Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

Si l’on m’a persécuté,
on vous persécutera, vous aussi.
Si l’on a gardé ma parole,
on gardera aussi la vôtre.

Jean 15, 20
Textes liturgiques©AELF

La persécution des chrétiens à travers les âges est un vaste et tragique sujet, brûlant en certaines contrées de nos jours. Mais ce ne sera pas là mon propos d’aujourd’hui.

Jésus parle ici à ses disciples, ceux qu’il a « choisis en les prenant dans le monde ». Toute la question est de savoir qui il a choisi, et qui il n’a pas choisi. Car il faut bien l’avouer, entre supposés « choisis par le Christ », on n’est pas forcément tous d’accord, et chacun peut se sentir le persécuté de l’autre. Mais chaque interlocuteur revendiquera de lui appartenir et d’avoir été choisi par Lui, à plus forte raison s’il a concrétisé un engagement religieux.

Souvent, dans des débats avec d’autres chrétiens, a fortiori avec d’autres catholiques, je suis médusée de constater qu’il y a plus d’opposition et de divergences entre nous qu’avec par exemple mes nombreux amis non croyants, qui m’accueillent avec bienveillance, telle que je suis, et respectent mes prises de position ici ou là, sans forcément les commenter d’ailleurs.
Par contre, quand je m’exprime par l’écrit en milieu catholique, je m’attire souvent des foudres, de l’indifférence, du mépris ou des sarcasmes. Pourtant, si je le fais, c’est bien au nom du Christ Jésus à qui j’ai voué le reste de ma vie. Je n’ai jamais eu l’ambition d’imposer mes points de vue personnels : tous ceux qui me connaissent dans la vie courante le savent. J’ai toujours préféré les postions subalternes et je suis plutôt discrète au quotidien.

Ici, sur cet espace, et sur les quelques lieux de discussion chrétiens où j’interviens, c’est tout autre chose. J’ai une Parole chevillée au cœur : celle du Christ Jésus, telle que je la reçois dans les Ecritures et dans l’oraison. C’est cette parole-là que je défends, dans l’Esprit. Et pourtant, ceux qui prétendent la défendre aussi, ceux qui se targuent d’avoir été choisis par le Christ, bouleversés par une conversion, attirés de façon irrépressible vers l’Eglise voire ordonnés en elle sont rarement d’accord avec ce que j’exprime. Je rencontre des oppositions violentes, et je subis aussi semaine après semaine, quel que soit le prédicateur, des homélies pesantes qui culpabilisent, accusent de manque de foi, valorisent les observances, ramènent tout à l’Eglise même quand elle suit un mauvais chemin… Me prêter l’oreille, à moi ? C’est pure illusion. J’ai rencontré tant d’indifférence et d’opposition que j’ai renoncé désormais à me confier sur mon oraison au cœur de l’Eglise.

Alors, d’aucuns me diront que le problème est en moi et pas ailleurs. Que le plus grand nombre des catholiques marche dans la bonne direction et que c’est moi qui fais fausse route. Que le fait de ne pas avoir de partisans m’accuse moi-même.

Je n’en suis pas si sûre, à méditer cet extrait de l’Evangile de Jean. Ce dont je suis certaine, c’est que le Christ Jésus m’a saisie tout entière, et depuis longtemps déjà. Et que le lot de son véritable disciple, c’est d’être persécuté, même et surtout dans sa propre tradition religieuse… Ceux qui attirent la concorde autour d’eux ne sont peut-être, en réalité, que des faux prophètes.

« Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort ! »
Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour annoncer les actions du Seigneur :
il m’a frappé, le Seigneur, il m’a frappé,
mais sans me livrer à la mort.

Ouvrez-moi les portes de justice :
j’entrerai, je rendrai grâce au Seigneur.
« C’est ici la porte du Seigneur :
qu’ils entrent, les justes ! »
Je te rends grâce car tu m’as exaucé :
tu es pour moi le salut.

Psaume 117 (118), 16-18, 19-21
Textes liturgiques ©AELF

Ce psaume, dont ne voilà qu’un extrait, est magnifique. C’est toute l’espérance de ceux qui sont persécutés pour la justice, haïs sans raison. Il s’applique bien sûr éminemment au Seigneur Jésus, mais nous pouvons aussi y puiser du réconfort quand les circonstances et les langues mauvaises s’acharnent contre nous alors que nous n’avons pas commis le mal et que nous vivons dans la foi.

« Non, je ne mourrai pas, je vivrai », souvent, j’ai envie de chanter ce verset.
C’est un verset très subversif, car même en Eglise, on nous répète à l’envi que notre sort à tous est de mourir un jour. Or, j’ai la foi chevillée au cœur, et plus que l’espérance, la certitude que le Messie Glorieux est à nos portes pour son retour. Vient-il pour faire mourir le juste ? Vient-il pour faire mourir le racheté ? Certainement pas ! Il vient pour leur donner la surabondance de sa vie éternelle.
Alors, je crois. Je crois dans l’espérance et une foi totale. Je crois en la vie donnée par le Christ. Je ne suis pas de celles et ceux qui cherchent à gommer sur leurs visages et leurs corps les marques des outrages du temps. Simplement, je crois et j’attends.

« Non, je ne mourrai pas, je vivrai. »
Alléluia !

Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit !
Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »
Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.

Luc 24, 25-27
Textes liturgiques©AELF

Pauvre Jésus ! Toute sa vie, il a été confronté à des personnes qui ne comprenaient pas qui il était, à des disciples qui se scandalisaient de l’annonce de son inéluctable Passion, à des sceptiques qui ne croyaient pas au témoignage des femmes l’ayant pourtant vu ressuscité ! Pire : ceux-là même qui connaissaient les Ecritures sur le bout des doigts n’ont fait aucun rapprochement entre sa Personne et le Messie fils de David annoncé depuis longtemps. Tout s’est passé pour Jésus comme pour Moïse confronté à des Egyptiens au cœur endurci. Le plus étonnant, c’est que nous pouvons lire que Dieu lui-même avait endurci ces cœurs-là. Ainsi de l’entourage de Jésus :
« Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre.
Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai.
Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent !
Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »

Matthieu 13, 10-17

On s’imagine souvent que du temps de Jésus, on l’aurait écouté, aimé, suivi, loué même. Et on s’enorgueillit d’être de ceux qui croient en Lui quand on lui dit : « Seigneur, Seigneur ! »
Je voudrais cependant souligner que c’est maintenant un peu facile de croire en Lui, après vingt siècles d’Eglise et de foi chrétienne. (suite…)

Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ;
nous tous, nous en sommes témoins.
Élevé par la droite de Dieu,
il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis,
et il l’a répandu sur nous,
ainsi que vous le voyez et l’entendez.

Actes 2, 32-33
Textes liturgiques©AELF

« Nous tous » !  Qui est, de nos jours, englobé dans cette formulation ?
Au minimum, il devrait s’agir des baptisés. Baptisés dans la mort et la résurrection du Christ Jésus, nous nous devons d’être ses témoins. Rêvons un peu : si le minimum de la foi du baptisé, c’était la résurrection du Seigneur Jésus, elle serait certes annoncée bien mieux qu’elle ne l’est de nos jours.
D’où vient la faiblesse de la foi de nos contemporains ? Je n’ai pas de réponse à cette question, seulement des hypothèses.
Peut-être que ce déficit de foi vient déjà du manque de conviction des parents qui présentent leurs enfants au baptême : certains le voient davantage comme une sorte de rite qui introduit l’enfant dans une famille, avec une fête à la clef, ou comme le sésame pour la première communion à laquelle ils vont les inscrire dans le même esprit. Et la plupart du temps, on ne voit ces enfants à la messe ni avant le jour de la première communion, ni après.
On ne peut incriminer les enfants, « l’éducation silencieuse » joue ici pleinement son rôle. Un parent qui ne confesse pas lui-même la résurrection du Seigneur, qui n’a aucune envie de lui rendre grâce en venant l’aimer au rendez-vous de l’Eucharistie transmettra difficilement la foi de vingt siècles de chrétiens qui nous ont précédés. Tout se passe comme si le baptisé d’aujourd’hui voulait volontiers de la vie après la mort, mais sans vivre, de son baptême à son enterrement, une vie de chrétien.
Disant cela, je ne suis pas seulement désappointée pour mon Seigneur ressuscité et vivant que je chéris tant et qui est si délaissé. Je crois surtout que les Ecritures sont en train de s’accomplir : (suite…)

En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade. Donc […]

Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. » Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » […]

Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. […]

Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : «Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et […]

repris par l’émotion, […]

Extraits de Jean 11,1-45
Textes liturgiques©AELF

Qu’est-ce donc que ce curieux passage d’évangile, allez-vous penser ?
Je me suis simplement prêtée à un petit jeu : je n’ai copié que les passages proposés à la suppression dans l’Evangéliaire pour la lecture brève de Jean 11, 1-45. Donc, ce qui reste ci-dessus, ce sont les passages « entre parenthèses » considérés comme facultatifs et que, dans certaines paroisses, le prêtre n’a pas lus aujourd’hui. Bien sûr, on ne comprend plus bien ici le récit de la résurrection de Lazare, magnifique, que j’encourage chacun à lire entièrement. Mon propos n’est pas de commenter cet événement annonciateur de la résurrection de Notre Seigneur, mais plutôt de me pencher sur ce que l’Eglise considère comme secondaire dans cet extrait d’évangile, et propose de supprimer pour qu’il ne soit pas trop long à lire.

Et comme par hasard, dans les passages supprimés, il y a presque tout ce qui concerne Marie de Béthanie. La profession de foi de Marthe est bel et bien présente dans la lecture brève. Celle de sa sœur Marie, non. On coupe aussi la phrase de Marthe qui donne à comprendre que Jésus a fait appeler Marie près de lui, comme si c’était un détail sans importance. Marie voulait rester discrètement à la maison, à pleurer son frère Lazare, mais Jésus demande à Marthe de la faire venir. Jamais je n’ai entendu un prédicateur souligner ce fait-là, qui pourtant est significatif de l’attachement du Christ pour Marie. Et c’est bien en la voyant pleurer, elle, Marie – et non pas Marthe avant elle – que Jésus est « saisi d’émotion » et qu’il se met à pleurer lui aussi. Il ne pleure donc pas seulement sur la mort de son ami Lazare, mais aussi – et c’est l’élément déclencheur – sur le chagrin de la jeune Marie. (suite…)

En ce temps-là, Jésus enseignait au temple de Jérusalem. Dans la foule, on avait entendu ses paroles, et les uns disaient : « C’est vraiment lui, le Prophète annoncé ! »
D’autres disaient : « C’est lui le Christ ! » Mais d’autres encore demandaient : « Le Christ peut-il venir de Galilée ?
L’Écriture ne dit-elle pas que c’est de la descendance de David et de Bethléem, le village de David, que vient le Christ ? »
C’est ainsi que la foule se divisa à cause de lui.
Quelques-uns d’entre eux voulaient l’arrêter, mais personne ne mit la main sur lui.
Les gardes revinrent auprès des grands prêtres et des pharisiens, qui leur demandèrent : « Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? »
Les gardes répondirent : « Jamais un homme n’a parlé de la sorte ! »
Les pharisiens leur répliquèrent : « Alors, vous aussi, vous vous êtes laissé égarer ?
Parmi les chefs du peuple et les pharisiens, y en a-t-il un seul qui ait cru en lui ?
Quant à cette foule qui ne sait rien de la Loi, ce sont des maudits ! »
Nicodème, l’un d’entre eux, celui qui était allé précédemment trouver Jésus, leur dit :
« Notre Loi permet-elle de juger un homme sans l’entendre d’abord pour savoir ce qu’il a fait ? »
Ils lui répondirent : « Serais-tu, toi aussi, de Galilée ? Cherche bien, et tu verras que jamais aucun prophète ne surgit de Galilée ! »
Puis ils s’en allèrent chacun chez soi.

Jean 7,40-53
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

« Jamais un homme n’a parlé de la sorte ! » Oui, c’est vrai, Jésus a sans doute été le plus grand orateur de tous les temps. Et à la différence des orateurs que nous connaissons, il n’utilisait pas la manipulation mentale et le mensonge. Différence fondamentale entre le Verbe de Dieu et les beaux parleurs dont notre époque – comme toutes les autres sans doute – est friande.

La foule reste divisée à son sujet. Croire ou non au Christ Jésus Fils de Dieu, c’est encore très clivant de nos jours.

Mais je voudrais aller plus loin. Rester simplement au niveau de ceux qui croient déjà en Lui et en sa Parole, ce qui n’est tout de même pas un exploit, 2000 ans après sa résurrection et tant de témoignages de croyants, jusque dans le martyre et la mort !
Il y a parmi les croyants au Christ un « entre soi » qui peut être détestable. Il y a cette manière de tenir pour acquises et infaillibles les piles de doctrines enchevêtrées les unes dans les autres, mêlées de dévotions populaires confinant parfois au paganisme. Il y a ce glissement de plus en plus fort dans l’Eglise catholique de ce qui devrait être son cœur – la Parole du Seigneur – vers les dévotions secondaires que l’on veut faire passer pour le centre de la foi, notamment tout ce qui concerne le culte à Marie. A force de vouloir se démarquer de la Réforme, les catholiques ont développé de plus en plus une mariologie poussée à son paroxysme depuis Jean-Paul II. (suite…)

Les impies ne sont pas dans la vérité lorsqu’ils raisonnent ainsi en eux-mêmes :
« Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s’oppose à nos entreprises, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu, et nous accuse d’infidélités à notre éducation.
Il prétend posséder la connaissance de Dieu, et se nomme lui-même enfant du Seigneur.
Il est un démenti pour nos idées, sa seule présence nous pèse ;
car il mène une vie en dehors du commun, sa conduite est étrange.
Il nous tient pour des gens douteux, se détourne de nos chemins comme de la boue. Il proclame heureux le sort final des justes et se vante d’avoir Dieu pour père.
Voyons si ses paroles sont vraies, regardons comment il en sortira.
Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires.
Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience.
Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui. »
C’est ainsi que raisonnent ces gens-là, mais ils s’égarent ; leur méchanceté les a rendus aveugles.
Ils ne connaissent pas les secrets de Dieu, ils n’espèrent pas que la sainteté puisse être récompensée, ils n’estiment pas qu’une âme irréprochable puisse être glorifiée.

Sagesse 2,1a.12-22

J’aime tout le Livre de la Sagesse, et cet extrait en particulier.
Mais de nos jours, je ne suis pas sûre que ce soient les « impies » qui raisonnent le plus ainsi en eux-mêmes. J’ai beaucoup d’amis non-croyants, certains même athées et anti-cléricaux farouches, et bien qu’ils me sachent profondément croyante et même donnée à Dieu, ils me respectent et ne me tendent aucun piège. Ils ne me soumettent jamais à outrages et tourments, et je passe d’agréables moments en leur compagnie. Je les aime et ils m’aiment telle que je suis, voilà tout.

Les personnes qui me haïssent le plus et me le font bien sentir sont les « super pieux ». Des traditionalistes sur les forums catholiques, des amateurs de fausses révélations mystiques et de fausses apparitions. Ceux-là sont redoutables, et oui, je peux dire que ma présence au milieu d’eux leur pèse, car je suis un démenti pour leurs idées. Souvent ligués à plusieurs contre ma personne isolée, ils se défoulent en chœur, font de l’humour douteux sur mes accointances avec le diable, prétendent que mon âme est en perdition et me dénient l’Esprit Saint au prétexte que je ne suis pas avec eux un ange de douceur et d’onctuosité. On me ressort l’hymne à la charité de saint Paul pour m’apprendre la vie… sans rien savoir de celle que je mène au quotidien.

Je crois surtout que ce qui les rend si hargneux, c’est de ne rien comprendre aux secrets de Dieu…

« Moi, je ne peux rien faire de moi-même ;
je rends mon jugement d’après ce que j’entends,
et mon jugement est juste,
parce que je ne cherche pas à faire ma volonté,
mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. »

Jean 5, 30

Faut-il davantage décortiquer les Evangiles pour parvenir à distinguer le Père et le Fils l’un de l’autre ? Jésus est pourtant très clair dans tout cet extrait de l’évangile de Jean (chapitre 5). Il est « envoyé » par le Père. Il « fait seulement ce qu’il voit faire par le Père » (Jean 5, 19). Il rend son jugement d’après ce qu’il « entend ».
Nous devons nous défaire de cette pensée qui consiste à croire que Jésus était Dieu tout entier incarné sur terre. Quand Jésus était incarné dans la chair, son Père était encore aux Cieux ! Lui n’en est jamais descendu sinon en Esprit !
Il me plaît de songer au Christ Jésus en prière au sommet d’une colline tous les jours à l’aurore, écoutant à l’intérieur de lui-même la voix du Père, qui, depuis les Cieux, lui donnait des conseils pour sa journée, l’assurait de son exaucement pour les œuvres belles qu’il voudrait accomplir (guérisons, pardon des péchés et même relèvement d’entre les morts…), Dieu son Père aussi « qui connaît le cœur de tout homme » ( 1 Rois 8, 39) le mettant en garde contre les adversaires – essentiellement scribes et pharisiens – qu’il rencontrerait ce jour-là. Dieu son Père lui donnant l’impulsion de ses enseignements dans une totale confiance, car Il avait donné à son Fils un talent d’orateur inégalable et le goût même de sa propre justice et de sa propre miséricorde.

Je trouve que lorsqu’on considère que Jésus était Dieu tout entier sur terre, on enlève à Dieu sa Majesté et on prive les deux autres Personnes de la Trinité de leurs prérogatives. Il y a un Père qui précède Jésus, il y a l’Esprit qui lui succède. A chacun son rôle. Jésus est le Fils, pleinement, mais il n’est pas les deux autres Personnes.

Quant au jugement de Jésus… Ah, le jugement, mot honnis par les « tradismatiques » !
Mais jugement il y aura, quand le Christ reviendra dans sa Gloire, qu’on le veuille ou non !

Ne soyez pas étonnés ;
l’heure vient
où tous ceux qui sont dans les tombeaux
entendront sa voix ;
alors, ceux qui ont fait le bien sortiront
pour ressusciter et vivre,
ceux qui ont fait le mal,
pour ressusciter et être jugés.

Jean 5, 28 – 29

Image : Le Christ en prière   Musée Unterlinden, Colmar

1 Samuel 16, 1b.6-7.10-13a
Psaume 22
Ephésiens 5, 8-14
Jean 9, 1-41

Voilà un texte long, intense et même tragique. Le drame qui court tout au long de l’évangile de Jean commence à se nouer pour de bon et son ampleur dépasse complètement les acteurs qui y sont engagés. Tous, sauf un. Jésus sort du Temple, menacé de lapidation. Il va quitter Jérusalem qui ne veut pas de lui. Et dans cet affrontement, deux factions sont en train de se constituer, d’un côté, lui et ses compagnons et de l’autre un groupe hétéroclite et divisé que Jean, qui est fils de Judas lui aussi, appelle « les juifs ». On arrive ainsi à un sommet d’absurdité : Jésus a déclaré à la samaritaine que le salut venait des juifs, nous l’avons entendu il y a une semaine or voici que ses multiples factions, toutes divisées, commencent à s’agréger contre celui qui vient lui offrir ce salut attendu par tous. Les plus zélés et intransigeants sont même les plus bêtes, et d’une bêtise qui devient méchante. En tout cas, aujourd’hui, tout commence par une initiative de Jésus. L’aveugle ne l’appelle pas, ses disciples sont en train de gloser sur le péché en se demandant de qui il vient. Mais Jésus ne s’égare pas dans ce genre de considérations. Il reprend l’attitude de Dieu lui-même au Sinaï qui déclarait à Moïse « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple » (Ex 3, 7). Il a vu, il agit, et il a ce comportement étonnant : faire de la boue avec sa salive. Le geste est inattendu mais il n’est pas insensé : Jésus prend la poussière du sol, comme le Créateur avait pris la glaise au commencement du monde. Et il y ajoute sa propre substance, ce qui vient de lui. Ce n’est pas encore la source d’eau vive qu’il vient de promettre dans le Temple, la source qui s’épanchera sur la croix quand on lui percera le côté mais ce qu’il joint à la poussière du sol ne vient que de lui seul. Nous sommes au sabbat, le dernier jour de la création où s’achève ce qui attendait son accomplissement. Et précisément, Jésus restaure en cet homme une capacité qui n’a jamais pu se déployer. Il est aussi en train d’accomplir une prophétie. Rappelons-nous Jérémie qui descend chez le potier et le regarde travailler : « Le vase qu’il fabriquait fut manqué, comme cela arrive à l’argile dans la main du potier. Il recommença et fit un autre vase. (…) Oui, comme l’argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans ma main, maison d’Israël ! » Jr 18, 6. Jésus fait comme le potier et personne ne le voit, sauf l’homme qu’il a guéri, nous y reviendrons. Car inévitablement, le geste de Jésus déclenche un procès puisque c’est devenu une habitude. Un procès en forme de caricature, bien sûr. À vrai dire, la chose est déjà entendue : à travers l’aveugle, c’est Jésus qui est visé, mais le vice lui-même est bien obligé de rendre hommage à la vertu en y mettant les formes. En l’occurrence, le vice c’est l’hypocrisie qui vise un homme pour en toucher un autre, doublée de la mauvaise foi qui refuse d’admettre qu’on prenne soin d’un homme qui souffre. Et pourtant, dans cette pantalonnade de bonnes questions apparaissent :  qui est pécheur ?  qui voit clair et qui est aveugle ?  mais aussi, et surtout, qui est-il ce Jésus qui accomplit de tels gestes ? À la première question, coincés dans leur vision réglementaire de la loi, ceux qui ont jugé d’avance ont déjà la réponse. Ils savent. Eux. Ils savent que l’aveugle est plongé dans le péché depuis son enfance. Ils savent aussi que Jésus est pécheur, ils n’ont pas peur de le proclamer d’emblée. Déclarer une culpabilité avant d’examiner les faits, ce doit être plus confortable à leurs yeux. Jésus, lui, attendra la fin mais il dira ce qu’il a à dire. La deuxième question – qui voit clair et qui est aveugle ? -, en réalité, c’est Jésus qui la soulève. Ceux qui mènent l’affaire sont certains de voir clair et ne se demandent rien. Ils sont pourtant incapables de lire le signe que Jésus vient de réaliser sous leurs yeux. Le signe du prophète Jérémie, bien sûr mais aussi le signe du fils de David. (suite…)

La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !…
Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »
Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.
Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père.
Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »

Jean 4, 19-26
Textes liturgiques©AELF

J’ai sélectionné un passage du très long évangile lu aujourd’hui dans nos églises. Nous savons que Jésus s’entretient ici avec une Samaritaine qui apparemment a eu une vie conjugale un peu sinueuse. Mais ce n’est pas ce qui ressort de cet extrait de leur entretien. Au bord du puits de Jacob, Jésus va avoir avec cette femme-là un des entretiens les plus intenses de tout l’Evangile de Jean. Elle va le deviner pour qui il est et il va se livrer à elle comme Messie envoyé par le Père, comme il n’a jamais pu le faire avec ses disciples un peu durs d’oreille et d’esprit. C’est à cette femme-là, la Samaritaine qui touchait le cœur de sainte Thérèse d’Avila comme elle touche le mien, que Jésus va faire la confidence de sa messianité et de la façon dont il convient d’adorer Dieu son Père « en esprit et en vérité ». Et tout se passe dans cet entretien selon le désir de Jésus quant à la relation qu’il convient d’établir avec lui, avec le Père, avec l’Esprit qu’ils nous donnent. Jésus parle avec cette femme en vérité, il lui parle d’eau vive – l’eau vive de l’Esprit – et à peine esquisse-t-elle un petit mensonge pour se décharger du fardeau qui pèse à travers le regard des autres sur sa vie, que Jésus la rétablit dans la vérité que lui, il connaît d’avance sur elle. Elle ne s’en offusque pas, pas du tout même. A cette clairvoyance de son interlocuteur, qui pose sur elle un regard lucide mais sans jugement, elle reconnaît le Messie d’Israël. Et elle court l’annoncer aux gens de Samarie qui le reconnaîtront à leur tour comme davantage qu’un prophète, le « Sauveur »! (suite…)

Mes ennemis ont dit : « Allons, montons un complot contre Jérémie. La loi ne va pas disparaître par manque de prêtre, ni le conseil, par manque de sage, ni la parole, par manque de prophète. Allons, attaquons-le par notre langue, ne faisons pas attention à toutes ses paroles. »
Mais toi, Seigneur, fais attention à moi, écoute ce que disent mes adversaires.
Comment peut-on rendre le mal pour le bien ? Ils ont creusé une fosse pour me perdre. Souviens-toi que je me suis tenu en ta présence pour te parler en leur faveur, pour détourner d’eux ta colère.

Jérémie 18,18-20
Textes liturgiques©AELF

Si on observe bien cet extrait du Livre de Jérémie, on constate qu’il n’avait pas vraiment de réjouissances à annoncer à ses contemporains. Et tout comme les disciples ne voulurent pas croire Jésus qui leur annonçait sa Passion dans l’évangile donné à notre méditation aujourd’hui, les contemporains de Jérémie ne voulaient pas croire qu’ils étaient en train de se fourvoyer aux yeux du Seigneur. Ils veulent faire taire Jérémie en prétextant que tout va bien pour eux, et qu’ils demeurent en état de grâce.

Je connais cela…

Qu’est-ce qui est, de nos jours, le plus difficile au cœur de l’Eglise ? Dire qu’elle est sainte et immaculée, infaillible en son Magistère, et qu’il n’y a qu’à se gorger de dogmes et de doctrines tous garantis véridiques parce que proclamés comme tels par les hommes, ou dénoncer les déviances de ces doctrines fondées sur des écrits non canoniques, des traditions populaires invérifiables, des empilements de déclarations et d’encycliques qui ne veulent jamais se contredire l’une l’autre et finissent par devenir un carcan étouffant ?

Qu’est-ce qui est le plus difficile ? Emprunter un ton sucré et mielleux pour annoncer à tous : « Jésus t’aime ! » ou rappeler la Parole même du Christ qui a annoncé maintes fois qu’il reviendrait dans la gloire pour juger les vivants et les morts, et que jugement il y aura vraiment, sur la base de ce que nous aurons mis en œuvre ou non de sa Parole ? (suite…)

En ce temps-là, comme les foules s’amassaient, Jésus se mit à dire : « Cette génération est une génération mauvaise : elle cherche un signe, mais en fait de signe il ne lui sera donné que le signe de Jonas.
Car Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive ; il en sera de même avec le Fils de l’homme pour cette génération.
Lors du Jugement, la reine de Saba se dressera en même temps que les hommes de cette génération, et elle les condamnera. En effet, elle est venue des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici bien plus que Salomon.
Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront ; en effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas. »

Luc 11,29-32
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Bienheureux Jonas qui fut écouté et pris au sérieux par les gens de Ninive, qui se sont aussitôt convertis !
De nos jours, un prophète authentique pourrait bien se lever pour avoir été envoyé par Dieu, il aurait peu de chances d’être entendu dans la cacophonie du monde, saturé de toutes sortes de spiritualités et du tintamarre des faux prophètes qui ont pignon sur rue !
Notre époque est bien pire, je pense, que celle de Jésus sur ce plan : l’Evangile de la résurrection du Seigneur, signe éminent, nous a été donné il y a 2000 ans, et nombre de nos contemporains ont encore les yeux rivés vers le ciel ou les lieux de fausses apparitions dans l’attente d’un signe prodigieux qui rassasierait leur faim de surnaturel. Sans compter tous ceux, bien plus nombreux encore, qui n’attendent, du ciel, rien du tout, sinon un hypothétique voyage vers Mars.
Nous n’avons pourtant même plus besoin, comme la reine de Saba, de venir du bout du monde pour écouter la sagesse de Salomon. En un clic sur le web, la Bible est accessible, de la Genèse à l’Apocalypse. Et qu’en faisons-nous ?
Pourtant, Jésus nous a prévenus : Il reviendra dans la gloire, pour le jugement, et s’il est plein de miséricorde, il est aussi fidèle dans ce qu’il dit.

Mais qui est donc la reine de Saba des temps du jugement ?

Image : L’adoration du bois de la Croix par la reine de Saba Fresque de Pierro della Francesca, XVe

Frères, ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?
Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu, cet homme, Dieu le détruira, car le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous.
Que personne ne s’y trompe : si quelqu’un parmi vous pense être un sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour devenir sage.
Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Il est écrit en effet : ‘C’est lui qui prend les sages au piège de leur propre habileté.’
Il est écrit encore : ‘Le Seigneur le sait : les raisonnements des sages n’ont aucune valeur !’
Ainsi, il ne faut pas mettre sa fierté en tel ou tel homme. Car tout vous appartient,
que ce soit Paul, Apollos, Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir : tout est à vous,
mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu.

1 Corinthiens 3,16-23
Textes liturgiques©AELF

A un premier niveau, cet extrait de la première Epître aux Corinthiens peut entrer en résonance avec la campagne électorale que nous vivons en ce moment en France : raisonnements de « sages » aux yeux du monde et ralliement à tel ou tel personnage politique… On en fait son héros, son héroïne, et on les défendrait bec et ongles ! Mais ne sont-ils pas, tous, avant tout des orateurs? Avec tout ce qu’il y a comme poids de ruse possible dans la parole qui veut entraîner les foules… Je ne veux pas ici dénigrer le jeu démocratique, d’ailleurs je suis une citoyenne consciencieuse qui vote toujours, mais franchement, quand je contemple cette agitation médiatique autour de telle ou telle phrase et, de la part des candidats, cette surenchère du paraître au détriment de l’être, je me dis que notre démocratie est tombée bien bas.
Je ferme la parenthèse.

En qui, chrétiens, mettons-nous notre orgueil ? En Jésus-Christ crucifié ! Lui n’a jamais manié la langue de bois. Il n’a annoncé que la vérité du Père, marchant de plus en plus sûrement vers la mort de la part de ceux qui haïssent cette vérité. Jésus mettait à mal tous les pouvoirs, et les pouvoirs ont voulu l’anéantir. C’était sans compter la puissance de sa divinité qui le mènerait à la résurrection, dont aujourd’hui encore nous vivons.

Depuis longtemps, la sagesse qui vient du monde ne m’impressionne plus. Les « intellectuels » qui se prennent très au sérieux me font sourire : qui es-tu, toi, pour mégoter sur l’existence historique de Jésus ? Qui es-tu pour déclarer que c’en est fini de la foi chrétienne ?

Depuis longtemps aussi, j’ai appris à être heureuse de n’avoir aucun diplôme de théologie à étaler devant les yeux de mes lecteurs. C’est ma petite fierté personnelle. Je ne suis pas une universitaire de l’Evangile. Non pas que je cherche à me maintenir dans une ignorance béate, je lis beaucoup d’écrits spirituels. Par contre, j’ai une épaisseur d’expérience que personne ne pourra me ravir : avoir été comptée pour folle au milieu des fous, quand l’Esprit indompté et indomptable me rendait inaccessible à la sagesse des sages de ce monde…

En ce temps-là, appelant de nouveau la foule, Jésus lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien.
Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »
[…]
Quand il eut quitté la foule pour rentrer à la maison, ses disciples l’interrogeaient sur cette parabole.
Alors il leur dit : « Êtes-vous donc sans intelligence, vous aussi ? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur,
parce que cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé ? » C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments.
Il leur dit encore : « Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui le rend impur.
Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres,
adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure.
Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »

Marc 7, 14-23
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Cet évangile n’arrive pas si souvent dans la liturgie, alors aujourd’hui, je me lance. Si je n’avais une grande proximité de cœur avec le Seigneur, je n’oserais pas extrapoler sa Parole. Or, ce texte se prête parfaitement à une petite variation qui me trotte dans la tête depuis fort longtemps :
« Écoutez-moi tous, et comprenez bien.
Rien de ce qui est extérieur à
la femme et qui entre en elle ne peut la rendre impure. Mais ce qui sort de la femme, voilà ce qui rend la femme impure. »

La suite de l’évangile s’appliquant indifféremment à l’humain, homme ou femme. Jésus y dénonce les vrais critères d’impureté.

Le Christ Jésus a eu à se battre contre le légalisme, les prescriptions rituelles et alimentaires qui étouffaient la pratique de la religion dans laquelle il avait été élevé.
Je voudrais à mon tour m’insurger contre la dictature de la virginité dans la religion catholique – la mienne – et d’autres traditions.
Car enfin, cette parole de Jésus est parfaitement transposable dans ce contexte-là. Evidemment, c’eût été pur scandale pendant des siècles de dire une chose pareille. J’ose le faire car je pense que notre époque est mûre pour l’entendre. (suite…)

En ce temps-là, Jésus se rendit dans son lieu d’origine, et ses disciples le suivirent.
Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. De nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ?
N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à son sujet.
Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. »
Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains.
Et il s’étonna de leur manque de foi. Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant.

Marc 6,1-6
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Depuis cinq ans que je tiens ce blog, j’évite de commenter cet évangile parce que je suis incapable de donner dans la langue de bois catholique. J’ai déjà lu et entendu tous les arguments possibles pour justifier que les frères et sœurs de Jésus ne soient pas ses frères et sœurs, nés de Marie et Joseph après lui. Il y a quelques décennies, il était courant de raconter que Joseph était un vieux veuf avec enfants qui avait épousé la jeune Marie s’épuisant bravement dans le rôle de belle-mère. Cela se devine même dans la peinture d’il y a quelques siècles, Joseph pourrait y être le grand-père de Marie !
Cette version est moins prisée de nos jours, alors on mégote sur des termes grecs pour justifier que les frères et sœurs de Jésus bien réels dans cet extrait ne soient que des cousins ou des parents plus éloignés…
Je suis catholique et j’ai subi ce lavage de cerveau depuis toujours, et ce matin même, encore, sur le blog d’un prêtre que je lis régulièrement.
En fait, tous les prêtres sont embarrassés quand ils doivent commenter cet évangile ou encore Marc 3, 31-35. On détourne le sujet, on noie le poisson, on ne peut surtout pas imaginer que la statue immaculée de la Vierge Marie ait pu concevoir d’autres enfants après Jésus ! Comme s’il pouvait y avoir là la moindre trace de péché ! Comme si c’eût été un déshonneur pour Marie, mère et épouse juive, d’avoir à mettre au monde et à élever une nombreuse famille. En fait, tout ce qui suscite la suspicion dans l’Eglise catholique d’aujourd’hui (un couple qui n’a pas d’enfant, ou un enfant unique) est glorifié s’agissant de la Sainte Famille, cette icône dans laquelle Jésus croît en enfant unique, choyé, couvé en permanence par le regard de sa mère et de son père nourricier, vivant une enfance lisse, sans confrontation avec aucun frère, aucune sœur qui aurait pu concevoir à son égard de la jalousie spirituelle…
Que Marie n’ait jamais révélé qu’à Joseph, et eux deux pas même à leurs autres enfants, que Jésus soit né de l’action de l’Esprit Saint, je le conçois tout à fait. Cela correspond parfaitement à l’humilité de Marie et à la discrétion de Joseph. Et de là, à l’âge adulte, l’incompréhension des frères de Jésus quand ils le voient commencer sa vie publique et accomplir des miracles.
Oui, « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. » C’est un fait immuable et universel. Même le Christ n’y a pas échappé.

On peut dire qu’après avoir « subi » une fratrie pas toujours aimable avec lui, Jésus était prêt à affronter la vie communautaire avec ses disciples, qui lui ont souvent donné du fil à retordre eux aussi.

Image : Le Christ à la maison (L’atelier du charpentier)
John Everett Millais (1829–1896)