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Très sollicitée !

22 juillet 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Ça m’amuse.
Ce matin, on sonne à ma porte. Deux messieurs très bien habillés, très polis, des revues sur les bras… Oui, vous avez compris, vous avez l’habitude aussi. L’un me dit : « Vous vous souvenez de moi ? » (moi intérieurement : « Euh… ») « Si si, je suis déjà passé vous voir, et vous m’avez dit que vous lisiez la Bible tous les jours ! »
Ah oui, je suis bien capable d’avoir dit ça. Ma parole, ils prennent des notes ou quoi ?
La discussion se poursuit aimablement, bien que j’aie peu de temps, je suis sur le point d’aller faire les courses. Un de ces instants improbables où on vous incite, sur le pas de la porte, à parler de votre perception de la Bible, de la vie, de la mort, d’Adam et Eve et du Royaume à venir. Je reste souriante mais je leur réaffirme que je suis chrétienne / catholique, que je ne cherche pas à les convertir et que j’en attends autant d’eux. En tout cas je semble bien vue, car aujourd’hui j’ai droit à un cadeau : en plus du traditionnel « Réveillez-vous ! » et de la « Tour de Garde », un petit livre « Que nous enseigne la Bible ? » A ma fille qui me demande ce que c’est vraiment, les Témoins de Jéhovah, j’en lis quelques extraits et elle se fait sa petite idée… Les dessins mièvres confirment son ressenti.
Revenue des courses, je trouve dans ma boîte aux lettres un « Prions en Eglise » gratuit.
Ma parole !
Le Seigneur ne me laisse pas tomber, c’est sûr. On se bat autour de moi pour capter ma foi, mais elle est déjà donnée à Celui que mon cœur aime et que je retrouverai demain à l’Eucharistie, dans la fidélité à mon baptême !

Je n’irai pas, cet été, vers des horizons nouveaux. Occasion toute trouvée de réaménager notre espace intérieur.
Les petites fourmis se sont mises au travail. D’abord, trier et classer. Et jeter !
Une chambre devenue inutile, aux meubles encombrants, sera vidée pour redevenir le bureau qu’elle était aux origines. Rafraîchir la déco à mon goût. Avoir enfin un espace dédié au travail personnel dans cette maison – car cela représente des heures et des heures de labeur quand on est enseignant – et ne plus voir, depuis mon lit, un enchevêtrement de classeurs et de manuels pédagogiques qui troublent mon repos.
Dédier ma chambre à la sérénité, à la prière, à la lecture et au sommeil. J’ai commencé à le faire, et quel soulagement !
Ma fille est prise aussi de cette frénésie de réaménagement, et voici sa chambre dans une toute nouvelle disposition.
Et dans quelques jours, son frère se joint à nous pour le plus gros des travaux et des transferts de meubles et de cartons. Je me réjouis déjà de passer un peu plus de temps avec lui. Il y aura du stress au démontage du mobilier, c’est sûr, mais aussi la satisfaction de faire du neuf avec ce qui est déjà là, épars et peu fonctionnel. Et sans doute encore des découvertes amusantes dans les recoins mal rangés, comme ses notes de brevet des collèges émergées hier d’une étagère, lui qui l’a passé il y a plus de dix ans ! Je sens que nous allons bien rire des collections de Pokémon et autres figurines de Star Wars au fond de ses tiroirs abandonnés…

Tri

11 juillet 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

C’est l’activité rituelle du début des vacances d’été. Vider son sac de cours et ses classeurs de préparation pour garder ce qui est réutilisable, le classer, l’archiver.
Cette année, j’en fais un peu plus que d’habitude, parce que je veux changer mon bureau de pièce dans la maison. Je réduis les rayonnages et je m’étonne : comment ai-je pu conserver tout cela tant d’années ? C’est mon gros défaut : quand je ne suis pas acculée à jeter, je stocke. Et ainsi, en vidant des classeurs et des casiers, j’ai vu défiler des listes d’élèves et leurs notes alignées dans mes cahiers de bord… Avec le temps, cela devient indiscret, je trouve. Certains ont déjà leur bac, ont débuté leur vie d’adultes… Je n’ai même pas osé y jeter un œil ; leur petite vie scolaire est consignée là, et j’aurais encore un droit de regard dessus ? Vite, au carton de déchets…
J’ai vu défiler plus de quinze années de labeur, les noms aperçus m’ont évoqué des visages d’enfants dont je ne connais pas toujours le devenir. Qu’auront-ils gardé, conservé, retenu, eux, de ces deux ou trois ans passés à construire les rudiments de leur savoir dans une même salle de classe ?
Ce tri m’a tout de même occasionné des instants délicieux : retrouver les premières pages de productions écrites de ma fille âgée de bientôt 19 ans et les lire en riant avec elle. Il y a donc eu une époque où je lui corrigeais ses fautes d’orthographe ! Et de rire aussi devant ses travaux de géométrie, qui présageaient déjà de son orientation littéraire…

J’ai fini le plus gros du tri, sans lequel les vacances d’été ne peuvent pas commencer. Maintenant, oublier les classeurs et les fichiers pour quelques semaines, et vivre ces jours comme une pause bienvenue et infiniment nécessaire…

Aidant

9 juillet 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Une messe dominicale, toute simple mais célébrée par un prêtre inconnu en raison de l’absence du nôtre.
Des mots simples, une homélie belle et profonde, une ambiance de paix, un calme qui repose l’âme.
Une rencontre vraie.
Des conseils pertinents, des mots bienveillants, des questions judicieuses.
La présence forte du Seigneur, palpable.
L’onction de l’Esprit, bienfaisante comme une source fraîche.
La paix du cœur, le sourire intérieur retrouvé.
Une espérance d’accompagnement spirituel, enfin, par son intermédiaire.
Son nom sur un papier blanc.
Il signifie « Aidant ».
Merci, Seigneur !

Vacance

5 juillet 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 3 commentaires

Il y aura un vide, forcément.
A cause du trop-plein de ces douze dernières semaines, trop-plein d’heures de classe, de corrections, de préparations, d’évaluations, de livrets scolaires, de commandes de matériel pour la rentrée de septembre, de dossiers pour les élèves en grande difficulté, de coups de fil importants qui perturbent la sérénité pour un bon moment… Trop-plein de jours de canicule, trop-plein de conflits en récréation, trop-plein d’élèves fatigués et d’autres qui prennent des vacances avant l’heure… Trop-plein de pensées, de préoccupations, de planification d’heures et d’heures de choses à faire et à ne pas oublier. Trop-plein de soucis de maman pour des enfants qui vont bien mais pas seulement bien tout le temps…

Trop-plein.

Et puis vacance, soudain, enfin je l’imagine, à moins que la vie ne me réserve l’inattendu qui préoccupe encore et autrement…

Sur mon agenda de juillet, il n’y a que quelques rendez-vous pour le moment. Vacance d’obligations.

S’arrêter enfin. Prendre le temps. Vivre sans culpabiliser d’avoir une vie pour autre chose que le travail. Vider ce cerveau saturé. Raccrocher les clés de l’école, celles que certains matins on oublierait presque par acte manqué. S’accorder une longue respiration, une désintoxication des journées éreintantes, des semaines sans week-end digne de ce nom.

Autoriser le vide à s’installer. Permettre là, au cœur de ma vie, une vacance, une liberté, enfin.

On s’entraînait depuis des semaines pour la rencontre inter-écoles d’athlétisme prévue aujourd’hui. Courir, sauter, lancer, constituer des équipes, de quoi se motiver à prendre le bus et à se mesurer à d’autres. Le doute s’installe en début de semaine en même temps que la canicule : est-ce bien raisonnable de faire se dépenser autant d’enfants par cette chaleur ? Première annulation : le relais de l’après-midi. Deuxième annulation : les épreuves de la matinée aussi. Les élèves sont bien déçus : on a connu des annulations pour cause de pluie, mais pas encore pour cause de canicule!

Allais-je les tourmenter le jour dit avec les nombres décimaux et de la grammaire ?
Non, ce serait quand même une journée dédiée au sport !
Ils sont nés entre 2006 et 2009 et presque tous bien sportifs, un certain nombre se passionnent pour le foot et le pratiquent.
Alors je me suis dit que pour eux, la Coupe du monde 1998, c’était déjà du domaine de l’histoire. Et qu’ils n’avaient certainement jamais vu la finale France-Brésil (« Et un, et deux, et trois-zéro… ») oui, nous on connaît, mais ces enfants ?
La surprise -bien gardée- de la matinée, ce fut donc de regarder le match en entier sur le tableau blanc interactif. Aux trois buts, on se serait cru dans un stade ! Quelques longueurs bien sûr, mais personne ne s’est plaint de vivre ce moment historique du sport français comme en direct et sur grand écran !
Il faut encore meubler l’après-midi, la température montant résolument d’un cran.
Cette fois l’idée vient de la maternelle : percer le bouchon de bouteilles remplies d’eau, chacun est muni de son arme et c’est parti pour une longue bataille d’eau qui fera résonner des rires joyeux dans la cour de l’école inondée de soleil. Enfants trempés des pieds à la tête, mais indiscutablement heureux. Puis ils se calment d’eux-mêmes et l’air saturé de chaleur les sèche vite.
Allez, encore un petit tour à la bibliothèque, quelques chants, et on remballe les cartables au repos pour aujourd’hui. Il y a encore deux longues semaines de classe pour les décimaux et la grammaire, mais la canicule d’aujourd’hui n’aura pas eu raison de notre moral.

Les voir grandir

17 juin 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Tandis que je fais mes courses à la supérette du village voisin, j’entends une voix souriante : « Bonjour Véronique, tu vas bien ? » Boucles folles autour d’un beau visage, il pousse un large balai de façon décidée. Je mets un moment à le reconnaître, ah mais oui, promo CE1 2005-2006, je m’en souviens très bien, de celle-ci, puisque c’est celle de ma fille.
« Tu travailles ? C’est bien !
– Oui, il faut que je paie mes études !  »
Rapide dialogue pour ne pas le compromettre dans son job d’été. Il est en prépa sciences-physiques et ça le passionne. Maintenant je m’en souviens, sa maman m’avait dit il y a quelque temps qu’il voulait être astrophysicien. Je revois le bambin un peu lent, qui ne finissait jamais son exercice, mais qui brillait aux évaluations de maths. Le voici qui trace sa route.
L’avantage d’être dans une école rurale près de son domicile, c’est qu’on a facilement des nouvelles de ses anciens élèves et qu’on les revoit de temps en temps. Il y a quelques années, ce jeune homme, je l’ai raccompagné un jour du lycée avec ma fille sans l’avoir reconnu ! Entre le petit garçon sage et l’ado aux cheveux longs…
C’est toujours émouvant, de les revoir adultes. Ils sonnent à la porte pour nous vendre le calendrier des pompiers… Ils viennent dans ma classe pour des travaux pratiques dans le cadre de leurs formations professionnelles… Il m’est même arrivé un jour, lors d’une courte hospitalisation, d’être soignée par une infirmière qui était une ancienne élève !

Ainsi va la vie. Je leur apprends à comprendre ce qu’ils lisent, à faire une addition et une soustraction, je leur inflige le calvaire des tables de multiplication à apprendre, je les emmène parfois en classe de découverte, et je les retrouve quelques années plus tard dans un beau cursus universitaire ou un métier qui leur plaît.

Dans ces moments-là, je mesure encore mieux la beauté du mien.

Précieuse visite

12 juin 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Vendredi, je lui demande si elle vient dimanche pour les élections législatives. Elle est encore inscrite sur les listes électorales ici. Réponse affirmative, et elle me demande si elle peut dîner et dormir à la maison la veille. « Bien sûr !  » Je suis très heureuse : cela doit faire six mois qu’elle n’a plus dormi dans sa chambre.
Samedi, je l’attends donc de pied ferme. Je fais les courses, je prévois le petit dîner et le repas du dimanche avec son frère et la compagne de celui-ci.
Dans la journée, de temps en temps, elle m’envoie une jolie photo de montagne : « Tiens, elle se balade autour de sa vallée !  » Il faut dire que depuis début mai, ma grande fille s’est installée pour six mois au fond d’une vallée très charmante, près d’un lac où nous allons de temps en temps, mais pas trop souvent ; depuis chez moi, il y a plus d’une heure de route soit très sinueuse en pleine montagne, soit encore plus longue, il faut passer trois vallées et remonter assez haut. Bref, une petite aventure pour moi qui deviens avec les années anxieuse au volant.
La journée de samedi passe, vers 18h elle m’envoie encore une photo de joli paysage et m’écrit qu’elle sera un peu en retard pour le dîner, que je ne suis pas obligée de l’attendre. Et là, soudain, je réalise : elle est en train de venir chez nous à pied !!! Elle  concrétise aujourd’hui  son rêve un peu fou de joindre en randonnée notre village au sien, distants par la route de plus de cinquante kilomètres ! Je suis toute à ma surprise. Elle vient voir sa maman en franchissant plusieurs cols et montagnes ! N’est-ce pas moi qui lui ai offert à Noël toutes les cartes de randonnée du secteur ?
C’est si beau et émouvant que je mets ma petite faim de côté et que je dresse la table sur la terrasse avec des bougies. Il faut dire que le soir tombe.
Un peu après 21 h, elle m’écrit encore : « J’arrive ! »
Je n’y tiens plus. Je sais par quel chemin elle va rejoindre la maison, et je vais l’y attendre, entre joie et un peu d’inquiétude : elle marche depuis presque dix heures !
Longues minutes d’attente. Puis je vois enfin une silhouette de randonneuse, sac à dos et carte IGN en bandoulière, qui émerge de la forêt. Elle est là ! Elle y est arrivée !
Je la serre dans mes bras comme jamais. Ma joie n’a d’égale que sa fierté et sa fatigue.
Et à 22h, nous passons un délicieux moment à dîner en tête à tête dans le frais de la nuit tombante, aux chandelles… Précieuse, ô combien précieuse visite !

On parle beaucoup de l’Esprit Saint ces jours-ci, avec la fête de la Pentecôte. Oui, l’Esprit Saint, on en parle, et c’est habituel dans les différentes églises chrétiennes, mais qui est prêt à l’écouter ?
Où est l’Esprit Saint ? Où et comment parle-t-il ?

Tout chrétien estime, et c’est légitime, avoir part à l’onction de l’Esprit Saint. Mais là où je me pose réellement des questions, c’est quand ceux-là s’échauffent et déclament contre-vérité sur contre-vérité en arguant qu’ils le font au nom de l’Esprit Saint.

Le Consolateur fait l’unité dans la diversité, prêche aujourd’hui le Pape François. Certes. Mais l’Esprit ne saurait faire dire une chose et son contraire, la vérité étant dans les deux camps.

« Qu’est-ce que la vérité ? » disait déjà Pilate à Jésus au jour de sa Passion. Il l’avait devant lui et ne la voyait pas, il aurait pu l’entendre mais ses oreilles n’y étaient pas prêtes. Il s’en est lavé les mains. Jésus a été crucifié.

Aujourd’hui, jour de la Pentecôte, certains prédicateurs célèbrent l’Eglise encore davantage que l’Esprit. Celui que j’ai entendu hier soir souhaitait un joyeux anniversaire à une « très vieille dame » dont il a fait pendant tout son sermon l’apologie, cette vieille dame étant l’Eglise dont nous, indignes membres,  ne saurions pas voir les manifestations dues à l’Esprit dans les laïcs dévoués, les vocations nées sur un terreau d’incroyance, les rassemblements tels que les JMJ…

Je suis restée sur ma faim. Il faut parfois chausser de grosses lunettes opaques pour ne pas voir dans l’Eglise ce qui est un contre-témoignage à l’Esprit : les revendications identitaires, les discours moraux qui se durcissent, les « vocations » surtout mondaines, les choix politiques de repli et de haine de l’autre…

Les prédicateurs s’accordent en général pour dire que l’Esprit Saint bouscule l’ordre bien établi. Et de citer des saints persécutés par l’Eglise en leur temps et tardivement canonisés.

Mais de nos jours, qu’a le droit de bousculer l’Esprit ? Ne nous leurrons pas : dès qu’il remet en cause, par une bouche indésirable, l’amas de doctrine catholique tissé depuis des siècles par des hommes pas tous inspirés ni bien intentionnés, il est discrètement bâillonné et repoussé aux marges de l’Eglise… Veuillez entonner un beau Veni Creator, mais surtout pas remettre en cause des doctrines séculaires au cœur de l’Eglise catholique romaine…

Le temps des cerises

2 juin 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Cette année, mon cerisier ploie sous le poids des fruits. Mon voisinage s’étonne : il a donc résisté aux gelées ? Ce cerisier-là est un petit miracle : il s’arrange pour offrir toujours une récolte le jour de la fêtes des mères. Bien pratique quand mes enfants me rendent visite, et que mon fils, plus téméraire que moi, monte dans ses branches pour m’aider à la récolte. La récolte, que dis-je ? Cet arbre est si haut et si fantaisiste dans sa forme qu’au moins 95 % des cerises sont perdues pour nous. Mais finalement, cela ne déplaît pas tant, d’offrir une nourriture goûteuse aux oiseaux du ciel. Les merles ont élu domicile ici : ils savent que la place est généreuse et qu’ils ne seront pas chassés, pas même par le chat paresseux.

Cette année, le panier se remplissant vite, j’ai ressorti l’énorme stérilisateur qui doit avoir au moins mon âge. Je ne sais plus en quelles circonstances m’a maman me l’a donné, mais c’est bien chez moi qu’il demeure désormais. Et me voilà à jouer les campagnardes prévoyantes : équeuter patiemment, laver, remplir les bocaux de fruits à attendre longtemps que l’eau se mette à bouillir et que la stérilisation se fasse. C’est tout un cérémonial au goût d’enfance, quand je passais, avec mes sœurs, tout l’été à égrapper des groseilles et à effiler des haricots que notre mère transformait en confitures et en conserves pour les longs mois d’hiver. Retrouver ces gestes de tradition et de bon sens. M’inscrire dans la lignée de mes ancêtres, tous agriculteurs.

Voilà, l’eau bout, la température monte dans le thermomètre archaïque mais encore fiable, je peux me reposer à la fois de la semaine et du labeur que ces petits travaux représentent, et me réjouir à l’avance des salades de fruits de l’hiver pour les moments de convivialité qui s’offriront.

Du soleil plein les yeux. Des fleurs foisonnant dans un jardin. Des amis heureux de se retrouver dans une maison chaleureuse, surtout que l’occasion ne se présente que tous les quinze ans environ, on se demande pourquoi tant il est doux d’être réunis.
Je viens de passer deux jours charmants chez une grande – dans tous les sens du terme – amie allemande. Compte à rebours, et on réalise que cela fait trente ans que l’on s’est connu, le noyau des quatre, à l’occasion d’échanges franco-allemands d’instituteurs et d’une magnifique année passée dans la ville de Speyer, si belle et douce à vivre ! Il s’en passe des choses en trente ans ! Des mariages, des naissances, des constructions de maisons, des enfants qui grandissent et que chacun raconte maintenant dans ses études ou déjà son travail et sa vie de famille…
C’est long, trente ans, et pourtant l’amitié et la joie d’être ensemble affleurent là, comme alors dans l’enthousiasme de notre vingtaine, comme aujourd’hui dans la sagesse de notre cinquantaine. Notre hôtesse, un peu plus âgée que nous, nous reçoit de façon adorable dans son intérieur riche de sa belle personnalité et de ses doigts de fée. On parle français, on parle allemand, on bredouille parfois parce que l’aisance d’alors s’est un peu perdue, on sourit sans cesse, on rit aussi beaucoup. Une balade sous un franc soleil au bord du Rhin, majestueux, et les souvenirs remontent ; chacune, chacun à les siens, et on se plaît à se les rappeler les uns aux autres. Un vélo volé ? Tiens je ne me souvenais plus ! Une croisière sur le Rhin jusqu’à la Lorelei ? Tiens elle l’avait oubliée !
Tout de même, un souvenir inscrit dans l’histoire, et qui se joue quand nous vivons là justement, tous les trois : la visite du pape Jean-Paul II dans cette ville. On rit de s’en être un peu moqué à l’époque, indifférents à ce point blanc là-bas, au-delà d’une foule compacte. Jamais Speyer n’avait été aussi quadrillée de forces de l’ordre ! Ça ne s’invente pas, et on retrouvera toujours facilement trace de la date à laquelle nous avons vécu là-bas. Chacun, depuis, a tracé son chemin, celui que tout le monde peut voir socialement, et les chemins plus cachés aux replis de l’âme et du cœur. Une année qui fut en fait, pour tous, fondatrice. Une année que l’on ne peut oublier, et personne ne s’étonne que nos enfants soient tous devenus des globe trotters !

Oui, les voyages forment la jeunesse, élargissent l’esprit et conduisent à une plus grande tolérance interculturelle. Jeunes, ne vous privez pas d’aller étudier, travailler et voyager ailleurs !

Lupins

24 mai 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Rien que leur nom est joli, je trouve. Lupins, lutins, mutins…
Ce sont les sentinelles de l’été. Et pour moi, une vraie madeleine de Proust.
Partout où passait ma grand-mère maternelle, il y avait des lupins. On aurait dit qu’elle avait des graines de lupins qui lui poussaient entre les doigts. Elle savait les faire venir partout comme personne. Elle a déménagé plusieurs fois, dans sa vieillesse, et repoussaient les lupins dans le nouveau jardin. Je crois que je n’ai pas connu ma grand-mère au début de l’été sans une foison de lupins là où elle vivait. Alors, impossible en les voyant de ne pas penser à elle. C’était d’ailleurs le vrai paradoxe de cette femme : elle pouvait être très dure avec les siens, vraiment très dure, jusqu’à la criante injustice aux conséquences dévastatrices, mais ses mains rustiques et inlassables au travail étaient des fées des fleurs qu’elle aimait voir pousser partout dans les recoins de ses jardins successifs. Et je ne crois pas qu’elle ait acheté, dans sa vie,  beaucoup de plants : elle faisait tout pousser par des semis bien calculés.
Pour ma part, je n’ai jamais été une chanceuse des lupins. Deux maisons et deux terres qui leur sont inhospitalières. J’avais renoncé, jusqu’à ce que ma sœur, fée des fleurs elle aussi, m’apporte de tout petits plants l’année dernière. J’ai bien enrichi leur terre et les voilà gaillards ce printemps, et ils risquent leurs premières fleurs ces jours-ci ! Je m’en réjouis comme une petite fille.

Lupins en fleurs, grand-mère partie depuis de longues années…
Lupins en fleurs, grand-mère pardonnée depuis quelques étés.

Je ne m’exprime pas ici en journaliste – que je ne suis pas – ou en experte de l’étude des phénomènes ecclésiaux.
Je parle en tant que catholique pratiquante profondément croyante et très à l’écoute de ce qui se dit, se vit ou s’écrit ici ou là. Depuis des décennies, j’observe et je médite sur ce qui se passe en Eglise, dans ma communauté de paroisses et au-delà. J’ai participé à de nombreux forums internet chrétiens, catholiques la plupart du temps, et j’y ai en général été mal accueillie car ma parole dénote et dérange. J’en parle au passé car j’ai renoncé à m’exprimer plus longtemps dans ces lieux-là. Trop d’agressivité et de mauvaise foi.

Aujourd’hui, ce billet et son titre me tiennent à cœur. Je discerne réellement dans l’Eglise catholique actuelle – au moins dans la francophonie – un très profond clivage qui ne correspond pas forcément aux données habituelles sur ce thème.

Depuis bien des années, je m’exprime au sujet des prétendues apparitions de Medjugorje. Certains peuvent y voir une obsession ou une lubie sur un sujet de moindre importance. Qu’on se détrompe. La fracture ecclésiale passe par là, que l’on se préoccupe ou pas de Medjugorje. Elle est révélatrice d’une conception de la foi catholique, et de sa presque opposée.

Je me suis beaucoup frottée aux fanatiques des ces « apparitions » et j’ai pu mesurer toute l’ampleur de leur déformation spirituelle. Et sans que d’autres en soient forcément fanatiques, dès qu’il y a sympathie, attirance, complaisance pour Medjugorje, les caractéristiques des « super catholiques » sont présentes.

Cette Eglise-là se veut l’Eglise des purs. Ceux qui prient des heures le chapelet, qui se confessent une fois par mois – et à Medjugorje, c’est censé être le must ! – qui jeûnent deux fois par semaine, qui vénèrent la Vierge Marie jusqu’à lui mettre une majuscule quand ils parlent d’ « Elle », qui parlent sans arrêt du diable censé être dans le camp adverse, qui font la course aux apparitions et aux révélations privées, même  douteuses, qui se targuent d’adorer comme personne le Saint Sacrement, qui cherchent à respecter à la lettre tous les points de morale familiale du catéchisme catholique : il faut être marié religieusement, surtout ne jamais divorcer – quelle horreur ! – ou alors aimer et attendre son conjoint parti jusqu’à son dernier souffle, honnir l’union libre et prier des larmes de sang pour ses enfants s’ils s’y adonnent. Il faut aussi prier pour les terroristes, pardonner d’emblée et du fond du cœur à l’assassin / violeur de son propre enfant, bénir en prière tous ces pauvres égarés qui ne croient pas aux messages de la Gospa qu’on mettrait presque au-dessus des saintes Ecritures.

Mon portrait est féroce, mais assez fidèle je pense.

Je me permets ce billet aujourd’hui car les dernières paroles du Pape François revenant de Fatima, dans l’avion, me redonnent quelque espoir dans la décision vaticane que j’appelle de mes vœux depuis des années. Le Pape nous le dit clairement, de son ressenti personnel : celle qui délivre message sur message depuis plus de trois décennies à Medjugorje « n’est pas la mère de Jésus ».

http://fr.radiovaticana.va/news/2017/05/14/le_pape_dans_l%E2%80%99avion_fraternit%C3%A9_saint-pie-x,_medjugorje_et_rencontre_avec_trump/1312176

Je le crois, je le dis, je l’écris aussi depuis des années. Et je constate encore ces derniers jours le déni, même face à l’évidence, des idolâtres de Medjugorje. Ils remettent volontiers en cause le pape François – mais pas leur très chère Gospa.

Il y a là une profonde fracture, peut-être schismatique, en germe. Quand on a mis presque toute sa foi dans une chimère, on n’est pas prêt à se remettre en question.

Eloge de la solitude

13 mai 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

Il y a des solitudes subies, amères, aigries. Des solitudes humiliées, des solitudes interminables, des solitudes vindicatives, des solitudes culpabilisantes.

La mienne n’est rien de tout cela. Elle est comme un retour aux origines. Je suis à un point de ma vie où j’ai davantage vécu seule qu’en couple. Bien sûr, j’avais mes enfants avec moi, mais ils sont partis l’un après l’autre, progressivement, sans tapage, sans heurts et sans larmes. Maintenant, ils reviennent de temps en temps ou restent un peu, en pointillés. C’est doux et bon quand ils sont là, mais ma vie ne s’est pas arrêtée parce que la solitude s’y est installée.

Quand on est en paix avec soi-même, on peut être en phase aussi avec sa solitude. « Je m’en suis fait presque une amie, une douce habitude… » comme chantait notre cher Georges Moustaki. Oui, c’est bien cela.
Ne rien devoir à personne. Ne rien en attendre non plus. Ne plus être meurtri par le néant des mots ou des gestes qu’on aurait désirés et qui ne venaient pas, bien que quelqu’un soit là.
Aller son petit bonhomme de chemin, l’esprit tranquille, décider soi-même de son lever, de son coucher, de ses menus et des dépenses qu’on engagera ou pas.
Avoir la fierté de résoudre seul les mille et uns tracas du quotidien. Grandir dans la prise de décisions responsable. Demeurer au calme, loin des tensions et des éclats de voix. Ne plus avoir à composer avec l’inconséquence, l’égocentrisme, la présence-absence.

Il y a une vraie chance de sérénité dans la solitude. Une sagesse, une maturité qui ne vont pas de soi. Une grandeur d’âme qui peut faire de soi un solitaire solidaire.

Mais à vrai dire, je triche un peu. Ma solitude est habitée, oh combien ! La prière continuelle est devenue mon art de vivre au quotidien, quand s’apaisent les trépidations de la vie professionnelle. Rentrer chez soi pour le silence d’un cœur à cœur avec une Présence ineffable. Croiser son regard bienveillant sur l’icône ou le crucifix pour n’oublier ni sa douceur, ni l’extrême du don de sa Personne.

Avoir la solitude habitée, consentie, mûrie comme un fruit ultime de la foi. Avoir la solitude heureuse. Oui. Cela existe.

Perlin et Pinpin

8 mai 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Séquence nostalgie. C’était la revue de mes toutes jeunes années, mes premières lectures Fleurus offertes par mon oncle pour un Noël qui durait toute l’année. Je m’amusais des BD de Titounet et Titounette et du singe Kiligolo. Rendez-vous hebdomadaire avec la lecture plaisir – ce qu’elle a d’ailleurs toujours été.

Alors bien sûr, chacun saura que j’y repense à cause de la « poudre de Perlimpinpin » du débat de l’autre soir. Jolie expression, osée mais polie, dans la bouche de notre nouveau Président de la République.

Aujourd’hui, je suis soulagée, car le mensonge, la manipulation et la volonté d’enfermement ne l’ont pas emporté dans notre pays. Je n’étais pas des premiers électeurs d’Emmanuel Macron. Mais je le trouve digne, profondément intelligent et cultivé, porteur d’un projet qui m’a l’air sincère et courageux. J’ai apprécié son premier discours hier soir ; j’ai regretté les propos revanchards alors que nous venions tout juste d’échapper au péril des extrêmes. J’ai envie de dire : donnons-lui sa chance ! Voilà quelqu’un de droit qui veut mettre toute son énergie à la conduite de la politique de notre pays pour les prochaines années. Ne cherchons pas à démolir son image tout de suite. Respectons sa personne et sa fonction. Finissons-en avec ces dix années de « président bashing ». Qui en sort grandi ? Personne, nous l’avons bien vu, nos moqueries permanentes font le lit de l’extrême-droite.

Aujourd’hui, j’espère une France plus sereine, plus mature, à l’image de cet homme jeune qui a déjà une expérience impressionnante de la vie et une volonté qu’on ne peut lui dénier. Et allons-nous nous plaindre de voir peut-être enfin une première dame tout aussi digne à ses côtés ?