Site de Véronique Belen
Header

Méditations bibliques

Toute Sagesse vient du Seigneur, et demeure auprès de lui pour toujours.
Le sable des mers, les gouttes de la pluie, et les jours de l’éternité, qui pourra en faire le compte ?
La hauteur du ciel, l’étendue de la terre, la profondeur de l’abîme, qui pourra les évaluer ?
Avant toute chose fut créée la sagesse ; et depuis toujours, la profondeur de l’intelligence.
La source de la sagesse, c’est la parole de Dieu au plus haut des cieux. Ses chemins sont les commandements éternels.
La racine de la sagesse, qui en a eu la révélation, et ses subtilités, qui en a eu la connaissance ?
La science de la sagesse, à qui fut-elle manifestée, et qui a profité de sa grande expérience ?
Il n’y a qu’un seul être sage et très redoutable, celui qui siège sur son trône. C’est le Seigneur,
lui qui a créé la sagesse ; il l’a vue et mesurée, il l’a répandue sur toutes ses œuvres,
parmi tous les vivants, dans la diversité de ses dons, et ceux qui aiment Dieu en ont été comblés.

Livre de Ben Sira 1, 1-10

Je suis loin d’apprécier tout le Livre de Ben Sira (appelé encore Ecclésiastique). La première fois que je l’ai lu, je ressentais même de la colère que le Concile de Trente l’ait rendu canonique. Il y a dans ces pages des mentions relatives aux femmes qui sont proprement scandaleuses (chapitres 9, 22, 25, 26 et 36 par exemple). La femme y est d’ailleurs toujours un personnage secondaire, possession d’un père ou d’un mari, et non pas personne à part entière susceptible en outre de lire un jour ces lignes et d’en penser quelque chose ! Beaucoup de misogynie, donc, dans ce livre, après la lecture duquel on ne devrait jamais avoir à prononcer à l’ambon les mots « Parole du Seigneur ». Ce sont les mots de Ben Sira, inspiré par l’Esprit dans certains chapitres, et dans d’autres, bassement humain et patriarcal.

Cela étant dit, j’aime assez certains passages qui évoquent la sagesse, tout comme j’apprécie le Livre de la Sagesse. Ben Sira, à plusieurs reprises, semble ne pas prendre lui-même la mesure de ce qu’il avance. A-t-il saisi d’où lui venait le besoin de parler de la sagesse au féminin ?

Je suis toujours étonnée que l’Eglise catholique ait pris le parti de considérer Jésus comme la « personnification de la Sagesse ». Jésus est le Verbe de Dieu, c’est-à-dire sa Parole donnée aux habitants de la terre, mais pourquoi ne pas voir la Sagesse comme son vis-à-vis féminin, que lui a véritablement connue, fréquentée, comprise, assimilée ? Dire que Jésus est la personnification de la Sagesse, c’est un peu comme dire que Jésus est à la fois l’Epoux et l’Epouse, à la fois Salomon et celle qu’il demande à Dieu dans un grand désir, à la fois le Bien-Aimé et la Bien-Aimée du Cantique des cantiques ! Cela finit pas ne plus avoir beaucoup de sens…

C’est bien plus cohérent et beau de voir en notre Dieu Trinité les trois Personnes qu’Il représente : Lui-même, créateur absolu, et ses deux engendrés : le Verbe, et la Sagesse. Nous connaissons désormais bien le Verbe. A chacun de la découvrir, elle, la Sagesse.

L’Écriture dit : ‘Le premier homme, Adam, devint un être vivant’ ; le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel qui donne la vie.
Ce qui vient d’abord, ce n’est pas le spirituel, mais le physique ; ensuite seulement vient le spirituel.
Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel.
Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel.
Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel.

1 Corinthiens 15,45-49
Textes liturgiques©AELF

Il est intéressant de relever, dans cet extrait de la première Epître aux Corinthiens, que Paul emploie, quant au fait que l’homme soit pétri d’argile, le présent. Et quant à l’homme configuré au Christ, le futur. Nuance importante. Oui, bien sûr, le Christ Jésus n’est pas pétri d’argile, autrement dit n’a pas en lui le péché « congénital » de l’homme, lui qui est né d’une femme et de Dieu. Et il est absolument seul homme incarné dans un temps donné à être dans ce cas.
Le « corps spirituel » de l’homme est pour après sa mort, ou après le retour du Christ en Gloire.
Examinons même la doctrine catholique : un seul homme est monté au ciel sans avoir connu la corruption de son corps mis à mort : le Christ Jésus.
Et une seule femme : Marie sa mère, en son Assomption – ou Dormition.
Jésus, lui qui est né de Dieu et d’une femme.
Marie, elle qui est née femme d’un couple ordinaire.
Tous deux sont montés aux Cieux sans que leur corps terrestre n’ait connu la corruption. Et comme catholique, je confesse qu’ils sont en outre les seuls à apparaître – rarement – en ces corps glorieux : Marie à Lourdes, à la rue du Bac à Paris… Jésus selon les Ecritures et des témoignages de saints en différents lieux. Ils n’apparaissent pas comme des hologrammes, mais avec leurs corps désormais glorieux. Thomas a touché de ses doigts les plaies du Christ ressuscité. Catherine Labouré, à la rue du Bac, a pu poser ses mains sur les genoux de Marie.

J’insiste sur cette dimension simplement pour souligner qu’aucun homme ici bas, fût-il baptisé, n’est débarrassé du « vieil homme » qui est sa condition première. Pécheur il est constitué, corps spirituel inapte à pécher il ne sera qu’à la résurrection ou aux temps eschatologiques. Que chaque homme chrétien s’examine : croit-il qu’il est sauvé du péché une fois pour toutes ? Certainement non ! L’homme a à se convertir chaque jour pour ne pas se laisser aller à ses pulsions naturelles qui l’enjoignent à pécher : orgueil, volonté de domination sur autrui, croyance en sa supériorité dans le genre humain, pulsions de violence, désir de ne pas « perdre la face », pulsions sexuelles égoïstes voire abus…

J’ai parlé ici de l’homme masculin. Oui.
Parce que Marie est une femme née comme toute femme, de l’union d’un couple, et pas comme son Fils né de Dieu et d’elle-même, sans géniteur masculin.
Or Marie, tout comme Eve, n’est pas, elle « tirée de la glaise » mais déjà du vivant. Marie, comme toute femme, n’a pas inscrites en elle, profondément dans sa chair, ces pulsions qui poussent à pécher et qui caractérisent nos frères en humanité. Marie n’a sans doute en outre, par grâce, jamais péché par envie ou imitation de ses contemporains.

Soyons donc réconciliées avec notre nature profonde, nous femmes qui, comme Marie, ne sommes pas soumises à l’intérieur de nous-mêmes  aux pulsions masculines si destructrices dans notre monde depuis la nuit des temps, dont seul le Christ Jésus a été épargné dès son incarnation.

Image : Jan Brueghel de Velours (1568 – 1625)   Adam et les animaux de la création

En ce temps-là, Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »

Matthieu 16,13-19
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Un extrait d’Evangile que l’on ose à peine lire en ces temps si troublés pour l’Eglise catholique romaine… Jésus, dans son humilité et sa discrétion habituelles, ne développe pas la révélation que Pierre a eue par grâce : Il est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Jésus, plutôt, se penche avec reconnaissance sur son ami fidèle, et lui promet de lui confier sa postérité, à lui et à ses successeurs, quand il aura rejoint le Père pour siéger à sa droite tout le temps de l’Eglise terrestre.
Jésus se doutait-il à ce moment-là que les successeurs de Pierre et des autres disciples ne retiendraient sa promesse parfois qu’à leur profit personnel, en en faisant un instrument de pouvoir sur les baptisés plutôt que de service aux humbles brebis du Seigneur ?
Je ne vais pas en rajouter encore sur tout ce qui se dit et se lit ces derniers jours sur l’indignité de cette Eglise en son fonctionnement clérical et opaque. Tant d’autres le font que j’en ai déjà la nausée, bien que, je le sais, ce soit œuvre utile de dénoncer les abus de toutes sortes de la part d’une fraction du clergé. Mais je demeure fidèle à l’Eglise de mon baptême malgré tout, car je sais que beaucoup n’ont pas démérité, que les humbles brebis sont là par pur amour du Christ, et que, j’ose le redire, cette Eglise-là est la seule qui puisse me donner le Corps du Christ qui me comble de joie, de paix et de bénédictions à chaque eucharistie.

J’avais en fait envie de raconter tout à fait autre chose au sujet de cet évangile. (suite…)

L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait,
rempli de sagesse,
et la grâce de Dieu était sur lui.

Luc 2, 40

En cette belle fête de la présentation de l’enfant Jésus au Temple – dont nos contemporains ne retiennent que les traditions culinaires de la Chandeleur – je médite ces derniers versets de la lecture du jour.
Jésus a été reconnu comme Messie par le vieillard Syméon qui l’attendait secrètement par révélation du Seigneur, et une femme très âgée et pieuse, Anne de Phanuel, se répand en louanges à Dieu après cette rencontre avec un tout petit enfant. Ils se sont décentrés d’eux-mêmes pour accepter de reconnaître la grâce reposant sur cet enfant-là, et l’avoir vu et touché suffit à remplir leurs cœurs d’allégresse. C’est d’autant plus remarquable qu’ils sont très âgés tous les deux, mais prêts à reconnaître en un tout-petit une grâce qui les dépasse et les comble d’espérance pour leur peuple, même si eux-mêmes, proches de la mort, n’en seront plus les témoins quotidiens. Syméon nous donne alors son merveilleux cantique :

« Maintenant, ô Maître souverain,
tu peux laisser ton serviteur s’en aller
en paix, selon ta parole.
Car mes yeux ont vu le salut
que tu préparais à la face des peuples :
lumière qui se révèle aux nations
et donne gloire à ton peuple Israël. »

Luc 2, 29-32

Que de paix, de sérénité, de sagesse aboutie dans ces paroles ! (suite…)

En ces jours-là, Paul dit au peuple : « Je suis Juif, né à Tarse en Cilicie, mais élevé ici dans cette ville, où, à l’école de Gamaliel, j’ai reçu une éducation strictement conforme à la Loi de nos pères ; j’avais pour Dieu une ardeur jalouse, comme vous tous aujourd’hui.
J’ai persécuté à mort ceux qui suivent le Chemin du Seigneur Jésus ; j’arrêtais hommes et femmes, et les jetais en prison ;
le grand prêtre et tout le collège des Anciens peuvent en témoigner. Ces derniers m’avaient donné des lettres pour nos frères de Damas où je me rendais : je devais ramener à Jérusalem, ceux de là-bas, enchaînés, pour qu’ils subissent leur châtiment.
Donc, comme j’étais en route et que j’approchais de Damas, soudain vers midi, une grande lumière venant du ciel m’enveloppa de sa clarté.
Je tombai sur le sol, et j’entendis une voix me dire : “Saul, Saul, pourquoi me persécuter ?”
Et moi je répondis : “Qui es-tu, Seigneur ? – Je suis Jésus le Nazaréen, celui que tu persécutes.”
Ceux qui étaient avec moi virent la lumière, mais n’entendirent pas la voix de celui qui me parlait.
Alors je dis : “Que dois-je faire, Seigneur ?” Le Seigneur me répondit : “Relève-toi, va jusqu’à Damas ; et là on te dira tout ce qu’il t’est prescrit de faire.”
Comme je n’y voyais plus rien, à cause de l’éclat de cette lumière, je me rendis à Damas, conduit par la main de mes compagnons.
Or, Ananie, un homme religieux selon la Loi, à qui tous les Juifs résidant là rendaient un bon témoignage,
vint se placer près de moi et me dit : “Saul, mon frère, retrouve la vue.” Et moi, au même instant, je retrouvai la vue, et je le vis.
Il me dit encore : “Le Dieu de nos pères t’a destiné à connaître sa volonté, à voir celui qui est le Juste et à entendre la voix qui sort de sa bouche.
Car tu seras pour lui, devant tous les hommes, le témoin de ce que tu as vu et entendu.
Et maintenant, pourquoi tarder ? Lève-toi et reçois le baptême, sois lavé de tes péchés en invoquant son nom.” »

Actes des Apôtres 22,3-16
Textes liturgiques©AELF

Il est bon de relire et de méditer ces lignes en ce jour où nous fêtons la conversion de l’apôtre Paul. On ne soulignera jamais assez que lui, qui était un ennemi éminent des tout premiers chrétiens, a été retourné comme un gant par le Seigneur et est devenu le plus ardent évangélisateur du premier siècle du christianisme. Nous qui étions en germe en terre païenne dans ce siècle-là, que ne devons-nous pas à l’apôtre Paul !

Et pourtant, vingt siècles plus tard, je trouve personnellement que les églises chrétiennes se sont progressivement  sclérosées autour de sa parole et de sa mémoire, comme si on ne pouvait plus rien ajouter ni retrancher à ce que Paul a dit et fait. C’est ainsi que l’Eglise catholique conçoit encore et toujours comme indiscutable un gouvernement ecclésial exclusivement masculin, que les églises évangéliques se retranchent derrière les propos de Paul pour tout ce qui concerne la place des femmes dans le couple et la famille, et que les églises protestantes demeurent souvent crispées sur la lettre comme si les faits et propos de Paul, inscrits dans la Bible, étaient désormais intouchables. (suite…)