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« Suis-moi. »

30 juin 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog

« Suis-moi. » Luc 9, 59

« Suis-moi », c’est l’appel que Jésus nous adresse aujourd’hui par son Evangile, un appel pressant, un appel radical, un appel sans retour.
« Suis-moi. »
Entendre cet appel, aimer cet appel, répondre à cet appel. C’est le sens profond de toute vocation.

La mienne a toujours un peu dérangé l’Eglise car elle n’entre dans aucun cadre. Elle n’a été ni provoquée par elle, ni contrôlée par elle, ni bâillonnée par elle.
Je m’explique.

Une enfance à la foi plus que brûlante.

A 16 ans, j’étais en vacances avec mon oncle prêtre dans une pension tenue par des religieuses. Une sœur, la soixantaine, en vacances là-bas aussi, avait dû sentir en moi, déjà, l’appel du Seigneur, et m’avait parlé de la vocation de religieuse. Cette femme m’inspirait la plus grande confiance et je l’estimais beaucoup. Elle était religieuse apostolique, j’avais avec elle des discussions passionnantes, mais quelque chose au plus profond de moi disait non à cette vie-là. J’étais déjà amoureuse d’un garçon – qui ne répondrait d’ailleurs jamais à mon attirance pour lui – et je pensais mariage, famille, enfants. Le désir de maternité était inscrit très profondément dans ma chair, alors le voile, le couvent, ou même la vie apostolique, je ne pouvais pas y songer. Et comme j’ai été lucide, si jeune encore !

Bien des déboires sentimentaux plus tard, je me mariais. Il y a exactement vingt-neuf ans aujourd’hui. Civilement. Un enfant allait naître, et son père et moi étions dans une joie incommensurable, que la naissance de notre fils ne fit qu’augmenter.

Je crois que j’avais un peu confondu vocation au mariage et vocation à la maternité. Il faut dire que l’Eglise entretient cette confusion en permanence, et que je ne suis toujours pas comprise aujourd’hui quand j’affirme que j’ai eu, profondément, la vocation à la maternité, mais pas au mariage.

Et d’ailleurs, le comble de l’Eglise catholique, c’est qu’elle vénère en la Vierge Marie une femme qui aurait eu de manière éminente cette vocation à la maternité mais pas au mariage – un mariage non consommé est-il un mariage ? – mais qu’elle regarde comme impossible que j’aie pu avoir précisément cette vocation-là ! J’ajoute au passage que je ne crois pas à la virginité perpétuelle de Marie, mais cela est un autre débat.

Et donc, un mariage, trois enfants et un divorce plus loin, je me retrouve face à l’Appel. Cette fois, plus moyen de m’y dérober.
J’ai eu du mal à discerner ce que le Seigneur attendait de moi, et d’autant plus que j’ai dû discerner seule, dans une très grande indifférence de la part de l’Eglise. Je n’avais pas été le neveu et petit-neveu de prêtre qui aurait pu perpétuer la tradition du sacerdoce familial. Je n’étais plus la vierge de 16 ans qu’on aurait voulue au couvent. Ayez à 40 ans une vocation brûlante au cœur, avec trois enfants, un mari parti et pas envie de faire du catéchisme en paroisse, vous n’intéresserez rigoureusement personne en Eglise. Indésirable et encombrante, je l’ai été, et ce n’était pas qu’une impression.

Mais Dieu n’a pas ce regard-là sur celle qu’il a choisie et appelée. Dieu n’est ni le curé, ni même l’accompagnateur spirituel. Dieu regarde, écoute, aime et appelle. Dans l’état de vie dans lequel on se trouve, dans cet état-là et pas un autre.
« Suis-moi. »
Déterminée, je suis allée sur la montagne rejoindre un sanctuaire aimé. C’était pour la fête de Notre-Dame du Mont Carmel, cela fera huit ans dans quelques jours. Une belle journée, et il y avait là-haut un beau mariage, si beau et si important aux yeux du chapelain qu’il ne m’a consacré, très énervé, que cinq petites minutes d’entretien dans la sacristie. Il devait bien se demander qui était cette pénitente encombrante qui venait l’importuner un samedi entre un mariage à la quête prometteuse et la messe du soir. N’importe, il m’a donné l’absolution et a béni mon vœu. Ce jour-là, en proie aux affres de l’indifférence de l’Eglise à mon égard, j’ai cependant promis : promis au Christ et à lui seul d’être sienne pour toujours. Sans voile ni anneau, sans mainmise de l’Eglise sur mon âme et mes services. Il fallait, je pense, qu’il en soit ainsi, car c’est une véritable vocation de consécration au Seigneur, bénie en Eglise, mais non inféodée à l’Eglise. Je suis demeurée libre, entièrement libre, donnée à Jésus Christ que j’aime plus que ma vie mais non à une institution qui n’a entre temps que trop montré son inaptitude à entendre les cris de ses victimes et la voix des authentiques prophètes dans l’Esprit.

« Suis-moi. »
Voilà comment j’ai répondu à l’appel. Et comment j’y réponds encore, chaque jour de ma vie, jusqu’à ce qu’Il vienne.

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