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Les 99 autres brebis

18 juillet 2021 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

La parabole de Jésus en Luc 15, 1-17 ou Matthieu 18, 12-14, dans laquelle un berger recherche sa brebis perdue en laissant seules les quatre-vingt-dix-neuf autres n’est pas dans la liturgie de ce dimanche, par contre l’extrait de Jérémie 23, 1-6 sur les brebis malmenées par leurs pasteurs peut y conduire.

Je constate que nos prédicateurs catholiques préfèrent aujourd’hui évoquer la mission (évangile en Marc 6, 30-34) en se décernant un éventuel satisfecit pour leur zèle au cours de l’année pastorale écoulée et en évoquant le repos mérité des vacances, plutôt que de commenter la première lecture de Jérémie qui n’est pas particulièrement valorisante pour les gardiens du troupeau – peuple de Dieu ou Eglise. Eternelle illusion d’évoquer exclusivement les anciens prêtres du judaïsme dans la lecture du Premier Testament, soit-disant discrédités une fois pour toutes au profit des prêtres et pasteurs du christianisme. C’est méconnaître qu’une prophétie divine est intemporelle.

La parabole de Jésus sur la brebis égarée n’a plus beaucoup de sens de nos jours dans ses proportions. Car c’est bien une brebis sur les cent qui fréquente encore une église, et les quatre-vingt-dix-neuf autres qui se tiennent à ses marges, faute de baptême, ou de foi, ou d’envie ou de sentiment d’être accueillies dans une institution qui s’est fait un devoir d’exclure des sacrements qui n’est pas dans les clous du catéchisme.

Nos pasteurs d’aujourd’hui se revendiquent oints de l’Esprit Saint. Ils l’ont été ou ils le sont, c’est vrai. Mais comment cette onction profite-t-elle aux quatre-vingt-dix-neuf brebis du dehors ? Souvent, ils se plaignent : églises et temples se vident, la faute selon eux au sécularisme, au consumérisme, à l’individualisme, à nos sociétés du loisir et du plaisir immédiat, quand ce n’est pas la faute au Covid et au masque à porter pendant les cultes et les messes.

Je trouve ces raccourcis un peu faciles. Ils n’ont pour seul mérite que de rassurer prêtres et pasteurs sur leur absence de responsabilité dans la crise de désaffection des églises et autres lieux de culte.

L’extrait de Jérémie fort percutant du jour est pourtant sans concession :

Quel malheur pour vous, pasteurs !
Vous laissez périr et vous dispersez
les brebis de mon pâturage
– oracle du Seigneur !
C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël,
contre les pasteurs qui conduisent mon peuple :
Vous avez dispersé mes brebis, vous les avez chassées,
et vous ne vous êtes pas occupés d’elles.
Eh bien ! Je vais m’occuper de vous,
à cause de la malice de vos actes
– oracle du Seigneur.

Jérémie 23, 1-2

Entre les règles canoniques catholiques qui excluent nombre de baptisés des sacrements de réconciliation et d’eucharistie, les craintes légitimes des parents de jeunes enfants qui ne sont pas ignorants des scandales de pédophilie et de l’omerta qui les a entourés pendant tant de décennies voire de siècles, les souvenirs cuisants de nombreux baptisés malmenés dans l’enseignement catholique naguère, les contre-témoignages évangéliques de clercs corrompus dans les finances ou les mœurs et encore cette manière figée de célébrer la messe qui interdit de parole les fidèles même férus d’Ecritures, les raisons de ne pas pénétrer dans une église ou de ne pas y envoyer ses enfants le dimanche matin sont nombreuses, compréhensibles, et pas seulement le fait de l’indifférence ou de l’hédonisme ambiant.

Pour ma part, je suis une pratiquante fidèle, mais aussi désenchantée. Si mon amour pour le Christ, notre Pasteur suprême, est intact, je souffre aussi à la messe que nous y soyons si peu nombreux, si grisonnants, si souvent sollicités pour les services paroissiaux faute de relève.

Et je ne puis m’empêcher de songer aux quatre-vingt-dix neuf brebis de l’extérieur, qui ne connaissent ni ne comprennent la tendresse de Dieu, sa sollicitude à leur égard et son propre courroux contre trop d’indignes pasteurs qui ont fait fuir loin de la bergerie l’immense majorité du troupeau.

Ce fut mon premier logis. Et cette maison restera celle de toute l’histoire de notre famille, depuis la cellule que nous avons formée, mes parents, mes trois sœurs et moi, jusqu’au lieu de retrouvailles ensuite de tous nos descendants. Histoire d’un couple de son premier enfant jusqu’au soir de sa vie, jusqu’à ce que notre papa ferme les yeux sur une longue existence de fidélité, de labeur et de fécondité sur tous les plans.

Il a fallu s’y résoudre : personne, dans la descendance, n’irait s’y installer. La question avait déjà sa réponse immédiate : nous allions vendre LA maison. Pincement au cœur, émotion et espérance qu’elle vive une nouvelle saga familiale, qu’elle abrite un nouveau foyer avec naissances, cris d’enfants, heurs et malheurs propres à chaque famille.

Un très jeune couple du voisinage se présenta, qui avait remarqué les volets fermés depuis quelque temps, qui avait appris que le gentil papy veuf qui y vivait depuis plus de soixante ans n’était plus. L’imposante bâtisse attirait leurs regards et ils y projetaient déjà leur jeune bonheur. Tout s’est fait très vite : visite, coup de cœur, re-visite, devis et compromis de vente. Nous n’en revenions pas de leur enthousiasme et de leur confiance. Je leur avais glissé, au cours d’une de leurs investigations : « Cette maison a une âme » et ils en ont été persuadés eux aussi. Infini respect pour les lieux et leur histoire, et promesse d’y vivre dans la continuité d’une vie simple, familiale, honnête. Une petite fille, déjà, allait l’égayer de ses jeux et de ses sourires.

Il y a eu les mois de rangement entre stress et émotions continues. Nos parents avaient connu la guerre et gardaient tout, parce que « ça peut toujours servir » et qu’ils avaient un infini respect pour les traces de notre enfance et de notre jeunesse à leurs côtés. Il y avait des strates dans leurs placards et armoires : au-dessus, leurs affaires de petit couple vieillissant, lui méticuleux et ordonné, elle encore coquette les dimanches, de belles tenues peu portées sur des cintres, « un peu trop dommage » pour son quotidien simple et rural. Des boîtes contenant d’autres boîtes, et dedans, toutes les petites acquisitions du fil d’une vie, des effets personnels et papiers importants aux cadeaux inutilisés de divers commerces par correspondance. En-dessous, des jeux et dessins de leurs neuf petits-enfants, tous adultes à présent. Et au fin fond des étagères, notre cœur fut bouleversé de retrouver nos robes de fillettes et même de bébé, nos premières chaussures près des escarpins de mariée de maman, nos revues, nos cahiers d’écolières, tous nos jouets – pas très nombreux mais parfois même pas cassés – nos dessins et ces objets immémoriaux qui avaient jalonné notre enfance. « Qu’est-ce qu’on en fait ? Tu veux ? Je jette ? On donne à Emmaüs ? » Tri de patience et de discernement pas toujours facile, film de toute une vie qui défile comme le terme de l’histoire d’un foyer, avec la douleur des deux absents tellement là et le deuil qui se fait plus évident, jour après jour, en cet adieu concret à tous nos souvenirs.

Les derniers jours et l’angoisse de ne pas y arriver, quand il ne reste plus que les encombrants, les ustensiles de ménage et du bazar dans les dépendances. Ceux qui ont accepté de s’investir dans la tâche sont admirables de dévouement et d’abnégation. La fatigue est telle qu’il y a quelques tensions palpables et de la pression sous les soupapes.

Puis une longue table sur laquelle on fait glisser les documents à parapher avant de remettre officiellement aux jeunes acquéreurs les quelques trousseaux de clés, dans un soupçon de sanglots réprimés.

La maison est maintenant vide de notre vie et de nos souvenirs, une nouvelle ère commence pour elle, les papiers peints défraîchis vont être bien vite arrachés, les travaux nécessaires réalisés, et après son grand lifting, la bâtisse plus que centenaire va reprendre un nouveau cycle familial, entre complicité conjugale, rires et cris d’enfants, joyeux aboiements et tous ces riens de l’ordinaire qui font qu’une demeure est le premier témoin direct et discret de l’intimité d’une famille au long des jours et de plusieurs vies.

Soyez-y heureuse, chère petite famille qui prenez le relais !

Soutenance de thèse

3 juillet 2021 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 6 commentaires

Elle est assise sur un tabouret pivotant dans une élégante robe rouge bien ajustée qui lui va à ravir. Le clavier au bout des doigts – je l’ai vue mettre la dernière main à son PowerPoint ces tous derniers jours passés chez moi. Le coup de stress est derrière elle, elle est prête et déterminée à prouver aux quatre membres du jury et à ses invités présents dans cette salle à l’allure solennelle, famille toute proche et amis bien aimés, qu’elle maîtrise parfaitement le sujet de sa thèse en médecine générale au thème innovant et quelque peu tabou : le vécu des hommes victimes de violences conjugales. Le jury entre, l’assistance retient son souffle et elle se lance dans un exposé d’une vingtaine de minutes qu’elle mène avec brio. C’est limpide, parfaitement préparé et accessible pour un public n’ayant pas le même niveau de connaissances scientifiques qu’elle et ses professeurs et directeur de thèse. Je suis assise tout près d’elle et j’ai confiance. Enfant et adolescente, elle était habituée à évoluer seule ou en équipe devant un jury exigeant sur un praticable de gymnastique rythmique. Et le scénario était toujours le même : tendue et nouée jusqu’aux larmes avant son passage, parfaite et souriante sur le praticable, en pleurs dans les bras de ses entraîneurs dès qu’elle l’avait quitté. Je sais que sa prestation sera parfaite car elle maîtrise son sujet sur le bout des doigts. Quelques questions insidieuses ne suffiront pas à la déstabiliser. Elle conquiert son jury et tout l’auditoire, beaucoup s’interrogeant pour la première fois sur ce sujet délicat des violences conjugales abordé pour une fois dans l’autre sens, avec des hommes victimes dont elle nous a livré des extraits de témoignages poignants.

Le jury s’absente un très court temps pour délibérer tandis que je l’aide à enfiler sa tenue de doctorante.

La mention est à la hauteur des éloges déjà entendus précédemment : Très honorable, avec les félicitations du jury. La voilà admise dans le collège des Docteurs en médecine. Le poids de l’honneur qui lui est fait et de la délivrance du stress la fait instantanément fondre en larmes, et, tournée vers le jury, le dos à son public, elle prononce le serment d’Hippocrate, des sanglots dans la voix, tandis que tous, nous la soutenons dans cet ultime rituel les yeux embués nous aussi.
La salve d’applaudissements, la sortie de la salle, les embrassades avec ses proches, les enchaînements de photos lui rendront son sourire éclatant. En cet instant, elle savoure l’immense soulagement d’être parvenue, dans l’excellence, au terme d’une scolarité toujours studieuse et de dix longues années d’études de médecine tellement éprouvantes et exigeantes. Elle est déjà un très bon médecin généraliste depuis dix-mois, la voilà officiellement docteur, approuvée, encouragée, louée par ses pairs pour sa rigueur intellectuelle et scientifique et ses très profondes qualités humaines.

Je suis tellement fière de toi ma fille, tellement heureuse de ton succès et de cette délivrance que tu peux enfin éprouver, de cet allègement de tes jours à venir qui va te permettre de goûter pleinement l’été, pour une fois depuis bien longtemps.

C’est une route lumineuse et encore pleine de surprises qui s’ouvre devant toi, prends toute la mesure de ta valeur personnelle et sois grâce et secours pour tes patients tout au long de ta carrière, toi qui combles tes deux parents et tous tes proches de fierté et de gratitude !

 

Dessin par : alyeska_art

Aujourd’hui, elle aurait eu 88 ans. Mais sa vie en a décidé autrement. Elle nous fut arrachée il y a onze ans déjà, petite maman…

Née quelques années avant la seconde guerre mondiale d’un mariage improbable entre deux orphelins jetés de bonne heure dans la vie adulte ; mon grand-père m’avait raconté qu’on lui avait conseillé, comme il cherchait une épouse, de se rendre à une vingtaine de kilomètres de là, dans un village où il y avait quatre sœurs à marier. Il alla à la messe dans cette paroisse où il repéra celle qui lui semblait la plus jolie. Le mariage fut conclu en quelques semaines selon lui, mais mon bien-aimé grand-père avait le don de l’exagération, alors je me dis que c’était peut-être quelques mois. Pas très souriants sur leur photo de mariage, mais se connaissaient-ils seulement ?

Il avait choisi la plus jolie mais certainement pas la plus douce. Et elle a passé sa longue vie en disputes avec lui et en maltraitance psychologique à l’égard de leur fille première-née qui n’a jamais compris le pourquoi de ce déferlement de haine à son encontre, elle qui n’était que discrétion et soumission à une quelconque autorité. Notre maman était marquée au fer par ce désamour de sa mère, qui ne se limita pas à son enfance, mais se poursuivit par salves jusqu’à la mort de cette femme autoritaire à 95 ans, autant dire, presque toute la vie de notre petite maman. Qu’avait- elle donc à lui reprocher, sinon sa grande vertu, sa fidélité, son mariage d’amour avec un très beau jeune homme, son existence humble de service et de foi confiante ?

C’est que notre grand-mère n’avait d’yeux que pour son fils, « le garçon » comme elle disait dans son dialecte, qui lui procura l’honneur d’être mère de prêtre et par là-même intouchable dans le jugement de ceux qui n’étaient pas dans les secrets du cercle familial. Vivant plus tard avec lui dans ses différentes paroisses, elle était « la mère du curé », son biscuit inimitable était « le gâteau de la mère du curé », c’est tout juste si quelqu’un se préoccupait du fait qu’elle avait aussi une fille et des relations qu’elle entretenait avec elle.

Et ce fut là toute la vie de notre maman, presque obligée de s’excuser d’être venue au monde. Pourtant, elle était bénie. Une foi imperturbable malgré les vicissitudes de sa vie. Quand la foudre s’abattait sur elle, maternelle ou simplement due à une vie difficile et pauvre, elle priait Marie en confiance. Elle a mis au monde en peu d’années quatre filles dont elle était fière et qui le lui ont bien rendu, du moins je l’espère. Elle n’a effectué que très peu de voyages dans sa vie, mais Lourdes et Rome ont été ses destinations privilégiées. Elle se consacrait aux humbles tâches de notre éducation, à la tenue de la maisonnée qu’elle avait étudiée scrupuleusement à l’école ménagère dans les années cinquante, aux travaux agricoles et d’élevage qui l’occupaient intensément, le petit salaire de notre papa ne suffisant pas à nous nourrir. Elle n’aurait pas manqué la messe dominicale et a passé de longues années à chanter à la chorale paroissiale, de sa voix fluette qui n’osait pas trop s’exprimer ; on lui avait tant et tant signifié qu’elle ne comptait pour rien !

Les conflits avec sa mère et son frère étaient récurrents, car lui, tout prêtre qu’il était, avait emboîté le pas à sa mère adulée pour mépriser sa sœur. Notre maman ne lisait pas la Bible, mais l’Evangile était comme imprimé en elle. Elle pardonnait tout : « C’est quand même ma mère, c’est quand même mon frère… » Jusqu’à son dernier souffle, malgré les brimades, les remontrances, l’absence de visite quand elle tomba étrangement malade après toute cette vie à se demander où était sa faute originelle…

Mais tous, nous avons pu voir, sur son visage figé dans la mort, un merveilleux sourire, soulagé, transfiguré. J’en ai acquis très vite la certitude : son autre maman, celle qu’elle aimait et qui l’aimait, Marie qu’elle avait tant priée dans sa détresse, Marie était venue elle-même la chercher dans cette solitude d’hôpital, tandis qu’elle s’était brisé l’épaule en tombant la veille. Marie était venue lui signifier que quelque part, ailleurs, oui, elle était aimée et attendue. Que la petite fille au cœur meurtri avait trouvé grâce auprès de Dieu, et que voilà, elle en avait fini avec la souffrance. Alors son cœur s’est arrêté de battre, très paisiblement. Le sourire de sa vision est resté imprimé sur son visage. Quand l’infirmière de nuit est passée, Maman avait rendu son dernier souffle sans avoir l’air d’avoir souffert. Maman était partie pour un ailleurs d’amour.

Joyeux anniversaire Maman, et prépare-nous une place là-haut, toi qui as vécu de la plus belle des vertus chrétiennes toute ta vie : la plus pure humilité.

Je prends les devants car on va encore m’opposer cette histoire, comme toujours. Les super chrétiens adorateurs de la petite Thérèse répliquent à toutes mes indignations devant le viol, le crime, le meurtre que sainte Thérèse de Lisieux qui était sainte, elle, a bien prié et fait dire des messes pour « enfanter au ciel » le criminel Pranzini. Et qu’elle s’est sentie exaucée par Dieu quand elle a vu le condamné à mort embrasser le crucifix avant d’aller à l’échafaud. Je connais l’histoire, donc inutile de me la rappeler encore et encore. Ce mythe de Pranzini au paradis grâce aux prières d’une fillette de même pas quinze ans commence à me donner de l’urticaire. Car enfin, qui est revenu du Ciel pour nous affirmer que Pranzini y est bel et bien ? Qui soutiendra que Thérèse, même pure et innocente et toute sainte qu’elle ait été, a pu mettre Dieu en demeure de pardonner trois crimes de sang d’un coup d’éponge et d’offrir d’emblée les joies du paradis à un meurtrier tandis que les proches de ses victimes avaient à en souffrir jusqu’à la fin de leur vie sur terre, la mort ne leur étant pas offerte, à eux, comme une porte d’accès directe aux délices du Ciel?

Je prends une fois de plus le risque d’être accusée de fomenter la haine et d’ignorer la miséricorde de Dieu en abordant la question du salut des très grands criminels. Je sais qu’on va aussi me répliquer qu’il appartient à Dieu et à Dieu seul et que je ne suis pas Dieu. Soit. Eh bien que l’on soit logique jusqu’au bout pour admettre que Thérèse Martin n’était pas Dieu non plus, et que l’Histoire d’une âme  n’est pas l’Evangile. Thérèse, à quinze ans, pouvait très bien se tromper elle aussi, ignorante des choses de la vie qu’elle était. Arrêtons d’en faire une sainte infaillible et omnisciente. Pour moi, je me réfère encore et encore à la Parole de Dieu dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Et il y a là matière à réfléchir et à nuancer les pensées polnareffiennes du « On ira tous au paradis ».

Cet après-midi, le tueur en série Michel Fourniret est mort. Pas très vieux. A 79 ans. Il n’aura pas passé énormément de temps en prison au regard de sa peine de perpétuité incompressible pour des viols et des meurtres en très grand nombre. Il aura, au cours de sa vie libre, semé le crime et la désolation dans un vaste périmètre, kidnappé des fillettes, des jeunes filles et des femmes, assouvi ses pulsions sexuelles les plus basses sur toutes ces innocentes avec une prédilection pour les vierges, les aura souillées, abreuvées d’abjection, de terreur et de larmes, les aura séquestrées loin de leurs proches dans d’inimaginables tourments jusqu’à décider qu’il était l’heure pour elles de mourir pour qu’il échappe, dans sa très grande lâcheté, à la suspicion et aux poursuites. Meurtres dont on ignore les procédés barbares, puis abandon des corps suppliciés dans un trou creusé dans la forêt, loin de l’hommage des leurs et de la société des vivants. Ce Golgotha aggravé de viols, au moins onze fillettes, jeunes filles, jeunes femmes l’ont vécu jusqu’à l’extrême de la souffrance. Sans compter les affaires non résolues qui resteront sans aveux. Onze vies immolées à la recherche du plaisir pervers et de la jouissance de domination d’un seul homme. Onze familles, onze cercles d’amis dévastés pour toujours. Pour la perversion d’un seul, qui se permettait en outre de surveiller scrupuleusement sa notoriété dans les médias. Cela lui importait. Ne pas mentir en procès, ne pas aggraver la détresse des proches de ses vicitmes, là n’était pas son souci. Unique recherche du corps frais, du plaisir pervers, de la domination sur une créature innocente – et de sa petite renommée.

Alors non, je ne prierai pas pour le repos de l’âme de Michel Fourniret. Je ne sommerai pas Dieu de lui ouvrir le Ciel. Je lui souhaite avant toute chose la lucidité du passage, quand l’âme prend conscience de la véracité des paroles du Christ et de l’horreur qu’on a pu commettre dans sa vie en vivant à rebours de Ses commandements. Je lui souhaite de comprendre par l’expérience intime de l’âme ce qu’ont enduré ses victimes et leurs familles. Je lui souhaite de mesurer le mal qu’il a fait, de comprendre ce qu’a été sa vie terrestre et celle de ses victimes et de leurs proches. Je lui souhaite de savoir enfin ce que produit comme effets sur un être humain l’abjection extrême.

Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas écrit. Je ne lui ai pas souhaité l’enfer, car je suis persuadée que l’enfer n’existe pas encore, sinon sur terre pour des victimes de criminels tels que lui. Tout comme le Royaume promis n’advient qu’après le retour du Christ en Gloire pour le jugement des vivants et des morts, l’enfer vrai n’existera qu’après ce moment-là pour les âmes qui auront manqué la rédemption pour des raisons appartenant à elles seules et à Dieu. En attendant, il y a le purgatoire, ou le shéol, peu m’importe son nom. Quant au Ciel de la première résurrection, là où vont les âmes en adéquation au cours de leur vie avec les Béatitudes – sciemment ou non d’ailleurs – c’est un « lieu » d’intercession pour nous qui sommes encore confrontés aux affres de l’existence  ici-bas, et certainement pas un joyeux paradis où le criminel danse avec sa victime. Cessons d’être naïfs, et de prendre Dieu pour l’injuste qu’Il n’est pas.

https://www.leparisien.fr/faits-divers/michel-fourniret-un-tueur-implacable-a-la-liste-de-victimes-encore-inconnues-19-02-2018-7567803.php