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« Je signe de cette façon toutes mes lettres, c’est mon écriture. » 2Thessaloniciens 3, 17

29 août 2018 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Frères,
au nom du Seigneur Jésus Christ,
nous vous ordonnons
d’éviter tout frère qui mène une vie désordonnée
et ne suit pas la tradition que vous avez reçue de nous.
Vous savez bien, vous,
ce qu’il faut faire pour nous imiter.
Nous n’avons pas vécu parmi vous de façon désordonnée ;
et le pain que nous avons mangé,
nous ne l’avons pas reçu gratuitement.
Au contraire, dans la peine et la fatigue, nuit et jour,
nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous.
Bien sûr, nous avons le droit d’être à charge,
mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter.
Et quand nous étions chez vous,
nous vous donnions cet ordre :
si quelqu’un ne veut pas travailler,
qu’il ne mange pas non plus.
Que le Seigneur de la paix vous donne lui-même la paix,
en tout temps et de toute manière.
Que le Seigneur soit avec vous tous.
La salutation est de ma main à moi, Paul.
Je signe de cette façon toutes mes lettres,
c’est mon écriture.
Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ
soit avec vous tous.

2 Thessaloniciens 3, 6-10.16-18

Textes liturgiques©AELF

Si je me fais un peu rare sur ce site, c’est que je ne suis à la charge de personne et que je travaille tout le jour pour gagner mon pain et celui de ma dernière fille. Cette petite boutade mise à part, je voudrais prendre le temps aujourd’hui de m’arrêter un peu sur les écrits de l’Apôtre Paul, non seulement cet extrait mais l’ensemble de son œuvre écrite.

Dans l’extrait d’aujourd’hui, il y a du bon sens, même si je reconnais qu’il est un peu difficile à recevoir en ces temps de chômage endémique. L’essentiel devrait être, pour chacun, de « vouloir travailler », jusqu’à l’âge où la société rend au retraité ce qui lui est dû. J’entends bien que « travailler » peut aussi signifier prendre soin de sa famille au long des jours. J’ai été mère au foyer pendant cinq ans, et je sais qu’il n’y a pas tâche plus exigeante et malheureusement souvent plus ingrate. La société ne rend d’ailleurs rien du tout à la femme qui s’est dévouée à cette tâche, l’heure de la retraite venue, mais cela est un autre débat.

Pour en revenir aux écrits de Paul, je les trouve la plupart du temps magnifiques et hautement spirituels, et je suis émue de sa conclusion de cette deuxième Epître aux Thessaloniciens, que j’aime d’ailleurs tout particulièrement. Cette communauté chrétienne, pour mériter tant de louanges, devait être remarquablement zélée dans la mise en œuvre des commandements du Christ Jésus.

D’autres écrits de Paul me laissent pantoise, comme la seconde lecture de dimanche 26 août ((Ephésiens 5, 21-32). Le fameux :

Frères,
par respect pour le Christ,
soyez soumis les uns aux autres ;
les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ;
car, pour la femme, le mari est la tête,
tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête,
lui qui est le Sauveur de son corps.
Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ,
qu’il en soit toujours de même pour les femmes
à l’égard de leur mari.

Je suis désolée, mais pour moi, ça ne passe pas, et ça ne passera jamais, car en aucun cas, un mari ne peut être comparé au Christ Jésus. Je ne me suis mariée qu’une seule fois, mais je sais un peu « ce qu’il y a dans l’homme », je connais aussi très bien le Christ Jésus à qui j’ai voué le reste de ma vie, et que ces messieurs me pardonnent, il n’y a pas de comparaison possible. Là où le Christ est absolument sans péché, l’homme – Saint Paul compris – est marqué au plus profond de sa chair, génétiquement, par le péché. Je ne vais pas récrire ici tout ce que j’ai publié depuis six ans et demi, mais qui cherche peut trouver mes arguments au fil des articles.

Tout comme est irrecevable de nos jours l’envolée lyrique de Paul sur l’Eglise :

il voulait se la présenter à lui-même, cette Église,
resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ;
il la voulait sainte et immaculée.

Jésus a peut-être désiré cela, mais je le crois capable de réalisme, et il doit plus souvent avoir envie de répudier cette épouse corrompue jusqu’à la moelle que de l’encenser.

Je ne vois donc pas comment le développement de Paul peut tenir la route. Et si un seul de ses écrits est susceptible d’être remis en question, je le dis tout net, je suis incommodée qu’après les épîtres de Paul – un homme et non le Christ – on dise en Eglise « Parole du Seigneur ». Je m’érige contre cette formule,  j’ose le dire, moi qui suis lectrice dans mes paroisses et aime infiniment lire la Bible à l’ambon. Mais quand ce genre de texte arrive dans la liturgie, je prie un autre lecteur de me remplacer, incapable que je suis de prononcer ce « Parole du Seigneur » après des lignes qui ont fait tant et tant de mal à mes sœurs en humanité depuis vingt siècles. J’aime bien trop le Père et le Fils, dans l’Esprit, pour les croire capables de telles admonestations injustes vis-à-vis des femmes qu’ils portent l’un et l’autre si haut dans leurs cœurs.

Que donc, on rende à Paul ce qu’il a signé de sa propre main ; il n’est pas, que je sache, l’incarnation de l’Esprit Saint, et comme toute créature humaine, il a pu se tromper, peu certes, mais parfois gravement.

Image : Saint Paul écrivant  Valentin de Boulogne XVIIe

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3 commentaires

  • Claire says:

    Pour plus de précision, Amoris laetitia, chap 4 vers 156: « Il est important d’être clair sur le rejet de toute forme de soumission sexuelle. Pour cela il faut éviter toute interprétation inappropriée du texte de la Lettre aux Éphésiens où il est demandé que « les femmes soient soumises à leurs maris » (Ep 5, 22). Saint Paul s’exprime en catégories culturelles propres à cette époque ; toutefois nous autres, nous ne devons pas prendre à notre compte ce revêtement culturel, mais le message révélé qui subsiste dans l’ensemble de la péricope. Reprenons la judicieuse explication de saint Jean-Paul II : « L’amour exclut toute espèce de soumission, qui ferait de la femme la servante ou l’esclave du mari […]. La communauté ou unité qu’ils doivent constituer en raison de leur mariage se réalise dans une donation réciproque qui est aussi une soumission réciproque ».[162] C’est pourquoi on dit aussi que « les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps » (Ep 5, 28). En réalité, le texte biblique invite à dépasser l’individualisme commode pour vivre en se référant aux autres : « Soyez soumis les uns aux autres » (Ep 5, 21). Dans le mariage cette ‘‘soumission’’ réciproque acquiert un sens spécial et se comprend comme une appartenance réciproque librement choisie, avec un ensemble de caractéristiques de fidélité, de respect et d’attention. La sexualité est au service de cette amitié conjugale de manière inséparable, parce qu’elle est orientée à faire en sorte que l’autre vive en plénitude »

    Donc  » caduque » selon le pape!☺

  • Claire says:

    D’accord avec toi Véronique, je me suis fait les mêmes réflexions dimanche dernier. Dans Amoris Laetitia, le pape François écrit que ce passage est  » caduque ». Je suis étonnée qu’ il soit encore dans les lectures dominicales, tout changement est tellement long! Un jour Véronique, ce texte ne sera plus lu le dimanche, j’ en suis persuadée ! Bonne fin de vacances☺

    • Véronique Belen says:

      Merci Claire !
      Il se trouve que dimanche, j’ai entendu l’homélie d’un évêque africain, très belle au demeurant, mais il citait un peu complaisamment ce passage, choisi avec prédilection par les hommes de chez lui au jour de leur mariage, à quoi il ajoutait avec un humour que je n’ai pas apprécié qu’ils n’avaient pas tout à fait tort…
      Je ne comprends pas que cet extrait soit encore lu les dimanches… Là ça tombait particulièrement mal, avec l’extrait d’évangile qui suivait, où les disciples quittent Jésus parce que « cette parole est rude », mais la parole de Jésus concernant son « corps à manger et son sang à boire » n’avait rien à voir avec Ephésiens 5. Enfin bref… Il n’empêche que beaucoup de nos sœurs en Eglise l’ont quittée à cause de ces versets matraqués à tous propos par certains clercs – il en existe encore.

      J’aimais bien sœur Emmanuelle quand elle soulignait que souvent, les femmes divorcées qu’elle rencontrait avaient une très forte personnalité, et qu’être vraiment libre pour une femme, c’était être indifférente au regard des hommes sur elle (comme elle-même ! Elle ne se gênait pas avec les jeunes journalistes sur les plateaux télé…)

      Je trouve un seul sens acceptable à Ephésiens 5 : pour la paix des ménages, en effet, une femme « s’écrase » parfois. Pour sauver son mariage, il lui faut ménager la susceptibilité de son mari, et lui faire croire qu’il sait et qu’il a raison. Toutes les femmes n’ont pas cette force, ou cette faiblesse, c’est selon les points de vue…



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