De toute ma vie, je n’ai jamais eu l’habitude d’être servie. Devoir assumer soi-même presque tout dans son quotidien, cela forge une personnalité. On y gagne en indépendance, en estime de soi aussi je crois, même s’il n’y a rien de glorieux à faire son ménage, son jardin et ses courses. Il reste la satisfaction d’avoir accompli son devoir, et peut-être un peu plus.
J’ai aussi un métier qui ne se monnaye pas. Le service est rendu aux enfants de la nation, la nation le rémunère. Je crois que j’aime le fait d’agir ainsi gratuitement à l’égard de ceux qui bénéficient de mon labeur. Ce n’est pas parce qu’ils me paient que je me donne du mal pour eux. Non, c’est plus par amour et par sens du devoir. Pour leur bien et pour leur avenir. Et s’ils peuvent être un peu heureux à mon contact, c’est encore plus gratifiant.
Cependant, ces jours-ci, on travaille pour moi et j’observe. Une manne céleste, et je peux enfin finaliser les abords de ma maison, en souffrance depuis vingt ans. Je regarde et je me réjouis. Trois hommes dévoués, travailleurs et soigneux, qui s’activent tout autour de ma demeure du lever du jour au coucher du soleil. Il faut de la force physique, du courage, de la patience et un regard d’artiste. Voir le beau qui va naître au-delà des gravats. Détruire le laid, enlever, creuser, combler, niveler puis garnir. Avancer vite, puis s’attarder pour fignoler. Tous les jours, en rentrant du travail, je suis comme une petite fille qui découvrirait son sapin de Noël. Ils ont déjà fait tout cela ! Hier les cailloux et la boue, aujourd’hui des pavés bien alignés. Je suis en admiration devant leur zèle et leur habileté. Là où je n’arrivais même pas à imaginer comment se feraient les choses, elles se réalisent en moins de temps qu’ils n’en faut pour le dire. Heure par heure, tout s’embellit. Et quand on vient frapper à ma porte pour poser une question, c’est avec le sourire. Pas une demande inopportune de toute la journée. Je les vois affairés, à la fois forts et méticuleux.
Alors, même si tout n’est pas encore achevé et qu’il leur reste les finitions qui donneront à la maison un petit air de propre et de neuf, je suis déjà émerveillée par tant de bonne volonté et de talent. Et j’ai envie de rendre hommage à ces compagnons de quelques jours dont l’ouvrage me met déjà en joie, et pour très longtemps encore…

2 commentaires
Quel travail d’orfèvre (ma maman aurait dit “de bonne sœur à la retraite” !) que ces jolis pavés positionnés avec soin ! Quelle joie que tu puisses enfin profiter d’une terrasse lisse, plane et belle ; je me réjouis pour toi et rends grâce avec toi pour le travail des artisans. Laure
Merci Laure ! Je t’ai envoyé un mail à tes deux adresses mais ils me reviennent…