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Homélie du 13 juillet 2014 à l’abbaye de Tamié

13 juillet 2014 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Isaïe 55, 10-11
Psaume 64
Romains 8, 18-23
Matthieu 13, 1-23

Pendant trois dimanches, nous lisons le chapitre 13 de Saint Matthieu. Jésus enseigne en paraboles. Il ne « raconte » pas des paraboles, il « parle en paraboles ». C’est une forme de langage comme la poésie, le langage cinématographique, la peinture, la musique… plus adaptés à rendre la réalité mystérieuse de nos vies. Dans le chapitre 13 de St Matthieu, il y a sept paraboles. Nous avons entendu la première, elles seront toutes lues au cours des prochains dimanches.

Imaginons que, assis pour m’écouter, vous ayez devant vous une table et une feuille de papier blanche avec des lignes. En haut de la page, je vous propose d’écrire le mot « parabole ». Probablement qu’en même temps vous pensez soit à la figure géométrique qui porte ce nom soit à une parabole de télévision soit aussi à cette façon de parler qui est celle de Jésus dans notre évangile. Pour mieux comprendre le sens de la parabole évangélique, je vous propose d’écrire trois ou quatre lignes plus bas le mot de la façon suivante : parabole, cette façon d’écrire montre visuellement qu’il s’agit d’une parole qui fait un détour par en haut, une parole à lire à deux niveaux. Elle a aussi un vide au milieu, comme ne pouvant pas tout dire. Pourquoi ? Pour trois raisons : -1)Pédagogique, les images nous frappent plus que des idées abstraites, mais ce n’est pas suffisant ; -2) Pour faire réfléchir : il y a toujours quelque chose qui nous échappe dans une parabole, elle n’est pas aussi claire qu’un enseignement technique ou scientifique ; -3) Les paraboles sont toutes des paraboles du « Royaume de Dieu ».

Comment parler à un aveugle de naissance des couleurs des fleurs ? Sinon en multipliant les comparaisons avec ce qu’il connait déjà. Comment parler de Dieu ? Aux autres, à nous-mêmes ? Jésus ne nous parle pas du ciel, des anges, de Dieu isolément, mais de notre vie terrestre : de semailles, de pêche, de levain… Et si ce Royaume de Dieu n’était pas un savoir à acquérir mais une révélation sur notre propre vie ? Une révélation qui nous provoque à nous décider, à discerner dans la vie de tous les jours : savoir distinguer entre le Royaume et ce qui ne l’est pas ? L’humain « divinisable » et l’humain qui ne l’est pas ?

La parabole d’aujourd’hui sur le semeur attire notre attention sur l’importance de bien écouter. Tout se joue sur notre capacité d’entendre le Seigneur lui-même nous parler, ici et maintenant. Tout le monde peut entendre l’histoire mais elle ne fructifie que chez quelques uns. Il y a en effet trois obstacles qui sont longuement développés par Jésus : -1) Satan, l’Adversaire mystérieux ; -2) Les épreuves de la vie ; -3) Les désirs humains qui étouffent la Parole. Mais il y a aussi une autre difficulté : la résistance à accepter la nouveauté et à changer d’avis. Ainsi avons-nous généralement une image de la toute puissance de Dieu qui correspond mal à l’image que nous en donne Jésus. Jésus vient convertir nos images de Dieu qui ne semble pas toujours puissant devant le mal, un Père qui laisse mourir son Fils sans intervenir de l’extérieur.

Les paraboles sont difficiles à comprendre parce qu’elles nous font pénétrer le mystère du mal. Dieu ne détruit pas le mal (la semence doit passer par la mort, l’ivraie ne peut être séparé du bon grain). Le Royaume est en germination et il accepte cette ombre mystérieuse du mal qu’est le péché, la résistance à la Parole, l’indifférence… Mais finalement le Royaume aura la victoire, le Bien triomphera du Mal, c’est le mystère de Pâques : mort et résurrection. C’est une bonne nouvelle, la source de notre espérance. Notre monde va mal, il y a de la guerre et de la haine un peu partout. C’est dans le réalisme de notre vie que nous accueillons l’Évangile. Comme nous le chantons dans une hymne de Carême : « Dieu nous fait voir notre vie comme un sillon où germe la Parole ». Le grain doit mourir pour donner non pas un autre grain mais du nouveau. Pas évident, il faut faire confiance, ce qui est une sorte de mort.

Que le Seigneur ouvre nos yeux et nos oreilles pour que nous sachions voir dans la nuit l’espérance de la lumière entretenue par les étoiles. Pour cela il faut lever les yeux vers le ciel et plus on regarde, plus on voit d’étoiles.

Demandons au Seigneur la grâce, les uns pour les autres, de savoir, nous aussi, parler en paraboles en racontant les signes du Royaume que nous avons vus dans notre vie quotidienne. Au milieu des mauvaises nouvelles ce serait une bonne façon d’annoncer l’Évangile et d’entretenir l’espérance dans un monde qui en a bien besoin.

Frère Antoine

Source : http://www.abbaye-tamie.com/la_communaute/la_liturgie/homelies_tamie/homelies-2014/homelie-to-15/vue

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1 commentaire

  • Claire says:

    Quelle belle homélie..Je verrais bien le mot PARabOLE écrit non pas sur une ligne mais en forme de sourire, comme un élan de la pédagogie de Dieu qui descend dans le « PAR » pour rejoindre le quotidien de notre vie avec les deux petites lettres centrales (pour les contemporains de Jésus, vigne, semailles, bestiaux, moissons et figuiers) et qui remonte dans un élan vers le Ciel (« OLE ») pour entraîner notre intelligence du Cœur à mieux percevoir le Royaume..Le Verbe en élan qui traverse notre incarnation pour nous conduire à la Vie!



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