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« Au petit, par pitié, on pardonne, mais les puissants seront jugés avec puissance » Sagesse 6, 6

15 novembre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

Soyez attentifs, vous qui dominez les foules, qui vous vantez de la multitude de vos peuples.
Car la domination vous a été donnée par le Seigneur, et le pouvoir, par le Très-Haut, lui qui examinera votre conduite et scrutera vos intentions.
En effet, vous êtes les ministres de sa royauté ; si donc vous n’avez pas rendu la justice avec droiture, ni observé la Loi, ni vécu selon les intentions de Dieu,
il fondra sur vous, terrifiant et rapide, car un jugement implacable s’exerce sur les grands ;
au petit, par pitié, on pardonne, mais les puissants seront jugés avec puissance.
Le Maître de l’univers ne reculera devant personne, la grandeur ne lui en impose pas ; car les petits comme les grands, c’est lui qui les a faits : il prend soin de tous pareillement.
Les puissants seront soumis à une enquête rigoureuse.
C’est donc pour vous, souverains, que je parle, afin que vous appreniez la sagesse et que vous évitiez la chute,
car ceux qui observent saintement les lois saintes seront reconnus saints, et ceux qui s’en instruisent y trouveront leur défense.
Recherchez mes paroles, désirez-les ; elles feront votre éducation.

Sagesse 6,2-11
Textes liturgiques©AELF

A la fois beau et redoutable, le Livre de la Sagesse ! Du temps de la royauté, il y avait peut-être encore un peu cette idée que le pouvoir n’était pas donné que par le sang, mais aussi par Dieu. A l’époque des démocraties et des dictatures, on est loin de cette conception. Celui qui se sent légitime par les urnes perd très vite de son humilité. Celui qui prend le pouvoir par la force ou les armes se prend généralement lui-même pour un dieu… et fait fi de la Parole du seul vrai Dieu.

Je ne pense pas que la Parole du Christ abolisse celle du Livre de la Sagesse, que je me réjouis personnellement de trouver dans le canon des Ecritures. Et des paroles fortes telles que « un jugement implacable s’exerce sur les grands ; au petit, par pitié, on pardonne, mais les puissants seront jugés avec puissance » ne sont pas pour me déplaire. Car enfin, s’il n’y a pas de justice en ce monde, il faut bien qu’il y en ait une sous le regard de Dieu. Et qui opprime en ce bas monde impunément ne saurait échapper au minimum à une violente prise de conscience du mal qu’il a commis en sa vie au moment de l’ultime face à face. Avec toutes les conséquences que cette prise de conscience peut avoir sur sa vie éternelle, la repentance sincère comme autre chose.

Pour reprendre des mots que j’ai lus ces dernières semaines dans des homélies données à l’abbaye de Tamié « La piété a si bien recouvert de confiture les paroles de Jésus, qu’on ne sait plus à quel point elles sont salées. La théologie a si bien mouliné la pensée de Jésus, qu’on a perdu le goût si fort du paradoxe. » (Maurice Bellet, prêtre philosophe et théologien)

Recouvrir de confiture les paroles de Jésus, tant de chrétiens le font ! Entre les images sulpiciennes et la miséricorde dégoulinante à tout propos, bien souvent, je ne reconnais plus le Christ que j’aime, celui qui est annoncé par tout le Premier Testament et qui ne renie aucunement ce que son Père a donné à dire aux prophètes des temps anciens. Nous disons, dans le Credo de Nicée, que l’Esprit Saint « a parlé par les prophètes ». Je crois aussi profondément qu’il a parlé par l’auteur inconnu du Livre de la Sagesse, et qu’il y a là bien des enseignements à en tirer, notamment quand on est un « puissant » qui se passerait volontiers des principes mêmes de la justice et de la charité à l’égard de son prochain, le plus petit soit-il.

Image : Rogier van der Weyden    Le jugement dernier  XVe

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