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Homélie pour le Dimanche du Bon Pasteur 2015 à Tamié

26 avril 2015 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Actes 4, 8-12
Psaume 117
1 Jean 3, 1-2
Jean 10, 11-18

L’évangéliste Jean nous offre beaucoup de discours denses et énigmatiques qui tranchent avec les manières d’écrire des autres évangélistes, les paraboles en particulier. Mais cette fois, lui aussi nous rapporte l’enseignement de Jésus en reprenant une figure imagée.
D’une certaine façon, c’est plus abordable que tous ces longs discours mystérieux, d’ailleurs, ce visage du pasteur marchant en tête de son troupeau a quelque chose de fascinant. Mais à y regarder de plus près, une image demande toujours un effort de compréhension et ce n’est pas forcément plus reposant. Et après tout, nous préférerions peut-être une explication claire, simple, précise, qui nous donnerait des modes d’emploi faciles pour la vie quotidienne.
Mais Jean n’a pas écrit son évangile pour nous laisser dormir. S’il nous parle d’un berger qui passe en tête, c’est bien parce que nous avons à marcher. L’image est très bien ajustée : notre existence comporte une dimension de pérégrination, d’évolution lente parce que nous vivons finalement comme à tâtons dans une réalité qui nous échappe toujours. Nos facultés de compréhension sont limitées, nos résistances rudes, nos fidélités sans cesse exposées. La pédagogie de Jésus dont nous parle l’évangéliste fait travailler l’imagination, et cela nous empêche d’être des auditeurs passifs.
Le texte d’aujourd’hui nous parle de distinctions tranchées. Il y a le berger authentique et le berger mercenaire qui ne vit que pour son profit. Mais tout ne se résume pas à ce jeu d’opposition binaire entre deux personnages – comme dans un mauvais western – car il y a d’autres protagonistes. D’un côté il y a bien le berger et le mercenaire mais de l’autre, tout aussi opposés l’un à l’autre, il y a le loup et le Père.
Au centre, il y a les brebis.
Il faut bien avouer que nous n’avons pas nécessairement envie de nous identifier à de tels animaux. Nous préférerions peut-être des créatures plus évoluées, plus actives, plus agiles. Pour nous, les brebis peuvent évoquer ce troupeau sans intelligence qui s’est jeté à l’eau pour suivre celui que Panurge avait expédié dans la mer quand il a voulu s’amuser au dépend d’un marchand. Comme on a son honneur, n’est-ce pas, on n’aura pas très envie d’être confondu avec ce genre de bêtise.

Mais il serait bien dommage de nous laisser retenir par de telles pensées, justement parce que nous ne sommes pas convoqués pour rester passifs. Jésus en nous parlant des brebis nous renvoie surtout à la mémoire de son peuple, des fils d’Israël. Ils ont été nomades avant de se fixer sur la terre à laquelle ils ont donné le nom de leur ancêtre, et pour un nomade, la brebis c’est précieux, on en prend soin.
Bien des textes de l’Écriture en témoignent en nous expliquant que Dieu connaît nos fragilités secrètes, celles dont nous ne voulons pas entendre parler quand nous revendiquons notre autonomie. Et, lui fait très attention à ne pas nous abandonner à ces solitudes dangereuses. Car les brebis ne sont pas destinées à rester isolées, c’est au contraire le propre du loup de les disperser. De ce loup, Jean ne nous dit d’ailleurs pas grand-chose. Il est là voilà tout, et chacun peut se rappeler toutes sortes de situations qu’il a connues : sur cette terre, la présence de l’ennemi et de l’inimitié n’est pas une vue de l’esprit mais une réalité. Il n’y a même pas besoin de faire de la métaphysique pour le savoir. Cela dit, Jean ne s’étend pas sur le sujet mais il dit seulement les choses telles qu’elles sont. Il y aura de l’affrontement, c’est inéluctable, et le sang coulera. La prédication de Jésus n’a rien à voir avec une de ces histoires sucrées dont on fait les mauvais feuilletons. Il nous parle du monde tel qu’il va, c’est à dire tel qu’il le rencontre et tel qu’il s’y heurte lui-même, et nous dit Jean, c’est justement à travers toute cette violence qu’il fera apparaître sa gloire.
Et d’ailleurs cela commence à se dire avec la manière dont l’image de Jésus dépasse la réalité : en quelques lignes, il nous dit trois fois qu’il s’agit de donner sa vie pour ses brebis. Le métier de berger, à son époque demandait du courage mais cela n’allait tout de même pas jusqu’au degré dont il nous parle : un berger normal ne donne pas sa vie pour ses brebis. Là, on abandonne la réalité et cela ressemble à du rêve.
Serions-nous en train de prendre Jésus en plein dans une de ces exagérations qui sont paraît-il le propre des méditerranéens ?
À moins que ce soit une façon de nous dire des choses inimaginables.
Que le Verbe créateur soit devenu chair et vienne parmi les hommes pour prendre la dernière place, celle du serviteur à leurs pieds.
Qu’il nous introduise dans l’intimité de ses relations avec son Père, « mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ».
Voilà des choses inimaginables. Des choses impensables.
C’est pourtant ce qui arrive et voilà la seule chose vraiment importante. Ce qui veut sans doute dire que nous avons tort de nous figurer que Dieu serait à notre image. C’est nous qui sommes à la sienne et ce n’est pas la même chose. Et, l’immense grandeur de Dieu c’est bien cela : vouloir vivre cette intimité affectueuse avec les hommes. Rien ne l’empêchera de s’y engager.
À nous, il n’est demandé que de consentir.
C’est ce que nous allons faire en rompant et partageant ce pain donné pour que le monde ait la vie.

f. Bruno Demoures, Notre-Dame de Tamié, 26 avril 2015

Source : http://www.abbaye-tamie.com/

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