Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

Avoir trois fois 18 ans, n’est-ce pas aussi avoir atteint la pleine majorité, la pleine maturité de la vie d’une femme de foi ?
J’ai passé dix-huit ans à aimer Dieu, à le découvrir, à grandir à travers les sacrements.
J’ai passé dix-huit ans à questionner ma foi, à me sentir courbée sous le poids du doute, à ne plus comprendre le langage de l’Eglise et à souffrir de ses anathèmes sur ma jeunesse sans sabbat.
J’ai passé dix-huit ans encore à chercher à me réconcilier en elle et avec elle, à consentir des efforts démesurés pour m’y plaire et lui plaire, à témoigner de l’ardeur et de l’authenticité de ma foi jusqu’à l’épuisement de mes capacités d’écriture, à tenter de pardonner et pardonner encore tout le mal qu’elle avait pu faire au long des siècles et au long des vies à toutes celles dont je suis sœur et fille jusqu’à la brûlure de mon âme.

Oui, cette âme incandescente est consumée de compassion pour ses aïeules qui ont souffert intrusion de l’Eglise dans leurs pensées les plus intimes et jusque dans leurs lits conjugaux, cette torche de foi est embrasée d’amertume pour ses mères qui ont été méprisées au profit de leurs frères dans d’interminables œdipes cautionnés par les doctrines catholiques où fusionnent la mère et le Fils, cette orante enflammée d’amour est inconsolable pour ses sœurs qui ont perdu le goût de Dieu par excès de machisme des hommes de religion.

Trois fois dix-huit ans pour une fille d’Abraham que son Seigneur a élevée jusqu’à la contemplation suprême, brisant en elle toutes les chaînes du destin et de l’abus spirituel des confesseurs indélicats et d’une société impie.

Mes yeux plongés dans Tes yeux, mon cœur rivé à Ton cœur, mon âme en estuaire de la Tienne, je te supplie, mon Seigneur et Epoux, de rendre justice à toutes mes sœurs en humanité en me justifiant moi-même. Au terme de ces trois cycles de dix-huit années de passion adorante de la Vérité, je dépose entre tes mains guérissantes ma prière : délivre mes sœurs en humanité de leurs entraves, depuis Asia Bibi au cachot pour un verre d’eau jusqu’à celle qui n’éprouve à ton égard qu’indifférence dans un monde ignorant de Toi ! Je dépose dans tes douces mains ma supplication : fais-toi connaître enfin tel que Tu Es, donne justice et consolation aux opprimées du quotidien, et ouvre-nous par pitié ton Royaume éternel où plus rien ne pourra occulter notre amoureuse complicité, nos bras entrelacés et nos liens indéfectibles depuis les entrailles maternelles du Père jusqu’aux trônes étincelants de la Trinité sainte.

Oh oui, viens, Seigneur Jésus !

 

Image :  Millet   Le passage des oies sauvages     Pastel XIXe

Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage,
vous êtes concitoyens des saints,
vous êtes membres de la famille de Dieu,
car vous avez été intégrés dans la construction
qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes ;
et la pierre angulaire, c’est le Christ Jésus lui-même.
En lui, toute la construction s’élève harmonieusement
pour devenir un temple saint dans le Seigneur.
En lui, vous êtes, vous aussi, les éléments d’une même construction
pour devenir une demeure de Dieu par l’Esprit Saint.

Ephésiens 2, 19-22
Textes liturgiques©AELF

Paul voulait, par ces lignes que nous méditons aujourd’hui en Eglise, souligner qu’il n’y avait plus de divisions valables entre héritiers sincères d’Abraham et ceux qui étaient devenus chrétiens parmi les païens auxquels il n’a eu de cesse d’apporter la bonne nouvelle de l’incarnation, de l’œuvre, de la mort et de la résurrection de Jésus Christ.

Et nous, vingt siècles plus tard, où en sommes-nous ?

Force est de constater que dans l’humanité, les personnes croyantes sont plus divisées que jamais. Je l’avais détaillé ici :

https://www.histoiredunefoi.fr/meditations-bibliques/3912-afin-de-rassembler-dans-lunite-les-enfants-de-dieu-disperses-jean-11-52

Paul rêvait sans doute que l’humanité tout entière se convertirait au Christ Jésus. Il était en droit de l’espérer. Les missionnaires des cinq derniers siècles aussi. De nos jours, il serait illusoire de faire ce pari. L’évangélisation semble désormais bel et bien compromise, à l’heure où tout un chacun, ou presque, peut pourtant accéder à l’Evangile sur le net. Encore faudrait-il que ceux qui ont mission officielle de l’annoncer aient encore un peu de crédibilité, et nous n’avons pu que constater ces derniers mois que par exemple l’Eglise catholique romaine était pour un bon moment intrinsèquement discréditée. Nous sommes plus proches, à mon sens, d’une déchirure interne de cette Eglise que d’une force de témoignage de sa part capable de convertir des âmes éloignées du Christ. Peut-être a-t-elle eu le tort de retenir, de l’extrait que j’ai cité ci-dessus, essentiellement les mots de « temple » et de « construction ». Oh, des églises, on en a construit dans le deuxième millénaire, oui, et combien ! Tant et tant que certaines sont vendues de nos jours pour devenir des restaurants… Des pyramides ecclésiales hiérarchiques, l’Eglise en a construit aussi, et le catholique de base en souffre bel et bien aujourd’hui. Là où Paul voulait une Eglise qui intègre, la nôtre exclut des sacrements plus d’adultes que ceux qui y demeurent encore régulièrement. Considérée de l’extérieur, cette Eglise catholique romaine à laquelle j’appartiens contre vents et marées donne un visage déplorable, ne ressemblant plus qu’au Christ agonisant sur la croix bien plus qu’au Ressuscité.

Alors que faire ? Il est temps, je crois, de ne plus se focaliser sur les pierres (églises, cathédrales, basiliques…) et d’avoir moins souci de les entretenir et de les remplir que de considérer la substantifique moelle du chrétien authentique : il est censé « devenir une demeure de Dieu par l’Esprit Saint. »

Il est temps, grand temps que la hiérarchie catholique accepte de considérer que l’Esprit Saint est souverainement libre et qu’il fait sa demeure où il veut et en qui il veut. Et de ne plus chercher à étouffer cet Esprit quand il ne vient pas pour confirmer des siècles de doctrine, mais pour annoncer avec force que le Maître est à nos portes et que ses Noces sont toutes proches…

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Psaume 84 (85), 11-12

 

Image :  La colombe du tabernacle    Abbaye Notre-Dame de Tamié

En ce temps-là, comme Jésus était en train de parler, une femme éleva la voix au milieu de la foule pour lui dire : « Heureuse la mère qui t’a porté en elle, et dont les seins t’ont nourri ! »
Alors Jésus lui déclara : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! »

Luc 11,27-28
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Il y a eu, au fil des siècles de l’Eglise, une certaine distorsion de cet extrait si important de l’Evangile. On n’en finit plus de prêcher sur l’écoute de Marie à l’Annonciation et sur le fait qu’elle ait médité les paroles de son Fils tout au long de son rôle éducatif à ses côtés. C’est tant et tant développé dans toutes les homélies catholiques que je n’ajouterai rien de plus à ce sujet-là.

« Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! »

Dans cette béatitude que Jésus ajoute à celles du Sermon sur la montagne, on sent toute l’humilité du Verbe de Dieu qui ne veut pas attirer les regards sur sa personne physique, mais les élargir jusqu’à Celui dont il vit et enseigne la Parole : Dieu son Père. Jésus décentre le discours de cette femme de sa propre personne pour l’inciter à écouter, méditer et garder les enseignements qu’il ne tient pas de sa chair, mais de sa filiation divine. Beaucoup de prédicateurs auraient à s’en inspirer, eux qui apprécient les regards tournés vers leurs personnes, les compliments voire les flatteries, eux qui prétendent parfois que lorsqu’ils prêchent, ce n’est plus leur propre parole que les fidèles entendent, mais la voix-même de l’Esprit Saint. J’ai toujours, pour ma part, trouvé pareille prétention fort orgueilleuse, car un sacrement de l’Ordre ou une mission de pasteur ne confèrent pas une infaillibilité en matière de prédication. Je peux même ajouter qu’après dix-huit mois dans une paroisse sans curé fixe, j’ai entendu et écouté attentivement toutes sortes d’homélies, et qu’à chaque fois, j’ai pu discerner dans ces méditations la personnalité profonde des très nombreux prêtres qui se sont succédé dimanche après dimanche au micro de nos églises… davantage, parfois, que le souffle de l’Esprit Saint. (suite…)

En ce temps-là, Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. »
Jésus répondit : « Ne l’en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ;
celui qui n’est pas contre nous est pour nous. »
Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.
« Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.
Et si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas.
Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux pieds.
Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux yeux,
là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas.

Marc 9,38-43.45.47-48
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

On pourrait ouvrir les paris en ce dimanche où l’on médite en Eglise cet évangile qui, je le sais, incommode beaucoup de catholiques contemporains. D’aucuns rêveraient même d’en amputer les Ecritures. Et cependant, toute parole qui sort de la bouche du Christ Jésus est vérité, alors ne le soupçonnons pas d’avoir dit ceci et pas cela. Je pose la question : combien de fidèles ont-ils entendu prêcher, aujourd’hui, au sujet de la géhenne ? Jésus emploie pourtant ici le mot trois fois. Et la décrit sommairement : là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas.

La géhenne est clairement, dans sa bouche, l’antithèse de la vie éternelle auprès de Lui.

La théologie contemporaine tend à gommer cette réalité de notre paysage spirituel. Combien de fois n’a-t-on pas entendu : « Si l’enfer existe, il est vide. » Je concède qu’il est peut-être vide dans ces temps où nous sommes et où le dernier avènement du Christ Roi n’a pas encore eu lieu. Le jugement des vivants et des morts est à venir, et l’on peut difficilement concevoir que des âmes se soient déjà condamnées à séjourner en un lieu qui n’existe peut-être pas encore. Je préfère toujours parler de sheol pour cet espace spirituel d’après la mort qu’endurent ceux qui n’ont pas eu part, faute d’avoir vécu – consciemment ou non – selon les commandements de l’Evangile au long de leur cheminement terrestre, aux cieux de la première résurrection, là où les rachetés intercèdent sans relâche pour nous aux côtés des bienheureux et de tous les saints. On rit souvent du purgatoire comme d’une idée dépassée. Je ne suis pas du tout de cet avis. Les âmes assez pures pour regarder le Christ dans les yeux au moment de leur passage par la mort ne sont pas si nombreuses. Il n’est qu’à méditer les mots de l’Epître de saint Jacques lus aussi aujourd’hui pour comprendre que les richesses, par exemple, peuvent ravager une âme au point de lui fermer pour un bon moment une réalité où tout est don et gratuité. (Jacques 5, 1-6)

Je peux passer pour une rabat-joie et je l’assume. Si le Christ avait dit au long de sa vie de prédication que le chemin vers le bonheur éternel est large et que la voie vers la géhenne est étroite, je me tairais. Mais il a dit tout l’inverse, et il serait bon de s’en souvenir (Matthieu 7, 13-14). (suite…)

Ceux qui méditent le mal se disent en eux-mêmes : « Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s’oppose à nos entreprises, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu, et nous accuse d’infidélités à notre éducation.
Voyons si ses paroles sont vraies, regardons comment il en sortira.
Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires.
Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience.
Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui. »

Sagesse 2,12.17-20

Textes liturgiques©AELF

Dans cet extrait de la Sagesse, livre sapiential que j’aime entre tous, nous voyons bien sûr la figure du Christ Jésus qui a si bien incarné ces quelques lignes.
Cependant, je ne suivrai pas aveuglément l’interprétation catholique quand elle affirme que Jésus est « la personnification de la Sagesse. » C’est lui ajouter encore une prérogative, Lui qui est déjà le Verbe de Dieu, et authentiquement son Fils, ce qui n’est pas peu.
La Sagesse qui court par tout ce Livre et par toute la Bible est évidemment une figure féminine. Salomon la choisit pour épouse, l’allégorie est parlante. De même qu’en grec cohabitent le Logos et la Sophia, on peut considérer dans un face à face le Verbe et la Sagesse, ou encore le Fils et la Ruah. N’amputons donc pas la Sagesse décrite par tout ce Livre de sa féminité.

Comme le Verbe de Dieu, elle souffre persécution par les impies, et parfois plus encore par les faux pieux. N’oublions pas que ce sont les dignitaires religieux du temps de Jésus qui ont fomenté sa mise à mort, davantage que les impies romains qui l’ont exécuté.

Ainsi de la Sagesse. Sa « mort infâme » n’est pas forcément une mort du corps exposé sur la place publique comme le fut celui de Notre Seigneur crucifié. Il existe des façons de mettre à mort l’âme féminine plus cachées et plus insidieuses. Commencer par professer que la Sagesse, c’est le Fils de Dieu, et lui donner de ce fait des attributs masculins. Nommer encore l’Esprit Saint, qui est Personne au même titre que le Fils, au masculin. Fabriquer ainsi une conception toute masculine de la Trinité sainte. Que personne n’en soit étonné : les scribes et les Docteurs, quelle que soit leur appartenance religieuse, ont toujours tiré la couverture à eux-mêmes, qui cultivaient et cultivent encore bien trop l’entre-soi masculin. (suite…)