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Attentats de Paris : les mots de ma fille de 17 ans

14 novembre 2015 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Dessin Jeanne 001

Hier soir, j’ai ouvert les réseaux sociaux. J’ai lu les journaux en ligne. J’ai allumé la télé.
Hier soir, je me suis pris la réalité en pleine gueule.
Hier soir, pendant trois heures, bien au chaud dans mon lit, j’ai assisté, impuissante, à cette tragédie, tandis que des gens mouraient. Des gens que j’aurais pu connaître, des gens dont j’aurais pu faire partie.
Hier soir, pendant trois heures, dans les larmes et la peur, j’ai regardé le sang et l’horreur, et j’ai compris que l’enfer existait bel et bien, et qu’il était là, juste sous nos pieds.

Hier soir, j’ai repensé à ce concert au Bataclan auquel je suis allée il y a un an, à ces deux jours que j’ai passés seule dans ce quartier de Paris. J’ai pensé que ça aurait pu être moi, que ça aurait pu être ce soir-là. J’ai pensé à tous ces gens qui profitaient d’un vendredi soir dans la bonne ambiance d’une salle de concert, d’un stade ou d’un restaurant, à ces gens qui marchaient dans la rue pour retrouver leurs amis ou pour rentrer chez eux. À tous ceux qui n’avaient rien demandé, et à qui la vie a été arrachée.

J’ai pensé à tous ces gens cachés derrière un nombre. Le nombre de morts, de blessés, de survivants traumatisés, de familles frappées. J’ai pensé à leur histoire, à leurs projets d’avenir, à ces vies détruites à tout jamais par la folie du monde.
J’ai pensé au nombre d’évènements de cette ampleur qui se produisaient dans le monde chaque jour depuis des années, et j’ai réalisé que la guerre n’appartenait ni au passé ni à un ailleurs dont nous sommes loin, en sécurité.
La guerre est là, et elle a commencé il y a bien longtemps déjà. Elle ne s’est simplement jamais arrêtée.

Hier soir, j’ai vu mes angoisses irrationnelles de petite fille devenir réalité, et j’ai compris que l’Histoire est un cercle vicieux, inexorablement destinée à se répéter.
Hier soir, je suis tombée de fatigue, les yeux rouges et le coeur en miettes, et je me suis endormie en pensant à tous ceux qui ne se réveilleraient pas.

Aujourd’hui, j’ai ouvert les yeux en espérant que tout cela n’ait été que le plus réaliste de tous les cauchemars. Mais aujourd’hui, j’ai dû me rendre à l’évidence.
Aujourd’hui, je n’arrive même plus à penser. Aujourd’hui, j’ai la gorge serrée, le regard vide et des cernes aussi profonds que ma haine et ma tristesse.
Aujourd’hui, tout paraît dérisoire. Aujourd’hui, le quotidien me semble plus futile que jamais. Aujourd’hui, l’avenir ressemble à un trou noir, à un champ de bataille, à un paysage chaotique.

Aujourd’hui, l’espoir aussi fait partie des blessés, et sa survie est entre nos mains.

Hier soir, j’avais peur d’aujourd’hui, et aujourd’hui, j’ai peur de demain.
Mais aujourd’hui, il faut continuer à vivre, et demain, il faudra se battre, pour qu’hier ne redevienne jamais « aujourd’hui »…

J. 14 novembre 2015

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