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Le sens d’une vocation

15 septembre 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Ce matin, tandis que je faisais mes courses, une femme semblait m’attendre au rayon des surgelés. Elle m’arrête, un peu gênée, tandis que j’allais passer à côté d’elle : « Madame, vous pouvez me dire s’il y a de l’oignon dans ces steaks hachés ? » Je regarde la boîte, un peu interloquée. Sur la photo, il y a de l’oignon sur la viande. Elle poursuit : « Je ne sais pas lire… »
Je cache du mieux que je peux mon émotion, et je lis la composition : « Non, il n’y a pas d’oignon dedans. » Puis elle me demande encore : « Est-ce que c’est du pur bœuf ? » Il est écrit en tellement grand « 100 % pur bœuf » que sur le coup, je ne le vois même pas, je retourne la boîte dans tous les sens pour traquer d’autres ingrédients, il faut dire que je suis troublée. Puis je remarque enfin l’indication et je la rassure sur le produit.
« Merci madame, les enfants viennent souvent manger chez moi, du steak haché avec des pâtes, ils aiment bien ça.  »

Tandis que je reprends mon chemin avec mon caddie, j’aurais bien envie de pleurer un peu. Et je comprends alors profondément le sens de ma vocation d’enseignante en CP : tout faire pour contribuer, à mon petit niveau, à éradiquer pareil handicap de la vie quotidienne.

Sérénité

5 septembre 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’ai lu à l’instant un bel article sur les sept dons de l’Esprit Saint, que je mets en lien :

https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/les-grandes-fetes-chretiennes/la-pentecote/438333-sept-dons-de-lesprit-saint/

J’y lis avec plaisir que « L’intelligence aide à entrer dans le mystère de Dieu, à comprendre de l’intérieur la foi, les Écritures, à distinguer l’erreur de la vérité. Par ce don, chaque chrétien peut devenir un authentique théologien. » [Fin de citation]

Ce serait à dire et répéter à tous ceux, clercs ou non, qui ne jurent de nos jours que par le diplôme universitaire de théologie. Chacun, me lisant, peut comprendre ici que je n’en ai aucun. Ce qui n’est pas une raison pour m’estimer sans intelligence de la foi et des Ecritures.

Le mot « sérénité » m’habite aujourd’hui car elle m’envahit, au moment où j’aurais cependant eu quelques raisons de la perdre. Je viens en effet de prendre des fonctions importantes, à savoir la direction de ma chère petite école rurale et montagnarde, responsabilité qui ne me dispense pas de celle d’une classe à trois niveaux à plein temps. Beaucoup de travail en perspective, pédagogique, administratif, relationnel, mais j’embrasse la tâche avec enthousiasme, et ma rentrée s’est d’ailleurs très bien passée. Je ne suis pas une personne qui a besoin de beaucoup « sortir » pour être heureuse. J’accepte donc l’idée que les dix prochains mois de ma vie soient consacrés presque exclusivement au travail – sans bien sûr négliger ma vie spirituelle et ecclésiale et ma vie de maman.

Amis lecteurs, j’écrirai beaucoup moins souvent sur ce site. D’une part, parce que j’en aurai très peu le temps, d’autre part, par souci de devoir de réserve dans mes nouvelles fonctions professionnelles.

Je pense aussi, en quelques 1200 articles depuis six ans et demi, avoir exprimé sur les Ecritures à peu près tout ce que j’avais à en dire. Je ne renie aucun de mes articles, chacun a été mûrement réfléchi, prié, médité. Pour ceux qui aiment me lire, tout est facile à trouver dans l’onglet Plan de site https://www.histoiredunefoi.fr/plan-site. Si vous désirez relire ou découvrir un sujet particulier, je vous aiguillerai aussi volontiers par le biais du formulaire de Contact https://www.histoiredunefoi.fr/contact. N’hésitez pas à m’écrire, je réponds toujours.

Et enfin, pour les lecteurs qui souhaitent pouvoir débattre avec moi de façon plus spontanée, je suis aussi présente sur Facebook sous ce nom de plume. Manifestez-vous, et je vous accepterai comme « Ami ».

Je ne disparais pas de la sphère spirituelle publique. Je me ferai simplement plus discrète sur ce blog, goûtant pleinement la sérénité qui m’a été donnée par Celui qui peut tout. Merci à tous pour votre temps passé dans mes lignes et pour tout commentaire qui continue à être le bienvenu, quels que soient l’article et votre opinion. Je reste là, au bout de mon clavier, pour vous lire et vous répondre.

Amicalement, dans l’Esprit,

Véronique Belen

Marie,

Je t’aime et tu le sais. Tu m’aimes et je le sais. Doux colloques que nos dialogues intimes dans l’oraison, quand je me réfugie près de ton sourire bienveillant et maternel, près de ton cœur qui aime tant et qui comprend si bien.
Marie, jamais tu ne t’offusques que je ne t’appelle pas « Sainte Vierge Marie ». Pourquoi m’adresserais-je à une jeune fille de quatorze  ou quinze  ans, alors que tu es grande de tout ton vécu de femme et de mère ?
Il y a entre toi et moi une douce connivence née de notre confiance et de notre connaissance réciproques. Oh toi tu me connais depuis l’instant de ma conception, j’en suis sûre, car connaissant l’ardeur à te prier de ma mère, je me doute bien que c’est vers toi que sont montées ses larmes de détresse en apprenant que je vivais déjà, là dans son sein, elle qui était si fatiguée d’élever déjà trois toutes petites filles nées pourtant par amour ! C’est toi qui étais là, indiscutablement, quand sa mère lui a donné de vilains conseils pour se défaire de moi, et que ces intentions coupables n’ont pas produit leur effet. Tu étais là, dans ta sollicitude maternelle, quand elle a poursuivi courageusement cette quatrième grossesse, quand elle a surmonté sa déception de ne toujours pas avoir eu de garçon, quand elle m’a habillée très chaudement par un froid dimanche de janvier pour que je reçoive, des mains de son propre frère jeune prêtre, l’eau du baptême et un prénom si ajusté choisi par ma tante très sainte. Tu étais là Marie, quand j’ai été baptisée du prénom de celle qui console ton Fils sur son chemin de Croix, et du tien, donné comme à toutes mes sœurs par amour de toi et de l’Eglise catholique, notre lignée.

Marie, mon enfance est pleine de ton image, de ton sourire sur cette statue de l’Immaculée Conception de Lourdes qui veillait sur notre famille dans notre si modeste foyer, dans les nombreuses représentations de toi qui ornaient les murs chez  tous nos proches. J’étais si familière avec toi que comme par un mouvement naturel, je voulais te connaître mieux. Je te convoquais parfois, au bord de mon lit, pour jouir de la joie de Bernadette Soubirous. Mais jamais, tu ne te montrais.

Je me disais que tu m’en voulais peut-être un peu, car bien plus que toi, je chérissais ton Fils. C’était surtout lui que je priais, que j’aimais, que je voulais pour frère et pour Seigneur. J’ai été accompagnée de manière sûre dans ce chemin par notre excellent curé de paroisse dont le nom ne signifiait pas moins que « Dieu fait grâce, hais le diable ! » Je ne connaissais pas le diable, lui n’en parlait jamais, mais ton Fils, sa Parole et le témoignage quotidien d’une vie évangélique, ô combien !

Merci Marie pour le Fils que tu nous as donné, merci pour mon éducation catholique qui m’a procuré la joie de recevoir son Corps, dans une foi immense, à neuf ans !

Dans nos retrouvailles un peu tardives, Marie, quand tu es venue chercher avec un très grand amour ma maman fatiguée de vivre, quand tu as imprimé sur sa face, sans doute par une vision au moment où son cœur s’est arrêté de battre, ce si beau sourire de sérénité qu’elle a gardé comme un ultime témoignage de sa foi pour nous qui l’avons contemplée, j’ai compris que quelque chose s’était inversé entre toi et moi : désormais, c’était à moi de me faire l’avocate de ta vie véritable, Marie, c’était à moi, ne risquant plus d’offusquer ma maman si attachée à ton culte, de rétablir la vérité sur ce qu’a été ta vie, à Nazareth, il y a 2000 ans.

Marie, si  je t’écris aujourd’hui publiquement, c’est par amour et par reconnaissance, par acceptation de ce que tu attends de moi.

Oui, à quatorze ou quinze ans, tu étais une délicieuse jeune fille, pure de cœur et d’esprit, vierge encore et promise à un jeune homme juif qui t’aimait. Dans le mystère d’une nuit indicible, tu as été visitée, saisie aux entrailles par le Dieu de tes pères, fécondée mystérieusement dans une étreinte qui n’appartient qu’à la Trinité Sainte et à toi, heureuse élue du Père qui a sollicité ton acceptation de cette conception miraculeuse qui allait bouleverser toute ta vie : disant oui, tu t’exposais à l’accusation d’adultère sur la place publique, tu t’exposais à la répudiation par Joseph ton promis, qui, tout juste qu’il était, n’en était pas moins un homme attaché à son honneur. Disant oui, tu t’exposais à une aventure folle, ne sachant pas où ce Fils du Très-Haut te mènerait, ne comprenant pas comment, dans ta grande humilité, tu allais enfanter le Messie que le peuple juif attendait.

Et toute sa vie, toute ta vie, tu as pu goûter à la fois la grâce de sa sainte présence, et la blessure du glaive qui allait transpercer ton cœur à mesure qu’il s’attirerait la haine des gardiens de votre religion.

Marie, tu as eu, dans ce long parcours, une chance que beaucoup de femmes n’ont pas : ton époux Joseph a été averti en songe de ne pas te répudier, et d’accueillir humblement et avec générosité paternelle cet enfant qui n’était pas de lui. Tu as eu la chance d’avoir un époux visité lui aussi par l’Esprit, gardant la foi et acceptant en toi cette sainteté qui te rendait différente d’autres femmes qu’il aurait pu choisir.

Ensuite, votre vie est une vie ordinaire, chahutée même. Le rejet à Bethléem, votre fuite en Egypte, votre retour à Nazareth avec sans doute les ragots qui entouraient la naissance de cet aîné différent. De nombreuses autres grossesses pour toi Marie, dans la fidélité conjugale et le dévouement aux tâches quotidiennes. Une vie humble, cachée, besogneuse. Et la foi. Le respect de toutes les traditions juives dans lesquelles tous vos enfants ont été élevés, Jésus se démarquant des autres par sa curiosité spirituelle et sa pertinence dans ses débats avec des doctes, même au Temple de Jérusalem à douze ans.

Je ne vais pas raconter toute votre histoire Marie, elle est inscrite très précisément dans les Evangiles canoniques.

Je veux simplement rendre justice à la mère de famille nombreuse que tu as été. Je veux te rendre tes fils et tes filles nés après Jésus, et qui ne l’ont pas toujours compris, l’ont cru fou, ont eu honte de lui, l’ont poursuivi ici et ailleurs pour le faire taire et rentrer à la maison… Je veux te rendre tes enfants ordinaires car nés d’un couple ordinaire, je veux te rendre toutes tes maternités, je veux te rendre ta place d’épouse de Joseph, comme nous la célébrons dans chaque prière eucharistique.

Marie, sainte mère de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, mère des fils qui se sont enfin convertis à sa Messianité après sa Résurrection, je veux assumer avec force ce que tu attends de moi : rétablir la vérité sur ta vie humble et féconde, dans la légitimité des Ecritures et la force des liens qui nous lient l’une à l’autre, depuis toujours et à jamais.

Je t’aime, mère de Celui que je chéris,

Véronique

 

Image : La fuite en Egypte       Cathédrale Notre-Dame de Paris

Il y a un paradoxe dans mon titre ?
Oui, évidemment. Mais ce n’est pas sans raison. Il y a aussi un paradoxe dans ma vie de catholique pratiquante : c’est que, semaine après semaine, je suis gavée d’homélies qui sont pensées pour des non-pratiquants et presque des non-croyants.
Simple listing :
– « Nous » n’avons pas assez la foi.
– « Nous » ne nous occupons pas assez de notre âme.
– « Nous » ne témoignons pas vraiment de notre foi au quotidien.
– « Nous » rougissons d’être chrétiens.
– « Nous » désertons le sacrement de la réconciliation.
– « Nous » ne méditons pas assez la Parole de Dieu.
– « Nous » ne sommes pas empressés pour venir à la messe.
– « Nous » chérissons les richesses et les joies faciles du monde.
– « Nous » ne vivons pas de manière fraternelle entre nous.
etc… etc…

Les prédicateurs ont fait, leur semble-t-il, un effort immense en passant du « vous » au « nous ». Mais parfois, je suis tellement agacée pendant l’homélie dominicale que si j’étais mal élevée, je me lèverais en pleine église et je crierais : « Mais parle pour toi ! »
Mais je suis bien élevée.
Alors je rentre chez moi énervée, consolée seulement par le sacrement de l’Eucharistie qui revêt tellement d’importance pour moi que je reviens quand même, semaine après semaine, presque pour me faire insulter à l’heure de l’homélie. J’ai un très fort besoin de ce sacrement, des lectures qui le précèdent, de la célébration communautaire de ma foi chrétienne, de rencontrer, au moins là à l’église, mes amis paroissiens et de chanter mon amour de Dieu avec eux.

Nous ne sommes plus qu’un petit reste, et du haut de ma cinquantaine bien entamée, je suis l’une des plus jeunes. Tous, nous avons la foi. Aucun de nous ne rougit d’être chrétien puisque nous sommes là, par un beau dimanche d’été, alors que nous pourrions faire du sport ou pique-niquer avec des amis – enfin, les quelques plus jeunes d’entre nous du moins. Souvent, nous avons entre les mains le « Prions en Eglise » qui prouve bien que la Parole de Dieu nous interpelle et que nous la méditons, même la semaine. Tous les dimanches, nous sommes là. Et plus aucun de nous ne s’adonne aux joies faciles du monde…

Ce billet est un petit coup de gueule. Je suis plus que fatiguée des homélies culpabilisantes qui ne visent pas le public qui les reçoit.

Quand l’Eglise catholique va-t-elle enfin prendre conscience que si elle se vide, ce n’est pas seulement parce que nous vivons dans une affreuse société matérialiste et individualiste, mais peut-être aussi – voire surtout – parce que les quelques croyants authentiques qui continuent à vouloir pratiquer malgré tous les scandales dont des clercs se sont rendus coupables n’en peuvent plus de se prendre en pleine figure à la messe dominicale tous les reproches que des prêtres aigris rêvent d’adresser à tous ceux qui ne sont pas là ? Nous sommes là, nous croyons, nous prions, nous témoignons, nous lisons les Ecritures, nous sommes même nombreux à nous confesser, par pitié, vous les prêtres, nourrissez-nous de profonds commentaires bibliques au lieu de nous assommer d’invectives !

Louise est née il y a cent quinze ans aujourd’hui. Elle ne vit plus sur notre  terre depuis vingt-sept ans déjà, mais près des saints du Ciel, j’en suis convaincue. Louise était de ces saintes de la vie ordinaire, difficile, humble et cachée. De celles que l’on n’entend pas et que l’on ne remarque pas. De celles que jamais l’Eglise, à laquelle elle a pourtant été si fidèle toute sa vie, ne canonisera. Qu’il me soit donc permis, aujourd’hui, en ce jour anniversaire de sa naissance, de rédiger une petite hagiographie en son honneur. Louise était ma grand-mère paternelle.

Louise, lorraine, est née allemande du fait de l’annexion qui a perduré de 1871 à 1919. Sa langue maternelle était le dialecte lorrain, sa langue scolaire l’allemand. Mais Louise a pris sur elle pour apprendre le français en cours du soir quand l’Alsace-Moselle est revenue dans le giron de la France. Elle parlait un français fluide quand j’ai eu la chance d’être sa petite-fille.

Louise savait se donner pour autrui. Longtemps, jeune fille, elle a soigné sa sœur aînée malade, qu’elle aimait beaucoup, et qu’elle a eu la peine de perdre, tout comme un de ses frères « tombé en guerre », comme elle le disait souvent. Elle s’est donc mariée un peu tardivement pour cette époque, avec un homme déjà trentenaire qui l’aimait beaucoup mais qu’elle n’aurait pas forcément choisi selon son cœur ; elle s’est dévouée pour arranger leurs parents dans une histoire de répartition de terres agricoles. C’est une confidence qu’elle m’a glissée un jour au creux de  l’oreille, quand, adolescente, je passais quelques semaines d’été chez eux.

Louise était sensible, assez anxieuse, très scrupuleuse quant aux préceptes de la religion catholique à laquelle elle adhérait de tout son cœur. Entre un mari aimant mais parfois tyrannique et un curé qui prêchait la peur de l’enfer et la morale, Louise menait une vie conforme en toutes choses aux commandements de l’Eglise, et bien plus évangélique qu’elle ne pouvait elle-même le percevoir. Je n’ai pas souvenir de ma grand-mère s’adonnant à la médisance ou manquant à un seul de ses devoirs d’épouse, de mère de famille, de paroissienne ou d’agricultrice. Humble et efficace, elle obéissait en toutes choses à un mari autoritaire et devenant capricieux avec l’âge, de même qu’à son curé qui devait la terroriser en confession.

Louise eut la douleur de perdre l’une de ses jumelles premières nées. Prématurées et très petites, « elles tenaient dans une boîte à chaussure » disait souvent cette maman marquée par cette épreuve. L’autre jumelle survécut et fut ma tante bien-aimée, une sainte elle aussi.

Une autre épreuve majeure de sa vie fut l’évacuation vers l’ouest de la France en 1940, avec ses deux enfants de sept et dix ans, le petit garçon étant mon père. Dans la cohue de la gare inorganisée, elle faillit perdre ses enfants et en garda un réel traumatisme, d’autant plus que des mauvaises langues l’avaient soupçonnée de l’avoir fait exprès. Partie sans son mari, avec ses deux petits et quelques voisins, Louise et sa famille démunie de tout bien furent accueillies pour quelques mois en Haute-Vienne, ils étaient mal logés mais sains et saufs. Au retour en Moselle, ils retrouvèrent leur maison pillée, leur région annexée et les enfants durent subir comme leurs parents à la génération précédente une scolarité en langue allemande sous la contrainte. Mon grand-père étant heureusement resté en vie malgré la guerre, une dernière fille allait naître un an plus tard, en pleine période d’annexion allemande. C’est ma deuxième tante bien-aimée.

Les bombardements allaient reprendre avec violence à la libération, la Moselle étant un champ de bataille tout désigné. La famille de Louise accueillit pendant plusieurs mois un jeune soldat américain qui leur fit connaître le chewing-gum et quelques bribes d’anglais dont Louise a toujours été un peu fière et émue.

Si la deuxième moitié de sa vie a été un peu plus paisible, Louise n’en est pas moins restée fort marquée par ses angoisses de guerre dans l’enfance de ses trois petits. Elle en a gardé le sens de la simplicité quotidienne, du sacrifice et du contentement dans les belles choses que la vie allait lui réserver désormais. Une petite dernière à la beauté solaire et réussissant une belle carrière, une famille demeurant toujours unie, même dans l’adversité, sept petits-enfants dont j’ai eu le bonheur d’être et qu’elle a tous chéris et admirés de son regard bleu si pur et si encourageant. Ma grand-mère m’a appris ce en quoi elle excellait : les travaux d’aiguille, l’amour de ses proches et la piété simple mais profondément sincère.

La vieillesse ne lui a pas épargné l’épreuve de la perte d’autonomie dans la maladie d’Alzheimer. Pauvre Louise, elle qui, pudique à l’extrême, portait toujours trois paires de bas pour ne pas laisser deviner ses jambes sveltes, nous la retrouvions au fond d’un couloir de maison de retraite médicalisée vêtue d’un vilain jogging qui ne cachait plus ses mollets si secrets. Louise perdait la mémoire immédiate, prenait son fils pour son frère, puis finit par ne plus reconnaître personne. Elle fut mon premier deuil d’un grand-parent, quand mon fils qu’elle n’a pas connu avait trois mois.

Mais toujours, j’ai eu, chevillée au cœur, cette certitude limpide : Louise était une sainte, vraiment. De ces saintes cachées que l’Eglise ne canonisera jamais, mais dont toute la vie a été offrande aux siens et au Seigneur.

En ce jour de ton anniversaire, ma chère Mémé, intercède pour nous qui t’aimons toujours autant !