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Un livre à lire

11 septembre 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog

J’ai acquis hier cet ouvrage et je l’ai lu d’une traite. « Etouffée, récit d’un abus spirituel et sexuel » de Sophie Ducrey.
« Encore un livre sur un abus ! », diront quelques esprits chagrins ou soucieux de ménager l’Eglise. Mais autant dire que l’Eglise a déjà tout fait pour étouffer le témoignage de Sophie, et ce pendant de longues années, ce que l’auteure raconte par le menu dans ces pages glaçantes sur les rouages de l’institution qui, bien qu’elle s’en défende, cherche avant toute chose à se protéger elle-même et à couvrir les méfaits de ses prêtres pour éviter tout scandale public.

Sophie nous livre son témoignage sincère, étayé mais néanmoins respectueux de chaque protagoniste et, chose qui m’a profondément touchée, sans remettre en cause sa foi chrétienne très belle et vive. En vraie croyante, ce n’est pas à Dieu qu’elle en veut, mais à ces hommes d’Eglise qui s’en croient médiateurs privilégiés, quitte à sacrifier sur l’autel de leurs failles narcissiques la pureté et l’innocence de jeunes filles qui n’aspiraient qu’à la sainteté. On découvre dans ce témoignage les rouages redoutables de la doctrine de « l’amour d’amitié » prônée par confiance aveugle dans le fondateur de la communauté nouvelle Saint-Jean. Et comment des faits ignobles d’emprise spirituelle et sexuelle se trouvent couverts par les acteurs de cette communauté qui cherche son renom plutôt que la lumière sur ses déviances profondes.

J’avais déjà lu « Le silence de la Vierge » de Marie-Laure Janssens, récit d’une terrible emprise spirituelle sur une jeune religieuse contemplative de la même congrégation Saint-Jean. Cela commence à faire beaucoup ! Comment l’Eglise, soucieuse de se justifier avant toute chose de ses choix et de ses complaisances, a-t-elle pu rester si longtemps sourde et indifférente à la souffrance extrême de jeunes femmes et de jeunes gens soumis à des directeurs spirituels détournant impunément à leur profit les aspirations les plus nobles et les plus élevées de ces jeunes en quête d’absolu ?

Pour ma part, je n’ai par grand bonheur jamais subi d’abus sexuel en Eglise. Mais comme Sophie et Marie-Laure, je peux témoigner de l’omerta généralisée dans l’institution quand une femme a une inspiration spirituelle forte, propre à déranger l’ordre établi et à mettre à mal quelques doctrines et leurs gardiens farouches. Comme Sophie et Marie-Laure, j’ai entendu comme un leitmotiv en confession ou entretien spirituel que la Vierge Marie « gardait tous ces événements dans son cœur » et que mon silence serait toujours préférable à une parole mise en doute d’emblée par ces hommes d’Eglise. Et plus qu’elles, peut-être, je me suis heurtée à la sempiternelle suspicion sacerdotale d’être une femme peu équilibrée psychiquement, voire complètement folle. C’est toujours l’ultime recours de notre Eglise foncièrement misogyne et mettant les femmes sous tutelle: nous devons nous taire, servir, nous en remettre à notre confesseur – mâle par définition – et accepter des pratiques séculaires. A-t-on des velléités de s’exprimer en son nom propre sur les graves dysfonctionnements de l’Institution, on est au mieux inopportune, au pire menteuse ou folle.

Après la révélation ces dernières années de multiples abus sexuels ou spirituels sur des enfants et des femmes, il semblerait que la parole des victimes se libère enfin. Acceptons cette purification de l’Eglise, nous qui souffrons certains jours un martyre pour lui demeurer fidèles malgré tout. Et ne fermons plus nos cœurs et nos oreilles aux cris trop longtemps étouffés des victimes touchées dans ce qu’elles ont de plus noble et de plus beau en elles. Oui, lisez les témoignages de Sophie Ducrey et Marie-Laure Janssens, et gardons la tête haute, nous femmes catholiques qui pouvons avoir conscience d’être demeurées innocentes des méfaits perpétrés !

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