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Lui faire honneur

7 octobre 2017 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Au bout d’un long couloir sombre, il y avait une pièce aveugle qu’il fallait traverser, puis une cuisine où il faisait toujours trop chaud à cause du poêle à bois. C’est là que les visiteurs, sans doute rares, étaient reçus. Quand nous étions petites, avec mes sœurs, c’était l’étape de la tournée des grands-tantes au Nouvel An que nous redoutions le plus, à cause de ce manque de lumière et d’une odeur âcre qui régnait dans cette maison. Mais on n’oubliait personne pour les vœux, c’était ainsi.
Plus tard, quand la vieille tante – pourtant gentille – ne fut plus là, j’y allai avec un peu plus de plaisir. C’est que ma marraine, sa fille, habitait là aussi. Et que ma marraine m’aimait, et que j’aimais ma marraine. J’ai toujours tenu une place spéciale dans sa vie, elle qui n’a eu ni enfants, ni neveux et nièces. Cette affection était plus forte que la maison sombre à l’hygiène approximative. Adolescente, quand je faisais une boucle de quelques villages à vélo, je m’arrêtais chez elle, souvent assise sur le banc devant sa maison. Elle était heureuse de me voir, avec ses mots sans culture et sans élégance. On passait un petit moment à bavarder. Elle n’était pas si simplette qu’elle en avait l’air : plus tard, et jusqu’au bout, elle a su par cœur toutes les dates de naissance de nos enfants, pourtant déjà éloignés en parenté.
On ne s’est pas vu très souvent, mais le lien demeurait, cartes postales de partout où j’allais, vœux auxquels elle répondait par un message à l’écriture malhabile pour mon anniversaire, au creux de l’hiver. Une petite visite de temps en temps, à l’écouter égrener ses souvenirs gais ou tristes de la famille élargie. Et puis elle a fini par ne plus en finir de mourir, de l’automne au printemps dernier.
Elle a toujours vécu très pauvrement, sans coquetterie, sans luxe, sans voyages sinon une cure de temps en temps. Une vraie image de pauvreté sur tous les plans.

Alors j’ai été bien étonnée. Elle avait un petit bas de laine. Et elle a fait en sorte de m’en faire profiter.

Lui faire honneur. Un coup de neuf et de propre dans ma maison. Des peintures et des carrelages qui accrochent la lumière. Une douche pour augmenter le bonheur de la toilette. Quelques tenues pour être jolie aux prochaines occasions, dont un rassemblement de famille bientôt grâce à tout ça. Mettre du beau, du parfum, de la joie, du partage, de la convivialité au bout de sa vie à elle, qui fut si terne et tellement sans relief. Une messe pour elle, bientôt, à son anniversaire que j’oubliais toujours…

Je la sais maintenant dans la lumière et elle me fait chaud au cœur. Merci pour tout, bonne fée ma marraine !

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