Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

Frères, que l’on nous regarde donc comme des auxiliaires du Christ et des intendants des mystères de Dieu.
Or, tout ce que l’on demande aux intendants, c’est d’être trouvés dignes de confiance.
Pour ma part, je me soucie fort peu d’être soumis à votre jugement, ou à celui d’une autorité humaine ; d’ailleurs, je ne me juge même pas moi-même.
Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n’est pas pour cela que je suis juste : celui qui me soumet au jugement, c’est le Seigneur.
Ainsi, ne portez pas de jugement prématuré, mais attendez la venue du Seigneur, car il mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et il rendra manifestes les intentions des cœurs. Alors, la louange qui revient à chacun lui sera donnée par Dieu.

1 Corinthiens 4, 1-5
Textes liturgiques©AELF

Ah, si tous les chrétiens – et chrétiennes bien sûr ! – pouvaient faire leur cette belle parole de l’Apôtre Paul :
Frères, que l’on nous regarde donc comme des auxiliaires du Christ et des intendants des mystères de Dieu.

Les querelles entre différentes églises s’estomperaient promptement.
Avons-nous conscience de ne pas être d’abord catholique, ou protestant, ou orthodoxe, ou anglican, ou évangélique, ou membre d’une église plus restreinte se rattachant à un fondateur récent, mais bien des auxiliaires du Christ et des intendants des mystères de Dieu ?

Cette parole, je veux la revendiquer pour moi-même. Rien ni personne ne m’est plus cher en cette vie que le Christ Jésus. Certes je suis baptisée catholique, par choix de mes parents dans une très longue lignée catholique familiale, mais je m’autorise à avoir un regard critique sur certaines de nos doctrines. Et quand les protestants ou les évangéliques me semblent davantage dans le vrai que nous sur certains points, je partage leurs convictions avec eux. J’appelle de mes vœux les plus chers un œcuménisme de la vérité, ce qui est à peu près l’opposé de la volonté des « décideurs » des différentes églises de nos jours, chacune refusant de se remettre en question dans sa doctrine, même quand elle s’avère presque à l’évidence erronée. Il y aurait moyen de s’entendre si les catholiques abandonnaient la fable de la virginité perpétuelle de Marie par exemple, avec toutes les déviances idolâtres que cette croyance entraîne ! Il y aurait moyen de revenir à la même table si les protestants admettaient la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie…

Bon, je sais que je suis en pleine utopie, car ce sont là des points de rupture importants. Et pourtant, si nous nous considérions comme des auxiliaires du Christ, il garderait la première place plus sûrement que sa mère – j’avoue ici n’avoir jamais compris le « Totus Tuus » du pape Jean-Paul II – car le Rédempteur, c’est Jésus, et c’est sa Parole que nous devons servir plutôt que des dévotions exacerbées envers une Vierge Marie dont personnellement je suis sûre, même si elle est pleine de grâce, que la virginité n’est pas l’attribut principal, surtout après la naissance de Jésus puis de ses frères et sœurs…

Disant cela, non, je ne me définis pas comme protestante, je crois en tous les sacrements catholiques et à l’intercession des saints. Non pas par endoctrinement, mais parce que ces réalités, je les vis concrètement, profondément, dans ma foi et même dans ma vie quotidienne.

On pourra m’accuser d’orgueil, peu m’importe.
Auxiliaire du Christ par toute ma vie, je me veux aussi intendante des mystères de Dieu.

Image : Christ et son disciple Jean
Source image : https://www.atelierdelatheotokos.ch/42-jc-st-jean

En ce temps-là, Jésus disait : Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste.
Guides aveugles ! Vous filtrez le moucheron, et vous avalez le chameau !
Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous purifiez l’extérieur de la coupe et de l’assiette, mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance !
Pharisien aveugle, purifie d’abord l’intérieur de la coupe, afin que l’extérieur aussi devienne pur.

Matthieu 23, 23-26
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

 

On le sait bien, Jésus ne mâchait pas ses mots vis-à-vis des pharisiens.
Mon propos du jour ne s’attardera pas sur ce fait. Bien davantage me frappe ce qu’il cite en précisant :
Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste.
Que fallait-il donc pratiquer aux yeux de Jésus ?
la justice, la miséricorde et la fidélité.

Nous voilà ici avec une clé de ce que Dieu attend de nous dans notre vie individuelle et collective : la justice, la miséricorde et la fidélité.

Je remarque ici que Jésus met à la première place la justice. Avant la miséricorde ! Et ne pourrions-nous pas nous interroger sur la place que nous accordons à la justice dans notre vie personnelle et collective ?
J’observe que souvent, dans l’Eglise catholique à laquelle j’appartiens, le terme de justice est devenu presque tabou, comme le sont tous les mots issus du verbe juger. J’ai lu récemment, je ne sais plus chez qui, que finalement, la justice de Dieu, c’était sa miséricorde ! Or là je ne suis pas d’accord, et pour preuve, Jésus cite les deux, ici la justice en premier.

Est-ce à cause de ce déni du sens de la justice et de l’inflation du discours ecclésial sur la miséricorde ces dernières décennies que nous nous retrouvons aujourd’hui avec quantité de victimes d’abus sexuels ou spirituels qui, au cœur de l’Eglise, n’ont trouvé ni justice, ni même consolation, tandis que leurs prédateurs se prévalaient de la miséricorde de Dieu pour obtenir l’absolution de leurs crimes en confession et même pousser l’audace jusqu’à exiger de leurs victimes un pardon déculpabilisant pour eux-mêmes ?

Je trouve qu’en Eglise, on pousse vraiment trop loin le sens de la miséricorde, et je ne dédouane pas le pape François, que pourtant j’apprécie, de ce travers. A force d’avoir affaire à une institution ecclésiale criblée d’ignominies sous des apparences de sainteté et de sacralité, certes, on a besoin de la miséricorde de Dieu pour s’en sortir la tête haute, mais que faire de sa justice ?

Car j’en demeure profondément persuadée : notre Dieu est toujours bien davantage du côté de la victime blessée que du criminel sans remords. Le Dieu auquel je crois se penche sur tous les innocent(e)s – il y en a !!! – et non content de leur apporter consolation, il leur fera aussi justice s’ils crient vers lui jour et nuit.

Il est grand temps, je crois, de remettre en question en Eglise le « tout miséricorde » qui plaît tant aux grands pécheurs, leur procurant des rêves d’impunité éternelle. Remettre au goût du jour la justice dans le discours ecclésial serait peut-être le début d’un recadrage de notre foi, et la fin de la licence pour tous les vices dans cette société, Eglise comprise, qui piétine les droits fondamentaux des plus humbles au profit des prédateurs qui se croient toujours pardonnés d’avance, triomphant parfois même du remords.

La parole du Seigneur me fut adressée :
« Fils d’homme, prophétise contre les bergers d’Israël, prophétise. Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Quel malheur pour les bergers d’Israël qui sont bergers pour eux-mêmes ! N’est-ce pas pour les brebis qu’ils sont bergers ?
Vous, au contraire, vous buvez leur lait, vous vous êtes habillés avec leur laine, vous égorgez les brebis grasses, vous n’êtes pas bergers pour le troupeau.
Vous n’avez pas rendu des forces à la brebis chétive, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée. Vous n’avez pas ramené la brebis égarée, cherché celle qui était perdue. Mais vous les avez gouvernées avec violence et dureté.
Elles se sont dispersées, faute de berger, pour devenir la proie de toutes les bêtes sauvages.
Mon troupeau s’égare sur toutes les montagnes et toutes les collines élevées ; mes brebis sont dispersées dans tout le pays, personne ne les cherche, personne ne part à leur recherche.
C’est pourquoi, bergers, écoutez la parole du Seigneur :
Par ma vie – oracle du Seigneur Dieu –, puisque mon troupeau est mis au pillage et devient la proie des bêtes sauvages, faute de berger, parce que mes bergers ne s’occupent pas de mon troupeau, parce qu’ils sont bergers pour eux-mêmes au lieu de l’être pour mon troupeau,
eh bien, bergers, écoutez la parole du Seigneur :
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Me voici contre les bergers. Je m’occuperai de mon troupeau à leur place, je les empêcherai de le faire paître, et ainsi ils ne seront plus mes bergers ; j’arracherai mes brebis de leur bouche et elles ne seront plus leur proie.
Car ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles.

Ézéchiel 34, 1-11
Textes liturgiques©AELF

Je me souviens bien de la première fois où j’ai lu cet extrait d’Ezéchiel, à l’époque, il y a une vingtaine d’années, à laquelle je dévorais la Bible comme un trésor que l’on m’avait trop longtemps caché – je reprécise, comme je l’ai déjà dit ailleurs, qu’il y avait trois prêtres dans ma famille toute proche mais qu’aucun des trois, jamais, n’avait eu l’idée de nous offrir une Bible à nous leurs nièces ! Pas de Bible dans la maison de mes parents pourtant catholiques si fidèles…

On ne va pas refaire l’histoire, il est notoire que longtemps, les prêtres catholiques ont jugé leurs fidèles inaptes à recevoir en direct la parole de Dieu. Et d’ailleurs, quand ceux de mon entourage ont su il y a vingt ans que je me délectais de tous les livres de la Bible, ils ont poussé de hauts cris : « Il ne faut pas lire la Bible seul, il faut la lire en Eglise ! »

Il faut, il faut, il faut… Comment ne pas voir un parallèle criant avec l’extrait liturgique d’Ezéchiel aujourd’hui ?
« Mais vous les avez gouvernées avec violence et dureté. »

Comme, toujours il y a vingt ans,  j’osai naïvement établir un parallèle entre cette prophétie d’Ezéchiel et ce qu’on pouvait dire de l’Eglise catholique contemporaine et passée, le curé de ma paroisse se vexa profondément et je le payai cher par la suite : aucun geste d’empathie quand je me retrouvai, en partie sous son impulsion, à l’hôpital, pas de désir manifeste de retrouver la fidèle pratiquante que j’avais été quand je désertai pour de longs mois ma paroisse…
« Vous n’avez pas rendu des forces à la brebis chétive, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée. Vous n’avez pas ramené la brebis égarée, cherché celle qui était perdue. » (suite…)

C’est pour mon malheur, ô ma mère, que tu m’as enfanté, homme de querelle et de dispute pour tout le pays. Je ne suis le créancier ni le débiteur de personne, et pourtant tout le monde me maudit !

Quand je rencontrais tes paroles, je les dévorais ; elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur, parce que ton nom était invoqué sur moi, Seigneur, Dieu de l’univers.
Jamais je ne me suis assis dans le cercle des moqueurs pour m’y divertir ; sous le poids de ta main, je me suis assis à l’écart, parce que tu m’as rempli d’indignation.
Pourquoi ma souffrance est-elle sans fin, ma blessure, incurable, refusant la guérison ? Serais-tu pour moi un mirage, comme une eau incertaine ?

Voilà pourquoi, ainsi parle le Seigneur :
Si tu reviens, si je te fais revenir, tu reprendras ton service devant moi. Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est méprisable, tu seras comme ma propre bouche. C’est eux qui reviendront vers toi, et non pas toi qui reviendras vers eux. Je fais de toi pour ce peuple un rempart de bronze infranchissable ; ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te sauver et te délivrer – oracle du Seigneur. Je te délivrerai de la main des méchants, je t’affranchirai de la poigne des puissants.

Jérémie 15, 10 et 16-21
Textes liturgiques©AELF

Le Livre de Jérémie m’a toujours été d’une grande consolation. Je ne le lis pas comme un texte archaïque dont les tenants et les aboutissants appartiendraient à un passé révolu. Non, bien au contraire, j’ai retrouvé mille fois en Jérémie mes propres combats et mes amertumes devant les injustices que je subissais par fidélité à la Parole du Seigneur.

Quand je souffrais naguère au creux d’un abîme de désolation, les mots du Seigneur à Jérémie me redonnaient courage et combativité. Et je puis dire aujourd’hui avec sérénité que ma blessure n’est plus incurable, que ma vie a retrouvé sa saveur et que Dieu, plus que jamais, m’est une douce certitude et une consolation permanente. Oui, quand on voue sa vie à extraire de la Parole sa substantifique vérité, on ne souffre pas de la part du Seigneur, mais de la part du monde, certes oui.

Jérémie a été un prophète haï du peuple d’Israël qui ne voulait pas croire que sa déchéance, au moins temporaire, était proche. Lui qui n’avait que vérité à la bouche était persécuté comme un oiseau de mauvais augure, comme le dernier des confidents de Dieu, alors qu’il lui était plus proche que peut-être aucun prophète de la première alliance ne l’a été. Triste destinée de Jérémie qui préfigure si bien celle du Christ lui-même ! Le propre Fils de Dieu haï au premier chef par les gardiens de la religion dans laquelle il avait été élevé, eux qui pensaient comprendre bien mieux la Parole de Dieu que le Verbe en personne ! (suite…)

En ce temps-là, Jésus disait aux foules :
« Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines.
Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle. »
Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons.
Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien.
Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes
et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
« Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ».
Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »

Matthieu 13, 44-52
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

La conclusion de Jésus dans cet évangile me fait tristement sourire : je viens de lire sur le net un certain nombre d’homélies sur les textes du jour, et elles me laissent le goût amer d’un ressassage de bonnes paroles catholiques déjà cent fois entendues : le Royaume advient ici-bas quand nous nous préoccupons plus de justice que de biens et de titres honorifiques ; nous devons chérir la Parole de Dieu dans ce monde d’informatique, de robotique, d’électronique (je vous laisse poursuivre cette liste chère à nos prédicateurs…) ; nous devons quitter nos sécurités matérielles pour suivre le Christ ; on trouvera Dieu en travaillant le sol de sa vie intérieure ; il y a en chacun de nous du bon et du méchant, à nous de faire le tri en priorisant nos attitudes, etc.

Tout cela est bien gentillet, mais qui ose prêcher sur la troisième parabole ? Qui ose reprendre les mots de Jésus sur les « pleurs et les grincements de dents » ? Oh, cela ne cadre pas avec le profil doucereux du bon Jésus tout amour et tout miel ! L’interprétation catholique officielle, c’est donc que Dieu, dans son amour, ne forcera personne à accepter son salut. La qualification de « juste » ou d’ « injuste » est curieusement balayée. Tout le monde au paradis, sauf ceux qui, bof, n’en auront finalement pas envie !

Je me demande si nos prédicateurs ont vraiment conscience que les pratiquants fidèles qui les écoutent poliment à la messe sont aussi des disciples du Royaume des Cieux qui aimeraient bien que l’on tire du trésor de la Parole de Dieu du neuf, et pas que du convenu déjà cent fois rabâché. Les homélies catholiques sont la plupart du temps tellement prévisibles ! A croire qu’il existe du « catholiquement correct », et que c’est la raison pour laquelle le Vatican vient encore d’affirmer que seuls les clercs étaient habilités à prêcher en paroisse. Formatages en séminaire et en formation de diacre apparemment indispensables pour pouvoir commenter la Parole de Dieu… (suite…)