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Le bouquet de mes amitiés

8 janvier 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

J’avais déjà écrit sur ce blog au sujet de l’amitié en 2012 :

https://www.histoiredunefoi.fr/blog/158-lamitie

Les amis que j’évoquais à ce moment-là, les vrais, je les ai tous gardés ! Joie…
L’amitié est l’un des moteurs de ma vie. C’est un bouquet somptueux, dans lequel s’ajoutent chaque année de nouvelles fleurs, sans que les plus anciennes ne flétrissent ni ne disparaissent. On peut rester longtemps sans se donner de nouvelles, et puis les circonstances font que l’on reprend contact, et le lien demeure, intact. J’aime la période des vœux de Nouvel An, car c’est l’occasion de se rappeler au bon souvenir des uns et des autres, et de prendre de leurs nouvelles. Mails, coups de téléphone – les cartes et les lettres, plus trop – chaque amitié a là une chance de refleurir, bien à sa place dans le grand bouquet.

Mes amitiés sont nées parfois il y a bien longtemps, sur les bancs de l’école primaire, du collège, du lycée ou de l’Ecole Normale d’instituteurs(trices), et les meilleurs de ces liens sont demeurés vifs. Les souvenirs de jeunesse communs nous lient autant que le déroulé de nos vies adultes. Je compte aussi parmi mes meilleurs amis quelques ancien(ne)s collègues. Avec ceux-là, on a pu passer beaucoup de temps ensemble. Se revoir – ou pas – en privé fait la différence.

J’ai des amitiés nées de façon originale : telle était ma correspondante de jeunesse, française ou allemande, et après d’innombrables lettres échangées, il y a eu des rencontres, et le goût de ne plus se perdre de vue. Telle était ma voisine de chambre à la maternité. Nos enfants ont grandi en parallèle, et c’est une joie de les suivre dans leur évolution adulte. Telle était la conquête d’un homme aimé venue après moi : comme je n’ai pas vraiment un tempérament jaloux, je compte des amies devenues fleurs de mon bouquet dans ces circonstances étonnantes. Et d’ailleurs, ces couples ont passé, mais notre amitié est demeurée ! Telle a été catéchiste de mes enfants, et, heureuse de son rayonnement, je suis restée proche d’elle. Tels étaient les parents de copains de mes enfants. Et puis toutes ces amitiés spirituelles avec des religieux ou des prêtres, qui comblent tant ma soif d’échanger sur la foi chrétienne !

Plusieurs de mes amitiés désormais très chères sont le fruit d’échanges improbables sur le net : sur des forums il y a une quinzaine d’années, ou encore par le biais de ce blog – très belles rencontres, non virtuelles ! – plus récemment via les réseaux sociaux. Là, les amitiés se nouent par affinités profondes : goût d’écrire, foi qui unit… Des rencontres vraies et touchantes qui auraient eu très peu de chance – à vrai dire aucune – de survenir hors du contexte du Web.

L’amitié me rend heureuse, autant, je crois, que l’amour a pu me faire souffrir. Je suis faite pour l’amitié !

Et quand je contemple mon Bien-Aimé, le seul désormais qui m’inspire de l’amour sponsal, je me dis que nous nous ressemblons bien un peu, tous les deux : grands célibataires devant l’Eternel, mais entouré chacun de tant d’amis, qui, même, s’apprécient parfois les uns les autres par-delà deux millénaires de distance temporelle !

A vrai dire, je crois que dans l’amitié, le temps est aboli. Tout comme peut l’être la distance.

 

Souvent, ici ou sur les réseaux sociaux, je me heurte à l’incompréhension de certaines personnes qui me jugent, dans ce que j’écris, orgueilleuse, pas catholique, péremptoire, illégitime, hérétique ou fermée et j’en passe.
Or, je me suis fait cette réflexion : un prêtre, quand il donne son homélie, la prononce et la laisse suivre d’un silence. Et personne, pendant la messe, ne va se manifester pour exprimer son désaccord. Tout au plus le fera-t-on éventuellement à la sortie de l’église si c’est un prêtre qui se laisse approcher. Il en va de même pour la prédication d’un pasteur. Les fidèles leur reconnaissent pour le moins la capacité à les enseigner. On ne considère pas que le prédicateur nous a donné son avis, mais un enseignement sur la Parole.

Quand j’expose ici des méditations bibliques, comme aujourd’hui sur le verset 2, 27 de la première Epître de saint Jean, je ne donne pas qu’un avis. Je recherche longuement dans la prière, la connaissance des Ecritures et toute une expérience de vie comment je pourrais transmettre ce que je reçois jour après jour depuis très longtemps dans mon oraison de la part du Seigneur Jésus par l’onction de l’Esprit Saint.

Et donc, je considère comment le Christ lui-même s’y prenait : il donnait un enseignement, souvent en paraboles, et en dehors de ses détracteurs gardiens de leur commune religion, Jésus n’était pas contesté. Il était écouté. Chacun n’y allait pas ensuite de son avis personnel sur la Parole qu’il avait délivrée. Personne, en dehors des scribes et des pharisiens, ne lui opposait d’avoir exprimé simplement une opinion personnelle en tant que Jésus de Nazareth.

Je suis donc chagrinée quand je tente, peut-être maladroitement j’en conviens car j’ai mes propres limites, de restituer à mon tour un enseignement que je reçois du Seigneur Jésus et que l’on ne m’oppose que des contradictions voire des recadrages vers le catéchisme catholique, ou alors vers des croyances parfois ésotériques qui n’ont plus rien à voir avec la foi chrétienne.

Le respect que j’espère, ce n’est pas celui de la petite opinion personnelle de Véronique. C’est celui de l’enseignement que je reçois jour après jour par Notre-Seigneur dans la prière, et que j’essaie de traduire au mieux dans ma propre incarnation de femme du XXIe siècle. Rien de plus, rien de moins non plus.

Différentes voies de sainteté

29 décembre 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 1 commentaire

Pour faire suite à mon billet sur les trois voies de la vie chrétienne, je voudrais aujourd’hui détailler différentes formes de sainteté. Je ne m’appuierai pas forcément sur les critères de canonisation de l’Eglise catholique romaine, car je considère qu’elle passe à côté de nombre de saints, et qu’elle en canonise d’autres peut-être à tort… Je ne suivrai pas non plus les discours faciles qui tendent, au jour de la Toussaint par exemple, à prêcher que tous les chrétiens sincères sont des saints. Car nous sommes, je pense, très loin du compte.

Basons-nous plutôt sur le Confiteor :

Je confesse à Dieu tout-puissant,
Je reconnais devant mes frères
que j’ai péché,
en pensée, en parole, par action et par omission.
Oui, j’ai vraiment péché.
C’est pourquoi, je supplie la Vierge Marie,
les anges et tous les saints,
et vous aussi, mes frères,
de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

Il s’agit de savoir reconnaître, d’abord, que l’on a péché. Et même, de le reconnaître devant autrui. Cela implique d’avoir le sens du péché et la volonté de l’éviter. Or, nombre de nos contemporains ne savent plus ce qu’est le péché et le commettent sans vergogne et sans jamais s’en excuser et en demander pardon, le chrétien pratiquant d’ailleurs peut-être tout autant que les autres.

Un premier indice de sainteté, c’est de reconnaître devant Dieu que l’on a péché, de lui en demander pardon et tout autant d’en demander pardon au prochain que l’on a blessé et dans la mesure du possible, de s’amender, de réparer le tort qu’on a causé. Qui peut prétendre à la sainteté alors qu’il porte en lui-même des fautes pour lesquelles il n’a jamais demandé pardon à sa victime ni fait un geste envers elle en volonté de réparation ? Je pense que la miséricorde de Dieu est une chose, mais qu’on la pousse trop loin quand on fait abstraction de la personne blessée, lésée, peut-être irrémédiablement marquée par la faute de l’autre. Les confesseurs ont là à se remettre en question, quand ils n’encouragent plus qu’à une pénitence sans amendement réel. Et donc, déclarer saintes des personnes qui ont quitté cette vie en laissant derrière elles des victimes de leur péché personnel sans consolation, voire dans la désolation, me semble très excessif.

Revenons au Confiteor, qui nous aide à discerner le péché dans nos vies, et bigre, il est redoutablement facile à commettre : en pensée, en parole, par action et par omission.
En pensée ! Les pensées mauvaises peuvent nous miner et ruiner nos aspirations à la sainteté. Murmurer contre son prochain même intérieurement, fomenter des revanches et souhaiter du mal, comploter pour détruire autrui psychiquement… La liste pourrait être longue. A ces pensées mauvaises sont souvent étroitement liés les « péchés de langue », tous ces bavardages, commérages, médisances, calomnies, propagations de rumeurs qui sont autant de poignards contre le prochain visé. J’aime le silence des ordres religieux, qui ont compris qu’éviter le péché de langue, c’était déjà couper court à bien des maux. On se moque parfois des personnes taciturnes : peut-être n’ont-elles tout simplement pas envie de participer aux lynchages verbaux, et c’est tout à leur honneur. Quand des conversations ne visent qu’à dire du mal des absents ou à faire preuve d’indiscrétion à leur propos, fuyons !

Le péché par action est sans doute le plus connu, revenons à l’Evangile et aux dix commandements et nous saurons ce qu’il convient de faire et d’éviter.

Le péché par omission : celui-là laisse songeur, car qui ne le commet pas ? Négliger de rendre grâce à Dieu, vivre dans l’opulence sans se préoccuper du pauvre ou du migrant qui meurt à nos portes, tous, en Occident, nous pouvons en être coupables, et nous savons quel sort a été réservé au riche qui négligeait Lazare ( Luc 16, 19-31). A méditer, chaque jour que Dieu fait…

Après ce développement sur les différentes formes de péché, j’en reviens à la sainteté. L’atteindre, ce n’est certes pas, dans sa vie, n’avoir jamais péché, mais bien plutôt avoir pris conscience de ses manquements et les avoir, sinon confessés, du moins regrettés, présentés à Dieu et compensés auprès du prochain quand cela était possible.

On peut avoir une idée de la sainteté en considérant l’attitude contraire aux péchés nommés dans le Confiteor : veiller à ses pensées pour qu’elles soient les plus pures possibles, éviter au long des jours les péchés de langue, agir conformément aux Evangiles et aux dix commandements, pratiquer la charité autant qu’on en a les moyens. Et ainsi, on pourrait en déduire quatre profils de saint(e)s :

– Les cœurs purs, qui ont gardé un esprit d’enfance spirituelle, capables de s’émerveiller devant les beautés de la création, les qualités de leurs proches ou moins proches, l’infinie bonté de Dieu. Souvent, ces âmes-là sont aussi très humbles et reconnaissent volontiers les autres comme supérieurs à elles en bien des points. Bienheureux sont-ils !

– Ceux qui ne médisent pas, qui aiment le silence, qui l’entretiennent ou qui n’hésitent pas à prendre le parti de la personne objet de médisances ou de calomnies. Bienheureux sont-ils !

– Les justes devant Dieu, ceux qui mettent en pratique les recommandations de Jésus et les dix commandements. Bienheureux sont-ils, surtout s’ils le font dans l’humilité et en s’abstenant de juger autrui !

– Ceux qui, en actes et en vérité, pratiquent les œuvres de charité, à condition de ne pas le faire claironner devant eux, de fuir la médiatisation, de n’attendre une éventuelle récompense que de Dieu et de Dieu seul ! Bienheureux sont-ils !

Enfin, j’ajouterai une autre manière encore de cheminer vers la sainteté : c’est de supporter avec patience et sans murmurer contre Dieu l’adversité, la souffrance, la maladie, la pauvreté… Il ne s’agit pas d’être résigné et défaitiste, non, c’est autre chose. Demeurer digne malgré les vicissitudes de la vie, se contenter de peu en espérant toujours en la Providence divine. Chercher  à être comme le Christ sur la Croix, remettre à Dieu sa vie, implorer sur son persécuteur la grâce et, coûte que coûte, garder la foi. Que l’on continue à vivre ou que l’on meure. Garder confiance en l’immensité de la bienveillance divine. Et aimer Dieu, toujours, par-dessus tout et davantage que toute créature !

On pourrait distinguer trois façons de vivre la foi chrétienne :
– la voie ecclésiale
– la voie humanitaire
– la voie mystique

La voie ecclésiale est certes belle et nécessaire, mais peut-elle être suffisante ? Ainsi, certains chrétiens sont fidèles à leur église d’appartenance et en respectent la doctrine et les enseignements. Ils font preuve souvent de la précieuse vertu d’obéissance. Ils pratiquent leur foi avec constance et fidélité. Ils rendent mille services à leur paroisse et sont précieux pour tous les cultes et tous les fidèles, d’autant plus qu’ils font souvent preuve de beaucoup d’abnégation.
L’écueil qui peut les guetter, c’est de faire passer le Christ et les Evangiles au second plan. Ils risquent de se durcir face à des contestations de la doctrine venues de la base. L’œcuménisme leur est souvent aussi une voie difficile et indésirable. S’ils écoutent volontiers le chargé de leur paroisse et sa hiérarchie, ces chrétiens courent parfois le risque de devenir sourds à l’Esprit Saint, lui qui est et rend souverainement libre.

La voie humanitaire est pleine de générosité et d’attention au prochain. Le chrétien qui la vit se veut le bon samaritain, et il pratique avec un grand désintéressement les œuvres de charité dont il puise l’exemple dans la propre vie de Jésus Christ et des grands bienfaiteurs de l’humanité. Le chrétien qui poursuit la voie humanitaire est grâce pour le monde et son prochain. Sans lui, la planète aurait été, serait devenue invivable.
L’écueil qui peut le guetter, c’est de perdre le sens du sacré, de perdre le goût de rendre un culte à Dieu en paroisse, en église. Sa foi très incarnée peut devenir sèche et ne pas porter de fruit spirituel. Le chrétien qui suit cette voie en se détachant d’une église finit parfois par ne plus se différencier d’un bienfaiteur aux valeurs laïques. Il donne le témoignage de l’évangile vécu, ce qui est très bon, mais n’est pas toujours source de foi pour ses proches qui doutent de Dieu.

La voie mystique est la plus rare et sans doute la plus ardue. Le chrétien mystique recherche l’union profonde et intime avec les trois personnes de la Sainte Trinité. C’est la quête de toute sa vie et sans doute la réponse à un appel. Dieu précède sa créature et la veut contre son cœur.
Le chrétien mystique est le plus attaqué par le démon sous toutes ses formes et son entourage qui ne le comprend pas. De son vivant, en général, il suscite méfiance voire moqueries et outrages. Des années après sa mort, son témoignage est parfois pris en compte et même admiré et proposé aux fidèles car il est un fort vecteur de foi. La voie mystique révèle à celui qui la suit des vérités cachées depuis toujours dans le sein de Dieu. Le mystique est souvent chargé par une ou plusieurs personnes de la Trinité de dévoiler la volonté de Dieu pour l’Eglise et le monde dans son aujourd’hui. D’où un très grand décalage, car l’Eglise lui fait très rarement confiance de son vivant et ne tient compte de ses avertissements que longtemps après les avoir reçus.
L’écueil qui guette le chrétien mystique est multiple : souffrance, toujours. Peur de la tentation et de l’illusion, toujours aussi. Grand risque de s’éloigner de son église qui à coup sûr ne le comprend pas. Risque aussi de se perdre dans la contemplation sans produire d’œuvres de charité. Le mystique a besoin de témoigner : souvent, il écrit. C’est d’ailleurs sa seule chance d’être compris un jour. Son principal ennemi n’est pas du tout le non-croyant, qui souvent l’apprécie pour ses valeurs, et réciproquement. Non, l’ennemi juré du mystique, c’est le faux prophète ou le faux voyant, lui qui attire les foules à soi pour les faire sombrer dans l’erreur, tandis que le mystique authentique est très souvent un grand solitaire, discret et silencieux oralement.

Evidemment, l’idéal du chrétien et l’idéal de Dieu, c’est que le croyant allie en lui ces trois voies. Ce n’est pas facile. Mais il faut toujours éviter de penser que parce qu’on est pleinement lancé dans l’une des trois, on peut se permettre de négliger les deux autres.

Me voici dans le troisième volet d’une modeste trilogie sur Marie. Et cette fois, à mon point de départ, je suis en accord avec le Magistère catholique, ce qui, on l’aura remarqué à me lire, n’est pas toujours le cas !
Mais hier, à l’occasion de la fête de Notre-Dame de Guadalupe, le Pape François a rappelé dans son homélie de manière forte que (Marie) ne s’est jamais présentée comme “co-rédemptrice”, mais simplement comme disciple de son Fils, «l’unique Rédempteur».

Source : https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2019-12/pape-francois-messe-notre-dame-de-guadalupe.html

Je dis ouf et merci à notre Pape ! Car depuis des années, je lis ici ou là que ce dogme de Marie co-rédemptrice devrait être proclamé, qu’on n’en dira et fera jamais assez au sujet de la mère du Christ Jésus. Or, quant à moi, j’ai déjà du mal à assumer deux voire trois dogmes mariaux sur les quatre qui existent (Mère de Dieu, Virginité perpétuelle, Immaculée Conception, Assomption) alors en rajouter un cinquième qui serait en outre totalement faux théologiquement, c’est à mon sens impensable.

Quelques éléments pour expliquer pourquoi, à mon avis – je m’exprime ici en mon nom personnel – Marie ne peut pas  être considérée comme co-rédemptrice.

Le Christ Jésus est notre rédempteur, je ne puis remettre cet article de foi en question : par lui, nous pouvons recevoir la grâce du pardon de nos péchés et l’espérance concrète en la vie éternelle. Il nous l’a obtenue par sa mort injuste mais consentie et sa résurrection, lui qui, de toujours, était absolument sans péché. En lui, nous avons le compagnon de route compatissant, nous relevant de toutes nos chutes, et notre Sauveur, celui qui nous ouvre la porte du Royaume de Dieu son Père.

Or, l’Evangile nous enseigne que la seule faute qui ne soit pas pardonnée en Jésus Christ, c’est le blasphème contre l’Esprit Saint.

« Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné ; mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné. » (Luc 12, 10)

Et là, je voudrais une fois de plus prendre mes distances avec le discours catholique contemporain habituel. Je ne pense pas que le blasphème contre l’Esprit Saint soit uniquement cette attitude qui consiste à refuser la grâce ou à croire que Dieu ne peut pas nous pardonner. Je trouve cette explication un peu lénifiante, avec le défaut d’être par trop rassurante. On imagine ainsi un Jésus tout sucre et tout miel nous attendant à la porte du paradis les bras ouverts, et on n’en perdrait l’accès que parce qu’on lui dirait : « Non Jésus, je ne veux ni de ton amour, ni de ton pardon. »

Pour moi, le blasphème contre l’Esprit Saint, c’est bien autre chose. C’est accuser cet Esprit, quand il se manifeste vraiment en une personne qui est dans la grâce de Dieu, d’être mensonge, émanation du diable ou délire. C’est réduire le souffle de l’Esprit à l’inverse de ce qu’il est – mensonge, possession ou folie – lui qui n’est que vérité qu’il tient du Père et du Fils, authenticité de la Sagesse divine.

Et là, si chacun s’examine, il pourra constater que la tentation est très forte, surtout à notre époque, de « fermer les écoutilles » et de se moquer des prophètes de la vérité. Faisant cela, on le commet déjà, ce fameux blasphème contre l’Esprit Saint. On peut même aller plus loin et persécuter le faiseur de vérité. Jeanne d’Arc en sait quelque chose, elle qui fut mise au bûcher comme sorcière sans avoir jamais menti ni trahi son Dieu.

Alors, perdus pour toujours, les abbés Cauchon ?

Je n’en suis pas tout à fait sûre, parce que j’ai confiance en Dieu. S’il nous a envoyé un rédempteur pour nos péchés, il peut en faire de même pour nos blasphèmes contre l’Esprit Saint. Quand Dieu promet le Salut, il l’offre vraiment. Dieu tient toujours ses promesses.

Là où les défenseurs de Marie co-rédemptrice ont une parcelle d’intuition juste, c’est que cette fois, ce sera par une incarnation féminine et non pas masculine que la rédemption s’opèrera. Il n’y a que des hommes, en leur suffisance, pour s’imaginer que la Trinité soit toute masculine. Non, la troisième personne, la Sagesse du Père, est féminine, et de toute éternité.

Et l’humanité étant ce qu’elle est, elle persécutera la Sagesse tout autant qu’elle a persécuté le Verbe.

Alors, si nous obtenons le pardon de nos péchés en nous humiliant devant Jésus pour demander sa grâce, peut-être faudra-t-il aussi, lors de sa manifestation glorieuse, nous humilier devant la co-rédemptrice à son bras… qui ne sera pas la Vierge Marie, mais bien plutôt une femme anonyme mais choisie par Dieu qu’on s’est plu, même en tant que catholique, à abreuver sa vie durant d’insultes et de ricanements narquois.