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Sainte Marthe : et qu’avons-nous fait de Marie ?

28 juillet 2012 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Chaque année, en juillet, j’ai un petit pincement au coeur : on fête sainte Marie-Madeleine (Marie de Magdala) le 22 juillet, on fête sainte Marthe le 29 juillet, mais où est donc passée sa soeur Marie, Marie de Béthanie, dans le calendrier ?

Celle qui avait la place privilégiée de contemplative aux pieds du Seigneur, «Marthe, Marthe,  tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée.» ( Luc 10, 41-42) semble déranger jusqu’à aujourd’hui encore dans la grande famille des Saints. Comme elle dérangeait Judas lors de l’onction de Béthanie :
« On lui fit là un repas. Marthe servait. Lazare était l’un des convives. Alors Marie, prenant une livre d’un parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux ; et la maison s’emplit de la senteur du parfum.
Mais Judas l’Iscariote, l’un des disciples, celui qui allait le livrer, dit : « Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu trois cents deniers qu’on aurait donnés à des pauvres ? » Mais il dit cela non par souci des pauvres, mais parce qu’il était voleur et que, tenant la bourse, il dérobait ce qu’on y mettait. Jésus dit alors : « Laisse-la : c’est pour le jour de ma sépulture qu’elle devait garder ce parfum. Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. »  (Jean 12, 2 – 8 )

Une fois de plus, Jésus prend la défense de Marie, de sa fidèle Marie. Matthieu, dans son Evangile, ajoute même cette parole de Jésus : « Amen, je vous le dis : partout où cette Bonne Nouvelle sera proclamée, dans le monde entier, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »  (Matthieu 26, 13)

Alors oui, cet Evangile est lu fidèlement dans nos églises. Mais je constate avec amertume que depuis 2000 ans, on n’a pas vraiment voulu se souvenir de Marie de Béthanie pour ces deux gestes. On a préféré la confondre avec Marie de Magdala, alors que si on s’en tient aux Evangiles, sans s’encombrer des écrits apocryphes et des légendes non vérifiables, on ne peut que constater que Marie de Béthanie est la plupart du temps en retrait, restant chez elle jusqu’à ce que Jésus l’appelle, comme au tombeau de Lazare :

Béthanie était près de Jérusalem, distant d’environ quinze stades, et beaucoup d’entre les Juifs étaient venus auprès de Marthe et de Marie pour les consoler au sujet de leur frère. Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »  « Je sais, dit Marthe, qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit :  « Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ? »  Elle lui dit : « Oui, Seigneur,  je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde. »

Ayant dit cela, elle s’en alla appeler sa sœur Marie, lui disant en secret : « Le Maître est là et il t’appelle. »  Celle-ci, à cette nouvelle, se leva bien vite et alla vers lui. Jésus n’était pas encore arrivé au village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe était venue à sa rencontre. Quand les Juifs qui étaient avec Marie dans la maison et la consolaient la virent se lever bien vite et sortir, ils la suivirent, pensant qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Arrivée là où était Jésus, Marie, en le voyant, tomba à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ! »  Lorsqu’il la vit pleurer, et pleurer aussi les Juifs qui l’avaient accompagnée, Jésus frémit en son esprit et se troubla. Il dit :  « Où l’avez-vous mis ? »  Il lui dirent :  « Seigneur, viens et vois. » Jésus pleura . Les Juifs dirent alors :  « Voyez comme il l’aimait ! » (Jean 11, 18 – 36)

On observe une fois de plus une Marthe énergique, entreprenante, et la jeune Marie abîmée dans son chagrin mais allant vers Jésus dès qu’il la fait appeler vers elle – et je n’ai d’ailleurs jamais entendu souligner dans aucune homélie ce besoin qu’a exprimé  Jésus  de voir aussi Marie près du tombeau de son frère Lazare.

Si on établit facilement la différence entre Marthe entreprenante et Marie contemplative, pourquoi ne veut-on pas l’établir aussi entre Marie de Magdala toujours sur les routes à la suite du Seigneur depuis qu’il l’a « libérée de sept démons » et cette petite Marie effacée à Béthanie mais tout ouïe quand son maître est là, et pleine de foi  ?

Les légendes et les élucubrations des fausses mystiques auraient-elles donc plus de poids que ce qui saute aux yeux de qui lit l’Evangile avec l’intelligence du coeur ? Que n’a-t-on pas écrit sur une Marie lascive, paresseuse, donnant libre cours à sa supposée nature pécheresse… Car non contents de confondre Marie de Magdala et Marie de Béthanie, bien des prédicateurs au cours des siècles ont encore confondu les deux avec la pécheresse dont on ne mentionne pas le nom, qui couvre les pieds de Jésus de ses larmes, et à laquelle il remet de nombreux péchés ( ce qui n’est pas la même chose que de libérer de « sept démons »). ( Luc 7, 36 – 38)

Je ne suis pas bibliste mais je médite beaucoup les Ecritures, et je sais ce que c’est, dans une paroisse, que d’être regardée de travers parce qu’on n’est pas très Marthe et qu’on est davantage Marie, dans la discrétion. Et depuis les toutes premières fois, dans mon enfance, où j’ai entendu l’Evangile de la visite de Jésus à Béthanie, j’ai eu de la tendresse pour cette Marie qui restait aux pieds de son Seigneur à l’écouter.

Si j’avais été religieuse, j’aurais été carmélite et non religieuse apostolique. Aurais-je démérité ? Les carmélites ne nous ont-elles pas laissé un inépuisable trésor de spiritualité ?

Mais même entre les carmélites, il y a des différences. Entre sainte Thérèse d’Avila, la Madre, ouverte au monde et toujours sur les routes pour fonder des carmels, et sainte Thérèse de Lisieux, entrée si jeune dans le cloître pour s’y abîmer dans l’humble service et l’oraison, quel autre rapport que leur immense amour du Seigneur Jésus ?

Je me dis parfois qu’il est aussi ridicule de dire que Marie de Magdala et Marie de Béthanie sont la même personne que de croire par ignorance qu’il y a une seule sainte Thérèse du Carmel…

 

Image : Jésus chez Marthe et Marie,  Henry Scheffer ,  Eglise Saint Yves, Louannec, France

 

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2 commentaires

  • André BONDU says:

    Véronique, bonjour ! Je suis rentré de vacances hier. Pendant ces trois semaines, j’ ai médité l’évangile de Saint-Jean,… Chaque fois que je le lis, je suis toujours plus émerveillé par la richesse et sa profondeur, et je me sens meilleur.
    Et, cette année, j’ ai lu, un ouvrage que j’avais acheté à sa parution, au début de l’ année, et que je voulais absolument lire ( 670 pages), « JESUS » de Jean Christian PETITFILS, historien déjà célèbre par ses biographies de Louis XIII, Louis XIV et Louis XVI… Un livre remarquable écrit par un historien catholique, qui reconstitue le plus exactement possible la vie et le caractère du « Jésus de l’ Histoire », le replaçant dans l’ environnement religieux, culturel et politique de la Palestine de son Temps. C’est un livre remarquable. On a voulu le comparer au « Jésus de Nazareth » de Benoit XVI-Joseph Ratzinger, alors qu’ils ne font que se compléter, sans jamais s’ opposer. L’ historien cède, chaque fois, la place au théologien et à l’ homme de Foi, dès que l’on passe d’ un domaine à l’autre…

    Et j’ en viens à Marthe et Marie…

    En effet, j’ai beaucoup pensé à toi, quand Jean Christian PETITFILS en est arrivé aux passages relatant les épisodes de Marie de Magdala, de Marthe et Marie, soeurs de Lazare, et de Marie ( Jean) ou la « femme » ( Matthieu, Marc et Luc) qui, dans Luc, était une « pécheresse » pour le rigoriste Simon, maître du repas, et qui a versé un vase de parfum de grand prix en albâtre sur les pieds de Jésus ( et ,non sur sa tête).

    « Alors que le pape Grégoire Le Grand n’ a voulu voir qu’une seule femme dans ces trois épisodes, que Tertullien, Clément d’ Alexandrie, Origène, Chrysostome, Ambroise et Jérôme en ont vu trois », Petitfils, se basant sur la présence de Lazare au repas est catégorique. Il fait confiance à l’évangile de Saint-Jean qui, pour lui, est le seul crédible, qui affirme que Marie de Béthanie est «celle qui oignit de parfum le Seigneur et qui lui essuya les pieds, et que c’était son frère Lazare qui était malade ». En revanche, elle n’ a rien à voir avec Marie de Magdala.
    Quant à savoir le sens que Simon donne au terme de « Pécheresse », Il peut s’agir d’ un péché riruel. De toute façon, Marie n’ était pas une « prostituée » ni une ancienne prostituée…
    Et j’ ajoute, personnellement, qu’ ayant vu, avant mes vacances, sur KTO, un documentaire sur Marie Madeleine en Provence, je pense que les Provençaux ont toujours eu tout intérêt à faire de Marie de Magdala et Marie de Béthanie une seule et même personne, pour donner encore plus de prestige à la Marie Madeleine qu’ ils vénèrent..

    Pour moi encore, Marie de Béthanie est aussi effacée que Marie, Mère de Jésus. Elle ne fait point parler d’ elle.

    Alors que Marie de Magdala ( qu’ aucun texte ne confirme qu’elle était une prostituée ; Jésus a seulement chassé d’elle sept démons…), est, pour moi, un peu comme Saint Paul. Elle est active, elle a un rôle à jouer ; elle suit Jésus jusqu’au Calvaire, elle est, avec Jean, le témoin de sa crucifixion et de son ensevelissement. Jésus lui apparaît, en premier, selon les évangiles, après sa Résurrection, et elle est chargée d’ aller l’ annoncer aux apôtres et de leur donner ses instructions pour la suite des évènements.

    Mais Jésus n’ a pas pu ne pas apparaître à sa mère, après sa résurrection ! et pourquoi pas à Marie de Béthanie ? Seulement, les évangélistes n’avaient nullement besoin de le savoir. Et, donc, d’en parler..

    Comme toi, je prie beaucoup Sainte Marthe, aujourd’hui, comme Marie de Magdala et Marie de Béthanie, dimanche dernier, le 22 juillet, même en sachant qu’elles sont « deux » et très différentes.

    Toute mon amitié…

    André

    PS – Chaque fois que tu en parles, j’ « adore » la façon dont tu parles de Marthe et Marie, comme si tu voulais compenser le silence qui est à leur sujet dans l’ Eglise. Elles s’occupent certainement beaucoup de toi et te mettront entre elles deux au Ciel.
    Moi, j’ aime ta FOI.

  • Monique Durand Wood says:

    Oui, Véronique, il est très probable qu’il y eut trois femmes différentes, chacune avec son fort tempérament et son charisme : Marie de Magdala « apôtre des apôtres », femme énergique et « militante » de la foi, intelligente, instruite et follement amoureuse (les uns n’empêchant pas l’autre !) ; Marie de Béthanie, soeur de Marthe et de Lazare, contemplative et intuitive, on dirait aujourd’hui « mystique » ; et la « pécheresse » citée dans l’évangile de Luc, terriblement audacieuse, réceptive, éperdument reconnaissante de l’Amour qui lui est révélé en l’homme Jésus.
    Mais Marthe aussi est une femme remarquable. N’est-elle pas la première qui confesse que Jésus est Christ, « Fils du Dieu vivant » – ce qui l’établit au même rang de Simon-Pierre, soit dit en passant, et que l’Eglise institutionnelle a eu trop tendance à oublier ! Heureusement, il nous reste l’Evangile… Amitiés.



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