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Maman

11 mars 2012 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Cela fait deux ans aujourd’hui. J’étais seule à la maison ce matin-là. Un message de ma soeur en larmes sur mon portable : « Maman est morte ».

Moi toute seule face à l’horrible nouvelle. Mes cris. Le chat qui s’effraie, qui ne comprend pas pourquoi je crie. Le cri qui sort de ma poitrine, qui n’en finit plus : « Maman, ma maman ! » Je voudrais briser les murs de la maison par mon cri. Et tout de suite après, le pourquoi. Mais pourquoi ?

L’avant-veille, dans la nuit, elle est tombée dans sa chambre. Dans son extrême faiblesse, elle s’est cassé l’épaule. Les urgences avec mon père et ma soeur, l’attente qui n’en finit pas. Elle est confuse, elle a peur, elle délire un peu. A l’examen, les médecins la trouvent si faible qu’ils ne savent pas s’ils vont pouvoir l’opérer ou pas. Cela fait un an et demi qu’elle a des douleurs insupportables dans le dos, qu’elle est obsédée par cette douleur, qu’elle ne parle plus que de ça, qu’on lui donne un traitement psy pour calmer ses angoisses. Elle qui avait si peur toute sa vie des médicaments… Un an et demi qu’elle perd du poids, qu’elle décline, comme une flamme qui vacille de plus en plus.

11 mars 2010. Cela fait six mois que je ne l’ai plus vue. J’ai voulu venir en février, mais même ça ça lui faisait peur, quelqu’un qui dorme à la maison, trop de stress. « Non, ne viens pas. » J’ai eu mal.

 

Et là je suis toute seule avec ma douleur, et je ne comprends pas. Pourquoi ? On ne meurt pas d’une épaule cassée !  J’appelle chez ma soeur, j’ai ma nièce au téléphone, on pleure ensemble.

« Pourquoi ?

– Je ne sais pas.

– Je n’ai pas eu le temps de lui dire que je l’aimais !

– Moi non plus. »

Ma nièce pleure et je pleure avec elle.

 

Plus tard, par ma soeur, j’en saurai plus. Entre deux rondes de nuit, elle s’est éteinte. Toute seule dans sa chambre d’hôpital. Les infirmières l’ont trouvée morte, mais avec un visage très apaisé, qui ne montrait aucune souffrance. Arrêt cardiaque. Comme si elle s’était simplement endormie et pas réveillée. C’est ce qu’elles me diront aussi au téléphone dans la matinée. Frappées elles-mêmes par la sérénité de son visage.

A midi, deux de mes collègues viennent manger avec moi. C’est bon de pouvoir pleurer dans leurs bras.

Les coups de téléphone.

Mes enfants adorables qui me demandent de rester assise le soir, ils vont préparer eux-mêmes à manger.

L’immense besoin de rejoindre les miens le lendemain. C’est long 300 km quand on n’a plus qu’une envie, pleurer dans les bras les uns des autres. C’est consolant de s’aimer.

 

Et là je vois maman. Et elle est belle. Je ne lui avais jamais connu cette beauté-là. Un visage tout lisse, elle qui avait toujours des rides d’angoisse. Ils l’ont un peu maquillée, elle qui ne se maquillait jamais. Un sourire que je ne lui avais jamais vu. Un sourire de paix, un sourire serein. Un sourire qui me dit : « Ne t’inquiète pas, tout va bien, j’ai vu Marie, elle est venue me chercher. »

Oui maman, tu aimais tant Marie et elle est venue te chercher. Tu étais sa bien-aimée et elle ne voulait plus te voir souffrir. Je caresse ses cheveux  : « Ne t’inquiète plus, tout va bien  aller maintenant. »

Les fleurs qui arrivent, dans ce salon très beau, à l’ambiance très sereine. La famille, les amis qui viennent. On parle beaucoup. On parle de maman. Comme les gens l’aimaient, et elle, elle ne le savait pas ! Il y a eu tant de témoins de sa souffrance, mais elle, elle la vivait tout à l’intérieur, dans l’humiliation, dans la perte totale de confiance en soi.

Maman était un peu comme une petite fille blessée, et nous, ses quatre filles, nous devions toujours l’écouter, la rassurer, l’aider à grandir. C’est douloureux quand on est la fille et qu’on doit porter la mère. Quand elle vit c’est douloureux.

Mais maintenant, tout est apaisé en moi. Maman ne souffre plus. Maman rayonne et nous protège. Maman contemple sans se lasser Marie qu’elle aimait tant, et elles répandent sur nous leurs grâces.

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9 commentaires

  • Véronique says:

    Merci Bernard pour ce magnifique hommage à nos mamans. J’aime beaucoup les deux versions, le Yidddish m’émeut toujours profondément (sais-tu que le comprends un peu grâce au dialecte germanique de ma région d’origine ?) et j’aime tout autant Charles Aznavour. Je ne suis pas une yidddishe mama, mais j’aimerais leur ressembler pour mes enfants…



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