Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

En ce temps-là, partant de Génésareth, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »
Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »
Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »
Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.

Matthieu 15,21-28
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

De cet extrait d’évangile que beaucoup, souvent, ont du mal à comprendre car Jésus y apparaît un peu rude, dans un premier temps, vis-à-vis de cette femme cananéenne, lui qui est pourtant toujours si prévenant avec toute femme et respectueux de sa personne, je ne voudrais rebondir que sur l’exclamation un brin méprisante des disciples : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »

Je suis attachée à la personne de cette femme qui n’est pas dans l’entourage proche de Jésus, et, parce que païenne et certainement aussi parce que femme, se voit rabrouée par les disciples qui veulent à tout prix s’en débarrasser. Qui est-elle, celle-là, pour oser demander quelque chose au messie d’Israël ? Qui est-elle, pour venir troubler leur petit cercle de proches de Jésus qui se sentent légitimes à ses côtés et sont jaloux de leurs prérogatives ?

Jésus semble abonder dans leur sens dans un premier temps : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
La femme païenne pourrait se décourager et abandonner sa requête, mais déjà, elle croit en la puissance de ce fils de David. Quelle confiance !
La confiance étant le début de la foi, Jésus va se laisser toucher par sa persévérance et sa conviction, d’autant plus qu’elle ne demande rien pour elle-même, mais seulement une délivrance pour sa fille. Il a alors ces mots magnifiques, qui résonnent profondément en toute âme qui se fie en Jésus : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »

Et par là-même, il l’exauce, et c’est un nouveau camouflet pour ses disciples qui ont toujours tant de mal à comprendre qui il est et quelles relations il entretient avec les femmes, fussent-elles païennes ou en disgrâce aux yeux des gardiens de leur commune religion. (suite…)

En ces jours-là, dans le désert, les fils d’Israël se remirent à pleurer : « Ah ! qui donc nous donnera de la viande à manger ?
Nous nous rappelons encore le poisson que nous mangions pour rien en Égypte, et les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et l’ail !
Maintenant notre gorge est desséchée ; nous ne voyons jamais rien que de la manne ! »
La manne était comme des grains de coriandre, elle ressemblait à de l’ambre jaune.
Le peuple se dispersait pour la recueillir ; puis on la broyait sous la meule, ou on l’écrasait au pilon ; enfin on la cuisait dans la marmite et on en faisait des galettes. Elle avait le goût d’une friandise à l’huile.
Lorsque, pendant la nuit, la rosée descendait sur le camp, la manne descendait sur elle.
Moïse entendit pleurer le peuple, groupé par clans, chacun à l’entrée de sa tente. Le Seigneur s’enflamma d’une grande colère. Cela déplut à Moïse,
et il dit au Seigneur : « Pourquoi traiter si mal ton serviteur ? Pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux que tu m’aies imposé le fardeau de tout ce peuple ?
Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple, est-ce moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises : “Comme on porte un nourrisson, porte ce peuple dans tes bras jusqu’au pays que j’ai juré de donner à tes pères” ?
Où puis-je trouver de la viande pour en donner à tout ce peuple, quand ils viennent pleurer près de moi en disant : “Donne-nous de la viande à manger” ?
Je ne puis, à moi seul, porter tout ce peuple : c’est trop lourd pour moi.
Si c’est ainsi que tu me traites, tue-moi donc ; oui, tue-moi, si j’ai trouvé grâce à tes yeux. Que je ne voie pas mon malheur ! »

Nombres 11,4b-15
Textes liturgiques©AELF

Je suis habituée aux homélies catholiques. Quand le Premier Testament évoque la manne, les prédicateurs établissent un parallèle avec le pain eucharistique – la liturgie d’aujourd’hui le fait d’ailleurs – et prêchent bellement sur le fait que nous autres chanceux bénéficions, contrairement aux Hébreux dans le désert, de la manne du pain de Vie éternelle. Et de considérer ainsi que toutes les Ecritures sont accomplies, et que l’Eglise, qui donne le sacrement eucharistique, est quasiment pérenne. Et toujours, en Eglise catholique, ce refus d’envisager la fin des temps comme un événement peut-être tout proche. On part à la chasse aux vocations sacerdotales, on ordonne, on bénit le Seigneur de nous avoir donné quelques nouveaux prêtres pour assurer tant bien que mal la relève…

Je m’emploierai toujours à tordre le cou à cette logique imparable de la Révélation divine accomplie dans les sacrements et le salut catholiques. Car enfin, soyons réalistes : qui se sent encore comblé de nos jours après avoir communié le dimanche matin ? Le fidèle qui a communié en est-il rassasié comme l’Hébreu qui a enfin mangé sa caille au déjeuner ? (suite…)

En ce temps-là, Jésus se rendit dans son lieu d’origine, et il enseignait les gens dans leur synagogue, de telle manière qu’ils étaient frappés d’étonnement et disaient : « D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ?
N’est-il pas le fils du charpentier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie, et ses frères : Jacques, Joseph, Simon et Jude ?
Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? Alors, d’où lui vient tout cela ? »
Et ils étaient profondément choqués à son sujet. Jésus leur dit : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays et dans sa propre maison. »
Et il ne fit pas beaucoup de miracles à cet endroit-là, à cause de leur manque de foi.

Matthieu 13,54-58
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Imaginons la situation. Jésus, baptisé, victorieux de la tentation au désert, a déjà appelé ses premiers disciples, prononcé le sermon sur la montagne – Béatitudes et nombreux commandements – donné la prière du Notre Père et annoncé la survenue du Royaume, accompli de nombreux miracles – purification de lépreux, guérisons, exorcismes, résurrection de la fille de Jaïre… Il enseigne dans les synagogues et les foules le suivent dans ses déplacements, peut-être plus avides de ses miracles que de sa parole, mais sa renommée s’étend dans toute la Galilée et bien au-delà. Il a aussi déjà été pris violemment à partie par les scribes et les pharisiens, gardiens de leur commune religion, et sa famille a tenté une première fois de le faire taire.

Jésus, cependant, poursuit imperturbablement son annonce du Royaume qui vient, en multipliant les paraboles. Et nous le retrouvons aujourd’hui dans sa patrie, à Nazareth, et là, c’est un fiasco. (suite…)

En ce temps-là, Jésus disait aux foules : «Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons.
Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien.
Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.»
« Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ».
Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »
Lorsque Jésus eut terminé ces paraboles, il s’éloigna de là.

Matthieu 13, 47-53
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Les disciples étaient-ils sincères ? Avaient-ils vraiment compris tout cela ?
Peut-être. Peut-être pas.
En tout cas, il me semble que nos scribes contemporains – théologiens et prédicateurs – ne le comprennent plus. On nous sert toujours la même soupe fade et psychologisante : il faut voir, dans le bon grain et l’ivraie, dans le bon et le mauvais poisson, dans les justes et dans les méchants, ce que chacun a, intérieurement, de bon ou de mauvais en soi. Et croire en l’infinie miséricorde de Dieu qui brûlera, devant sa face, tout ce qu’il y a de mauvais en nous-mêmes pour nous faire tous entrer, purifiés, au Royaume éternel. Voilà. La messe est dite. Et hourra : « On ira tous au paradis! »

Je vais encore jouer les trouble-fêtes. Jésus a pourtant été tout à fait clair dans ce chapitre 13 de Matthieu. Il a parlé aux foules en paraboles, mais il a tout expliqué posément à ses disciples : le bon grain, l’ivraie, les fils du Royaume et les fils du Mauvais, les justes et les méchants… Jésus n’a pas été du genre à couper les cheveux en quatre, et encore bien moins à mentir à ceux qui l’écoutaient. Il est venu sur terre, en son Incarnation, pour nous sauver du péché par sa crucifixion, certes, mais aussi pour nous montrer le chemin à suivre à sa suite, et pour différencier ceux qui en prenaient la route de ceux qui s’opposaient violemment à sa Parole. N’oublions pas que nous vivons quelque 2000 ans après Jésus-Christ et que cette parole, sauf à habiter dans un état absolument totalitaire, est à la portée de tout un chacun, sur papier ou sur le net. Nous sommes dans le temps de la décision personnelle et non plus dans celui où Jésus est au milieu de nous pour nous enseigner les chemins du Royaume. Nous sommes infiniment plus proches de la moisson à la fin des temps que de l’annonce première de l’Evangile. Il y a donc urgence à prendre les conseils du Christ au sérieux ! (suite…)

Paroles de la bien-aimée.
Sur mon lit, la nuit, j’ai cherché
celui que mon âme désire ;
je l’ai cherché ;
je ne l’ai pas trouvé.
Oui, je me lèverai, je tournerai dans la ville,
par les rues et les places :
je chercherai
celui que mon âme désire ;
je l’ai cherché ;
je ne l’ai pas trouvé.
Ils m’ont trouvée, les gardes,
eux qui tournent dans la ville :
« Celui que mon âme désire,
l’auriez-vous vu ? »
À peine les avais-je dépassés,
j’ai trouvé celui que mon âme désire :
je l’ai saisi
et ne le lâcherai pas.

Cantique des cantiques 3, 1-4a
Textes liturgiques©AELF

Ce n’est pas si souvent que l’on peut lire et méditer un extrait du Cantique des cantiques en Eglise catholique. Vieux reste de pudibonderie certainement, et puis cette fâcheuse tendance à omettre de méditer les textes bibliques qui évoquent des figures féminines autres que celle de la mère de Jésus. Toujours, nos clercs nous ont entravé la voie vers des textes qui auraient pu inspirer aux femmes des élans mystiques amoureux vers leur seul Seigneur. Se seraient-elles enflammées d’amour pour le Christ Jésus, le véritable Salomon, on leur aurait répété encore et encore que la fiancée du Cantique symbolisait en fait l’Eglise et non une femme quelle qu’elle soit.

En ce XXIe siècle qui a mis sous nos yeux de manière crue et impitoyable la débauche active ou la complicité coupable de l’institution ecclésiale catholique envers le crime, tout parallèle entre la fiancée du Cantique et celle-ci est une injure à ce texte si beau et pas seulement élevé spirituellement. On y lit des mots d’amour magnifiques entre une femme et un homme éperdument épris l’un de l’autre, qui se désirent, se recherchent, se perdent, se retrouvent… Alors certes, c’est là une allégorie de toute vie spirituelle et mystique intense, mais c’est aussi et surtout l’histoire d’un amour incommensurable entre deux êtres de désir. (suite…)