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Les pommes moches

10 novembre 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Je poussais mon caddie en quête de fruits et légumes, et je suis tombée sur l’offre de la semaine : les « pommes moches ». Franchement, cela m’a tellement amusée que j’ai pris l’affiche en photo. Et puis, à y regarder de plus près, elles n’étaient pas si moches que ça, ces pommes-là. Tachetées ici ou là, oui, de calibres différents, certes, mais à les observer, j’ai imaginé d’emblée la bonne compote que je pourrais en tirer. Et d’en prendre deux bons kilos.

Voilà, ma compote m’attend pour le dessert, bien appétissante. Et je songe à la disgrâce dont on a affublé ces pauvres pommes : « moches ». Sans aucun égard.

Qui a des égards pour les personnes qui ne correspondent pas aux canons de la beauté ? La cruauté du monde m’étreint parfois le cœur. Je me souviens de ces bals, naguère, où les jeunes gens faisaient leur marché parmi les jeunes filles. Quels étaient donc leurs critères de choix ? Il y avait celles qui « faisaient banquette ». Assises au bord de la piste de danse tandis que les autres s’amusaient et s’enlaçaient, elles avaient le temps de ressasser leurs complexes et leurs blessures d’adolescence face aux moqueries dans les cours de collèges. Et cela continuait, indéfiniment. Elles n’avaient guère le choix d’une relation parmi les jeunes hommes beaux et brillants. Il leur fallait attendre, patiemment ou non, les garçons relégués aussi et qui avaient déjà essuyé plusieurs refus des jolies filles.

Nous pouvons avoir une certitude : Dieu ne regarde pas ainsi ses créatures. Sous les fards et les coupes à la mode comme sous les traits disgracieux, il voit les cœurs, et rien ne lui échappe. Il voit ce qui, en nous, est beau, en tout premier. Tout comme j’ai découvert des pommes fermes et savoureuses rien qu’en les épluchant. Ne jamais s’arrêter à l’enveloppe extérieure. Il voit aussi ce qui, même sous de belles apparences, peut être moche en nous. L’acuité de son regard peut nous transpercer l’âme de façon foudroyante. Par grâce, en un instant, on prend conscience de son néant. Et on s’en repent. Miracle toujours donné du sacrement de la réconciliation. La créature en est renouvelée, et souvent, la beauté intérieure déborde alors des yeux lavés et du sourire retrouvé.

Les pommes moches.

Dieu lui, jamais, ne nous étiquettera.

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