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Les ambiguïtés de la Toussaint

1 novembre 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Demandez aux Français non pratiquants ce que représente la fête de la Toussaint, et ils vous parleront cimetières et chrysanthèmes. C’est si vrai que les fleuristes ont eu une dérogation pour continuer à travailler malgré le reconfinement jusqu’à la date de cette fête catholique.
Les pratiquants auront beau se démener pour expliquer que la fête de la Toussaint, c’est se réjouir de tous les saints qui ont aimé ou aiment Dieu plus que tout et leur prochain comme eux-mêmes,  dans l’acception sociale, à la Toussaint, on fait mémoire de nos défunts. Et de là, je pense, une confusion et une mauvaise interprétation des Ecritures.

Qui, sinon Dieu ou une personne remplie d’Esprit Saint peuvent discerner qui est saint et qui ne l’est pas ?

C’est faire erreur que de considérer que tous nos défunts ont été des saints, et c’est aussi se leurrer que de penser que tous les défunts ont déjà eu part aux Cieux de la première résurrection. Or, cette erreur d’appréciation, énormément d’ordonnés eux-mêmes la commettent, il suffit d’écouter leurs homélies onctueuses aux funérailles. Il est souvent prêché que le baptisé est d’ores et déjà sauvé en Christ, et ce quelle qu’ait été sa vie. On évoque l’immense miséricorde de Dieu qui efface toutes les fautes d’un coup d’éponge et qui donne à chacun l’accès direct au paradis. Dans l’Eglise catholique, j’entends souvent cela et j’avoue que j’en éprouve de l’irritation, car c’est mentir aux fidèles et encore davantage à tous ceux qui ont relégué les commandements de Dieu, l’Evangile voire le simple souci d’autrui sur le recoin poussiéreux d’une étagère de leur vie, et cela même s’ils ont été baptisés. Et d’ailleurs, dans notre Eglise, nombre de parents font encore baptiser leur enfant simplement comme un rite social, familial, ou encore une sorte de vaccin contre le néant. On l’envoie encore éventuellement à la catéchèse de la première communion, puis tout s’arrête, et le petit prince est élevé selon des valeurs personnelles de sa famille, quand toutefois elle en a quelques-unes. Comment ne pas devenir, le plus souvent, un piètre chrétien, quand l’entourage ne donne plus de témoignage de la suréminente pertinence de l’Evangile ?

Je parle de cette génération de baptisés qui n’a pas encore l’âge de mourir. Qu’en est-il alors de ceux des générations précédentes qui ont reçu l’Evangile sciemment et ont cependant mené une vie aux antipodes de la Parole du Christ ? Egoïsme, carriérisme, goût des possessions matérielles, cupidité et avarice, fraude, incapacité à se réconcilier avec autrui, négligence de ses devoirs d’époux et de parent… La liste des manquements aux commandements de Dieu est parfois fournie dans certaines vies, quand ne s’y ajoutent pas le délit et le crime.

Je crois en la miséricorde de Dieu pour qui manifeste devant Lui un repentir très sincère, d’autant plus louable s’il cherche à s’amender de son vivant. Je crois même au délai du purgatoire pour se repentir de tous les manquements cités plus haut, sans doute d’ailleurs dans la souffrance morale de la lucidité soudainement acquise au moment du passage de la mort.

Mais je ne me permettrai jamais de dire à quelqu’un de peu édifié dans la foi que son défunt est à coup sûr dans les bras de Dieu. Oh bien sûr, cela est plus confortable face à une famille en deuil ! On lui fait croire au salut automatique et on s’épargne des questionnements et une image peu valorisante du christianisme. Mais enfin, il faut lire les Ecritures et pas seulement les développements théologiques de ces dernières décennies ! La parole de Dieu est très claire : le salut est certes proposé à tous, mais pas automatiquement acquis pour autant ! Les commandements de Dieu sont clairs et exigeants : pour être déclaré saint, il faut avoir voulu et être un tant soit peu parvenu à mener une vie sainte, au moins après une conversion ou à défaut, faire le bien sans avoir conscience de se couler ainsi dans l’Evangile ! Et par vie sainte, je n’entends pas une vie conforme à un quelconque catéchisme, mais bel et bien une vie menée, consciemment ou non, selon les paroles du Christ, que ce soit dans les béatitudes ou dans tout autre enseignement de sa part.

Je pense que la grande confusion et cette manie de prêcher le paradis pour tous vient du fait que l’on ne distingue pas le Ciel présent, qui est un espace d’intercession peuplé de tous les défunts qui ont eu part à la première résurrection, et le Royaume promis, qui n’adviendra qu’après le retour du Christ en Gloire, ce moment où seront jugés les vivants et les morts qui n’ont pas eu part au Ciel de la première résurrection. Alors et alors seulement l’immense foule des rachetés pourra entrer dans le Royaume du Christ-Roi, et bienheureux seront-ils ! Ce qui ne signifie pas, une fois de plus, que ceux qui ont choisi tous les charmes de l’Adversaire une vie durant et jusque dans les combats des désordres derniers y entreront eux aussi. Soyons donc honnêtes dans notre foi chrétienne et notre langage, et ne trompons pas nos interlocuteurs sur cette question si délicate et essentielle du salut !

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