Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

En ce temps-là, Jésus sortit de nouveau le long de la mer ; toute la foule venait à lui, et il les enseignait.
En passant, il aperçut Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » L’homme se leva et le suivit.
Comme Jésus était à table dans la maison de Lévi, beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux à le suivre.
Les scribes du groupe des pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les publicains, disaient à ses disciples : « Comment ! Il mange avec les publicains et les pécheurs ! »
Jésus, qui avait entendu, leur déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »

Marc 2, 13-17
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Je voudrais saisir l’occasion de la méditation en Eglise de ces versets de Marc pour éclaircir un peu la question de Jésus par rapport aux pécheurs. Entendons bien, ceux qui pèchent, « en pensée, en parole, par action et par omission » (Confiteor), c’est-à-dire, bien sûr, un peu nous tous. Il faudrait être parvenu à un très haut degré de sainteté pour ne plus pécher, à la suite du Christ, d’aucune de ces quatre manières.

Ne pas encore y être parvenus ne signifie cependant pas que nous soyons, en tant que chrétiens, dispensés de chercher à atteindre cet idéal de la vie chrétienne. L’Apôtre Paul par exemple nous le répète souvent dans ses écrits, ici en 1 Thessaloniciens 4, 3-7 :

La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté, en vous abstenant de la débauche, et en veillant chacun à rester maître de son corps dans un esprit de sainteté et de respect, sans vous laisser entraîner par la convoitise comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu. Dans ce domaine, il ne faut pas agir au détriment de son frère ni lui causer du tort, car de tout cela le Seigneur fait justice, comme nous vous l’avons déjà dit et attesté. En effet, Dieu nous a appelés, non pas pour que nous restions dans l’impureté, mais pour que nous vivions dans la sainteté.
[Fin de citation]

Evidemment, il ne s’agit pas seulement de viser la sainteté par un corps qui ne nuise pas à son prochain, mais aussi par tout un comportement personnel qui traduise jour après jour notre volonté de mettre en œuvre la Parole du Christ. Et là, je trouve que le discours chrétien est parfois bien mou. On met facilement en exergue la parole de Jésus : « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » Or, je voudrais relever deux éléments de cette parole : (suite…)

En ces jours-là, Anne se leva, après qu’ils eurent mangé et bu. Le prêtre Éli était assis sur son siège, à l’entrée du sanctuaire du Seigneur.
Anne, pleine d’amertume, se mit à prier le Seigneur et pleura abondamment.
Elle fit un vœu en disant : « Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier, et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie, et le rasoir ne passera pas sur sa tête. »
Tandis qu’elle prolongeait sa prière devant le Seigneur, Éli observait sa bouche.
Anne parlait dans son cœur : seules ses lèvres remuaient, et l’on n’entendait pas sa voix. Éli pensa qu’elle était ivre
et lui dit : « Combien de temps vas-tu rester ivre ? Cuve donc ton vin ! »
Anne répondit : « Non, mon seigneur, je ne suis qu’une femme affligée, je n’ai bu ni vin ni boisson forte ; j’épanche mon âme devant le Seigneur.
Ne prends pas ta servante pour une vaurienne : c’est l’excès de mon chagrin et de mon dépit qui m’a fait prier aussi longtemps. »
Éli lui répondit : « Va en paix, et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. »
Anne dit alors : « Que ta servante trouve grâce devant toi ! » Elle s’en alla, elle se mit à manger, et son visage n’était plus le même.
Le lendemain, Elcana et les siens se levèrent de bon matin. Après s’être prosternés devant le Seigneur, ils s’en retournèrent chez eux, à Rama. Elcana s’unit à Anne sa femme, et le Seigneur se souvint d’elle.
Anne conçut et, le temps venu, elle enfanta un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle : « Je l’ai demandé au Seigneur. »

1 Samuel 1, 9-20
Textes liturgiques®AELF

De ce très beau récit d’Anne, épouse d’Elcana, qui obtient un fils après des années de souffrance due à sa stérilité et une ardente prière pour en sortir, je ne retiendrai aujourd’hui que la réaction du prêtre Eli la voyant prier intérieurement avec abondance de larmes. Eli manque complètement sa cible en la prenant pour une ivrogne inopportune, elle qui vient au sanctuaire pour prier le Dieu d’Israël de la plus pure des façons, avec sincérité de cœur et espérance malgré sa détresse. Eli la rabroue, loin de penser de quelle sainte disposition d’esprit cette femme fait preuve, elle qui est prête à donner son fils tant espéré au Seigneur dès qu’il sera sevré – ce que, exaucée, elle fera effectivement (1 Samuel 1, 24-28).

Face à cette scène, j’ai envie de dire : vingt-six siècles – voire plus – et rien de nouveau sous le soleil. Nous voici face à un prêtre de l’Ancienne Alliance qui méprise a priori, sans du tout la connaître, une femme entrée au sanctuaire pour prier pourtant de la plus pure des façons. Misogynie et méfiance vis-à-vis d’une femme plus que courante de la part d’un « serviteur de Dieu » qui, lui, se pense légitime dans ce lieu et fondé à juger de la sincérité, ou non, d’une démarche de piété, d’une relation à Dieu.

Vingt-six siècles, et rien de nouveau sous le soleil… (suite…)

Quant à vous,
l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous,
et vous n’avez pas besoin d’enseignement.
Cette onction vous enseigne toutes choses,
elle qui est vérité et non pas mensonge ;
et, selon ce qu’elle vous a enseigné,
vous demeurez en lui.

1 Jean 2, 27

Jean nous fait comprendre ici qu’il n’en va pas de la foi chrétienne comme d’un enseignement catéchétique ou universitaire. D’où vient que l’Eglise catholique elle-même se mette souvent en porte-à-faux avec cette affirmation du disciple évangéliste, en outre ami le plus proche de Jésus ?

Depuis plus de vingt ans que je suis revenue à la foi et qu’elle est le moteur essentiel de ma vie, j’ai entendu de la part des clercs toutes sortes de recommandations :
– Il ne faut pas lire la Bible seul, on doit la lire en Eglise, partager à son sujet en groupes de fidèles.
– Ne pas se fier à ses intuitions spirituelles, les vérifier à la lumière du magistère catholique.
– Une intuition spirituelle qui contredit la doctrine catholique ne vient pas de Dieu.
– Une personne qui une vie mystique doit obligatoirement avoir un directeur spirituel, seul capable de discerner ses inspirations.
– Si on a des inspirations spirituelles qui contredisent la doctrine, on doit les taire pour ne pas choquer la foi des fidèles.
– Il est bon de se former en théologie : accompagnement catéchétique, cycles de formation en université catholique…

Je pourrais encore allonger la liste.
Je me rends compte, à l’établir ainsi, que j’ai su résister bon an mal an à toutes ces pressions que j’ai subies depuis vingt ans. Souvent, les clercs n’étaient pas capables de répondre à mes questions quand je leur en posais encore. « Tu poses des questions bien difficiles », m’avait écrit un ami alors moine. De l’éviction à la non-réponse, j’ai connu toute la palette des attitudes d’évitement. (suite…)

Le Verbe était la vraie Lumière,
qui éclaire tout homme
en venant dans le monde.
Il était dans le monde,
et le monde était venu par lui à l’existence,
mais le monde ne l’a pas reconnu.
Il est venu chez lui,
et les siens ne l’ont pas reçu.

Jean 1, 9-11

Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas,
et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse
que sa justice ne paraisse dans la clarté,
et son salut comme une torche qui brûle.
Et les nations verront ta justice ;
tous les rois verront ta gloire.
On te nommera d’un nom nouveau
que la bouche du Seigneur dictera.
Tu seras une couronne brillante
dans la main du Seigneur,
un diadème royal
entre les doigts de ton Dieu.
On ne te dira plus : « Délaissée ! »
À ton pays, nul ne dira : « Désolation ! »
Toi, tu seras appelée « Ma Préférence »,
cette terre se nommera « L’Épousée ».
Car le Seigneur t’a préférée,
et cette terre deviendra « L’Épousée ».
Comme un jeune homme épouse une vierge,
ton Bâtisseur t’épousera.
Comme la jeune mariée fait la joie de son mari,
tu seras la joie de ton Dieu.

Isaïe 62, 1-5

En ce jour de Noël, je mets à dessein à la suite l’un de l’autre ces deux extraits de la Parole de Dieu, Le premier étant tiré de la lecture de l’évangile du 25 décembre et le deuxième, de la première lecture donnée à la messe du soir du 24 décembre, la veille de Noël.

Je m’interroge et j’interroge mes lecteurs.

Très profondément, dans ma foi chrétienne, je crois que le Christ Jésus est bien le Verbe de Dieu, sa Parole la plus fidèle, son propre Fils né de Lui, le Père, et du consentement de Marie à cette naissance virginale tout à fait unique dans l’histoire de l’humanité. Oui, Jésus qui porte si bien son nom est l’émanation de ce Dieu qui nous sauve, qui nous rachète en sa grande miséricorde de nos péchés par le sacrifice plein d’abnégation de ce Fils si pur et innocent sur la Croix. Jésus absolument sans péché a pris sur lui tout l’opprobre du monde et des créatures depuis les origines et jusqu’à son retour glorieux. En nous approchant de Lui avec contrition, nous pouvons désormais obtenir miséricorde. C’est là ma foi totale au Christ Jésus rédempteur, et je la proclame.

Pourquoi l’Eglise choisit-elle aussi Isaïe 62, 1-5 dans les lectures de ce temps de Noël ? Cela me semble plus obscur…
Certes, Jésus est issu du peuple élu de Dieu, le peuple juif, il allait avec ses parents puis ses disciples vivre sa foi juive à Jérusalem, la ville sainte. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que Jérusalem n’a jamais jubilé ni de sa naissance, ni de sa prédication, à peine a-t-elle acclamé le rabbi monté sur un âne qui pénétrait ses murs quelques jours avant sa passion. (Matthieu 21, 1-11) Sans doute attendait-elle davantage le supposé thaumaturge Jésus de Nazareth que le Messie annoncé depuis des siècles par les prophètes. Nous savons comment se dérouleront les jours suivants : Jésus trahi, arrêté, moqué, supplicié, condamné par la foule au profit de Barabbas sera crucifié comme un paria hors des murs de Jérusalem. (suite…)

Or, voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret.
Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : «Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ;
elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète :
Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous »
Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse,
Matthieu 1, 18-24

Voici l’extrait d’évangile qui a été donné à notre méditation pour le quatrième dimanche de l’Avent hier.
Nous avons tous entendu en Eglise catholique de belles homélies sur l’humilité et l’obéissance à Dieu de Joseph, et cela est justice. Sans lui, que serait devenue Marie enceinte de l’Enfant Jésus ? Livrée à la vindicte populaire, paria car fille-mère, elle aurait été exposée à une vie des plus difficiles, ce que Dieu n’a pas voulu pour elle en lui donnant un époux attentif à sa parole, dans l’abnégation de son honneur d’homme d’abord blessé par cette grossesse ne venant pas de lui. Joseph a tenu compte de ce que son songe divin lui a inspiré et a pris chez lui son épouse Marie.

Curieusement, ou plutôt de façon fort prévisible, l’Eglise catholique découpant comme elle l’entend les versets bibliques pour l’usage liturgique a omis le verset 25 qui conclut ce chapitre 1 de l’évangile de Matthieu :

 mais il ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

Et là, j’avoue que je suis scandalisée.
L’Eglise de mon baptême nous prend-elle donc pour des enfants immatures se nourrissant exclusivement du lait de sa doctrine ? Pourquoi omet-elle sciemment le verset 25 ? (suite…)