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La fête du Christ-Roi est une de mes fêtes liturgiques préférées, et cependant elle m’occasionne des tristesses : cette année en particulier où, pour cause de confinement, nous nous devons de la passer loin de notre paroisse et sans recevoir l’eucharistie, et aussi parce que je la trouve toujours mal comprise au cœur même de l’Eglise. Cette année liturgique A qui se termine étant en outre à mon goût celle qui nous donne, sur les trois années, les plus belles lectures en ce jour : Ézékiel (34, 11-12.15-17), Psaume 22 (23), 1 Corinthiens (15, 20-26.28) et Matthieu (25, 31-46).
Quelle richesse dans tous ces textes et la beauté du Psaume 22 !

Si je suis souvent contrariée en cette fête du Christ Roi, c’est que j’ai beaucoup de mal à adhérer aux homélies données à cette occasion, en particulier quand elles sont censées s’appuyer sur l’évangile de Matthieu 25, 31-46, comme aujourd’hui. Et la messe catholique étant ce qu’elle est, j’en suis réduite, comme femme et laïque, à écouter passivement les mots du célébrant sans être autorisée à donner mon avis. C’est donc ici, sur cet espace d’expression personnelle et libre qu’est mon blog, que je vais le faire.

J’ai lu ce matin sur les réseaux sociaux plusieurs prédications sur Matthieu 25, 31-46 à l’occasion de cette fête du Christ Roi. La posture qui m’horripile le plus est celle, intégriste, qui consiste à regretter le peu de pouvoir temporel de l’Eglise catholique romaine de nos jours. Ces catholiques-là idéalisent une Eglise conquérante et presque toute-puissante dans la société. Identitaires, ils placent leur propre appartenance religieuse au-dessus de toutes les autres et se servent du Christ Roi comme d’un monarque temporel qui serait autorisé à régenter toute vie en passant par les clercs et le magistère catholique. Mon Dieu, j’en frémis ! Je pense à ma grand-mère paternelle née au début du XXe siècle et à ses filles, mes tantes, qui n’étaient autorisées à lire que les livres tamponnés comme acceptables par leur curé. Insupportable ingérence moraliste dans la vie des fidèles et en particulier des femmes ! Un retour à ces pratiques obscurantistes est la dernière chose que je désire dans ma vie de foi !
« La vérité vous rendra libres » (Jean 8, 32), l’Esprit Saint, dans une âme adulte et éclairée, aussi. Et franchement, vu le spectacle désolant des scandales en tout genre que l’Eglise catholique a donné d’elle-même ces dernières années, lui octroyer davantage de pouvoir en ces temps où nous sommes est la dernière chose que l’on puisse désirer.

Je lis aussi un autre type de discours : la royauté du Christ ne serait pas à chercher ailleurs que sur sa croix. Il serait le « Très Bas », le Dieu à nos pieds pour nous servir et ce faisant, nous sauver. Et là, je mets en garde aussi : on a tôt fait de se fabriquer un Dieu sans puissance, qui n’agirait plus sur la création, qui n’exaucerait même pas nos prières d’intercession car ce serait « faire de l’arbitraire » (j’ai lu cela tout récemment). Ce type de chrétien refuse de croire que Dieu fasse du « favoritisme » en exauçant telle prière plutôt que telle autre, en guérissant telle personne qui a prié ou pour qui on a prié plutôt que telle autre qui n’a rien demandé. A vue humaine, oui, ce « favoritisme » de Dieu peut choquer. Mais je dis bien à vue humaine ! Car il nous faut retourner aux Ecritures dans lesquelles, dès les origines, Dieu montre qu’il trouve des prières ou des offrandes plus ajustées à Lui que d’autres : il va préférer l’offrande d’Abel à celle de son frère Caïn, il va faire donner l’onction à David plutôt qu’à tous ses frères aînés, il va choisir Marie entre toutes les femmes pour faire naître son propre Fils qui à son tour, lui-même, posera des choix et aura des préférences amicales : ses douze disciples, Marie de Magdala, Marie de Béthanie dont il prendra toujours la défense face à sa sœur ou à Judas… Il est donc très réducteur de vouloir croire, par un curieux égalitarisme, que Dieu n’honore pas telle demande plutôt que telle autre. Cela participe de son mystère et de son infinie souveraineté.

Dire aussi de manière obsessionnelle que Dieu est le « Très Bas », c’est supposer qu’il n’agit plus sur sa création désormais. Je sais que cette vision des choses s’initie dans notre incompréhension de la Shoah. « Où était Dieu ? » peut-on se demander, à vue humaine toujours, avec légitimité. C’est aussi oublier que ce sont des hommes avides de pouvoir et orgueilleux qui ont organisé la Shoah. Que cette chute dans le mal absolu est le fait de l’homme pécheur pour lequel et par lequel le Christ a été mis en croix. Et d’ailleurs, dire que dans le Christ, Dieu a dit son dernier mot et n’a plus rien de neuf à nous dire comme le prétend le Catéchisme de l’Eglise catholique aux articles 65 et 66, c’est aussi enfermer Dieu et même le Christ dans le temps de son Incarnation qui n’est pas non plus le plein accomplissement des promesses divines. Dieu a encore bien des choses à dire et à faire ! Et dans son temps à Lui, qui n’est pas le temps des hommes et du monde. Et ainsi, si le Seigneur désire accomplir la prophétie d’Ezékiel (chapitre 37 sur les ossements) pour son peuple élu, il le fait et il le fera encore, quitte à laisser marris les chrétiens qui se croient trop souvent seuls héritiers de la résurrection ! S’il plaît au Seigneur de justifier profondément son peuple élu depuis Abraham, il est libre de le faire quand il veut et comme il veut ! Ne soyons pas trop orgueilleux, nous chrétiens, en nous croyant seuls détenteurs de la vérité de la Révélation divine !

Je crois même, et fortement, contrairement à ce qu’on enseigne de nos jours aux enfants pour les rassurer sur Dieu, qu’Il est libre d’agir comme Il l’entend sur les éléments, libre de les calmer ou de les déchaîner, comme le fit lui-même Jésus sur la mer de Galilée. « Oh, va-t-on me rétorquer, ce ne sont là que des images dans l’Evangile ! » Voire.

Enfin, et c’est là le cœur et l’espérance la plus ardente de ma foi, je crois profondément que l’évangile d’aujourd’hui va pleinement s’accomplir, et bientôt même : oui, le Christ Jésus revient en un second avènement pour le jugement des vivants et des morts, chacun étant jugé de l’intérieur de lui-même selon les critères énoncés en Matthieu 25, 31-46. Et pour cet avènement-là, Jésus ne vient pas dans l’humilité d’une crèche ou d’une hostie, mais bien revêtu de toute sa gloire de Roi de l’Univers. Et les boucs orgueilleux pourront bien lui dénier sa Royauté éternelle, cela n’empêchera pas le Seigneur de rassembler ses brebis qui ont nourri, désaltéré, soigné, habillé, accueilli, visité leur prochain, pour les mener vers son Royaume éternel où il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur (Apocalypse 21, 4).

Ce Royaume qui n’est pas de ce monde, je l’espère et je l’attends. Vraiment. Pour la consolation des affligé(e)s et pour adorer éternellement le Christ notre Roi.

Ecclésialement subversive

16 novembre 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Finalement, j’ai une chance : en confiant à un prêtre mon désir de me consacrer au Seigneur il y a presque dix ans maintenant, je l’ai mis devant le fait accompli, et il a béni mon vœu sans m’obliger à m’astreindre à la discipline du long « discernement en Eglise ». J’arrivais déjà très déterminée, appelée au plus profond de moi-même par le Christ Jésus à ce détachement définitif des créatures. Je ne l’ai jamais, jamais regretté, et tout confidentiel pour l’Eglise que soit mon vœu renouvelé chaque année auprès d’un prêtre différent, je m’y tiens sans difficulté.

Ma très grande chance, c’est ma liberté dans le Seigneur. En effet, je ne me suis inféodée à aucun Ordre, et je n’ai jamais promis de « servir l’Eglise » comme le font par exemple les « Vierges consacrées » – appellation que je trouve d’ailleurs réductrice voire insultante pour les femmes. Pour moi, me consacrer au Seigneur, c’était et c’est toujours véritablement le prendre Lui pour unique Epoux. Cela ne signifie aucunement que je devrais devenir une main d’œuvre docile pour une paroisse ou un diocèse. Toute ma vie de foi m’a suffisamment démontré quel contraste il y a entre Dieu et l’Eglise, fût-elle celle de mon baptême. Si j’ai traversé une longue nuit d’agnosticisme de 18 à 33 ans, ce n’était aucunement par désintérêt pour le Seigneur Jésus, mais bien plutôt en raison d’insurmontables contre-témoignages chrétiens tout autour de moi et du discours ecclésial des années Jean-Paul II. Jamais je n’ai pu adhérer à ce moralisme et à ces vues familiales étriquées, et je n’y adhère toujours pas a posteriori.

Il était donc hors de question pour moi de vouer ma vie des années plus tard à une institution qui montrait tant de prises de distance avec l’Evangile. Le Dieu Trinité est toute ma vie. L’Eglise catholique romaine, dans son fonctionnement qui démontre tant de failles, non. Si je lui étais liée par des vœux dans un Ordre, j’aurais le sentiment de cautionner tacitement ses mille et uns scandales. Qu’ils soient sexuels, de pouvoir ou financiers, tous me révulsent. J’entends ne pas me taire quand la voix des victimes est étouffée et que les rouages de la hiérarchie et de la curie démontrent… leur incurie.

Je dialogue sur les réseaux sociaux avec des prêtres ou des religieux/ses qui ont un franc-parler admirable sur ces sujets. Ils forcent mon admiration. Mais quelle souffrance je mesure dans leur vœu d’obéissance ecclésiale ! Ils s’expriment, mais sont menacés de l’intérieur et de l’extérieur. Ils écrivent comme des lanceurs d’alerte quand les scandales se tissent, mais sont intimidés ou ignorés par la hiérarchie ecclésiale elle-même. Etant peu nombreux, ils déploient une énergie colossale pour prendre la défense de victimes d’abus qui se confient à eux, et le paient très cher en matière de réputation, jusqu’à la disgrâce qui finit par les poursuivre.

Si j’étais liée à un Ordre, je ne sais pas si j’aurais le même courage qu’eux. Fort heureusement, je ne le suis pas officiellement, même si la spiritualité du Carmel nourrit ma vie d’oraison. Je suis dans l’Eglise un électron libre et si les scandales allaient encore plus loin – alors que la coupe est déjà pleine – je crois que je renoncerais même à la pratique. Cela ne me couperait en rien du Seigneur : d’ailleurs nous l’expérimentons en ces temps de confinement, il n’y a pas que la messe qui puisse nourrir notre foi, quoiqu’en disent quelques Versaillais et leurs émules.

Qui a un ancrage fort dans le Seigneur notre Dieu peut le retrouver dans la prière, la méditation des Ecritures et le « sacrement du frère », autrement dit l’Evangile vécu dans nos relations humaines. Et Lui qui aime avant toute chose l’authenticité d’une foi, Il saura se donner à l’âme sincèrement en quête de Lui. Mon désir n’est pas de me couper de l’Eglise, d’ailleurs j’apprécie au plus haut point les liens tissés dans ma paroisse. Mais si je devais abdiquer ma liberté de parole et de ton et fermer les yeux sur tant d’inadmissibles scandales, je préfèrerais encore continuer à vivre ma foi concrètement dans mon quotidien en m’abstenant des sacrements. Dieu me demande de témoigner de sa Parole et d’être signe de sa présence, pas de cautionner une institution qui le trahit autant qu’elle le célèbre.

« L’amour n’est pas aimé », disent de nombreux chrétiens à la suite de saint François d’Assise à qui cette parole est attribuée. On identifie ainsi le Christ ou notre Dieu Trinité à l’amour, et force est de constater que dans le siècle où nous vivons, ce n’est pas une majorité qui vit de la Parole de Dieu personnifiée en son Fils et de la référence à Dieu pour trouver en Lui le sens de notre vie. « L’amour n’est pas aimé », autrement dit le Dieu d’amour, de miséricorde et de justice ne tient pas la première place dans le cœur de beaucoup de nos contemporains.

Je voudrais prolonger ce constat par un autre postulat : « La vérité n’est pas aimée. »

Jésus s’est lui-même présenté comme « le Chemin, la Vérité et la Vie ». (Jean 14, 6) Les chrétiens authentiques tentent de vivre de cette parole. Choisir de suivre le Christ-chemin pour accéder au Père, vivre de la parole de Jésus pour entrer dans la promesse de la vie éternelle. Défi de toute une vie ! Ce n’est pas toujours simple de tenter de se conformer aux commandements de l’Evangile, source de vérité. Ils sont à la fois un fardeau léger et une exigence radicale de cohérence dans l’amour, le don du pardon et la charité.

Concernant la vérité, le Christ Jésus a eu aussi cette parole très importante :

J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Jean 16, 12-15

Jésus préparait ainsi ses disciples à la venue du Saint Esprit sur eux, ce qui se produisit effectivement cinquante jours après sa résurrection, événement dont nous faisons mémoire à chaque fête de la Pentecôte (Actes des Apôtres 2, 1-13).
Mais n’allons pas croire que l’Esprit a déjà tout révélé des mystères divins ce jour-là, et que désormais nous n’avons plus rien à en attendre. Jésus savait bien que ses disciples, et même après sa résurrection, ne seraient pas capables de tout porter de la vérité de Dieu. Ils ont reçu l’essentiel pour témoigner du Christ ressuscité et s’acheminer vers la rédaction des Evangiles, vers la proclamation de la bonne nouvelle du salut aux païens par l’apôtre Paul converti au Christ après une forte expérience mystique. Tout cela était absolument nécessaire pour asseoir solidement la foi des chrétiens et les bases de l’Eglise. Nous vivons encore de ces grâces aujourd’hui. L’Esprit a produit des merveilles dans les premiers temps de l’Eglise, avec force persécutions pour les premiers témoins qui recevront le nom de chrétiens.

Et de nos jours ? L’Esprit est-il toujours à l’œuvre ?

Oui bien sûr, et il a même fort à faire en ces temps où les églises chrétiennes sont très divisées et portent ainsi un certain contre-témoignage. Il a fort à faire car il y a toujours du neuf à comprendre dans la révélation divine. Ainsi par exemple, Jésus a vécu dans une époque, une religion et une société fortement marquées par le patriarcat. Il a pris beaucoup de risques en montrant toujours de la considération et du respect pour toutes les femmes qu’il a rencontrées sur ses chemins d’annonce du Royaume de Dieu. Il leur a même révélé, à elles de manière privilégiée, les mystères de sa messianité, que ce soit à la Samaritaine ou à Marthe et Marie de Béthanie, et encore la réalité de sa résurrection, à Marie de Magdala et à ses compagnes du matin de Pâques.

Comment pourrait-on alors imaginer aujourd’hui que le Christ n’ait plus rien à dire aux femmes et sur les femmes dans ces temps où elles ont acquis de nouveaux droits en occident tandis que d’autres civilisations veulent continuer à les réduire en esclavage domestique et à les maintenir sous  la domination des hommes ? Les deux tendances s’affrontent de nos jours et se durcissent de part et d’autre.

Eh bien, pour ma part, je suis persuadée que toute une part des vérités que les disciples de Jésus n’étaient pas prêts à porter il y a 2000 ans – et c’est malheureusement encore le cas de nos jours pour de nombreux hommes religieux, même chrétiens – ces vérités concernent justement les femmes, leur place dans la société, les religions et l’économie du salut.
Or, pour faire entendre la voix de Dieu sur ces questions-là, choisirait-Il de dispenser l’Esprit Saint exclusivement ou de manière privilégiée à des hommes, qui justement résistent souvent à la volonté de Dieu dans la place faite aux femmes ? Si Jésus s’est révélé pour qui il était avec prédilection à des femmes – il est né d’une femme et non d’un géniteur masculin – il peut aussi révéler les mystères ultimes de Dieu, par l’Esprit, à des femmes contemporaines.

Mais que se passe-t-il alors, du moins dans l’Eglise catholique romaine ? Les femmes n’y ont aucune prérogative en matière de discernement des esprits : confidences en confession, à un évêque ou à Rome atterrissent automatiquement dans des oreilles masculines, qui traitent l’information selon des critères discutables car exclusivement masculins et liés à des pouvoirs dans l’Eglise. Et ainsi, bien souvent, quand l’Esprit s’exprime d’une façon qui déplaît à ces messieurs dans une hiérarchie bien huilée, avec un contenu qui les remet par trop en cause dans leur fonctionnement routinier voire dans une doctrine bien établie, on l’étouffe, on le brime, on lui oppose silence et mépris. L’argument ultime sera toujours qu’une authentique révélation de l’Esprit Saint suppose de celle qui la reçoit parfaite obéissance à l’Eglise dans ses représentants autorisés et sa doctrine. La boucle est bouclée et le serpent se mord la queue. L’Esprit doit se soumettre au sacro-saint catéchisme ! Et pourtant, le pape François répète souvent que « l’Esprit Saint ne peut être mis en cage », mais dans le même temps rien ne change au Vatican quant au discernement des révélations privées.

J’ajoute encore qu’il n’y a pas que dans l’Eglise catholique romaine que l’Esprit de vérité ne soit pas aimé. Dans la société, la vérité n’est pas aimée non plus. Approchez-vous avec candeur en avançant que le Seigneur vous donne de recevoir de Lui des éclairages sur « la vérité tout entière » qu’il a pourtant promise à ceux qui croient en lui  il y a déjà 2000 ans, les boucliers se lèveront aussitôt : « De quel droit prétends-tu connaître la vérité ? » « Il n’y a pas qu’une vérité !  » « La vérité est déjà dans le dépôt de foi de mon Eglise ! » ou encore :  « Qu’est-ce que la vérité ? »
Et voilà, on n’a toujours pas progressé depuis Ponce Pilate…

Ce que je constate avec amertume, c’est que les croyants comme les non-croyants et parmi eux même ceux que l’on nomme « des chercheurs de vérité » ne veulent pas de la vérité quant elle est déposée par l’Esprit Saint dans une âme et un cœur autres que les leurs propres, et surtout pas quand elle dévie de leurs propres croyances et convictions. Chacun se veut maître de sa vérité, oubliant qu’elle est en Dieu de manière sûre et immuable, et qu’Il a bien le droit de la partager à qui Il veut et comme Il veut, par la puissance de l’Esprit. Mais quand bien même vous aurez eu le privilège insigne de communier profondément à cette Vérité dans le Seigneur, on vous contestera et on fera en sorte de ne même pas vous prendre en considération.

Non, la vérité n’est pas aimée.

Demandez aux Français non pratiquants ce que représente la fête de la Toussaint, et ils vous parleront cimetières et chrysanthèmes. C’est si vrai que les fleuristes ont eu une dérogation pour continuer à travailler malgré le reconfinement jusqu’à la date de cette fête catholique.
Les pratiquants auront beau se démener pour expliquer que la fête de la Toussaint, c’est se réjouir de tous les saints qui ont aimé ou aiment Dieu plus que tout et leur prochain comme eux-mêmes,  dans l’acception sociale, à la Toussaint, on fait mémoire de nos défunts. Et de là, je pense, une confusion et une mauvaise interprétation des Ecritures.

Qui, sinon Dieu ou une personne remplie d’Esprit Saint peuvent discerner qui est saint et qui ne l’est pas ?

C’est faire erreur que de considérer que tous nos défunts ont été des saints, et c’est aussi se leurrer que de penser que tous les défunts ont déjà eu part aux Cieux de la première résurrection. Or, cette erreur d’appréciation, énormément d’ordonnés eux-mêmes la commettent, il suffit d’écouter leurs homélies onctueuses aux funérailles. Il est souvent prêché que le baptisé est d’ores et déjà sauvé en Christ, et ce quelle qu’ait été sa vie. On évoque l’immense miséricorde de Dieu qui efface toutes les fautes d’un coup d’éponge et qui donne à chacun l’accès direct au paradis. Dans l’Eglise catholique, j’entends souvent cela et j’avoue que j’en éprouve de l’irritation, car c’est mentir aux fidèles et encore davantage à tous ceux qui ont relégué les commandements de Dieu, l’Evangile voire le simple souci d’autrui sur le recoin poussiéreux d’une étagère de leur vie, et cela même s’ils ont été baptisés. Et d’ailleurs, dans notre Eglise, nombre de parents font encore baptiser leur enfant simplement comme un rite social, familial, ou encore une sorte de vaccin contre le néant. On l’envoie encore éventuellement à la catéchèse de la première communion, puis tout s’arrête, et le petit prince est élevé selon des valeurs personnelles de sa famille, quand toutefois elle en a quelques-unes. Comment ne pas devenir, le plus souvent, un piètre chrétien, quand l’entourage ne donne plus de témoignage de la suréminente pertinence de l’Evangile ?

Je parle de cette génération de baptisés qui n’a pas encore l’âge de mourir. Qu’en est-il alors de ceux des générations précédentes qui ont reçu l’Evangile sciemment et ont cependant mené une vie aux antipodes de la Parole du Christ ? Egoïsme, carriérisme, goût des possessions matérielles, cupidité et avarice, fraude, incapacité à se réconcilier avec autrui, négligence de ses devoirs d’époux et de parent… La liste des manquements aux commandements de Dieu est parfois fournie dans certaines vies, quand ne s’y ajoutent pas le délit et le crime.

Je crois en la miséricorde de Dieu pour qui manifeste devant Lui un repentir très sincère, d’autant plus louable s’il cherche à s’amender de son vivant. Je crois même au délai du purgatoire pour se repentir de tous les manquements cités plus haut, sans doute d’ailleurs dans la souffrance morale de la lucidité soudainement acquise au moment du passage de la mort.

Mais je ne me permettrai jamais de dire à quelqu’un de peu édifié dans la foi que son défunt est à coup sûr dans les bras de Dieu. Oh bien sûr, cela est plus confortable face à une famille en deuil ! On lui fait croire au salut automatique et on s’épargne des questionnements et une image peu valorisante du christianisme. Mais enfin, il faut lire les Ecritures et pas seulement les développements théologiques de ces dernières décennies ! La parole de Dieu est très claire : le salut est certes proposé à tous, mais pas automatiquement acquis pour autant ! Les commandements de Dieu sont clairs et exigeants : pour être déclaré saint, il faut avoir voulu et être un tant soit peu parvenu à mener une vie sainte, au moins après une conversion ou à défaut, faire le bien sans avoir conscience de se couler ainsi dans l’Evangile ! Et par vie sainte, je n’entends pas une vie conforme à un quelconque catéchisme, mais bel et bien une vie menée, consciemment ou non, selon les paroles du Christ, que ce soit dans les béatitudes ou dans tout autre enseignement de sa part.

Je pense que la grande confusion et cette manie de prêcher le paradis pour tous vient du fait que l’on ne distingue pas le Ciel présent, qui est un espace d’intercession peuplé de tous les défunts qui ont eu part à la première résurrection, et le Royaume promis, qui n’adviendra qu’après le retour du Christ en Gloire, ce moment où seront jugés les vivants et les morts qui n’ont pas eu part au Ciel de la première résurrection. Alors et alors seulement l’immense foule des rachetés pourra entrer dans le Royaume du Christ-Roi, et bienheureux seront-ils ! Ce qui ne signifie pas, une fois de plus, que ceux qui ont choisi tous les charmes de l’Adversaire une vie durant et jusque dans les combats des désordres derniers y entreront eux aussi. Soyons donc honnêtes dans notre foi chrétienne et notre langage, et ne trompons pas nos interlocuteurs sur cette question si délicate et essentielle du salut !

A-Dieu mon Papa

16 octobre 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 3 commentaires

Il y a d’abord un coup de fil du médecin du service des soins palliatifs. Ce serait bien de venir, demain. Et si possible en fratrie complète.

Nous sommes autour de Papa. Fatigué. Amaigri. Incapable d’avaler quoi que ce soit, pas même de l’eau dont il aurait pourtant tellement envie. L’aide-soignante, touchante d’affectueuse sollicitude, passe régulièrement lui hydrater les lèvres.
Il a encore la force de dire quelques mots, les mots essentiels. Il a encore la force de nous dire, sur la photo de mariage de ses parents en 1928, qui est qui. Il sait que tout un livre d’histoire familiale va se refermer avec ses yeux qui ont tant pleuré au cours de ces trois mois d’hôpital. Toute une histoire ponctuée de guerres, de déplacement dans la Vienne quand il avait l’âge d’apprendre à lire, de double journée de travail dans l’atelier de menuiserie et la ferme de ses parents, de rappel en Algérie, de jours heureux assombris de lourdes épreuves aux côtés de notre maman, la seule femme qu’il ait jamais aimée.

Nous sommes là, autour de lui. Ses filles, ses petites-filles, son gendre qui a été pour lui comme un fils et qui l’a considéré comme son père. Il nous dit l’essentiel. L’amour passe l’obstacle difficile de ses lèvres desséchées ; dans la vie qui l’abandonne déjà, il s’enquiert de ce que seront ses obsèques. Ce sera dans l’église de son village, où il a été choriste paroissial plus de soixante ans. On comprend difficilement le mots « fleurs ». « Tu ne veux pas de fleurs, Papa ? » « Des belles fleurs », répond-il dans un sourire d’espérance, lui qui, pendant tant d’années, a fait fleurir méticuleusement de magnifiques chrysanthèmes pour les tombes de sa bien-aimée et de ses parents et beaux-parents. « C’est promis Papa, tu auras de très belles fleurs. » Le diacre de la paroisse le connaît bien et il connaît bien le diacre. « Papa, cela te dérange s’il n’y a pas d’eucharistie ?  » Non, il est en paix, notre choix du diacre lui va très bien. Je l’interroge encore sur les lectures, les chants. Mais il nous fait une entière confiance pour ces choix-là.
Je lui lance en forme de boutade : « Papa, si tu vois Jésus, donne-lui bien le bonjour de ma part. » Dans un faible sourire, il parvient à me dire : « Mais comment je vais faire pour le reconnaître ? Même ses disciples ne l’ont pas reconnu ! » Voilà, le choix de l’évangile s’impose à moi comme une évidence : ce sera celui des disciples d’Emmaüs (Luc 24, 13-35).

Il est de plus en plus faible. Ma nièce, qui a beaucoup pleuré toute l’après-midi en apprenant cet ultime rendez-vous avec le médecin, s’approche de lui avec son ventre mûr d’une grossesse de huit mois. Dans un souffle, elle lui promet que le deuxième prénom de son bébé sera celui de ce Papy adoré avec qui elle a vécu tant de belles et inoubliables choses. Depuis ces trois mois d’hôpital, les photos et vidéos de son premier fils de deux ans arrachaient à l’arrière-grand-père alité les plus beaux sourires. Il nous aime avec force et évidence. Il nous aime et le redit par toute son attitude. Il faiblit, il ne peut presque plus parler. Il va s’endormir du sommeil auquel il aspire de tout son être. Je lui dis qu’il est tout près de revoir sa chérie, notre maman partie il y a dix ans déjà. « Oh oui… » Il a tenu pour nous toute l’après-midi sans faire de sieste. Le voilà tellement fatigué… Nous le quittons doucement, l’un après l’autre, en lui redisant tout notre amour et la chance de l’avoir eu pour Papa, pour beau-père, pour Papy… Il nous dit, en paix profonde :
« Moi j’aime tout le monde… »

Dors bien mon papa chéri, repose-toi, réjouis-toi, intercède pour nous du ciel des bienheureux, toi qui as été rayon de lumière dans notre vie.

https://www.youtube.com/watch?v=6dlCmAWZ8q4
(Le chant final aux obsèques de Papa)