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Avoir un chez soi

14 octobre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Mon billet déplaira aux adeptes de la théorie du genre, mais je médite sur cette question depuis longtemps, et je crois profondément qu’une femme, encore plus qu’un homme, a besoin d’un « chez soi » stable et agréable sur le long terme. Son équilibre personnel y est lié. J’ai observé régulièrement, à l’âge où les connaissances de ma génération avaient leurs premiers enfants, que c’était la femme, dans le couple, qui incitait à l’achat ou à la construction d’une maison ou d’un appartement plus spacieux. Pourquoi devrions-nous nier que nous désirons « un nid » où voir grandir heureux nos enfants ? Certes, l’homme s’investit ensuite souvent beaucoup dans ladite construction ou rénovation, mais nous demeurons celles qui soignent la déco, qui rendent agréable et pensent fonctionnel leur lieu de vie.
Comme je ne suis plus une jeune femme prise par les exigences d’un tel projet initial, j’observe encore ce qui se joue à ma génération et à la suivante, et je constate avec grande tristesse des drames de séparation dans lesquels, outre les répercussions sur les enfants, se joue l’enjeu de l’habitation commune. Très souvent, j’ai vu des femmes se battre et s’endetter pour conserver vaille que vaille leur maison. Soit qu’elles soient quittées, et alors c’est vraiment la moindre des choses qu’elles puissent demeurer chez elles, soit que le couple n’en puisse plus, les situations les plus cruelles auxquelles j’assiste sont celles où une épouse ou compagne est contrainte de quitter sa demeure avec ses enfants. Tout ce qu’elle avait voulu construire – même si le lieu de vie appartenait davantage au conjoint – s’écroule. Et c’est dans ces circonstances que la paupérisation s’installe. Il faut trouver un nouveau logement locatif, se remeubler, avec le souci de redonner aux enfants un cadre de vie sécurisant. J’avoue que, témoin de deux situations semblables récemment, j’en ai été choquée et très attristée pour ces jeunes mamans obligées de rebondir dans des circonstances aussi difficiles. Sans compter l’incompréhension des enfants qui perdent le nid où ils ont grandi pour ne plus y voir que leur papa de temps en temps.

J’ai eu cette chance, dans mon propre divorce, d’avoir pu conserver, pour mes enfants et moi, la maison que j’avais pensée, voulue, aménagée à la trentaine. Les années passant, quelques nouveaux travaux s’imposaient. Une femme seule qui n’est pas bricoleuse les repousse souvent pendant de longues années, faute d’aide et de moyens.
Voilà. Je viens de passer six semaines avec un artisan chez moi tous les jours. Indispensable mais éprouvant. J’ai mesuré à quel point j’avais besoin de me sentir « chez moi », ne l’étant plus vraiment, entre sa présence pas toujours discrète, le sous-sol envahi par ses outils divers, ses va-et-vient nécessaires dans presque toutes les pièces de la maison. Il a réalisé un travail patient et méticuleux dont le résultat m’enchante. Mais plus encore, je vais apprécier d’être de nouveau chez moi, seule, au calme, sans avoir de comptes à rendre à personne, et, cerise sur le gâteau, avec un gain de confort et d’esthétique fort agréable.

Alors, si j’ai un message à faire passer aux femmes qui me lisent, c’est : Battez-vous, quelles que soient les circonstances de votre vie, pour conserver le lieu où vous aimez vraiment vivre. Ce sera difficile et au prix d’un appauvrissement certain. Mais contrairement à ce que l’on nous serine souvent lors  d’une séparation, on ne rebondit pas mieux, pour se reconstruire, dans un « petit appartement » où tout est à redéfinir en plus du bouleversement des circonstances familiales.

Qui faut-il être ?

11 octobre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Qui faut-il être, dis-le moi Bien-Aimé, pour avoir un peu de poids dans les débats ecclésiaux ? Qui faut-il être pour être lu sur les réseaux sociaux ? Qui sont ces autres qui récoltent des commentaires élogieux – ou pas – à tout propos, mais qui au moins sont pris en considération ? Qui sont ces autres dont on sollicite l’avis, le conseil, l’expertise en matière de marche de l’Eglise ?
Je les vois s’exprimer sur l’espace public, ces gens qui ont 1600 « amis » et plus, qui donnent le la en matière de débat sociétal et ecclésial, qui sont d’emblée pris au sérieux parce qu’ils ont un diplôme de journalisme ou de théologie, qui savent débattre et briller dans les échanges à couteaux tirés…

C’est étrange. J’ai – un peu – échangé avec quelques-uns d’entre eux, des gens qui ont un nom, une renommée, une influence, des choses à dire, souvent – presque toujours – sur tous les sujets brûlants… Certains m’ont gratifiée d’une petite réponse à un message, comme une obole à la pauvre fille que je suis. Poliment, toujours, furtivement, toujours aussi. Comme s’il n’était pas question de perdre du temps avec une personne presque anonyme, une internaute sans nom qui ne résonne sur la place publique, une chrétienne sans cursus en théologie, une paroissienne sans mandat, une femme donnée à son Seigneur sans même qu’aucun évêque ne soit au courant…

Je ne suis pas une cérébrale, ni une mondaine, ni une internaute à « followers ». Je ne suis pas en vue dans l’Eglise à laquelle j’appartiens. Ce n’est pas faute d’avoir cherché à être entendue, ou du moins, lue. Mais il y a là comme un plafond de verre. On balaie souvent ma petite contribution, sur les réseaux sociaux, d’un revers de la main un peu gêné. Le commentaire suivant se superpose au mien sans qu’il ait été pris en compte…

Qui faut-il être, dis-le moi Bien-Aimé, pour parvenir à faire entendre le souffle fragile de l’Esprit que tu infuses au creux de l’oraison ? Qui faut-il être ?

Mais au fait, tous ceux-là, ont-ils finalement vraiment envie d’entendre le témoignage sincère et éclairé de l’Esprit, ou se contentent-ils tout simplement de recueillir l’écho de leur propre voix ?

 

Image : Cantique des cantiques   Marc Chagall

Lui faire honneur

7 octobre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Au bout d’un long couloir sombre, il y avait une pièce aveugle qu’il fallait traverser, puis une cuisine où il faisait toujours trop chaud à cause du poêle à bois. C’est là que les visiteurs, sans doute rares, étaient reçus. Quand nous étions petites, avec mes sœurs, c’était l’étape de la tournée des grands-tantes au Nouvel An que nous redoutions le plus, à cause de ce manque de lumière et d’une odeur âcre qui régnait dans cette maison. Mais on n’oubliait personne pour les vœux, c’était ainsi.
Plus tard, quand la vieille tante – pourtant gentille – ne fut plus là, j’y allai avec un peu plus de plaisir. C’est que ma marraine, sa fille, habitait là aussi. Et que ma marraine m’aimait, et que j’aimais ma marraine. J’ai toujours tenu une place spéciale dans sa vie, elle qui n’a eu ni enfants, ni neveux et nièces. Cette affection était plus forte que la maison sombre à l’hygiène approximative. Adolescente, quand je faisais une boucle de quelques villages à vélo, je m’arrêtais chez elle, souvent assise sur le banc devant sa maison. Elle était heureuse de me voir, avec ses mots sans culture et sans élégance. On passait un petit moment à bavarder. Elle n’était pas si simplette qu’elle en avait l’air : plus tard, et jusqu’au bout, elle a su par cœur toutes les dates de naissance de nos enfants, pourtant déjà éloignés en parenté.
On ne s’est pas vu très souvent, mais le lien demeurait, cartes postales de partout où j’allais, vœux auxquels elle répondait par un message à l’écriture malhabile pour mon anniversaire, au creux de l’hiver. Une petite visite de temps en temps, à l’écouter égrener ses souvenirs gais ou tristes de la famille élargie. Et puis elle a fini par ne plus en finir de mourir, de l’automne au printemps dernier.
Elle a toujours vécu très pauvrement, sans coquetterie, sans luxe, sans voyages sinon une cure de temps en temps. Une vraie image de pauvreté sur tous les plans.

Alors j’ai été bien étonnée. Elle avait un petit bas de laine. Et elle a fait en sorte de m’en faire profiter.

Lui faire honneur. Un coup de neuf et de propre dans ma maison. Des peintures et des carrelages qui accrochent la lumière. Une douche pour augmenter le bonheur de la toilette. Quelques tenues pour être jolie aux prochaines occasions, dont un rassemblement de famille bientôt grâce à tout ça. Mettre du beau, du parfum, de la joie, du partage, de la convivialité au bout de sa vie à elle, qui fut si terne et tellement sans relief. Une messe pour elle, bientôt, à son anniversaire que j’oubliais toujours…

Je la sais maintenant dans la lumière et elle me fait chaud au cœur. Merci pour tout, bonne fée ma marraine !

Le I, le R et le A

27 septembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Il y a des rencontres, comme ça, qui vous gonflent le cœur de joie. De ces rencontres attendues la moitié d’une vie et dont on désespérait qu’elles se réalisent un jour.
Voilà, elle est arrivée dans ma vie par un concours de circonstances qu’on ne peut attribuer qu’à l’Esprit, une petite femme menue, le visage mangé d’un grand sourire, donnée à Dieu depuis sa jeunesse, longtemps institutrice et maintenant entre autres accompagnatrice spirituelle. Elle m’a accueillie dans son âme et dans sa vie, et je suis infiniment bien, là, assise en face d’elle dans cette pièce sereine ornée de quelques signes beaux et simples de sa foi.
Je me raconte et elle écoute, de cette écoute rare qui fait tant de bien. Mon quotidien, et les méandres de ma vie spirituelle, qu’elle comprend déjà comme personne.
Pourtant, la semaine avait mal commencé, avec une réunion professionnelle rude qui remet mon année scolaire en question. Je débutais une année particulièrement facile et agréable, avec seulement deux niveaux d’enseignement, ce que je n’ai plus connu depuis quatre ans. Et puis plein de facteurs ont fait que je me suis résolue à accueillir également dans ma classe notre unique élève de CP… un niveau dans lequel je n’ai enseigné qu’une seule fois, il y a trente ans ! C’est donc reparti pour un triple niveau, des journées compliquées à organiser et un surcroît de préparation en perspective.
Je lui raconte tout ça et elle comprend, elle a été institutrice et notamment en CP. Elle comprend, compatit et m’encourage.
Au bout de deux heures pendant lesquelles je me suis confiée à elle dans une joie inexprimable – on a bien du mal à se quitter – j’ajoute, à propos de mon petit CP, que pour le moment, il ne connaît que le i, le r et le a. Et de partir toutes les deux d’un grand éclat de rire : « ira » « Ça ira » ! Oui c’est ça, ça va aller, ça ira !

Je la quitte sous le marronnier qui perd déjà ses feuilles, comme dans une cour d’école de film noir et blanc.

Ça ira, à l’école, dans ma vie spirituelle, dans ma vie tout court, ça ira et je ne cesserai de rendre grâce pour sa vocation et sa présence déjà si aimante !

Plagier l’œuvre de Dieu

16 septembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Habituellement, je m’exprime peu ici sur les grands sujets sociétaux qui agitent les débats publics ou privés. Mais j’avoue être heurtée ces jours-ci par la perspective d’une loi autorisant la procréation médicalement assistée pour les femmes célibataires ou les couples de femmes homosexuelles.

D’autres que moi ont des arguments très posés et réfléchis sur la question, et je vous encourage par exemple à lire ce billet de blog de René Poujol, journaliste :

http://www.renepoujol.fr/pma-osons-les-questions-qui-fachent/

Je ne voudrais pour ma part qu’avancer quelques points de réflexion et des constats. Institutrice et en outre maman, je vis au quotidien avec des enfants depuis près de 35 ans, et je pense de ce fait avoir une petite légitimité à m’exprimer.

J’ai eu tout au long de ma carrière des élèves qui n’avaient pas de papa connu ou présent : orphelins de père, enfants de père « démissionnaire » après une séparation, enfants de père connu seulement de la maman. Ils pouvaient être d’excellents élèves, là n’est pas la question, mais je constatais néanmoins à un moment ou à un autre une fêlure : quand les copains et copines racontaient leurs sorties et activités avec leur papa généralement différentes, voire plus ludiques qu’avec leur maman, au moment de la fête des pères où on réalisait une petite carte voire un cadeau pour papa – je sais que le courant de pensée pédagogique actuel proscrit ces pratiques pour coller aux nouvelles règles sociétales – quand ils n’avaient pas de repères masculins autour d’eux pour se projeter dans une ambition professionnelle ou personnelle… Il y avait chez tous ces enfants une souffrance latente plus ou moins apparente mais néanmoins présente. (suite…)

Que ma joie demeure

13 septembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’ai publié des articles un peu difficiles ces derniers temps. Mais cela émane d’une nécessité profonde et d’un grand désir d’authenticité dans mon témoignage chrétien et mes prises de position sur tel ou tel sujet brûlant en Eglise ou en théologie. Je pense souvent, quant à la Parole de Dieu, au prophète Jérémie : Je me disais : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. » Mais elle était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir. (Jérémie 20, 9)

Je pourrais n’écrire que des articles lisses et consensuels. Je pourrais éviter tous les sujets « qui fâchent ». Je pourrais faire comme beaucoup de catholiques sur l’espace public : taire les aspérités de ma foi et me ranger sagement aux paroles officielles des représentants de l’Eglise. Je pourrais chercher à plaire à mon lecteur. Je pourrais ne viser que la louange et la popularité. Mais cela ne correspondrait ni à ma vocation, ni aux commandements de l’Evangile. Saint Luc nous le redit aujourd’hui dans ses Béatitudes :
« Quel malheur pour vous
lorsque tous les hommes disent du bien de vous !
C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. »
Luc 6, 26

Je n’accueille jamais avec plaisir les griefs et les jugements négatifs sur mes écrits. Mais je les assume et je bénis le Seigneur de m’avoir amenée à préférer sa Parole à la facilité.

Cependant, je voudrais souligner aujourd’hui que malgré les propos dérangeants et pas toujours onctueux que tiens sur ce site, je demeure la plupart du temps dans une joie profonde et une grande sérénité. Ceux qui me connaissent dans la « vraie vie » le savent : je pense pouvoir dire en leur nom que je suis une personne plutôt discrète, aimable et patiente. J’aime les petites places qui ne sont pas en vue. Je me contente au quotidien de très peu : le bonheur de mes enfants – ce qui est déjà énorme – , l’efficacité dans mon métier et le sourire de mes élèves, et un chez moi confortable, où je m’active comme toute mère de famille et me repose comme tout un chacun en a le droit après sa journée de travail. Je sors très peu, par contre je sais cultiver mes nombreuses amitiés, même à distance.

Voilà une petite mise au point pour ceux qui pourraient me prendre pour une personne vindicative et aigrie, ce que souvent prétendent mes adversaires spirituels. Il n’en est rien. Je demeure dans la joie amoureuse de me vouloir fidèle à mon vrai compagnon de vie et de route : le Seigneur Jésus.

Voiture-chapelle

2 septembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Chez moi, j’écoute très rarement de la musique. Goût du silence ou du dialogue avec mes proches… Par contre, pour mes petits ou longs trajets en voiture, j’ai toute une collection de CD que j’écoute avec grand plaisir en conduisant. Si j’ai un passager, je m’adapte à ses envies ; si je suis seule, la plupart du temps, je savoure des chants religieux, au gré de mes humeurs. Joyeuse, je me réjouis des chants entraînants de la communauté du Chemin Neuf. Plus calme, je m’évade vers la beauté des liturgies de Taizé. Plus recueillie encore, je laisse s’égrener la prière des heures à l’abbaye de Tamié, des psaumes ou des cantiques par différents chœurs sacrés.
La route est un espace agressif et anxiogène pour moi. Mais dans ma petite chapelle intérieure, je chante et je prie en communion avec tous ceux qui le font quotidiennement et qui nous ont offert ce cadeau inestimable de leurs voix bien accordées. Et j’arrive toujours à bon port.

La douceur du répit du samedi matin. Un plaid douillet, le chat ronronnant sur mes genoux, et l’oraison volée au temps désormais compté. Le retrouver en cœur à cœur, Lui, le Bien-Aimé. Poursuivre le dialogue paisible entamé la veille au soir, comme un shabbat de grâce dans le tourbillon des multiples sollicitations de ce temps de rentrée.
Il me murmure au cœur, ancré dans le temps liturgique, qu’il m’a confié cinq talents. Ne pas négliger de les faire fructifier jusqu’à ce qu’il vienne pour moissonner là où il a semé, et là où je dois répandre le grain à mon tour. Amen, Seigneur Jésus, que tout se passe pour moi selon ta volonté !

Les amitiés sont des liens, cela va de soi. Joie quand elles se nouent, et cet été m’en a offert deux commencements magnifiquement prometteurs. Tristesse, voire incompréhension, quand elles se dénouent, surtout si c’est subi, et subit. On peut garder longtemps le goût nostalgique d’une amitié, le souvenir des échanges de paroles, de confidences et de sourires, le manque des petits ou longs messages, l’inquiétude pour le devenir de l’ami(e).
Mais une amitié se renoue, je pense, plus facilement qu’un amour perdu. Là où l’amour oppose souvent un point de non retour, l’amitié laisse tout aussi souvent la porte entrouverte. La réconciliation demeure possible dans l’au-delà de la confiance blessée et de l’abandon ressenti, dans le désir du pardon demandé et accordé.

Que fallait-il, finalement ? Un peu d’audace. Un peu d’inspiration. Accepter de nommer le manque. Mettre sa fierté au placard, et prendre le risque de la fin de non-recevoir. Mais avoir confiance, surtout, en la force du lien déjà créé, en la possibilité de renouer avec l’ami. Confier tout cela au Seigneur, ardemment, dans la prière.

Quelques lignes manuscrites. Bien accueillies. Le mot pardon paraît déjà presque inutile. Bonheur de faire à nouveau se croiser les voix. Prendre des nouvelles, en donner, savoir où en est l’autre, espérer se revoir et se soutenir encore mutuellement.

Renouer.

C’est peut-être le plus beau temps de l’amitié.

Pendant quelques jours, ma maison a été ouverte à des amis ou des proches venus là se ressourcer un peu, profiter avec moi des beaux paysages locaux et du soleil plus généreux que prévu, passer ensemble une soirée joyeuse ou partager un café en se racontant un bout de vie… J’ai la chance d’avoir des amis de très longue date demeurant fidèles, dans la confiance réciproque. Pouvoir s’épancher un peu et accueillir avec respect et gratitude des confidences chuchotées en traversant un vallon enchanteur ou autour d’une même table, donner humblement son avis, évoquer ensemble des pistes ou des solutions possibles, méditer longtemps les paroles écoutées, se laisser bousculer par elles, avoir un peu de mal à en trouver le sommeil mais pouvoir, toujours, déverser le trop-plein d’émotion dans le cœur de Celui qui accueille avec un respect infini toute histoire vécue dans notre pâte humaine, toute doléance présentée pour ce qui est trop lourd ou trop difficile. J’ai cette chance inouïe d’avoir un Confident toujours à l’écoute, toujours présent, toujours perceptible dans son accueil de ma prière.
Aux yeux de tous, je peux paraître une solitaire quand ma maison se vide de mes proches tant aimés. Mais il n’en est rien : Il est toujours là, à portée de prière, au creux de la vibration de mon âme, je le perçois et je peux tout lui confier. Je sais que ce secret-là ne pourra pas aller plus loin ; par contre, au fil de mes supplications, une solution parfois se fait jour, une ouverture, une espérance, un exaucement.

Marie, femme subversive

15 août 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’ai bien aimé l’homélie du prêtre qui a célébré la messe de l’Assomption chez nous ce matin. Sans nier que les images pieuses et les représentations de Marie mère tendre et aimante soient à la fois prégnantes et légitimes, il a dressé le portrait de la mère de Jésus à travers l’Evangile d’une façon juste et équilibrée, sans la grandiloquence et la mièvrerie qui accompagnent parfois le discours sur la Mère du Sauveur dans certains milieux catholiques. C’est un prêtre qui a été longtemps missionnaire dans d’autres cultures et qui poursuit son ministère plutôt « aux périphéries », il n’est chez nous que pour ses congés d’été, mais toujours serviteur de l’Eglise, intensément. Il suscite aujourd’hui ma propre méditation sur Marie que j’aime et prie, mais telle qu’elle est et non telle qu’on la fantasme parfois.

Oui, Marie, femme subversive. Marie, si jeune, qui ose un « Oui » qui contrariera forcément son fiancé Joseph dans un premier temps, un homme atteint dans sa confiance et ses projections sur cette jeune fille accordée en mariage qui se retrouve soudain enceinte. Si Joseph n’était pas demeuré ouvert aux projets et aux signes de Dieu, Marie se serait retrouvée répudiée et reléguée au rang infamant dans cette tradition culturelle et religieuse de « fille mère ».

Marie femme de courage et d’initiative qui quitte seule Nazareth pour rejoindre sa cousine Elisabeth.

Marie qui ose, dans son « Magnificat »,  les paroles bouleversant l’ordre bien établi, même en son temps. Marie qui vit son humilité plus qu’elle ne la proclame, et qui jamais ne la feint. Marie qui se soumet à un recensement de la population. Marie qui accouche dans les conditions les plus précaires. Marie qui émigre pour échapper à la colère d’Hérode. Marie qui perd son fils en plein pèlerinage et qui se met à sa recherche dans l’angoisse de toute mère. Marie qui se fait parfois rabrouer par Jésus pendant son ministère public. Marie qui partage un temps les inquiétudes des frères de Jésus au sujet de son équilibre psychique. Marie qui le laisse vivre sa vie de Fils de Dieu. Marie qui ne désertera pas le Calvaire au jour de la crucifixion de son enfant-Messie. Marie qui attendra dans la foi et la prière le matin de Pâques. Marie élevée jusqu’aux cieux sans connaître la corruption de la mort.

Marie n’a pas été une « icône de vénération » pour ses proches en son temps, comme j’ai pu le lire et trouver un peu ridicule dans une méditation biblique un jour. Non, Marie a été une femme de chair et de sang, qui a porté dans ses entrailles maternelles cet enfant-là et sans doute d’autres après lui, et à laquelle nous autres femmes pouvons ressembler si nous demeurons fermes dans la Parole de Dieu, parole étonnante, déroutante et subversive s’il en est. Vivre l’Evangile jusqu’à l’extrême de la volonté de Dieu, plutôt que de se perdre dans d’inutiles pieuseries condamnées à  demeurer stériles et anesthésiantes.

Image : Vierge à l’Enfant dite Notre Dame de Bonnes Nouvelles (XVIe), anonyme – Musée des Augustins, Toulouse

Notre histoire d’amitié commence par un grand malentendu. C’était il y a quelques années, dans les débuts de ce site. Je reçois un message par le formulaire de contact, et celui-ci déclenche immédiatement ma méfiance. Un soi-disant prêtre, ancien Père Blanc au Burkina Faso, me dit être tellement enthousiasmé par mon témoignage « Histoire d’une foi » qu’il me demande mon adresse postale pour m’envoyer son propre livre, recueil de souvenirs et d’expériences de sa mission en Afrique. Ça respire tellement l’arnaque que dans un premier temps, je ne réponds pas. Nouveau message, dans le même style un peu abrupt. Je réponds à cette personne que je ne crois pas un mot de ce qu’elle m’écrit et qu’elle doit cesser de m’importuner.
Et puis je me mets en tête de prévenir ce prêtre, qui existe, je l’ai vérifié et j’ai trouvé ses coordonnées sur le net, que quelqu’un cherche à usurper son identité pour m’extorquer mon adresse postale.
Quelle n’est pas ma surprise quand ce Père Blanc, désormais retraité en France, me répond que c’est bien lui qui m’écrit et qu’il aurait dû se douter que j’allais être méfiante, qu’il reconnaît que j’ai bien fait d’être prudente !

De là part une amitié épistolaire de plusieurs années. Il m’envoie son recueil – passionnant – et nous nous écrivons pour les grandes et petites occasions. Je reçois son message de Nouvel An adressé à ses proches et à ses amis, je lui adresse mes vœux pour les fêtes liturgiques, je me confie aussi à lui sur ma vie spirituelle et récemment, il me conseille fort judicieusement sur un texte que je lui donne à lire. En bon pasteur, il me retient de toutes ses forces quand j’ai des velléités de prendre mes distances avec l’Eglise. Je suis toujours d’autant plus admirative qu’il a près  de 85 ans, un cancer qui le ronge depuis des années et pour lequel il a subi maintes interventions chirurgicales, et qu’il prend la peine de m’écrire, parfois de façon manuscrite, toujours plein de sagesse et de discernement, alors que nous ne nous sommes jamais rencontrés de visu.

A Pâques cependant, il ne répond pas à mon dernier mail.

Ces jours-ci, je suis très occupée par mes rangements à la maison, je déplace et je trie des piles de documents et de courrier, parmi lesquels ses dernières lettres. Décidée à mettre de l’ordre dans tout cela en me procurant un trieur, je me dis ce soir que je vais lui écrire, à lui et à un autre vieil ami prêtre, pour prendre de leurs nouvelles et leur donner des miennes.

Mais d’abord, saisie d’un doute, je tape son nom sur un moteur de recherche, et là m’arrivent en nombre les avis mortuaires le concernant…

Voilà. Il avait donc, cet été, rendez-vous avec Celui pour lequel il a dépensé tant et tant d’énergie sa vie durant. Je ne lirai donc plus son écriture sur une enveloppe qui me réjouissait toujours. Mon vieil ami s’est endormi, et j’ai déjà deux semaines de retard pour lui souhaiter un bon voyage vers la terre de la plénitude à laquelle il aspirait…

Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Maître !

https://www.mafrwestafrica.net/temoignages/1540-deces-du-pere-charles-sarti

La réponse est limpide : je ne serais pas !
Il en a fallu des alliances, des naissances, des baptêmes et des ordinations pour qu’à la fois je vienne au monde un jour et que l’on me transmette la foi chrétienne !

Redécorant ma maison dans tous les recoins ces jours-ci, j’ai décidé de mettre en valeur ceux qui m’ont donné et la vie et l’héritage de la foi.
Cela commence par une tragédie : une femme qui meurt enceinte de son neuvième enfant, six sont en vie et parmi eux, celle qui sera ma grand-mère maternelle. Pour elle, un mariage entre deux jeunes gens qui se connaissent à peine et tous deux déjà orphelins. Un mariage qui durera plus de soixante ans, malheureux mais néanmoins fécond. Il y a peu de naissances dans la famille élargie, réminiscences du traumatisme de cette aïeule morte bien trop tôt ? Mais des vocations : un prêtre à chaque génération, la chaîne s’étant rompue pour cause d’absence de garçon à la mienne.
Il me plaît de m’inscrire dans cette lignée. La grande photo de famille est celle de l’ordination de mon grand-oncle, un homme simple et bon. Je souris. Ma vocation à moi, pourtant vive, n’a jamais donné lieu à aucune célébration, ni en Eglise, ni en famille ! Je ne la vis pas moins intensément pour autant, et cette place d’héritier du sacerdoce qui aurait pu me revenir, je la prends volontiers, au féminin, dans ma condition actuelle de femme – et maman – assumant sa solitude et le don de sa personne au Christ Jésus.

Que serais-je sans eux ? Ils sont si beaux sur leur photo de mariage, mes parents, et je sais qu’ils se sont beaucoup aimés, et qu’ils s’aiment encore, par-delà la séparation et l’épreuve du veuvage !
Il y a là une autre jolie mariée : ma marraine qui m’a tenue dans ses bras au jour de mon baptême, donné par celui qui est pour le moment le dernier prêtre de la famille, mon oncle.

Je les ai tous rassemblés là, pour les voir et leur témoigner ma reconnaissance et mon amour qui ne passeront pas.

Il y a trente-trois ans, ce fut un véritable voyage initiatique pour moi. J’avais 20 ans, très peu voyagé jusque là, et un périple de trois semaines avec quelques amis à travers le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Mali m’en avait appris plus sur moi-même et l’humanité que toutes les années qui avaient précédé. Je suis restée marquée pour toujours par ce voyage, et j’ai dû en parler beaucoup à mes enfants pour que l’idée de partir à son tour au Burkina Faso germe cette année dans l’esprit de ma fille de 24 ans.
Revenue de son voyage dimanche, elle m’a partagé son vécu et son ressenti, et penchées sur nos photos respectives, nous avons beaucoup échangé sur nos perceptions et sur les réalités de ce pays, l’un des plus pauvres du monde.
Le contexte international ayant totalement changé en trois décennies, nous n’avons pas entrepris nos voyages de la même manière. J’étais partie sac au dos avec deux amies et quelques contacts dans les missions catholiques qui nous accueilleraient et nous nous sommes déplacées librement, sans nous sentir jamais en danger, dans ces trois pays, en compagnie de deux Bretons rencontrés à l’aéroport. C’était bien avant le terrorisme islamiste, il n’y avait pas de précautions particulières à prendre sinon quelques vaccins et les comprimés de nivaquine contre le paludisme.
Ma fille, pourtant de nature bien plus aventurière et sportive que moi, n’a pas pu envisager son voyage de telle façon. Elle est donc partie avec un groupe d’une quinzaine d’adultes et des hébergements prédéfinis, dans le cadre de rencontres chorégraphiques et musicales.

En comparant nos photos, le vert, sur les siennes, m’a frappée. Dans les années 80, cette région de l’Afrique connaissait des sécheresses dramatiques. Cette année, par contre, les pluies ont l’air là-bas abondantes. J’ai remarqué une certaine évolution dans l’habillement et l’habitat, mais finalement assez minime en plus de trente ans. Ma fille comprend comme moi qu’il s’agit là-bas avant tout de survivre en combattant la misère et des conditions sanitaires très difficiles. Elle a souffert particulièrement durant son séjour de l’inconfort et du manque d’hygiène, souvenirs qui se sont un peu estompés en moi pour laisser peu à peu place à l’acquis sur le plan humain et spirituel. Là, nos ressentis divergent assez considérablement. Le fait d’être en grand groupe occidental a limité ses contacts directs avec la population, tandis que moi, accompagnée pendant une semaine au Burkina par un missionnaire catholique, j’avais pu entrer en relation avec des jeunes et des familles qu’il connaissait sur place dans le cadre de sa mission. Echanges infiniment riches qui se sont prolongés pendant quelques années. Comme je l’ai déjà raconté ailleurs sur ce site, mon voyage en Afrique a été pour moi une expérience profonde de quête de la foi chrétienne. Le contexte d’alors s’y prêtait dans ces terres. Ma fille s’est retrouvée là-bas davantage en terre d’islam, et nos points de vue en sont différents.

En tout cas, c’était très émouvant pour moi de la voir partir ainsi sur les traces de ma jeunesse, en revenir avec des souvenirs à la fois comparables et très différents, de pouvoir partager entre adultes sur nos deux expériences et renforcer encore ainsi, s’il était besoin, le lien mère-fille très fort qui nous unit.

Bureau de la solidarité

31 juillet 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Pendant presque une semaine, ma maison a grouillé de vie, de mouvement, de bruits de visseuse électrique, d’odeurs de peinture et de colle à papier peint, de coups de stress pour des gros meubles à déplacer, d’adieux à de vieilles choses entassées au garage, et aussi de rires, de conversations joyeuses, d’échanges de conseils et de compétences et même d’une chanson d’anniversaire.
J’ai été entourée comme jamais de bonnes volontés bénévoles pour transformer la petite chambre de mon fils parti depuis quelques années de la maison en un bureau fonctionnel qui me sera fort utile et agréable.
Emotion et rires d’abord en vidant et triant ses affaires d’enfant et d’adolescent avec lui, souvenirs en pagaille, redécouverte de jouets et figurines « collector », comme il dit. Il imagine la joie de certains de ses copains collectionneurs en les leur montrant. De mon côté, discrètement, je cache des jeux dans un petit recoin de mansarde que je destine, pleine d’espérance, à d’éventuels futurs petits-enfants.
Puis ce sont les gros travaux, démonter, déplacer, détapisser, redécorer… Je découvre en mon fils un bricoleur efficace et méticuleux et c’est source de joie : il tient de mon papa menuisier et toujours soigneux en tout ce qu’il fait. Moments riches aussi en partages et en conversations que nos rythmes de vie respectifs ne nous permettent pas toujours.
Et puis la maison voit passer amis et voisins, chacun y allant de ses meilleures compétences. Le beau temps est de la partie et les pauses sur la terrasse réconfortent les travailleurs acharnés.
Belle revanche sur la vie aussi, quand un jeune homme de mon voisinage qui a été, il faut bien l’avouer, un des élèves les plus difficiles de toute ma carrière, réassemble mon bureau d’institutrice et déplace plusieurs lourds cartons de manuels scolaires et de classeurs pédagogiques. Il le fait avec dévouement et application et c’est là comme un beau fruit d’années de patience et de larmes ravalées naguère pour le faire émerger de ses indicibles souffrances intérieures.
Quand je contemple maintenant mon joli bureau aménagé et encore bien rangé, je me réjouis de toute la solidarité qui a accompagné si généreusement mon projet de l’été.