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Feu mon joli buis

2 avril 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Je l’avais mis en place il y a une bonne vingtaine d’années, quand je me passionnais pour une rocaille à l’avant de notre maison toute récente. Je n’avais de cesse de fleurir cet espace qui chatoyait de mille couleurs au printemps. Ce buis avait une vocation bien définie : me fournir des rameaux chaque année une semaine avant Pâques, selon la tradition de ma région natale où les rameaux bénis étaient toujours de buis. Là où je vis désormais, c’est plutôt du thuya ou du houx, mais j’ai voulu rester fidèle à mes souvenirs d’enfance, à cette odeur si particulière du buis frais qui emplissait l’église en ce beau dimanche pour lequel on ressortait les vêtements de printemps après le long hiver continental.

Il faut être patient avec un buis, il s’implante et grandit lentement, les premières années j’osais à peine le priver de quelques rameaux au matin du dimanche tant attendu, marquant la fin du Carême et l’entrée dans la Semaine Sainte, entre toutes ma préférée.

Mais, beau et vaillant, mon buis a rempli sa fonction pendant toutes ces années de pratique fidèle.

Jusqu’à il y a deux ans. Dans tout le nord-est de la France, désolation : la pyrale du buis, fléau d’origine asiatique, avait décidé de décimer ses arbustes de prédilection. Je voyais, sans comprendre, dépérir mon buis, quand ma sœur m’informa que le désastre avait cours aussi en Moselle. Cette année-là, je me trouvais là-bas aux Rameaux, et mon père me fit un gros bouquet de buis de son jardin encore épargné par le nuisible. L’année dernière, j’étais dans le sud-ouest à la date de cette fête, et j’en suis revenue étonnée et un rien dépitée avec une petite branche de laurier aux feuilles vernissées. A la maison, mon buis continuait à souffrir. Je l’ai taillé, lui laissant ses branches encore un peu garnies de feuilles, atrophiées mais néanmoins faiblement présentes.

Et puis hier, entreprenant des travaux de taille dans la rocaille, je n’ai pu que constater que mon buis était totalement mort. Une carcasse sèche. La mort dans l’âme, je l’ai scié, non sans peine car ce bois est très résistant. Je l’ai laissé, mort et abandonné, sur la trottoir à l’attention des ramasseurs de déchets végétaux du jeudi matin.

Voilà, l’histoire d’un long compagnonnage fort significatif de ma foi s’est achevée.

Je me dis avec tristesse que décidément, le dimanche des Rameaux ne pourra pas avoir lieu cette année.

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