Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je?»
Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. »
Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. »
Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne.
Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite.
Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches.
Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera.

Marc 8,27-35
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

La question de Jésus s’adresse bien sûr à chacun d’entre nous, en son for intérieur, et peut-être d’autant plus que l’Eglise qui prétendait être seule missionnée à l’annoncer se trouve aujourd’hui embourbée dans d’interminables scandales et divisions qui la privent d’une très grande part de sa crédibilité. Alors oui, c’est le moment d’interroger le cœur-même de notre foi, de nous demander ce qu’il en reste d’essentiel, en ces temps où l’on porte presque comme une honte sa fidélité au Seigneur et à son baptême dans la pratique catholique.

« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

Ce matin, si on m’avait offert la possibilité de le faire pendant l’office religieux qui s’est déroulé avec un diacre en l’absence de prêtre, je crois qu’après la courte mais belle homélie, j’aurais pu dire à haute voix devant mes amis paroissiens qui est Jésus pour moi. Je leur aurais dit que je ne venais pas seule à la messe tous les dimanches depuis quatorze ans par défaut de mari ou de nouveau compagnon mais par plénitude, pour y retrouver Celui qui m’y attend, qui s’y donne à nous, qui me comble semaine après semaine de la joie de Le retrouver dans cette belle communion d’amour qu’est l’Eucharistie. Je leur aurais dit que j’avais l’air de venir seule, mais que je ne l’étais pas, le Christ Jésus remplissant ma vie et mon cœur d’une manière bien plus comblante que ne pourrait le faire un homme debout à mes côtés et compagnon de vie quotidienne. Car ce que j’en dis, moi, c’est que mon compagnon de vie, c’est Lui, Jésus, et pour l’éternité. Donnée à Lui, je le suis, et ce qui est plus difficile à recevoir car la jalousie spirituelle est toujours là, tapie non loin du cœur qui se sait aimé, c’est que donné à moi, Il l’est aussi. Non, je ne suis jamais seule avec sa présence évidente et ineffable en moi et auprès de moi.

Alors aujourd’hui, qu’il me soit permis de pousser un peu plus loin la question de Jésus. Le Christ sait qui Il est. Ce qui l’interroge, c’est de savoir ce que la multitude et ses plus proches comprennent de Lui. Ce qui le préoccupe, c’est de savoir jusqu’où son rayonnement divin entraîne le cœur et l’intelligence de ses contemporains. Non pas pour s’en glorifier Lui-même – il sait qu’Il marche vers la croix – mais pour vérifier si le cœur de l’homme est capable, ou pas, de s’ouvrir à la Parole de Vérité qui vient de Dieu et de l’identifier. Vérité qui, dans l’héritage fidèle de Jésus, se diffuse aujourd’hui par le canal de l’Esprit Saint.

« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

Frères,
au nom du Seigneur Jésus Christ,
nous vous ordonnons
d’éviter tout frère qui mène une vie désordonnée
et ne suit pas la tradition que vous avez reçue de nous.
Vous savez bien, vous,
ce qu’il faut faire pour nous imiter.
Nous n’avons pas vécu parmi vous de façon désordonnée ;
et le pain que nous avons mangé,
nous ne l’avons pas reçu gratuitement.
Au contraire, dans la peine et la fatigue, nuit et jour,
nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous.
Bien sûr, nous avons le droit d’être à charge,
mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter.
Et quand nous étions chez vous,
nous vous donnions cet ordre :
si quelqu’un ne veut pas travailler,
qu’il ne mange pas non plus.
Que le Seigneur de la paix vous donne lui-même la paix,
en tout temps et de toute manière.
Que le Seigneur soit avec vous tous.
La salutation est de ma main à moi, Paul.
Je signe de cette façon toutes mes lettres,
c’est mon écriture.
Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ
soit avec vous tous.

2 Thessaloniciens 3, 6-10.16-18

Textes liturgiques©AELF

Si je me fais un peu rare sur ce site, c’est que je ne suis à la charge de personne et que je travaille tout le jour pour gagner mon pain et celui de ma dernière fille. Cette petite boutade mise à part, je voudrais prendre le temps aujourd’hui de m’arrêter un peu sur les écrits de l’Apôtre Paul, non seulement cet extrait mais l’ensemble de son œuvre écrite.

Dans l’extrait d’aujourd’hui, il y a du bon sens, même si je reconnais qu’il est un peu difficile à recevoir en ces temps de chômage endémique. L’essentiel devrait être, pour chacun, de « vouloir travailler », jusqu’à l’âge où la société rend au retraité ce qui lui est dû. J’entends bien que « travailler » peut aussi signifier prendre soin de sa famille au long des jours. J’ai été mère au foyer pendant cinq ans, et je sais qu’il n’y a pas tâche plus exigeante et malheureusement souvent plus ingrate. La société ne rend d’ailleurs rien du tout à la femme qui s’est dévouée à cette tâche, l’heure de la retraite venue, mais cela est un autre débat. (suite…)

En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »
Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.
De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.
Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Jean 6,51-58
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Jésus est allé avec ces mots-là à l’extrême de sa prédication. Preuve en est que cet extrait d’évangile incommode encore beaucoup de monde, 2000 ans après, et même les chrétiens, et même, parmi eux, certains catholiques, qui sont pourtant censés croire à la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie et en vivre.
L’Evangile de Jean nous enseigne que tout de suite après ces paroles, beaucoup de ceux qui le suivaient l’ont abandonné. Nous lirons cet extrait dimanche prochain :

Jean 6,60-69

En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? »
Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ?
Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !…
C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.
Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait.
Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner.
Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »
Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.
Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »

Contrairement à mes habitudes, je prends un peu d’avance sur la liturgie et je vais m’appuyer aussi sur l’Evangile de dimanche prochain, le 26 août.

Dans mon billet de blog du 14 août 2018 https://www.histoiredunefoi.fr/blog/9513-lettre-ouverte-a-marie-mere-de-notre-seigneur-jesus-christ  j’ai incommodé, choqué, scandalisé certains catholiques. Je ne viens pas m’en excuser, car ce que j’ai écrit la veille de l’Assomption, je l’assume totalement. J’assume toujours ce que j’écris ici, c’est longuement médité et prié, parfois pendant des années, avant d’être exprimé par écrit sur ce site, l’écrit étant mon moyen d’expression religieuse. Au quotidien, de vive voix, je suis en effet très discrète sur ma foi et mes convictions spirituelles.

J’ai une conviction profonde, née de ma très grande proximité avec le Seigneur Jésus dans mon oraison et confirmée par tout mon chemin de vie, y compris dans ma généalogie : ma route est symétrique à la sienne. Là où il marchait, Fils de Dieu, d’une vie relativement paisible à sa Passion, je sors, fille de Dieu par le baptême, d’une très longue passion – au sens de souffrance injustement subie depuis l’instant de ma conception – pour aller vers la joie de la justification. Et toute ma vie trouve son écho dans l’Evangile, en miroir. Là où il a été homme, je suis femme. Il a parlé, j’écris. Il était pressé par les foules, je vis dans une relative solitude. Il a été chéri dès sa naissance, je fus quant à moi une déception pour presque tout le monde. Il a souffert sur la Croix le martyre dans sa chair donnée pour nous, pécheurs. J’ai vécu le martyre, jusqu’à l’internement psychiatrique il y a presque vingt ans, dans mon âme donnée en offrande expiatoire pour le blasphème contre l’Esprit.

Et je sais en cet instant-même que mes lecteurs récriminent contre moi. « Cette parole est orgueilleuse ou délirante ! Qui peut l’entendre ? »

Je sais que vous êtes scandalisés, à me lire. « Celle-là, pour qui se prend-elle ? »

Je ne me prends pour personne d’autre que qui je suis.

Je pose une simple question : le blasphème contre l’Esprit Saint est-il pardonné en Jésus ?
Si c’est non, qui en assume la rédemption ?
Qui a immolé sa vie, son honneur, sa réputation et jusqu’à son mariage, pour que soient pardonnées un jour devant Dieu toutes les contre-vérités doctrinales assénées depuis des siècles et causes de bien des tourments profonds, notamment pour les femmes et tous ceux qui sont considérés comme « hérétiques » ? Qui a suivi pas à pas le Christ dans son chemin de croix, non pas dans le sang versé mais dans des torrents de larmes, non pas dans une chair immolée mais dans un esprit brisé et broyé ?

J’ai aujourd’hui une âme tout à fait paisible.
Je l’ai dit, mon chemin est symétrique au sien. Il a marché vers une mort infamante, j’avance pas à pas vers la justification.
Et que tous ceux qui veulent maintenant décidément s’éloigner de moi sachent qu’au jour où le Christ se révèlera, je serai justifiée.

Voici le Dieu qui me sauve : j’ai confiance, je n’ai plus de crainte. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut.
Isaïe 12, 2

En ce temps-là,
on présenta des enfants à Jésus
pour qu’il leur impose les mains en priant.
Mais les disciples les écartèrent vivement.
Jésus leur dit :
« Laissez les enfants,
ne les empêchez pas de venir à moi,
car le royaume des Cieux est à ceux qui leur ressemblent. »
Il leur imposa les mains,
puis il partit de là.

Matthieu 19, 13-15

Comment ne pas penser, aujourd’hui, à la lecture de cet extrait d’Evangile, à tous ces enfants qui ont été trahis, souillés, traumatisés à vie par des attitudes coupables de clercs à leur égard ?

J’évoque peu ce sujet quand j’écris ici ou sur les réseaux sociaux, car d’autres que moi le font avec force et pertinence, et je leur rends hommage. L’odieux inacceptable qui s’est joué dans l’Eglise pendant des décennies, et certainement des siècles, me révulse et me donne la nausée. Je suis catholique pratiquante et maman : j’ai la chance de n’avoir jamais rien vu ou subi de tel dans l’Eglise. Mais je suis profondément solidaire de celles et ceux qui dénoncent et mettent au jour les scandales de pédophilie en tant que victimes directes, concernées, ou en tant que clercs outrés.
Je ne sais que trop le désastre dû à ces scandales dans l’Eglise d’aujourd’hui, que personnellement je ne déserte pas : il n’y a presque plus d’enfants dans nos églises et les servants d’autel sont devenus bien rares. Il n’y a presque plus de jeunes parents non plus, écœurés par ce climat délétère dans l’Eglise catholique. Ni de jeunes.

Ce que je voudrais dire, simplement, c’est que j’ai de très nombreux amis prêtres, et que parmi eux, je ne connais aucun pédophile. Ni aucun clerc qui ait eu à mon égard un comportement ou des mots déplacés, maintenant ou quand j’étais jeune, aucun que mes enfants aient eu à redouter parce qu’il était ambigu. Je tiens à le souligner, car je souffre avec les prêtres innocents de tels actes, et pour eux, des tentations d’amalgames qui émergent dans notre société traumatisée par ces scandales aux répercussions infinies.

Oui, j’ai mal. Pour toutes ces victimes innocentes et si longtemps méprisées. J’ai mal pour le silence complice et par trop miséricordieux de l’institution ecclésiale. J’ai mal pour cette gigantesque souillure dans l’Eglise du Christ.

Et j’ai mal aussi pour tous les prêtres honnêtes, désireux de bénir saintement les enfants, comme Jésus lui-même l’a fait, et qui sont désormais écrasés par le poids de la suspicion.
Je tenais à le dire aujourd’hui.
En demeurant fidèle envers et contre tout à l’Eglise de mon baptême.

Image : La Fête-Dieu       Alexandre Antigna  XIXe      Musée des Augustins, Toulouse

La nuit, au cours d’une vision, moi, Daniel, je regardais : des trônes furent disposés, et un Vieillard prit place ; son habit était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête, comme de la laine immaculée ; son trône était fait de flammes de feu, avec des roues de feu ardent.
Un fleuve de feu coulait, qui jaillissait devant lui. Des milliers de milliers le servaient, des myriades de myriades se tenaient devant lui. Le tribunal prit place et l’on ouvrit des livres.
Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui.
Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

Livre de Daniel 7,9-10.13-14
Textes liturgiques©AELF

Le Livre de Daniel, dans cette vision, est un vif encouragement à croire en la messianité de Jésus, qui a toujours été identifié ici par les chrétiens avec ce personnage « comme un Fils d’homme » se présentant devant Dieu le Père pour recevoir de Lui la royauté éternelle. Et tout naturellement, l’Eglise nous le donne à lire et à méditer en même temps que l’Evangile de la Transfiguration (Marc 9, 2-10) que nous fêtons aujourd’hui. Il est frappant de faire le parallèle entre la blancheur de l’habit du « Vieillard » et celle des vêtements de Jésus en Marc 9, 3 :
Ses vêtements devinrent resplendissants,
d’une blancheur telle
que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.

A partir de ces deux lectures, je voudrais nous amener à méditer, pour une fois, non pas sur la ressemblance en toute chose de Jésus avec les hommes, ses frères en humanité, mais surtout sur sa différence d’avec eux, comme il est précisé quand nous professons « en toute chose, à l’exception du péché. » Jésus transfiguré de son apparence habituelle apparaît resplendissant de blancheur, symbole de pureté, comme Dieu le Père lui-même. Matthieu précise « Son visage devint brillant comme le soleil » (Matthieu 17, 2). Il est important de nous souvenir que la transfiguration de Jésus a eu lieu avant sa mort et sa résurrection quand il était encore pleinement dans sa chair d’homme vivant parmi les hommes. Or, je pose la question : y a-t-il un seul saint, et même Marie sa mère, qui soit apparu « transfiguré » à un témoin de son vivant parmi les hommes? Je crois pouvoir affirmer que non. Des mystiques ont eu des visions du Seigneur Jésus, de Marie ou d’autres saints, mais c’était après leur mort, dans leur apparence de ressuscités à la suite du Christ. Ils les ont vu resplendissants, certes, mais alors que ceux-ci étaient déjà dans la gloire du Ciel.

Ce qui m’amène à souligner la différence radicale de Jésus d’avec le commun des mortels. Jésus a en sa nature profonde quelque chose qui le différencie de tous les autres enfants de la terre, il est « comme un fils d’homme », nous dit Daniel, le « comme » étant important. C’est sans doute par humilité que Jésus s’est souvent nommé lui-même « le Fils de l’homme », lui qui justement ne l’est pas : il est bien le seul de toute l’humanité à n’avoir pas eu de géniteur masculin. Jésus est fils de Marie, oui, pleinement, mais son Père est le Père de la Trinité sainte, Dieu éternel lui-même. Je précise au passage que je crois profondément à l’évolution des espèces, et non au modelage d’Adam avec de la glaise par Dieu. Adam pourrait être le premier homme à avoir eu la révélation et la crainte de Dieu, mais certainement pas le premier homo sapiens sapiens, qui procède d’une très longue évolution de l’hominidé vers l’homme de notre ère. Je prends la Genèse très au sérieux, mais comme un enseignement sur la relation de l’homme et de la femme entre eux et avec le Dieu unique, pas comme un descriptif scientifique de l’apparition de la vie sur la terre.

Revenons à Jésus, Fils de Dieu de sexe masculin, et pourtant radicalement différent de ses frères en humanité : incapable de pécher par nature et par volonté profonde, ce que mes frères humains m’accorderont, je l’espère, comme étant tout à fait unique dans l’espèce humaine et en particulier dans le genre masculin si prompt à laisser libre cours à ses pulsions de domination, de conquête, de violence physique, d’action autoritaire sur les êtres et sur le monde. Observons Jésus doux et humble de cœur et nous aurons l’image de l’homme parfait dépourvu de son péché que je qualifierais de « congénital ».

Je pose alors à chacun la question qui baigne toute ma vie de prière depuis une vingtaine d’années: d’où vient que Jésus, né d’une femme, soit si différent de ses frères en humanité qui ne cheminent que péniblement, au long de toute une vie, par grâce et par volonté, vers la sainteté ? L’Eglise a insisté à l’extrême sur la virginité de sa mère à sa conception. Certes ! Mais ce n’est pas l’hymen intact de Marie après sa conception qui rend Jésus saint. Marie, qui n’a pas été une mère porteuse, a donné à l’enfant de sa chair ce que toute femme lui donne quand elle enfante un garçon ou une fille : un patrimoine génétique à chromosome sexuel X. Et dites-moi à présent, que pensez-vous que Jésus ait reçu de Dieu son Père ? Dieu le Père serait-il masculin pour avoir transmis à cet enfant ce chromosome sexuel en forme de fronde de David, le Y ?

Eh bien moi, je ne le pense pas. Je sais qu’en cela, je me trouve en porte-à-faux avec toute l’Eglise, et je l’assume désormais. Je pense que Jésus a dès sa conception un patrimoine génétique différent de celui de tous ses frères en humanité – Adam compris. Nous autres femmes sommes toutes de patrimoine génétique sexuel XX – Marie mère de Jésus aussi. Quant à Jésus, nous pouvons penser qu’il ait reçu de son Père quelque chose d’inédit dans l’histoire de l’humanité, appelons-le  Ω  « Moi je suis l’alpha et l’oméga », Apocalypse 22, 13.

Jésus serait ainsi de patrimoine génétique sexuel  XΩ , rendu par là-même incapable de pécher par concupiscence, saint, immaculé, capable de transfiguration et de résurrection.

C’est ce que je crois très profondément, après vingt années d’oraison intense et de très forte proximité avec Notre Seigneur que j’aime infiniment, Lui le seul parfaitement Juste et absolument sans péché.