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Je l’avoue d’emblée : je n’aime pas cette fête des Eglises catholique et orthodoxe qui ne s’origine dans aucun écrit de la Bible canonique. On a brodé autour des évangiles apocryphes que je rejette absolument et puisé dans des traditions qui relèvent plus de la légende que de la vérité.

Tout cela pour nous faire croire quoi ? Que la naissance de la Vierge Marie n’est pas une naissance ordinaire, elle serait précédée de stérilité, de jeûne au désert, de visites d’anges et que sais-je encore. Tout cela pour justifier la croyance en une mère de Jésus radicalement différente des autres femmes depuis l’instant de sa conception.

Eh bien, que l’on sache que je m’érige contre cette perception de la naissance de Marie. Car toutes ces légendes farfelues ne visent qu’à la mettre à part de l’humanité et à la distinguer absolument des autres femmes qui l’ont précédée et qui lui succèdent encore.

Quoi ? Une femme née de parents ordinaires et semblable à toutes ses sœurs en humanité n’aurait donc jamais pu avoir une foi suffisante pour accepter d’accueillir en son sein le Fils de Dieu? Une jeune fille vierge sans naissance surnaturelle n’aurait donc pas été digne de porter en son sein le Messie d’Israël ?

Croire cela, c’est en fait mépriser profondément toute femme. Car je le dis et le répète : de très nombreuses jeunes filles au cœur pur, à la foi vive et au grand désir de contribuer au salut de l’humanité auraient acquiescé au projet de Dieu avec autant de grâce et de foi que Marie si elles s’étaient retrouvées dans la même situation. Aucun besoin d’être « Immaculée » à un titre particulier pour cela. Catholiques et orthodoxes commettent toujours la même erreur en voyant du surnaturel en Marie et en finissant par relativiser la différence de Jésus d’avec les autres hommes. Car enfin, qui, de Jésus ou de Marie, est né sans aucune intervention d’un géniteur masculin ? C’est Jésus et non Marie ! C’est Jésus qui est fondamentalement différent de ses frères en humanité puisqu’il ne partage pas avec eux le péché profondément inscrit dans leur chair, tandis que Marie est seulement une jeune fille ouverte à la Parole et à l’action de Dieu comme peut l’être n’importe quelle fille dans n’importe quelle culture.

Le péché masculin commence dans le doute à ce sujet : Joseph, dans son tout premier mouvement, ne croit pas à l’origine divine de Jésus et envisage de répudier Marie, comme n’importe quel homme soucieux de sa réputation et de ne pas « perdre la face » en société l’aurait fait. Oui, là commence le péché masculin : ne pas croire que la femme que l’on a en face de soi puisse être dans l’intimité de Dieu davantage et mieux que n’importe quel homme, y compris celui que l’on est.

Le péché masculin, c’est encore de rédiger des évangiles apocryphes pour laisser entendre que Marie est à part des autres femmes – elle dit son « Oui » parce qu’elle est surnaturelle, elle accouche de façon extatique, elle met au monde un fils premier-né dont le passage la laisse vierge et elle se refuse à son légitime époux toute sa vie en étant néanmoins glorifiée par lui ! Bien sûr, comme on fait de Marie une créature surnaturelle, on fait de Joseph un saint exceptionnel. Il passe toute une vie conjugale dans le lit de la plus délicieuse des épouses sans seulement l’effleurer du bout des doigts…

Tout cela est tellement ridicule que j’en suis affligée. Les Pères de l’Eglise ne se sont même pas rendu compte qu’en coupant Marie de la vie ordinaire des femmes, ils en faisaient une déesse païenne. Glorifiant leur Reine du Ciel / Astarté, ils méprisent plus sûrement toutes les femmes ordinaires censées ne pas lui ressembler.

C’est encore et toujours masquer le fait que c’est Jésus le Christ qui est absolument différent d’eux, étant sans péché, et non sa mère qui est différente de toutes ses sœurs en humanité. Le culte disproportionné rendu à la Vierge Marie est la meilleure façon de demeurer dans le mépris des femmes passées, présentes et à venir. Y compris de celle que je suis quand je ne fais que dire, comme ici, la vérité.

Le débat a été vif sur les réseaux sociaux suite à mon billet de blog précédent au sujet du meurtre de la jeune psychologue d’Annecy. Des voix se sont levées pour souhaiter la conversion et le salut du meurtrier. Soit. J’ai bien plus de mal à entendre des insinuations sur le fait que l’on ne sache même pas si la jeune femme était chrétienne, faute de quoi son salut à elle ne serait pas acquis non plus. Je n’ai même pas débattu sur ce plan tellement la remarque m’a indignée. A ces super chrétiens contents d’être « dans le bon lot », je ne donnerai que mon argument récurrent : Hitler au paradis parce qu’il était baptisé et Anne Frank en enfer parce qu’elle était juive ? Que chacun y réfléchisse un instant en son for intérieur.

Pourquoi ai-je les entrailles qui se nouent à chaque crime d’innocent ?

Il y a un fait fondateur : quand j’étais toute petite, j’ai entendu ma famille parler d’un meurtre odieux. Non loin de chez nous, une fillette ou une adolescente avait été assassinée, étouffée avec des feuilles d’arbre dans le nez. Tel est mon souvenir. Elle s’appelait Suzanne. Le traumatisme est resté.

Mon adolescence a été traversée de ces horribles « faits divers » de meurtres d’enfants. Je tremblais quand je faisais du vélo dans la campagne.

Puis vinrent les années 80 – 90 , et là l’enfer se déchaîna autour de moi. Les affaires qui défrayaient la chronique se passaient soit à un jet de pierre de chez moi, soit dans la proximité du domicile de proches, ou alors je connaissais des personnes directement concernées par ces meurtres. Il y eut Grégory bien sûr, Alexandre, Cyril, Christelle, Laurence, Anaïs, Jeanne-Marie, Julie et Hedwige…

Quand fut avoué le meurtre de la petite Christelle qui n’avait que trois ans, j’étais, à quelques petits kilomètres de là, couchée sur mon canapé en début de première grossesse, et je pleurais toutes les larmes de mon corps pour cette fillette immolée par un marginal. Puis ce fut une adolescente, Laurence, violée et assassinée à côté du restaurant où nous avions fêté notre mariage. Francis Heaulme était dans le coup, comme très souvent dans ces années-là. La disparition d’Anaïs me laissa une blessure très amère, quand je fus institutrice dans l’école de son petit frère qui dessinait des cimetières en disant qu’il voulait revoir sa sœur. Le psychologue scolaire ne venait pas à bout de son traumatisme, et la belle-mère de la fillette, avec qui j’étais amie, pleurait aussi régulièrement en évoquant le drame.

J’étais alors maman, et chaque meurtre d’enfant me remuait jusqu’aux entrailles, comme s’il eût été le mien. Avec nos deux aînés, nous avions participé en 2004 à la marche blanche en mémoire de Jeanne-Marie et Julie. La maman de Julie, très digne, nous demanda de nous disperser dans le calme. Non, personne ne pleurait à ce moment-là sur Pierre Bodein récemment libéré de prison, qui avait encore assassiné dans le même laps de temps une jeune femme du prénom d’Hedwige.

D’aucuns diront que ces traumatismes répétés ont troublé ma raison et me rendent trop dure pour les coupables. Je ne le pense pas. Je crois plutôt que j’ai communié à l’affliction de ces familles au-delà de la normale. Mes entrailles maternelles ont hurlé de douleur pour ces victimes et leurs parents. Ces entrailles qui ont donné trois fois la vie ont en aversion la mort, et d’autant plus la mort violente et profondément injuste, donnée par autrui.

« Rahamim », les entrailles de Dieu.

Pour qui hurlent-elles de douleur, ces entrailles-là, pour la victime ou pour le criminel ?

Je n’ai pas pour habitude de m’exprimer sur ce blog sur des sujets d’actualité, mais cette fois mon émotion est trop forte et je ne puis cacher ma colère.
Mercredi 26 août, une jeune psychologue de 30 ans a été tuée en pleine consultation dans son cabinet du centre ville d’Annecy d’un coup de fusil de chasse par un homme de 75 ans. Il n’était pas son patient, non. Le mobile du crime est abominable : la jeune psychologue allait signaler ce septuagénaire à la justice pour des faits d’agression sexuelle sur une mineure dans le cadre familial.

Le meurtrier a reconnu le coup de feu. Certes, il demeure la présomption d’innocence sur les faits d’abus sexuels sur mineure, mais je conçois difficilement qu’une adolescente, ou une personne s’exprimant à son sujet chez cette psychologue ait inventé cette histoire dans le cabinet jusqu’au point de provoquer chez la jeune professionnelle la réaction de faire remonter l’information préoccupante à la justice.

Dans le cadre de mon métier de professeure des écoles, je sais que l’on ne procède jamais à un signalement au sujet d’un enfant en danger ou déjà victime sans maintes précautions et suspicions vraiment fondées. Je n’imagine donc à aucun moment que cette jeune psychologue ait agi à la légère sans avoir de bonnes raisons de faire remonter une information préoccupante sur cette mineure.

Pourquoi ce billet de blog ?
Parce que la coupe est pleine.
Je n’en peux plus de la violence aveugle pour couvrir des faits criminels dans le souci de garder sa bonne réputation et d’éviter toute sanction.
Je n’en peux plus du déni des criminels qui usent et abusent du mensonge pour se dédouaner de leurs fautes.
Je n’en peux plus de ces procès où le coupable est défendu comme s’il était lui-même la victime, avec surabondance de circonstances atténuantes.
Je n’en peux plus de cette banalisation du crime de sang, comme si les meurtriers se croyaient dans un film d’action dont ils seraient le héros.

Et j’ajoute encore, comme chrétienne, je n’en peux plus non plus des super miséricordieux qui vont pleurnicher sur le coupable et demander à la famille de la victime de pardonner.

Je suis dure ? Est-ce moi qui suis dure, ou cette affaire qui est insupportable ?
La jeune psychologue avait 30 ans et un bébé, le père de son enfant travaillait avec elle.
Tragédie jamais cicatrisée pour lui, l’enfant, les parents de la jeune femme et tout son entourage.
La jeune psychologue prenait son travail à cœur et voulait venir en aide à une mineure victime d’abus dans le cadre familial. Elle a fait ce qu’elle avait de mieux à faire. Elle l’a payé de sa vie, et d’une existence dévastée pour tous ses proches.

Je crie ma révolte.
Je ne prierai pas pour le meurtrier. Non. Tuer une innocente pour couvrir ses crimes, c’est au-delà de mes capacités de compassion.

On va encore me juger mauvaise chrétienne, je le sais et je l’assume.

Mais ce que je demande à Dieu dans ces circonstances, c’est, puisque la justice des hommes ne pourra jamais rien réparer, que sa justice à Lui se fasse jour, et que le chrétien y réfléchisse à deux fois avant de lâcher un trop facile : « Il faut pardonner. » On n’a pas là affaire à une offense. C’est infiniment pire. La jeune femme est morte, son bébé n’a plus de maman. Qu’on me trouve un verset d’évangile où Dieu se place du côté d’un tel meurtrier, et pas de cette famille brisée.

Véronique Belen

28 août 2020

Article de presse sur le fait :
https://www.20minutes.fr/societe/2848539-20200828-psychologue-tuee-annecy-victime-allait-signaler-suspect-faits-agression-sexuelle-mineur

Je m’amuse d’associer ces deux mots que beaucoup confondent, tout comme les fêtes auxquelles ils correspondent. Ascension, la montée au Ciel de Jésus quarante jours après sa résurrection, fêtée en mai, Assomption, la montée au Ciel de Marie en son corps incorrompu à sa mort, ou « dormition » pour les orthodoxes, fêtée le 15 août.

Si je les associe, c’est qu’hier, 15 août, j’ai fait pour la première fois l’ascension du sommet le plus proche de mon domicile, le Petit Ballon d’Alsace, qui domine fièrement ma vallée. Douze kilomètres de montée harassante en compagnie de mon fils et de ma fille aînée, un parcours de toute beauté, ponctué de forêts, prairies, auberges de montagne, troupeaux à sonnailles, paysages splendides, nuages menaçants mais ne donnant pas une goutte de pluie… Il fallait monter, monter et monter encore, le corps souffrait, le mental menaçait de lâcher, mais le sommet devenait si proche que plus rien ne pouvait entamer le désir de l’effort et de la victoire sur soi-même.

Ma fille m’avait dit avant le départ : « Tu verras, Marie t’attend là-haut ! »
Alors un jour d’Assomption, je n’ai pas manqué de la supplier de me hisser jusqu’au but de ce pèlerinage éreintant.
Joie d’atteindre le sommet, d’admirer la statue de la Vierge et les vues époustouflantes, temps de pause après l’effort intense et appréhension du retour si long encore à la vue de notre village très très loin au-delà des forêts ondulantes…
Je l’avoue, le retour a été une épreuve, et pour tous les trois. De la difficulté réelle et symbolique de « redescendre de la montagne ». Les pieds et les jambes ne voulaient plus, mais étaient obligés d’avancer. Douze kilomètres encore sur huit cents mètres de dénivelé, dans l’autre sens.

Mais quelle joie aujourd’hui du défi accompli, des souvenirs montagnards plein les yeux et la tête, et de cette douce complicité avec mes enfants qui a rendu cette expédition des plus agréables malgré les difficultés qui n’ont pas manqué !

Comme je commentais dimanche 26 juillet Matthieu 13, 44-52, un extrait qui revient d’ailleurs dans la liturgie d’aujourd’hui à quelques versets près et qui comporte les paraboles du Royaume des Cieux – le trésor caché dans un champ, la perle de grande valeur et le tri des poissons dans le filet – une discussion a eu cours sur les réseaux sociaux au sujet de cet extrait et de ma méditation. Un contributeur m’a objecté que l’exégèse contemporaine, notamment les travaux du prêtre John Meier considéré comme « le spécialiste incontesté de travaux sur le « Jésus historique » », amenaient à découvrir que ces paraboles n’étaient pas de Jésus, mais des premières communautés chrétiennes ayant contribué à rédiger les évangiles vers le IIème siècle. Seules quatre paraboles en tout et pour tout seraient attribuables à Jésus lui-même dans tous les évangiles !

J’avoue que cette remarque m’a énormément fâchée. Je suis allée lire d’un peu plus près quels étaient les travaux de ce « spécialiste incontesté » qui apparemment en a écrit des pavés sur le sujet. Je ne nie pas la compétence et la rigueur intellectuelle de l’auteur qui est soulignée dans toutes les recensions de ses ouvrages. Mais je m’interroge sur la volonté de Dieu dans tout cela.

En effet, le Dieu d’Israël qui s’est fait connaître d’Abraham, de Moïse, de David et de multiples prophètes choisis toujours parmi les plus humbles du peuple aurait-il décidé, au moment d’envoyer son propre Fils, d’entourer sa vie de mystères et de la faire raconter ensuite par des rédacteurs malhonnêtes qui extrapoleraient sur ses origines, ses charismes et même ses paroles ? Car les évangiles ne sont pas n’importe quelle hagiographie bourrée de superlatifs et d’exagérations sur les vertus du saint ou de la sainte en question ! Les évangiles sont le pilier de la foi chrétienne, et je ne puis concevoir que les rédacteurs en aient été privés de la grâce de l’Esprit au point de prêter à Jésus des faits, gestes et paroles qui n’aient jamais été les siens.

Car reconnaissons que l’œuvre colossale de John Meier, parue dans les trois dernières décennies, n’est absolument pas abordable par les simples dans la foi, par les croyants de base qui ont confiance dans les Ecritures saintes et ne les remettent pas en question à tout propos. Que serait une religion qui maintiendrait les humbles dans une foi factice, et réserverait la juste interprétation de la vie de Jésus à une petite caste d’universitaires érudits ? Comment pourrait-on banaliser les résultats des travaux de ces scientifiques à la matière grise bouillonnante sans prendre le risque de scandaliser la foi des petits ?

Cela me ramène à un débat que j’ai eu récemment avec une théologienne qui m’est très chère, elle m’affirmait que les récits de la conception de Jésus en Luc étaient des ajouts postérieurs à la rédaction de l’ensemble de son évangile. Je veux bien la croire, elle est théologienne et moi non. De là à supposer que Jésus soit né d’une relation extra-conjugale ou d’un viol de Marie, c’est une conclusion à laquelle je ne cèderai jamais. Le fondement de ma foi, c’est que Jésus est bien le Fils de Dieu et qu’il n’a aucun géniteur masculin, la science pourra bien me crier que c’est impossible, je l’affirmerais encore même sous les supplices car je connais intimement le Christ dans l’oraison et par toute ma vie, et qu’il ne serait absolument pas qui Il Est s’il avait eu un père terrestre.

Il y a la science, et il y a la foi. Il y a l’exégèse, et il y a la mystique. Et quand les deux sont irréconciliables, je m’avance à l’affirmer, c’est la mystique qui prédomine. Car l’intelligence de la recherche peut être donnée à un esprit cartésien qui travaille ensuite avec ses propres forces, mais l’intelligence des mystères divins est pur don de Dieu, qui, dans sa grande sagesse, sait choisir les plus humbles et les plus simples pour se révéler à eux. Sinon, nous n’aurions jamais eu une sainte Catherine de Sienne qui n’avait aucune prérogative à infléchir les puissants de l’Eglise, sinon la connaissance qu’elle tenait de Dieu seul.

Je redis donc que je ne crois pas à l’Evangile des « sachants » qui décryptent l’histoire et décortiquent des bouts de parchemin.
Ce que Dieu a voulu nous dire par son Fils, il l’a aussi fait consigner dans les quatre évangiles canoniques par la puissance de l’Esprit Saint. Si Jésus avait craint d’être trahi par sa postérité spirituelle, il aurait écrit lui-même. Il ne l’a pas fait. J’ai confiance en sa confiance. Et je le reconnais trait pour trait dans les quatre évangiles, car le Christ qui y parle, c’est rigoureusement le même que celui qui me parle. Mots, ton, images, références évangéliques, tout se tient.

 

Source image : https://www.scienceetfoi.com/a-propos-de-quelques-miracles-de-jesus-etude-historico-critique-selon-jp-meier/