Site de Véronique Belen
Header

Méditations bibliques

Un jour de sabbat,
Jésus était entré dans la synagogue et enseignait.
Il y avait là un homme dont la main droite était desséchée.
Les scribes et les pharisiens observaient Jésus
pour voir s’il ferait une guérison le jour du sabbat ;
ils auraient ainsi un motif pour l’accuser.
Mais lui connaissait leurs raisonnements,
et il dit à l’homme qui avait la main desséchée :
« Lève-toi, et tiens-toi debout, là au milieu. »
L’homme se dressa et se tint debout.
Jésus leur dit :
« Je vous le demande :
Est-il permis, le jour du sabbat,
de faire le bien ou de faire le mal ?
de sauver une vie ou de la perdre ? »
Alors, promenant son regard sur eux tous,
il dit à l’homme :
« Étends la main. »
Il le fit, et sa main redevint normale.
Quant à eux, ils furent remplis de fureur
et ils discutaient entre eux
sur ce qu’ils feraient à Jésus.

Luc 6, 6-11

Gros plan sur un groupe et deux hommes. Les scribes et les pharisiens, au cœur déjà plein du désir d’en découdre avec cet empêcheur de tourner en rond de prophète qui se prétend Fils de Dieu et maître du sabbat. Jésus, là dans la synagogue pour enseigner le peuple de ses coreligionnaires. Assez seul comme à son habitude, face à ses détracteurs qu’il est prêt à affronter courageusement. Ils n’ont même pas besoin de lui révéler leurs intentions mauvaises : Jésus sait lire au fond des cœurs des faux pieux leurs projets de le confondre sur les prescriptions de la Loi de Moïse. Eux se sentent investis du devoir de la faire respecter dans les moindres détails. Peu leur importe la foi des autres, en vérité. Peu leur importe la cohérence de vie du jeune rabbi de Nazareth. Peu leur importent la grâce et la miséricorde qui émanent de lui. Ils sont là pour le faire condamner pour insoumission à la Loi de Moïse et blasphème, ce gêneur qui sait parler aux foules, et infiniment mieux qu’eux-mêmes. La jalousie et le zèle mauvais les envahissent. Ils vont lui tendre un nouveau piège. Ils auront sa peau un jour ou l’autre, c’est sûr. Et mieux vaut pour eux le plus tôt possible.

Un autre homme, dont on ne sait absolument rien, sinon qu’il souffre d’une main atrophiée. A-t-il seulement demandé quelque chose à ce Jésus qui, ailleurs, a prouvé qu’il était en mesure de guérir des malades ? Il semblerait que non, puisqu’il est resté discrètement assis avec les autres, à écouter simplement le jeune diseur de paraboles qui ouvrent tant de chemins de vie !
Il semblerait même qu’il ne soit qu’écoute et plus parole, cet homme à la main incapable de tailler le bois, de semer le grain, de vendanger le fruit de la vigne, de tenir un outil pour gagner son pain. Un homme privé sans doute de travail, privé ici de parole, mais peut-être en attente d’espérance. Sinon, pourquoi se trouverait-il là, ce jour précis ? (suite…)

« Personne ne déchire un morceau à un vêtement neuf
pour le coudre sur un vieux vêtement.
Autrement, on aura déchiré le neuf,
et le morceau qui vient du neuf
ne s’accordera pas avec le vieux.
Et personne ne met du vin nouveau
dans de vieilles outres ;
autrement, le vin nouveau fera éclater les outres,
il se répandra
et les outres seront perdues.
Mais on doit mettre le vin nouveau dans des outres neuves.
Jamais celui qui a bu du vin vieux ne désire du nouveau.
Car il dit : “C’est le vieux qui est bon.” »

Luc 5, 36-39

Je voudrais aujourd’hui soulever un paradoxe : les chrétiens fondent leur foi depuis vingt siècles sur les évangiles canoniques et la suite du nouveau Testament, et cela est juste. Rien ne peut en effet surpasser la parole et les faits et gestes de Jésus pour comprendre qui est Dieu le Père. Tout du moins devrait-on être un peu plus prudents avec les écrits de Paul et des rédacteurs d’Epîtres qui sont des hommes pécheurs et susceptibles de commettre quelques erreurs d’appréciation, et non des fils de Dieu en ligne directe comme l’est le Christ. Je pense en particulier à quelques passages teintés de misogynie qui sont le fait de l’époque et de la personnalité des rédacteurs, et non du Dieu Père, Fils et Saint Esprit. On aura beau chercher dans les paroles et actes de Jésus une seule trace de désir de cantonner les femmes à des rôles subalternes ou muets et à la soumission aux hommes mâles, on n’en trouvera pas. Les « Pères de l’Eglise » se sont empressés d’en parsemer ici et là, en y ajoutant l’audace de les faire passer pour « Parole du Seigneur ». Ce qui est faux.

Et de même, comme la nature a horreur du vide, les hommes influents de l’Eglise se sont-ils employés depuis 2000 ans à ajouter aux Ecritures des infinités de prescriptions morales, familiales et sociales qu’ils prétendent inspirées de l’Esprit Saint, ce qui reste à prouver, d’autant plus qu’au long des siècles, beaucoup deviennent obsolètes voire se contredisent. Cela devient d’ailleurs la quadrature du cercle pour les papes obligés de composer en fidélité avec tout ce que leurs prédécesseurs ont pu dire et écrire comme autant de pseudo vérités. Je crois véritablement le Pape François plus empêtré dans cette obligation-là que dans les caprices de la curie aux soutanes empesées. Quoiqu’il veuille réformer par intelligence personnelle et recherche de sainteté, il est prisonnier des déclarations de ses prédécesseurs. (suite…)

Qu’ils rendent grâce au Seigneur de son amour,
qu’ils offrent des sacrifices d’action de grâce,
ceux qui ont vu les œuvres du Seigneur
et ses merveilles parmi les océans.

Il parle, et provoque la tempête,
un vent qui soulève les vagues :
portés jusqu’au ciel, retombant aux abîmes,
leur sagesse était engloutie.

Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur,
et lui les a tirés de la détresse,
réduisant la tempête au silence,
faisant taire les vagues.

Ils se réjouissent de les voir s’apaiser,
d’être conduits au port qu’ils désiraient.
Qu’ils rendent grâce au Seigneur de son amour,
de ses merveilles pour les hommes.

Psaume 106 (107), 21a.22a.24, 25-26a.27b, 28-29, 30-31

 

Je n’apprécie pas cette tendance contemporaine en théologie à nier la puissance de Dieu. On a parlé de Dieu « le Très-Bas ». On sous-entend très souvent de nos jours que Dieu n’aurait pour seule puissance que son amour et sa miséricorde. Et qu’il n’agirait sur le monde qu’à travers notre propre volonté modelée par la sienne à condition que nous nous mettions à son écoute. Fort bien.

Je pense qu’il y aura au moins un reproche que l’on ne pourra pas m’adresser : celui de ne pas être à l’écoute de Dieu. Car je ne fais que cela depuis plus de vingt ans et même au-delà. Que ce soit en scrutant les Ecritures, en me rendant réceptive à tout ce qui est dit sur elles et sur le Seigneur (essais de théologie, commentaires, homélies, discussions spirituelles…) ou dans ma propre prière. Et je pose cette question : si le Dieu Tout-Puissant de l’Ancien Testament est caduque et périmé, pourquoi continuons-nous à lire et méditer cette moitié de la Bible, pourquoi les religieuses et religieux chantent-ils les psaumes à longueur de jours et de vie ?

Or les psaumes nous parlent tous de la puissance d’un Dieu qui agit, et pas seulement sur notre âme et notre volonté, mais aussi sur la création et même les éléments. Alors bien sûr, un Dieu qui se met en colère contre l’humanité est bien impopulaire de nos jours. On prêche sur un Dieu guimauve qui nous aime tous à égalité et pardonne tout, absolument tout, qui ne se fâche jamais, qui n’est au grand jamais à l’origine d’une épreuve personnelle traversée, qui n’envoie pas de plaies sur le monde, qui ne trouve pas nécessaire de nous passer au crible de l’épreuve pour jauger notre foi, qui offre le salut sans aucune contrepartie. (suite…)

Ainsi parle le Seigneur : Oui, j’ai aimé Israël dès son enfance, et, pour le faire sortir d’Égypte, j’ai appelé mon fils.
C’est moi qui lui apprenais à marcher, en le soutenant de mes bras, et il n’a pas compris que je venais à son secours.
Je le guidais avec humanité, par des liens d’amour ; je le traitais comme un nourrisson qu’on soulève tout contre sa joue ; je me penchais vers lui pour le faire manger. Mais ils ont refusé de revenir à moi : vais-je les livrer au châtiment ?
Non ! Mon cœur se retourne contre moi ; en même temps, mes entrailles frémissent.
Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car moi, je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer.

Osée 11,1.3-4.8c-9
Textes liturgiques©AELF

On choisit cet extrait du Prophète Osée en ce jour de la fête du Sacré-Cœur de Jésus, car il est maintenant communément admis en Eglise que ces prophéties n’évoquent pas seulement le peuple d’Israël, mais aussi le propre Fils de Dieu, Jésus de Nazareth, notre Seigneur et Sauveur. Oui, ces versets nous parlent de la tendresse d’un Dieu Père pour son propre enfant, cette merveille de l’humanité que fut le fils de Marie engendré de Dieu.

Plutôt que de nous abîmer en de pieuses dévotions un brin désuètes, en ce jour, en tant que chrétiens, nous devrions pousser plus loin notre appétit pour les allégories bibliques et nous demander honnêtement, si le peuple d’Israël préfigure le Christ Jésus par la prédilection que Dieu lui a portée, qui la ville de Jérusalem, objet aussi des prédilections du Père puis du Fils, préfigure quant à elle. Peut-on penser honnêtement qu’une simple ville, qui est d’ailleurs de nos jours à feu et à sang, soit toujours aujourd’hui première dans le cœur de Dieu ? Cela vaut-il la peine de se battre, de tuer ou de mourir pour une ville dont le nom n’est peut-être lui aussi qu’une allégorie de l’amour de Dieu pour ses créatures ?

Penchons-nous sur les prophéties attachées dans l’Ancien Testament à la ville de Jérusalem. Il y en a bien sûr énormément et je ne saurais, en un court billet, être exhaustive. Je ne citerai donc que : (suite…)

En ce temps-là, Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. »
Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre
sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.
Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront les premiers. »

Marc 10,28-31
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

 

Dire, quitter, recevoir, être : voilà les verbes que le Verbe emploie dans cette parole fondamentale à ses disciples. Et chacun à son importance.
Le « dire » de Jésus, c’est toujours la vérité. Nous avons à nous y référer encore et encore pour discerner le chemin de nos vies. Le Christ Jésus est lui-même Chemin, Vérité et Vie (Jean 14, 6). Comment ne pas le choisir comme le plus sûr guide de nos pérégrinations terrestres si nous voulons goûter près de Lui  la vie éternelle ?

Mais pour cela, il nous faut « quitter ». Quitter nos conforts et nos certitudes qui ne sont pas enracinées en Lui. Quitter nos déterminismes sociaux et familiaux. Nombre de grands saints comme François ou Claire d’Assise ont renoncé à des conditions de naissance privilégiées pour choisir la pauvreté à la suite du Christ. Des catéchumènes issus de familles areligieuses choisissent le baptême pour mener une vie évangélique. Et être issu d’une famille déjà catholique ne signifie pas forcément en accepter tous les rites et conventions sans les remettre, au moins un temps, en question. Suffit-il d’être chrétien par héritage et habitude pour être un baptisé prenant à cœur sa mission de témoignage ? Suffit-il d’être « en règle avec l’Eglise » en recevant tous les sacrements si on ne développe pas ensuite une foi agissante ? (suite…)