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Méditations bibliques

En ces jours-là, tout le peuple se rassembla comme un seul homme sur la place située devant la porte des Eaux. On demanda au scribe Esdras d’apporter le livre de la loi de Moïse, que le Seigneur avait prescrite à Israël.
Alors le prêtre Esdras apporta la Loi en présence de l’assemblée, composée des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre. C’était le premier jour du septième mois.
Esdras, tourné vers la place de la porte des Eaux, fit la lecture dans le livre, depuis le lever du jour jusqu’à midi, en présence des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre : tout le peuple écoutait la lecture de la Loi.
Le scribe Esdras se tenait sur une tribune de bois, construite tout exprès.
Esdras ouvrit le livre ; tout le peuple le voyait, car il dominait l’assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout.
Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : « Amen ! Amen ! » Puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre.
Les lévites, expliquaient la Loi au peuple, pendant que le peuple demeurait debout sur place.
Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre.
Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi.
Esdras leur dit encore : « Allez, mangez des viandes savoureuses, buvez des boissons aromatisées, et envoyez une part à celui qui n’a rien de prêt. Car ce jour est consacré à notre Dieu ! Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! »
Les lévites calmaient tout le peuple en disant : « Cessez de pleurer, car ce jour est saint. Ne vous affligez pas ! »
Puis tout le peuple se dispersa pour aller manger, boire, envoyer des parts à ceux qui n’avaient rien de prêt, et se livrer à de grandes réjouissances ; en effet, ils avaient compris les paroles qu’on leur avait fait entendre.

Néhémie 8,1-4a.5-6.7b-12
Textes liturgiques©AELF

La première lecture d’aujourd’hui est longue, mais je l’ai restituée ici en entier car c’est un texte que j’aime particulièrement. Il narre la redécouverte de la Loi de Moïse par le peuple juif après le retour de l’exil à Babylone qui a duré une cinquantaine d’années (587-538 avant J.C). On mesure dans ces lignes l’émotion du peuple élu qui retrouve sa terre, le temple et la Parole de son Dieu. Ils ont conscience d’avoir été infidèles à leur vocation de témoins de l’Eternel, et sont saisis par sa Parole quand prêtres, scribes et lévites la leur redonnent à entendre. C’est très beau !

A quand une redécouverte par tous les baptisés de la Parole de Dieu contenue dans la Bible, du témoignage de Jésus laissé avec fidélité par les évangélistes et les divers auteurs du Nouveau Testament ? Certains d’entre nous ont une telle méconnaissance du trésor de la foi chrétienne, qui n’est qu’un parfait prolongement de la foi juive de nos frères aînés !

Cependant, je voulais souligner le passage mis ici en titre. Après l’exil à Babylone, les prêtres, scribes et lévites ont encore une connaissance et une compréhension de la Loi que le peuple a perdue. Visiblement, il ne parle plus la langue des Ecritures. Il faut la leur traduire et la leur expliquer. Un parallèle est facile à établir entre ce qui se vit là et nos propres cultes chrétiens. On se lève pour la lecture de l’Evangile puis on écoute le prédicateur, prêtre, diacre ou pasteur, nous en donner une interprétation en phase avec la doctrine de son église.

Or, ce que je désirais mettre en avant, c’est que de nos jours, les Ecritures ne sont plus donnés dans une langue inaccessible aux baptisés – le latin d’antan – mais dans le langage qui correspond à notre propre culture. C’est le grand avantage du christianisme depuis Martin Luther. Nous sommes à même de comprendre les Ecritures sans intermédiaire qui nous les traduise. Cependant, il n’est pas encore entré dans la mentalité de la plupart des prêtres et des pasteurs que le baptisé qui les médite régulièrement est aussi à même de les interpréter. Combien de fois, quand je commençais à lire beaucoup la Bible et à la méditer personnellement, les prêtres m’ont-ils enjointe de le faire exclusivement en Eglise avec cette sorte d’interdit : « Il ne faut pas lire la Bible seul ! » J’ai passé outre, et acquis sur bien des textes des inspirations nées de l’Esprit, lui qui n’est jamais exclusivement conditionné par la doctrine et la formation théologique. On peut aussi accueillir les Ecritures avec une âme ouverte aux motions de l’Esprit Saint, qui n’est pas la propriété privée des ordonnés dans un ministère !

Si donc, j’avais un message à faire passer aujourd’hui, ce serait qu’il est bon et beau de s’inspirer des exemples du Premier Testament pour approcher la Parole de Dieu et lui rendre un culte, mais que les temps ont changé aussi, et qu’on peut être un authentique croyant – et même, voire surtout quand on est une femme ! – comprenant parfaitement cette Parole sans avoir nécessairement besoin d’un intermédiaire « autorisé », prêtre ou pasteur, pour y accéder.

Moi, Esdras, à l’heure de l’offrande du soir, je me relevai de ma prostration ; le vêtement et le manteau déchirés, je tombai à genoux ; les mains tendues vers le Seigneur mon Dieu, je dis : «Mon Dieu, j’ai trop de honte et de confusion pour lever mon visage vers toi, mon Dieu. Nos fautes sans nombre nous submergent, nos offenses se sont amoncelées jusqu’au ciel. Depuis les jours de nos pères et aujourd’hui encore, grande est notre offense : c’est à cause de nos fautes que nous avons été livrés, nous, nos rois et nos prêtres, aux mains des rois étrangers, à l’épée, à la captivité, au pillage et à la honte, qui nous accablent encore aujourd’hui. »

Esdras 9, 5-7

En ce temps-là, Jésus rassembla les Douze ; il leur donna pouvoir et autorité sur tous les démons, et de même pour faire des guérisons ;
il les envoya proclamer le règne de Dieu et guérir les malades.
Il leur dit : « Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent ; n’ayez pas chacun une tunique de rechange.
Quand vous serez reçus dans une maison, restez-y ; c’est de là que vous repartirez.
Et si les gens ne vous accueillent pas, sortez de la ville et secouez la poussière de vos pieds : ce sera un témoignage contre eux. »
Ils partirent et ils allaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle et faisant partout des guérisons.

Luc 9, 1-6
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

C’est volontairement que je mets en parallèle l’évangile du jour avec un extrait de la première lecture d’aujourd’hui. Car si les deux semblent a priori ne pas avoir de rapport entre eux, une correspondance très actuelle me saisit.

Revenons sur le péché des Israélites déploré ici par Esdras : durant leur exil à Babylone entre 587 et 538 avant Jésus Christ, nombre d’entre eux ont épousé des femmes étrangères de peuples idolâtres. Au retour à Jérusalem, ils vont devoir s’en séparer – le temps des fêtes juives ou pour toujours, tous les traducteurs bibliques ne sont pas d’accord entre eux – pour préserver la pureté du peuple élu et revenir aux commandements de leur Dieu.

Loin de moi l’idée de m’indigner du Premier Testament et de proclamer que ce Dieu n’est pas le nôtre et que ces écrits sont « caduques ». Ce qui est écrit est écrit, et personnellement, je trouve des enseignements très profonds dans la foi de nos frères aînés juifs. Ce qui est en cause ici, c’est un manquement à la fidélité aux préceptes de Dieu. On pourra aujourd’hui ne pas comprendre que Dieu ait proscrit aux fils d’Israël le mariage avec des femmes non-juives, ce n’est pas pour autant le moment d’entrer en contestation avec Lui. « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins » (Isaïe 55, 8)  Laissons à Dieu sa propre logique. Et nous, respectons ses commandements.

Le parallèle que je perçois entre la désolation d’Esdras pour le péché du peuple élu et l’évangile du jour, c’est qu’en Eglise, ces derniers siècles – voire depuis plus longtemps – notre clergé s’est tenu bien loin des commandements de Jésus concernant ses apôtres. Pauvreté absolue, dépouillement, itinérance et très certainement célibat – quoi que pourraient m’objecter nos contemporains catholiques « progressistes » – qui reconnaît encore un de nos prêtres ou évêques dans ce portrait pourtant donné par le Christ Jésus lui-même ? Ceux qui se conforment à ces exigences, de saint François d’Assise à Charles de Foucault, sont tellement rares que l’on en fait des saints !

Quant à l’impureté du peuple d’Israël que déplore ici Esdras, que dire de l’impureté contemporaine de notre clergé ? Ces dernières années n’ont fait que mettre en lumière de manière crue de très graves fautes contre le sacerdoce et l’humanité de la part de ceux qui sont censés marcher à la suite du Seigneur Jésus et nous enseigner d’abord par l’exemple sa Parole. Crimes pédophiles et omerta complice dans l’Eglise à leur sujet, abus sexuels ou spirituels sur des fidèles jeunes ou adultes et jusqu’à l’abomination de ravir à des religieuses leur chasteté !

Un nouvel Esdras se lèverait-il aujourd’hui, oui, il aurait de lourdes raisons de pleurer vers Dieu sur l’abomination d’une frange de cette Eglise qui se croit toujours élue du Christ sa tête.
« Nos fautes sans nombre nous submergent, nos offenses se sont amoncelées jusqu’au ciel. »

A méditer si on nourrit encore l’espoir que l’Eglise puisse continuer à faire l’arrogante sur les décombres de sa moralité bafouée.

En ce temps-là, la mère et les frères de Jésus vinrent le trouver, mais ils ne pouvaient pas arriver jusqu’à lui à cause de la foule.
On le lui fit savoir : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui veulent te voir. »
Il leur répondit : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. »

Luc 8,19-21
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Cette petite méditation ne sera pas de trop pour faire contrepoids à tous les pieux sermons mariaux qui seront débités aujourd’hui en Eglise catholique à propos de cet évangile. Car nos curés et prédicateurs sont devenus experts dans l’art de l’esquive et du détournement de la Parole quand elle devient un peu gênante pour l’orthodoxie catholique. Consigne a dû leur être donnée dès le séminaire : quand on parle des frères de Jésus dans l’Evangile, et pas forcément de façon flatteuse, hâtez-vous de prêcher sur la Vierge-Marie-qui-a-mis-comme-personne-d’autre-la-Parole-de-Dieu-en-pratique. Et c’est ce qu’ils font. Au besoin, ils prennent des détours alambiqués pour nous démontrer que les frères de Jésus ne sont pas ses frères mais ses cousins, ses voisins ou que sais-je encore. Surtout, surtout, il faut préserver vierge et vide de maternités conjugales le sein de la Très Sainte Vierge Marie ! Et ne jamais laisser soupçonner qu’elle ait pu avoir, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, la faiblesse de suivre ses fils nés après Jésus dans la volonté de le faire taire sur les places et au milieu des foules !

L’évangile de Luc est ici plus confortable que celui de Marc qui nous dit pourtant clairement, juste avant le passage parallèle à celui-là :

Alors Jésus revient à la maison, où de nouveau la foule se rassemble, si bien qu’il n’était même pas possible de manger.
Les gens de chez lui, l’apprenant, vinrent pour se saisir de lui, car ils affirmaient : « Il a perdu la tête. »
Marc 3, 20-21

Voilà hélas la stricte réalité : on veut se saisir de Jésus au motif qu’il a perdu la tête et l’intimer de se taire. Qui donc ? Sa mère et ses frères. Ses frères de sang, ceux qui, eux, ne sont pas fils de Dieu mais fils de Marie et Joseph, et donc concernés comme tout homme mâle par le péché des origines, celui qui se transmet de père à fils et qui consiste à ne pas croire a priori en la Parole de Dieu. Joseph voulut répudier Marie à l’annonce de sa grossesse virginale car il ne pouvait croire qu’elle le fût. De même, ses fils de sang ne croiront pas – et ce jusqu’après la résurrection – que leur aîné par Marie parle vraiment au nom de son Père. Ils vont tout faire pour l’intimider et le ramener à une vie aussi ordinaire que la leur. Mais c’est sans compter avec la connaissance qu’a le Christ, à ce moment-là de sa vie, de son identité profonde de Messie d’Israël et de l’impérieuse nécessité pour lui d’annoncer le Royaume qui vient et d’accomplir les œuvres de Dieu.

Voilà la vérité que nos prêtres se refusent à discerner et à prêcher.

Mes propos choquent et scandalisent ? On préfèrerait me faire taire ?

Que l’on se rassure : ma famille de sang et ses complices ecclésiaux ont déjà tenté de le faire maintes fois depuis vingt ans. Mais je suis, avant toute autre appartenance, de la famille du Christ Jésus ; sa Parole, je l’écoute, je la médite et elle me tient aux entrailles. Et mieux que personne, peut-être, je suis capable de comprendre à quel point il a été tiraillé entre son appartenance religieuse et familiale et l’impératif de sa mission messianique.

Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ?
Les réflexions des mortels sont incertaines, et nos pensées, instables ;
car un corps périssable appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées.
Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée ; ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert ?
Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ?
C’est ainsi que les sentiers des habitants de la terre sont devenus droits ; c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés.

Sagesse 9,13-18
Textes liturgiques©AELF

Joie de voir en lecture du jour un extrait du Livre de la Sagesse, que je trouve trop peu lu en Eglise !
Et encore a-t-on choisi ici un extrait peu explicite sur la nature de la Sagesse et sur sa féminité si éminemment suggérée dans tout ce livre.
On peut élargir le propos, et au lieu de voir Salomon dans le Roi de ces pages (Sagesse 7 à 9), y discerner le Christ Jésus lui-même. N’est-il pas évoqué de manière prophétique en Sagesse 8, 10-14 par exemple ?

Grâce à elle, j’aurai la gloire auprès des foules, et l’honneur auprès des anciens, malgré ma jeunesse.
Au tribunal, on reconnaîtra ma perspicacité ; devant moi les puissants seront dans l’admiration.
Si je me tais, ils attendront ; si je parle, ils prêteront l’oreille ; si je prolonge mon discours, ils se garderont de m’interrompre.
Grâce à la Sagesse, j’aurai l’immortalité, je laisserai à la postérité un souvenir éternel.
Je dirigerai des peuples, et des nations me seront soumises.

Ou encore, dans l’extrait 9, 7-8 :

Tu m’as choisi pour régner sur ton peuple, pour gouverner tes fils et tes filles ;
tu m’as ordonné de bâtir un temple sur ta montagne sainte, un autel dans la ville où tu demeures, imitation de la demeure sainte que tu fondas dès l’origine.

Je ne comprendrai jamais pourquoi l’Eglise catholique professe que Jésus est la personnification de la Sagesse, alors qu’à l’évidence, il apparaît davantage dans le personnage masculin nommé ici Salomon – comme dans le Cantique des cantiques – et que la Sagesse, quant à elle, est sa partenaire de prédilection, débordant de féminité. Il n’y a vraiment que des commentateurs masculins un brin misogynes pour nier ce féminin et prétendre qu’un homme, le Christ Jésus, fût-il le Fils de Dieu, puisse être une personnification de la Sagesse. C’est complètement contradictoire avec ce texte magnifique dont il est temps de saisir le sens profond.

Ainsi, on comprend bien mieux que dès les origines, il y avait dans Dieu le Père deux puissances en devenir : l’une, masculine, qui deviendrait le Verbe, le Logos autrement dit, et l’autre, féminine, qui deviendrait à son tour Sagesse du Père, autrement dit la Sophia, que l’Eglise devrait se hâter de rechercher, comme le fit Salomon, et de découvrir en vérité. Elle est la prédilection du Fils, et il ne peut plus désormais se concevoir sans elle. Il est encore temps, peut-être, que les hommes d’Eglise, pétris d’argile et à l’esprit alourdi par leur entre-soi masculin et leur souci de s’auto-absoudre de leurs fautes innombrables depuis vingt siècles, acceptent d’entendre une voix féminine de discernement et de sagesse qui serait capable de les enseigner sur le présent de l’Eglise terrestre et des réalités célestes qui ne sont pas à la portée de tout un chacun, mais auxquelles elle, elle a accès.

Or la Sagesse est avec toi, elle qui sait tes œuvres ; elle était là quand tu fis l’univers ; elle connaît ce qui plaît à tes yeux, ce qui est conforme à tes décrets.
Des cieux très saints, daigne l’envoyer, fais-la descendre du trône de ta gloire. Qu’elle travaille à mes côtés et m’apprenne ce qui te plaît.
Car elle sait tout, comprend tout, guidera mes actes avec prudence, me gardera par sa gloire.

Sagesse 9, 9-11

En ce temps-là, Jésus descendit à Capharnaüm, ville de Galilée, et il y enseignait, le jour du sabbat.
On était frappé par son enseignement car sa parole était pleine d’autorité.
Or, il y avait dans la synagogue un homme possédé par l’esprit d’un démon impur, qui se mit à crier d’une voix forte :
« Ah ! que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. »
Jésus le menaça : « Silence ! Sors de cet homme. » Alors le démon projeta l’homme en plein milieu et sortit de lui sans lui faire aucun mal.
Tous furent saisis d’effroi et ils se disaient entre eux : « Quelle est cette parole ? Il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs, et ils sortent ! »
Et la réputation de Jésus se propageait dans toute la région.

Luc 4, 31-37
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Je m’attends à ce que mon article d’aujourd’hui déplaise beaucoup, mais ma foi, j’en ai l’habitude désormais…
Nous voyons ici Jésus expulser un démon, en grande autorité. Déjà, ses auditeurs étaient surpris de sa parole qui était pleine d’autorité. Ne soyons pas surpris quant à nous : Jésus est le Verbe de Dieu, c’est de Lui qu’il tient sa connaissance parfaite des mystères divins et des replis de l’âme humaine. Jésus, par nature, a autorité sur la Parole de Dieu et sur celui qui fait profession de la contester depuis les origines : appelons-le le Mauvais, ou le démon, ou même le diable qui divise, en nous dépouillant de l’iconographie moyenâgeuse. Celui-là ne prend pas forcément des apparences repoussantes, bien au contraire, il est même  le plus habile à se déguiser, séducteur et trompeur qu’il est en son être profond. Je l’ai déjà dit et je le redis encore, une des apparences les plus séductrices du démon de nos jours, à destination des âmes chrétiennes, est justement, par exemple, la Gospa de Medjugorje.

Mais revenons à cet évangile : le démon qui s’est emparé de cet homme sait que Jésus est le Saint de Dieu . Et qu’il est venu pour le perdre, lui, le diable, et pour sauver les âmes qui souffrent de l’emprise directe ou indirecte du « prince de ce monde ». Au temps de Jésus, beaucoup de personnes semblaient « possédées » et cela peut nous étonner, nous rationalistes du XXIe siècle. N’oublions pas cette maxime célèbre : « La plus grande ruse du diable, c’est de faire croire qu’il n’existe pas. » Nous en sommes là aujourd’hui, nous qui nous moquons de sa définition et ne parvenons plus à le discerner dans les âmes et dans notre quotidien. L’ange déchu, lui, s’en frotte les mains : déclaré inexistant, il peut nuire à sa guise. Et c’est ce qu’il fait incontestablement dans notre époque « sans foi ni loi » sous les apparences les plus anodines et parfois les plus charismatiques.

Comme il connaît assez bien les Ecritures, et, mieux que la moyenne humaine, les façons de faire de Dieu, il les singe. Aussi peut-il s’écrier :
« Ah ! que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. »
Les gardiens de la religion de Jésus ne vont pas reconnaître le Messie, mais le démon, lui, l’a déjà identifié et il le redoute. Il sait bien qu’il rencontre là son ennemi majeur, le propre Fils de Dieu, celui contre lequel il ne peut rien, sinon souffler, comme Judas le fit sous son emprise, qui il est et où il se trouve pour que des hommes mauvais se chargent de le persécuter et même de le mettre à mort. La mort, c’est la chasse gardée du démon. La vie, c’est le privilège de Jésus qui la transcende en vie éternelle par sa résurrection.

Dans le combat contre le démon, l’humanité est très inégale. Seuls ceux qui sont totalement configurés au Christ Jésus peuvent le combattre, le chasser, le vaincre. Et j’irai plus loin, parlant par expérience : en tant que femme, aussi forte que soit notre foi au Christ, nous n’avons pas le pouvoir d’intimider le démon, encore moins de le faire sortir d’une créature. Car le diable est, de tout ce qui existe, l’entité la plus misogyne qui soit. Il hait littéralement toutes les femmes, les agressant jusqu’au martyre quand elles s’approchent de la sainteté, ou recherchant leurs complaisances quand leur foi n’est pas assez solide pour lui résister. Voyons-le tourmenter Eve dans la Genèse. Voyons-le pourchasser « la Femme » en Apocalypse 12, 1-6. Voyons-le chassé seulement par Jésus quand il s’acharne dans l’âme de celle qui deviendra « L’Apôtre des apôtres », Marie de Magdala (Luc 8, 2). Voyons-le triompher en Hérodiade, gagnée à sa cause par adultère, dans le martyre de Jean le Baptiste (Marc 6, 12-29).

Une femme ne peut avoir le pouvoir de réaliser un exorcisme parce que le démon n’a strictement aucun respect pour elle. Et je le dis ici au risque de me faire encore lyncher : les catholiques se fourvoient quand ils pensent que Marie, mère de Jésus, est le rempart contre le diable. Seul Jésus l’est, lui qui parvient à le tenir en respect. Marie n’a jamais eu à lutter seule contre le démon : à l’Annonciation, c’est l’ange Gabriel qui vient à elle et non le Mauvais. Et si Joseph n’avait pas tenu compte du songe donné par Dieu, il aurait répudié Marie et l’aurait laissée livrée à la vindicte populaire. Mais il s’est ravisé suite à ce songe, il a protégé Marie, puis son Fils l’a protégée à son tour. Et qu’a-t-il fait à la Croix ? Jésus agonisant  l’a encore confiée au plus saint de ses disciples, Jean (Jean 19, 26-27), lui qui était plus apte à faire écran entre Marie et le Mauvais que n’importe lequel de ses quatre autres fils, eux qui ne se sont convertis à leur frère Jésus comme Fils de Dieu qu’après sa résurrection. Ceux qui s’indignent de mes lignes me montreront dans l’Evangile Marie victorieuse toute seule, ne serait-ce qu’une fois, d’une attaque du Mauvais. Personnellement, je n’ai pas trouvé un tel exemple dans les Ecritures canoniques. Toujours, au moins un homme des plus saints s’est trouvé entre Marie et l’Adversaire. Elle en a toujours été protégée.

En est-il de même aujourd’hui pour toutes ces femmes victimes de violences inouïes de la part des hommes complices du mal et qui étaient pourtant censés les en protéger ? Je prendrai un seul exemple : ces nombreuses et ô combien malheureuses religieuses abusées sexuellement par des clercs. Ceux-là même qui auraient dû faire écran entre elles et le démon qui les a prises en haine depuis toujours se sont laissé envahir complaisamment par lui, et ont violé les vierges du Seigneur. Summum d’iniquité, dont ceux-là auront à rendre compte un jour.

Nous autres pauvres créatures féminines sommes impuissantes devant le mal déchaîné contre nous. Nous avons un seul pouvoir : le discerner, l’esquiver et le dénoncer.