sa vie à extraire de la Parole sa substantifique vérité, on ne souffre pas de la part du Seigneur, mais de la part du monde, certes oui.

Jérémie a été un prophète haï du peuple d’Israël qui ne voulait pas croire que sa déchéance, au moins temporaire, était proche. Lui qui n’avait que vérité à la bouche était persécuté comme un oiseau de mauvais augure, comme le dernier des confidents de Dieu, alors qu’il lui était plus proche que peut-être aucun prophète de la première alliance ne l’a été. Triste destinée de Jérémie qui préfigure si bien celle du Christ lui-même ! Le propre Fils de Dieu haï au premier chef par les gardiens de la religion dans laquelle il avait été élevé, eux qui pensaient comprendre bien mieux la Parole de Dieu que le Verbe en personne !

Eh bien, on pourra toujours m’accuser de faire preuve d’un orgueil colossal, pour moi je sais ce qui m’a été confié par le Dieu Trinité et quel est le juste combat que je dois mener. Comme Jérémie, oui, je suis parfois remplie d’indignation. Vivant désormais dans une grande solitude, à l’écoute d’un profond silence, les considérations mondaines ne m’atteignent plus guère. J’ai appris depuis de longues années à meubler ce silence de la méditation des Ecritures et de l’écoute attentive de l’Esprit dans l’oraison. J’ai appris aussi – ou pour le dire mieux, j’ai désappris à chercher à plaire à autrui. Peu m’importe de plaire ou de déplaire, pourvu que je fasse œuvre de vérité. Je suis libre de ce souci qui mine tant et tant de mes sœurs en humanité : plaire à un homme, conquête potentielle ou mari, plaire à son auditoire, plaire aux médias, plaire à ses supérieurs hiérarchiques, plaire même à son curé ou accompagnateur spirituel par une grande docilité aux enseignements de l’Eglise…

Toutes ces vanités, le Seigneur, dans la radicalité de son amour, m’en préserve. Car comme le disaient Pierre et les Apôtres en Actes 5, 29 : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » Je dirais volontiers la même chose quant au souci de plaire. Avoir l’assentiment du Père et du Fils dans ce que j’écris suffit amplement à mon bonheur et à mon assurance, quels que soient les grincements de dents que je suscite. Car, comme à Jérémie, le Seigneur ne cesse de me faire la promesse de ma justification. Qu’elle ait lieu de mon vivant sur terre ou après mon départ m’importe finalement assez peu : je sais que tôt ou tard, on reconnaîtra que je ne disais que la vérité quant à la nature premièrement encline aux commandements de Dieu de la fillette et de la femme, à l’image de Marie ou de tant et tant de saintes reconnues ou non par l’Eglise qui ont su conserver comme première et prépondérante inclination personnelle le bien et le juste. Ce qui leur est possible quand elles cherchent à ne plaire à personne davantage qu’à Dieu.

Là où les hommes ont le péché inscrit en leur chair conquérante et volontiers belliqueuse ou dominatrice, leurs vis-à-vis féminines sombrent dans les mêmes défauts qu’eux quand elles les admirent et les envient à outrance. A force de vouloir être leurs « égales », les femmes de ma génération ne se rendent plus compte qu’elles pourraient très bien, de par leur inclination naturelle aux valeurs évangéliques, revendiquer de n’être point égales aux hommes dans le péché comme elles le sont en effet. Et je trouve aussi particulièrement navrant que de nombreuses femmes chrétiennes s’obstinent à battre continuellement leur coulpe comme si elles étaient d’affreuses pécheresses invétérées. C’est se méconnaître soi-même. Pour moi, à la lumière des Ecritures, ce que j’ai compris depuis longtemps sur notre « inégalité  » face au péché me rend sereine et absolument libre face à mes détracteurs masculins, fussent-ils des éminences de l’Eglise. Si le grand nettoyage théologique qui serait nécessaire sur ces questions ne se fait pas, les anges de Dieu se chargeront bien à terme de révéler au grand  jour l’ivraie doctrinale qui a entraîné depuis des millénaires tant et tant de mépris envers les femmes et, dans l’esprit des femmes, l’ignorance de leur parfaite dignité originelle.

 

Image : Le Prophète Jérémie (détail)   Michel-Ange

En ce temps-là, Jésus disait aux foules :
« Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines.
Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle. »
Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons.
Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien.
Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes
et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
« Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ».
Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »

Matthieu 13, 44-52
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

La conclusion de Jésus dans cet évangile me fait tristement sourire : je viens de lire sur le net un certain nombre d’homélies sur les textes du jour, et elles me laissent le goût amer d’un ressassage de bonnes paroles catholiques déjà cent fois entendues : le Royaume advient ici-bas quand nous nous préoccupons plus de justice que de biens et de titres honorifiques ; nous devons chérir la Parole de Dieu dans ce monde d’informatique, de robotique, d’électronique (je vous laisse poursuivre cette liste chère à nos prédicateurs…) ; nous devons quitter nos sécurités matérielles pour suivre le Christ ; on trouvera Dieu en travaillant le sol de sa vie intérieure ; il y a en chacun de nous du bon et du méchant, à nous de faire le tri en priorisant nos attitudes, etc.

Tout cela est bien gentillet, mais qui ose prêcher sur la troisième parabole ? Qui ose reprendre les mots de Jésus sur les « pleurs et les grincements de dents » ? Oh, cela ne cadre pas avec le profil doucereux du bon Jésus tout amour et tout miel ! L’interprétation catholique officielle, c’est donc que Dieu, dans son amour, ne forcera personne à accepter son salut. La qualification de « juste » ou d’ « injuste » est curieusement balayée. Tout le monde au paradis, sauf ceux qui, bof, n’en auront finalement pas envie !

Je me demande si nos prédicateurs ont vraiment conscience que les pratiquants fidèles qui les écoutent poliment à la messe sont aussi des disciples du Royaume des Cieux qui aimeraient bien que l’on tire du trésor de la Parole de Dieu du neuf, et pas que du convenu déjà cent fois rabâché. Les homélies catholiques sont la plupart du temps tellement prévisibles ! A croire qu’il existe du « catholiquement correct », et que c’est la raison pour laquelle le Vatican vient encore d’affirmer que seuls les clercs étaient habilités à prêcher en paroisse. Formatages en séminaire et en formation de diacre apparemment indispensables pour pouvoir commenter la Parole de Dieu…

Eh bien, étant sur le libre espace d’expression qu’est ce site, je me permets de dire le neuf que je tire de ces lectures du jour. Nous savons que la prière de Salomon a plu au Seigneur, et qu’Il lui a accordé la grâce de la sagesse et du discernement. Salomon n’était ni prêtre, ni scribe, il était roi d’Israël. Mais dans sa prière sincère et totalement désintéressée, il a été exaucé.

Je me souviens qu’il y a plus d’une vingtaine d’années, je réclamais à cor et à cri, dans ma  prière alors bien pauvre, la foi. Je disais aussi à Dieu :

« Dis-moi ce que tu veux que je fasse pour Toi, et je le ferai. »

L’Eglise bien sûr s’en est mêlée, tentant de me faire croire que Dieu lui-même me parlait à travers elle en me sollicitant pour la catéchèse des enfants ou la réunionnite en paroisse. Et de me laisser avec un pesant sentiment de surdité et d’orgueil quand je déclinais ces demandes opportunistes ne correspondant en rien à mes charismes personnels.
Il m’en a fallu de la foi, oh oui, et combien en ai-je reçue, pour discerner que ces services paroissiaux n’étaient pas la volonté de Dieu sur moi ! Et il m’en a fallu des encouragements de l’Esprit dans la prière pour persévérer sur la voie de mes propres dons : l’intelligence des Ecritures et des situations, et la facilité à m’exprimer par l’écriture…

Alors aujourd’hui, j’ose le réaffirmer, quand bien même j’aurais tous les prêtres « prudents » qui n’osent jamais l’évoquer contre moi : la fin du monde dont parle Jésus n’est pas une idée abstraite, mais elle correspond à la fin des pouvoirs terrestres et des divisions religieuses à son second avènement, lui, le Roi bien plus glorieux encore que Salomon ! Ce temps n’est pas une apocalypse cinématographique dont quelques héros terrestres pourraient nous sauver. Non, ce temps, qui est désormais tout proche, c’est celui de la descente sur toute âme quelle qu’elle soit de l’Esprit de Vérité, et ce non pas pour instaurer par nous-mêmes ici-bas un éden facile, mais bien pour prendre conscience, chacun et de manière incontournable, de tout ce qui aura été, en soi et dans sa propre vie, de l’ordre de la justice ou de l’injustice. Prise de conscience infiniment clairvoyante et forcément douloureuse qui en laissera certains anéantis pour un bon moment.

Et alors seulement, il s’agira de reconnaître du fond du cœur sa Royauté au Christ, et dans le même mouvement, d’accepter de rendre hommage à la « reine du Midi » qui se tiendra à son bras et dans la haine de laquelle nul ne pourra entrer au Royaume de Dieu, ce véritable Eden qui ne sera pas du tout sur cette première création définitivement déchue, mais sur une « terre nouvelle sous des cieux nouveaux » à laquelle on accèdera en prenant part au royal cortège nuptial. Il va sans dire que faisant cela, tous les rachetés laisseront à ce moment-là derrière eux absolument toutes leurs possessions et qualifications terrestres, de même que tout ce qui aura été erroné dans leurs croyances.

Et quant à tous ceux qui préfèreront leurs certitudes et leurs petits pouvoirs terrestres à la Royauté du Christ, eh bien, ils pourront rester sur cette terre désormais vide de tous les justes. Bien vite, ils en auront fait eux-mêmes leur propre enfer, pour la plus grande joie du « prince de ce monde » qui bien sûr y demeurera pour toujours lui aussi avec eux.
« Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »

 

Image : Le jugement dernier      Jean Cousin le Jeune XVIe

Écoutez la parole du Seigneur, vous qui êtes pareils aux chefs de Sodome ! Prêtez l’oreille à l’enseignement de notre Dieu, vous, peuple de Gomorrhe !
Que m’importe le nombre de vos sacrifices ? – dit le Seigneur. Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié. Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’y prends pas plaisir.
Quand vous venez vous présenter devant ma face, qui vous demande de fouler mes parvis ?
Cessez d’apporter de vaines offrandes ; j’ai horreur de votre encens. Les nouvelles lunes, les sabbats, les assemblées, je n’en peux plus de ces crimes et de ces fêtes.
Vos nouvelles lunes et vos solennités, moi, je les déteste : elles me sont un fardeau, je suis fatigué de le porter.
Quand vous étendez les mains, je détourne les yeux. Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang.
Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal.
Apprenez à faire le bien : recherchez le droit, mettez au pas l’oppresseur, rendez justice à l’orphelin, défendez la cause de la veuve.

Isaïe 1,10-17
Textes liturgiques©AELF

J’imagine d’ici la fureur des gardiens de la religion juive à la proclamation du prophète Isaïe ! Ce sont en effet des paroles difficiles à recevoir pour les prêtres de la première Alliance et leurs fidèles.
Souvent, les prédicateurs chrétiens manient l’auto-satisfaction en commentant de tels versets : nous autres chrétiens serions les bons héritiers de la révélation divine déjà achevée dans l’avènement, la mort et la résurrection du Christ. Nos messes et nos cultes seraient agréables à Dieu par opposition aux antiques fêtes juives ici décriées par le prophète.

J’ai écrit il n’y a pas très longtemps que Dieu était peut-être tout aussi las de nos célébrations chrétiennes que des dévotions juives de ce temps. Je n’ai pas été comprise. On a si vite fait de donner dans l’angélisme du bon chrétien qui rend le bon sacrifice à Dieu ! Et disant cela, j’inclus toutes les branches du christianisme, qui ont d’ailleurs tôt fait de se dénigrer les unes les autres !

Eh bien, je le réaffirme aujourd’hui au nom de ma très grande intimité avec le Dieu Trinité : nos offrandes lui sont de plus en plus vaines. Nos encens finissent par lui donner la nausée.

Nous avons vécu et vivons encore, dans le monde entier, la grande épreuve de la pandémie de Covid-19. Pendant les semaines de confinement, partout, les chrétiens habituellement pratiquants ont imaginé de nouvelles façons d’échanger sur la Parole de Dieu, de partager leur foi, de poursuivre vaille que vaille leurs œuvres de charité. Pendant ce temps, un certain nombre de prêtres et de pasteurs jugeaient indispensable de se filmer célébrant la messe ou le culte sans assemblée, prêchant avec l’autorité qu’ils s’attribuent. Comme beaucoup de pratiquants catholiques ou protestants avec lesquels j’échange sur les réseaux sociaux, j’espérais qu’après cette expérience tout à fait inédite du confinement et de la proscription de tous les cultes, quelque chose changerait dans nos églises. J’osais caresser l’espoir que les fidèles seraient davantage mis à contribution dans messes et cultes pour commenter la parole de Dieu, que nos célébrations deviendraient plus participatives, que nous serions en quelque sorte sondés pour savoir comment nous avions vécu ce long carême ecclésial et pris en compte pour ce que nous souhaitions construire ensemble à sa sortie : quelque chose de neuf, de moins figé, de moins centré sur le prêtre ou le pasteur. Et j’ai espéré aussi que nous autres femmes serions appelées à sortir enfin de nos rôles de servantes silencieuses.

La reprise des messes – je m’exprime maintenant en tant que catholique – m’a davantage fait l’effet d’une douche froide que d’une exultation de retrouvailles. Etouffant sous un masque et l’odeur du gel hydroalcoolique, nous avons rejoint une place sécurisée par une gommette de distanciation sociale, nous avons pu chanter uniquement les refrains et couplets connus par cœur par carence de livrets de chants, et pour le reste, tout a repris comme avant. La parole au prêtre, l’écoute passive aux fidèles. Dans ma paroisse, je dois dire que j’ai été choquée qu’il ne soit même pas fait mention de nos amis fauchés pendant le confinement, et qui étaient nombreux, par la mémoire de leurs noms et une bougie allumée pour chacun, comme on le fait à la Toussaint. Il manquait pourtant à l’appel des paroissiens parmi les plus fidèles. Tout s’est en fait passé comme s’il fallait à tout prix reprendre tout comme avant, les mesures sanitaires contraignantes et dépersonnalisantes en plus.

Je dois dire que j’éprouve depuis un mois et demi de reprise des célébrations une sorte d’acédie, oh non pas de ma relation à Dieu qui est forte et vibrante, mais de cette liturgie immuable et presque aliénante. La joie et le partage finissent par n’être plus que des mots, notre expérience de Dieu pendant cette longue traversée épidémique qui a été si cruelle en terme d’angoisse et de deuils dans le Grand Est est niée. Nous voilà de nouveau assignés à une place dans un banc à écouter le prêtre comme un oracle.

J’ajoute sans malice, comme beaucoup d’observateurs le font, que l’Eglise a dû voir dans la pandémie une opportunité de mettre en sourdine la crise des abus sexuels et spirituels.
C’est une grande naïveté de croire qu’elle peut ainsi se refaire une virginité. Les crimes et les blessures indélébiles demeurent, rien n’est résolu, et cette sorte de fuite en avant depuis fin mai ne nous expose qu’à de plus grandes désillusions. Enfin je me dis que si la pratiquante fidèle que je suis, avec ma grande dévotion à l’eucharistie et mon amour au-delà de tout pour la personne de Jésus, entre peu à peu en acédie liturgique, combien plus les pratiquants occasionnels et en recherche vont-ils déserter les églises devant cette forme de surdité aux besoins et charismes profonds des fidèles dont elles font preuve !

Alors oui, les oracles d’Isaïe me semblent aujourd’hui d’une actualité saisissante : Dieu trouve peut-être bien vaines nos offrandes, même eucharistiques, et prend en dégoût l’odeur de l’encens à l’heure où le chrétien de base est nié dans sa grande liberté et maturité d’enfant du Père.

En ces jours-là, le roi Acab convoqua tout Israël et réunit les prophètes sur le mont Carmel.
Élie se présenta devant la foule et dit : « Combien de temps allez-vous danser pour l’un et pour l’autre ? Si c’est le Seigneur qui est Dieu, suivez le Seigneur ; si c’est Baal, suivez Baal. » Et la foule ne répondit mot.
Élie continua : « Moi, je suis le seul qui reste des prophètes du Seigneur, tandis que les prophètes de Baal sont quatre cent cinquante.
Amenez-nous deux jeunes taureaux ; qu’ils en choisissent un, qu’ils le dépècent et le placent sur le bûcher, mais qu’ils n’y mettent pas le feu. Moi, je préparerai l’autre taureau, je le placerai sur le bûcher, mais je n’y mettrai pas le feu.
Vous invoquerez le nom de votre dieu, et moi, j’invoquerai le nom du Seigneur : le dieu qui répondra par le feu, c’est lui qui est Dieu. » La foule répondit : « C’est d’accord. »
Élie dit alors aux prophètes de Baal : « Choisissez votre taureau et commencez, car vous êtes les plus nombreux. Invoquez le nom de votre dieu, mais ne mettez pas le feu. »
Ils prirent le taureau et le préparèrent, et ils invoquèrent le nom de Baal depuis le matin jusqu’au milieu du jour, en disant : « Ô Baal, réponds-nous ! » Mais il n’y eut ni voix ni réponse ; et ils dansaient devant l’autel qu’ils avaient dressé.
Au milieu du jour, Élie se moqua d’eux en disant : « Criez plus fort, puisque c’est un dieu : il a des soucis ou des affaires, ou bien il est en voyage ; il dort peut-être, mais il va se réveiller ! »
Ils crièrent donc plus fort et, selon leur coutume, ils se tailladèrent jusqu’au sang avec des épées et des lances.
Dans l’après-midi, ils se livrèrent à des transes prophétiques jusqu’à l’heure du sacrifice du soir, mais il n’y eut ni voix, ni réponse, ni le moindre signe.
Alors Élie dit à la foule : « Approchez. » Et toute la foule s’approcha de lui. Il releva l’autel du Seigneur, qui avait été démoli.
Il prit douze pierres, selon le nombre des tribus des fils de Jacob à qui le Seigneur avait dit : « Ton nom sera Israël. »
Avec ces pierres il érigea un autel au Seigneur. Il creusa autour de l’autel une rigole d’une capacité d’environ trente litres.
Il disposa le bois, dépeça le taureau et le plaça sur le bûcher.
Puis il dit : « Emplissez d’eau quatre cruches, et versez-les sur la victime et sur le bois. » Et l’on fit ainsi. Il dit : « Une deuxième fois ! » et l’on recommença. Il dit : « Une troisième fois ! » et l’on recommença encore.
L’eau ruissela autour de l’autel, et la rigole elle-même fut remplie d’eau.
À l’heure du sacrifice du soir, Élie le prophète s’avança et dit : « Seigneur, Dieu d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, on saura aujourd’hui que tu es Dieu en Israël, que je suis ton serviteur, et que j’ai accompli toutes ces choses sur ton ordre.
Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi, pour que tout ce peuple sache que c’est toi, Seigneur, qui es Dieu, et qui as retourné leur cœur ! »
Alors le feu du Seigneur tomba, il dévora la victime et le bois, les pierres et la poussière, et l’eau qui était dans la rigole.
Tout le peuple en fut témoin ; les gens tombèrent face contre terre et dirent : « C’est le Seigneur qui est Dieu ! C’est le Seigneur qui est Dieu ! »

1 Rois 18, 20-39

Ce très beau texte me fait rêver. Oui, quand on est envoyé de la part du Seigneur, l’Unique que nous chrétiens connaissons comme le Dieu Trinité, on aimerait parfois être justifié par un feu qui descendrait du ciel pour accréditer notre témoignage et discréditer la multitude des faux prophètes.

En ceci, les choses n’ont pas changé depuis ces temps antiques : pour un Elie envoyé par le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, quatre cent cinquante envoyés par personne mais qui se disent, se croient et se font passer pour légitimes.
Ce qui a changé, c’est que les cartes sont bien plus brouillées de nos jours. Les prophètes de Baal ne se réclamaient pas du Dieu d’Israël mais de la puissance de Baal en laquelle ils croyaient. Les faux prophètes contemporains sont bien plus retors, dans la mesure où ils se réclament du Dieu de Jésus-Christ, avec souvent une grande dévotion à la Vierge Marie, ce qui plaît à l’Eglise et aux foules. Et on les voit ainsi prospérer, être écoutés comme des oracles, vénérés comme des voyants ou des mystiques authentiques que l’histoire sainte a pu nous donner, avec parcimonie cependant. De cette parcimonie, en ce troisième millénaire, on a l’air de ne plus se souvenir. Et ainsi, souvent, un faux prophète est crû authentique quand il entre en réseau avec beaucoup d’autres, dans des thèmes communs. Il est notoire qu’à l’heure d’internet, ils se soutiennent et s’authentifient les uns les autres. Telle fausse mystique s’indigne qu’on puisse douter d’elle puisque unetelle qui a encore meilleure presse qu’elle a dit la même chose ! Elle truffera son blog de vidéos et de témoignages de supposées voyantes, actuelles ou de naguère, et cerise sur le gâteau, elle abondera dans le sens de nombreux prêtres contemporains prolixes et cotés en affirmant en outre que feu son premier accompagnateur spirituel était un saint ! La recette marche. On la lit. On lui écrit. On la prend elle-même pour une sainte et elle se répand sur le net en conseils spirituels que les esprits à faible discernement vont s’astreindre à appliquer pour progresser eux-mêmes en sainteté !

Un autre point qui trouble le discernement même des plus affûtés en Eglise, c’est que ces faux mystiques-là se conforment à la lettre au Catéchisme de l’Eglise catholique et affichent une pratique des plus assidues, quand ce n’est pas qu’ils se montrent encore plus observants que le commun des catholiques. Ah ! va-t-on observer, que de vertu, que d’humilité en Eglise, que de fidélité au magistère ! Telle voyante ou entendante menait une vie de désordre, et la voilà magnifiquement convertie jusqu’à porter mantille pour se rendre à l’église !

Eh bien moi je tiens à souligner aujourd’hui qu’il y avait un seul Elie contre quatre cent cinquante prophètes de Baal, comme il y a peut-être aujourd’hui une seule confidente réelle du Christ Jésus contre quatre cent cinquante et plus usurpatrices. Oh, elles n’en ont pas même conscience et c’est le plus dramatique ! A force de s’authentifier les unes les autres et d’être souvent en bonnes grâces avec l’Eglise, elles ne se rendent même plus compte qu’elles sont dans l’illusion ou pire, le jouet de l’Adversaire : celui qui désire avant toute chose corrompre l’Eglise du Christ de l’intérieur pour la perdre et discréditer définitivement qui Il a vraiment envoyé.

Alors ma foi, en 2020, je n’espère pas des langues de feu sur un taureau que j’aurais immolé, mais simplement, un peu de bon sens et de discernement de la part de ceux qui me lisent et qui ne comprennent pas toujours  pourquoi je ne fais jamais chœur commun avec les innombrables « mystiques » contemporaines fortes de leurs réseaux.

« Moi, je suis le seul qui reste des prophètes du Seigneur, tandis que les prophètes de Baal sont quatre cent cinquante. »

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.
Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie.
Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés.
Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde.
Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais.
Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde.
Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité.
De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »

Jean 17,11b-19
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Jésus a donné au monde la Parole de vérité du Père, il l’a confiée à ses disciples, et ils vont goûter comme leur Seigneur à la béatitude de la persécution pour la justice. Béatitude ? Sur le moment, certes non. C’est bien difficile d’être moqué, raillé, d’attirer à soi le doute, les sarcasmes et le mépris quand on annonce une vérité confiée à soi par le Seigneur en personne.

Les successeurs « officiels » des apôtres ont de nos jours tôt fait de prendre pour eux-mêmes ces avertissements de Jésus. Certes, les clercs sont moqués, raillés et méprisés par beaucoup de nos contemporains. Mais il convient d’examiner la cause de ces persécutions. Sont-ils en butte à l’impopularité parce qu’ils annoncent l’Evangile, ou parce qu’ils ont failli dans cette annonce ?
Les deux cas de figure existent. Parmi les clercs, il y a parfois d’authentiques prophètes, qui annoncent sincèrement la Parole du Seigneur Jésus et en vivent concrètement. Et ceux-là sont alors toujours persécutés pour la vérité, comme Jésus l’annonce ici dans sa grande prière sacerdotale en Jean 17,1-26.
Mais il existe un autre cas de figure, très répandu : des clercs vivent et se comportent à revers de l’Evangile, ils ont acquis le goût du pouvoir, ne supportent pas d’être contestés au nom d’une soit-disant autorité naturelle que leur confèreraient leur ordination et leur allégeance à la doctrine de l’Eglise. Ils extrapolent volontiers sur l’Evangile, se saisissent de telle ou telle parole du Christ pour en tirer tout un enseignement moral et discourent essentiellement sur des questions sexuelles, familiales et bioéthiques. Et cela en n’étant pas toujours innocents de dissimulations de crimes de mœurs ou d’emprise spirituelle au sein même de l’organisation ecclésiale. Il me semble alors un peu facile de crier à la persécution pour la vérité. « Qu’est-ce que la vérité ? », disait Pilate à Jésus (Jean 18, 38). Voilà ce dont nous devons nous souvenir. Qu’est-ce que la vérité, en Christ ?

L’Eglise catholique romaine prétend posséder le dépôt fidèle de la foi chrétienne. Moi qui suis baptisée catholique, j’avoue que je n’ai pas pu trouver ailleurs énoncés de foi plus proches de l’enseignement du Seigneur Jésus. Mais je reconnais volontiers qu’il y a dans la doctrine catholique tout un fatras de fausses croyances et de dévotions dévoyées qui placent en permanence le catholique sur le fil risqué de l’idolâtrie. Et c’est particulièrement vrai pour tous les développements ultérieurs à l’Eglise primitive qui concernent le culte à Marie, mère de Jésus, et aux saints officiellement canonisés. Il y a dans les doctrines mariales des aberrations indéfendables de nos jours. Et si vous avez la lucidité et l’audace de les mettre au jour, attendez-vous à la vraie persécution : celle pour défendre la vérité, vos plus farouches adversaires émanant de l’Eglise catholique même et pas du monde ni des autres religions. Quand on a nourri et officialisé l’erreur depuis des siècles, rien de plus inconfortable que de le reconnaître humblement et publiquement. Quand on continue à enseigner dans les catéchèses des mensonges théologiques aux enfants et jeunes ou adultes catéchumènes, rien de plus malaisé que de faire machine arrière et de confesser que l’on s’est lourdement trompé.

Le Christ a voulu que ses disciples – tous les baptisés – soient un, sanctifiés dans la vérité. Or je dis que l’œcuménisme sera impossible tant que les catholiques continueront à se cramponner à des doctrines mariales erronées dès l’origine, et tant que les réformés relativiseront toute la doctrine du salut, y compris l’aspect sacrificiel de la vie de Jésus.

On va me rétorquer : mais qui êtes-vous donc pour avoir l’audace de remettre les doctrines ecclésiales en question ?

Eh bien, je réponds : je suis celle qui n’a pour tout CV qu’un baptême catholique avec tous les sacrements qui lui sont consécutifs, sauf l’Ordre et le mariage, un diplôme d’institutrice et une expérience de mère de trois enfants. Mais j’ai pour moi la confiance profonde du Père et du Fils. J’ai pour moi d’avoir été, dans l’Esprit Saint, consacrée au Seigneur Jésus dans la vérité et pour la vérité. Et je ne cesse de me faire, à travers mes écrits, leur porte-parole pour que cette vérité éclate enfin au grand jour. Dussé-je être persécutée verbalement, psychologiquement, spirituellement et socialement. Voire excommuniée un jour de l’Eglise de mon baptême et de toute ma lignée familiale.

Au nom de la Vérité, je suis prête à tout assumer. Sauf de perpétuer moi-même le mensonge théologique et doctrinal.

 

Image : La Prière sacerdotale 1900-1918     Eugène Burnand    Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne