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La résurrection des morts est une chose, la terre nouvelle sous les cieux nouveaux en est une autre

10 novembre 2019 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

En ce temps-là, quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus
et l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a prescrit : ‘Si un homme a un frère qui meurt en laissant une épouse mais pas d’enfant, il doit épouser la veuve pour susciter une descendance à son frère.’
Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ;
de même le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants.
Finalement la femme mourut aussi.
Eh bien, à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »
Jésus leur répondit : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari.
Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection.
Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur ‘le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob.’
Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »

Luc 20, 27-38
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous amis lecteurs, mais jamais les homélies catholiques ne m’incommodent  autant que les jours où l’on lit en Eglise cet évangile-là. Je dois dire que cet évangile lui-même me met déjà dans l’embarras. Que dire alors des homélies catholiques qui, puisant à peu près toutes aux mêmes sources, nous livrent une image de la résurrection tellement  désincarnée et éthérée que même Jésus n’a pas forcément voulu nous l’inculquer ainsi ?

J’ajoute à cette introduction qu’ayant lu aujourd’hui une dizaine d’homélies sur les lectures du jour, j’y ai trouvé presque à chaque fois l’image de l’enfant dans le sein de sa mère, de la chenille qui devient papillon, du grain qui meurt pour devenir épi… Ces métaphores catholiques sont tellement rebattues qu’elles finissent vraiment par lasser. Et je ressens comme un très grand manque en ce jour le fait que nous soyons sans cesse obligés d’écouter des prêtres, et donc des hommes exclusivement, nous parler de « l’au-delà » tout en nous recommandant instamment de ne pas nous poser trop de questions à ce sujet !

Ce qui me saute aux yeux et aux oreilles, c’est que ces prédicateurs en ce jour manquent singulièrement d’inspiration et de liberté de ton. Tous nous servent ce même ciel où on est « comme des anges », sans affects, sans genre et sans sexualité, occupés uniquement à « contempler Dieu » et à chanter sa louange. Peut-être sont-ils tellement attachés au chœur de leur église et aux nuées d’encens qu’ils n’arrivent pas à imaginer autre chose dans l’éternité. Eh bien moi, j’ose le dire, la perspective d’une vie éternelle comme un office religieux qui n’aurait pas de fin ne me fait pas rêver. Ce que je veux dire, c’est que nos curés se trompent peut-être. Déjà, dans les propos de Jésus, il y a une expression qu’ils occultent totalement : ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts . Qui a entendu aujourd’hui prêcher sur le fait que « tout le monde » n’était pas forcément et automatiquement concerné par cette résurrection-là ?
« Qui ont été jugés dignes » , c’est Jésus qui le dit et non pas moi.

Nos prêtres en manque d’inspiration spirituelle feraient peut-être bien, au lieu de dissuader leurs fidèles de s’interroger sur « l’au-delà », d’écouter déjà ceux qui ont quelque chose à en dire. Sainte Thérèse d’Avila dans ses expériences mystiques ne nous en a-t-elle pas appris bien plus que n’importe quel prédicateur de son temps sur la jouissance de la Trinité d’une part, et ce à quoi pourrait ressembler l’enfer – qu’elle a profondément éprouvé – d’autre part ?

Et ainsi, j’aimerais dire ici que notre Eglise se trompe sans aucun doute et trompe tous les fidèles catholiques avec elle quand elle laisse entendre que l’au-delà actuel de la mort est l’aboutissement de toute la révélation divine. C’est faire mentir les Ecritures et même le Credo qui nous dit explicitement du Seigneur : « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts ».
Je crois bien plutôt, et cela au vu de ma propre expérience spirituelle et de ma méditation des Ecritures, que le « ciel » est une réalité provisoire. Ceux qui passent la mort depuis les origines et jusqu’à aujourd’hui rejoignent s’ils en ont été jugés dignes un ciel, oui, où ils deviennent comme des anges qui intercèdent pour nous autres encore mortels. C’est de cette résurrection-là que parle Jésus dans l’évangile du jour. C’est cette dimension-là que percevaient les grands saints, par exemple Thérèse de Lisieux quand elle confesse juste avant de mourir : « Je passerai mon Ciel à faire du bien sur la terre. » Et dans ce Ciel, oui, elle contemple avec joie le Père et le Fils, mais elle garde souci de la masse humaine encore plongée dans la tourmente du monde, ses ténèbres et ses injustices criantes.

Or, je veux aller beaucoup plus loin : le monde lui-même est en devenir. La « terre nouvelle sous les cieux nouveaux » est une vraie réalité à attendre, et ce n’est pas le ciel de la première résurrection des saints. C’est une vraie terre, et un vrai ciel, ailleurs qu’ici, où personne ne demeure encore, car c’est le Christ glorieux qui doit l’inaugurer après son retour. Et là seront conviés les déjà morts et les encore vivants à ce moment-là, à condition qu’ils se laissent totalement renouveler par la puissance de l’Esprit de vérité qui révèlera à chacun le néant de ses certitudes terrestres et l’authenticité des Ecritures, en particulier des Prophètes et de l’Evangile. Là et là seulement s’accompliront les promesses des Prophètes du Premier Testament et de l’Apocalypse. Là et là seulement s’ouvrira le banquet des noces de l’Agneau. Noces ? Dieu n’a pas pour habitude de tordre le sens des mots. Noces il y aura. Mais le Christ glorieux ne sera pas un grand tout dans lequel tous les dévots pourront se fondre. Le Christ Jésus a un corps, un corps d’homme, il est venu dans la chair ! A lui, à ce moment-là seulement, de dévoiler qui sera l’Epouse rayonnante à son bras.

Image : Christ en Gloire d’un évangéliaire du XVIe siècle au monastère Andronikov de Moscou

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