Site de Véronique Belen
Header

Blog

Renaître de ses cendres

8 décembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Je n’étais pas la bienvenue, comme cela a très souvent été le cas dans les grandes étapes de ma vie.
Je ne fus pas la bienvenue dans le ventre de ma mère, et en tant que femme je le comprends très bien : aurais-je moi-même désiré un quatrième enfant en six ans de mariage ?
Je ne fus pas la bienvenue dans la vie de plusieurs jeunes gens que j’ai intensément aimés. Sans réciprocité.
Je ne fus pas la bienvenue non plus dans cette école. J’avais posé au préalable des choix professionnels mal vus aux yeux de ces collègues-là, et pour cause de ces choix, j’avais d’emblée bloqué un poste qui m’appartenait pendant plusieurs années sans exercer dessus. Malvenu aussi de ma part d’attendre, au moment où j’aurais dû revenir sur ce poste, un troisième enfant avec le choix de lui consacrer les quatre années suivantes, le poste me restant comme par miracle réservé.
Revenez sur ce poste après sept ans sans l’avoir occupé, et vous traînerez derrière vous sept ans de préjugés et de médisance. J’aurais pu craquer et partir, j’ai fait le choix de ravaler et de rester. Mais j’ai toujours été celle qui traînait des casseroles après elle.
Par chance, beaucoup de jeunes collègues adorables se sont succédé pendant des années dans cette école, et j’ai toujours noué avec elles les meilleures relations. Plusieurs sont restées, même parties ailleurs, d’excellentes amies. Pour cette raison principalement, j’ai quand même trouvé là ma place et mon bonheur. Et tenu bon dans le dénigrement fréquent de mes compétences et de mes initiatives.

Chacun le sait, quand il est peu reconnu dans son travail pour son investissement et ses qualités propres, il doute très vite de lui-même. Et ainsi, mes rapports d’inspection plutôt élogieux m’étonnaient toujours. N’étais-je donc pas une piètre enseignante ? J’ai fini par accorder plus d’importance à ce regard autorisé sur ma pédagogie qu’à la défiance dont j’étais au quotidien souvent l’objet.

Et là, il a suffi d’une semaine hors de ce contexte, dans une situation de formation continue où mes capacités étaient pleinement reconnues, il a suffi de quelques échanges avec des collègues positives et bienveillantes pour que je reprenne profondément confiance en moi et que je me sente capable d’aller de l’avant. Ici, dans cette école qui est aussi intensément la mienne et qui sans doute, le restera pour les années qu’il me reste à enseigner. A la prochaine rentrée, je suis en droit de l’espérer et de m’investir en ce sens, peut-être comme directrice.

Dynamique positive

2 décembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Il y a parfois du bon à prendre du recul. Sortir de son environnement quotidien pour changer de regard sur sa pratique professionnelle et ses perspectives.
Je viens de vivre une très belle semaine de formation continue en enseignement des langues vivantes au CM1-CM2. Ce n’est plus très souvent, dans mon métier, que l’on nous propose de quitter nos classes pour nous former, faute de remplaçants et de moyens. Alors je n’ai pas voulu manquer une occasion si belle qui se présentait. Et quel bain de jouvence ! Les formateurs se succédaient pour nous donner des pistes et des ressources nouvelles dans nos pratiques en classe. Nous avons parlé, chanté, joué, exploré et testé des logiciels, découvert des albums et des manuels, élaboré de petits projets en sous-groupes pour nous faire la main et avoir matière à réinvestir. Le tout dans une ambiance des plus sympathiques : un groupe d’une douzaine de collègues qui ne se connaissaient pas au préalable, mis en situation de faire connaissance comme on le ferait lors d’une rencontre transfrontalière avec des élèves. C’était à la fois intimidant, ludique puis motivant. De vrais liens se sont noués au fil de la semaine, de riches partages sur nos pratiques respectives ont été possibles, et les conversations ont été variées et joyeuses lors des cafés et des repas pris en commun.

Il se trouve que j’ai cette année une décision professionnelle difficile à prendre à l’horizon de septembre 2018. Et à partager ainsi avec des collègues d’autres circonscriptions que la mienne, qui ne me connaissaient que dans ce court contexte, j’ai reçu des conseils très judicieux et des encouragements qui m’ont ouvert une perspective que je n’avais pas envisagée jusque là.

Me voilà beaucoup plus sereine pour prendre ma décision, et l’option qui se profile est la dernière que j’aurais envisagée… Plus de détails, amis lecteurs, dans les prochains mois.

Un mois sans

28 novembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

C’est ça, ça doit faire un mois.
Un jour je l’ai allumée, et puis rien. Ni image, ni son. Tiens, j’étais un peu contrariée sur le coup, ça devait être à l’heure du 20h, puisqu’il n’y avait de toute façon que là que je la sortais de son mutisme depuis un bon moment. Et rien. Ecran noir.
Bon, j’ai de nouveau tout éteint. Ça ne devait pas être la télé, plutôt un problème de réception.
Ma grande fille était là quelques jours plus tard : « Tu regardes mes branchements ? » (Parce que moi, j’ai mal au dos…)
Elle ausculte un peu tout et ne trouve rien d’anormal, mais bon, ça ne marche toujours pas.
Pas grave en fait, on ne regarde jamais la télé ensemble, elle et moi. Trop de choses à se dire.

Donc, ça fait un mois, et je n’ai pas essayé de la rallumer, si ça se trouve tout marche mais ça m’est égal. Car j’ai savouré ce mois-là. Ne pas voir toutes les horreurs du monde à 20 h, eh bien ça me repose l’esprit et tout le reste aussi. De toute façon, les horreurs du monde me sautent à la figure dès que je m’aventure sur internet. Bien malin qui voudrait y échapper, ne serait-ce que sur les réseaux sociaux.

J’ai un peu, un tout petit peu mauvaise conscience : il doit se passer des trucs pas très clean que j’ignore. Je n’arrive plus trop à comprendre pourquoi les gens s’échauffent comme ça sur les fils de commentaires. Je n’arrive plus non plus à saisir pourquoi on a le pire président de la République qu’on ait jamais eu ( c’est le cas pour au moins les trois derniers ou je me trompe ?). Je n’ai pas suivi le dernier truc qui nous empoisonne dans ce qu’on mange. Bientôt, d’ailleurs, il vaudrait mieux arrêter tout à fait de manger, ça résoudrait peut-être le problème qu’on a avec nos assiettes ces dernières décennies.

Voilà. Je suis comme en vacances, parce qu’habituellement, il n’y avait qu’en vacances que je me coupais à ce point de l’actualité.

Et finalement, il est où, le problème ? Je ne suis pas journaliste et je ne fais pas de politique, pas besoin de savoir tout ce qu’il se passe dans chaque recoin de la planète. Ce qui concerne mon métier m’arrive sur ma boîte mail au moins en triple exemplaire, ça suffira bien comme ça. Et j’ai cette chance de passer mes journées avec des enfants qui ont des préoccupations d’enfant. Ça peut avoir un avantage, de rester un peu à leur niveau, pour mieux les comprendre et les aimer. Je n’ai pas du tout l’habitude d’alimenter les conversations de comptoir. Et tout le reste, à la télé, me barbe profondément depuis longtemps. Rien qu’en zappant, j’ai parfois la nausée du consumérisme et de l’abîme d’ineptie des jeux et de la plupart des émissions.

Bref, ça fait un mois que je n’ai plus regardé la télé, et je m’en porte comme un charme. Les pieds enracinés au sol et le feuillage résolument tendu vers le ciel. Comme avant qu’elle n’existe.

L’audace des mystiques

25 novembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Je suis en train d’écouter les magnifiques « Chansons de Jean de la Croix » mises en musique et interprétées par le carme Pierre Eliane, un album sorti en 1998 mais dont je ne me lasse décidément pas. J’ai acquis aussi récemment ses interprétations de poèmes de sainte Thérèse de Lisieux et d’Elisabeth de la Trinité. Une mine d’or de foi et d’audace mystique. Il faut écouter et méditer ces textes, vraiment, et se demander pourquoi le langage de l’Eglise de ces dernières décennies est devenu aussi puritain. Sainte Thérèse d’Avila, il y a 500 ans, osait plus de mots d’amour pour son Seigneur que tous les groupes de louange charismatique rassemblés aujourd’hui ! Je trouve que les mots qu’on a de nos jours, dans la louange pour le Christ Jésus, sont mièvres, dénués de poésie et par trop pudibonds. On en fait un Roi surpuissant, mais qui se risquerait encore au terme « d’amant » qu’osaient les mystiques sans en rougir ?

Voici que passe sur mon CD le « Cantique spirituel » de Jean de la Croix qui n’a rien à envier au Cantique des cantiques de la Bible. C’est clairement une histoire d’amour entre une âme – féminine – et son Seigneur et amant. Les mots en sont purs et magnifiques mais enflammés d’un amour qui n’a rien de coincé. Saint Jean de la Croix ne faisait rien d’autre que de retranscrire les confidences intimes de son amie spirituelle Thérèse de Jésus.

Ces chansons magnifiquement interprétées par Pierre Eliane m’ont profondément consolée il y a une vingtaine d’années, quand dans mon amour éperdu pour le Christ, mon entourage ne voyait que du désordre mental. A l’époque ecclésiale pudibonde de Jean-Paul II, il ne fallait aimer que le Christ en croix ou dans les bras de sa mère. Aimer l’homme Jésus, scandale et trouble psychique!

Aujourd’hui, j’assume profondément mon amour sponsal pour le Christ. Comment Il me le rend, cela n’appartient qu’à nous deux. Et plus personne ne mettra la main sur Lui pour le crucifier, ni sur moi pour m’interner.

en solitude elle vivait
elle nichait en solitude
et seul à seule son aimé
la guide en solitude
en solitude lui aussi
par l’amour est meurtri

ah jouissons l’un de l’autre ami
allons nous voir en ta beauté
sur la montagne d’où jaillit
l’eau dans sa pureté…

Extrait du Cantique spirituel interprété par Pierre Eliane

https://www.youtube.com/watch?v=X3CayPjmXco

Le beau et le bien

14 novembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’aime le beau et le bien. C’est ringard ? Je m’en moque. C’est subjectif ? Peut-être bien, mais pas tant que ça quand même, finalement…

Le beau. J’avais été très impressionnée il y a une dizaine d’années par le film « Les choristes » et sa musique si pure et si limpide. Je m’étais dit que c’était donc possible, au XXIe siècle, de créer encore du vraiment beau musicalement. De l’harmonieux. De l’émouvant à chanter par des voix d’enfants.
Est-ce que ce film est démodé ? Après cette journée, je ne crois pas.
J’ai une chance dans mon métier : je fais chanter des enfants. Et j’ai choisi, dans le répertoire de cette fin d’année, « Caresse sur l’océan ». Un peu ambitieuse, parce que leurs petites voix ne sont pas encore très bien ajustées. Et que je ne suis pas chef de chœur d’une manécanterie.
Mais cet après-midi, moment magique. Sur grand écran, je leur ai passé un clip mêlant scènes du film et concert par les petits interprètes. Il y a eu un grand silence dans la salle de classe. Et on ne regardait pas trop les uns les autres, parce que les larmes n’étaient pas loin de monter. A la fin de la chanson, quelques chuchotements tout au plus, et le désir de la réécouter. J’ai choisi cette fois une vidéo sous-titrée, et quelques-uns se sont risqués à fredonner. A peine. Je les sentais pleins de respect devant cette interprétation si parfaite. L’heure tournait et nous avons repoussé l’apprentissage à un autre jour.
En quittant l’école, certains avaient déjà la mélodie accrochée aux lèvres. Ils m’ont dit : « Tu crois qu’on fera aussi bien qu’eux ? »
Je leur ai répondu qu’on ferait du mieux qu’on pourrait. Mais la joie du beau était palpable, là, dans leur petits visages émus et ma satisfaction de leur avoir proposé une œuvre qui a su les toucher. Loin du vacarme du monde.

Caresse sur l’océan :

https://www.youtube.com/watch?v=prZwrcTEFfs

Ma p’tite revanche

10 novembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire


Au collège, j’étais de celles qui arrivaient dernières, écarlates et au bord du malaise au cross d’automne. Les séances d’entraînement étaient un calvaire. Toutes les heures de sport, d’ailleurs, étaient comme une punition hebdomadaire. En plus, ça faisait baisser ma moyenne générale.
Bref, passons sur ces souvenirs pénibles.
Devenue instit, j’ai été bien embêtée parce que je devais enseigner le sport, moi qui ai toujours brillé par ma nullité dans ce domaine. Mais bon, j’ai fait quand même. Incapable de montrer l’exemple, mais encourageant toujours mes élèves à donner le meilleur d’eux-mêmes, tout en restant compatissante pour ceux qui me rappellent la petite fille que j’étais.
Et voilà que je vis et travaille depuis des années dans un village de sportifs, dopés par l’air tonique de la montagne, et les muscles façonnés par toutes ces routes et ces chemins qui n’en finissent pas de monter et de descendre, pour le plaisir des yeux, et apparemment, de leurs mollets. Il faut voir nos enfants monter les côtes ardues à vélo et courir ou marcher des kilomètres avec leurs parents ! Franchement, ils m’impressionnent.
Alors du sport, pour eux, on n’en ferait jamais assez. Et bons en tout avec ça, que ça soit la course d’endurance, la natation ou l’athlétisme aux beaux jours ! La cour de récré est un vaste terrain de handball, de basket et de ballon prisonnier. J’ai dû réviser mes points de vue d’ado, et constater que les performances sportives coïncidaient souvent avec le potentiel scolaire. Corps sain, intelligence saine, le terreau de notre village est décidément fertile. Dans la vallée, on nous hait un peu aux rencontres sportives. Désolée une fois de plus, mais nos petits montagnards ont raflé toutes les premières places à la course d’endurance de secteur aujourd’hui !
Entre leurs chants de victoire, leurs sourires jusqu’aux oreilles et la joie de leurs parents, je m’amuse aussi intérieurement : je la tiens, ma p’tite revanche sur ma vieille phobie du sport…

Shabbat

3 novembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Le soir tombait, tôt. J’ai allumé deux bougies. J’ai eu envie d’écouter de la musique juive. J’ai fouillé dans un très vieux carton de cassettes, je savais bien que j’y trouverais quelque chose, un reste de mes enregistrements nombreux de klezmer il y a presque une vingtaine d’années. Dédicace à la dame qui me prêtait ses CD.

Je me suis allongée dans la pénombre pour ne rien faire d’autre que d’écouter cette musique gaie et mélancolique à la fois. J’ai pensé, j’ai prié, j’ai médité.
J’ai aimé très fort que Jésus ait été juif. J’ai aimé penser qu’il l’était encore toujours.
J’ai écouté ces musiques parfois entraînantes, et j’ai eu envie de les danser avec Lui. Qu’il m’apprenne sa culture et ses danses. Qu’il me prenne par la main et qu’il me fasse danser comme David dansait devant l’Arche de l’Alliance. Qu’il m’entraîne dans un bal de noces qui n’aurait pas de fin.

J’y ai seulement pensé. C’était Shabbat. J’ai voulu me sentir en communion avec le peuple élu depuis les origines. Simplement.

Bonne fête, amis !

1 novembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Joie dans le Ciel pour vous aujourd’hui, joie dans nos cœurs si nous comprenons le vrai sens de la Toussaint.
Bonne fête aux phares de ma vie spirituelle : les trois Thérèse du Carmel (d’Avila, de Lisieux, Bénédicte de la Croix / Edith Stein), les trois Catherine (de Sienne, Labouré, d’Alexandrie), Jeanne d’Arc et Jeanne Jugan, Bernadette Soubirous, Hildegarde de Bingen, Hadewijch d’Anvers, Elisabeth de la Trinité, Benoît, Jean de la Croix, François d’Assise, Ignace de Loyola, Vincent de Paul, Jean-Marie Vianney !
Bonne fête aux compagnons de route de Jésus en son temps : les Apôtres, les saintes femmes, Paul et Luc avec une affection particulière !
Bonne fête aux bienheureux de ma vie et de mon cœur : Maman, Marraine, Irène, mes grands-parents !
Bonne fête aux prêtres qui ont été lumières de ma vie spirituelle : Jean, Jean-Marie, Philippe, Pierre, René, Charles, André, Gérard !
Bonne fête aux religieux qui m’ont aidée à creuser ma foi : Anne-Berchmans, Rouin, Fernand, Philippe !
Bonne fête à ceux que l’Eglise catholique ne reconnaît pas : Frère Roger de Taizé,  Théodore Monod !
Réjouissez-vous, amis, dans l’éternité bienheureuse !
Intercédez pour ceux qui ne se soucient pas d’elle !
Préparez-nous une place près de vous, au Royaume où toute sainteté sera dévoilée !

Belle fête de la Toussaint à vous tous, amis lecteurs !

« Les saints se reconnaissent entre eux… »

Un dimanche de grâce

30 octobre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Comment dire la paix, la joie, la gratitude après ce magnifique dimanche que je viens de vivre ?
Une messe dominicale de toute beauté chez les fraternités monastiques de Jérusalem, le geste de paix donné des deux mains qui augure déjà de la plénitude de cette journée…
Un déjeuner avec l’ami, celui qui sait tant de choses que je ne sais pas, qui me les distille humblement aux détours de notre conversation, qui se met tout autant à l’écoute et avec qui la confiance déjà installée est si profonde. Il faut dire que cette rencontre, depuis ses débuts, est marquée par le sceau d’un bienheureux : si je n’avais connu son frère qui a tant été pour ma vie de foi, qui a tant été pour sa vie d’enfant et d’homme, nous ne nous serions jamais croisés. Et son frère veille, de là-haut, indubitablement, sur cette amitié-là.

Puis une invitation que j’ai à peine méritée au départ d’un prêtre pour une mission de trois ans au Maroc. Moment de recueillement, de prière, d’hommage à l’image de sa personne simple et généreuse. Il nous offre, surprise de choix, le spectacle « Pierre et Mohamed », qui raconte l’amitié entre Monseigneur Pierre Claverie, évêque d’Oran, et son chauffeur algérien unis dans le respect mutuel jusqu’à leur mort tragique et consentie en 1996. Bouleversant témoignage de dialogue et de respect islamo-chrétien, qui plonge toute l’assemblée dans la méditation sur l’engagement d’aujourd’hui de ce prêtre. C’est par les mots de cette pièce de théâtre qu’il a voulu nous transmettre ce qui l’habite avant son départ en terre d’islam. Unis, nous prions pour lui en présence de notre évêque auxiliaire.

La grâce est palpable. Je renonce à regrets au « verre de l’amitié » car mon train va bientôt partir.

Retour au réel. La gare de Strasbourg est complètement évacuée en raison d’une alerte Vigipirate. Prendre patience. Je chante encore intérieurement : « Car tu es mon Père, je m’abandonne à Toi, car tu es mon Père, je me confie en Toi… »

Dans la cohue des voyageurs qui se précipitent vers la gare rouverte, je comprends que mon train aura beaucoup de retard et que c’est fichu pour ma correspondance. Je monte alors dans le premier TER qui s’arrête à la gare suivante. Tant pis pour ma voiture qui m’attend à mi-chemin. De tout malheur, tirer du bon : mon fils m’attendra à l’arrivée, je dînerai avec lui et il me raccompagnera jusqu’à la gare où j’ai laissé ma voiture ce matin.

Je rentre chez moi beaucoup plus tard que prévu, mais dans la plénitude d’une journée exceptionnellement belle et intense.

« A quoi sert la lumière du soleil si on a les yeux fermés ? »
Un proverbe arabe offert par notre ami prêtre qui s’en va là-bas…

http://www.pierre-et-mohamed.com/la-piece/

J’avais fini de ranger mes courses dans le coffre de la voiture quand j’ai pensé que j’avais oublié d’acheter du jus d’orange, ingrédient indispensable de mon petit déjeuner. Bon, je m’arrêterais à la prochaine enseigne pour faire ce court achat et le plein d’essence, comme je l’avais prévu.
Je me gare donc sur le parking de l’autre supermarché et en le traversant, j’aperçois une amie de longue date qui entre dans sa voiture. Je ne l’ai plus vue depuis un ou deux ans. Je la salue joyeusement, je remarque ses yeux cernés et elle commence à se raconter. Burn-out. Arrêt longue maladie. Il pleut, je m’attarde, elle finit par me dire d’entrer dans sa voiture, je m’assieds à côté d’elle et elle raconte le harcèlement professionnel insidieux, les nuits sans sommeil, les douleurs corporelles à n’en plus finir, le trop-plein et l’arrêt maladie. Elle raconte, mais dans son faible sourire, je sens déjà un mieux-aller. Je l’écoute patiemment, elle m’écoute aussi, tandis que la vraie question me brûle les lèvres : comment va sa fille, jeune adulte amie de la mienne depuis leur tendre enfance ? On finit par en parler. Elle me dit qu’ils n’en parlent plus trop à la maison, que c’est devenu un sujet qu’on évite, que sa fille brûle la vie par les deux bouts dans la hâte d’avoir encore de beaux jours. Je lui dis que je comprends sa fille, que je comprends aussi le mal qui ronge intérieurement cette maman meurtrie. Comment cette profonde dépression ne serait-elle pas liée à ce diagnostic terrible prononcé il y a quelques années sur cette adorable et brillante jeune fille dont l’avenir se dessine à présent dans la dégénérescence progressive de ses neurones moteurs ? Cruel et injuste coup du sort qui nous a valu tant de larmes, à ma fille et à moi, quand nous l’avons appris. Nous l’imaginions dans un fauteuil à très courte échéance, mais la maladie insidieuse semble lui laisser quelque répit, elle travaille, sort, jouit de la vie avec ses amis, elle entend vivre à plein son reste de santé et sa beauté souriante nous laisse l’espérance d’un traitement encore inconnu qui viendrait mettre à mal le diagnostic impitoyable.

J’avais passé, et sa maman le sait, toute une retraite en abbaye, il y a près de trois ans, à prier pour elle, pour elles.
Ce soir, j’ai repris mon papier à lettre et j’ai proposé mes dates pour une nouvelle retraite de carême dans la même abbaye. Il y a encore matière à prier, oh Seigneur, prends en pitié cette famille !

Une heure avait passé quand je suis sortie de sa voiture pour aller acheter mon jus d’orange. Une heure à s’épancher dans le cœur l’une de l’autre, en toute confiance et espérance. Malgré la cruauté de la vie, parfois.

Rien comme tout le monde

23 octobre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

Je m’en souviens bien. Après la prise de sang, j’avais fait un petit tour en ville, histoire de calmer mon impatience de connaître le résultat. Repassant plus tard devant le laboratoire, je vois l’infirmière devant la porte et elle court vers moi : « Madame, madame, c’est bon ! » Elle avait bien compris que je le désirais à tout prix, ce troisième enfant, et elle était heureuse de me devancer !
Joie.
Autre tableau, quelques dix-huit mois plus tard. Je suis à la cuisine et tranquillisée parce qu’elle est dans son petit parc en bois, au salon. Je prépare sans doute le déjeuner. Et je passe jeter un œil sur elle. Mais… le parc n’est plus là ! Stupeur. Je la retrouve, avec le parc autour d’elle, à l’autre bout du salon. J’ai compris ce jour-là qu’elle aurait la bougeotte et que je pouvais m’attendre de sa part à quelques surprises.
Mes collègues aiment bien quand je leur parle d’elle, car c’est toujours de l’inattendu. Là où leurs enfants alignent les bonnes notes en maths et obtiennent des diplômes d’écoles d’ingénieur ou de commerce, ma fille passe un bac à option danse puis part à l’autre bout de la France pour des études artistiques. Elle est vegan un temps, végétarienne sur le long terme, se teint les cheveux de toutes les couleurs de l’automne, arbore un, puis deux, puis trois tatouages et s’affirme dans un style qui n’est que le sien. Son joli coup de crayon n’a d’égal que le grain chaud de sa voix. Elle trouve moches les déco en vente au magasin de bricolage et m’offre pour mon bureau tout neuf deux toiles magnifiques dont la peinture a débordé sur le sol de sa chambre. Dans son coin zen trône un bouddha et une guirlande lumineuse traverse sa chambre. Elle adopte un lapin nain dans son studio d’étudiante.

Hier, toute la famille est réunie chez moi pour deux anniversaires auxquels on aurait pu rajouter le sien, mais elle est restée là-bas, loin, dans sa ville du sud-ouest, et elle nous réserve une surprise via skype. On se connecte. Joie de revoir son joli visage ! Mais qui se tient là, à côté d’elle ? Un beau jeune homme aux yeux aussi noirs que les siens sont clairs, qui sourit timidement en se présentant en anglais. Je ris car je suis déjà au courant, tandis que mes convives, stupéfaits, font connaissance avec celui qu’elle chérit depuis deux ans et qui vient de traverser la moitié de la terre pour la rejoindre. Pourquoi faire simple quand on peut mettre du piment dans sa vie en ayant un boyfriend australien ?

Rien comme tout le monde. Sa vie  ne sera pas ennuyeuse… et la mienne non plus.

Avoir un chez soi

14 octobre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Mon billet déplaira aux adeptes de la théorie du genre, mais je médite sur cette question depuis longtemps, et je crois profondément qu’une femme, encore plus qu’un homme, a besoin d’un « chez soi » stable et agréable sur le long terme. Son équilibre personnel y est lié. J’ai observé régulièrement, à l’âge où les connaissances de ma génération avaient leurs premiers enfants, que c’était la femme, dans le couple, qui incitait à l’achat ou à la construction d’une maison ou d’un appartement plus spacieux. Pourquoi devrions-nous nier que nous désirons « un nid » où voir grandir heureux nos enfants ? Certes, l’homme s’investit ensuite souvent beaucoup dans ladite construction ou rénovation, mais nous demeurons celles qui soignent la déco, qui rendent agréable et pensent fonctionnel leur lieu de vie.
Comme je ne suis plus une jeune femme prise par les exigences d’un tel projet initial, j’observe encore ce qui se joue à ma génération et à la suivante, et je constate avec grande tristesse des drames de séparation dans lesquels, outre les répercussions sur les enfants, se joue l’enjeu de l’habitation commune. Très souvent, j’ai vu des femmes se battre et s’endetter pour conserver vaille que vaille leur maison. Soit qu’elles soient quittées, et alors c’est vraiment la moindre des choses qu’elles puissent demeurer chez elles, soit que le couple n’en puisse plus, les situations les plus cruelles auxquelles j’assiste sont celles où une épouse ou compagne est contrainte de quitter sa demeure avec ses enfants. Tout ce qu’elle avait voulu construire – même si le lieu de vie appartenait davantage au conjoint – s’écroule. Et c’est dans ces circonstances que la paupérisation s’installe. Il faut trouver un nouveau logement locatif, se remeubler, avec le souci de redonner aux enfants un cadre de vie sécurisant. J’avoue que, témoin de deux situations semblables récemment, j’en ai été choquée et très attristée pour ces jeunes mamans obligées de rebondir dans des circonstances aussi difficiles. Sans compter l’incompréhension des enfants qui perdent le nid où ils ont grandi pour ne plus y voir que leur papa de temps en temps.

J’ai eu cette chance, dans mon propre divorce, d’avoir pu conserver, pour mes enfants et moi, la maison que j’avais pensée, voulue, aménagée à la trentaine. Les années passant, quelques nouveaux travaux s’imposaient. Une femme seule qui n’est pas bricoleuse les repousse souvent pendant de longues années, faute d’aide et de moyens.
Voilà. Je viens de passer six semaines avec un artisan chez moi tous les jours. Indispensable mais éprouvant. J’ai mesuré à quel point j’avais besoin de me sentir « chez moi », ne l’étant plus vraiment, entre sa présence pas toujours discrète, le sous-sol envahi par ses outils divers, ses va-et-vient nécessaires dans presque toutes les pièces de la maison. Il a réalisé un travail patient et méticuleux dont le résultat m’enchante. Mais plus encore, je vais apprécier d’être de nouveau chez moi, seule, au calme, sans avoir de comptes à rendre à personne, et, cerise sur le gâteau, avec un gain de confort et d’esthétique fort agréable.

Alors, si j’ai un message à faire passer aux femmes qui me lisent, c’est : Battez-vous, quelles que soient les circonstances de votre vie, pour conserver le lieu où vous aimez vraiment vivre. Ce sera difficile et au prix d’un appauvrissement certain. Mais contrairement à ce que l’on nous serine souvent lors  d’une séparation, on ne rebondit pas mieux, pour se reconstruire, dans un « petit appartement » où tout est à redéfinir en plus du bouleversement des circonstances familiales.

Qui faut-il être ?

11 octobre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Qui faut-il être, dis-le moi Bien-Aimé, pour avoir un peu de poids dans les débats ecclésiaux ? Qui faut-il être pour être lu sur les réseaux sociaux ? Qui sont ces autres qui récoltent des commentaires élogieux – ou pas – à tout propos, mais qui au moins sont pris en considération ? Qui sont ces autres dont on sollicite l’avis, le conseil, l’expertise en matière de marche de l’Eglise ?
Je les vois s’exprimer sur l’espace public, ces gens qui ont 1600 « amis » et plus, qui donnent le la en matière de débat sociétal et ecclésial, qui sont d’emblée pris au sérieux parce qu’ils ont un diplôme de journalisme ou de théologie, qui savent débattre et briller dans les échanges à couteaux tirés…

C’est étrange. J’ai – un peu – échangé avec quelques-uns d’entre eux, des gens qui ont un nom, une renommée, une influence, des choses à dire, souvent – presque toujours – sur tous les sujets brûlants… Certains m’ont gratifiée d’une petite réponse à un message, comme une obole à la pauvre fille que je suis. Poliment, toujours, furtivement, toujours aussi. Comme s’il n’était pas question de perdre du temps avec une personne presque anonyme, une internaute sans nom qui ne résonne sur la place publique, une chrétienne sans cursus en théologie, une paroissienne sans mandat, une femme donnée à son Seigneur sans même qu’aucun évêque ne soit au courant…

Je ne suis pas une cérébrale, ni une mondaine, ni une internaute à « followers ». Je ne suis pas en vue dans l’Eglise à laquelle j’appartiens. Ce n’est pas faute d’avoir cherché à être entendue, ou du moins, lue. Mais il y a là comme un plafond de verre. On balaie souvent ma petite contribution, sur les réseaux sociaux, d’un revers de la main un peu gêné. Le commentaire suivant se superpose au mien sans qu’il ait été pris en compte…

Qui faut-il être, dis-le moi Bien-Aimé, pour parvenir à faire entendre le souffle fragile de l’Esprit que tu infuses au creux de l’oraison ? Qui faut-il être ?

Mais au fait, tous ceux-là, ont-ils finalement vraiment envie d’entendre le témoignage sincère et éclairé de l’Esprit, ou se contentent-ils tout simplement de recueillir l’écho de leur propre voix ?

 

Image : Cantique des cantiques   Marc Chagall

Lui faire honneur

7 octobre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Au bout d’un long couloir sombre, il y avait une pièce aveugle qu’il fallait traverser, puis une cuisine où il faisait toujours trop chaud à cause du poêle à bois. C’est là que les visiteurs, sans doute rares, étaient reçus. Quand nous étions petites, avec mes sœurs, c’était l’étape de la tournée des grands-tantes au Nouvel An que nous redoutions le plus, à cause de ce manque de lumière et d’une odeur âcre qui régnait dans cette maison. Mais on n’oubliait personne pour les vœux, c’était ainsi.
Plus tard, quand la vieille tante – pourtant gentille – ne fut plus là, j’y allai avec un peu plus de plaisir. C’est que ma marraine, sa fille, habitait là aussi. Et que ma marraine m’aimait, et que j’aimais ma marraine. J’ai toujours tenu une place spéciale dans sa vie, elle qui n’a eu ni enfants, ni neveux et nièces. Cette affection était plus forte que la maison sombre à l’hygiène approximative. Adolescente, quand je faisais une boucle de quelques villages à vélo, je m’arrêtais chez elle, souvent assise sur le banc devant sa maison. Elle était heureuse de me voir, avec ses mots sans culture et sans élégance. On passait un petit moment à bavarder. Elle n’était pas si simplette qu’elle en avait l’air : plus tard, et jusqu’au bout, elle a su par cœur toutes les dates de naissance de nos enfants, pourtant déjà éloignés en parenté.
On ne s’est pas vu très souvent, mais le lien demeurait, cartes postales de partout où j’allais, vœux auxquels elle répondait par un message à l’écriture malhabile pour mon anniversaire, au creux de l’hiver. Une petite visite de temps en temps, à l’écouter égrener ses souvenirs gais ou tristes de la famille élargie. Et puis elle a fini par ne plus en finir de mourir, de l’automne au printemps dernier.
Elle a toujours vécu très pauvrement, sans coquetterie, sans luxe, sans voyages sinon une cure de temps en temps. Une vraie image de pauvreté sur tous les plans.

Alors j’ai été bien étonnée. Elle avait un petit bas de laine. Et elle a fait en sorte de m’en faire profiter.

Lui faire honneur. Un coup de neuf et de propre dans ma maison. Des peintures et des carrelages qui accrochent la lumière. Une douche pour augmenter le bonheur de la toilette. Quelques tenues pour être jolie aux prochaines occasions, dont un rassemblement de famille bientôt grâce à tout ça. Mettre du beau, du parfum, de la joie, du partage, de la convivialité au bout de sa vie à elle, qui fut si terne et tellement sans relief. Une messe pour elle, bientôt, à son anniversaire que j’oubliais toujours…

Je la sais maintenant dans la lumière et elle me fait chaud au cœur. Merci pour tout, bonne fée ma marraine !

Le I, le R et le A

27 septembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Il y a des rencontres, comme ça, qui vous gonflent le cœur de joie. De ces rencontres attendues la moitié d’une vie et dont on désespérait qu’elles se réalisent un jour.
Voilà, elle est arrivée dans ma vie par un concours de circonstances qu’on ne peut attribuer qu’à l’Esprit, une petite femme menue, le visage mangé d’un grand sourire, donnée à Dieu depuis sa jeunesse, longtemps institutrice et maintenant entre autres accompagnatrice spirituelle. Elle m’a accueillie dans son âme et dans sa vie, et je suis infiniment bien, là, assise en face d’elle dans cette pièce sereine ornée de quelques signes beaux et simples de sa foi.
Je me raconte et elle écoute, de cette écoute rare qui fait tant de bien. Mon quotidien, et les méandres de ma vie spirituelle, qu’elle comprend déjà comme personne.
Pourtant, la semaine avait mal commencé, avec une réunion professionnelle rude qui remet mon année scolaire en question. Je débutais une année particulièrement facile et agréable, avec seulement deux niveaux d’enseignement, ce que je n’ai plus connu depuis quatre ans. Et puis plein de facteurs ont fait que je me suis résolue à accueillir également dans ma classe notre unique élève de CP… un niveau dans lequel je n’ai enseigné qu’une seule fois, il y a trente ans ! C’est donc reparti pour un triple niveau, des journées compliquées à organiser et un surcroît de préparation en perspective.
Je lui raconte tout ça et elle comprend, elle a été institutrice et notamment en CP. Elle comprend, compatit et m’encourage.
Au bout de deux heures pendant lesquelles je me suis confiée à elle dans une joie inexprimable – on a bien du mal à se quitter – j’ajoute, à propos de mon petit CP, que pour le moment, il ne connaît que le i, le r et le a. Et de partir toutes les deux d’un grand éclat de rire : « ira » « Ça ira » ! Oui c’est ça, ça va aller, ça ira !

Je la quitte sous le marronnier qui perd déjà ses feuilles, comme dans une cour d’école de film noir et blanc.

Ça ira, à l’école, dans ma vie spirituelle, dans ma vie tout court, ça ira et je ne cesserai de rendre grâce pour sa vocation et sa présence déjà si aimante !