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Dans une odeur de lys

16 juillet 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Aujourd’hui, c’est la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, particulièrement importante pour moi. La fête mariale que je préfère, peut-être parce qu’elle est liée à l’Ordre contemplatif dont la spiritualité m’inspire le plus, mais également parce qu’elle s’inscrit dans une ligne biblique très ancienne, depuis le prophète Elie, et qu’elle est toujours fêtée dans une grande discrétion ; il y a fort à parier que certains d’entre vous, amis lecteurs, ne connaissiez même pas cette commémoration.

Cette fête, c’est le jour que j’ai choisi, il y a sept ans aujourd’hui, pour me réfugier sous le voile de Marie et de sainte Thérèse d’Avila en particulier, confiant à un prêtre, dans un sanctuaire haut perché d’Alsace, mon vœu de poursuivre une vie chaste par amour du Seigneur Jésus. Simplement. Sans officialisation religieuse, sans devenir oblate d’un ordre particulier. Demeurer dans ma liberté de femme vivant dans le monde, tout en me consacrant vraiment, sincèrement, à Celui que j’aime au-delà de tout amour humain.

Et depuis, chaque année, je renouvelle ce vœu, au cours d’un entretien avec un prêtre quel qu’il soit, là où je me trouve.

Aujourd’hui, j’ai pu le faire dans un autre sanctuaire que j’affectionne aussi particulièrement. Il est en montagne, comme il se doit quand on veut effectuer une « montée au Carmel. » Laisser la voiture enchaîner les lacets en écoutant des cantiques, pour se préparer au grand rendez-vous.

La messe pour la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel était très simple, dans la chapelle du sanctuaire. J’ai traversé ensuite l’entrée pour me recueillir un moment dans une deuxième chapelle. L’entretien, qui n’appartient qu’à Dieu, a eu lieu dans un sobre petit parloir, avec un Père rédemptoriste disponible.

Toute cette séquence était baignée, aujourd’hui, par une discrète mais constante odeur de lys. Parfum d’agréable odeur.

Quand je suis revenue prier auprès de la statue de Notre-Dame, là où brûlent les neuvaines et les veilleuses, j’ai vu à ses pieds le bouquet de lys qui diffusait cette douce odeur. Les lys n’étaient pas blancs.

Si j’en témoigne aujourd’hui, ce n’est pas par impudeur ou pour la vaine gloire. C’est pour porter ce témoignage si difficile en notre siècle, si incompris en Occident : il y a un vrai bonheur dans la chasteté. Je ne la vis ni comme une contrainte, ni comme une privation. Non, c’est un choix libre et conscient. C’est une forme de vie qui me comble. Car n’étant plus à aucun homme ici-bas, je suis pleinement, entièrement, librement à mon Seigneur que je chéris de toutes les fibres de mon être. Et Il me le rend bien. Je suis à Lui, et, libre, disponible pour chacun de mes frères et sœurs en humanité.

Leur petite lettre

14 juillet 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 3 commentaires

Elle a été écrite au clavier, ils s’en excusent un peu, c’est que leur écriture devient malhabile avec l’âge. Mais ils sont en vie tous les deux, c’est ma chance extraordinaire : le couple d’instituteurs qui m’a tout appris à l’école, de mes sept à mes onze ans, demeure encore dans mon village natal, et je peux avoir des nouvelles d’eux deux. J’avais envie de leur en donner l’autre jour, à l’occasion de ma nomination comme directrice de ma propre petite école rurale, même si c’est à trois cents kilomètres de chez eux et des lieux de mon enfance. Et bien sûr, la nouvelle les a touchés et ils y répondent, émus, avec une grande gentillesse. C’est « ma maîtresse » qui a écrit, je reconnais son humble discrétion, même si elle parle en employant le « nous ». Il n’y a pas de hasard dans la vie. Sur une photo de classe, elle pose ses mains sur mes épaules. Je n’ai jamais aimé la robe et le collant de laine rouge que je portais sur cette photo, mais ses mains sur mes épaules, oh oui ! Comme un fluide de transmission, déjà, de l’amour de l’école et du goût d’enseigner.

J’ai été une élève heureuse dans leurs classes, pendant quatre ans. Chez moi, à la maison, il y avait très peu de livres, et un savoir paysan davantage que culturel. Alors là, sur les bancs de l’école, j’avais vraiment tout à apprendre. Elle était douce et patiente, lui un peu plus vif, avec un grand charisme néanmoins. On était les grands dans sa classe. Je suais un peu sur les problèmes de périmètres et d’aires, mais une petite armoire murale contenant toutes les conjugaisons me fascinait. J’aimais le jour de la semaine où il ouvrait une nouvelle page du classeur de verbes. Du présent au plus-que-parfait, je n’ai jamais eu d’aversion pour la conjugaison. Ni pour le Bled, dans une édition qui parlait encore de travaux des champs pour apprendre à accorder le participe passé correctement.

Tous les deux, je les ai accablés de « textes libres ». Je les écrivais le soir chez moi, et les réécrivais à l’école, quand le Bled et les problèmes étaient finis, et qu’on me les avais rendus saturés de rouge. Bienheureux ces deux instituteurs qui ont toujours encouragé mon goût d’écrire ! Ils s’en défendent, mais je leur dois tant !

J’ai ajouté en bas de ma petite carte une confidence : ce blog. Sachant que là, je m’aventurais sur un terrain de possible discorde. Lui, « libre penseur ». Elle, je ne sais pas. Ils sont venus sur la pointe des pieds, et puis sont repartis, respectant ma liberté de croire et de témoigner, mais n’ayant plus l’obligation de corriger mes fautes d’orthographe, ils sont repartis sans lire… Telle est leur liberté, que je respecte grandement aussi. Je mesure la gratuité de ce qu’ils m’ont donné : m’apprendre à rédiger. Pour être libre, aujourd’hui, d’écrire ce qui me tient le plus à cœur, quel qu’en soit le contenu, celui qu’ils ne m’ont certes pas enseigné, mais que sans eux, je n’aurais jamais su mettre en forme.

Merci, ma maîtresse et mon maître !

Dans un sas

13 juillet 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Jour de très grande joie pour moi : j’avais rendez-vous avec mon accompagnatrice spirituelle, qui est mon rayon de soleil dans l’Eglise. Pour la rejoindre chez elle, je prends toujours les mêmes petites rues en ville, dont une qui passe devant la maison d’arrêt. A chaque fois, j’en ai le cœur serré. Le glauque des murs, l’épaisseur des grilles, une voiture de police toujours stationnée pas loin. Je pense à ceux qui y sont enfermés, et j’ai une prière pour eux, moi qui suis tellement libre sur tous les plans.

Aujourd’hui, c’était plus tragique encore. J’ai vu, tout en passant furtivement, une bonne dizaine de femmes dans le sas, entre la porte de la rue et la grille de la prison vétuste. Elle étaient serrées là, attendant qu’on leur ouvre cette grille. Enfermées elles aussi pour un temps, malgré leur innocence. J’ai pensé à ces femmes, de tous les âges. Des mères, des sœurs, des épouses, des compagnes. Injustement là. J’ai pensé à ces femmes qui n’ont rien mérité de tel, tandis que l’homme qu’elles vont visiter purge sans doute une juste peine. On n’atterrit pas en prison sans motif.
J’ai pensé à ces femmes blessées, stigmatisées, affrontant certainement mille tracas quotidiens, à leur patience aimante pour un homme qui n’a pas respecté, d’une manière ou d’une autre, la loi de tous.

Et c’est pour ces femmes dont on ne parle jamais que monte ce soir mon intercession. Oh, l’Eglise en a, de belles paroles sur les prisonniers qu’il faut visiter ! Ceux-là sont souvent mis en exergue pour nous inciter à la charité chrétienne, mais ces femmes dans un sas aujourd’hui, qui s’en soucie ?

Victimes « collatérales ». Victimes, souvent, de l’inconséquence de ces hommes qu’elles continuent envers à contre tout à visiter, par pur amour.

Tant qu’ils sont là

12 juillet 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’ai envie de leur rendre hommage, aujourd’hui, à tous les deux, tant qu’ils sont là, tant que je peux aller leur rendre visite, tant que je peux espérer de chacun un coup de téléphone ou un texto.

Ils ne se connaissent pas. Ils sont aussi dissemblables qu’il est possible de l’être dans une même Eglise.

Pourquoi les associer dans ce billet ? Ils sont de ces rares amis très chers que je dois à la foi et à l’Eglise. Entièrement. Ils sont de ces proches bien-aimés pour lesquels je redoute un coup du sort, la victoire de la maladie sur la combativité, une abdication de la santé qui leur ferait rencontrer le Seigneur avant moi.

Elle. Ne vous arrêtez surtout pas à son enveloppe charnelle. Ne regardez que le bleu de ses yeux et sa chevelure encore très féminine malgré le blanc.
Elle a connu toutes les galères. La précarité sociale, les addictions, les couples instables, la stérilité. Pas de frère ni de sœur, plus de parents, à peine de lointains cousins. Quand la vie vous impose la solitude à ce point, la marginalité vous repousse un jour, à l’approche de la soixantaine, entre les murs d’une maison de retraite. Un temps, elle a parlé de partir, de recommencer ailleurs, d’envisager la vie et pas seulement la vieillesse si précoce. C’est dur pour elle de côtoyer à longueur de journée des personnes quasi grabataires dans son couloir d’EHPAD. Mais elle a appris à ne pas se plaindre. La rue, elle a connu. La pauvreté, la faim, l’errance, l’incertitude, tout cela est inscrit dans son passé, qu’elle évoque seulement à demi-mot, comme s’il la rendait indigne d’avoir aujourd’hui ce toit-là et une nourriture abondante chaque jour. Elle ne se plaint pas. Elle repousse la plainte dès qu’elle franchit le bord de ses lèvres.

Les journées sont longues, et elle se lève avant l’aurore de l’été. Alors elle met des couleurs dans le gris de ses jours. Quand je vais la voir, elle est toujours occupée à colorier. Magnifiquement. Des mandalas, des dessins qui déclinent une infinité de nuances. Elle colorie, et me dit qu’elle ne s’en lasse jamais. C’est une grâce. Et le reste du temps, elle prie. Beaucoup. Et souvent, je ressens sur mes proches que je lui confie les bienfaits de sa prière désintéressée.

Aujourd’hui, elle était particulièrement lucide, et nous avons eu une conversation très riche. Entre chrétiennes qui mesurent la chance d’avoir la foi face à l’adversité, la maladie, la solitude et la mort. Ni elle, ni moi ne les craignons. La souffrance, oui, bien sûr, comme tout le monde. Mais pas l’au-delà de la mort. La grâce d’avoir la foi, celle qui nous a rapprochées l’une de l’autre, celle dont nous voyons privées autour de nous tant de personnes qui s’agacent d’un rien et pour rien. La force de la foi et la plénitude dans la prière. Voilà le ciment de notre amitié. Et tant qu’elle est là, je veux qu’elle sache qu’elle est aimée. De quelques-uns, et du Seigneur, infiniment.

Lui. Je l’ai connu au détour de ce blog, notre amitié est née spontanément du regret d’un même être cher, lui son frère, moi un témoin lumineux de l’engagement chrétien qui avait marqué mes vingt ans. Son frère fauché trop tôt par la mort, et que je n’ai jamais pu revoir. Qu’il veille et nous lie l’un à l’autre aujourd’hui, c’est d’une telle évidence ! Ils étaient prêtres tous les deux, et cela les rendait doublement frères. Il aime que j’aie tant apprécié son frère. J’aime qu’il soit si proche et si différent de lui. C’est une très belle amitié.

J’ai beaucoup d’admiration pour lui, très érudit mais si simple dans sa façon d’être avec tout le monde. Je devine sa culture infinie en lisant ses livres, mais il n’en fait pas étalage devant moi. De là-haut, son frère me désigne à lui sans doute plutôt comme une sœur et une confidente que comme une âme à enseigner. C’est un pilier de ma vie, et je ne me lasse jamais de nos échanges.

Tant qu’il est là. Je ne sais pas combien de temps le Seigneur m’accordera encore cet ami, ici, dans le monde. Ses jours ont l’air comptés. Il est criblé de maladies graves, et passe presque autant de temps dans les hôpitaux que dans son modeste appartement. Je supplie le Ciel de lui laisser encore le temps d’écrire un dernier livre, il en a tellement envie ! Seigneur Jésus, aie pitié de mon ami qui te sert si bien jour après jour, dans la liturgie comme dans les plus petites choses ! Aie pitié de ton serviteur !

Que cet hommage les rejoigne dans leur combat pour survivre, tant qu’ils sont là et que je demeure à leurs côtés. Elle, et lui.

C’est ce que j’ai ressenti hier soir, autour du terrain de foot à la télévision et dans la ville – en liesse à partir de 22 heures – dans laquelle je me trouvais. J’avoue qu’habituellement, je n’aime pas trop traverser le quartier de mon fils le soir : on n’y croise guère de femmes, et je sais que ma belle-fille y est régulièrement victime de harcèlement de rue rien qu’en allant de sa place de parking à l’entrée de son immeuble. J’ai toujours une légère angoisse en quittant cette ville de nuit au volant.

Mais hier soir, tout était bien différent. Chacun est sorti exprimer une joie bon enfant, en famille ou en groupes d’amis. Les petits maquillés de bleu-blanc-rouge, les femmes voilées ou en boubous agitant des drapeaux français, les jeunes vociférant une allégresse et un patriotisme inhabituels. Les voitures défilaient en klaxonnant, les drapeaux claquaient au vent, souvent surgissaient d’une vitre le drapeau français et de l’autre celui du pays d’origine, dans une saine cohabitation. On vivait là un moment historique. Je me suis souvenue, avec mon fils, de la tristesse et de la gravité de la manifestation, au même endroit, après les attentats de Charlie Hebdo en 2015. Cette fois, c’était la joie et le bonheur de la victoire, qui rappelait fortement l’euphorie de la France Black – Blanc – Beur de l’été 1998. Un moment fédérateur, comme notre pays en a tant besoin dans les tensions qu’il traverse. Tous, nous espérons revivre ces moments où la France s’était unie dans une tolérance unanime et un sentiment de gratitude pour les talents de son équipe de foot championne du monde représentant si bien la diversité de notre nation.

Puisse cet esprit perdurer, et nous mener à une grande fête de la réconciliation nationale au lendemain du 14 juillet 2018 !