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Méditations bibliques

Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert
et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.
Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ;
il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

Marc 1,12-15

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile », ce sont les paroles qui nous ont été données ce matin, avec les Cendres sur notre front.
« Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. »
Ce qui est étrange, c’est que l’Eglise me demande de croire en l’Evangile, mais qu’elle m’ignore quand j’y crois si fort que je proclame aussi cette autre phrase. Certains me lisent, apprécient quelques billets, mais quand je me lance sur le terrain des temps accomplis et du règne de Dieu tout proche, plus personne ne me suit. On me dit poliment : « Je ne suis pas d’accord avec tout ce que tu écris », ou « Je ne te suis pas, là. » On répond « Je » par la négative. Ces « Je » ne veulent pas me suivre et me croire, et considèrent ma parole comme une idée parmi d’autres, une opinion discutable, une posture erronée due à je ne sais quel dysfonctionnement spirituel de ma part.

M’a-t-on vue, ici, fléchir dans ce que j’annonce ? Non. Je poursuis ce chemin, espérant toujours que parmi les lecteurs résistants à l’évidence se glissera peut-être un jour une âme réceptive à la vérité de l’Evangile. Jusqu’au bout des Ecritures, sans s’arrêter à la Nativité et à la Résurrection. C’est bien gentil de fêter pieusement Noël et Pâques, mais tout de même, n’y aura-t-il personne pour remarquer que le Christ Jésus est déjà ressuscité il y a 2000 ans, et qu’il est temps de l’attendre sous une autre forme, que son Ascension est déjà bien loin derrière nous, et que c’est bel et bien son retour en Gloire « pour juger les vivants et les morts » qu’il faut désormais espérer? Personne n’en a envie, parce que cela dérange nos perceptions contemporaines du monde, notre petit confort, notre idée de notre descendance, nos placements bancaires et immobiliers… Mais Dieu nous a-t-il jamais demandé notre avis avant que d’accomplir les grandes étapes de la révélation ?
Il s’est laissé infléchir par les suppliques d’Abraham sur Sodome et Gomorrhe, oui, il a demandé le « Oui » de Marie avant d’envoyer son Fils incarné dans la chair, oui, mais il ne faudrait pas pour autant prendre Dieu pour notre valet obéissant à toutes nos requêtes, et croire qu’il retardera indéfiniment l’heure de la fin des temps parce que tous ne se sont pas encore convertis.

Parfois, je me demande pour qui on me prend quand j’écris de telles choses. Je ne suis pas l’illuminée du coin. Je redis ici encore qu’une affection psychique bien soignée rend une personne infiniment plus lucide et équilibrée que n’importe quelle autre  « normale » lambda. J’ai exploré en profondeur toutes mes ressources psychiques et spirituelles, je les ai mises en ordre et je me suis faite tout écoute pour le Seigneur qui a ouvert depuis de longues années l’oreille de mon cœur. Pourquoi serais-je, moi plutôt que vous, privée de l’Esprit Saint ? J’ai reçu tous les sacrements de l’Eglise et j’ai été éprouvée au feu du creuset au moins autant que notre frère Jésus Christ. Tu me trouves orgueilleuse ? N’est-ce pas plutôt toi qui l’es un peu, pour mettre encore et encore en doute mon témoignage en fonction de ton jugement ?

J’ai reçu ce matin sur mon front les Cendres, et j’ai pris mes dispositions pour entrer en Carême. Parce que je crois profondément en l’Evangile, et que, envie de mes contemporains ou pas, je le réaffirme : Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche .

Mais c’est ailleurs qu’ici. Le tout étant de s’y préparer.

Au milieu d’un long réquisitoire pour un jeûne vraiment accompagné de justice et de charité, Isaïe glisse cette belle formule :
On t’appellera : « Celui qui répare les brèches »,
« Celui qui remet en service les chemins ».

J’aborde le Carême de cette année comme un temps de récollection entre la tourmente et la joie qui m’habite toujours pour la fête de Pâques, entre toutes ma préférée. L’hiver a été long, froid, humide, gris, pénible comme certains jours de mon quotidien. Le stress professionnel à son summum pour plusieurs raisons.

Jeudi dernier, je pousse pour la première fois de ma carrière la porte de la médecine de prévention au travail. C’est ainsi, les enseignants n’y ont pas droit, sauf à avoir une requête exceptionnelle et à prendre un rendez-vous hors de leurs heures de classe.
Une personne particulièrement à l’écoute et aux mots bienfaisants me reçoit pendant une heure trente. Pouvoir me confier, enfin, à un médecin du milieu qui va comprendre et ne pas juger, ne pas douter non plus de la réalité de mon malaise et des efforts parfois surhumains que je fournis. Elle écoute, comprend, me croit et me conseille. Moi qui viens à elle avec un passif d’années de mésestime subie, elle me rassure et me restaure, par quelques phrases, dans la confiance en moi. Elle s’étonne de mon calme et de mon analyse claire de la situation. Elle admire la façon dont j’ai su faire face, toutes ces années. Elle reconnaît que j’ai eu à mener un dur combat, et m’accorde du mérite.

En quittant son cabinet, les idées se bousculent dans ma tête. Ce n’est pas si souvent qu’on raconte la moitié de sa vie en quatre-vingt-dix minutes, même les détails les plus douloureux encore au souvenir. Cette grâce de la confiance en une personne donnée au service d’un patient, je l’ai, je l’ai toujours eue je crois. Il me faut peu de temps pour capter en quelqu’un la bienveillance et la compétence. Gratitude.

Rien n’est résolu, mais plus rien n’est tu. Je ne suis plus seule dans ce chaos.

J’ai compris aussi qu’avec une histoire telle que la mienne, peu de gens s’en sortent aussi bien que moi sur le plan psychique et professionnel. Rendre grâce, encore. Car ce n’est pas là l’œuvre de ma seule volonté. Il me restaure jour après jour, « Celui qui répare les brèches. » En personne, ou par prochain interposé.

Ainsi parle le Seigneur :
Si tu fais disparaître de chez toi
le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante,
si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires,
et si tu combles les désirs du malheureux,
ta lumière se lèvera dans les ténèbres
et ton obscurité sera lumière de midi.
Le Seigneur sera toujours ton guide.
En plein désert, il comblera tes désirs
et te rendra vigueur.

Isaïe 58, 9-11

Textes liturgiques©AELF

En ce temps-là, les disciples avaient oublié d’emporter des pains ; ils n’avaient qu’un seul pain avec eux dans la barque.
Or Jésus leur faisait cette recommandation : « Attention ! Prenez garde au levain des pharisiens et au levain d’Hérode ! »
Mais ils discutaient entre eux sur ce manque de pains.
Jésus s’en rend compte et leur dit : « Pourquoi discutez-vous sur ce manque de pains ? Vous ne saisissez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur endurci ?
Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, vous avez des oreilles et vous n’entendez pas ! Vous ne vous rappelez pas ?
Quand j’ai rompu les cinq pains pour cinq mille personnes, combien avez-vous ramassé de paniers pleins de morceaux ? » Ils lui répondirent : « Douze.
– Et quand j’en ai rompu sept pour quatre mille, combien avez-vous rempli de corbeilles en ramassant les morceaux ? » Ils lui répondirent : « Sept. »
Il leur disait : « Vous ne comprenez pas encore ? »

Marc 8,14-21
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

L’évangile de Marc n’est pas celui que je lis et médite le plus souvent, et ainsi, cet extrait donné aujourd’hui à la liturgie de l’Eglise, et que je connais mal, me frappe dans l’actualité de ma vie. Je le comprends aujourd’hui sous un éclairage particulier.
Je suis à l’âge où, entre collègues, amis ou avec la famille, la perspective de la retraite revient assez régulièrement dans les conversations. On envie un peu ceux qui y accèdent, on se demande franchement quand viendra notre tour au vu des lois qui changent sans arrêt, on s’interroge sur ce que sera notre niveau de vie à ce moment-là… J’ai depuis longtemps une anxiété diffuse : j’ai travaillé toute ma vie, mais aussi élevé trois enfants et pour leur consacrer un temps suffisant, j’ai très longtemps travaillé à temps partiel voire bénéficié de congés parentaux. Je le sais bien, quand sonnera l’heure de la retraite, le compte n’y sera pas. Et Dieu sait si mon métier est éreintant et que je ne pourrai guère dépasser la soixantaine au travail.

Voici que l’Etat met à la disposition des fonctionnaires un portail numérique qui permet de faire retour sur sa carrière et de simuler le futur montant de sa pension. Je m’y suis aventurée le cœur battant, comme si j’allais affronter le couperet qui me hante depuis tant d’années. Et voilà que mes craintes se concrétisent : je ne peux prétendre dans quelques années qu’à une pension d’environ 40 %, ce qui se traduira par un léger mieux que le SMIC, mais pas beaucoup plus. Dur à recevoir, quand on a donné toute sa vie de travail pour les enfants de la nation, et qu’en outre on lui en a offert trois, qui ne sont pas pour elle des charges, bien au contraire…

Voilà, j’ai toujours redouté, maintenant je sais. Je me sens un peu étrangère sur la planète des futurs retraités qui profiteront de leurs placements et de leur temps libre pour voyager comme bon leur semble…

Mais aujourd’hui, cet évangile. Il vient à point nommé. Souvent, c’est vrai, quand autour de moi on parle sans ménagement de revenus aisés, de placements, de rentabilité, de beaux et coûteux voyages en couple, j’ai cette parole qui me traverse l’esprit : « Insensé, cette nuit-même on va te redemander ta vie, et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (Luc 12, 20) Dans leur logique, ceux-là vous répondraient qu’ils amassent aussi pour leurs enfants, et donc qu’il n’y a pas de mal.

Mais aujourd’hui, cet évangile. Je remets un peu mes idées en ordre. Ai-je connu, dans ma vie, la faim ? Non, jamais. Ni vraiment le froid. J’ai toujours eu un toit sur la tête. Et de quoi me vêtir.
De l’enfance jusqu’à aujourd’hui, non la disette, mais toujours une certaine précarité. Et je crois bien que finalement, c’est ce que Dieu veut pour moi. N’exauce-t-il pas une de mes ardentes prières ? « Ne me donne ni la richesse, ni la pauvreté. » Je lui ai adressé ce vœu, vais-je lui en vouloir de m’exaucer ?

Méditer encore et encore cet extrait d’évangile, et faire au Christ Jésus la joie de lui répondre : « Si Seigneur, j’ai compris désormais. »

Etre dans la main du Père. Ne jamais être dans l’abondance. Mais ne jamais manquer, par Lui,  du minimum vital. Au moins.

« Ce que j’ai entendu dire dans mon pays
sur toi et sur ta sagesse,
c’était donc vrai !
Je ne voulais pas croire ce qu’on disait,
avant de venir et de voir de mes yeux ;
mais voilà qu’on ne m’en avait pas appris la moitié !
Tu surpasses en sagesse et en magnificence
la renommée qui était venue jusqu’à moi.
Heureux tes gens,
heureux tes serviteurs que voici,
eux qui se tiennent continuellement devant toi
et qui entendent ta sagesse ! »

1 Rois 10, 6-8

Heureuse reine de Saba qui vit la splendeur et goûta la sagesse du roi Salomon !
Ces mots siéraient parfaitement à la fiancée du Cantique des cantiques et, les prenant à son compte, toute femme consacrée au Seigneur pourrait les déclamer d’un cœur ému à son Bien-Aimé.
« Tu surpasses en sagesse et en magnificence
la renommée qui était venue jusqu’à moi. »

Oh, ce n’est pas la richesse matérielle de Jésus qui nous impressionne, car il n’en a point ! Mais l’âme qui s’est donnée à Lui et l’approche jour après jour au creux de l’oraison est éblouie elle aussi par sa sagesse et sa magnificence !
Rares sont les âmes bénies qui ont pu contempler le Christ Jésus des yeux de l’esprit. Sainte Thérèse d’Avila en fut terrassée d’amour pour lui, c’est dire à quel point sa beauté doit surpasser toute beauté !
Pour moi, jamais mes yeux n’ont vu sa gloire et sa splendeur. Mais quant à la renommée qui était venue jusqu’à moi dès mon plus jeune âge au sujet de son amour de la vérité, de sa justice et de sa miséricorde, je dois dire que ce que j’ai trouvé en son cœur si pur et si aimant les surpasse infiniment ! Oui, le Christ Jésus notre Roi est d’une innocence, d’une justesse de sentiments et d’une authenticité insurpassables. Je ne le dis pas par ouï dire. Je le dis par expérience, par vécu, par rencontre ineffable, par connaissance intime de sa délicieuse Personne.
Qui a goûté à sa perfection tant humaine que divine ne pourra jamais plus s’émerveiller d’une créature, et ne trouvera de complicité vraie, dans l’amitié spirituelle, qu’avec ses plus authentiques et heureux serviteurs.

Le soir venu, après le coucher du soleil,
on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal
ou possédés par des démons.
La ville entière se pressait à la porte.
Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies,
et il expulsa beaucoup de démons ;
il empêchait les démons de parler,
parce qu’ils savaient, eux, qui il était.

Marc 1, 32-34
Textes liturgiques©AELF

Je vais me démarquer, dans cet article, de tout ce qui est contemporain, raisonnable, moderne, tendance théorie du genre et j’en passe…
Pour moi, l’Evangile est vraiment le livre de la parole et des actes de Jésus, et je le prends tel qu’il est, sans le tronquer, sans l’édulcorer, sans le mettre à la sauce du rationalisme de ces deux derniers siècles.
Pour nier l’existence du démon et des esprits mauvais, il faut ne pas y avoir été confronté dans sa vie. Or, par toute ma vie, j’en atteste : le Malin existe, oui, il se manifeste sous un tas de formes et dans de nombreuses situations, nous pouvons faire confiance aux saints et aux mystiques qui, toujours, l’ont trouvé en travers de leur chemin. Alors bien sûr, quand on a l’esprit du monde et que l’on vit selon ses modes et ses fluctuations, on discerne peu l’esprit mauvais : il est, avec les mondains, d’une très grande mansuétude et il les préserve de ses attaques directes ou indirectes. Je suis toujours frappée de constater que mes proches qui adoptent les attitudes et les opinions de la « pensée unique » ont une vie plutôt fluide, pas désagréable, qu’ils sont appréciés et admirés par beaucoup de gens. Ce qui les interpelle en l’autre est attribué aux dysfonctionnements de son psychisme, ils recherchent dans les sciences humaines des explications à tout mauvais caractère ou déviance morale, voire criminelle.

Je voudrais aujourd’hui témoigner de ce qu’est une vie hors de l’esprit du monde, une vie qui recherche sans arrêt l’authenticité dans son être et dans son agir, une vie qui n’a qu’un seul modèle : le Christ Jésus.
Oui, j’ai pris cette voie étroite et difficile depuis mon plus jeune âge. Travaillée jusqu’aux entrailles par la Parole et la façon d’être du Christ.
Eh bien, vous pouvez m’en croire, le démon savait, lui, qui je désirais devenir.
Mais je voudrais souligner une différence de taille entre ma personne et celle de mon maître absolu, le Christ Jésus : il s’est incarné homme, et moi je suis femme. De là, un comportement diamétralement opposé du Malin à son égard et à mon égard. (suite…)

Moïse disait au peuple : « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez.
C’est bien ce que vous avez demandé au Seigneur votre Dieu, au mont Horeb, le jour de l’assemblée, quand vous disiez : « Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir ! »
Et le Seigneur me dit alors : « Ils ont bien fait de dire cela.
Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai.
Si quelqu’un n’écoute pas les paroles que ce prophète prononcera en mon nom, moi-même je lui en demanderai compte.
Mais un prophète qui aurait la présomption de dire en mon nom une parole que je ne lui aurais pas prescrite, ou qui parlerait au nom d’autres dieux, ce prophète-là mourra. »

Deutéronome 18,15-20
Textes liturgiques©AELF

A l’évidence, le Père annonce ici, par la bouche de Moïse, le Fils qui viendra quelques siècles plus tard. Et nous avons à l’écouter. Instamment.
De là à croire que tous ceux qui parlent soit-disant au nom de Jésus prononcent aujourd’hui des paroles de vérité venues de Dieu lui-même, il y a un pas.
Il ne suffit pas de porter une soutane et même une chasuble à l’ambon pour dire la vérité du Christ. L’homme, fût-il prêtre, restera toujours marqué par son péché intrinsèque, sa partialité, sa formation dans un univers presque entièrement masculin et un reste de méfiance instinctive – ou inculquée – vis-à-vis de ses sœurs en humanité.
Cela étant dit, je voudrais souligner que ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on ne peut pas recevoir et annoncer des paroles qui viennent de Dieu lui-même. Et surtout, que l’on n’est pas obligée, en tant que femme chrétienne, de prendre Marie, qui n’a prononcé que quelques mots dans l’Evangile, comme modèle absolu de comportement chrétien. Je m’inspire davantage d’une Thérèse d’Avila ou d’une Catherine de Sienne, qui n’avaient pas la langue dans leur poche. Personnellement, je suis quelqu’un qui parle peu. Mais j’écris beaucoup ! Et j’aimerais enfin que l’on comprenne que je ne le fais pas au nom de frustrations ou de traumatismes qu’on me renvoie souvent avec dédain à la figure, mais d’ardeur évangélique qui me vient du Dieu Trinité.
Par le baptême, nous devenons « prêtre, prophète et roi », et pas seulement si nous portons soutane, chasuble ou couronne ! (suite…)

Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ;
il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »
Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs.
Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. »
Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque et réparaient les filets.
Aussitôt, Jésus les appela. Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.

Marc 1,14-20
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

C’est une conviction que je porte depuis longtemps : Dieu a un problème de timing. Incontestablement.
Jésus, qu’est-ce que tu nous racontes là ? « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. » Euh, j’ai beau regarder autour de moi, depuis les 2000 ans que tu as prononcé cette phrase, je ne le vois pas vraiment, le règne de Dieu ! Pas une année sans guerre en un recoin ou même une vaste étendue de la planète, l’égoïsme et l’orgueil, toujours – peut-être même de plus en plus – l’asservissement des pauvres et des faibles aux puissants de ce monde…
On aura beau prêcher que le règne de Dieu est « au milieu de nous », il faut avoir des lunettes chrétiennes un peu spéciales pour le discerner !
Non, assurément, le temps de Dieu n’est pas le temps des hommes. J’en ai déjà fait l’intime et amère expérience. Je recevais une intuition spirituelle très forte et très profonde : la promesse belle me semblait imminente, c’est ainsi qu’elle m’était donnée. J’affolais du monde autour de moi – ou pas. J’espérais enfin la fin de mes tourments et la justification promise, et non, je tombais dans pire encore. Et cela pouvait durer des années. Cela dure depuis des années.
Est-ce que je doute de ces promesses pour autant ? Non. Car parfois, pour une promesse entre temps oubliée, se dessine un accomplissement, oh, cela peut être 15 ou 20 ans plus tard, mais soudain l’exaucement est là, tangible, incontestable, et bien au-delà de mes espérances… (suite…)

Par ses paroles, David retint ses hommes. Il leur interdit de se jeter sur Saül. Alors Saül quitta la grotte et continua sa route.
David se leva, sortit de la grotte, et lui cria : « Mon seigneur le roi ! » Saül regarda derrière lui. David s’inclina jusqu’à terre et se prosterna, puis il lui cria : « Pourquoi écoutes-tu les gens qui te disent : “David te veut du mal” ?
Aujourd’hui même, tes yeux ont vu comment le Seigneur t’avait livré entre mes mains dans la grotte ; pourtant, j’ai refusé de te tuer, je t’ai épargné et j’ai dit : “Je ne porterai pas la main sur mon seigneur le roi qui a reçu l’onction du Seigneur.”
Regarde, père, regarde donc : voici dans ma main le pan de ton manteau. Puisque j’ai pu le couper, et que pourtant je ne t’ai pas tué, reconnais qu’il n’y a en moi ni méchanceté ni révolte. Je n’ai pas commis de faute contre toi, alors que toi, tu traques ma vie pour me l’enlever.
C’est le Seigneur qui sera juge entre toi et moi, c’est le Seigneur qui me vengera de toi, mais ma main ne te touchera pas !
Comme dit le vieux proverbe : “Des méchants sort la méchanceté.” C’est pourquoi ma main ne te touchera pas.

1 Samuel 24, 8-13

Je mentionne cet extrait de la liturgie du jour simplement pour relever que dans la foi, comme David, on est en droit de dire, parfois : « Je n’ai pas commis de faute contre toi. »
Je sais bien qu’il est écrit, dans la Première Lettre de Jean : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous. Si nous reconnaissons nos péchés, lui qui est fidèle et juste va jusqu’à pardonner nos péchés et nous purifier de toute injustice. Si nous disons que nous sommes sans péché, nous faisons de lui un menteur, et sa parole n’est pas en nous. » (1 Jean 1, 8-10)
Ce passage marquant des Ecritures est-il la source de cette manie très chrétienne de battre sans arrêt sa coulpe ? Est-il à l’origine de cette sorte de déni ecclésial de l’innocence possible dans certaines situations ?
Nul n’est sans péché, certes. Mais il y a néanmoins des situations de la vie où on peut ne pas être un incorrigible pécheur. On peut très bien, à force d’aimer le Christ et de vouloir vivre son Evangile, veiller sur toutes ses paroles et tous ses actes. Pécher parfois en telle ou telle circonstance, par tentation ou « contagion » de l’entourage, voudrais-je dire, mais aussi vivre les vertus évangéliques du mieux que l’on peut. Je trouve morbide de devoir se scruter sans cesse à la recherche d’inévitables péchés que nous sommes censés commettre à longueur de journée, si l’on en croit par exemple la teneur de la plupart des homélies ou des examens de conscience.
On pèche toujours par omission, cela est certain.
Mais je revendique aussi une sorte de droit à la pertinence évangélique. Le droit de penser de temps en temps, au terme de sa journée : « Merci Seigneur de m’avoir aujourd’hui inspiré le juste chemin et d’être parvenu à vivre ton Evangile. »
C’est pharisien ?
Battre sa coulpe sans cesse et se proclamer sur tous les toits un grand pécheur, cela peut l’être aussi, et parfois même davantage, car l’Eglise aime applaudir le pécheur contrit… et considérer le saint comme un insupportable orgueilleux.

Pitié, mon Dieu ! Des hommes s’acharnent contre moi ;
tout le jour, ils me combattent, ils me harcèlent.
Ils s’acharnent, ils me guettent tout le jour ;
mais là-haut, une armée combat pour moi.

Toi qui comptes mes pas vagabonds,
recueille en tes outres mes larmes.
Le jour où j’appellerai, mes ennemis reculeront ;
je le sais, Dieu est pour moi.

Sur Dieu dont j’exalte la parole,
sur Dieu, je prends appui :
plus rien ne me fait peur !
Que peuvent sur moi des humains ?

Mon Dieu, je tiendrai ma promesse,
je t’offrirai des sacrifices d’action de grâce ;
car tu m’as délivré de la mort
et tu préserves mes pieds de la chute.

Psaume 55 (56), 2-3, 9ab-10, 11a.12, 13-14ab
Textes liturgiques©AELF

S’il y a le harcèlement guerrier que le psalmiste affronte ici, il existe aussi le harcèlement moral, très développé de nos jours, que ce soit dans le couple ou au travail. Dieu m’est témoin que je l’ai supplié bien des fois, par le passé,  de « recueillir en ses outres mes larmes. »
On parle beaucoup du martyre chrétien jusqu’au sang, qui malheureusement, comme nous le répète souvent le Pape François, est plus courant de nos jours qu’aux premiers temps de l’Eglise. Par contre, je trouve que l’on parle peu du martyre jusqu’aux larmes, qui touche peut-être davantage de femmes que d’hommes. En guerre ou dans les sociétés dites « en paix », nous sommes peut-être moins agressées jusqu’au sang que nos vis-à-vis masculins. Il ne faudrait pas en déduire que le martyre des larmes et de la souffrance morale n’est rien. Une souffrance due au harcèlement moral continu peut être véritablement crucifiante. Le conjoint violent psychologiquement, les collègues qui médisent, manigancent et ne voient pas la générosité de votre investissement entier et sincère sont autant de sources de blessures psychiques intenses qui peuvent conduire certaines personnes à la dépression sévère, voire à l’ultime du suicide. J’aimerais parfois, qu’en Eglise, cela soit davantage reconnu et débattu. Il y a justement une manière faussement angélique d’intimer à une personne en souffrance de « tout pardonner », ce qui fait finalement le triomphe du harceleur. De victime de harcèlement, on se retrouve piètre chrétien qui ne sait pas pardonner « comme Jésus à ses bourreaux. » Faisons attention à ce que nous disons ! Personne n’est obligé de mourir sous les coups du harcèlement moral par souci d’être un bon chrétien. Et le confesseur ou confident qui conseille de pardonner 70 fois 7 fois est peut-être coupable dans ces cas-là de non-assistance à personne en danger.
« Recueille en tes outres mes larmes. »
Parfois, il n’y a véritablement plus que Dieu pour recueillir pareille prière.
Grâce lui en soit rendue !

En ce temps-là, Jésus entra de nouveau dans la synagogue ; il y avait là un homme dont la main était atrophiée.
On observait Jésus pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat. C’était afin de pouvoir l’accuser.
Il dit à l’homme qui avait la main atrophiée : « Lève-toi, viens au milieu. »
Et s’adressant aux autres : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver une vie ou de tuer ? » Mais eux se taisaient.
Alors, promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leurs cœurs, il dit à l’homme : « Étends la main. » Il l’étendit, et sa main redevint normale.
Une fois sortis, les pharisiens se réunirent en conseil avec les partisans d’Hérode contre Jésus, pour voir comment le faire périr.

Marc 3,1-6
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Très souvent, je réfléchis à la portée des enseignements de Jésus en son temps, et à la manière dont on pourrait les transposer à notre époque. Je n’imagine pas des situations du style « What would Jesus do ? » comme certains le font de leur côté. Car le Christ Jésus ne peut revenir que dans sa gloire, et alors la question d’obéir ou non à son enseignement ne se posera plus. Tous le reconnaîtront comme le Fils du Très-Haut, et l’accepteront – ou non – comme leur Roi d’éternité. Non, ce qui m’intéresse, c’est de savoir ce que l’Esprit Saint, qui « procède du Père et du Fils » a à nous enseigner dans l’aujourd’hui de nos vies. Et comme, depuis saint Paul et les 2000 ans d’Eglise qui ont suivi, les hommes se sont beaucoup, beaucoup exprimés sur ce sujet et ont fixé entre eux toutes les règles de l’Eglise, il me plaît d’interroger plutôt la vie et les profondeurs de l’âme féminine pour chercher à discerner ce que l’Esprit veut nous enseigner aujourd’hui.
Jésus a mené un difficile combat contre les rigidités doctrinales des gardiens de la Loi de son époque. L’observance du sabbat revenait sans cesse sur le devant de la scène et a été l’alibi puissant des pharisiens pour faire persécuter et condamner Jésus. Dieu ayant donné les tables de la Loi à Moïse, dont la prescription de l’observance du sabbat le 7ème jour, Jésus était fort mal venu de se mettre à leur déclarer : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat. » (Marc 2, 27) Dès lors, la guerre était déclarée contre le Fils de Dieu.

Revenons à notre époque. Quel est le problème majeur que l’Eglise catholique rencontre aujourd’hui, pourquoi se vide-t-elle, pourquoi les générations encore actives la désertent-elles ? Pourquoi ceux qui ne la quittent pas et se réclament de la stricte observance ecclésiale en matière de morale sexuelle et conjugale ne sont-ils pas forcément des témoins convaincants ? – c’est même souvent l’inverse aux yeux des non-croyants, ou tout du moins des non-pratiquants. (suite…)

Lorsqu’ils arrivèrent et que Samuel aperçut Éliab, il se dit :
« Sûrement, c’est lui le messie,
lui qui recevra l’onction du Seigneur ! »
Mais le Seigneur dit à Samuel :
« Ne considère pas son apparence ni sa haute taille,
car je l’ai écarté.
Dieu ne regarde pas comme les hommes :
les hommes regardent l’apparence,
mais le Seigneur regarde le cœur. »

1 Samuel 16, 6-7
Textes liturgiques©AELF

Je médite ce beau passage donné par la liturgie de l’Eglise depuis ce matin. Tout le monde connaît la citation du Petit Prince de Saint-Exupéry : « On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »
Il est bon de revenir encore et encore aux textes bibliques, pour se rendre compte que bien des maximes de notre quotidien y sont puisées. Qui regarde, mieux que tout homme, avec le cœur ? C’est bien notre Dieu ! Et il est important de s’en souvenir, à une époque où l’apparence prend tant de place dans l’esprit de nos contemporains. Soigner « son look », être « tendance », refuser de vieillir physiquement, avoir recours à la chirurgie esthétique… Frénésie contemporaine qui masque le fait que l’apparence n’a jamais suffi au bonheur de personne, quand au contraire la sagesse qui s’acquiert avec les années conduit à la sérénité et à la paix de cœur. C’est là le secret d’une vie réussie, tandis que l’apparence passe et, bien souvent, trompe autrui et peut aller jusqu’à nous tromper nous-mêmes.
Que voit Dieu en nous, que voit Dieu de nous, Lui qui nous connaît mieux que nous-mêmes ?
Comme dans le Livre de Samuel, où il choisit le plus petit des enfants de Jessé pour lui faire donner l’onction suprême, Dieu voit en nous ce qu’il y a d’humble, de discret, de caché. Notre cœur, voilà le livre ouvert devant les yeux aimants et perspicaces du Père. Voit-il seulement notre apparence ? Je n’en suis même pas sûre ! Mais quant aux détours de notre âme, rien ne lui en échappe. Et si c’était la raison pour laquelle les personnes retorses, menteuses, trompeuses, manipulatrices ne sont en général pas à l’aise avec l’idée même de Dieu ? Nous savons qui est le maître du mensonge. Celui-là se complaît dans les apparences trompeuses. Mais qui contemple autrui avec le même regard que Dieu n’est pas dupe longtemps des subterfuges de l’Adversaire.

Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.
Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît.
Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.
Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche.
Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations.
En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur.

Isaïe 60,1-6
textes liturgiques©AELF

J’ai eu une joie incommensurable à lire ce texte à l’ambon pour cette fête de l’Epiphanie. Isaïe est un Prophète qui me transporte d’allégresse de bout en bout. Je suis revenue sur cet extrrait  ce matin et ai prolongé la lecture du chapitre 60.
A l’évidence, pour notre temps « Debout Jérusalem, resplendis ! » ne s’adresse pas à la ville de Jérusalem, tout importante qu’elle soit pour notre Dieu. Jérusalem a déjà eu ses heures de gloire. A notre époque, elle n’est que tensions politiques et convoitises. Et je ne suis pas de ceux qui pensent que sa splendeur reviendra comme « ville de la paix » en ce bas monde.
Les chrétiens ont décidé un jour que toutes les prophéties du Premier Testament étaient accomplies en Jésus Christ, Jérusalem devenant alors l’Eglise terrestre dans un premier temps, puis céleste au terme de l’histoire.
Je trouve cette interprétation tout autant réductrice. C’est finalement assez nombriliste de la part de l’Eglise – catholique surtout – de se croire ainsi le terme de la Révélation. Contemplons le visage que donne l’Eglise catholique romaine de nos jours : rien, dans ce chapitre 60 d’Isaïe, ne fait penser à elle.
Quant au Royaume promis par le Christ, à l’évidence, il ne sera jamais réalisé sur cette terre où nous vivons et souffrons tous pour le moment, le mal étant très puissamment à l’œuvre, avec des stratégies et des armes de plus en plus meurtrières.
Alors ?
Méditons encore cet extrait du chapitre 60, un peu plus loin : (suite…)

Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge,
fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance
parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses.
C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort,
a pu naître une descendance aussi nombreuse
que les étoiles du ciel
et que le sable au bord de la mer,
une multitude innombrable.

Hébreux 11, 11
Textes liturgiques©AELF

J’aime particulièrement, dans la Lettre aux Hébreux ou la Genèse, ces passages qui nous disent que par la foi, Abraham et Sarah ont pu être exaucés dans  leur vœu le plus cher : avoir une descendance issue de leur union. Alors que cela semblait totalement improbable au vu de leur âge avancé. Quelles que soient nos familles, nous pouvons nous nourrir de leur exemple pour croire aux promesses que Dieu a chuchotées à l’oreille de notre cœur parfois dès le plus jeune âge. Et ne pas perdre de vue qu’avant Isaac naquit Ismaël, le fils de la servante, et qu’en cela, Abraham avait pourtant bel et bien transgressé les commandements du Seigneur.

Je n’ai jamais beaucoup aimé que l’on fasse du Dimanche de la Sainte Famille la glorification du trio Jésus-Marie-Joseph comme modèle de famille idéale. Parce qu’on en fait alors une famille conventionnelle qui pourtant, ne l’est pas du tout. Jésus n’est pas le fils biologique de Joseph. Il n’est pas né d’un projet commun du jeune couple, mais du Oui de Marie au projet de Dieu sur eux. Joseph a certainement dû prendre sur lui pour accepter d’élever comme sien cet enfant qui n’était pas né de son sang.
Je n’aime pas beaucoup non plus que l’on fasse de Marie dès sa vie terrestre une créature diaphane que Joseph aurait contemplée patiemment comme une madone entièrement dédiée à un Fils unique et négligeant par là-même toutes les prérogatives de sa condition d’épouse juive. D’autant plus que le canon des Ecritures ne dit absolument pas cela, mais uniquement une tradition pudibonde issue des évangiles apocryphes dans lesquels nous ne devrions rien puiser du tout. Célébrant encore et encore le trio Jésus-Marie-Joseph, nous construisons sans doute une image erronée de l’authentique Sainte Famille, composée bien plutôt d’un couple légitimement marié, d’un Fils premier-né conçu par grâce de la volonté de Dieu et de l’acquiescement de Marie, et de nombreux frères et sœurs de Jésus nés après lui de l’union féconde et aucunement peccamineuse de Marie et de Joseph. Voilà très profondément ma foi, et tant pis si elle choque de chastes oreilles catholiques plus soucieuses de la tradition que de la vérité des Ecritures. Je ne vois vraiment pas ce qu’il pourrait y avoir de glorieux dans le fait de se refuser une vie durant l’un à l’autre dans le cadre du mariage et de se fermer par là-même à la possibilité d’engendrer la vie.
Si l’Eglise catholique acceptait enfin de revoir ses doctrines irréalistes et contestables, elle gagnerait sans nul doute en crédibilité. (suite…)

HOMELIE DE NOËL

Nous sommes tous là pour célébrer Noël. Sainte et belle fête pour nous, chrétiens.

En passant, ce n’est pas pour entrer dans des logiques élitaires ou identitaires, mais il me semble, que nous devenons toujours moins nombreux… Et je ne sais pas si ce constat doit nous attrister ou plutôt nous encourager… Nous célébrons la naissance de Jésus fils de Marie, un enfant-pauvre né dans une famille pauvre, et qui, dès le début, est déjà refusée par les gens-bien et les puissants de son temps. En même temps, nous savons, par la foi, que dans cet Enfant est la lumière de Dieu, celui que, nous l’avons entendu, l’évangéliste Jean appelle : « Logos » (traduit par Verbe, Parole-de Dieu) qui vient partager notre nature humaine. C’est le grand cadeau de Dieu à l’humanité tout entière, à chacun de nous, sous des apparences très modestes : un enfant. Et nous qui sommes là nous en sommes heureux et reconnaissants.

Mais il serait trop peu d’en rester simplement l et de réduire ce jour de Noël à une occasion de joie intimiste ou, pire encore, égoïste. Nous sommes invités à la partager, cette joie, à réfléchir ensemble pour que notre joie devienne aussi joie pour les autres. Car, pour commencer, il n’est pas question de fêter cette date comme un anniversaire au milieu de tant d’autres. En effet, ce qui est curieux, c’est qu’une partie importante de gens autour de nous (même parmi ceux qui se disent chrétiens) c’est ainsi qu’ils l’entendent. Ils fêtent Noël sans trop savoir pourquoi, sans se préoccuper de comprendre de quoi il s’agit réellement. Nous le constatons : pour beaucoup, Noël est réduit parfois à un fait culturel comme tant d’autres, une occasion folklorique qui permet de briser la monotonie et la grisaille de l’hiver ; en quelque sorte, une manière de pimenter notre quotidien. À ce titre là, cette fête est adoptée même par ceux qui refusent, par principe, toute référence chrétienne et la considèrent un envahissement indu, inopportun dans la vie civile. Cela est devenu un fait assez courant. Pour eux, toute manifestation religieuse serait une atteinte dangereuse à la vie des honnêtes gens, quelque chose qui dérange.

Sur certains documents officiels important où figure une date, que ce soit 2017 ou 2018, il est conseillé de préciser : « de notre ère », dans le cas où l’on pourrait imaginer une quelconque allusion, possible, à la naissance du Christ. Ce qui est pourtant une réalité incontestable. Cette distorsion est tellement naïve qu’elle nous fait sourire. (suite…)

La voix de mon bien-aimé !
C’est lui, il vient…
Il bondit sur les montagnes,
il court sur les collines,
mon bien-aimé, pareil à la gazelle,
au faon de la biche.
Le voici, c’est lui qui se tient
derrière notre mur :
il regarde aux fenêtres,
guette par le treillage.
Il parle, mon bien-aimé,
il me dit :
Lève-toi, mon amie, ma toute belle,
et viens…

Cantique des cantiques 2, 8-10
Textes liturgiques©AELF

Finalement, le choix de ce texte liturgique quelques jours avant Noël a de quoi surprendre… J’ai déjà lu que le Cantique des cantiques parlait du Christ et de Marie dans certaines interprétations à l’extrême du catholicisme. Je trouve un tel rapprochement très hasardeux voire choquant. Comment plaquer sur une relation mère – fils un aussi beau chant d’amour sponsal ? Cela ne peut être que le fait de vieux garçons en manque de figure féminine dans les Ecritures, la doctrine et leur quotidien, à mon avis. L’interprétation plus convenue, c’est que ce poème concerne le Christ et l’Eglise. Mais que cela est flou ! Qui est l’Eglise, à une époque où le christianisme est si morcelé, où nombre de chrétiens baptisés ne pratiquent plus leur foi nulle part, où le terme même d’Eglise renvoie à des images de parterres de prélats en soutane qui cultivent l’entre-soi, à l’exclusion de toute femme ?

C’est aussi très étrange de faire venir cette lecture liturgique au moment où on célèbre le Christ Jésus bébé. C’est encore hors de propos, toujours à mon humble avis. La jeune fille enceinte de Jésus ne pensait certainement pas à lui comme à un fiancé ! D’ailleurs, en Joseph elle en avait déjà un, sans doute tout à son goût, même s’il n’était pour rien dans cette conception virginale.
Je connais très bien les sentiments qu’on éprouve quand on attend un premier enfant désiré, consenti. C’est une immense vague d’amour qui envahit la future maman, mêlée d’une pointe d’appréhension qui finalement durera toute la vie de l’enfant, à chacune des étapes de son développement. Là non plus, rien à voir avec le Cantique des cantiques qui est un chant d’amour entre fiancés épris l’un de l’autre et déjà travaillés par le désir. Le mettre en parallèle avec l’amour maternel, je trouve cela franchement indécent. (suite…)