Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

En ce temps-là,
comme Jésus était dans une maison,
arrivent sa mère et ses frères.
Restant au-dehors, ils le font appeler.
Une foule était assise autour de lui ;
et on lui dit :
« Voici que ta mère et tes frères sont là dehors :
ils te cherchent. »
Mais il leur répond :
« Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? »
Et parcourant du regard
ceux qui étaient assis en cercle autour de lui,
il dit :
« Voici ma mère et mes frères.
Celui qui fait la volonté de Dieu,
celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »

Marc 3, 31-35
Textes liturgiques©AELF

Je me suis déjà exprimée, sur ce site, au sujet de cet extrait de l’Evangile de Marc. Mais il n’est pas inutile d’y revenir, surtout en tant que catholique, pour sortir des commentaires un peu lénifiants dans notre Eglise, toujours plutôt gênée par ces versets qu’elle se réserve le droit de commenter exclusivement en ses ministres ordonnés pour bien enfoncer le clou catholique : les frères de Jésus ne sont pas ses frères (quelle idée n’est-ce pas ?) mais ses voisins ou ses cousins, et la Vierge Marie sa mère étant la première et la meilleure de toutes ses disciples, il ne saurait s’agir dans ces versets d’une prise de distance de Jésus avec sa famille. Consultez des homélies catholiques sur cet extrait d’évangile, et neuf fois sur dix, on vous servira cette catéchèse qui a en outre le mérite de noyer un peu le poisson soulevé quelques versets plus haut :

Les gens de chez lui, l’apprenant, vinrent pour se saisir de lui, car ils affirmaient : « Il a perdu la tête. »
Marc 3, 21

Sur ce verset-là aussi, on prêche pieusement que Marie et les « voisins et cousins » de Jésus ont craint pour son bien-être car il était tellement occupé qu’il ne trouvait plus le temps de manger. Plutôt la soupe familiale que le surmenage du bon Jésus, et l’honneur de ses proches est sauf. Admettre encore et encore qu’en toutes circonstances, ceux-là ne lui auraient voulu que du bien.

Eh bien, si Jésus se montre ici dénutri, moi aussi, comme catholique abreuvée de ce style de commentaires, je reste sur ma faim.
Car enfin, être soupçonné par ses proches d’avoir perdu la tête n’est pas tout à fait la même chose que de leur inspirer des inquiétudes pour sa satiété.
Prêcher le Royaume de Dieu à des foules rassemblées autour de soi en suscitant ainsi l’envie de ses proches de se faire rapatrier d’urgence à la maison n’est pas tout à fait un signe de docilité à la volonté du Père et à l’Esprit Saint pour ces empêcheurs d’annoncer la Bonne Nouvelle aux foules. (suite…)

Il y eut un combat dans le ciel: celui de Michel et de ses anges contre le Dragon. Le Dragon, lui aussi, combattait avec l’aide des siens, mais ils furent les moins forts et perdirent leur place dans le ciel. Oui, il fut rejeté, le grand Dragon, le serpent des premiers jours, celui qu’on nomme Démon et Satan, celui qui égarait le monde entier. Il fut jeté sur la terre, et ses anges avec lui.
Alors j’entendis dans le ciel une voix puissante, qui proclamait : «Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ ! Car l’accusateur de nos frères a été rejeté, lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu. Et eux, ils l’ont vaincu par le sang de l’Agneau et le témoignage de leur parole. Dépassant l’amour d’eux-mêmes, ils sont allés jusqu’à la mort. Ciel, sois donc dans la joie, ainsi que vous tous qui demeurez aux cieux.»

Apocalypse de saint Jean (12, 7-12a)

 

Tiens, j’ai lu souvent l’Apocalypse mais je n’avais pas relevé jusqu’à ce matin qu’elle confirme profondément ce que je reçois dans ma prière et que je crois : la terre où nous vivons est bien pour le moment le repaire du Dragon, du serpent des origines, de Satan en qui tant de nos contemporains ne croient pas, et qui pourtant est bien à l’œuvre pour nous persécuter – et notamment les femmes comme le dit la suite du chapitre 12 – ce Diviseur à l’assaut de nos âmes données au Christ qui agit en personne pour nous perdre spirituellement, ou dans nos persécuteurs qui lui ont fait bonne place en eux en se laissant dominer par toutes leurs pulsions les plus malsaines. Le diable est le grand ami de l’homme qui entend vivre selon ses propres pulsions quasi animales, que ce soit la violence, le désir sexuel non conditionné à l’amour, l’instinct de domination, l’esprit belliqueux, le mensonge et le déni de ses responsabilités, l’esprit mafieux à l’œuvre jusque dans l’Eglise quand elle pratique l’omerta sur tout ce que ses ordonnés peuvent engendrer comme souffrance en autrui. Ne soyons pas naïfs : il ne suffit pas d’une chasuble, d’une mitre ou d’une barrette et d’un peu d’eau bénite quand le Mauvais est en soi, dans son orgueil et son carriérisme, prêt à persécuter qui viendra en travers de son chemin d’ambition cléricale. (suite…)

En ce temps-là, Hérode, qui était au pouvoir en Galilée, entendit parler de tout ce qui se passait et il ne savait que penser. En effet, certains disaient que Jean le Baptiste était ressuscité d’entre les morts.
D’autres disaient : « C’est le prophète Élie qui est apparu. » D’autres encore : « C’est un prophète d’autrefois qui est ressuscité. »
Quant à Hérode, il disait : « Jean, je l’ai fait décapiter. Mais qui est cet homme dont j’entends dire de telles choses ? » Et il cherchait à le voir.

Luc 9, 7-9
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

 

En méditant cet évangile ce matin, je me pose cette simple question : si le Christ était concrètement au milieu de nous de nos jours, les grands de ce monde entendraient-ils parler de lui? Ses faits et gestes, sa parole parviendraient-ils jusqu’aux dirigeants de sa nation ? De qui ceux-ci entendent-ils parler, et de quels faits s’étonnent-ils ou s’émerveillent-ils ?

Arrêtons-nous à notre pays. Avec la laïcité dure en vogue, il est fort probable que nos dirigeants balaieraient d’un revers de la main des faits positifs émanant d’une sensibilité religieuse particulière. Par souci de ne pas indisposer les autres croyants mais aussi avant tout par indifférence. Le beau et le bon qui peuvent émaner d’une religion n’intéressent guère dans ce pays. On ne se penche sur un culte donné qu’en cas d’événement médiatique négatif ou dramatique : obstruction faite à une œuvre attaquant une croyance, manifestations partisanes, prise de parole officielle s’opposant à une loi de la République, et, plus tragiquement terrorisme. C’est d’ailleurs cette image-là des religions qu’acquièrent dans notre pays les personnes indifférentes à Dieu dans leur vie personnelle.

J’en reviens au Christ présent au milieu de nous à l’époque contemporaine. Qui s’y intéresserait ? Il serait humble, ne solliciterait pas les médias et accomplirait peut-être quelques miracles, mais à l’heure de la science toute-puissante, cela ne lui permettrait pas de percer le mur de l’indifférence. Il y a bien quelques miracles à Lourdes, et nos contemporains français s’en moquent éperdument, les mettant sur le compte de l’hystérie ou de la mystification. Le Christ pourrait prêcher son Evangile de nos jours, peu de monde s’en soucierait, et d’ailleurs nos chers prélats catholiques s’indigneraient de ses prises de distance avec la doctrine et le dogme et seraient pour le coup les premiers à le persécuter. Ils feraient tout pour le faire taire, ou emprisonner, ou interner, dans l’indifférence des pouvoirs publics qui considéreraient ces différends comme un problème interne à l’Eglise. (suite…)

Frères, recherchez avec ardeur les dons les plus grands. Et maintenant, je vais vous indiquer le chemin par excellence.
J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.
J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.
J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.
L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ;
il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ;
il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;
il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.
L’amour ne passera jamais. Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée.
En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles.
Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé.
Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant.
Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu.
Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité.

1 Corinthiens 12, 31 – 13, 1-13

Ah, ce bel hymne à l’amour-charité de l’Apôtre Paul ! Ce bel hymne qui nous pousse à dépasser nos torpeurs en matière de foi, de relation à Dieu et au prochain ! Cette page qui est une des plus belles que Paul ait écrite !
Elle s’appauvrit cependant dans notre langue, faute d’avoir un mot adéquat pour traduire le mot grec agapê. Ce mot signifiant : amour fraternel, affection, bonne volonté, bienveillance… , qui est ici traduit faute de mieux par amour ou charité. Etant donnés les champs sémantiques que recouvrent les mots amour et charité en français, le lecteur de l’extrait biblique du jour peut être induit en erreur.

Par charité, nous entendons souvent les bonnes œuvres. Et avec le mot amour, impossible de ne pas penser en français à l’amour conjugal. C’est là qu’il y a un risque de glissement de sens dont certains prédicateurs pourtant ne se privent pas. Pensons au poids d’injonctions à la soumission quand ce texte est lu dans les cérémonies de mariages !

L’amour supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.

Quelle feuille de route pour des mariés, et notamment pour les jeunes femmes !
Or elles épousent un homme et non pas Dieu, et il est abusif de leur prescrire de tout supporter – jusqu’au mensonge ? –  de faire confiance en tout – jusqu’aux projets contestables ? – de tout espérer – jusqu’à changer de mauvaises inclinations en profondeur ? – de tout endurer – également les coups, les adultères, l’ingérence de la belle-famille, la violence verbale et psychologique ?

On peut trouver magnifique l’hymne à l’amour de Paul, mais il faut raison garder et se souvenir que les êtres humains ne sont ni Dieu, ni le Christ, et qu’à trop vouloir mettre en application ces conseils notamment dans le mariage, on peut aller vers un martyre inutile voire sa perte. Il y a toujours une dissymétrie de foi et de compréhension de Ecritures entre deux partenaires, fussent-ils mariés. Et quand l’un des deux se sert de la foi et de la soumission de l’autre pour le dominer plus encore et lui imposer le mal, il y a péril en la demeure.

Alors, cher Paul, quand tu dis « L’amour endure tout », que ce soit bien l’agapê qui nous lie à Dieu et au prochain, dont, dans la foi, nous pouvons tout endurer moralement et spirituellement, mais que ta recommandation ne soit pas prescrite à un(e) époux(se) malmené(e) !

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame :
« Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Philippiens 2, 6-11

Cet extrait de l’Epître aux Philippiens est si beau qu’on n’en aura jamais épuisé la richesse. Il nous révèle Jésus ayant la condition de Dieu, si d’aucuns doutaient encore qu’il soit vraiment son Fils. Cette conscience d’être le Fils de Dieu, de rang égal à Lui, est sans doute venue à Jésus progressivement au cours de sa vie cachée à Nazareth. Il a dû interroger et interroger encore les Ecritures et son Père dans la prière afin de comprendre qui il était, lui qui a toujours dû se sentir différent de ses frères et des autres hommes de son entourage. Etre sans péché, ce n’est pas banal quand on est un homme ! Toute l’Ecriture, qui fait certes la part belle aux hommes dans ces temps de patriarcat extrême, nous décrit des hommes en proie au péché, depuis Caïn qui tue son frère Abel par jalousie jusqu’à Hérode qui fait assassiner les nourrissons d’âge proche de celui de Jésus, en passant par David qui fait abattre à la guerre le mari de la femme de sa convoitise. Aucun homme de la Bible n’est épargné, pas même Abraham qui se sert de la servante de sa femme pour devenir père ni Joseph qui envisage de répudier Marie faute de la croire vraiment enceinte par un profond mystère divin. Le péché, ce dénominateur commun de tous les hommes depuis Adam n’affecte pas Jésus, et lui seul, dans son identité masculine.

C’est pourquoi je pense que Paul a profondément raison quand il souligne que Jésus était « reconnu homme à son aspect ». Oui, à son aspect ; il a pris chair de Marie sans géniteur masculin et Dieu son Père a dû lui procurer une apparence masculine pour qu’il ne soit pas lapidé dans cette société-là aussitôt qu’il aurait pris la parole. Jamais les hommes de ce temps n’auraient accepté de recevoir quoi que ce soit de Jésus s’ils n’avaient pu l’identifier comme étant des leurs.

Apparence masculine donc pour Jésus. Mais aucun homme autre que lui n’aurait pu faire preuve d’une telle humilité, occultant au maximum le fait qu’il soit Fils de Dieu et différent de tous. Aucun homme autre que lui n’aurait pu s’abaisser avec autant d’abnégation vers son inéluctable passion, se laisser condamner à mort et crucifier en ne dispensant que quelques rares paroles de vérité jusqu’à rendre l’esprit ; pas un mot de révolte ni de tentative de se justifier.

Alors aujourd’hui, il nous est offert en modèle, lui qui nous a donné l’exemple en toutes choses. Près du Père, il prend en pitié les pécheurs si différents de lui, mais aussi de manière éminente les victimes d’injustice comme lui-même l’a été. Et en ayant pris la condition de serviteur, il a aussi voulu rejoindre au plus près tant de femmes qui ne sont que la servante d’un mari, d’un père, d’un frère, d’un beau-père, d’un système économique aussi qui les broie et dénie leur humanité. Jésus s’est fait infiniment proche d’elles toutes, en renonçant sa vie durant à toutes ses prérogatives masculines. C’est pourquoi il nous est si naturel, à nous femmes, de l’aimer infiniment.