Site de Véronique Belen
Header

Blog

Ça commence jeudi 14 janvier 2021 à 7h00 : il neige, et c’est prévu pour toute la journée. Et ça tombera jusqu’à 10h le lendemain matin en continu : aucune interruption dans ces chutes de neige bien décidées à recouvrir le sol d’un très épais manteau blanc. On atteint environ les quarante centimètres, sans doute davantage encore en montant vers la forêt. Dès jeudi matin, j’ai des soucis : je veux me rendre à mon rendez-vous – déjà reporté pour cause de fêtes – afin de faire poser, enfin, mes roues neige sur ma voiture neuve. Moi qui suis toujours scrupuleuse à l’extrême sur ce point, me voilà dépourvue d’équipement d’hiver en plein mois de janvier ! Je tente de quitter ma maison mais peine perdue dès les premiers mètres : ça patine inexorablement. Trois voisines vont me porter secours, on se relaie au volant, on recule pour pouvoir passer la seconde avant la montée traîtresse, on pousse : la voiture avance de quelques mètres, mais sur les conseils de toutes, on se décide à remettre le véhicule au garage car la descente vers la vallée a l’air tout aussi périlleuse. Je suis déboussolée : voilà qu’il neige, que je ne suis pas équipée, je repousse encore mon rendez-vous à la semaine prochaine en sachant que désormais je suis cloîtrée chez moi jusqu’à ce que les conditions météo s’améliorent.

L’après-midi, je vais faire une promenade photo tonifiante sous les chutes de neige et dans le paysage bouché, mais il est néanmoins impressionnant et beau. On n’a pas eu ça depuis une bonne dizaine d’années, voire plus. Arrivée à un point clé de ma promenade, avant une forte montée, je prends très souriante un selfie pour mes enfants, et j’entends pas très loin un craquement sinistre : un arbre tombe de tout son long sous le poids de la neige. Pas très rassurée car je suis en pleine forêt, je rentre chez moi en enfonçant mes bottes dans mes traces de l’aller, pas âme qui vive autour de moi, seulement des craquements suspects. Un bon thé au retour et partager mes photos à mes proches et sur les réseaux sociaux.

Puis je me décide à suivre à la télévision la conférence de presse du 1er ministre, histoire de savoir à quelle sauce Covid nous allons être mangés. Les allégations des journalistes m’agacent un peu, ils savent toujours à l’avance ce qui va être dit !

17h45, le ministre va commencer, et là tout s’éteint : la télé, l’ordinateur, la lumière, la guirlande du sapin que je n’ai toujours pas rangé. Le noir. Quelques micro-coupures dans la matinée avaient déjà éteint l’ordinateur plusieurs fois brutalement, mais là ça semble ne pas revenir. Le noir chez moi, dans la rue, chez tous les voisins…

Et zut, je n’ai plus que 40% de batterie à mon téléphone, je communique encore avec mes proches mais un peu inquiète de devoir bientôt passer en mode économie.

Le temps passe. J’ai allumé des bougies, pu chauffer une soupe car fort heureusement j’ai une gazinière à butane, attendu en vain un signal lumineux. On annonce le retour de la fée électricité pour 23h ou minuit sur le site Enedis. Je me résous à me coucher très tôt et à pomper encore un peu de batterie en me servant de mon téléphone comme lampe de poche. Le pourcentage décroît et je m’en inquiète. Mon fils me conseille de passer promptement en mode économie, je me mets en « ultra » et ne peux plus que recevoir des textos ou des coups de téléphone. C’est mieux que rien.

Nuit d’inquiétude à tenter d’allumer la lumière à chaque réveil, mais rien. Je me réveille définitivement à 5h et me décide à déjeuner, il fait encore nuit noire et la descente de l’escalier est périlleuse à la faible lueur bleue d’un petit réveil à pile. Je savais bien qu’un jour, cela me poserait problème de ne plus avoir une seule lampe de poche qui fonctionne, et m’y voilà. Bougies. Je n’ai plus de poudre de café depuis que j’utilise des dosettes. J’en mets cinq ou six au fond d’un porte-filtre et fais couler de l’eau bouillante dessus. J’obtiens un vague jus de café un peu désolant mais je pense aux prisonniers de tous les temps qui n’ont guère mieux au quotidien.

Je n’ai qu’un chauffage électrique et la maison se rafraîchit peu à peu. S’habiller chaudement et attendre le jour en comatant un peu sur le canapé. Il est encore tombé autant de neige cette nuit qu’hier, la couche sur la terrasse est très impressionnante. Et ça tombe jusqu’à 10h environ.

Enfin le jour, j’émerge de mon demi-sommeil. Mes deux voisins déneigent devant chez eux, on se parle depuis ma fenêtre. « Ah, s’écrie J-F, la voisine est encore en vie ! » Oui, on en est tous là, à se demander ce que deviennent les autres dans leurs maisons sans éclairage. On échange des nouvelles et des propositions de service, untel a la chance d’avoir du feu de bois, l’autre se félicite d’avoir du gaz de cuisine…

La journée est plutôt agréable, un grand soleil se lève vers midi et le paysage est féérique avec le ciel bleu pur. Je repars pour une balade photo et croise tout un groupe de villageois qui partent pour une randonnée à raquettes. On plaisante plus qu’on ne se plaint de notre curieux sort. Chacun y va de son expérience : sortir les camping-gaz pour faire à manger aux enfants, passer un coup de fil ici car il n’y a plus de réseau plus bas, jalouser les quelques rues qui ont de l’électricité… Apparemment, une panne de câbles s’est surajoutée dans notre village à la panne générale de la vallée hier soir. En cause, les chutes d’arbres sous le poids de la neige. Enedis ne cesse d’annoncer des heures de retour à la normale qui ne sont jamais tenues, ce sont mes enfants qui m’en informent par le peu de textos qui j’échange encore avec 6% de batterie.

Le soir tombe et l’angoisse monte avec lui. Le sombre. Les bougies. Bientôt plus de téléphone – il s’arrêtera complètement à 23h. Je me suis cuisiné des litres de soupe à midi et je peux au moins manger cela, bien chaud. Il ne fait plus que 14 degrés dans la maison, j’ajoute encore un pull. Cela fait plus de 24h sans électricité maintenant, et je crains pour mes deux petits congélateurs que j’ai remplis de fruits à tartes et de compotes cet été. Perdre tout ce travail aussi bêtement ? L’annonce d’un rétablissement samedi à midi seulement achève de ruiner mon moral. Je vais passer la nuit sans lampe de poche et sans téléphone, je dois me déplacer à la bougie et s’il m’arrive quelque chose, je ne pourrai prévenir personne. Je me couche déprimée à 19h en espérant tenir sans incidents jusqu’au jour.

Samedi, le jour se lève enfin, je suis en vie et je n’ai pas fait de chute malencontreuse. Je bénis le jour qui nous sort de notre isolement absolu. Une voisine passe voir si je vais bien, elle s’inquiète de moi sans chauffage. Je lui sers un thé bien chaud car elle n’a que des plaques à induction chez elle. Et je lui donne aussi une thermos de soupe brûlante, avec la promesse de passer l’après-midi chez elle au coin de son feu de bois. Il ne fait plus que 12° dans ma maison.

13h30, mon sauveur de fils s’arrête devant ma maison. Il habite à 35 km et m’apporte, ô joie, un chargeur de batterie autonome, du pain et quelques fruits. Bonheur de pouvoir communiquer à nouveau avec la famille et les amis qui, tous, s’inquiètent pour moi. On mange ce qu’on peut des surgelés perdus qui sont en train de tous dégivrer. Je lui en remplis un sac isotherme pour sa consommation du soir et du lendemain.

La promesse du retour de l’électricité à midi ne sera pas tenue. Je vais chez ma voisine qui a croisé les techniciens EDF, ils pensaient que le problème serait réglé à la mi-journée mais découvrent un autre câble tombé. On papote au coin du feu autour d’un thé brûlant que j’ai apporté. Résignées pour une nouvelle nuit, mais elle me prête le Graal : une boule lumineuse à piles ! Je n’aurai plus besoin de me déplacer à la chandelle en redoutant qu’elle s’éteigne et que mes chats s’y brûlent les poils.

Du coup, quand je rentre chez moi à la tombée de la nuit, j’ai un meilleur moral que la veille. Je mange encore des surgelés, sachant désormais que tout ce qui ne sera pas consommé est perdu.

Et je me couche de nouveau à 20h30, d’ennui et de lassitude, et j’ai bien froid.

Je m’assoupis.

Soudain, vers 21h30, des cris dans la maison, mes chats s’effraient et moi aussi : mon Dieu, c’est la télé qui s’est rallumée ! Incrédule, j’appuie sur l’interrupteur et la lumière s’allume, miracle absolu, j’ai la sensation d’être Thomas Edison !

Joie indescriptible de revenir à la civilisation après ces trois jours d’épreuve inédite qui m’auront enseigné à quel point nous sommes nantis, quand tout fonctionne bien, en ce siècle et ces contrées !

Les bons choix de vie

14 décembre 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Alors bien sûr, je sais, on n’a pas toujours le choix : il y a les contraintes du travail et du budget. J’en suis pleinement consciente, et pleine de compassion pour les familles qui vivent entassées dans des appartements de cités pas drôles du tout. J’ai parfois des scrupules à évoquer l’environnement dans lequel je vis à cause de ces familles qui n’ont même pas un lieu agréable pour pouvoir prendre l’air à proximité de chez elles. Les différences de conditions de vie ont été encore plus criantes à travers les deux confinements que nous avons vécus cette année. Ils ont été invivables dans les quartiers de la précarité, je ne m’en voile pas la face. C’est pourquoi aussi je reprécise ici que je ne suis pas née avec une cuillère en argent dans la bouche. Mes parents ont travaillé dur pour élever quatre enfants, partis de rien, avec un SMIC d’ouvrier et du labeur agricole en toutes saisons. Et à dix-huit ans, chacune de nous a dû gagner sa vie, soit en travaillant déjà, soit en choisissant des études rémunérées. L’Ecole Normale d’Instituteurs avait encore dans les années 70 et 80 cette fonction d’ascenseur social qu’elle a malheureusement perdue en se muant en IUFM ou ESPE bac + 3 et ensuite bac + 5. Bref, on ne va pas refaire l’histoire de l’Education Nationale, qui m’a au moins permis d’accéder, à la faveur d’un concours assez difficile, à la classe moyenne. Le parcours de mon mari était plus improbable encore : fils de mineur de fond immigré, il n’a pas compté ses efforts et ses sacrifices pour devenir médecin. Métier qu’il n’a dû qu’à sa brillante intelligence et à le perspicacité de son humble mère qui a accepté qu’il entre à dix ans en internat pour pouvoir étudier en collège et lycée, publics bien sûr. De ces parcours âpres et atypiques, nous avions toujours gardé, au sein de notre couple et de notre famille, modestie et sens du devoir. Et n’avons jamais fréquenté des milieux aisés dans lesquels nous ne nous sentions pas à notre place. Nos enfants ont aussi été élevés dans cet esprit, plus choyés que nous enfants mais néanmoins conscients de la valeur des choses et de l’effort personnel.

Cette longue introduction pour en venir au fait que nous n’avons jamais posé des choix de nantis mais de vrais choix de vie impliquant réflexion et sacrifices.
Ainsi, quand il s’est agi d’investir dans notre lieu d’habitation, après bien des années à voir le fruit de notre travail s’évaporer en loyers, nous avons décidé d’avoir une maison à nous, mais où ? La facilité et la tradition auraient voulu que nous restions là où nous avions grandi, en Moselle. Or nous ne trouvions là aucun lieu adapté à notre goût de l’air pur et des grands espaces, sinon à s’exiler vraiment loin des métropoles. Le coup de cœur pour le versant vosgien de l’Alsace vint de là, à la faveur d’un week-end chez des amis. Il fallut se décider vite pour avoir chacun un emploi là-bas dans la perspective d’un emménagement un an plus tard. Et comme ce choix devait résolument être le bon, tout se déroula avec une simplicité déconcertante : mutation inter-académique obtenue pour moi, deux postes au choix pour mon mari. Il ne manquait plus que la maison ! Où ? Sillonnant les routes de ce coin de paradis, déçus de ce que l’on nous faisait visiter dans notre budget prévisionnel, nous eûmes un coup de cœur foudroyant pour un terrain sur les hauteurs d’un petit village de moyenne montagne. Les commentaires allèrent bon train autour de nous : quoi, vous voulez faire construire une maison en n’étant pas sur place pour surveiller le chantier ? Et à 500 m d’altitude dans un trou paumé ? La ville à 25 km au plus près ? Vos enfants, ils s’occuperont comment, ils auront quelle autonomie ados ? En plus en Alsace, ils vont attraper l’accent ! Et puis les Alsaciens, d’ailleurs… Et en plus vous voulez déménager dans dix mois et vous n’avez même pas encore acheté le terrain ? Un chantier de construction, ça peut durer des années, il y a toujours des problèmes ! Et puis la neige en hiver, vous y avez pensé ?

Par chance, nous étions plutôt obstinés, optimistes et confiants tous les deux. Fermer les écoutilles ! Aller de l’avant. Et une fois de plus, poser des choix raisonnés : ne pas opter pour le constructeur meilleur marché et ne pas négocier le moindre devis. Faire confiance ! Le résultat fut probant : achat du terrain en novembre, fondations débutées fin février et le 5 août de la même année, nous emménagions avec nos deux enfants encore petits dans notre pavillon tout neuf, décoration achevée par le constructeur et pas de malfaçons ! Cette expérience m’a appris à avoir confiance en mes intuitions et en les artisans auxquels on témoigne du respect. Je me souviens même que notre constructeur nous avait dit que des clients aussi conciliants, c’était bien rare. Et eux de se démener pour que les délais un peu fous de notre projet soient respectés.

Vingt-cinq ans plus tard, je m’attarde sur ce bilan : nos enfants rejoints bientôt par une petite sœur née ici ont eu une vie saine, une scolarité facile dans de petits établissements donnant un enseignement de qualité, plein de copains et copines avec qui faire des cabanes dans les arbres, et des activités extrascolaires quand même, sur place ou à plusieurs kilomètres ; il est vrai que leur père et moi nous sommes dévoués à les conduire ici et là, et ce pendant des années, en l’absence de transports en commun autres que scolaires. Pour nous, pas un débordement de sorties culturelles en soirée, deux voitures indispensables au quotidien, mais que de satisfactions dans cet environnement enchanteur, que de promenades vivifiantes dans la forêt et la montagne à portée de randonnée depuis la maison !

Mes amis aiment venir ici pour se ressourcer quelques jours, et depuis que je ne suis plus contrainte par la cadence infernale du travail, je m’offre plusieurs fois par semaine des sorties nature qui m’enchantent et font le plus grand bien à ma santé physique et morale.

Alors franchement, je dois dire que les deux confinements ne m’ont causé que le regret de moins voir mes enfants et mes amis. Celui du printemps, je l’ai passé à soigner mon jardin potager et d’agrément. Celui-ci m’a laissé le loisir d’aller en forêt, ce qui est le sine qua non de ma forme et de mon moral.

Si nous avions cédé aux cassandre il y a vingt-cinq ans, nous aurions peut-être acquis une maison plus urbaine en Lorraine et n’aurions sans doute pas été plus heureux qu’ici.
Chaque jour, je m’émerveille du paysage autour de mon « trou paumé » d’Alsace. Je suis désormais plantée sur cette terre comme le magnifique chêne qui trône au milieu du jardin. Devenue comme lui indéracinable de ce lopin de terre et de cet environnement enchanteur. Et quant à la neige, réchauffement climatique oblige, elle ne tombe plus guère ces dernières années, mais je n’ai que quelques kilomètres à franchir à pied pour y enfoncer mes chaussures de marche…

La pédagogie de Dieu, c’est d’être parcimonieux à révéler d’emblée ce qu’on aura à souffrir pour son Nom et surtout pour cet autre nom de son Fils qu’est la Vérité.
« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » (Jean 14, 6)

En 1999, dans un retour vibrant à Dieu, encore troublée par tous les contre-témoignages accablants dont j’avais été témoin ou même victime pendant tant d’années, j’avais une soif éperdue de vérité et je ne désirais qu’une chose : savoir enfin de manière indubitable si Jésus était la vraie voie et le Fils de Dieu, ce Dieu que j’avais tant aimé en sa Personne jusqu’à mes dix-huit ans. Ce Dieu qui m’avait été enseigné par le meilleur des curés que l’on puisse trouver sur son chemin, et ce pendant toute mon enfance et mon adolescence. Ce Dieu qui s’était évanoui de ma certitude au contact de la philosophie et quand le garçon que j’aimais avait décidé d’entrer dans les ordres.

J’avais déjà reçu, depuis mes trente-trois ans, des signes très forts du grand désir du Seigneur de me voir revenir en confiance vers Lui. J’étais dans la joie d’une « recommençante », animée de la volonté de ne pas laisser mes enfants grandir sans repères religieux et sans sacrements. J’avais, à la veille de la Toussaint, pris la décision d’aller me confesser, geste que je n’avais plus posé depuis très longtemps, et d’autant plus que dans la paroisse de mon enfance se pratiquait l’absolution collective. C’était d’ailleurs, très exactement dix-huit ans auparavant, que j’avais brutalement perdu la foi au cours de la célébration pénitentielle de la Toussaint. Aller me confesser seule à seul devant un prêtre représentait donc pour moi une démarche très forte à ce moment-là, où la foi me revenait à grands flots revigorants.

Nous étions donc fin octobre 1999, j’avais trente-cinq ans et déjà trois enfants. J’allais me confesser avec ce sentiment de pesanteur que l’on ressent toujours juste avant. Je m’y préparais dans la prière, pratique avec laquelle j’avais renoué depuis deux ans. Je priais sans cesse pour être prête à confesser tant d’années de vie loin des commandements de l’Eglise – ne pas perdre de vue que c’était dans les années Jean-Paul II où le discours ecclésial était si radicalement inobservable par une jeune femme en quête d’authenticité et de prise en charge personnelle de sa vie.

Je priais donc, intensément. Pour me préparer, dans le scrupule, à ma confession. Je me souviens même que je me trouvais dans ma salle de bain, devant le miroir. C’est alors qu’est survenu l’inattendu, l’inexplicable. Une parole imprimée au plus profond de mon cœur, venue d’ailleurs que de ma prière pleine de scrupules, une parole qui n’avait rien à voir avec les pensées qui traversaient à ce moment précis mon esprit.

« Je suis la Vérité ».

Rien que ces quatre mots, imprimés, gravés au plus profond de moi-même comme sur une immuable table de pierre.

« Je suis la Vérité ».

Le doute et le scrupule se sont envolés aussitôt, et pour toujours. Je savais ! Je savais désormais de manière intangible que oui, le Christ Jésus était bien Chemin, Vérité et Vie qui me mèneraient de manière sûre vers le Père ! Je savais que le Dieu de Jésus Christ était le Dieu véridique et fiable !

Jamais plus, depuis cet instant, je n’ai douté de la pertinence de ma foi. Autant dire que je suis allée me confesser ensuite confiante et même pleine de joie et de sincérité. Et ce fut un débordement de grâce quand le prêtre m’imposa les mains pour l’absolution.

Cet instant d’éternité, jamais je ne pourrai l’oublier, ni en minimiser les fruits. Car je suis devenue par la suite, oh pas tout de suite mais après des années de très âpres combats, réceptacle de la Vérité du Père et du Fils, par l’Esprit. Réceptacle de toutes ces choses que Jésus n’avait pas pu dire à ses disciples qui n’étaient pas prêts à les porter il y a 2000 ans (Jean 16, 12). Réceptacle de l’entre-les-lignes de l’Evangile, réceptacle des faces cachées de la vie du Fils de l’Homme et de sa famille. Réceptacle du mystère de la très grande cohérence entre foi juive et foi chrétienne. Réceptacle de la vérité tout entière, celle qui ne se laisse enfermer ni dans une seule Eglise, ni dans des doctrines variables selon les confessions chrétiennes ou les grandes traditions religieuses.

Et depuis, je mène l’âpre combat de la Vérité. Celui qui vous met en porte-à-faux avec les gardiens du dogme et du catéchisme de votre propre Eglise. Celui qui vous met en porte-à-faux avec votre propre entourage qui préfère vous taxer de malade mentale que de se remettre en question. Celui qui vous fait goûter à la béatitude de la persécution des authentiques disciples du Seigneur.

« Je suis la Vérité ».

Il me l’a fait connaître ce jour-là, et rien ni personne ne me fera plus dévier de l’unique Vérité qui sourd du cœur du Père et de Fils par le canal infiniment libre et souverain de l’Esprit Saint.

Source image : https://croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/verite-selon-Jesus-2020-02-11-1701077634

La fête du Christ-Roi est une de mes fêtes liturgiques préférées, et cependant elle m’occasionne des tristesses : cette année en particulier où, pour cause de confinement, nous nous devons de la passer loin de notre paroisse et sans recevoir l’eucharistie, et aussi parce que je la trouve toujours mal comprise au cœur même de l’Eglise. Cette année liturgique A qui se termine étant en outre à mon goût celle qui nous donne, sur les trois années, les plus belles lectures en ce jour : Ézékiel (34, 11-12.15-17), Psaume 22 (23), 1 Corinthiens (15, 20-26.28) et Matthieu (25, 31-46).
Quelle richesse dans tous ces textes et la beauté du Psaume 22 !

Si je suis souvent contrariée en cette fête du Christ Roi, c’est que j’ai beaucoup de mal à adhérer aux homélies données à cette occasion, en particulier quand elles sont censées s’appuyer sur l’évangile de Matthieu 25, 31-46, comme aujourd’hui. Et la messe catholique étant ce qu’elle est, j’en suis réduite, comme femme et laïque, à écouter passivement les mots du célébrant sans être autorisée à donner mon avis. C’est donc ici, sur cet espace d’expression personnelle et libre qu’est mon blog, que je vais le faire.

J’ai lu ce matin sur les réseaux sociaux plusieurs prédications sur Matthieu 25, 31-46 à l’occasion de cette fête du Christ Roi. La posture qui m’horripile le plus est celle, intégriste, qui consiste à regretter le peu de pouvoir temporel de l’Eglise catholique romaine de nos jours. Ces catholiques-là idéalisent une Eglise conquérante et presque toute-puissante dans la société. Identitaires, ils placent leur propre appartenance religieuse au-dessus de toutes les autres et se servent du Christ Roi comme d’un monarque temporel qui serait autorisé à régenter toute vie en passant par les clercs et le magistère catholique. Mon Dieu, j’en frémis ! Je pense à ma grand-mère paternelle née au début du XXe siècle et à ses filles, mes tantes, qui n’étaient autorisées à lire que les livres tamponnés comme acceptables par leur curé. Insupportable ingérence moraliste dans la vie des fidèles et en particulier des femmes ! Un retour à ces pratiques obscurantistes est la dernière chose que je désire dans ma vie de foi !
« La vérité vous rendra libres » (Jean 8, 32), l’Esprit Saint, dans une âme adulte et éclairée, aussi. Et franchement, vu le spectacle désolant des scandales en tout genre que l’Eglise catholique a donné d’elle-même ces dernières années, lui octroyer davantage de pouvoir en ces temps où nous sommes est la dernière chose que l’on puisse désirer.

Je lis aussi un autre type de discours : la royauté du Christ ne serait pas à chercher ailleurs que sur sa croix. Il serait le « Très Bas », le Dieu à nos pieds pour nous servir et ce faisant, nous sauver. Et là, je mets en garde aussi : on a tôt fait de se fabriquer un Dieu sans puissance, qui n’agirait plus sur la création, qui n’exaucerait même pas nos prières d’intercession car ce serait « faire de l’arbitraire » (j’ai lu cela tout récemment). Ce type de chrétien refuse de croire que Dieu fasse du « favoritisme » en exauçant telle prière plutôt que telle autre, en guérissant telle personne qui a prié ou pour qui on a prié plutôt que telle autre qui n’a rien demandé. A vue humaine, oui, ce « favoritisme » de Dieu peut choquer. Mais je dis bien à vue humaine ! Car il nous faut retourner aux Ecritures dans lesquelles, dès les origines, Dieu montre qu’il trouve des prières ou des offrandes plus ajustées à Lui que d’autres : il va préférer l’offrande d’Abel à celle de son frère Caïn, il va faire donner l’onction à David plutôt qu’à tous ses frères aînés, il va choisir Marie entre toutes les femmes pour faire naître son propre Fils qui à son tour, lui-même, posera des choix et aura des préférences amicales : ses douze disciples, Marie de Magdala, Marie de Béthanie dont il prendra toujours la défense face à sa sœur ou à Judas… Il est donc très réducteur de vouloir croire, par un curieux égalitarisme, que Dieu n’honore pas telle demande plutôt que telle autre. Cela participe de son mystère et de son infinie souveraineté.

Dire aussi de manière obsessionnelle que Dieu est le « Très Bas », c’est supposer qu’il n’agit plus sur sa création désormais. Je sais que cette vision des choses s’initie dans notre incompréhension de la Shoah. « Où était Dieu ? » peut-on se demander, à vue humaine toujours, avec légitimité. C’est aussi oublier que ce sont des hommes avides de pouvoir et orgueilleux qui ont organisé la Shoah. Que cette chute dans le mal absolu est le fait de l’homme pécheur pour lequel et par lequel le Christ a été mis en croix. Et d’ailleurs, dire que dans le Christ, Dieu a dit son dernier mot et n’a plus rien de neuf à nous dire comme le prétend le Catéchisme de l’Eglise catholique aux articles 65 et 66, c’est aussi enfermer Dieu et même le Christ dans le temps de son Incarnation qui n’est pas non plus le plein accomplissement des promesses divines. Dieu a encore bien des choses à dire et à faire ! Et dans son temps à Lui, qui n’est pas le temps des hommes et du monde. Et ainsi, si le Seigneur désire accomplir la prophétie d’Ezékiel (chapitre 37 sur les ossements) pour son peuple élu, il le fait et il le fera encore, quitte à laisser marris les chrétiens qui se croient trop souvent seuls héritiers de la résurrection ! S’il plaît au Seigneur de justifier profondément son peuple élu depuis Abraham, il est libre de le faire quand il veut et comme il veut ! Ne soyons pas trop orgueilleux, nous chrétiens, en nous croyant seuls détenteurs de la vérité de la Révélation divine !

Je crois même, et fortement, contrairement à ce qu’on enseigne de nos jours aux enfants pour les rassurer sur Dieu, qu’Il est libre d’agir comme Il l’entend sur les éléments, libre de les calmer ou de les déchaîner, comme le fit lui-même Jésus sur la mer de Galilée. « Oh, va-t-on me rétorquer, ce ne sont là que des images dans l’Evangile ! » Voire.

Enfin, et c’est là le cœur et l’espérance la plus ardente de ma foi, je crois profondément que l’évangile d’aujourd’hui va pleinement s’accomplir, et bientôt même : oui, le Christ Jésus revient en un second avènement pour le jugement des vivants et des morts, chacun étant jugé de l’intérieur de lui-même selon les critères énoncés en Matthieu 25, 31-46. Et pour cet avènement-là, Jésus ne vient pas dans l’humilité d’une crèche ou d’une hostie, mais bien revêtu de toute sa gloire de Roi de l’Univers. Et les boucs orgueilleux pourront bien lui dénier sa Royauté éternelle, cela n’empêchera pas le Seigneur de rassembler ses brebis qui ont nourri, désaltéré, soigné, habillé, accueilli, visité leur prochain, pour les mener vers son Royaume éternel où il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur (Apocalypse 21, 4).

Ce Royaume qui n’est pas de ce monde, je l’espère et je l’attends. Vraiment. Pour la consolation des affligé(e)s et pour adorer éternellement le Christ notre Roi.

Ecclésialement subversive

16 novembre 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Finalement, j’ai une chance : en confiant à un prêtre mon désir de me consacrer au Seigneur il y a presque dix ans maintenant, je l’ai mis devant le fait accompli, et il a béni mon vœu sans m’obliger à m’astreindre à la discipline du long « discernement en Eglise ». J’arrivais déjà très déterminée, appelée au plus profond de moi-même par le Christ Jésus à ce détachement définitif des créatures. Je ne l’ai jamais, jamais regretté, et tout confidentiel pour l’Eglise que soit mon vœu renouvelé chaque année auprès d’un prêtre différent, je m’y tiens sans difficulté.

Ma très grande chance, c’est ma liberté dans le Seigneur. En effet, je ne me suis inféodée à aucun Ordre, et je n’ai jamais promis de « servir l’Eglise » comme le font par exemple les « Vierges consacrées » – appellation que je trouve d’ailleurs réductrice voire insultante pour les femmes. Pour moi, me consacrer au Seigneur, c’était et c’est toujours véritablement le prendre Lui pour unique Epoux. Cela ne signifie aucunement que je devrais devenir une main d’œuvre docile pour une paroisse ou un diocèse. Toute ma vie de foi m’a suffisamment démontré quel contraste il y a entre Dieu et l’Eglise, fût-elle celle de mon baptême. Si j’ai traversé une longue nuit d’agnosticisme de 18 à 33 ans, ce n’était aucunement par désintérêt pour le Seigneur Jésus, mais bien plutôt en raison d’insurmontables contre-témoignages chrétiens tout autour de moi et du discours ecclésial des années Jean-Paul II. Jamais je n’ai pu adhérer à ce moralisme et à ces vues familiales étriquées, et je n’y adhère toujours pas a posteriori.

Il était donc hors de question pour moi de vouer ma vie des années plus tard à une institution qui montrait tant de prises de distance avec l’Evangile. Le Dieu Trinité est toute ma vie. L’Eglise catholique romaine, dans son fonctionnement qui démontre tant de failles, non. Si je lui étais liée par des vœux dans un Ordre, j’aurais le sentiment de cautionner tacitement ses mille et uns scandales. Qu’ils soient sexuels, de pouvoir ou financiers, tous me révulsent. J’entends ne pas me taire quand la voix des victimes est étouffée et que les rouages de la hiérarchie et de la curie démontrent… leur incurie.

Je dialogue sur les réseaux sociaux avec des prêtres ou des religieux/ses qui ont un franc-parler admirable sur ces sujets. Ils forcent mon admiration. Mais quelle souffrance je mesure dans leur vœu d’obéissance ecclésiale ! Ils s’expriment, mais sont menacés de l’intérieur et de l’extérieur. Ils écrivent comme des lanceurs d’alerte quand les scandales se tissent, mais sont intimidés ou ignorés par la hiérarchie ecclésiale elle-même. Etant peu nombreux, ils déploient une énergie colossale pour prendre la défense de victimes d’abus qui se confient à eux, et le paient très cher en matière de réputation, jusqu’à la disgrâce qui finit par les poursuivre.

Si j’étais liée à un Ordre, je ne sais pas si j’aurais le même courage qu’eux. Fort heureusement, je ne le suis pas officiellement, même si la spiritualité du Carmel nourrit ma vie d’oraison. Je suis dans l’Eglise un électron libre et si les scandales allaient encore plus loin – alors que la coupe est déjà pleine – je crois que je renoncerais même à la pratique. Cela ne me couperait en rien du Seigneur : d’ailleurs nous l’expérimentons en ces temps de confinement, il n’y a pas que la messe qui puisse nourrir notre foi, quoiqu’en disent quelques Versaillais et leurs émules.

Qui a un ancrage fort dans le Seigneur notre Dieu peut le retrouver dans la prière, la méditation des Ecritures et le « sacrement du frère », autrement dit l’Evangile vécu dans nos relations humaines. Et Lui qui aime avant toute chose l’authenticité d’une foi, Il saura se donner à l’âme sincèrement en quête de Lui. Mon désir n’est pas de me couper de l’Eglise, d’ailleurs j’apprécie au plus haut point les liens tissés dans ma paroisse. Mais si je devais abdiquer ma liberté de parole et de ton et fermer les yeux sur tant d’inadmissibles scandales, je préfèrerais encore continuer à vivre ma foi concrètement dans mon quotidien en m’abstenant des sacrements. Dieu me demande de témoigner de sa Parole et d’être signe de sa présence, pas de cautionner une institution qui le trahit autant qu’elle le célèbre.