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Cette journée aurait pu donner lieu à un tendre dîner en tête à tête. Ou a une belle fête de famille.
Il y aurait eu de quoi se réjouir d’avoir partagé trente ans de vie commune. Trente ans ! J’étais belle ce jour-là dans ma robe que j’avais choisie colorée pour ne chercher à cacher à personne que j’exultais déjà d’attendre la vie. Il était beau aussi, celui que j’aimais et qui avait osé le pari fou de fonder une famille avec moi. Nous avions voulu la simplicité mais pas complètement l’intimité non plus, nous étions une cinquantaine de convives pour nous réjouir ensemble de cette vie qui nous souriait. La famille proche était au rendez-vous en ce jour heureux où nous n’avions pas encore connu de deuil déchirant. Grands-parents encore vaillants, parents présents, oncle, marraine ou cousins, frères et sœurs au complet, quelques amis aussi et déjà les enfants de la relève, la tablée était intergénérationnelle et joyeuse. Nous dansions harmonieusement sous les regards un brin soucieux de ma maman qui s’inquiétait que j’en fasse trop dans mon état de grossesse débutante. Des mets à l’ambiance, tout fut parfait.

Il me plaît aujourd’hui de m’en souvenir sans aigreur ni l’ombre d’un regret. La valse qui ouvrit le bal se poursuivit pour une quinzaine d’années, entre lumière et ombres, et nous fit parents de trois merveilleux enfants qui ne cessent de faire notre fierté et rendent notre lien indélébile.

Certes, nous n’avons pas partagé toutes ces trente années au quotidien, il y eut même de terribles tempêtes, des déchirures, des conflits, le divorce et bien des mots et des larmes chez différents psychologues pour plusieurs d’entre nous. Mais au-delà des meurtrissures du cœur et de l’âme, chacun de nous cinq a su garder intacte en lui la force de vie et le goût de l’enthousiasme dans les petites et grandes choses qu’une vie peut offrir. Reconstruit chacun sur les cendres d’un foyer bien trop conflictuel, nous avançons, parents vers la sagesse et la paix du cœur, enfants vers une vie adulte riche de conquêtes, d’intelligence à l’œuvre et de multiples talents. Non vraiment, je ne puis aucunement regretter ce jour de notre mariage, ni qu’il ait eu lieu, ni même que je l’aie commémoré seule aujourd’hui. Alors j’ai mis mes chaussures de marche et j’ai gravi des montées jusqu’à une charmante auberge de moyenne montagne et je me suis offert, seule mais en plénitude d’acceptation, un déjeuner de fête qui m’a réjoui les papilles et l’esprit. Et que pouvais-je rêver de mieux qu’un petit texto de mon mari d’il y a trente ans, apaisé lui aussi, qui disait :
« Si c’était à refaire, je le referais aussi. »


Ce dialogue est composé uniquement d’extraits des lectures liturgiques du Dimanche 21 juin 2020

Jérémie 20, 10-13 ; Psaume 68 (69), 8-10, 14.17, 33-35 ; Romains 5, 12-15 ; Matthieu 10, 26-33

Le Seigneur :

Ce que je vous dis dans les ténèbres,
dites-le en pleine lumière ;
ce que vous entendez au creux de l’oreille,
proclamez-le sur les toits.
Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé,
rien n’est caché qui ne sera connu.

La créature :

Par un seul homme,
le péché est entré dans le monde,
et par le péché est venue la mort.

L’amour de ta maison m’a perdu ;
on t’insulte, et l’insulte retombe sur moi.

Mais le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable :
mes persécuteurs trébucheront, ils ne réussiront pas.
Leur défaite les couvrira de honte,
d’une confusion éternelle, inoubliable.

Réponds-moi, Seigneur,
car il est bon, ton amour ;
dans ta grande tendresse, regarde-moi.

Le Seigneur :

Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes,
moi aussi je me déclarerai pour lui
devant mon Père qui est aux cieux.
Mais celui qui me reniera devant les hommes,
moi aussi je le renierai
devant mon Père qui est aux cieux.

La créature :

Le Seigneur écoute les humbles,
il n’oublie pas les siens emprisonnés.
Que le ciel et la terre le célèbrent,
les mers et tout leur peuplement !

Qu’ils sont grands, tes bienfaits !
Tu les réserves à ceux qui te craignent.
Tu combles, à la face du monde,
ceux qui ont en toi leur refuge.

Tu les caches au plus secret de ta face,
loin des intrigues des hommes.
Tu leur réserves un lieu sûr,
loin des langues méchantes.

Aimez le Seigneur, vous, ses fidèles :
le Seigneur veille sur les siens ;
mais il rétribue avec rigueur
qui se montre arrogant.

Ps 30 (31), 20, 21, 24
Textes liturgiques©AELF

Ce psaume, comme beaucoup d’autres, est bien réconfortant quand on souffre pour le Seigneur et la Vérité.
Pendant de longues années, j’ai affronté les intrigues et les langues méchantes dans le milieu du travail ou ailleurs. Quelle paix dans ma quasi retraite, dans le lieu sûr où j’ai été appelée à vivre il y a vingt-cinq ans maintenant avec une telle empreinte de la Providence que je n’ai jamais douté que Dieu me veuille là et pas ailleurs ! J’expliquais dernièrement à un interlocuteur prêtre qu’en tant que femme, je ne me sentais pas appelée, même pour le témoignage chrétien, à aller par les chemins pour évangéliser. Je ne perçois pas là mon charisme de femme. Une maison, presque un cocon à soigner et rendre agréable pour qui y vit et y vient, et l’expression suspendue à un clavier en matière de témoignage de foi, voilà qui suffit à satisfaire le Père et le Fils dans ma propre vocation. Et je crois qu’en Eglise, surtout de nos jours, on a parfois tort de prétendre que les vocations chrétiennes sont à dissocier du genre. Disant cela, je risque de me faire quelques ennemi(e)s. Ce qui m’apparaît personnellement clairement, c’est que ma vocation n’est pas l’itinérance pour le témoignage chrétien ni même un quelconque mandat en Eglise. Par contre, n’étant entrée dans aucun Ordre, je revendique très fortement le droit de n’être mise sous la tutelle d’absolument aucun homme, fût-il prêtre, évêque ou même pape. Libre je suis et je resterai. Un peu à la manière d’une béguine flamande en son temps… Et ainsi, il ne me déplaît pas d’être cachée au plus secret de la face du Seigneur. Solitaire mais infiniment libre.

Solitaire, je le suis aussi face à la horde des innombrables faux prophètes et faux voyants soit-disant chrétiens en tout genre. Les croisant inévitablement sur le net en raison de la propagande dont ils/elles bénéficient, je me donne un peu de temps pour en lire des bribes. Consternation. Tant devant leurs assertions hallucinées qu’en raison des foules aveuglées qui les suivent.

J’ai remarqué quelques traits caractéristiques qui se retrouvent chez à peu près tous :

– Ils se montent en réseaux et s’authentifient les uns les autres, leur point commun étant souvent le ralliement aux « apparitions » les plus douteuses de la Vierge Marie, Medjugorje en tête. Convaincus de la première heure ou convertis à la Gospa en chemin, ces faux prophètes pensent être avant-gardistes en se ralliant à l’apparition fantôme bosniaque, et ce d’autant plus que l’Eglise cède aux sirènes du succès de ce site. Les imposteurs tentent donc de se revêtir d’une petite aura de légitimité en se ralliant à une « apparition » qu’ils espèrent reconnue un jour par Rome pour passer plus sûrement pour saints et inspirés. Medjugorje devient le dénominateur commun de presque tous les faux prophètes et fausses mystiques.

– Toujours dans le souci d’augmenter leur popularité et leur influence au cœur et en dehors de l’Eglise, faux prophètes et fausses mystiques vont redoubler d’efforts pour s’attirer ses bonnes grâces. Ils se montrent souvent catholiques comme on peut être « plus royaliste que le roi ». Baptisés de bonne heure ou convertis sur le tard, ils vont rivaliser d’ardeur pour coller au plus près du catéchisme de l’Eglise catholique romaine. Situation familiale proprette, piété scrupuleuse jusqu’à la communion exclusivement sur la langue et cris d’orfraie quand les mesures sanitaires l’interdisent, protestations outrées quand autrui ose remettre en question un point de doctrine aussi discutable qu’un hymen intact pendant et après un accouchement par voie basse, idéalisation du prêtre ou de l’évêque, le must étant une préface de celui de son diocèse quand on publie ses logorrhées mystiques, ce qui rend intouchable ensuite une prophétesse en vêtements blancs.

– Beaucoup de ces faux prophètes prédisent « un grand avertissement », « de grandes tribulations », la survenue imminente de l’Antichrist du côté duquel, ô grands dieux, ils ne sont pas quant à eux – voire – et si vous les lisez bien, après tout cela, un monde régénéré, de paix durable, qui serait ici bas ! Petite figure de style, pirouette linguistique, et la « terre nouvelle sous les cieux nouveaux » devient notre propre planète que ces « apôtres des derniers temps » auront sauvée in extremis. Au besoin surgit même ici ou là le Grand Monarque dans notre impie pays de France.
On est plus près d’un film apocalyptique américain que de la vérité des Ecritures…

– La plupart, aussi, donnent des conférences, publient des livres ou des CD et DVD, bref, ils ont des choses à… vendre.

– Enfin, et cela me concerne personnellement, dès que le hasard ou la hargne nous font nous croiser, ceux-là vomissent sur moi leur bile mâtinée de « Ma chère, je prie pour vous, convertissez-vous au bon Jésus et au cœur immaculé mêlé au sien de sa Mère » tout en me vouant au diable parce que je suis capable de démasquer leurs inepties hypocrites. A leurs yeux, d’ailleurs, je suis une créature de Satan.

Devant cette marée de faux témoins du Christ, il ne me reste que la foi chevillée au cœur et fondée sur le roc de l’Evangile. Et la certitude que, oui, Dieu veille sur les siens et finit par les justifier à sa manière et en son temps, qui n’est pas le nôtre.

Puissent les lecteurs qui s’arrêteront sur ce blog ne pas sombrer dans l’adhésion aux délires verbeux des imposteurs de la mystique !

Ma voix inaudible

6 juin 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’en ai rêvé cette nuit : je me trouvais avec mes anciennes collègues, j’avais des choses importantes à leur dire et ma voix se tarissait en un souffle sans aucun son.
Ce rêve aurait-il fait écho aux débats plutôt stériles de ces derniers jours sur les réseaux sociaux ?

Il y a vingt ans, quand le Seigneur s’est manifesté de manière indubitable et bouleversante dans ma prière, j’ai eu la naïveté de croire que mon expérience serait une chance pour l’Eglise et pour le monde. Voilà qu’Il venait me révéler tant de secrets intimes sur sa délicieuse personne, qu’Il était là, tout proche, pour répondre à mes mille et une questions spirituelles et existentielles, qu’Il se manifestait encore et encore pour que jamais plus je ne puisse douter de son Etre débordant de vie, de la relation filiale éternelle entre le Père et le Fils, et de la place si douce de ma pauvre personne contre leurs deux cœurs si pleins d’amour ! J’avais envie de crier au monde entier que Dieu Est, que le Christ Jésus est bien le Fils de la promesse, que l’Esprit envahissait toute mon âme pour que j’en témoigne jusqu’à la limite de mes forces. Mais au vu de la réaction du curé de ma paroisse, de mon mari et d’une amie athée à mes premières confidences, j’ai compris assez vite que mon expérience n’était pas la bienvenue, et même tout au contraire. Remise en question de ses prérogatives d’intermédiaire obligé entre Dieu et moi pour le curé, jalousie non dénuée de violence de mon mari, refus d’entendre qu’il puisse exister une vérité immuable et un Dieu qui me comble pour mon amie athée, la descente aux enfers de l’incompréhension généralisée s’est vite amorcée, et ces trois-là ont été les premiers à désirer pour moi internement et camisole chimique qui leur économiseraient une remise en question de leurs propres certitudes.

Ce processus a été long, dévastateur, infiniment douloureux, et pas que pour moi d’ailleurs. Cependant, jamais plus ma foi n’allait faiblir. Jamais plus je ne pourrais renier le Dieu Trinité.

En 2004, au creuset de la souffrance dont j’allais sortir petit à petit, j’ai enfin eu un abonnement internet, et j’ai commencé à participer à des forums chrétiens qui se multipliaient ces années-là. Quel ne fut pas mon étonnement de constater que malgré ma foi à déplacer les montagnes et ma discrétion absolue sur mon vécu mystique, je suscitais la haine de la plupart des catholiques, surtout les plus traditionalistes, qui étaient hermétiques à ma vision de foi transcendant les frontières des églises et même des religions ! Que n’ai-je pas enduré d’accusations d’être du diable ! Et que de moqueries quand j’affrontais seule les misogynes en nombre et les dévots des faux prophètes et des fausses mystiques qui étaient toujours bien plus nombreux que les quêteurs de vérité !

Je me souviens d’avoir rédigé un jour un post intitulé « La religion catholique verrouillée ». Il fut refusé deux fois par la modération du forum « Croire.com » puis accepté après maints remaniements de ma part. J’y regrettais que la doctrine ficelée de bout en bout et estampillée infaillible rende l’Eglise catholique imperméable aux libertés de l’Esprit Saint – je précise que c’était bien avant l’élection du Pape François. J’éprouvais ces années-là régulièrement le rejet de clercs dont j’aurais espéré un accompagnement spirituel. Toujours cette sensation de brûler du feu intérieur de l’Esprit de vérité, et de me heurter à l’immobilisme de cette Eglise qui ne redoute rien tant que de se remettre en question, et surtout par l’apport d’une femme ! Ce post eut cependant l’heur de plaire à un prêtre très âgé, qui le publia sur son blog, initiant entre nous deux une belle amitié épistolaire qui dure encore.

Vingt ans ont passé, et si j’ai le plus grand respect pour le Pape François, je me suis résolue à ne plus me faire d’illusions sur la réceptivité des clercs aux enseignements personnels que je continue à recevoir du Christ Jésus, mon seul Maître. J’ai bien compris que dans son fonctionnement auto-référencé et arcbouté sur sa doctrine, cette Eglise de mon baptême ne se comporte pas mieux vis-à-vis des surprises de l’Esprit Saint que les gardiens de la religion juive du temps de Jésus vis-à-vis du messie en son premier avènement. J’ai toujours cette parole de Caïphe à l’esprit :

« Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. » Jean 18, 14

Oui, il valait mieux aux yeux des dignitaires juifs d’il y a 2000 ans que Jésus meure, plutôt que d’avoir à remettre leurs prérogatives en question. Et il vaut mieux pour les représentants de l’Eglise catholique qu’une de ses filles par le baptême soit réduite au silence par la disqualification de la psychiatrie, plutôt que d’avoir à remettre la sacro-sainte doctrine en question.

Seulement voilà. Dieu ne dit jamais son dernier mot.
Il a ressuscité Jésus.
Et quant à moi, si ma voix est et demeure inaudible en Eglise, Dieu m’a donné de pouvoir écrire, et que je sois bâillonnée ou pas, je laisserai mon clavier crier au monde ma foi libre de tout carcan.

Hier était une journée de jeûne et de prière interreligieuse pour implorer le Seigneur de mettre fin à la pandémie de Covid-19.
Le soir venu, j’ai regretté dans mon oraison de ne pas y avoir clairement participé. Jeûner de nourriture, c’est quelque chose que je fais peu. Prier, ce jour-là, je m’y suis peu consacrée aussi, occupée entre la visite d’un accordeur pour mon piano et la joie de lui découvrir un son magnifique sous les doigts virtuoses de cet artiste, moi qui ne suis qu’une débutante hésitante, puis du ménage, puis quelques exercices au piano… A vrai dire, on a toujours mille excuses pour zapper un peu la prière au cours d’une journée bien remplie.

Mais je suis très très loin d’être indifférente à cette tragique pandémie qui m’a arraché une amie partie en moins d’une semaine, a fait trembler toute ma famille et mes amis pour un jeune être cher finalement guéri quelques jours avant Pâques, et a supplicié la région où je vis pendant de longues semaines de grande tension dans les hôpitaux et d’interminables listes d’avis mortuaires.
Alors hier soir, j’étais un peu honteuse devant le Seigneur de n’avoir pas marqué davantage cette journée d’intercession du 14 mai 2020.

Et puis Il était là, doux, tranquille et aimant, tel qu’en Lui-même, tel qu’Il s’offre dans la profondeur de l’oraison. Et je n’ai pas ressenti en son être de reproche. J’étais là, paisible et sereine, un peu contrite, Il était là sans l’ombre d’un courroux. Comme je m’en étonnais, le Seigneur m’a amenée à comprendre qu’Il avait agréé cette initiative interreligieuse et un autre jeûne dont nous n’avons pas forcément pris conscience, et qui lui a plu. Un jeûne radical dans lequel nous avons tous été plongés, croyants ou non, ce vaste carême imposé par un virus et nos gouvernants, du début du printemps jusqu’au delà de Pâques, un jeûne plus adapté au monde occidental où on confond parfois la privation de nourriture pour perdre du poids et celle qui pourrait plaire à Dieu. Le jeûne de carême devient régime qui nous arrange tandis que l’hémisphère sud souffre la cruauté de la faim. Aussi, ce jeûne-là, Dieu en est-il rassasié. Bien plus dure a été pour nous occidentaux, avec le confinement subi, la privation de sorties, de loisirs et de liberté. Dans ce monde à la fois aisé et très inégalitaire, l’opulence se mesure plutôt de nos jours à ces critères qu’à la table garnie. Je lisais ici ou là sur les réseaux sociaux que les nantis se rendaient enfin compte de ce que signifiait vivre avec des ressources minimales : ne pas sortir de sa cité ou de sa campagne dépourvues de vie culturelle, ne pas fréquenter restaurants, salles de spectacle et cinémas, ne pas pouvoir s’adonner à des sports et loisirs coûteux, ne pas parcourir le pays voire le monde à la recherche de dépaysement… Ce dont les plus démunis de nos sociétés inégalitaires ne jouissent jamais, tous en ont cette fois été brutalement privés. Instant peut-être salutaire de prise de conscience de ce qu’est une vie sans argent, et de ce que peut devenir une vie sans liberté. Nous avons tous été agacés par ces attestations nécessaires pour aller prendre l’air ou acheter son pain. Frustrés de la forêt qui nous appelait juste à côté et qui devenait soudain aussi inaccessible qu’au cœur des villes, des parcs fleuris et verrouillés en ce beau printemps, des plages interdites même aux Parisiens réfugiés à l’Ouest… Nous avons tous porté une sorte de bracelet électronique virtuel, et les plus fragiles ou mal logés ont goûté à l’amertume d’être enfermés durablement entre quatre murs, souvent dans la promiscuité, comme des repris de justice.

Alors hier soir, au creux de mon oraison, j’ai compris que ce jeûne-là, non choisi et non calculé comme une petite prouesse religieuse personnelle, avait été le vrai jeûne agréable à Dieu. Pourvu que naisse en nous une plus grande conscience de notre chance d’être libres et en capacité de nous distraire de la monotonie des jours, et surtout une plus grande solidarité avec ceux dont le quotidien ordinaire ressemble à notre ressenti du confinement, quand il n’est pas pire au fond d’une geôle ou de la misère absolue.

Alors seulement, j’ai risqué ma prière de demande pour que s’amorce enfin une sortie de cette pandémie. Et je ne priais pas un thaumaturge qui allait lever un bras puissant pour abattre martialement le terrible coronavirus, mais un Dieu qui fait alliance avec l’homme pour bénir les chercheurs et donner l’intelligence à nos Louis Pasteur contemporains de mettre au point au plus vite le vaccin salvateur tant espéré. Et dans la paix de cette prière, j’ai espéré l’issue, vraiment. Comme un exaucement.