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Mon heure de vérité

5 avril 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Triste dimanche des Rameaux cette année. Presque une moitié de toute l’humanité est confinée en raison d’un microscopique virus qui a décidé de régner sur la vie et sur la mort de nos contemporains en ce printemps aussi rutilent du point de vue de la nature que meurtrier pour l’humain qui se croyait au-dessus de tout le créé. Nous voici ramenés cruellement à notre humble place de créature faible et totalement désarmée face au mal sous sa plus infinitésimale forme. Un virus provoquant une maladie inédite et inconnue jusqu’ici nous atteint presque tous à divers degrés, flanqué de la faucheuse capable de nous ravir en quelques jours des êtres chers. Angoisse et désolation.

Oui, étrange et triste dimanche des Rameaux où nos prêtres officieront presque seuls, dépourvus d’assemblée de fidèles. Prendront-ils à cette occasion vraiment conscience que nous ne sommes pas que d’optionnels spectateurs de leurs prestations sacerdotales ?

Il y a quatre mois, juste avant l’entrée en Avent, j’exprimais ma colère suite aux révélations presque quotidiennes d’abus sexuels et spirituels de la part de responsables religieux de tous ordres. J’étais tellement écœurée que je suggérais, au début de l’année liturgique 2020, de faire l’impasse sur les festivités de Noël qui sont de toute façon devenues avant tout commerciales et païennes dans nos civilisations consuméristes. Je crois n’avoir pas été comprise ni entendue dans ce billet qui n’était pas qu’un petit mouvement d’humeur :

https://www.histoiredunefoi.fr/blog/11251-leglise-aurait-mieux-a-faire-que-de-sappreter-a-feter-noel

On a fêté Noël avec fastes, foie gras, sapins, crèches et petit Jésus de plâtre ou de bois. Circulez madame le prophète de malheur, l’heure n’est pas venue pour l’Eglise catholique de faire pénitence!

Je n’en dirai pas plus sur ce sujet-là. Je crois que la meilleure des réponses a été donnée le 27 mars 2020 par le pape François claudiquant accablé sous une pluie battante, tragiquement seul sur une place Saint Pierre déserte en raison de l’hécatombe italienne ne faisant que préfigurer celle qui menace tout l’occident. Instant d’une gravité et d’une vérité bouleversantes, grâces soient rendues à ce pape qui demeure digne dans l’adversité extrême, et au Christ pleurant des larmes de sang et d’eau qui nous contemplait là tristement, nous absents et son serviteur écrasé par le poids des événements et de sa solitude.

Alors en quelques mots destinés à qui voudra bien les découvrir au milieu des quelque 1400 articles de ce site, je voudrais souligner qu’il est peut-être temps de prendre en considération ce que je m’épuise à exprimer en Eglise depuis vingt ans – sans y être aucunement prise au sérieux par ces messieurs les ordonnés – et avec un peu plus d’écoute sur ce site internet depuis huit ans.

Méditant tout à l’heure les lectures des Rameaux et de la Passion, je ne pouvais manquer une fois de plus de constater à quel point ma vie de foi est symétrique à celle du Christ Jésus. Partie d’une naissance sans gloire aucune – non désirée ni comme enfant ni comme fille, je n’avais même pas de prénom à mon arrivée – j’ai failli mourir d’étouffement une nuit de Pâques à deux mois de vie. Croyante ardente toute mon enfance et mon adolescence, je suis entrée en sommeil de foi au début de l’âge adulte et jusqu’à mes 33 ans, où le questionnement spirituel est revenu en force inextinguible dans ma vie personnelle et de mère de famille. Il y eut l’éclipse de soleil du 11 août 1999, totale sur ma région de naissance, qui marqua indéniablement le début de ce que mon entourage qualifiera de troubles psychiques, mais que moi, avec le recul de tant d’années, je comprends désormais parfaitement comme l’entrée dans ma mission d’annonce de l’accomplissement des Ecritures – que l’on s’interroge donc aujourd’hui sur le sens de l’évocation d’une éclipse de soleil en Matthieu 27, 45.

Jésus vécut la Passion au terme de son ministère de prédication. Pour moi, avant même que j’aie pu commencer à m’exprimer de manière intelligible sur mon vécu mystique tellement intense, je fus affublée par mon entourage religieux, familial et amical de toutes les tares psychiatriques possibles, et internée par deux fois à la demande de mes plus proches. Avec, au deuxième internement, un coup de canif radical dans les promesses de notre mariage. Oh je n’en ai plus de regrets, je vis depuis tant d’années tellement bien ma solitude totalement offerte à mon Bien-Aimé céleste !

Au premier de mes psychiatres – ils ont été très nombreux ! – qui me demandait obstinément pourquoi j’avais dit que j’étais la fille de Dieu, je ne répondis rien du tout, sinon que cela concernait l’Eglise et non pas la psychiatrie. Mais l’Eglise catholique de mon baptême m’avait abandonnée depuis un bon moment, et des évangéliques n’avaient fait que simuler de me tolérer quelques mois parmi eux.

En l’an 2000, Jean-Paul II ouvrait la Porte Sainte à Rome sous une chasuble insolemment chatoyante et les ovations de la foule, tandis que j’entamais un carême eucharistique qui allait durer un an. Ce n’était pas un caprice, mais une demande expresse du Seigneur, oui, j’ose le redire aujourd’hui, tandis qu’à l’époque curés et pasteurs m’affirmaient que Dieu était incapable de m’avoir fait pareille demande. Je me sentais alors aussi incomprise qu’un Ezékiel forcé de poser une succession d’actes qu’aucun de ses coreligionnaires ne comprendrait (Ezékiel 3, 22 – 5, 17). Cette année-là, pour le « Grand Jubilé de l’an 2000 », je me tins loin de l’Eglise catholique, enjointe par le Père et le Fils de cesser totalement de communier dans cette Eglise. Je me souviens être allée à la Vigile pascale pour unique office cette année-là, avoir serré mon cierge dans les mains en pleurant et n’avoir pas communié, quoiqu’il m’en ait coûté. Notre curé m’avait adressé par la suite des reproches sur mon visage fermé ce soir-là, sur le fait que je n’avais bavardé avec personne ni souri malgré « la joie de Pâques ».

Et si Dieu avait voulu m’avertir, presque vingt ans à l’avance et sans que j’en aie aucunement conscience, que ces fastes déployés pour le « Jubilé de l’an 2000 » déplaisaient au Seigneur qui se penchait déjà, à ce moment-là, sur tant d’innocentes victimes de clercs pédophiles ou abuseurs spirituels qui étaient couverts, voire adoubés jusqu’à Rome ?

Une vie symétrique à celle du Christ Jésus, oui, parce qu’il est homme et que je suis femme, parce que sa fin ressemble à mes débuts dans l’annonce de l’Evangile, parce qu’il a été persécuté par ses coreligionnaires juifs comme je le fus par les catholiques, parce qu’il a marché résolument vers sa Passion et sa Résurrection comme je marche désormais résolument vers ma justification et ma gloire à ses côtés.

Alors non, cette Pâque 2020 au goût de carême cruel qui se prolonge n’est pas sans signification dans l’accomplissement des Ecritures. Et si nous méditons aujourd’hui la Passion selon saint Matthieu, n’omettons pas d’accorder toute leur importance aussi aux chapitres 24 et 25 du même évangéliste. Et avant de me jeter des pierres, il convient de s’interroger enfin en profondeur sur Apocalypse 21.

Après tout, une Semaine Sainte confinés, cela laisse le temps de se pencher sur la Parole de Dieu. Et sur mes écrits.

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4 commentaires

  • Claire says:

    Bonjour Véronique, je n’ai pas écouté le jour du Seigneur. L’ homélie de KTO à Lourdes était belle je trouve ( je ne sais pas qui était le prédicateur) . Merci pour ton billet. Merci à vous aussi, Jean-Claude. Je vous crois moi aussi. Bonne semaine sainte à tous deux!

  • Jean Claude Lenté says:

    Chère Véronique

    Depuis longtemps je suis votre parcours et surtout vos méditations.

    Aussi permettez moi de venir partager un instant votre dernière publication.

    A Paray le Monial il y a 10 ans devant le Saint Sacrement, Jésus m’a dit, à moi divorcé remarié, « Les SDF et les divorcés remariés sont les martyrs de ce siècle »
    Martyrisés par les fils de grands prêtres et de pharisiens érudits, non par les paîens adorateurs de dieux antiques et multiples.

    Depuis lors j’ai évité, autant que possible, les directeurs de conscience armés de leur sacrement de pénitence et de leur eucharistie distrivuées sous condition; Cela a naturellement entrainé de longues absences pour ne pas dire une fuite définitive des paraoisses voisines où le curé chasse les sdf des marches de son église et met le portrait de son chien sur son profil facebook.

    Rassurez vous j’ai trouvé l’accueil spirituel et les sacrements nécessaire chez un moine de l’abbaye de Fontcombault et un jésuite qui assurait, en plus de sa charge de curé de paroisse, la responsabilitéd’un établissement spécialisé pour prêtres handicapés mentaux.
    Aujourd’hui ils sont auprès du Père.

    Depuis j’ai un directeur spirituel quotidien : il s’appelle François et ma paroisse, depuis quelques jours s’appelle Saint Pierre de Rome. Depuis que cette église resplendit dans son silence et en l’absence de l’armée des soutanes rouges et violettes, je me sens complètement chez moi comme ces millions de personnes invisibles aux côtés de François et recueillies et présentes par les moyens modernes de communication.

    Ausssi, chère Véronique, je vous suggère de partir de ces églises de France où pérorent encore les Monseigneur Chauvet qui, sur les décombres de Notre Dame profanée, ne pensaient qu’ à figurer sur les photos avec le Président de la République ou la maire de Paris.

    Le coeur de l’Eglise de France bat à Lourdes et seulement à Lourdes et auprès de nombreuses paroisses minuscules dont nous n’entendrons jamais parler.

    Aussi, vous et moi n’avons plus à nous épuiser et à souffrir à cause des grands prêtres sourds et aveugles encore aujourd’hui.

    Il nous appartient de prendre notre chemin de Lumière en accompagnant la multitude des petits qui demandent, eux, notre compassion et la Parole du Sauveur.

    Véronique, vous pouvez compter sur mes pensées et ma prière.
    Que Jésus veille sur vous et vous bénisse.

    Jean Claude

    • Véronique Belen says:

      Merci pour ces mots Jean-Claude, ils me vont droit au cœur !

      Je crois en la parole que le Seigneur vous a délivrée. Oui, moi aussi j’ai grande compassion des personnes injustement privées des sacrements de l’Eglise catholique, et de tous ceux qui n’ont même pas un toit sous lequel se confiner…

      J’ai la chance pour ma part après tant de tourments et maints changements de curés de me sentir bien dans ma petite communauté de paroisses rurales dont les humbles fidèles me manquent énormément en cette entrée dans la Semaine Sainte. Mais oui, comme vous, j’aime le pape François et j’apprécie le dépouillement de Rome en ces malheureux temps de pandémie.

      L’homélie de Mgr Chauvet ce matin à la messe télévisée, oui, je l’ai trouvée creuse et indigne des circonstances. C’est trop facile de faire comme si Dieu n’avait aucun grief contre l’Eglise et restait inerte dans son Ciel… J’ai ces temps-ci beaucoup de mal à doser ma parole écrite, entre évidents signes de temps que peu veulent bien voir et risques de me voir accuser à tort de prospérer en fausses prophéties sur le terreau de nos angoisses.

      Merci Jean-Claude, et continuons à progresser dans une prière qui va dans le même sens.

      Bien cordialement,

      Véronique

      • Jean Claude Lenté says:

        Merci, Véronique, accompagnons Jésus sur sur son chemin de douleur, de mort et de résurrection.

        Marchons vers la Lumière qui se fait de plus en plus proche.

        Bien cordialement.

        Jean Claude



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