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Du soleil plein les yeux. Des fleurs foisonnant dans un jardin. Des amis heureux de se retrouver dans une maison chaleureuse, surtout que l’occasion ne se présente que tous les quinze ans environ, on se demande pourquoi tant il est doux d’être réunis.
Je viens de passer deux jours charmants chez une grande – dans tous les sens du terme – amie allemande. Compte à rebours, et on réalise que cela fait trente ans que l’on s’est connu, le noyau des quatre, à l’occasion d’échanges franco-allemands d’instituteurs et d’une magnifique année passée dans la ville de Speyer, si belle et douce à vivre ! Il s’en passe des choses en trente ans ! Des mariages, des naissances, des constructions de maisons, des enfants qui grandissent et que chacun raconte maintenant dans ses études ou déjà son travail et sa vie de famille…
C’est long, trente ans, et pourtant l’amitié et la joie d’être ensemble affleurent là, comme alors dans l’enthousiasme de notre vingtaine, comme aujourd’hui dans la sagesse de notre cinquantaine. Notre hôtesse, un peu plus âgée que nous, nous reçoit de façon adorable dans son intérieur riche de sa belle personnalité et de ses doigts de fée. On parle français, on parle allemand, on bredouille parfois parce que l’aisance d’alors s’est un peu perdue, on sourit sans cesse, on rit aussi beaucoup. Une balade sous un franc soleil au bord du Rhin, majestueux, et les souvenirs remontent ; chacune, chacun à les siens, et on se plaît à se les rappeler les uns aux autres. Un vélo volé ? Tiens je ne me souvenais plus ! Une croisière sur le Rhin jusqu’à la Lorelei ? Tiens elle l’avait oubliée !
Tout de même, un souvenir inscrit dans l’histoire, et qui se joue quand nous vivons là justement, tous les trois : la visite du pape Jean-Paul II dans cette ville. On rit de s’en être un peu moqué à l’époque, indifférents à ce point blanc là-bas, au-delà d’une foule compacte. Jamais Speyer n’avait été aussi quadrillée de forces de l’ordre ! Ça ne s’invente pas, et on retrouvera toujours facilement trace de la date à laquelle nous avons vécu là-bas. Chacun, depuis, a tracé son chemin, celui que tout le monde peut voir socialement, et les chemins plus cachés aux replis de l’âme et du cœur. Une année qui fut en fait, pour tous, fondatrice. Une année que l’on ne peut oublier, et personne ne s’étonne que nos enfants soient tous devenus des globe trotters !

Oui, les voyages forment la jeunesse, élargissent l’esprit et conduisent à une plus grande tolérance interculturelle. Jeunes, ne vous privez pas d’aller étudier, travailler et voyager ailleurs !

Lupins

24 mai 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Rien que leur nom est joli, je trouve. Lupins, lutins, mutins…
Ce sont les sentinelles de l’été. Et pour moi, une vraie madeleine de Proust.
Partout où passait ma grand-mère maternelle, il y avait des lupins. On aurait dit qu’elle avait des graines de lupins qui lui poussaient entre les doigts. Elle savait les faire venir partout comme personne. Elle a déménagé plusieurs fois, dans sa vieillesse, et repoussaient les lupins dans le nouveau jardin. Je crois que je n’ai pas connu ma grand-mère au début de l’été sans une foison de lupins là où elle vivait. Alors, impossible en les voyant de ne pas penser à elle. C’était d’ailleurs le vrai paradoxe de cette femme : elle pouvait être très dure avec les siens, vraiment très dure, jusqu’à la criante injustice aux conséquences dévastatrices, mais ses mains rustiques et inlassables au travail étaient des fées des fleurs qu’elle aimait voir pousser partout dans les recoins de ses jardins successifs. Et je ne crois pas qu’elle ait acheté, dans sa vie,  beaucoup de plants : elle faisait tout pousser par des semis bien calculés.
Pour ma part, je n’ai jamais été une chanceuse des lupins. Deux maisons et deux terres qui leur sont inhospitalières. J’avais renoncé, jusqu’à ce que ma sœur, fée des fleurs elle aussi, m’apporte de tout petits plants l’année dernière. J’ai bien enrichi leur terre et les voilà gaillards ce printemps, et ils risquent leurs premières fleurs ces jours-ci ! Je m’en réjouis comme une petite fille.

Lupins en fleurs, grand-mère partie depuis de longues années…
Lupins en fleurs, grand-mère pardonnée depuis quelques étés.

Je ne m’exprime pas ici en journaliste – que je ne suis pas – ou en experte de l’étude des phénomènes ecclésiaux.
Je parle en tant que catholique pratiquante profondément croyante et très à l’écoute de ce qui se dit, se vit ou s’écrit ici ou là. Depuis des décennies, j’observe et je médite sur ce qui se passe en Eglise, dans ma communauté de paroisses et au-delà. J’ai participé à de nombreux forums internet chrétiens, catholiques la plupart du temps, et j’y ai en général été mal accueillie car ma parole dénote et dérange. J’en parle au passé car j’ai renoncé à m’exprimer plus longtemps dans ces lieux-là. Trop d’agressivité et de mauvaise foi.

Aujourd’hui, ce billet et son titre me tiennent à cœur. Je discerne réellement dans l’Eglise catholique actuelle – au moins dans la francophonie – un très profond clivage qui ne correspond pas forcément aux données habituelles sur ce thème.

Depuis bien des années, je m’exprime au sujet des prétendues apparitions de Medjugorje. Certains peuvent y voir une obsession ou une lubie sur un sujet de moindre importance. Qu’on se détrompe. La fracture ecclésiale passe par là, que l’on se préoccupe ou pas de Medjugorje. Elle est révélatrice d’une conception de la foi catholique, et de sa presque opposée.

Je me suis beaucoup frottée aux fanatiques des ces « apparitions » et j’ai pu mesurer toute l’ampleur de leur déformation spirituelle. Et sans que d’autres en soient forcément fanatiques, dès qu’il y a sympathie, attirance, complaisance pour Medjugorje, les caractéristiques des « super catholiques » sont présentes.

Cette Eglise-là se veut l’Eglise des purs. Ceux qui prient des heures le chapelet, qui se confessent une fois par mois – et à Medjugorje, c’est censé être le must ! – qui jeûnent deux fois par semaine, qui vénèrent la Vierge Marie jusqu’à lui mettre une majuscule quand ils parlent d’ « Elle », qui parlent sans arrêt du diable censé être dans le camp adverse, qui font la course aux apparitions et aux révélations privées, même  douteuses, qui se targuent d’adorer comme personne le Saint Sacrement, qui cherchent à respecter à la lettre tous les points de morale familiale du catéchisme catholique : il faut être marié religieusement, surtout ne jamais divorcer – quelle horreur ! – ou alors aimer et attendre son conjoint parti jusqu’à son dernier souffle, honnir l’union libre et prier des larmes de sang pour ses enfants s’ils s’y adonnent. Il faut aussi prier pour les terroristes, pardonner d’emblée et du fond du cœur à l’assassin / violeur de son propre enfant, bénir en prière tous ces pauvres égarés qui ne croient pas aux messages de la Gospa qu’on mettrait presque au-dessus des saintes Ecritures.

Mon portrait est féroce, mais assez fidèle je pense.

Je me permets ce billet aujourd’hui car les dernières paroles du Pape François revenant de Fatima, dans l’avion, me redonnent quelque espoir dans la décision vaticane que j’appelle de mes vœux depuis des années. Le Pape nous le dit clairement, de son ressenti personnel : celle qui délivre message sur message depuis plus de trois décennies à Medjugorje « n’est pas la mère de Jésus ».

http://fr.radiovaticana.va/news/2017/05/14/le_pape_dans_l%E2%80%99avion_fraternit%C3%A9_saint-pie-x,_medjugorje_et_rencontre_avec_trump/1312176

Je le crois, je le dis, je l’écris aussi depuis des années. Et je constate encore ces derniers jours le déni, même face à l’évidence, des idolâtres de Medjugorje. Ils remettent volontiers en cause le pape François – mais pas leur très chère Gospa.

Il y a là une profonde fracture, peut-être schismatique, en germe. Quand on a mis presque toute sa foi dans une chimère, on n’est pas prêt à se remettre en question.

Eloge de la solitude

13 mai 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

Il y a des solitudes subies, amères, aigries. Des solitudes humiliées, des solitudes interminables, des solitudes vindicatives, des solitudes culpabilisantes.

La mienne n’est rien de tout cela. Elle est comme un retour aux origines. Je suis à un point de ma vie où j’ai davantage vécu seule qu’en couple. Bien sûr, j’avais mes enfants avec moi, mais ils sont partis l’un après l’autre, progressivement, sans tapage, sans heurts et sans larmes. Maintenant, ils reviennent de temps en temps ou restent un peu, en pointillés. C’est doux et bon quand ils sont là, mais ma vie ne s’est pas arrêtée parce que la solitude s’y est installée.

Quand on est en paix avec soi-même, on peut être en phase aussi avec sa solitude. « Je m’en suis fait presque une amie, une douce habitude… » comme chantait notre cher Georges Moustaki. Oui, c’est bien cela.
Ne rien devoir à personne. Ne rien en attendre non plus. Ne plus être meurtri par le néant des mots ou des gestes qu’on aurait désirés et qui ne venaient pas, bien que quelqu’un soit là.
Aller son petit bonhomme de chemin, l’esprit tranquille, décider soi-même de son lever, de son coucher, de ses menus et des dépenses qu’on engagera ou pas.
Avoir la fierté de résoudre seul les mille et uns tracas du quotidien. Grandir dans la prise de décisions responsable. Demeurer au calme, loin des tensions et des éclats de voix. Ne plus avoir à composer avec l’inconséquence, l’égocentrisme, la présence-absence.

Il y a une vraie chance de sérénité dans la solitude. Une sagesse, une maturité qui ne vont pas de soi. Une grandeur d’âme qui peut faire de soi un solitaire solidaire.

Mais à vrai dire, je triche un peu. Ma solitude est habitée, oh combien ! La prière continuelle est devenue mon art de vivre au quotidien, quand s’apaisent les trépidations de la vie professionnelle. Rentrer chez soi pour le silence d’un cœur à cœur avec une Présence ineffable. Croiser son regard bienveillant sur l’icône ou le crucifix pour n’oublier ni sa douceur, ni l’extrême du don de sa Personne.

Avoir la solitude habitée, consentie, mûrie comme un fruit ultime de la foi. Avoir la solitude heureuse. Oui. Cela existe.

Perlin et Pinpin

8 mai 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Séquence nostalgie. C’était la revue de mes toutes jeunes années, mes premières lectures Fleurus offertes par mon oncle pour un Noël qui durait toute l’année. Je m’amusais des BD de Titounet et Titounette et du singe Kiligolo. Rendez-vous hebdomadaire avec la lecture plaisir – ce qu’elle a d’ailleurs toujours été.

Alors bien sûr, chacun saura que j’y repense à cause de la « poudre de Perlimpinpin » du débat de l’autre soir. Jolie expression, osée mais polie, dans la bouche de notre nouveau Président de la République.

Aujourd’hui, je suis soulagée, car le mensonge, la manipulation et la volonté d’enfermement ne l’ont pas emporté dans notre pays. Je n’étais pas des premiers électeurs d’Emmanuel Macron. Mais je le trouve digne, profondément intelligent et cultivé, porteur d’un projet qui m’a l’air sincère et courageux. J’ai apprécié son premier discours hier soir ; j’ai regretté les propos revanchards alors que nous venions tout juste d’échapper au péril des extrêmes. J’ai envie de dire : donnons-lui sa chance ! Voilà quelqu’un de droit qui veut mettre toute son énergie à la conduite de la politique de notre pays pour les prochaines années. Ne cherchons pas à démolir son image tout de suite. Respectons sa personne et sa fonction. Finissons-en avec ces dix années de « président bashing ». Qui en sort grandi ? Personne, nous l’avons bien vu, nos moqueries permanentes font le lit de l’extrême-droite.

Aujourd’hui, j’espère une France plus sereine, plus mature, à l’image de cet homme jeune qui a déjà une expérience impressionnante de la vie et une volonté qu’on ne peut lui dénier. Et allons-nous nous plaindre de voir peut-être enfin une première dame tout aussi digne à ses côtés ?

En transit sur l’autoroute de l’Est avec des amis très chers le 12 avril, j’ai eu la joie de faire escale à Reims, où je n’étais jamais allée, pour partager en terrasse le repas de midi et pousser, par de paisibles rues piétonnes, la visite jusqu’à la sublime cathédrale. La ville était noyée de soleil et nous avons admiré le magnifique fronton, l’ange au sourire, les vitraux particulièrement lumineux ce jour-là. Je me suis arrêtée avec émotion près de la statuette de Jeanne d’Arc, une de mes saintes préférées, j’ai lu quelques panneaux informatifs et beaucoup de souvenirs de mes cours d’histoire me sont remontés en mémoire. Le lieu était paisible, recueilli, les visiteurs se déplaçaient avec respect d’une merveille à l’autre dans ce haut lieu de l’histoire de France et de l’Eglise. Je suis infiniment reconnaissante à mes amis de m’avoir permis cette visite qui m’a enchantée.

Et que vois-je à la télévision et sur le net quelques semaines plus tard ?
Une infâme instrumentalisation politique de ce lieu, le couple d’extrême-droite – improvisé à l’entre-deux-tours pour l’élection présidentielle – en quête d’adoubement dans la cathédrale des sacres à quelques jours du scrutin… On la ferme aux visiteurs pour assurer leur sécurité et privatiser leur visite. On les filme dans la lueur des vitraux pour leur donner un semblant d’auréole.

Eh bien, je me réjouis de ce qui les attendait à la sortie. Je me mets à la place des habitants et des visiteurs de Reims : privés de ce lieu qui appartient à tous en raison d’une visite impromptue de la candidate du FN. Je comprends leur colère et la candidate ne méritait pas mieux que ce qui lui est arrivé.

Chacun le sait, les idées et le fonds de commerce de ce parti m’insupportent. Mais plus encore me donnent la nausée les tentatives de récupération religieuse que le FN se permet régulièrement.
Je le réaffirme donc aujourd’hui : je suis catholique pratiquante, pas toujours fière – c’est un euphémisme – de l’Eglise à laquelle j’appartiens, mais définitivement convaincue que l’Evangile est un démenti profond à tout ce que profèrent comme mensonges et insanités la candidate du FN et ses représentants et militants. Non, il n’y a absolument rien dans la parole du Christ qui justifie le vote pour Marine Le Pen demain. Rien.

Porte-bonheur ?

1 mai 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire


J’ai fait mon 1er mai hier, comme il faisait beau ; une balade en forêt à le débusquer dans les sous-bois et sous les pousses de jeunes chênes, toute fière de ma récolte inhabituelle car je n’étais visiblement pas la première à en chercher.

Il est beau, ce muguet, et il sent bon. Plaisir sur la table du salon.
Mais à quel souhait l’associer ? Où est passée la légèreté, l’insouciance d’un tel jour ? Que représente la Fête du Travail dans un pays où il y a tant et tant de demandeurs d’emplois et de précaires ? Quelle société sommes-nous en train de léguer à nos enfants ?
Avec les miens, nous avons beaucoup débattu des enjeux de la présidentielle ces derniers mois. Nous avons glissé au moins trois bulletins différents dans les urnes au premier tour, dans le respect l’un de l’autre. Mais ce qui nous fédère, c’est le sens du devoir d’aller voter, et l’ardente nécessité de ne pas laisser passer la candidate du FN au deuxième tour. En cela, je pense que l’éducation civique de mes enfants est réussie. Ils ont le goût de se rendre aux urnes, des visions politiques responsables, des idéaux et de l’esprit critique. Ils ne se laisseront pas manipuler par celle qui excelle au jeu de la démagogie et qui avance masquée d’un grand sourire pour mieux tromper son monde.
Porte-bonheur, mon muguet ?
Le bonheur est un bien grand mot !
Souhaitons-nous au moins, pour cet entre-deux-tours, de ne pas perdre notre honneur pour longtemps…

Elle n’aura pas ma voix

26 avril 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 7 commentaires

Je n’aime pas parler politique dans l’espace public, je n’ai jamais utilisé ce blog dans ce but. Mais là, l’heure est grave.
Je n’ai pas voté pour Emmanuel Macron au premier tour. Mais au second, je vais le faire sans une once d’hésitation. Et certainement pas m’abstenir, quand mon pays pourrait tomber aux mains du Front National.
Petit historique de mes convictions politiques : je suis d’une famille rurale et ouvrière à la fois, pauvre, catholique pratiquante de manière immémoriale. Vie très modeste, restrictions de toutes sortes sur l’habillement, les loisirs, pas de vacances en famille, pas de possibilité de longues études – l’Ecole Normale rémunérée a été la planche de salut pour deux de mes sœurs et moi. Bref, nous faisions partie des « petits » de la société depuis toujours. En quoi le discours engagé socialement de notre curé de village nous rejoignait tout à fait. Il militait à l’Action Catholique Ouvrière, tout naturellement, il m’a conduite à le faire dans la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, où j’ai été active pendant toute mon adolescence.
A cette époque, la droite était installée depuis longtemps au pouvoir, la gauche était une espérance. Elle n’était pas connotée de tout ce qu’on lui reproche aujourd’hui, et cela pouvait ne pas être contradictoire du tout d’être catholique pratiquant et de gauche.
Le 10 mai 1981, j’avais 17 ans, je guettais avec mon père les résultats de la présidentielle à la télé, et quand nous avons vu apparaître le visage de François Mitterrand à l’écran, nous avons sauté de joie, ri et pleuré à la fois. C’était comme si, enfin, nous allions exister dans cette société-là. J’ai un souvenir ému et grandiose de cet instant-là.
Un an plus tard, je devenais élève-institutrice, très fière de l’être et pas encore stigmatisée « fonctionnaire parasite » comme nous le sommes aujourd’hui – et depuis des années.

Passons sur les années d’alternance gauche-droite, qui ont donné ce que chacun estimera lui-même.

Ce qui est sûr, c’est que j’ai toujours eu une aversion viscérale pour le Front National. Il représente tout ce que je hais en politique : le langage manipulateur, les dynasties politiques père-fille-nièce – que sera la suite ?, l’opacité du parti, ses racines historiques plus que douteuses, la sollicitation permanente de ce que l’humain peut avoir de plus mauvais en lui : égocentrisme économique, rejet de l’étranger, recherche d’un bouc émissaire facile, la remise en question de la construction européenne qui est partie d’un très bel idéal humain et nous a valu la paix depuis sa fondation. Ayant toujours vécu proche des frontières : Allemagne, Luxembourg, Belgique, maintenant Suisse, j’ai mesuré quel gain était pour l’individu la libre circulation des biens et des personnes dans l’espace Schengen – on ressent bien la différence quand on traverse la Suisse ou qu’on s’y arrête. Et quel progrès représente l’euro à notre petite échelle d’Européen qui circule d’un pays à l’autre !

Je n’ai pas voté pour Emmanuel Macron au premier tour et bien des choses m’incommodent dans sa personnalité et son programme.

Mais en aucun cas, jamais, définitivement jamais, je ne donnerai ma voix – gagnée de haute lutte en tant que femme – à un(e) candidat(e) du Front National à quelque élection que ce soit, qui plus est à cette présidentielle à enjeu majeur. Jamais.

Jolie rencontre pascale

16 avril 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

La Vigile pascale dans ma vallée, comme chaque année, dans la chaleur et la lumière du feu au soir tombant, la flamme du cierge qui se transmet d’un fidèle à l’autre, les lectures qui toutes, annoncent le passage de la mort à la vie, la douce cohésion paroissiale autour de l’événement fondateur de notre foi… Je suis dans le même banc qu’un couple retraité de mon village, cette année ils sont accompagnés d’une belle jeune femme, je me dis qu’il doit s’agir de leur fille dont ils me parlent de temps en temps. Elle me sourit à plusieurs reprises et nous passons la célébration côte à côte, dans la joie et le recueillement. Au moment du geste de paix, son sourire se fait plus insistant : « On se connaît, tu ne ne me reconnais pas ? J’ai changé à ce point ?  » Et il faut qu’elle me dise son prénom pour qu’enfin je reconnaisse une jeune collègue qui a passé deux ans dans notre école il y a une dizaine d’années, elle a été la maîtresse bien-aimée de ma fille et de ses camarades de classe. Bien sûr que je la reconnais ! Je touche ses cheveux coupés au carré : « Tes cheveux !  » Je l’imaginais encore avec la cascade de boucles brunes qui lui tombait au creux du dos. On a envie de se prendre dans les bras. Moi aussi j’ai changé, et elle hésitait à m’aborder ! J’étais tellement persuadée qu’elle était la fille de mes amis paroissiens que je n’ai pas pensé un seul instant qu’ils pouvaient l’avoir accompagnée là au titre d’une catéchèse dont ils sont animateurs !
A la sortie de l’église, nos mots, nos souvenirs et nos nouvelles se bousculent dans nos bouches. Sa fille, que j’avais vue bébé, a maintenant 8 ans, et est l’aînée de trois enfants. Elle me parle de son sursaut de foi il y a deux ans, de son goût nouveau de pratiquer. Jamais je n’aurais pensé la retrouver dans ce contexte, nous qui n’évoquions guère notre foi dans l’école laïque. L’église se vide et nous nous bavardons encore, il y aurait tant de choses à se dire ! Elle se souvient bien de ma fille et écoute avidement les nouvelles de cette petite promotion de CM2 qui a maintenant 18 – 19 ans…
Il est tard, il faut se séparer. Mails échangés, promesse de se donner des nouvelles et de pouvoir maintenant parler de notre foi.
J’ai hâte de raconter cette belle rencontre à ma fille, qui en sera émue, j’en suis sûre !

Christ est ressuscité, alléluia !

Entre fleurs et larmes

13 avril 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Un printemps entêtant de fleurs épanouies au soleil, arbres en explosion de blanc, de jaune  et de rose dans les jardins, au bord des routes et tout autour des cimetières…
Eprouvante et inhabituelle semaine sainte, kilomètres d’autoroute avalés entre une coupe de fleurs à déposer ici pour maman, une plaque à laisser là en souvenir d’une marraine aimante, et deux enterrements de très proches fauchés en pleins projets ou au bout d’une longue et difficile agonie…
Semaine sainte aux yeux brouillés de larmes dans les retrouvailles émues qu’on voudrait être dues à d’autres circonstances, les hommages justes et mérités qui pleuvent et les fleurs qui abondent pour deux personnalités aussi différentes, lui si ouvert, jovial et engagé socialement, elle si discrète, retirée, enfouie dans une vieillesse difficile à l’image de sa vie humble de long veuvage.

Je les ai connus, côtoyés, appréciés, l’un m’appelait « sa troisième fille » bien qu’il n’y ait pas de lien de parenté entre nous, et je me devais d’être là, à l’autre bout de la France, pour ce dernier hommage si poignant, l’autre était de ma famille par alliance, de mon village natal, et j’ai voulu l’accompagner à sa dernière demeure, là, près de nombre de ceux que j’ai tant aimés.
L’un et l’autre couverts de fleurs et des larmes de leurs enfants et petits-enfants, l’un et l’autre accompagnés de cantiques et du parfum de l’encens, l’un et l’autre confiés à Celui qui meurt et ressuscite d’entre les morts au matin de Pâques, dans trois jours.
Eprouvante et inhabituelle semaine sainte, comme une mise à l’épreuve de la foi et de l’espérance, comme un bouquet de prières à tous les défunts aimés entre Rameaux et renaissance de Pâques. Semaine sainte revêtue de sens comme jamais auparavant ; le souvenir restera tenace et l’espérance, intacte au creuset de la foi.

Il y a ce beau cantique à Marie, bien adapté à la fête de l’Annonciation que nous célébrons aujourd’hui :

Chercher avec toi dans nos vies
Les pas de Dieu, Vierge Marie
Par toi, accueillir aujourd’hui
Le don de Dieu, Vierge Marie.

1.- Puisque tu chantes avec nous
Magnificat, Vierge Marie
Permets la Pâque sur nos pas
Nous ferons tout ce qu’il dira.

2.- Puisque tu souffres avec nous
Gethsémani, Vierge Marie
Soutiens nos croix de l’aujourd’hui
Entre tes mains voici ma vie.

3.- Puisque tu demeures avec nous
Pour l’Angélus, Vierge Marie
Guide nos pas vers l’inconnu
Car tu es celle qui a cru.

Le début du refrain ne m’avait jamais interpellée comme aujourd’hui.
« Chercher… »
Le cantique ne dit pas : « Avoir trouvé avec certitude ».
Chercher. Avoir le droit de chercher. Avoir le droit d’interroger. Avoir le droit d’examiner le dogme et la doctrine avec sagacité.

En dépit de tous ceux qui me taxent d’hérétique sur le net, qui m’excluraient volontiers de l’Eglise catholique s’ils en avaient le pouvoir, j’ai célébré aujourd’hui dans un sanctuaire marial la fête de l’Annonciation, dans laquelle rien ne me pose problème, et, en entretien spirituel, je n’ai pas été blâmée d’être de celles et ceux qui cherchent et qui ne prétendent pas avoir tout reçu en infusion de catéchisme. Chercher encore et encore la vérité dans les Ecritures, dans l’histoire sainte et dans la prière à l’Esprit. Chercher avec d’autres s’il était possible. Ne pas tout avaler comme acquis, avoir la foi, et vouloir qu’elle grandisse encore.

« Guide nos pas vers l’inconnu
Car tu es celle qui a cru… »

Image : Notre Dame de Grasse   Musée des Augustins, Toulouse

Matinée citoyenne

22 mars 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Donner à des enfants le goût de participer à la vie de la cité voire de s’y investir, leur faire comprendre ce qu’est une élection, comment elle se déroule, différencier les différentes élections de notre République, savoir à quoi « sert » un Président… Ce fut l’objet de notre matinée, en collaboration avec la municipalité. Ici, dans notre petit village, nous avons une « commission des jeunes » qui se réunit et élabore des projets parallèlement au conseil municipal. Les enfants de l’école élémentaire élisent ces petits conseillers tous les deux ans. Il faut donc des candidats de 9 à 11 ans, une campagne électorale de chacun, des élections en bonne et due forme, avec carte électorale, en mairie. Tout cela se prépare et donne lieu à des séances d’éducation civique concrètes.
Ce matin, j’animais moi-même un atelier sur l’élection et la fonction présidentielles. Eveiller les consciences citoyennes de ces jeunes enfants pour leur donner le goût d’aller voter, eux aussi, à leur majorité. Certains ont déjà l’habitude d’accompagner leurs parents au bureau de vote, d’autres ont tout à apprendre… Et ça fait du bien de pouvoir parler citoyenneté avec des enfants encore candides, sans nommer aucun candidat ni avoir besoin de s’échauffer dans des débats houleux ! Je les ai prévenus dès le début de la séance que s’ils entendaient des opinions à la maison et connaissaient les intentions de vote de leurs parents, cela devait rester secret et ne pas franchir leurs lèvres ce matin. Consigne entièrement respectée !

Avec les plus grands, nous avons évoqué les présidents de la Vème République, et comme j’ai connu toutes leurs présidences depuis celle du Général de Gaulle, je me suis soudain sentie largement leur aînée… Certains visages et noms ne leur évoquent déjà plus rien. Je leur ai raconté le titre énorme du journal, dont je me souviens parfaitement, quand le Président Pompidou était décédé. Cela m’avait marquée, à 10 ans  !

Qu’est-ce qui marquera la conscience citoyenne de ces petits ? Nous n’en savons rien. Mais si nous avons pu leur donner le goût d’être citoyens et d’exprimer leurs votes plus tard, la matinée et le projet municipal auront atteint leurs objectifs.

Il fallait les voir, affairés autour d’une dizaine de citrons, à planter dans la chair acide des rondelles de zinc et de cuivre, à les relier les uns aux autres avec des câbles électriques dans l’espoir fou que la LED finisse par s’allumer. Pas facile de tomber sur l’idée de construire un circuit en série. Il aura fallu une démonstration de l’animatrice pour les aiguiller vers la bonne solution et se prouver à eux-mêmes qu’un citron pouvait servir de pile. Joie de l’expérimentation, lumière dans tous les yeux quand enfin la LED s’allume !

Et ce matin, traversant ma vallée en voiture, je repense à leur énergie jaune citron en voyant foisonner dans presque chaque jardin les forsythias en fleurs et les narcisses épanouis. Enfin le jaune et le vert, le renouvellement des forces, l’espérance des beaux jours ! Enfin le printemps, après tout ce froid et ce gris !

Intermède de paix

14 mars 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’hésitais, un peu de fatigue, un peu de paresse, l’attente d’un coup de fil… Et puis j’ai mis le mobile sur silencieux et j’y suis allée quand même, à la messe de semaine du soir. Et voilà, ça m’a fait un bien fou. Des amis paroissiens contents de me voir et moi de même, des lectures porteuses de sens, la petite homélie qui trace bien le chemin du carême… Prier pour cet ami soudainement très malade, pour cette famille qui n’a pas la foi. Comment supporter l’épreuve sans la foi ?
La mienne n’est pas un sparadrap, mais cette eucharistie me nourrit, me réconforte, me donne la force d’aller de l’avant, me remet à ma place, m’incite à plus de douceur dans mes échanges…
Me revient en mémoire un cantique de naguère que j’aimais bien (C 140) :

« Pour l’amour qui nous crée qui nous comble
Ta présence au secret de notre être
Le bonheur d’habiter ta demeure
Seigneur merci ! »

La mauvaise foi

11 mars 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Cela fait un moment que j’avais envie d’écrire un petit billet sur ce thème.
La mauvaise foi est une attitude qui m’insupporte.
A un petit niveau, j’y suis souvent confrontée dans mon métier : conflits de récréation entre enfants qui s’accusent l’un l’autre d’avoir « commencé », qui se dédouanent de leur responsabilité dans l’agression, qui vont jusqu’à mentir ouvertement pour ne pas perdre la face. Ces situations sont les plus difficiles à démêler et je me désole à chaque fois que si petit, on soit déjà capable de tant de mauvaise foi.
Mais cela n’est encore rien au regard de la mauvaise foi d’un adulte, dans quelque domaine que ce soit. C’est avec les personnes facilement de mauvaise foi que j’ai toujours eu  les relations les plus difficiles.
Dans cette expression, il y a « mauvaise » et « foi ». Et ce petit mot foi revêt ici tout son sens profond. Ainsi, la mauvaise foi qui me blesse le plus est-elle celle des personnes qui s’affirment chrétiennes – catholiques en particulier – et qui se drapent de la supposée infaillibilité du Magistère pour se justifier de toutes leurs raideurs dogmatiques et de leur certitude d’avoir toujours raison sur tout.
Que dire alors quand ces mêmes personnes défendent l’indéfendable des faux prophètes et des faux mystiques au motif que le contenu de leurs logorrhées serait exempt de toute erreur théologique !
C’est le serpent qui se mord la queue : on se convainc que la doctrine catholique est la vérité absolue, intouchable, incontestable, et partant de là, on admet tout ce qui semble aller dans son sens comme véridique. A l’inverse, celui qui ose contester un dogme ou une doctrine séculaire est considéré comme hérétique et rejeté aussitôt, même pas écouté, même pas lu.
Quelle naïveté et quel sectarisme !
Car, pour les avoir beaucoup lus ici et là sur le net, je sais que les faux prophètes soignent à l’excès leur orthodoxie dogmatique, pensant ainsi se mettre à l’abri de tout discernement défavorable.
Mais, comme le disait le pape François un jour dans une homélie « L’Esprit Saint ne peut être mis en cage », et j’ajoute à cette formule que la doctrine catholique officielle est peut-être devenue, de nos jours, le pire ennemi de l’esprit de Vérité, que l’on finit par ne plus pouvoir contester qu’en usant de mauvaise foi et de dogmatisme.