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Sous le réverbère

8 novembre 2014 | Publié par Véronique Belen dans Blog


La messe à côté d’elle. Ça faisait un moment. On se sourit. Belle et élégante, comme à son habitude. Je vois son amitié, alors je n’ai pas remarqué les traits plus tirés que d’habitude.
Après le chant d’envoi, m’attarder un peu avec elle. Lui demander si elle travaille toujours, je sais que son travail est bien difficile, qu’il la fatigue depuis longtemps et qu’elle ne doit plus être très loin de la retraite maintenant.
La réponse se bouscule, et j’ai du mal à la comprendre. C’est comme s’il me manquait un bout de sa vie tout à coup. Des mots qui me semblent incohérents dans sa bouche.
« Tu n’es pas au courant ? »
Tous ceux qui passent ont l’air de savoir.
« Non, je t’assure, je ne savais rien, tu sais je ne bavarde pas beaucoup. »
Les amis paroissiens passent, la charrient sur sa voiture mal garée. Elle ne monte pas dedans. Tout le monde est parti, et on s’attarde sous le réverbère. Et elle raconte avec une insatiable soif de se confier. Il n’y a plus que nous deux, et la nuit, et le clocher qui égrène les quarts d’heure qui passent.
Maintenant, je les vois bien, ses traits tirés. Et j’écoute, abasourdie, le scénario maintes fois entendu, celui qui fait dire : « Mais qu’est-ce qu’il leur prend ? » Ça lui est arrivé à elle, comment aurais-je pu imaginer ? Ce sont pourtant les mots qu’on entend à chaque fois dans ces cas-là : trahie, trompée, humiliée, la maison vendue, le divorce bientôt. Elle raconte à n’en plus finir ces mois de cauchemar. C’est presque irréel, sous ce réverbère, d’entendre tant de souffrance et de l’avoir ignorée.
« Tu sais, je ne pouvais même plus prier, j’étais toute sèche. »
Elle raconte aussi tous les soutiens qu’elle a reçus, et que je mesure précieux dans une si grande détresse.
Le clocher sonne vingt heures. J’ai froid, dehors et dedans. Je veux encore lui dire que le temps met du baume. Sur ce qui ne devrait pas arriver.
Promesse de prier pour elle.
Et puis nous repartons chacune dans notre logis où aucun homme ne nous attend.

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2 commentaires

  • Véronique says:

    Merci à vous deux…
    Pour revenir sur le commentaire de Padre, j’ajoute que ce n’est pas toujours facile d’entretenir la convivialité après la messe sans tomber dans le « bavardage » au sens de commérage. Quand les choses prennent cette tournure-là, j’avoue que j’ai tendance à fuir. Mais quand les échanges sont amicaux et respectueux, bien sûr, c’est un beau prolongement de l’eucharistie !

  • el padre says:

    Merci pour ce témoignage Véronique, ça me désole tellement quand tout le monde file comme une volée de moineaux après la messe sans même se saluer ni s’adresser la parole, alors qu’on est une famille parce que nous avons tous le même père… C’est bien quand on peut s’entraider, s’écouter, partager aussi les choses graves et pas juste un geste de paix distrait et un peu contraint pendant la messe, et porter un tout petit peu au moins les fardeaux les uns des autres…



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