Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

HOMELIE DE NOËL

Nous sommes tous là pour célébrer Noël. Sainte et belle fête pour nous, chrétiens.

En passant, ce n’est pas pour entrer dans des logiques élitaires ou identitaires, mais il me semble, que nous devenons toujours moins nombreux… Et je ne sais pas si ce constat doit nous attrister ou plutôt nous encourager… Nous célébrons la naissance de Jésus fils de Marie, un enfant-pauvre né dans une famille pauvre, et qui, dès le début, est déjà refusée par les gens-bien et les puissants de son temps. En même temps, nous savons, par la foi, que dans cet Enfant est la lumière de Dieu, celui que, nous l’avons entendu, l’évangéliste Jean appelle : « Logos » (traduit par Verbe, Parole-de Dieu) qui vient partager notre nature humaine. C’est le grand cadeau de Dieu à l’humanité tout entière, à chacun de nous, sous des apparences très modestes : un enfant. Et nous qui sommes là nous en sommes heureux et reconnaissants.

Mais il serait trop peu d’en rester simplement l et de réduire ce jour de Noël à une occasion de joie intimiste ou, pire encore, égoïste. Nous sommes invités à la partager, cette joie, à réfléchir ensemble pour que notre joie devienne aussi joie pour les autres. Car, pour commencer, il n’est pas question de fêter cette date comme un anniversaire au milieu de tant d’autres. En effet, ce qui est curieux, c’est qu’une partie importante de gens autour de nous (même parmi ceux qui se disent chrétiens) c’est ainsi qu’ils l’entendent. Ils fêtent Noël sans trop savoir pourquoi, sans se préoccuper de comprendre de quoi il s’agit réellement. Nous le constatons : pour beaucoup, Noël est réduit parfois à un fait culturel comme tant d’autres, une occasion folklorique qui permet de briser la monotonie et la grisaille de l’hiver ; en quelque sorte, une manière de pimenter notre quotidien. À ce titre là, cette fête est adoptée même par ceux qui refusent, par principe, toute référence chrétienne et la considèrent un envahissement indu, inopportun dans la vie civile. Cela est devenu un fait assez courant. Pour eux, toute manifestation religieuse serait une atteinte dangereuse à la vie des honnêtes gens, quelque chose qui dérange.

Sur certains documents officiels important où figure une date, que ce soit 2017 ou 2018, il est conseillé de préciser : « de notre ère », dans le cas où l’on pourrait imaginer une quelconque allusion, possible, à la naissance du Christ. Ce qui est pourtant une réalité incontestable. Cette distorsion est tellement naïve qu’elle nous fait sourire. (suite…)

La voix de mon bien-aimé !
C’est lui, il vient…
Il bondit sur les montagnes,
il court sur les collines,
mon bien-aimé, pareil à la gazelle,
au faon de la biche.
Le voici, c’est lui qui se tient
derrière notre mur :
il regarde aux fenêtres,
guette par le treillage.
Il parle, mon bien-aimé,
il me dit :
Lève-toi, mon amie, ma toute belle,
et viens…

Cantique des cantiques 2, 8-10
Textes liturgiques©AELF

Finalement, le choix de ce texte liturgique quelques jours avant Noël a de quoi surprendre… J’ai déjà lu que le Cantique des cantiques parlait du Christ et de Marie dans certaines interprétations à l’extrême du catholicisme. Je trouve un tel rapprochement très hasardeux voire choquant. Comment plaquer sur une relation mère – fils un aussi beau chant d’amour sponsal ? Cela ne peut être que le fait de vieux garçons en manque de figure féminine dans les Ecritures, la doctrine et leur quotidien, à mon avis. L’interprétation plus convenue, c’est que ce poème concerne le Christ et l’Eglise. Mais que cela est flou ! Qui est l’Eglise, à une époque où le christianisme est si morcelé, où nombre de chrétiens baptisés ne pratiquent plus leur foi nulle part, où le terme même d’Eglise renvoie à des images de parterres de prélats en soutane qui cultivent l’entre-soi, à l’exclusion de toute femme ?

C’est aussi très étrange de faire venir cette lecture liturgique au moment où on célèbre le Christ Jésus bébé. C’est encore hors de propos, toujours à mon humble avis. La jeune fille enceinte de Jésus ne pensait certainement pas à lui comme à un fiancé ! D’ailleurs, en Joseph elle en avait déjà un, sans doute tout à son goût, même s’il n’était pour rien dans cette conception virginale.
Je connais très bien les sentiments qu’on éprouve quand on attend un premier enfant désiré, consenti. C’est une immense vague d’amour qui envahit la future maman, mêlée d’une pointe d’appréhension qui finalement durera toute la vie de l’enfant, à chacune des étapes de son développement. Là non plus, rien à voir avec le Cantique des cantiques qui est un chant d’amour entre fiancés épris l’un de l’autre et déjà travaillés par le désir. Le mettre en parallèle avec l’amour maternel, je trouve cela franchement indécent. (suite…)

J’ai beau être une chrétienne – catholique – fidèle à l’Eglise de mon baptême et passionnée par les Ecritures, connaissant les recherches sur l’évolution progressive de l’hominidé vers l’homo sapiens sapiens à travers des millions d’années, je ne peux croire qu’il y ait eu un jour sur cette terre-ci un Eden, et donc une « chute » des premiers parents. La recherche et l’observation des espèces animales les plus proches de la nôtre nous montrent bien plutôt que l’être « femelle » a toujours été sous la domination parfois violente de l’être « mâle » avec ses pulsions égocentriques et son désir désordonné de se reproduire.
Si Eden il y a eu, ce ne peut être que dans le sein du Père. Là étaient les prémices de l’unique masculinité parfaite qui donnera l’incarnation du Christ Jésus, et de la féminité aimée du Père dès l’origine et parfaitement complémentaire du Rédempteur qui se manifeste dans la Ruah. Ces deux-là quittent l’Eden éternel du sein du Père pour se confronter à l’iniquité du monde. Nous savons bien ce que les hommes ont fait du Christ Jésus il y a 2000 ans – et aujourd’hui encore – tandis que bien des femmes sur son chemin ont été pour lui reconnaissance et consolation.

« Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ! »

Et si, depuis quelque 200 ans, l’Eglise catholique s’était profondément trompée sur l’interprétation de cette prière donnée à l’humble Catherine Labouré par la Mère du Sauveur rue du Bac à Paris ?
Car Marie n’est pas tant différente de toutes ses sœurs en humanité que n’est différent le Christ Jésus de ses frères en humanité. Car enfin, observons un peu l’être féminin, depuis la fillette jusqu’à la femme rendant son dernier souffle. Qui connaît des femmes meurtrières en série, provoquant et menant des guerres, déclenchant l’arme nucléaire, étant prêtes à tuer pour conquérir un bout de territoire, commandant et instruisant la formation des grands terroristes, organisant au sommet les trafics de stupéfiants, qui connaît des femmes dictateurs au XXe siècle et avant, qui connaît des femmes ayant perpétré les grands génocides de l’histoire ? (suite…)

Isaïe, Chapitre 63, 16b-17 & 19b ; 64, 2b à 7
Psaume 79
Première lettre aux Corinthiens Chapitre 1, versets 3 à 9
Évangile selon saint Marc, chapitre 13, versets 33 à 37

Chaque année, en ce temps de l’Avent, nous sommes invités à la vigilance, à l’attente, et nous entendons résonner, dans la liturgie, le cri : « Viens, Seigneur Jésus, viens bientôt ! » Mais nous devrions nous poser la question : nous, les chrétiens, croyons-nous encore à la fin de l’histoire, à la venue du Seigneur Jésus, à l’inauguration d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle ? Nous, les chrétiens, sommes-nous toujours « ceux qui attendent le Christ », comme nous appelait le cardinal John-Henry Newman ? Nous, les chrétiens, chargés de garder toujours vivante la flamme brûlante du désir, qu’avons-nous fait de l’attente ? Avons-nous encore conscience de ce que nous disons lorsque, en répétant la prière que le Seigneur Jésus nous a enseignée, nous implorons : «Que ton règne vienne ? » Pourtant, le retour du Seigneur est une donnée centrale de notre foi chrétienne, une donnée qui exprime l’absolue souveraineté de Dieu sur le monde, sur l’humanité, sur l’histoire. L’humanité n’avance pas dans l’histoire par inertie, mais elle va vers une fin établie par la volonté de Dieu. Il y a donc un jour, appelé par tous les prophètes « le Jour du Seigneur », où les réalités visibles céderont la place aux invisibles, ce monde-ci cédera la place au ciel nouveau et à la terre nouvelle, au royaume de Dieu, à la vie éternelle. Si notre foi chrétienne n’était pas porteuse de cette espérance au-delà de la mort et au-delà de l’histoire, alors les chrétiens seraient les plus à plaindre de tous les hommes, dit saint Paul (1 Co 15, 19). La parabole de l’évangile que nous venons d’entendre a été dite par Jésus non pour effrayer ses disciples, mais pour les rassurer : le Seigneur est comme un homme parti en voyage, mais qui reviendra. (suite…)

En ce temps-là, comme on l’écoutait, Jésus ajouta une parabole : il était près de Jérusalem et ses auditeurs pensaient que le royaume de Dieu allait se manifester à l’instant même.
Voici donc ce qu’il dit : « Un homme de la noblesse partit dans un pays lointain pour se faire donner la royauté et revenir ensuite.
Il appela dix de ses serviteurs, et remit à chacun une somme de la valeur d’une mine ; puis il leur dit : “Pendant mon voyage, faites de bonnes affaires.”
Mais ses concitoyens le détestaient, et ils envoyèrent derrière lui une délégation chargée de dire : “Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous.”
Quand il fut de retour après avoir reçu la royauté, il fit convoquer les serviteurs auxquels il avait remis l’argent, afin de savoir ce que leurs affaires avaient rapporté.

Extrait de Luc 19,11-28
Textes liturgiques©AELF

Comme l’évangile d’aujourd’hui (parabole des mines) est assez long, je n’en ai posté que le début pour m’arrêter à la phrase donnée en titre : “Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous.”
Jésus était décidément fort clairvoyant.
Il s’est incarné de Marie et du Père et s’est dépouillé de toute prérogative divine en s’abaissant ainsi au rang des hommes, lui qui précédait pourtant toute création. Et bien qu’on l’ait suivi du temps de sa mission pour ses paroles belles et les guérisons accordées, il avait très bien compris que beaucoup d’autres n’étaient pas prêts à l’accepter comme souverain. C’est que l’humain pense à échelle humaine, et même les disciples de Jésus se sont laissé aller à espérer qu’il devienne roi d’Israël, ce qui n’était pourtant ni dans le dessein du Père, ni dans les ambitions du Fils.
« Ma royauté n’est pas de ce monde », dira plus tard Jésus à Pilate. (Jean 18, 36) Il l’a toujours su, et quand il reviendra dans la Gloire, ce ne sera toujours pas pour régner sur ce monde-ci, mais sur l’ailleurs de son propre Royaume.
Cependant, nombre de nos contemporains en sont restés à la rumeur rapportée plus haut dans la parabole : “Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous.”
Autrement dit en langage d’aujourd’hui : « Ni Dieu, ni maître. » (suite…)