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Méditations bibliques

En ce temps-là, comme on l’écoutait, Jésus ajouta une parabole : il était près de Jérusalem et ses auditeurs pensaient que le royaume de Dieu allait se manifester à l’instant même.
Voici donc ce qu’il dit : « Un homme de la noblesse partit dans un pays lointain pour se faire donner la royauté et revenir ensuite.
Il appela dix de ses serviteurs, et remit à chacun une somme de la valeur d’une mine ; puis il leur dit : “Pendant mon voyage, faites de bonnes affaires.”
Mais ses concitoyens le détestaient, et ils envoyèrent derrière lui une délégation chargée de dire : “Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous.”
Quand il fut de retour après avoir reçu la royauté, il fit convoquer les serviteurs auxquels il avait remis l’argent, afin de savoir ce que leurs affaires avaient rapporté.

Extrait de Luc 19,11-28
Textes liturgiques©AELF

Comme l’évangile d’aujourd’hui (parabole des mines) est assez long, je n’en ai posté que le début pour m’arrêter à la phrase donnée en titre : “Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous.”
Jésus était décidément fort clairvoyant.
Il s’est incarné de Marie et du Père et s’est dépouillé de toute prérogative divine en s’abaissant ainsi au rang des hommes, lui qui précédait pourtant toute création. Et bien qu’on l’ait suivi du temps de sa mission pour ses paroles belles et les guérisons accordées, il avait très bien compris que beaucoup d’autres n’étaient pas prêts à l’accepter comme souverain. C’est que l’humain pense à échelle humaine, et même les disciples de Jésus se sont laissé aller à espérer qu’il devienne roi d’Israël, ce qui n’était pourtant ni dans le dessein du Père, ni dans les ambitions du Fils.
« Ma royauté n’est pas de ce monde », dira plus tard Jésus à Pilate. (Jean 18, 36) Il l’a toujours su, et quand il reviendra dans la Gloire, ce ne sera toujours pas pour régner sur ce monde-ci, mais sur l’ailleurs de son propre Royaume.
Cependant, nombre de nos contemporains en sont restés à la rumeur rapportée plus haut dans la parabole : “Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous.”
Autrement dit en langage d’aujourd’hui : « Ni Dieu, ni maître. »
Je me demande toujours comment il est possible de faire preuve d’engouement pour un personnage politique qui se présente aux urnes, de s’investir parfois même jusqu’aux limites de son énergie pour qu’il / elle soit élu, tout en sachant pertinemment qu’une fois au pouvoir, cette personne en prendra tous les travers et trahira forcément les promesses données un peu légèrement.
Tandis que d’un autre côté, le Christ Jésus se présente à nous doux et humble de cœur, parfait tant en parole qu’en comportement, n’ambitionnant même pas un pouvoir temporel sur nous mais prêt à guider nos âmes de la plus aimante des façons, et que le monde le dénigre, le tourne en dérision, méprise ses commandements et le traite finalement comme il en fut au jour de sa Passion.
“Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous.”
Je pense à un internaute catholique toujours très aimable et correct en ses propos, qui exprimait un jour sur un forum qu’il ne comprenait pas cette idée de royauté du Christ. Même lui !

Je ne m’explique pas ce rejet de l’idée même de la royauté du Christ. Sommes-nous donc si orgueilleux que nous refusions d’admettre que le Père se soit choisi un intermédiaire entre Lui et nous, un Messie digne par sa perfection de régner pour toujours sur les rachetés que nous pourrions pourtant tous être avec un peu d’humilité ? Et si les perfections du Christ ne suffisaient pas pour lui acquérir cette place, ne l’a-t-il pas amplement méritée par son abnégation devant les souffrances de sa Passion ? Il a versé pour nous pécheurs – lui ne l’étant aucunement – jusqu’à la dernière goutte de son sang, et nous lui contestons encore sa légitimité !

“Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous.”

Eh bien moi je l’affirme ici, j’attends de toutes les forces de mon être le retour glorieux de mon Seigneur, pour qu’enfin, il règne en Roi sur le troupeau que le Père lui a confié !

Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, quand j’ai une fringale, ce n’est pas le sucré qui m’attire, mais le salé.
Je n’ai pas l’intention de rédiger un billet gastronomique. C’est à la mode et bien d’autres le font, et comme vous le savez peut-être, la mode et moi… Je préfère ce qui dure à ce qui est « tendance ».
Bref, il en va du sel et du sucre dans mon goût pour la Parole de Dieu comme dans mes goûts alimentaires. « Vous êtes le sel de la terre ». Cette parole de l’Evangile me convient très bien. Je ne crois pas que Jésus ait jamais parlé de sucre dans aucune de ses prédications…
Alors de nos jours, quand on fait encore et encore du sucre de ses paroles, je suis un peu agacée. Enfant, on me donnait aux fêtes des petits Jésus sucrés à manger. C’était plaisant à l’âge de l’enfance. Mais qu’on fasse du bonbon de l’Evangile et de la personne de Jésus, cela me plaît beaucoup moins aujourd’hui. Le Christ sucré est aussi irréaliste que le Jésus doucereux des images pieuses que certains affectionnent jusqu’à en inonder leurs blogs et les réseaux sociaux. Un Jésus mièvre, indulgent au péché jusqu’à la complaisance, n’ayant plus rien à nous dire et à nous apprendre que nous ne sachions déjà par cœur, nous attendant tous les bras ouverts dans un paradis de témoin de Jéhovah, quand il n’est pas encore lové dans les jupes de sa mère comme un enfant de trois ans.
Non et non ! Car enfin, il faut lire les extraits d’évangile proposés à notre méditation par l’Eglise en cette fin d’année liturgique. C’est tout sauf du sucré. On y parle de fin des temps et de jugement. Cela est banni d’un certain discours chrétien, je sais. Ce n’est pas pour autant que ces mots plutôt durs du Christ Jésus ne sont pas inscrits au Nouveau Testament. On ne peut pas vouloir à tout prix la miséricorde et jeter la justice aux orties. On ne peut pas espérer la vie éternelle pour tous en faisant l’économie du jugement pour ceux qui passent leur temps à nuire à leur prochain. Le mal est à l’œuvre dans notre monde, et puissamment. Qui peut se prétendre juste au point d’échapper en toute quiétude au creuset qui purifie le regard et les intentions ?

Luc 17, 26-37
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme cela s’est passé dans les jours de Noé, ainsi en sera-t-il dans les jours du Fils de l’homme.
On mangeait, on buvait, on prenait femme, on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche et où survint le déluge qui les fit tous périr.
Il en était de même dans les jours de Loth : on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait ;
mais le jour où Loth sortit de Sodome, du ciel tomba une pluie de feu et de soufre qui les fit tous périr ;
cela se passera de la même manière le jour où le Fils de l’homme se révélera.
En ce jour-là, celui qui sera sur sa terrasse, et aura ses affaires dans sa maison, qu’il ne descende pas pour les emporter ; et de même celui qui sera dans son champ, qu’il ne retourne pas en arrière.
Rappelez-vous la femme de Loth.
Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. Et qui la perdra la sauvegardera.
Je vous le dis : Cette nuit-là, deux personnes seront dans le même lit : l’une sera prise, l’autre laissée.
Deux femmes seront ensemble en train de moudre du grain : l’une sera prise, l’autre laissée. »
[…]
Prenant alors la parole, les disciples lui demandèrent : « Où donc, Seigneur ? » Il leur répondit : « Là où sera le corps, là aussi se rassembleront les vautours. »

Textes liturgiques©AELF

Soyez attentifs, vous qui dominez les foules, qui vous vantez de la multitude de vos peuples.
Car la domination vous a été donnée par le Seigneur, et le pouvoir, par le Très-Haut, lui qui examinera votre conduite et scrutera vos intentions.
En effet, vous êtes les ministres de sa royauté ; si donc vous n’avez pas rendu la justice avec droiture, ni observé la Loi, ni vécu selon les intentions de Dieu,
il fondra sur vous, terrifiant et rapide, car un jugement implacable s’exerce sur les grands ;
au petit, par pitié, on pardonne, mais les puissants seront jugés avec puissance.
Le Maître de l’univers ne reculera devant personne, la grandeur ne lui en impose pas ; car les petits comme les grands, c’est lui qui les a faits : il prend soin de tous pareillement.
Les puissants seront soumis à une enquête rigoureuse.
C’est donc pour vous, souverains, que je parle, afin que vous appreniez la sagesse et que vous évitiez la chute,
car ceux qui observent saintement les lois saintes seront reconnus saints, et ceux qui s’en instruisent y trouveront leur défense.
Recherchez mes paroles, désirez-les ; elles feront votre éducation.

Sagesse 6,2-11
Textes liturgiques©AELF

A la fois beau et redoutable, le Livre de la Sagesse ! Du temps de la royauté, il y avait peut-être encore un peu cette idée que le pouvoir n’était pas donné que par le sang, mais aussi par Dieu. A l’époque des démocraties et des dictatures, on est loin de cette conception. Celui qui se sent légitime par les urnes perd très vite de son humilité. Celui qui prend le pouvoir par la force ou les armes se prend généralement lui-même pour un dieu… et fait fi de la Parole du seul vrai Dieu.

Je ne pense pas que la Parole du Christ abolisse celle du Livre de la Sagesse, que je me réjouis personnellement de trouver dans le canon des Ecritures. Et des paroles fortes telles que « un jugement implacable s’exerce sur les grands ; au petit, par pitié, on pardonne, mais les puissants seront jugés avec puissance » ne sont pas pour me déplaire. Car enfin, s’il n’y a pas de justice en ce monde, il faut bien qu’il y en ait une sous le regard de Dieu. Et qui opprime en ce bas monde impunément ne saurait échapper au minimum à une violente prise de conscience du mal qu’il a commis en sa vie au moment de l’ultime face à face. Avec toutes les conséquences que cette prise de conscience peut avoir sur sa vie éternelle, la repentance sincère comme autre chose.

Pour reprendre des mots que j’ai lus ces dernières semaines dans des homélies données à l’abbaye de Tamié « La piété a si bien recouvert de confiture les paroles de Jésus, qu’on ne sait plus à quel point elles sont salées. La théologie a si bien mouliné la pensée de Jésus, qu’on a perdu le goût si fort du paradoxe. » (Maurice Bellet, prêtre philosophe et théologien)

Recouvrir de confiture les paroles de Jésus, tant de chrétiens le font ! Entre les images sulpiciennes et la miséricorde dégoulinante à tout propos, bien souvent, je ne reconnais plus le Christ que j’aime, celui qui est annoncé par tout le Premier Testament et qui ne renie aucunement ce que son Père a donné à dire aux prophètes des temps anciens. Nous disons, dans le Credo de Nicée, que l’Esprit Saint « a parlé par les prophètes ». Je crois aussi profondément qu’il a parlé par l’auteur inconnu du Livre de la Sagesse, et qu’il y a là bien des enseignements à en tirer, notamment quand on est un « puissant » qui se passerait volontiers des principes mêmes de la justice et de la charité à l’égard de son prochain, le plus petit soit-il.

Image : Rogier van der Weyden    Le jugement dernier  XVe

Aimez la justice, vous qui gouvernez la terre, ayez sur le Seigneur des pensées droites, cherchez-le avec un cœur simple,
car il se laisse trouver par ceux qui ne le mettent pas à l’épreuve, il se manifeste à ceux qui ne refusent pas de croire en lui.
Les pensées tortueuses éloignent de Dieu, et sa puissance confond les insensés qui la provoquent.
Car la Sagesse ne peut entrer dans une âme qui veut le mal, ni habiter dans un corps asservi au péché.
L’Esprit saint, éducateur des hommes, fuit l’hypocrisie, il se détourne des projets sans intelligence, quand survient l’injustice, il la confond.
La Sagesse est un esprit ami des hommes, mais elle ne laissera pas le blasphémateur impuni pour ses paroles ; car Dieu scrute ses reins, avec clairvoyance il observe son cœur, il écoute les propos de sa bouche.
L’esprit du Seigneur remplit l’univers : lui qui tient ensemble tous les êtres, il entend toutes les voix.

Sagesse 1,1-7
Textes liturgiques©AELF

J’ai déjà eu l’occasion de dire ici à quel point j’aime le Livre de la Sagesse. Son début, donné à notre méditation dans la liturgie d’aujourd’hui, est d’une richesse insondable.
Il est à la fois plein d’espérance pour l’âme qui cherche Dieu, et confondant pour celle qui le rejette a priori. Car il est facile de dire « Je crois en Dieu », ou « Je ne crois pas en Dieu », mais je trouve que personne ne devrait faire l’économie, sa vie durant, de la recherche de la vérité. Et comme le disait si bien Edith Stein : « Qui cherche la vérité cherche Dieu, qu’il en soit conscient ou non. » Cette phrase m’a beaucoup portée dans ma vie spirituelle. Vraiment, je suis tout à fait sûre qu’aucun quêteur honnête de vérité ne pourra rester toute sa vie sans bénéficier de signes personnels, oh certes discrets, mais néanmoins parlants, de la part de Dieu pour l’amener vers Lui. Une recherche honnête trouve toujours grâce à ses yeux. Ce que le Très-Haut aime, c’est précisément qu’on le recherche ! Mais il faut le faire en se dépouillant de l’orgueil qui nous pousse à nous croire auto-suffisants, et du choix de la facilité qui consiste à penser comme la majorité pense, comme il est de bon ton de penser. Autour de moi, je vois beaucoup de gens qui paraissent de bonne foi et « tolérants » – c’est le mot à la mode – qui se prétendent amis des minorités stigmatisées, qui ont des tas de maximes et de pensées nobles à la bouche, mais qui cultivent au fond d’eux-mêmes une indifférence totale, voire une vraie haine à l’égard de l’Evangile. Je me dis souvent que nier l’existence de Dieu ou s’indigner de son silence face au malheur de nos proches, c’est faire preuve d’une certaine malhonnêteté intellectuelle, surtout à l’âge de la maturité, quand on a tout de même eu le temps d’explorer de près certaines questions. Parfois, le doute devient une posture un peu snob, qu’on choisit pour être apprécié en société, pour ne pas paraître faible et crédule, et, il faut bien le dire, pour se débarrasser à peu de frais des questions morales.
Ayant longtemps douté moi-même, je ne suis pas intolérante au doute et à l’incroyance. Mais j’aurais tendance à dire : un temps pour tout, et s’installer toute sa vie dans le rejet de l’idée même de Dieu, c’est avoir davantage confiance en soi-même qu’en des millénaires de témoignage de croyance.
Là réside souvent la difficulté : les incroyants refusent de faire confiance à l’expérience de Dieu d’autrui. On réduit cette expérience à un choix personnel. Pire, on ne s’intéresse pas aux raisons de croire de l’autre, on n’accepte pas de cheminer un temps avec le témoin pourtant authentique.
Cette posture est cependant fort risquée : confronté au deuil, à l’épreuve, à l’approche de la mort, on se trouve bien démuni, privé d’espérance et de perspectives. Et comme le disait l’extrait d’évangile d’hier en Matthieu 25, 1-13, on court le risque énorme, au jour du face-à-face inéluctable avec Dieu, de l’entendre nous dire :
‘Amen, je vous le dis :
je ne vous connais pas.’

À Celui qui peut vous rendre forts
selon mon Évangile qui proclame Jésus Christ :
révélation d’un mystère
gardé depuis toujours dans le silence,
mystère maintenant manifesté
au moyen des écrits prophétiques,
selon l’ordre du Dieu éternel,
mystère porté à la connaissance de toutes les nations
pour les amener à l’obéissance de la foi,
à Celui qui est le seul sage, Dieu, par Jésus Christ,
à lui la gloire pour les siècles. Amen.

Romains 16, 25-27
Textes liturgiques©AELF

A lire cette conclusion de l’Epître aux Romains par l’apôtre Paul, je me demande comment l’Eglise catholique romaine, au cours des siècles sur deux millénaires, a pu en venir à croire et faire croire à ses fidèles que l’ultime mystère que Dieu avait à révéler à l’humanité ait pu tenir dans ces quelques lignes et les Ecritures achevées au terme de l’Apocalypse de Jean. Loin de moi l’idée de contester les Ecritures telles qu’elles ont été définies canoniquement. Qui me lit régulièrement sait d’ailleurs que je suis assez allergique aux évangiles apocryphes… dans lesquels l’Eglise a toujours du mal à avouer puiser l’origine de certaines de ses fêtes liturgiques et de ses doctrines (ce qui concerne la Vierge Marie en particulier).
Ce que je voudrais simplement souligner, c’est que ce verrouillage de la doctrine catholique aux écrits du dernier des Apôtres marque une forme de mépris de la puissance de l’Esprit Saint. Tout fonctionne comme si, après Paul et la révélation de Jean, l’Esprit Saint n’avait plus rien eu à révéler à l’humanité, que ce soit dans le cadre de l’Eglise ou en dehors.
A y regarder de près, je me dis que cela arrange bien une certain clergé 100 % masculin. Un Père, un Fils et un Esprit que le langage chrétien masculinise aussi. Une vision très arrêtée de la place des femmes dans l’Eglise et la famille dans les écrits de Paul. Combien de générations de femmes ont-elles eu à souffrir du fameux « Femmes, soyez soumises à vos maris ! » (Ephésiens 5, 22). Nous n’en sommes pas encore totalement sorties – par exemple  dans les milieux traditionalistes. Et j’irai plus loin : c’est tellement entré dans les mœurs que de nos jours, les femmes sont plus soumises, même en Europe, à leurs compagnons de vie qu’elles ne le croient. En effet, je le constate depuis toujours, bien des femmes abandonnent la petite flamme de la foi chrétienne qui aurait pu brûler en elles pour mieux plaire à l’homme qu’elles veulent conquérir et garder. Ne soyons pas aveuglés par les traditions bibliques : bien plus d’hommes que de femmes sont foncièrement mécréants et rejettent l’Evangile comme un discours contraignant pour leur ego orgueilleux et libertin. Je ferme la parenthèse.

Il y a quelques années, j’avais écrit sur un forum catholique un post qui s’intitulait « La religion catholique verrouillée ». Il fut rejeté deux fois par la modération, puis accepté quand j’ai pris sur moi pour l’édulcorer un peu. Je n’ai pas changé d’avis depuis. Arrêter la révélation au « dernier des Apôtres », c’était prendre le risque de confisquer la parole féminine à tout jamais dans l’Eglise. C’était nier que le Christ Jésus n’ait pas pu tout dire dans le temps de son incarnation, car l’époque ne s’y prêtait pas. C’était lui interdire de confier des vérités ultimes, par la puissance de l’Esprit Saint, à qui il voudrait et quand il voudrait. C’était présupposer que toute vérité sur la révélation chrétienne ne puisse venir que par le Magistère catholique – car même quand une femme est inspirée dans le cœur de l’Eglise, ce sont encore des clercs masculins qui doivent discerner. Autant dire que tout ce qui les blesse un peu dans leur ego est a priori rejeté. Même si cela vient vraiment de l’Esprit Saint…
J’ai souvent été frappée, en lisant les œuvres complètes de sainte Thérèse d’Avila, qu’elle ait signé toutes ses lettres à des clercs « Votre indigne servante ». Jusqu’à quel abaissement n’a-t-elle pas dû aller pour être prise en considération par ces messieurs !
Alors bien sûr, pour ne pas paraître misogyne, l’Eglise catholique a sublimé la Vierge Marie. Pour elle, tous les qualificatifs élogieux sont bons.
Pour une femme qui s’exprime dans la folle liberté de l’Esprit Saint, reste en Eglise la consigne présentée comme aimable de se taire comme un santon de Marie dans la crèche…

Malachie 1,14-2.2,2.8-10
Psaume 130
1 Thessaloniciens 2,7-13
Matthieu 23,1-12

C’était aussi un 31ème dimanche du temps ordinaire, avec les mêmes lectures liturgiques qu’aujourd’hui. C’était, je crois, il y a dix-huit ans.
J’étais à la messe avec mon papa, et mon mari encore à cette époque, dans mon village natal. Le prêtre, vieillissant, était un ami de longue date. Son homélie fut poignante. Il exprima soudain une grande souffrance intérieure. Je me souviens de ses mots : « C’est un appel au secours que je vous lance ! » Etant à cette époque dans la même disposition intérieure que lui, j’en avais été bouleversée.
Nous sommes sortis de l’église, la messe était finie. Mon père formule le vœu de nous diriger vers le cimetière. Je lui réponds aussitôt : « Mais papa, ce ne sont pas les morts qu’il faut aller voir, mais René qui ne va pas bien ! »
Et mon mari et moi sommes allés au presbytère où nous avons rejoint notre ami prêtre, celui-là même qui avait apaisé le conflit dans notre famille quand nous avions décidé, après très mûre réflexion, neuf ans plus tôt, de ne nous marier qu’à la mairie.
Nous nous enquérons de sa santé, de son moral, du pourquoi de son appel à l’aide. Il change aussitôt de sujet : « Et vous, comment allez-vous ? Et les enfants ? » Et la conversation glisse vers notre situation à nous. Il va nous chauffer un café dans une petite casserole, non sans mal car son logis est un fouillis indescriptible. « Vous voyez comment je vis, ce n’est même plus digne d’un être humain ». Partie de la réponse à notre question précédente…
La lecture du Livre de Malachie m’a profondément secouée, en particulier ce passage :

Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement :
Si vous n’écoutez pas,
si vous ne prenez pas à cœur de glorifier mon nom
– dit le Seigneur de l’univers –,
j’enverrai sur vous la malédiction,
je maudirai les bénédictions que vous prononcerez.

Je suis au bord des larmes. Pas besoin d’entrer dans mille détails avec René, il sait que mon oncle prêtre se montre très indigne de son sacerdoce, depuis longtemps, parce qu’il passe son temps à « dire », et méchamment, et à ne rien « faire » de tel. Je supplie René de m’éclairer :

« Il a baptisé nos enfants, tu crois que ce baptême n’est pas valide, qu’au lieu d’être une bénédiction, c’est une malédiction ? »

René sourit et me rassure par la force de sa foi. Si, ces baptêmes sont valides, je n’ai pas à m’en inquiéter ! Il me fait creuser encore un peu mon malaise, en bon serviteur du Christ qu’il est. Voilà que la situation s’est totalement inversée. Nous venions pour le réconforter, et c’est lui qui nous réconforte !
Il nous donne ses petites recettes pour ne pas faillir dans la foi : « Je lis tous les jours des paroles de la petite Thérèse, ça me soutient. Et puis l’eucharistie me nourrit profondément. Et tant que je demeure en communion avec mon évêque, je me sens appartenir à l’Eglise. »
Ces mots-là, je crois que je les ai gardés profondément en moi, malgré les errances des deux années suivantes.
René était ainsi. Le prochain passait toujours avant lui-même. Et l’Evangile vécu avant tout le reste. Il n’était pas très apprécié dans sa paroisse, parce que ses homélies avaient le feu de l’engagement social.
Aujourd’hui, à relire ces textes liturgiques, je repense très fort à lui. Je l’avais revu dans sa maison de retraite, où il servait encore, bien que perdant un peu la mémoire.
René a toujours été un ami.
Il est parti il y a presque deux ans. Nul doute qu’il goûte à présent pleinement la présence de son Seigneur, et les traits d’esprit de la petite Thérèse…

Glorifie le Seigneur, Jérusalem !
Célèbre ton Dieu, ô Sion !
Il a consolidé les barres de tes portes,
dans tes murs il a béni tes enfants.

Il fait régner la paix à tes frontières,
et d’un pain de froment te rassasie.
Il envoie sa parole sur la terre :
rapide, son verbe la parcourt.

Il révèle sa parole à Jacob,
ses volontés et ses lois à Israël.
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ;
nul autre n’a connu ses volontés.

Ps 147 (147b), 12-13, 14-15, 19-20

Textes liturgiques©AELF

Croyez-vous, amis lecteurs, que Dieu puisse s’attacher davantage à une ville qu’à une personne ?
Personnellement, je ne le crois pas. Aussi suis-je parfois ahurie de toutes ces guerres autour de Jérusalem depuis sa fondation.
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité, oui, là, d’accord. Dieu peut s’attacher à un peuple, il s’est attaché au peuple juif depuis les origines, et on ne m’enlèvera pas l’idée qu’il y soit toujours autant attaché aujourd’hui. Le peuple juif préfigure son Fils, né Juif, élevé dans une tradition qui plaisait au Père et que son Fils a observée.
Et aujourd’hui ?
Il envoie sa parole sur la terre : rapide, son verbe la parcourt.
Oui, la parole du Christ Jésus n’a pas encore fini de parcourir la terre, et il serait stupide et orgueilleux de prétendre qu’elle soit parfaitement circonscrite dans une seule tradition, une seule Eglise chrétienne. Aucune ne possède l’absolue vérité dans sa plénitude.
Pour en revenir à Jérusalem, c’est un haut lieu des trois grandes religions monothéistes, oui, c’est certain.
Mais ne peut-on aller au-delà de la métaphore ?

Il a consolidé les barres de tes portes, dans tes murs il a béni tes enfants. A qui, mieux qu’à une femme ayant eu plusieurs enfants, tous sa joie et tous bénis, cette image peut-elle s’appliquer ?

Il fait régner la paix à tes frontières, et d’un pain de froment te rassasie. Paix, sérénité, sagesse venant avec l’âge. Nourriture incomparable que représente, pour soutenir une foi, le pain de l’Eucharistie.

« Amen, amen, je vous le dis : celui qui écoute ma parole et croit au Père qui m’a envoyé, celui-là obtient la vie éternelle et il échappe au Jugement, car il est déjà passé de la mort à la vie. »
Jean 5, 24
Textes liturgiques©AELF

Je ne suis pas triste. A l’âge que j’ai, je vois partir peu à peu la génération qui me précède. Mais j’ai cette chance de faire mes « à Dieu » la plupart du temps à des justes, et je suis confiante pour leur salut.
L’autre jour, j’ai eu ce dialogue avec ma grande fille :
« La Toussaint n’est pas un jour triste cette année, nous sommes restées en Alsace et nous ne faisons pas la tournée des cimetières. »
Je songe tout de même un moment au regret de ne pas pouvoir me recueillir sur la tombe de ma maman. Mais je dis aussitôt à ma fille :
« De toute façon, mamie n’est pas dans sa tombe. »
Elle rit :
« Oui, c’est comme une petite fille indisciplinée qui n’est pas restée là, hop, elle s’est sauvée de sa tombe !  »

Quand je fleuris la tombe de ma mère, j’ai toujours la même pensée : elle aimait les fleurs, ça lui fera plaisir de les voir sur sa tombe… de là-haut.

Frères, j’estime, qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous.
En effet, la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu.
Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance
d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu.
Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore.
Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps.
Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance ; voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer: ce que l’on voit, comment peut-on l’espérer encore ?
Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance.

Romains 8,18-25
Textes liturgiques©AELF

Je me demande comment Paul a pu trouver une métaphore si juste que celle « des douleurs d’un enfantement », lui qui n’était pas spécialement attentif aux ressentis profonds des femmes de son temps dans ses prédications et ses écrits. Et pourtant, moi qui suis femme et mère, je comprends très profondément, pour mon âme et dans ma chair, ce qu’il a voulu exprimer ici.
Oui, dans l’enfantement, il y a l’attente et l’espérance à la fois patiente et impatiente. On porte un enfant en soi, et à bien des égards, c’est merveilleux. Il se manifeste et répond à nos sollicitations tactiles. Il réagit à des états physiques ou psychologiques dans lesquels nous pouvons nous trouver. Il agit parfois à contre-courant de notre volonté propre : l’un de mes bébés par exemple remuait systématiquement beaucoup quand je voulais m’endormir.
Ne suis-je pas en train ici de poursuivre la métaphore sur les surprises de l’Esprit Saint en nous ?
Mais dans une grossesse, il y a aussi, surtout, l’attente ardente et curieuse. Je me demandais toujours vraiment quel visage aurait mon enfant. Je guettais des indices de ses traits à l’échographie. Telle courbure de nez évoquait déjà une ressemblance familiale. Que visage aurait cet enfant à sa naissance et en grandissant ?
Je savais aussi qu’il faudrait en passer par les douleurs de l’enfantement pour avoir le privilège de le serrer dans mes bras et contre mon sein. Toute femme enceinte porte en elle cette angoisse : voici dans mon ventre un enfant qui prend du poids jour après jour, comme vais-je parvenir à le faire sortir de là ? Aurai-je la chance de ne pas trop souffrir par les voies naturelles, devrai-je en passer par l’épreuve d’une intervention chirurgicale ?

Et puis le grand jour arrivait, non programmé, et il fallait vraiment passer par des douleurs et des gémissements. Mais tout était dans l’espérance de l’heure de la délivrance, et de cet enfant que deux parents allaient enfin pouvoir voir, toucher, respirer, nourrir et protéger. Pour de très longues années.

Et c’est ainsi que j’espère la révélation des fils – et filles – de Dieu. Voir enfin en pleine lumière le visage de la justice et de la vérité. Etre dans l’au-delà de notre finitude et de cette création tellement livrée au pouvoir du Mauvais. Entrer dans la lumière qui n’aura pas de fin. Jouir pleinement de la grâce et des bontés de Dieu.

Dieu, je ne l’ai jamais vu. Son Fils me l’a fait connaître. Et j’aspire comme une femme enceinte à découvrir enfin le visage merveilleux de l’enfant du Père et de Marie. Dans sa gloire de ressuscité et de Roi d’éternité.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous le dis : Quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l’homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu.
Mais celui qui m’aura renié en face des hommes sera renié à son tour en face des anges de Dieu.
Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné ; mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné.
Quand on vous traduira devant les gens des synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la façon dont vous vous défendrez ni de ce que vous direz.
Car l’Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire. »

Luc 12,8-12
Textes liturgiques©AELF

Il y a déjà eu un débat au sujet du blasphème contre l’Esprit Saint en 2012 / 2014  sur « Histoire d’une foi ». C’est ici :

http://www.histoiredunefoi.fr/meditations-bibliques/1545-mais-si-quelquun-blaspheme-contre-lesprit-saint-cela-ne-lui-sera-pas-pardonne-luc-12-10

Ce débat m’avait un peu laissée sur ma faim. Car on insiste toujours sur la miséricorde de Dieu malgré tout péché, en éludant parfois l’étape qui consiste à définir le blasphème contre l’Esprit Saint.
Personnellement, je ne vais pas le définir en théologienne ou en spécialiste du catéchisme de l’Eglise catholique. Je ne suis ni l’une, ni l’autre. Par contre, je peux me prévaloir d’une grande proximité avec le Seigneur dans l’oraison et dans toutes les facettes de ma vie, ce qui me donne aussi une légitimité à comprendre ce mystère.
J’identifie ainsi le blasphème contre l’Esprit Saint au blasphème contre l’Esprit de Vérité « qui procède du Père et du Fils ». Il y a une Vérité et elle est dans la Parole du Christ consignée dans les quatre Evangiles. Cette Parole se poursuit par l’œuvre de l’Esprit Saint. Ainsi, les martyrs du Christ ont-ils des paroles de vérité, comme le dit cet extrait d’évangile, qui ne sont pas forcément les paroles mêmes de Jésus mais qui procèdent du Père et du Fils. On a tort de « clore la Révélation » au dernier des apôtres, comme si d’apôtres, il n’y en avait plus désormais.

L’Eglise catholique poursuit ce paradoxe de faire taire souvent l’Esprit de Vérité pour sanctifier plus tard le moindre mot des saints canonisés. Bien plus tard…
Or, Dieu agit toujours dans notre « aujourd’hui ». Les Prophètes du Premier Testament nous prouvent qu’une parole donnée il y a des millénaires peut encore être très actuelle, comme elle l’était en leur temps. Aujourd’hui, on médite ces prophètes. Autrefois, on les persécutait. Et cela a pu être fatal au peuple élu de Dieu, comme le refus d’entendre la vérité contemporaine qui vient de Lui peut être fatal à l’Eglise et aux brebis qu’elle ne cesse de perdre.
Il me semble donc absolument nécessaire qu’elle se mette résolument et concrètement à l’écoute des témoins de l’Evangile qui reçoivent aussi, dans la prière, des éclaircissements utiles de nos jours sur les failles de notre théologie et du carcan du catéchisme. Comment celui-là serait-il plus infaillible que n’a pu l’être la Loi de Moïse ? Jésus n’a cessé de chercher à libérer ses contemporains des étroitesses des observances de son temps et de sa tradition. Et de nos jours, l’Eglise évalue – quand elle daigne le faire – une parole prophétique à sa conformité avec sa théologie et son catéchisme ! C’est un comble…
Or Dieu, a fortiori l’Esprit de Vérité, ne se laisse enfermer dans aucune théorie humaine, dans aucun catéchisme. Il est bien plus libre et universel que cela.

Là où le blasphème contre l’Esprit Saint ne peut être pardonné, c’est dans toutes les tentatives cléricales de l’étouffer. Là où point malgré tout la miséricorde de Dieu, c’est dans la co-rédemption offerte par les âmes immolées aux bûchers du refus d’entendre la vérité qui est en elles. Tôt ou tard, Dieu les justifie, à sa manière et dans son temps. Mais ceux qui les immolent ont au minimum une profonde conversion du cœur et de l’intelligence à entreprendre, une vraie contrition à montrer pour la manière dont ils ont bafoué les avertissements de Dieu, avant que de pouvoir entrer dans la plénitude de sa Gloire.

En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :
« Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : “Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.”
Celui-ci répondit : “Je ne veux pas.” Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.
Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : “Oui, Seigneur !” et il n’y alla pas.
Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. » Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.
Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. »

Matthieu 21,28-32.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Je m’attarderai aujourd’hui sur la fin de cet extrait de Matthieu 21. On voit que Jésus s’adresse, comme souvent, aux grands prêtres et aux anciens du peuple qui ont dû s’irriter au plus haut point de sa parole. Nous chrétiens la connaissons par cœur et elle ne nous choque presque plus. Quand cet évangile est lu à la messe, à peine nos oreilles en sont-elles écorchées.

Il faut remettre ces paroles dans leur contexte : dans la société dans laquelle évoluait Jésus, le publicain, « collabo » avec les Romains, était le traître absolu. Quant à la prostituée, elle a toujours représenté, dans l’univers biblique, l’extrême du péché. Nous n’en sommes pas encore complètement sorti, les vulgarités du langage contemporain en attestent. Il y a néanmoins, dans les milieux chrétiens, à cause des paroles de Jésus, des œuvres en direction de prostituées et une exaltation de leur possible changement de vie. Et d’ailleurs, j’ai souvent lu, sur des forums internet chrétiens, des femmes battant leur coulpe quant à leur vie dissolue un temps, et se faisant applaudir par les bien-pensants pour leur « retour à la vertu ».

Jésus avait le don de la formule faite pour secouer les consciences. Ce serait un peu facile pour nous d’en rester à ses paroles sans les replacer dans le contexte d’aujourd’hui. Car enfin, réfléchissons un peu, à une époque où la dépravation sexuelle est la norme. Pourquoi y a-t-il encore des prostituées ? Mais parce qu’il y a des clients ! Et toutes les prostituées sont-elles des femmes qui ont choisi cet état de vie ? Certainement pas ! Les toutes jeunes filles victimes innocentes d’implacables réseaux pourraient en témoigner. Les étudiantes qui franchissent le pas par pauvreté aussi. La prostituée n’existe que parce que des hommes la convoitent. Parce que des hommes sont prêts à payer pour un « service » sexuel. Parce que des hommes l’ont avilie et asservie à leurs convoitises charnelles. Parce que des hommes qui la maintiennent sous leur coupe, souvent, tirent en outre un bénéfice financier du commerce de leur corps. Là est le péché ultime. Vendre et avilir le corps d’autrui. La prostituée donne le sien de manière vénale, certes. Mais les épouses regardées comme vertueuses et qui se sont mariées pour l’argent de leur conjoint sont-elles plus irréprochables ?

Ce développement pour signaler qu’à mes yeux, ce n’est pas le comble du scandale qu’une prostituée ait accès au Royaume de Dieu. Elle a été marchandise une partie de sa vie. Et Dieu ne la prendrait pas en pitié ?

Jésus n’évoque jamais, dans l’évangile, certains péchés beaucoup plus extrêmes qui devaient être absolument tabous dans son temps. Et qui sont presque exclusivement le fait de ses frères en humanité. Le viol. L’atteinte à la pureté et à l’innocence d’un enfant. Le harcèlement psychologique au sein du couple. La violence conjugale. La violence sexuelle sur un « conjoint » regardé comme légitime – et que n’a-t-on pas prêché que notre propre corps ne nous appartenait plus dans le mariage ! J’ai lu l’autre jour l’insupportable compte-rendu d’un procès. Un homme était jugé pour avoir causé la mort de sa femme par des violences sexuelles inouïes. Elle a été retrouvée gisant dans son sang. Tout ce qu’il a trouvé à dire, c’est « Je lui ai mal fait l’amour. » Et aussi le déni, bien sûr, de ses véritables actes, dont il y avait pourtant des preuves ADN sur différents objets.

Songeons aux prostituées qui subissent quotidiennement ce que certains hommes dépravés n’osent peut-être pas faire subir à leur compagne. Il est temps de ne plus regarder ces femmes comme les pécheresses ultimes. Jésus, par contre,  n’a jamais dit : « Les violents vous précèderont au Royaume des Cieux ». Jamais.

En ce temps-là,
comme tout le monde était dans l’admiration
devant tout ce qu’il faisait,
Jésus dit à ses disciples :
« Ouvrez bien vos oreilles à ce que je vous dis maintenant :
le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. »
Mais les disciples ne comprenaient pas cette parole,
elle leur était voilée,
si bien qu’ils n’en percevaient pas le sens,
et ils avaient peur de l’interroger sur cette parole.

Luc 9, 43b-45
textes liturgiques©AELF

Jésus ne parvient pas, incarné au milieu des hommes, à atteindre sa cible : on le suit partout pour les guérisons et les délivrances d’esprits mauvais qu’il est capable d’accorder, mais peu se laissent pénétrer en profondeur par sa parole de vérité et sa clairvoyance sur ce qui l’attend de la part de ceux en qui il suscite jalousie spirituelle et inquiétude pour leur pouvoir. Il est caractéristique que juste après cet extrait de Luc 9, les disciples se mettent à débattre pour savoir qui parmi eux est le plus grand ( Luc 9, 46). Les disciples n’étaient pas complètement désintéressés en le suivant : sans doute l’espéraient-ils roi terrestre d’Israël, leur distribuant de bonnes places à ses côtés durant son règne. Et l’annonce de sa passion qui se profile brise leurs ambitions, ils n’en veulent pas. Ils veulent bien admirer Jésus pour ses miracles, mais faire l’économie de son chemin de croix. Recherche de gloire qui vient des hommes avec une touche de pleutrerie…
Il faudra regarder du côté des femmes qui ont eu confiance en Jésus pour trouver de l’amour vrai et désintéressé : sa mère, bien sûr, mais aussi Marie de Magdala, Marthe et Marie de Béthanie, la samaritaine au bord du puits, et toutes ces femmes qui le suivaient non par intérêt mais pour le servir de leurs biens ou de leurs compétences. En filigrane de l’Evangile, on devine, dans les confidences poussées sur sa messianité que Jésus a accordées à celles-ci, la consolation qu’elles ont été pour lui de son vivant parmi les hommes. Elles demeurent à son écoute et ne l’abandonnent pas au pied de la croix.
Les choses ont-elles beaucoup changé ? Je n’en suis pas si sûre… Il faut regarder du côté des carmélites que nous allons fêter ce mois-ci – Thérèse de Lisieux et Thérèse d’Avila, puis Elisabeth de la Trinité le 8 novembre – de vraies adoratrices du Seigneur qui n’ont pas ambitionné de gravir des échelons dans une hiérarchie, comme les saintes femmes de l’Evangile.

Notre Pape François se bat contre la mondanité d’un certain clergé et de la curie. Que ne ferait-on pas pour gagner une responsabilité ou une barrette… Pendant ce temps, une multitude de femmes composent avec un emploi du temps déjà bien chargé pour assurer encore la catéchèse ou la préparation aux sacrements des enfants, pour une reconnaissance proche de zéro…

« Celui qui accueille en mon nom cet enfant, il m’accueille, moi. Et celui qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. En effet, le plus petit d’entre vous tous, c’est celui-là qui est grand. »
Luc 9, 48

Frères,
soit que je vive, soit que je meure,
le Christ sera glorifié dans mon corps.
En effet, pour moi, vivre c’est le Christ,
et mourir est un avantage.
Mais si, en vivant en ce monde,
j’arrive à faire un travail utile,
je ne sais plus comment choisir.
Je me sens pris entre les deux :
je désire partir
pour être avec le Christ,
car c’est bien préférable ;
mais, à cause de vous, demeurer en ce monde
est encore plus nécessaire.

Quant à vous,
ayez un comportement digne de l’Évangile du Christ.

Philippiens 1, 20c-24.27a
Textes liturgiques©AELF

Cet extrait de l’Epître aux Philippiens de l’Apôtre Paul, je crois que je pourrais l’écrire presque dans les même termes. Combien de fois ai-je eu envie de « partir » pour être enfin auprès du Christ Jésus ! Non pas que j’aie eu des pensées suicidaires, telle n’est pas la question. C’est que mon désir de voir Jésus et de vivre près de Lui est plus fort que tout autre désir que je pourrais concevoir. Certes, comme pour tout un chacun, c’est plus prégnant dans les moments de découragement. Mais je peux aussi être pleine d’enthousiasme et de projets et néanmoins prête à rejoindre Celui que mon cœur aime et auquel mon âme aspire ! Souvent, je conclus avec Lui une sorte de pacte : « Tu veux que je demeure encore ici-bas, dans cette vallée de larmes où il y a en outre si peu de foi et d’amour pour Toi ? Tu ne veux pas encore me donner le bonheur de me prendre près de Toi ? Alors fais que mon désir de te servir soit le plus fort, et donne-moi le témoignage inlassable, en écrit et en actes, pour que le monde comprenne que tu es le véritable Sauveur et qu’aucune de tes paroles données à l’humanité n’a été vaine. Donne-moi de témoigner encore et encore de ta Vérité, de mettre en garde encore et encore contre la paresse de l’âme qui sera surprise au matin de ton retour comme le serviteur infidèle ou les vierges insensées… Seigneur, si tu veux que je demeure dans ce monde où je suis comme une étrangère, donne-moi de contribuer un tant soit peu, par ma constance et ma fidélité et dans les toutes petites choses du quotidien, à ton œuvre de rédemption… »

Heureux les saints du ciel qui Le contemplent de leurs yeux ! Quant à nous qui avons reçu sa Parole, vivons-en et témoignons qu’elle est véridique !

Image : Sainte Thérèse d’Avila et Jésus

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.

Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.
Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.

C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame :
« Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Philippiens 2, 6-11
Textes liturgiques©AELF

Je trouve que ces versets sont parmi les plus beaux qu’ait écrits l’Apôtre Paul. Ils nous parlent magnifiquement de Dieu le Père et de son Fils, sans les confondre l’un avec l’autre comme la théologie le fait parfois, à mon grand étonnement. Jésus est « dans la condition de Dieu » ne veut pas dire qu’il soit Dieu à lui tout seul. Un jour que je le faisais remarquer à des évangéliques, on m’a rétorqué comme une volée de bois vert : « Mais Jésus est Dieu !  » Personnellement, je n’arrive pas à affirmer cela. Jésus est l’une des trois Personnes de la Trinité sainte, oui, il y a en lui cette part irréductible de divinité qu’il avait dès le commencement, avant la création. Je le crois profondément. Mais son incarnation ne signifie pas que Dieu tout entier soit descendu du Ciel en lui. Non ! Le Christ Jésus vivait au milieu des hommes reconnu homme à son aspect, mais pendant ce temps, Dieu le Père était toujours aux cieux, et d’ailleurs Jésus ne priait pas le vide du Ciel, il priait son Père qui y était ! Un Père qui n’a sans doute pas forme humaine, et qui n’est absolument pas masculin.
Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme (Genèse 1, 27), ce verset est tout à fait clair, il y a en Dieu à la fois la future masculinité et la future féminité de l’être humain. Il me plaît de penser à Dieu le Père avec des entrailles maternelles, des entrailles qui auraient porté les prémices masculines du Fils et les prémices féminines de la ruah. (suite…)

La parole du Seigneur me fut adressée :
« Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part.
Si je dis au méchant : “Tu vas mourir”, et que tu ne l’avertis pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang.
Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

Ézéchiel 33,7-9
Textes lioturgiques©AELF

Difficile mission du prophète de Dieu ! Lui qui n’est qu’un faible parmi les faibles, il doit porter la parole du Très-Haut contre ceux qui se croient dans leur bon droit et ne voient pas la ruine qui s’annonce sur eux pour toutes leurs idolâtries… Et comme depuis toujours dans les temps bibliques, pour un prophète authentique qui se lève, abondance de faux prophètes que le peuple écoute avec avidité et qui entendent ridiculiser et noyer les avertissements de Dieu, quand ils ne les font pas tout bonnement passer pour des manœuvres de l’Adversaire…

De nos jours, dénoncer les idolâtries de la part de Dieu est encore plus périlleux, car elles se déguisent avec des oripeaux de sainteté, elles s’infiltrent partout dans l’Eglise en feignant la foi et la pureté, elles font la leçon à ceux qui ne les partagent pas et entendent conquérir jusqu’à la chaire de Pierre.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : aujourd’hui, il y a péril en la demeure. L’idolâtrie triompherait si l’Eglise catholique romaine se décidait ces temps-ci à reconnaître comme authentiques les « apparitions » de Medjugorje, même seulement les sept premières en 1981. La tentation est forte, terrible, clivante : tant de pèlerins là-bas, tant de vocations de prêtres, tant de conversions et aussi, bien sûr, tant de rentrées d’argent ! (suite…)