Site de Véronique Belen
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Ce fut une constante dans ma vie : souvent, les faits m’ont donné raison, mais longtemps après que j’eus émis des réserves sur tel ou tel phénomène, fait de société, engouement pour une idée ou une personne, et d’autant plus quand le fait était ecclésial ou religieux, et la personne bien en vue spirituellement.

Bien évidemment, je ne prétends pas avoir raison dans des domaines dans lesquels je suis plutôt incompétente : les sciences, les technologies, en gros tout ce qui touche au monde des objets, de la production technique humaine.

Mais en ce qui concerne l’âme humaine et le discernement des esprits, je revendique mon acuité.
Je me souviens simplement d’une lettre envoyée à une abbaye en 2000, dans laquelle j’exprimais des expériences spirituelles personnelles et mon aversion pour le clinquant du Vatican. C’était au moment du Jubilé de l’an 2000 où Jean-Paul II apparut devant la « Porte Sainte » dans une riche chasuble chamarrée qui m’avait profondément incommodée. J’avais osé écrire à ces bénédictins que le Christ revenu sur terre ne s’assoirait pas sur le trône du Vatican et se préoccuperait avant tout des pauvres et des petits, que les richesses du Vatican étaient sur sa tête comme une couronne d’épines. Scandale que cette lettre ! Toute la communauté me rejeta.
Or, quand parut le pape François le 13 mars 2013, il refusa d’aller vivre ailleurs qu’à la maison Sainte Marthe et force est de constater que le discours papal a changé, et que ce pape-là ne visite pratiquement que des pays déshérités… sans chaussures rouges. J’arrête là ma comparaison.

De même, dès que j’ai eu internet, en 2004, j’ai découvert avec stupéfaction la nuée de faux prophètes qui sévissaient sur la toile. J’ai combattu autant que je pouvais les allégations de « dictée céleste » de Vassula Ryden, qui avait alors le vent en poupe. J’étais tournée en ridicule sur les forums catholiques faisant bon accueil à ses écrits. En 2011, je m’en ouvrais à mon évêque. En 2012, enfin, elle fut persona non grata en France de la part de l’Eglise catholique pour ses rassemblements de conférence-prière fort douteux.

Me reste l’espoir que je serai entendue aussi quant à Medjugorje et ses fausses apparitions que je combats avec l’énergie du désespoir devant tant de chrétiens et de clercs séduits et abusés. Fadeur des messages, fausse piété et fausse paix intérieure, illusion d’une Vierge Marie qui va convertir la terre entière, miséricorde feinte qui cache beaucoup de mépris envers ceux qui s’opposent à l’extension de ce faux sanctuaire, tout y est. L’empreinte même du Diviseur. Et comment ne pas voir à quel point l’Eglise catholique est divisée sur cette question !

Alors aujourd’hui, je sais que je mets mal à l’aise ou que je suscite soupçons de délire ou de mystification quand j’annonce sans plus faiblir que le Christ est à nos portes, que le Jugement est tout proche et le Royaume qui lui sera consécutif aussi. Je sais que je ne suis pas du tout suivie dans cette prophétie et que je suscite de la jalousie spirituelle quand j’évoque ma propre place tout près du Christ Jésus à son retour, mais je l’annonce néanmoins, car j’ai gagné, grâce au Dieu Trinité – qui Lui seul justifie – confiance en Lui et aussi en moi.

Avoir raison trop tôt n’a jamais signifié avoir tort.

 

Image : Ouverture de la Porte Sainte par Jean-Paul II,    2000

Quand je suis arrivée dans l’église, un peu en avance, elle était plongée dans la pénombre. Le sacristain absent, le couple chargé de le remplacer stressé car la porte de la sacristie ne répondait à aucune clé du trousseau, les cloches qui n’avaient pas sonné, l’autel qui n’était pas prêt… Tension, à quelques instants du début de la messe, et le curé qui arrive toujours un peu à la dernière minute. Je ne sais même pas pourquoi je me sentais si confiante après une longue journée de travail et tout ce stress ambiant. Il n’était tout simplement pas possible qu’on ne célèbre pas ce soir la messe en l’honneur de saint Joseph. J’ai dit : « Peut-être que le verrou est inversé? » Et la porte de la sacristie s’est ouverte tout de suite, comme par miracle…

Par contre, personne n’a trouvé les bons interrupteurs pour allumer la lumière. Le curé, qui n’est pas dans la paroisse depuis longtemps, non plus. Alors, on a célébré dans la pénombre du soleil couchant, et cela lui seyait bien, à saint Joseph, que nous chantions, à la seule lueur du chœur « N’aie pas peur, laisse-toi regarder par le Christ ». Se laisser regarder par l’unique lumière de cet enfant qui allait naître au cœur de la nuit la plus noire, se laisser enseigner sur cette naissance divine dans un songe nocturne précédé d’un sombre doute sur la fiancée si belle…

Le prêtre a eu des paroles porteuses de sens sur saint Joseph, et nous étions bien, là, si peu nombreux mais recueillis, quand nous avons fait résonner encore l’Ave Maria de Lourdes pour clore cette célébration toute simple mais belle.

Et moi je songeais, en récitant le Credo de l’Eglise de mon baptême exposée à tant de bourrasques, que j’avais été assez naïve, mais que j’étais encore toujours là malgré tout. Naïve, quand j’ai cru, il y a longtemps déjà, que l’Eglise catholique me verrait comme une chance pour elle parce que je recevais tant de choses à lui dire de la part du Seigneur. Naïve, quand j’ai cru que mon mari persévèrerait dans une foi qu’il avait découverte à mon contact, et qu’il ne me répudierait pas. Naïve, quand je croyais que cette Eglise était avant tout passionnée par le Christ, et qu’elle reconnaîtrait dans mes propres combats ses accents à Lui, toujours pleins d’exigeante vérité. Naïve, quand je pensais, à chaque nouvel interlocuteur ecclésial, qu’il recevrait un signe, un songe, une incitation à avoir confiance en moi de la part du Père, comme celui-ci avait daigné le faire pour protéger son Fils.

Mais là, à l’ombre de saint Joseph, j’ai pensé aussi à mon papa qui a toujours tant fait pour moi, à son labeur de toute une vie pour nous nourrir malgré l’indigence de son salaire, à ce prénom si particulier qu’il porte, René, celui qui est né une seconde fois, et Joseph, comme son propre parrain… Et leur même métier du travail du bois…

Et je suis sortie heureuse et paisible de l’église, parce que celle avec un grand E, c’est une chose, mais la chaleur de ma paroisse, c’en est une autre.
Saint Joseph était un humble, de ceux qui comprennent entre les lignes et par-delà les apparences et les mots, et il convenait que je le fête, là, ce soir. Dans la pénombre.

Comme je n’en suis plus à un risque d’excommunication près – nous verrons bien s’il est plus difficile de rester au cœur de l’Eglise catholique de son baptême quand on en conteste la doctrine que quand on a violé des enfants ou des religieuses – je précise le fond de ma pensée sur le catéchisme de l’Eglise catholique romaine.

Je n’en parle pas par méconnaissance. Un prêtre à qui je m’étais confiée – durant peu de temps heureusement – me conseillait il y a quelques années d’en faire mon livre de chevet pour bien demeurer en phase avec l’Eglise. Je l’ai donc acheté dans une belle édition, et entrepris de le lire. J’avoue que je n’en suis pas venue à bout. L’Evangile me tentait bien plus, et d’ailleurs, quand j’ai confié ma perplexité devant le conseil de cet « accompagnateur spirituel » réputé à un ami moine cistercien aguerri à la vie monastique et qui plus est ancien prêtre diocésain, celui-ci m’a répondu : « Véronique, c’est l’Evangile qu’il faut méditer. » Dont acte.

J’ai gardé ce CEC relié un certain temps sur mon chevet, en en relisant des pages au gré de mes questionnements et de mes bouillonnements intérieurs. Puis, à l’occasion d’un grand rangement, je l’ai remisé sur une étagère, où il est mieux que si près de mon lit.

Mais si je le conteste, ce n’est pas que par convenances personnelles, comme on pourrait me le reprocher. D’où émane-t-il, ce sacro-saint catéchisme ? Wikipédia n’est pas beaucoup plus fiable, mais dans cet extrait d’article, l’information, je pense, n’est pas contestable :

« Jean-Paul II forme en 1986 une commission de douze cardinaux et évêques, présidée par le cardinal Ratzinger (futur pape Benoît XVI), alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et assistée par un comité de rédaction de sept évêques résidents. Le secrétaire de rédaction de cette commission est Christoph Schönborn. Un grand nombre de spécialistes sont consultés. Et pas moins de neuf versions successives sont produites jusqu’au résultat final. Ce travail fut suivi de près par Jean-Paul II. » [Fin de citation]

Nous y voilà. Jean-Paul II, et des hommes d’Eglise. Rien que des hommes, cela va de soi. Ils élaborent tout le code moral et l’interprétation des Ecritures qui sont censés convenir aux catholiques. Et cela devient coercitif. Ce catéchisme-là a plus de trente ans, et il demeure la référence absolue, le contester est une faute contre « la foi ».

Et bien moi, je le conteste. Parce qu’il est un empilement de recommandations morales qui débordent de partout le cadre pourtant suffisant des Ecritures. Parce qu’il est élaboré, pensé, écrit, recommandé par des hommes qui cultivent l’entre-soi masculin et n’y entendent pas grand-chose à l’âme, au corps et à la vie d’une femme. Parce que très peu d’auteures femmes y sont citées, très, très peu, j’en avais fait le bilan dans ce billet-ci en 2015 :

https://www.histoiredunefoi.fr/blog/5609-10

Enfin, parce que je ne suis pas obligée d’être une inconditionnelle de Jean-Paul II. Les récentes révélations sur l’inaction du Vatican pendant toutes les années de scandales de crimes pédophiles, de viols de religieuses, d’affaires d’abus spirituel dans des communautés nouvelles mettent à mal, c’est le moins que l’on puisse dire, l’aura de sainteté dont l’Eglise s’est empressée d’entourer cet homme. Je ne dis pas qu’il ait été coupable de tels agissements. Mais responsable en place de l’incurie généralisée, oui, il l’a été.

Quant au « secrétaire de la rédaction » le cardinal Christoph Schönborn, à mon sens, il prouve très largement sa défaillance en matière de discernement spirituel par sa complaisance non dissimulée pour les phénomènes de Medjugorje, auxquels, comme chacun sait, je suis pour ma part viscéralement hostile.

« La vérité vous rendra libres ».

Le catéchisme de l’Eglise catholique n’est pas, n’a jamais été et ne sera jamais une sorte de vérité révélée à laquelle je me réfèrerais aveuglément pour ma vie dans le Christ.

Advienne que pourra si je l’affirme aujourd’hui.

C’était un soir d’insomnie. En 2014. Je m’étais donné la peine d’écrire longuement, dans le menu détail, la quintessence de ma foi méditée au cours de quinze années d’oraison intense. J’avais confié tout cela à un homme d’Eglise respecté que mon propre curé m’avait conseillé comme accompagnateur spirituel. « C’est une perle », me disait-il. Et je parcourais plus de 100 kilomètres en voiture pour aller le voir.
Je lui avais remis les trois ou quatre feuillets en mains propres et j’attendais, anxieuse, sa réaction.
Ce fut celle-ci :

Bonsoir,

Comme vous me l’avez dit, il y a effectivement quelques erreurs théologiques dans les écrits que vous m’avez remis lors de notre dernière rencontre.

Pour apporter plus de clarté et de précisions, je vous invite à faire du catéchisme de l’Église catholique promulgué par S.Jean Paul II, un livre de chevet; chaque soir lisez une page;

et puis je vous invite également à faire connaissance, si ce n’est pas déjà le cas, de l’Évangile en 10 volumes de Maria Valtorta. C’est une mystique du XX° s qui a reçu le privilège de rapporter les faits d’évangile comme si elle était contemporaine de Jésus: un témoignage émouvant et le pape Pie XII disait de ces ouvrages  »qui lira comprendra.. »

en espérant que ces quelques ouvrages pourront vous apporter lumière et consolations en pleine communion avec l’Église.

 

J’étais atterrée et éberluée à la fois de cette réponse. Autant dire que « l’accompagnement spirituel » en resta là.

Dans la nuit, ne trouvant pas le sommeil, je me suis relevée, et j’ai jeté ces mots sur une feuille blanche, pour moi-même :

Le moule est trop étroit pour moi.
Le carcan trop serré.
Trop d’hommes.
Trop.
Une pensée d’hommes, une théologie d’hommes, un catéchisme d’hommes.
2000 ans d’histoire écrite par des hommes. Et approuvée par des femmes soumises pour leur plaire.
S’en référer toujours à des hommes.
Obéir toujours à des hommes.
Avoir toujours pour ultimes juges des hommes.

Qui me comprendra ?
Qui me lira sans s’offusquer ?

Exploser le cadre.

Rassembler. Unir. Faire comprendre.

Seigneur, tu es tellement plus grand que tout ça !
Tes voies sont tellement au-dessus de nos voies, de leurs voies…

Erreurs théologiques.

Ultime conclusion.

Oui, erreurs théologiques.

Mais de quel côté ?

Seigneur, prends pitié de cette âme qui se heurte à tant de murs !

31 octobre 2014

 

Eh bien, aujourd’hui, en mars 2019, je me sens bien moins seule. Le cadre a explosé, pour d’autres raisons, mais il a explosé. Qu’ils ne s’en prennent qu’à eux-mêmes…

Il y a quelques mois, j’écrivais sur ce blog ce billet :

https://www.histoiredunefoi.fr/blog/9784-combat-spirituel-et-consolation-ecclesiale

Sur les réseaux sociaux, suite à un partage, est arrivé un commentaire de la part d’un homme que je ne connaissais pas du tout, ne le comptant pas dans mes « amis ». En voici la teneur :

« Que de conditionnements derrière ces pseudos combats spirituels. La réalité est plus triviale. Mais moins agréable à regarder en face. On se console comme on peut… »

D’emblée, j’ai discerné là le doute absolu sur ce que j’exprimais, le soupçon de délire, le mépris de mon expérience mystique. J’ai commencé à dialoguer avec lui, davantage pour lui faire admettre une autre réalité que pour me justifier. Il se trompait de bout en bout sur mon compte, et je n’avais pas l’intention de le laisser instiller le doute sur ma bonne foi si facile à mesurer dans mes écrits. Nous avons beaucoup échangé, je l’ai même « ajouté » dans mes contacts. Et depuis, c’est une mini guerre larvée. Il provoque sans arrêt les croyants qu’il met « tous dans le même sac », en particulier les chrétiens, lui qui l’a été. Mais il se targue aujourd’hui d’être « libre penseur » et s’octroie le droit du mépris des chrétiens, en particulier des catholiques qu’il a dans le collimateur. L’occasion est trop belle pour lui et les amalgames trop tentants : oui, notre Eglise est à terre, par la faute de certains clercs pervers jusqu’à la pédophilie, l’abus spirituel et l’abus sexuel de religieuses. J’ai regardé hier soir en replay le reportage d’Arte et je suis horrifiée jusqu’à l’écœurement, même si, et mes lecteurs réguliers le savent, je dénonce depuis des années cette gangue de l’omerta qui étouffe l’Eglise catholique depuis bien des décennies. Je n’étais pas très compétente sur la question des abus sexuels, mais les abus spirituels et d’autorité, la non prise en considération de la parole des femmes, je connais très bien, et je les dénonce depuis longtemps à mes dépens.

Bref, revenons à nos joutes verbales sur les réseaux sociaux. Je ne puis supporter qu’on insulte le Christ et les croyants les plus sincères et honnêtes. Alors je réponds, j’affirme ma foi, au risque de me retrouver la proie de plusieurs persifleurs qui abondent dans son sens à lui et avec un certain manque l’élégance et d’imagination, et en arrivent toujours à cette même conclusion : je suis une idiote ou une imbécile sous la coupe d’une Eglise complètement corrompue, inconsciente du fait que je sois manipulée, n’ayant jamais été capable de remettre en cause ma foi… La dernière accusation en date, c’est celle d’être malhonnête intellectuellement, et là, je me dis que ces persifleurs vont vraiment trop loin, mais bon, je reste polie avec eux autant que je peux.

Pour mettre en parallèle ce billet avec l’évangile du jour ( Luc 5, 27-32) dont voici la fin :

Les pharisiens et les scribes de leur parti récriminaient
en disant à ses disciples :
« Pourquoi mangez-vous et buvez-vous
avec les publicains et les pécheurs ? »
Jésus leur répondit :
« Ce ne sont pas les gens en bonne santé
qui ont besoin du médecin,
mais les malades.
Je ne suis pas venu appeler des justes
mais des pécheurs,
pour qu’ils se convertissent. »

je dirais que je ne cherche pas à convertir mes persifleurs, non, ils sont libres de leurs échafaudages intellectuels. J’ai par contre compassion des chrétiens à la foi mise durement à l’épreuve par les scandales absolus de l’Eglise institutionnelle, cette foi qui, déjà chancelante, peut être remise en question par la rhétorique implacable de ces « libres penseurs ». Ce qui est tout de même extraordinaire avec eux, c’est qu’ils ont toute religion en horreur, mais qu’ils ne parlent que de cela de manière obsessionnelle. Etrange.

Pour conclure, je dirai que je suis largement capable de ferrailler verbalement avec des antichrétiens. Oui. je suis même prête à prendre ma part de coups psychologiques et d’insultes.

Mais jamais, jamais je n’aurai la moindre mansuétude pour des violeurs d’enfants et de religieuses en soutane ou en habit. Que le Seigneur les vomisse de sa bouche. Il n’y a pas eu de justice ecclésiale, ils se sont presque tous soustraits à la justice des hommes, mais je crois profondément en la justice de Dieu qui saura, Lui, différencier le bourreau de la victime.

Image : Oeuvre exposée au musée Unterlinden de Colmar