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Le risque est dans le pré

16 septembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog

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J’avoue une faiblesse, moi qui regarde très peu la télévision : chaque été, je suis un peu scotchée, comme beaucoup de monde, à l’émission « L’amour est dans le pré ». Difficile de dire pourquoi. La télé-réalité a de grands défauts et des côtés insupportables, mais elle m’intéresse quand même un peu, on y découvre le quotidien et le ressenti de personnes que la vie ne nous aurait jamais amenés à côtoyer. Il y a là un peu de voyeurisme, certainement, mais pour ma part aussi un désir sincère de mieux comprendre ce qui se passe dans la tête et le cœur de nos contemporains. Et puis peut-être aussi un côté « fleur bleue » qui ressort. J’aime bien vibrer un peu avec des personnes en quête de l’âme sœur.
Cette année, je me suis adonnée à une activité encore plus risquée : j’ai non seulement regardé l’émission, mais j’ai lu aussi de temps en temps les commentaires des téléspectateurs sur les réseaux sociaux. Et j’ai été assez frappée, comme je le suis souvent quand je lis des commentaires d’articles, par la quantité de bile que peuvent déverser des personnes sur ces lieux d’expression publique. Certains ont l’air d’oublier qu’il s’agit là de personnes en chair et en os, qui ont un cœur et une sensibilité. Que de hargne, voire de haine !

Alors bien sûr, cette année, j’ai été moi aussi affligée pour ce viticulteur tombé amoureux fou d’une femme séduisante et séductrice dont on ne comprend pas bien les motivations. Et à contempler ce spectacle, le trouble manifeste de cet homme encore des mois après, et le déferlement de haine contre la femme qui l’a envoûté, j’ai été très, très mal à l’aise. Je me suis dit que ce qui était à la base une émission de télévision pouvait aller très loin dans la déstabilisation des personnes. J’ai trouvé que là, on jouait avec leurs vies. On tremble pour ce grand viticulteur transi d’amour. Et personnellement, je redoute le pire aussi pour l’instigatrice de son désarroi. Je pensais aux dernières scènes du film « Les liaisons dangereuses », quand la marquise de Merteuil incarnée par Glenn Close sent autour d’elle la désapprobation haineuse de toute l’aristocratie.
Je crois qu’on ne peut plus qualifier cette émission de divertissement. Elle l’est pour nous, spectateurs, mais qu’en est-il pour les protagonistes, qui se livrent devant une caméra et encourent le risque de voir leur image, leur réputation tronquées voire entachées pour des années?
Ce rêve bon enfant de trouver un ou une partenaire de vie – et ceux-là ne s’inscrivent pas pour rechercher une courte aventure – peut très bien tourner à la tragédie.

J’observe tout cela depuis des années, et je me dis que décidément, les relations homme-femme sont une chose bien compliquée. Que ce qui veut paraître simple et idyllique à l’écran peut se révéler ravageur. Qu’au détour d’une émission comme celle-là, on peut faire la rencontre improbable d’une vie, mais aussi se la gâcher en se montrant sous un jour peu flatteur. Et en repartir le cœur brisé.

Je me suis sentie désarmée face à ces vies étalées ainsi sur la place publique, et, dans un grand mouvement de compassion, j’ai pris tous les protagonistes dans ma prière, même ceux qui sont désormais livrés à la vindicte populaire. Pour que chacun retrouve équilibre et intimité, et puisse continuer à vivre, maintenant, dans l’après.

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