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Méditations bibliques

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.

Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.
Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.

C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame :
« Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Philippiens 2, 6-11
Textes liturgiques©AELF

Je trouve que ces versets sont parmi les plus beaux qu’ait écrits l’Apôtre Paul. Ils nous parlent magnifiquement de Dieu le Père et de son Fils, sans les confondre l’un avec l’autre comme la théologie le fait parfois, à mon grand étonnement. Jésus est « dans la condition de Dieu » ne veut pas dire qu’il soit Dieu à lui tout seul. Un jour que je le faisais remarquer à des évangéliques, on m’a rétorqué comme une volée de bois vert : « Mais Jésus est Dieu !  » Personnellement, je n’arrive pas à affirmer cela. Jésus est l’une des trois Personnes de la Trinité sainte, oui, il y a en lui cette part irréductible de divinité qu’il avait dès le commencement, avant la création. Je le crois profondément. Mais son incarnation ne signifie pas que Dieu tout entier soit descendu du Ciel en lui. Non ! Le Christ Jésus vivait au milieu des hommes reconnu homme à son aspect, mais pendant ce temps, Dieu le Père était toujours aux cieux, et d’ailleurs Jésus ne priait pas le vide du Ciel, il priait son Père qui y était ! Un Père qui n’a sans doute pas forme humaine, et qui n’est absolument pas masculin.
Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme (Genèse 1, 27), ce verset est tout à fait clair, il y a en Dieu à la fois la future masculinité et la future féminité de l’être humain. Il me plaît de penser à Dieu le Père avec des entrailles maternelles, des entrailles qui auraient porté les prémices masculines du Fils et les prémices féminines de la ruah. Et cette essence divine du Fils aurait ensuite pris chair dans le sein vierge de Marie, non pas comme dans le ventre d’une mère porteuse mais par une authentique fécondation de la féminité de Marie. C’est un grand mystère, certes, mais je ne peux soutenir l’idée que Jésus soit arrivé à l’état d’embryon déjà tout constitué dans le sein vierge de Marie. Il y a en lui quelque chose du Dieu éternel et quelque chose de Marie, mais en tout cas rien de l’homme « fils d’Adam ». L’homme mâle n’est absolument pas intervenu dans cette conception, c’est important de le souligner, Jésus n’a ainsi rien des péchés virils habituels. Il est seulement reconnu homme à son aspect, mais il n’y a pas en lui l’héritage du péché qui fait tant souffrir le monde depuis les origines, en particulier les pulsions de domination, de soumission d’autrui, de violence et d’irrépressible besoin de conquérir les espaces et les consciences qui caractérisent surtout l’homme mâle depuis les temps immémoriaux. La société patriarcale dont nous héritons ne serait sans doute pas aussi terriblement difficile à vivre si les valeurs féminines avaient été prises en considération dans la construction des sociétés et des mœurs.

Pourquoi le propre Fils de Dieu a-t-il eu à souffrir l’abaissement jusqu’à la croix dans l’injustice la plus criante ?
C’est que la justice de Dieu n’est pas du tout celle des hommes. Dieu n’a pas voulu que son Fils, ayant pourtant toutes les perfections, grandisse et vive au milieu des humains en petit prince gâté. Pour Jésus notre Seigneur, depuis ses origines dans le sein du Père (Jean 1, 18) , la place de Roi de Gloire dans le Royaume qui vient était déjà préparée. Or Dieu ne donne la première place qu’à celui qui a, dans le monde, occupé au moins un temps la dernière. Ainsi du Christ Jésus dont nous fêtons aujourd’hui la Croix glorieuse. Ainsi de celle qui sera reine à son bras pour l’éternité.

La parole du Seigneur me fut adressée :
« Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part.
Si je dis au méchant : “Tu vas mourir”, et que tu ne l’avertis pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang.
Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

Ézéchiel 33,7-9
Textes lioturgiques©AELF

Difficile mission du prophète de Dieu ! Lui qui n’est qu’un faible parmi les faibles, il doit porter la parole du Très-Haut contre ceux qui se croient dans leur bon droit et ne voient pas la ruine qui s’annonce sur eux pour toutes leurs idolâtries… Et comme depuis toujours dans les temps bibliques, pour un prophète authentique qui se lève, abondance de faux prophètes que le peuple écoute avec avidité et qui entendent ridiculiser et noyer les avertissements de Dieu, quand ils ne les font pas tout bonnement passer pour des manœuvres de l’Adversaire…

De nos jours, dénoncer les idolâtries de la part de Dieu est encore plus périlleux, car elles se déguisent avec des oripeaux de sainteté, elles s’infiltrent partout dans l’Eglise en feignant la foi et la pureté, elles font la leçon à ceux qui ne les partagent pas et entendent conquérir jusqu’à la chaire de Pierre.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : aujourd’hui, il y a péril en la demeure. L’idolâtrie triompherait si l’Eglise catholique romaine se décidait ces temps-ci à reconnaître comme authentiques les « apparitions » de Medjugorje, même seulement les sept premières en 1981. La tentation est forte, terrible, clivante : tant de pèlerins là-bas, tant de vocations de prêtres, tant de conversions et aussi, bien sûr, tant de rentrées d’argent !

Mais ne convient-il pas d’examiner de près ces « vocations » et ces « conversions » ? Sont-elles ferment d’unité dans l’Eglise ? Sont-elles leviers de progrès œcuménique ? Sont-elles facteur d’intégration de tous ceux qui sont aux marges de l’Eglise à cause de telle ou telle situation non conforme au droit canon ? Sont-elles témoins de l’Evangile authentique, au point de ramener le cœur des baptisés égarés vers leur Seigneur le Christ Jésus ? Donnent-elles une image juste et ouverte de l’Eglise, proclament-elles la vérité sur Marie mère de Jésus ?

A toutes ces questions, je réponds, malgré la poudre aux yeux que nous envoie Medjugorje : « Non ».

Je n’ai pas de comptes à régler avec ce faux sanctuaire où je n’ai jamais mis les pieds, Dieu m’en garde. Mais depuis des décennies, je lis ce qu’il s’en dit, je m’infiltre dans les débats des « pro » et des « anti », je guette toutes les paroles du Vatican à ce sujet, j’observe le comportement et les discours des conquis de la Gospa. Et surtout, surtout, je prie à ce sujet, j’interroge sans relâche le Seigneur, j’écoute dans mon cœur le murmure de l’authentique Vierge Marie. Et à la faveur des lectures liturgiques d’aujourd’hui, je le réaffirme avec force : non, la Vierge Marie n’est jamais apparue à Medjugorje, pas même en 1981, non, la Gospa ne vient pas du Ciel, elle est une émanation redoutablement bien fabriquée du Malin. L’illusion est presque parfaite, tant la Gospa appelle à la sainteté de vie. Mais quelle sainteté ? Celle des observances morales et liturgiques, rien de plus ! On m’objecte depuis des années que Satan ne peut pas vouloir cela. Mais si, il le désire profondément ! Car quel objectif poursuit-il, sinon infiltrer l’Eglise jusqu’en son cœur pour mieux la diviser puis la détruire de l’intérieur ? Que veut-il lui laisser, sinon une carcasse morale vide de foi en Christ et une liturgie creuse où la prière se tournerait vers une fausse madone incapable en raison de la supercherie d’intercéder en quoi que ce soit vers Dieu ?

Que l’on ne se méprenne pas : j’ai un très grand amour pour la Mère de Jésus et je la prie très souvent, je sens très profondément dans mon cœur et dans mon âme sa douce intercession et sa sollicitude bienveillante. C’est même en son nom, d’abord, que j’écris ces lignes. Parce qu’elle n’en peut plus de ce fantôme de Gospa qui étourdit les âmes et les détourne de la vraie foi en la Parole de son Fils. Une Parole subversive qui n’a rien à voir avec ces messages sirupeux qui enferment des milliers de catholiques dans une bonne conscience à peu de frais et dans une déviance vers une idolâtrie détestée du Père et du Fils.

Frères,
nous le savons, quand les hommes aiment Dieu,
lui-même fait tout contribuer à leur bien,
puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour.
Ceux que, d’avance, il connaissait,
il les a aussi destinés d’avance
à être configurés à l’image de son Fils,
pour que ce Fils soit le premier-né
d’une multitude de frères.
Ceux qu’il avait destinés d’avance,
il les a aussi appelés ;
ceux qu’il a appelés,
il en a fait des justes ;
et ceux qu’il a rendus justes,
il leur a donné sa gloire.

Romains 8, 28-30
Textes liturgiques©AELF

En méditant cet extrait de l’Epître aux Romains, je ne voudrais pas entrer dans un débat théologique sur la doctrine de la prédestination, ce dont je serais bien incapable. Mais cependant, ce texte me parle en profondeur. Il peut interroger les chercheurs de Dieu. Personnellement, je le comprends à travers tout ce que je connais de l’histoire sainte, et de ma propre vie. Ce n’est pas une compréhension intellectuelle. C’est beaucoup plus profond que cela.

Oui, certaines âmes sont appelées par Dieu, et ce parfois très tôt. Dieu peut donner à une personne le goût de l’aimer et de connaître et faire sa volonté depuis la plus tendre enfance. Et au risque de choquer, je dirais que cet appel n’est pas universel. Nous le savons tous, beaucoup de nos contemporains – et cela a toujours été le cas – sont indifférents aux choses de Dieu. L’exemple le plus parlant en est l’élection divine du peuple d’Israël dans un monde de paganisme depuis les temps bibliques. Il fallait un peuple témoin pour révéler Dieu le Père à tous – et quelle reconnaissance devons-nous au peuple juif d’avoir joué ce rôle ! De même, tandis que le témoignage de fidélité du peuple juif se poursuit et a toute son importance, faut-il depuis 2000 ans des témoins de l’Evangile pour rendre crédible et désirable la Parole du Christ Jésus et la mémoire de sa vie, de sa mort et de sa résurrection. Un chrétien authentique doit témoigner par toute sa vie du Fils de Dieu vérité et chemin vers le Père.
Or, des chrétiens authentiquement témoins, il n’y en a pas tant que cela. Les contre-témoignages abonderont toujours, parmi les fidèles comme au milieu des consacrés. Nous connaissons tous de ces gens qui nous ont, ou auraient pu « nous dégoûter de la religion ».
Ne nous arrêtons pas à ceux-là. Pour reprendre des mots de Jésus « la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle » – l’Eglise, et par extension, notre foi quand elle est sincère et profondément ancrée. (Matthieu 16, 18)
Il incombe à ceux qui ont été vraiment appelés par Dieu de refléter sa lumière et de marcher avec courage sur le chemin de la sainteté. Les saints sont nos plus beaux phares dans la nuit, ceux qui ont été reconnus par l’Eglise comme tous les saints du quotidien, les humbles, qui vivent vraiment en actes et en vérité la Parole de Dieu. Ceux-là nous aident à avancer à la suite du Christ.

Alors comment accepter que Dieu appelle celui-ci et non pas celui-là ? Les incroyants sont souvent pleins de jalousie : quel est ton Dieu qui ne me parle pas, ne m’exauce pas, ne m’a pas appelé(e) ? Pourquoi te crois-tu son élu, au mépris de ma personne non moins importante que la tienne ? Et ainsi se poursuit le malentendu qui a généré la haine du Juif et qui tourne en ridicule le chrétien, pour ne pas afficher un mépris ouvert à son encontre.

Comprenons une chose : le chemin de la sainteté n’est pas une promenade sur un sentier bordé de roses. Il n’est qu’à scruter la vie des grands saints : que de souffrances ! On va encore me ressortir le mot fourre-tout de « dolorisme ». Ce que je veux exprimer n’a pourtant rien à voir avec cette conception biaisée des choses. L’Ecriture est parfaitement claire : le messie de Dieu endure les plus grandes souffrances, parce qu’il est le plus intransigeant avec lui-même. Il ne fait aucune concession au péché, et le monde a horreur de ce qui respire la sainteté. Une sainteté authentique est toujours haïe par les hypocrites et le juste n’attire pas la sympathie mais l’agacement, voire la persécution. Le lot du saint, c’est d’être persécuté par ses contemporains. Et quand cela ne suffit pas, le démon s’y met en personne, sans l’intermédiaire des hommes. Saint Jean-Marie Vianney ou sainte Thérèse d’Avila en témoignaient sans ambiguïté. Mais je sais que peu de gens sont capables de comprendre cela à une époque où il est de bon ton, même dans une certaine Eglise, de prétendre que le diable n’existe pas.

Passons sur cette notion.
Ce qui est certain, c’est que le saint souffre, et que Dieu le sait. Dieu ne le désire pas, mais il le voit, il l’entend, et il console. Il donne force et courage dans l’épreuve. Il relève. Il permet d’aller de l’avant.
Dieu sait la souffrance du juste. Et il parvient à lui faire comprendre qu’elle n’est pas inutile. Car tôt ou tard, de son vivant ou après sa mort, Dieu justifie le juste. Et alors, tous ses persécuteurs ont lieu de se frapper la poitrine, de se repentir et de se convertir. Et pour un juste ou un saint qui a beaucoup enduré sans se plaindre dans sa vie, combien d’âmes gagnées au Ciel grâce à lui !

Ne te révolte donc pas si tu as le sentiment que Dieu t’a oublié ou qu’il ne t’a tout simplement jamais appelé. Dans ce temps où tu vis ton insouciance à la manière du monde, sache qu’il y a au moins quelque part un juste qui prie pour toi et qui sacrifie sa légèreté à ton salut.

En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. »
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.
Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ?
Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »

Matthieu 16,21-27
Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Parole du Seigneur ô combien difficile à recevoir en ce XXIe siècle ! Je crois que beaucoup de nos contemporains ne la comprennent pas du tout. Pourtant, pour la vivre intensément au creux de mon âme et de ma chair, je peux attester qu’elle est profondément authentique.
Pour ce qui est de Jésus, il est certain que tout s’est passé – et se passera – exactement comme il l’a annoncé ce jour-là. Ne commençons pas à remettre sa propre parole en doute, comme le fit Pierre. La tentation existe toujours – et de plus en plus dans notre monde – de contester les paroles de Jésus. J’accepte ceci, mais pas cela… Ce n’est pas Jésus lui-même qui a écrit les évangiles… Jésus n’était qu’un sage inspiré, mais pas le Fils de Dieu… La résurrection est symbolique… Je pourrais poursuivre indéfiniment la liste de ces paroles insidieuses qui sèment le doute dans les esprits insuffisamment ancrés dans la Parole du Christ. Il serait sage, dans notre vie de baptisés, au milieu de la tempête des incroyances et des influences d’autres traditions, de conserver comme roc de notre foi l’Evangile tout entier, sans chercher à en raboter ceci ou cela. Je le dis même pour les prêtres, en ayant entendu beaucoup qui ne voyaient que des symboles partout, par exemple pour les miracles que Jésus a accomplis. Ne pouvons-nous donc garder des yeux émerveillés devant les signes et les guérisons que Dieu a accordés par la personne de son Fils du temps de son incarnation parmi les hommes, et bien au-delà ?

J’ai eu, et j’ai encore dans ma vie, à me battre souvent contre les pensées qui ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. J’ai eu à le faire en moi, pendant une longue période de doute. J’ai aujourd’hui à le faire au milieu du monde, même dans le cercle de ma famille ou de mes amis, même dans le cadre de ma paroisse ! Toutes ces petites réflexions sur mon choix de ne plus rechercher ni désirer de partenaire de vie… Et si mon chemin, c’était celui que nous trace l’Apôtre Paul aujourd’hui en Romains 12,1-2 ?
« Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte.
Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. »

Qui donc peut y trouver ombrage, sinon l’esprit du monde ?

Il y a plus dans cet évangile d’aujourd’hui : l’annonce du retour du Christ dans sa gloire pour rendre à chacun selon sa conduite. Et là, qu’il se signale, celui qui ose encore penser de nos jours qu’il en sera ainsi ! Eh bien moi, j’affirme ma foi dans cette parole du Christ Jésus. Je lisais il y a quelques jours une méditation dans laquelle un prêtre – et ils sont très nombreux à tenir ce langage – affirmait que de notre vivant, personne d’entre nous ne verrait la fin des temps. Mais de quel droit affirmer ce genre de chose ? N’est-ce pas là une pensée des hommes, mais non de Dieu ? Dieu est souverainement libre, et s’il lui plaît de nous envoyer son Fils pour son second avènement demain, ou dans un mois, ou dans un an, il le fera !

Quand je lis, quand j’entends des discours pieux qui nient cette possibilité, je me dis que quelqu’un cherche là à anesthésier les consciences. Oui, vraiment, ces pensées-là ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.

En ce temps-là, quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.
En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades.
Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! »
Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. »
Jésus dit : « Apportez-les-moi. »
Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule.
Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins.
Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.

Matthieu 14,13-21
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

De cet extrait d’évangile fondateur de la vie ecclésiale, je ne commenterai que la toute dernière phrase. Pourquoi Matthieu a-t-il trouvé bon de compter les gens de cette façon ? Certes, il écrit son évangile il y a près de 2000 ans, à une époque et dans une culture où la femme ne compte que comme reproductrice et comme servante. Mais tout de même ! Matthieu a été disciple du Christ, et fréquenter d’aussi près Jésus aurait dû lui ouvrir les yeux sur le regard nouveau et plein de respect et de considération que le Christ a porté sur toutes les femmes rencontrées dans sa vie.

Je viens d’achever de lire un ouvrage très érudit détaillant les débuts de la Genèse jusqu’à l’appel d’Abraham. Force est de constater que dans ces lignes fondatrices de plusieurs traditions religieuses, les femmes ne comptent guère, ou si peu, sinon Eve que l’on accuse encore et toujours d’être à l’origine de tous les maux du monde. Eve complaisante avec le serpent, Eve qui détourne son mari de la parole de Dieu, Eve qui enferme son fils Caïn dans une relation exclusive et déterminante dans le meurtre d’Abel… Stop ! Je n’en peux plus de ces interprétations. Eve est une femme, comme je suis une femme, ni elle, ni moi ne sommes l’Immaculée Conception, mais de là à nous prêter tant d’intentions faibles et coupables, c’en est trop.

Je respecte infiniment la Bible et je m’en nourris, mais de la Genèse jusqu’aux écrits de Paul, il est évident que les rédacteurs en sont tous des hommes, inspirés, certes, par l’Esprit Saint, mais déterminés aussi par leur masculinité. Tous ceux qui ont ensuite commenté la Bible pendant des siècles en maintenant les femmes dans l’illétrisme ont poursuivi cette œuvre de diabolisation de leurs sœurs en humanité comme s’il n’y avait rien de plus naturel. Soit elles sont causes de chute pour l’homme, soit elles ne comptent pour rien. « Sans compter les femmes et les enfants. »

Bien sûr, il y a quelques belles et grandes figures féminines dans l’Ancien Testament, mais bien peu au regard de tous les hommes que l’on glorifie à longueur de pages. Que l’on considère simplement comme est récurrente la mention des fils dans les généalogies, tandis que les filles ne sont que des compagnes et des mères potentielles, quand toutefois elles sont citées.

Je ne crois vraiment pas que cette injustice vienne de Dieu. Il n’est qu’à contempler son Fils, qui s’aigrit régulièrement contre ses disciples et n’a pas le moindre mot en défaveur d’une femme dans tous les évangiles. C’est bien ainsi que je vis le Père et le Fils : pleins d’amour et de complaisance pour nous, filles et femmes, et désireux envers et contre tout de nous délivrer de ces carcans dans lesquels les hommes – y compris, voire surtout les religieux – nous ont enfermées depuis la nuit des temps.

Je crois vraiment que nous sommes à un tournant de la Révélation divine. L’Eglise s’est tragiquement illustrée ces dernières décennies par les abominables péchés de certains de ses membres, en actes ou en indulgence coupable. Tous ces péchés sont exclusivement des péchés masculins, et d’une gravité extrême.

Alors vraiment, les théories d’Eve responsable de toutes les chutes qui pourront advenir à l’humanité ont du plomb dans l’aile. Il est grand temps de se mettre vraiment à l’école du Christ : lui, l’avocat de toute femme rencontrée dans sa vie, saura bien nous réhabiliter et nous restaurer dans notre place digne et centrale dans la Révélation divine.

En ces jours-là,
on annonça au roi d’Égypte,
que le peuple d’Israël s’était enfui.
Alors Pharaon et ses serviteurs
changèrent de sentiment envers ce peuple.
Ils dirent :
« Qu’avons-nous fait en laissant partir Israël :
il ne sera plus à notre service ! »

Exode 14, 5
Textes liturgiques©AELF

Je vais encore tenter un parallèle très osé. Depuis longtemps, quand je lis des extraits du Livre de l’Exode, je vois dans les Hébreux en Egypte la situation des femmes dans le monde et aussi en Eglise. Dans bien des sociétés, et depuis les temps immémoriaux, les femmes sont encore les esclaves de leurs frères, maris, patrons… Et l’on sait bien que les religions sont les derniers bastions de cet état de fait. Là où l’évolution des mentalités tend à l’émancipation des femmes de tous leurs jougs ancestraux, les religions se cramponnent à l’idée de leur culpabilité originelle et de la nécessité de les mettre sous la tutelle d’un homme pour les soumettre et les brider.
Le Christ Jésus n’est jamais allé dans ce sens. Bien au contraire, il a relevé chaque femme rencontrée dans sa dignité originelle. Et je suis sûre que s’il avait pu aller plus loin dans sa volonté de réhabiliter les femmes, il l’aurait fait, mais son propre contexte historique et religieux ne le lui a pas permis.
Gros retour en arrière avec saint Paul, auquel les chrétiens les plus conservateurs se cramponnent désespérément.
Mais le mal est fait dans l’Eglise.
Je n’en parle pas en personne extérieure ; comme je l’ai dit souvent ici, je suis d’une famille profondément catholique depuis toujours et j’observe la vie au cœur de l’Eglise depuis ma plus tendre enfance.
Ecoutez un peu les clercs, et vous verrez qu’ils se désolent de la fuite des jeunes et des femmes, de leur absence de plus en plus criante à la messe. J’y vais fidèlement, et du haut de mes 53 ans, je suis une des plus jeunes de toute ma communauté de paroisses !
Où sont mes amies, mes sœurs, mes cousines, mes filles, mes nièces, élevées comme moi dans la foi ? Pourquoi ne sont-elles plus aux assemblées dominicales catholiques ?
La réponse est peut-être dans cet extrait du Livre de l’Exode.
« Qu’avons-nous fait en laissant partir Israël :
il ne sera plus à notre service ! »

A trop vouloir régenter la vie des femmes, légiférer sur leur corps entre hommes et les mettre au service des clercs, l’Eglise les a presque irrémédiablement perdues. C’est ce que je pense.

Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche,
à l’un de ces petits en sa qualité de disciple,
amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

Matthieu 10, 42
Textes liturgiques©AELF

Ça doit faire douze ans maintenant, même évangile, même été de canicule.
Dans ma tête, mon cœur, ma vie, le chaos. Un de ces moments charnières où une existence sait qu’elle doit basculer vers autre chose, à la fois se remettre en question et se reconstruire sur des décombres pas seulement imputables à soi-même. Chasser les pensées mortifères et choisir quand même la vie, même difficile, même dans des obstacles de tous ordres qui peuvent paraître insurmontables.
Ce jour-là, j’ai rendez-vous avec un psychiatre en qui j’ai grande confiance, il commence à me connaître un peu ; j’ai tant de dilemmes intérieurs qu’outre les rendez-vous, je viens de lui écrire une lettre dans un abandon total à son discernement.
J’arrive tendue, il me reçoit un peu ému aussi. J’ai tout dit. C’est à lui de s’exprimer. Il fait très chaud.
« Est-ce que vous voulez un verre d’eau ? »
Ce verre d’eau-là, je ne l’ai jamais oublié. Jamais je n’ai bu un autre verre d’eau dans un cabinet médical. Jamais on ne m’a servi aussi aimablement un verre d’eau le jour où on lisait cet évangile-là en Eglise. Au fond de moi, ce jour-là, impossible de ne pas faire le rapprochement.

Ce verre d’eau fraîche m’a désaltérée très profondément. Les semaines suivantes, mon ciel s’est considérablement éclairci, même s’il y a eu ensuite d’autres combats, d’autres dilemmes intérieurs. Mais jamais plus un chaos comme celui-là.
Qu’il soit remercié, celui qui m’a tendu un verre d’eau fraîche dans mon désert affectif, celui-là même qui se refusait à pénétrer dans une église, ne serait-ce que pour la visiter.

Si l’on ne vous accueille pas
et si l’on n’écoute pas vos paroles,
sortez de cette maison ou de cette ville,
et secouez la poussière de vos pieds.

Matthieu 10, 14
Textes liturgiques©AELF

J’en étais au point où j’avais franchement la tentation de le faire. Secouer la poussière de mes pieds et quitter l’Eglise catholique romaine. D’ailleurs je l’avais déjà fait à l’entrée dans l’âge adulte, pour y revenir repentante et joyeuse quinze ans plus tard.
Mais pendant toutes ces dernières années – une vingtaine – j’ai dû lutter contre le sentiment pesant d’y être indésirable. Oh bien sûr, j’aurais pu, et on me l’avait demandé, catéchiser des enfants ou des adolescents, prendre des responsabilités dans l’équipe d’animation pastorale, chanter à la chorale, que sais-je encore ? Toutes ces choses que l’on attend volontiers des femmes en Eglise. Plus d’une fois, j’ai dit non, et cela a été plutôt mal perçu. J’avais des excuses valables : pas le temps, maman solo, trop fatiguée par mon métier prenant… Mais au fond de moi, tout au fond de moi, je savais bien que cet appel-là n’était pas celui de Dieu sur moi. Que là n’était pas ma vocation profonde.

Je ne me suis jamais senti un charisme d’animatrice paroissiale. Plus encore, j’ai une aversion pour les petits pouvoirs locaux que cela aurait pu me prodiguer. Rester à ma petite place, à la lecture des Ecritures saintes, celle qui me va tout à fait. Rien d’autre que cela.

Par contre, depuis très longtemps, j’ai des choses à dire à l’Eglise, ou plutôt, à lui chuchoter à l’oreille. Et faute d’y être entendue, je les exprime ici depuis plus de cinq ans maintenant. Mais cela demeure douloureux d’avoir une vie spirituelle intense, d’en faire le moteur de sa vie, et qu’elle ne soit aucunement prise en considération dans son entourage et son diocèse. Depuis vingt ans, je chuchote dans un désert ecclésial. Je me confie, et bien vite, je trouve porte close. J’écris, on me répond poliment, une fois, deux fois peut-être, ou pas du tout. J’ai de grands amis consacrés, ordonnés, avec lesquels je vis des amitiés magnifiques, mais d’accompagnateur spirituel à proprement parler, point. Ma parole, même chuchotée, m’a toujours fermé au bout d’un moment les portes que j’espérais voir s’ouvrir.

Jusqu’à ce dimanche.
Quand l’Esprit s’invite, il se donne clairement à percevoir. Là, vous vous retrouvez face à quelqu’un qui vous inspire une confiance entière et immédiate. Et le dialogue qui s’instaure ne vous déçoit en rien.
Une perspective s’ouvre. Un espoir renaît.

J’allais secouer la poussière de mes pieds et m’enfuir de cette Eglise qui me tient pourtant aux entrailles.

Une main m’a été tendue. J’ai gardé sagement mes pieds dans mes sandales. Et je me suis remise à espérer.

« Un homme fonda l’Eglise,
il l’entoura de beaux murs,
y installa un tabernacle
et fit bâtir pour elle de somptueuses cathédrales.
Puis il confia cette Eglise à des fidèles, des apôtres et des clercs,
et partit au Ciel, à la droite du Père.
Par sa grâce, il lui fit porter du fruit
par l’intermédiaire des saints qui voulaient vivre concrètement sa Parole.
Mais certains clercs se mirent à les jalouser.
De nouveau, il leur envoya d’autres saints ;
et ceux-là, ils les mirent au cachot et les humilièrent.
Il en envoya encore d’autres,
et ceux-là, ils les firent brûler au bûcher ;
puis beaucoup d’autres saints :
ils brûlèrent les œuvres des uns et cherchèrent à faire abjurer les autres.
Il lui restait encore quelqu’un : sa sœur bien-aimée.
Il l’envoya vers eux en dernier, en se disant :
“Ils respecteront ma sœur.”
Mais ces clercs-là se dirent entre eux :
“Voici l’héritière :
allons-y ! anéantissons-la,
et l’Eglise restera à nous !”
Ils la mirent en doute, acquiescèrent à son internement,
et la discréditèrent dans l’Eglise pour longtemps

Que fera le fondateur de l’Eglise ?
Il viendra,
fera prendre conscience de leur erreur de jugement aux coupables,
et donnera le Royaume à d’autres.
N’avez-vous pas lu ce passage de l’Écriture ?
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux ! »

Libre parabole sur la trame de Marc 12, 1-12 , liturgie du lundi de Pentecôte sur AELF

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Si l’on m’a persécuté,
on vous persécutera, vous aussi.
Si l’on a gardé ma parole,
on gardera aussi la vôtre.

Jean 15, 20
Textes liturgiques©AELF

La persécution des chrétiens à travers les âges est un vaste et tragique sujet, brûlant en certaines contrées de nos jours. Mais ce ne sera pas là mon propos d’aujourd’hui.

Jésus parle ici à ses disciples, ceux qu’il a « choisis en les prenant dans le monde ». Toute la question est de savoir qui il a choisi, et qui il n’a pas choisi. Car il faut bien l’avouer, entre supposés « choisis par le Christ », on n’est pas forcément tous d’accord, et chacun peut se sentir le persécuté de l’autre. Mais chaque interlocuteur revendiquera de lui appartenir et d’avoir été choisi par Lui, à plus forte raison s’il a concrétisé un engagement religieux.

Souvent, dans des débats avec d’autres chrétiens, a fortiori avec d’autres catholiques, je suis médusée de constater qu’il y a plus d’opposition et de divergences entre nous qu’avec par exemple mes nombreux amis non croyants, qui m’accueillent avec bienveillance, telle que je suis, et respectent mes prises de position ici ou là, sans forcément les commenter d’ailleurs.
Par contre, quand je m’exprime par l’écrit en milieu catholique, je m’attire souvent des foudres, de l’indifférence, du mépris ou des sarcasmes. Pourtant, si je le fais, c’est bien au nom du Christ Jésus à qui j’ai voué le reste de ma vie. Je n’ai jamais eu l’ambition d’imposer mes points de vue personnels : tous ceux qui me connaissent dans la vie courante le savent. J’ai toujours préféré les postions subalternes et je suis plutôt discrète au quotidien.

Ici, sur cet espace, et sur les quelques lieux de discussion chrétiens où j’interviens, c’est tout autre chose. J’ai une Parole chevillée au cœur : celle du Christ Jésus, telle que je la reçois dans les Ecritures et dans l’oraison. C’est cette parole-là que je défends, dans l’Esprit. Et pourtant, ceux qui prétendent la défendre aussi, ceux qui se targuent d’avoir été choisis par le Christ, bouleversés par une conversion, attirés de façon irrépressible vers l’Eglise voire ordonnés en elle sont rarement d’accord avec ce que j’exprime. Je rencontre des oppositions violentes, et je subis aussi semaine après semaine, quel que soit le prédicateur, des homélies pesantes qui culpabilisent, accusent de manque de foi, valorisent les observances, ramènent tout à l’Eglise même quand elle suit un mauvais chemin… Me prêter l’oreille, à moi ? C’est pure illusion. J’ai rencontré tant d’indifférence et d’opposition que j’ai renoncé désormais à me confier sur mon oraison au cœur de l’Eglise.

Alors, d’aucuns me diront que le problème est en moi et pas ailleurs. Que le plus grand nombre des catholiques marche dans la bonne direction et que c’est moi qui fais fausse route. Que le fait de ne pas avoir de partisans m’accuse moi-même.

Je n’en suis pas si sûre, à méditer cet extrait de l’Evangile de Jean. Ce dont je suis certaine, c’est que le Christ Jésus m’a saisie tout entière, et depuis longtemps déjà. Et que le lot de son véritable disciple, c’est d’être persécuté, même et surtout dans sa propre tradition religieuse… Ceux qui attirent la concorde autour d’eux ne sont peut-être, en réalité, que des faux prophètes.

« Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort ! »
Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour annoncer les actions du Seigneur :
il m’a frappé, le Seigneur, il m’a frappé,
mais sans me livrer à la mort.

Ouvrez-moi les portes de justice :
j’entrerai, je rendrai grâce au Seigneur.
« C’est ici la porte du Seigneur :
qu’ils entrent, les justes ! »
Je te rends grâce car tu m’as exaucé :
tu es pour moi le salut.

Psaume 117 (118), 16-18, 19-21
Textes liturgiques ©AELF

Ce psaume, dont ne voilà qu’un extrait, est magnifique. C’est toute l’espérance de ceux qui sont persécutés pour la justice, haïs sans raison. Il s’applique bien sûr éminemment au Seigneur Jésus, mais nous pouvons aussi y puiser du réconfort quand les circonstances et les langues mauvaises s’acharnent contre nous alors que nous n’avons pas commis le mal et que nous vivons dans la foi.

« Non, je ne mourrai pas, je vivrai », souvent, j’ai envie de chanter ce verset.
C’est un verset très subversif, car même en Eglise, on nous répète à l’envi que notre sort à tous est de mourir un jour. Or, j’ai la foi chevillée au cœur, et plus que l’espérance, la certitude que le Messie Glorieux est à nos portes pour son retour. Vient-il pour faire mourir le juste ? Vient-il pour faire mourir le racheté ? Certainement pas ! Il vient pour leur donner la surabondance de sa vie éternelle.
Alors, je crois. Je crois dans l’espérance et une foi totale. Je crois en la vie donnée par le Christ. Je ne suis pas de celles et ceux qui cherchent à gommer sur leurs visages et leurs corps les marques des outrages du temps. Simplement, je crois et j’attends.

« Non, je ne mourrai pas, je vivrai. »
Alléluia !

Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit !
Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »
Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.

Luc 24, 25-27
Textes liturgiques©AELF

Pauvre Jésus ! Toute sa vie, il a été confronté à des personnes qui ne comprenaient pas qui il était, à des disciples qui se scandalisaient de l’annonce de son inéluctable Passion, à des sceptiques qui ne croyaient pas au témoignage des femmes l’ayant pourtant vu ressuscité ! Pire : ceux-là même qui connaissaient les Ecritures sur le bout des doigts n’ont fait aucun rapprochement entre sa Personne et le Messie fils de David annoncé depuis longtemps. Tout s’est passé pour Jésus comme pour Moïse confronté à des Egyptiens au cœur endurci. Le plus étonnant, c’est que nous pouvons lire que Dieu lui-même avait endurci ces cœurs-là. Ainsi de l’entourage de Jésus :
« Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre.
Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai.
Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent !
Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »

Matthieu 13, 10-17

On s’imagine souvent que du temps de Jésus, on l’aurait écouté, aimé, suivi, loué même. Et on s’enorgueillit d’être de ceux qui croient en Lui quand on lui dit : « Seigneur, Seigneur ! »
Je voudrais cependant souligner que c’est maintenant un peu facile de croire en Lui, après vingt siècles d’Eglise et de foi chrétienne. (suite…)

Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ;
nous tous, nous en sommes témoins.
Élevé par la droite de Dieu,
il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis,
et il l’a répandu sur nous,
ainsi que vous le voyez et l’entendez.

Actes 2, 32-33
Textes liturgiques©AELF

« Nous tous » !  Qui est, de nos jours, englobé dans cette formulation ?
Au minimum, il devrait s’agir des baptisés. Baptisés dans la mort et la résurrection du Christ Jésus, nous nous devons d’être ses témoins. Rêvons un peu : si le minimum de la foi du baptisé, c’était la résurrection du Seigneur Jésus, elle serait certes annoncée bien mieux qu’elle ne l’est de nos jours.
D’où vient la faiblesse de la foi de nos contemporains ? Je n’ai pas de réponse à cette question, seulement des hypothèses.
Peut-être que ce déficit de foi vient déjà du manque de conviction des parents qui présentent leurs enfants au baptême : certains le voient davantage comme une sorte de rite qui introduit l’enfant dans une famille, avec une fête à la clef, ou comme le sésame pour la première communion à laquelle ils vont les inscrire dans le même esprit. Et la plupart du temps, on ne voit ces enfants à la messe ni avant le jour de la première communion, ni après.
On ne peut incriminer les enfants, « l’éducation silencieuse » joue ici pleinement son rôle. Un parent qui ne confesse pas lui-même la résurrection du Seigneur, qui n’a aucune envie de lui rendre grâce en venant l’aimer au rendez-vous de l’Eucharistie transmettra difficilement la foi de vingt siècles de chrétiens qui nous ont précédés. Tout se passe comme si le baptisé d’aujourd’hui voulait volontiers de la vie après la mort, mais sans vivre, de son baptême à son enterrement, une vie de chrétien.
Disant cela, je ne suis pas seulement désappointée pour mon Seigneur ressuscité et vivant que je chéris tant et qui est si délaissé. Je crois surtout que les Ecritures sont en train de s’accomplir : (suite…)

En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade. Donc […]

Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. » Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » […]

Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. […]

Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : «Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et […]

repris par l’émotion, […]

Extraits de Jean 11,1-45
Textes liturgiques©AELF

Qu’est-ce donc que ce curieux passage d’évangile, allez-vous penser ?
Je me suis simplement prêtée à un petit jeu : je n’ai copié que les passages proposés à la suppression dans l’Evangéliaire pour la lecture brève de Jean 11, 1-45. Donc, ce qui reste ci-dessus, ce sont les passages « entre parenthèses » considérés comme facultatifs et que, dans certaines paroisses, le prêtre n’a pas lus aujourd’hui. Bien sûr, on ne comprend plus bien ici le récit de la résurrection de Lazare, magnifique, que j’encourage chacun à lire entièrement. Mon propos n’est pas de commenter cet événement annonciateur de la résurrection de Notre Seigneur, mais plutôt de me pencher sur ce que l’Eglise considère comme secondaire dans cet extrait d’évangile, et propose de supprimer pour qu’il ne soit pas trop long à lire.

Et comme par hasard, dans les passages supprimés, il y a presque tout ce qui concerne Marie de Béthanie. La profession de foi de Marthe est bel et bien présente dans la lecture brève. Celle de sa sœur Marie, non. On coupe aussi la phrase de Marthe qui donne à comprendre que Jésus a fait appeler Marie près de lui, comme si c’était un détail sans importance. Marie voulait rester discrètement à la maison, à pleurer son frère Lazare, mais Jésus demande à Marthe de la faire venir. Jamais je n’ai entendu un prédicateur souligner ce fait-là, qui pourtant est significatif de l’attachement du Christ pour Marie. Et c’est bien en la voyant pleurer, elle, Marie – et non pas Marthe avant elle – que Jésus est « saisi d’émotion » et qu’il se met à pleurer lui aussi. Il ne pleure donc pas seulement sur la mort de son ami Lazare, mais aussi – et c’est l’élément déclencheur – sur le chagrin de la jeune Marie. (suite…)

En ce temps-là, Jésus enseignait au temple de Jérusalem. Dans la foule, on avait entendu ses paroles, et les uns disaient : « C’est vraiment lui, le Prophète annoncé ! »
D’autres disaient : « C’est lui le Christ ! » Mais d’autres encore demandaient : « Le Christ peut-il venir de Galilée ?
L’Écriture ne dit-elle pas que c’est de la descendance de David et de Bethléem, le village de David, que vient le Christ ? »
C’est ainsi que la foule se divisa à cause de lui.
Quelques-uns d’entre eux voulaient l’arrêter, mais personne ne mit la main sur lui.
Les gardes revinrent auprès des grands prêtres et des pharisiens, qui leur demandèrent : « Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? »
Les gardes répondirent : « Jamais un homme n’a parlé de la sorte ! »
Les pharisiens leur répliquèrent : « Alors, vous aussi, vous vous êtes laissé égarer ?
Parmi les chefs du peuple et les pharisiens, y en a-t-il un seul qui ait cru en lui ?
Quant à cette foule qui ne sait rien de la Loi, ce sont des maudits ! »
Nicodème, l’un d’entre eux, celui qui était allé précédemment trouver Jésus, leur dit :
« Notre Loi permet-elle de juger un homme sans l’entendre d’abord pour savoir ce qu’il a fait ? »
Ils lui répondirent : « Serais-tu, toi aussi, de Galilée ? Cherche bien, et tu verras que jamais aucun prophète ne surgit de Galilée ! »
Puis ils s’en allèrent chacun chez soi.

Jean 7,40-53
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

« Jamais un homme n’a parlé de la sorte ! » Oui, c’est vrai, Jésus a sans doute été le plus grand orateur de tous les temps. Et à la différence des orateurs que nous connaissons, il n’utilisait pas la manipulation mentale et le mensonge. Différence fondamentale entre le Verbe de Dieu et les beaux parleurs dont notre époque – comme toutes les autres sans doute – est friande.

La foule reste divisée à son sujet. Croire ou non au Christ Jésus Fils de Dieu, c’est encore très clivant de nos jours.

Mais je voudrais aller plus loin. Rester simplement au niveau de ceux qui croient déjà en Lui et en sa Parole, ce qui n’est tout de même pas un exploit, 2000 ans après sa résurrection et tant de témoignages de croyants, jusque dans le martyre et la mort !
Il y a parmi les croyants au Christ un « entre soi » qui peut être détestable. Il y a cette manière de tenir pour acquises et infaillibles les piles de doctrines enchevêtrées les unes dans les autres, mêlées de dévotions populaires confinant parfois au paganisme. Il y a ce glissement de plus en plus fort dans l’Eglise catholique de ce qui devrait être son cœur – la Parole du Seigneur – vers les dévotions secondaires que l’on veut faire passer pour le centre de la foi, notamment tout ce qui concerne le culte à Marie. A force de vouloir se démarquer de la Réforme, les catholiques ont développé de plus en plus une mariologie poussée à son paroxysme depuis Jean-Paul II. (suite…)