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« Est-il permis… ? » Marc 3, 4

17 janvier 2018 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

En ce temps-là, Jésus entra de nouveau dans la synagogue ; il y avait là un homme dont la main était atrophiée.
On observait Jésus pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat. C’était afin de pouvoir l’accuser.
Il dit à l’homme qui avait la main atrophiée : « Lève-toi, viens au milieu. »
Et s’adressant aux autres : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver une vie ou de tuer ? » Mais eux se taisaient.
Alors, promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leurs cœurs, il dit à l’homme : « Étends la main. » Il l’étendit, et sa main redevint normale.
Une fois sortis, les pharisiens se réunirent en conseil avec les partisans d’Hérode contre Jésus, pour voir comment le faire périr.

Marc 3,1-6
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Très souvent, je réfléchis à la portée des enseignements de Jésus en son temps, et à la manière dont on pourrait les transposer à notre époque. Je n’imagine pas des situations du style « What would Jesus do ? » comme certains le font de leur côté. Car le Christ Jésus ne peut revenir que dans sa gloire, et alors la question d’obéir ou non à son enseignement ne se posera plus. Tous le reconnaîtront comme le Fils du Très-Haut, et l’accepteront – ou non – comme leur Roi d’éternité. Non, ce qui m’intéresse, c’est de savoir ce que l’Esprit Saint, qui « procède du Père et du Fils » a à nous enseigner dans l’aujourd’hui de nos vies. Et comme, depuis saint Paul et les 2000 ans d’Eglise qui ont suivi, les hommes se sont beaucoup, beaucoup exprimés sur ce sujet et ont fixé entre eux toutes les règles de l’Eglise, il me plaît d’interroger plutôt la vie et les profondeurs de l’âme féminine pour chercher à discerner ce que l’Esprit veut nous enseigner aujourd’hui.
Jésus a mené un difficile combat contre les rigidités doctrinales des gardiens de la Loi de son époque. L’observance du sabbat revenait sans cesse sur le devant de la scène et a été l’alibi puissant des pharisiens pour faire persécuter et condamner Jésus. Dieu ayant donné les tables de la Loi à Moïse, dont la prescription de l’observance du sabbat le 7ème jour, Jésus était fort mal venu de se mettre à leur déclarer : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat. » (Marc 2, 27) Dès lors, la guerre était déclarée contre le Fils de Dieu.

Revenons à notre époque. Quel est le problème majeur que l’Eglise catholique rencontre aujourd’hui, pourquoi se vide-t-elle, pourquoi les générations encore actives la désertent-elles ? Pourquoi ceux qui ne la quittent pas et se réclament de la stricte observance ecclésiale en matière de morale sexuelle et conjugale ne sont-ils pas forcément des témoins convaincants ? – c’est même souvent l’inverse aux yeux des non-croyants, ou tout du moins des non-pratiquants.

Il me semble que tout ce qui prêtait à confusion à l’époque de Jésus au sujet du respect du sabbat pourrait se dire pareillement aujourd’hui au sujet du mariage et du non-mariage. Jean-Paul II avait érigé au sommet de la vie chrétienne les questions relatives à la sexualité et au mariage. On n’entendait de façon audible à cette époque de la part de l’Eglise que les discours et les recommandations sur la chasteté hors mariage, l’interdiction de la contraception « artificielle », l’anathème absolu sur l’avortement*… Qui pensait dans ces années-là à l’Eglise catholique de l’extérieur n’avait que ces sujets qui lui venaient à l’esprit. Et nous n’en sommes pas encore complètement sortis.

Dans les années Jean-Paul II, j’étais adolescente puis jeune adulte. Et femme. Et je suis témoin que si mes sœurs en humanité ont déserté l’Eglise – moi-même je l’ai fait à cette époque – c’est en très grande partie à cause de ce discours fermé qui ne tenait pas compte des réalités du siècle et de l’intimité des femmes.

Alors certes, on m’objectera que c’est Jésus qui a donné en Marc 10, 1-12 par exemple des recommandations sur la fidélité dans le mariage. Mais force est de constater qu’à l’épreuve de la vie et du temps, les règles ecclésiales qui en ont découlé sont autant de carcans qui deviennent d’insupportables fardeaux pour des personnes pouvant vivre plus de cent ans, qui se sont mariées un jour pour diverses raisons pas forcément bonnes ni mûrement réfléchies, et que ces lois canoniques sont aussi un instrument à excommunier massivement, en particulier des femmes ayant subi des infidélités et une rupture de mariage qu’elles n’ont pas forcément souhaitée. Que propose l’Eglise à celles-ci depuis des décennies si elles rencontrent un nouvel amour ? « Vivre le mariage en frère et sœur ». Pareille ineptie ne peut jaillir que d’un esprit de vieux clerc célibataire. Allez donc dire à un homme qui partage votre vie : « Mon ami, vivons en frère et sœur. » Qu’il se lève, celui qui resterait !

Et il n’y a pas que cela. Il y a toutes les questions de morale sexuelle issues de « L’œuvre de chair ne désireras qu’en mariage seulement » (Catéchisme de l’Eglise catholique). Franchement, regardons autour de nous : les couples non mariés sont-ils de si grands pécheurs ? Consommer une union hors mariage est-il donc, de toutes les situations, la plus criminelle, puisque c’est celle-là qui est montrée du doigt en Eglise, tandis que les délinquants de tout poil sont accueillis en son sein comme de bienheureux pécheurs à pardonner promptement ? Il y a de nos jours un basculement tragique de la notion de « péché » : à force de se montrer pleine de mansuétude pour les criminels et dure avec ceux qui ne sont pas « dans les clous » du catéchisme sur les questions de morale sexuelle et familiale, l’Eglise discrédite de plus en plus le message évangélique. Les questions sur le mariage sont très peu présentes dans l’Evangile, tandis qu’une certaine Eglise en a fait le sommet de la vie chrétienne, hors vocation religieuse. Quid de la foi, de l’espérance et de la charité ?

Alors aujourd’hui, j’ai envie, comme mon Seigneur et Maître, d’y aller de ma petite provocation, et de déclarer :

« Le mariage a été fait pour la femme, et non pas la femme pour le mariage. »

 

* Aux lecteurs qui seraient tentés de me considérer comme une « vilaine féministe avorteuse », je signale tout de même ce billet :

https://www.histoiredunefoi.fr/blog/7506-de-lavortement-conversion-regard

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