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Les « oui » féminins de tous les jours

25 mars 2021 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Par ce billet, je ne veux aucunement minimiser le « Oui » de Marie à l’incarnation du Verbe de Dieu en son sein que nous commémorons aujourd’hui en la fête de l’Annonciation. Cet événement fondateur de la foi chrétienne nous rend redevables à jamais à Marie pour son ouverture spirituelle et corporelle au projet divin. Je suis de ces chrétiens qui ne fléchiront jamais à affirmer que Jésus est bien le Fils de Dieu et qu’il n’a eu aucun géniteur masculin.

Je voudrais plutôt interpeller les catholiques et en particulier les hommes d’Eglise qui se gargarisent de la sainteté insurpassable de Marie en restant souvent aveugles à l’abnégation de leurs sœurs en humanité – passées ou leurs contemporaines – au quotidien depuis la nuit des temps. Le culte à Marie reste encore bien trop souvent l’occasion masquée de passer sous silence voire de mépriser les mérites de toutes les autres femmes.

Car à bien y regarder en tant que femme, on peut mettre en évidence quantités de « Oui » que nous avons à formuler tacitement depuis l’enfance.

Naître fille, dans bien des cultures, c’est encore dire oui à la disgrâce de ne pas être, aux yeux de l’entourage, un petit mâle. Et ne nous voilons pas la face : même dans notre société, qui n’a jamais entendu parler de la « fierté » d’avoir mis au monde un garçon, d’avoir engendré un garçon en tant que mère, en tant que père ? Quel choix de sexe posent les parents dans ce pays où il est recommandé d’avoir un seul enfant ? Vont-ils avorter du garçon au profit d’une fille ?

La fillette grandira dans la nécessité du oui aux quolibets de ses pairs masculins : « Je ne veux pas mettre ça, ça fait fille !  » « Mais maîtresse, on veut jouer au foot entre garçons !  » Rires satisfaits pendant les leçons de grammaire, quand ils apprennent que « Le masculin l’emporte sur le féminin » et humiliation généralisée des filles. Que dire simplement de l’expression « C’est un garçon manqué » ? Qui a jamais dit d’un garçon : « C’est une fille manquée » ? On dira : « Il est efféminé », ce qui est péjoratif par le seul fait d’évoquer la féminité, alors que le garçon non « manqué » est tout simplement un garçon.

Pubère, la fille aura à acquiescer à la restriction de liberté quelle que soit sa culture, car, seule, on peut toujours être violée au détour d’un chemin mal famé.

Femme, elle dit oui aux désagréments voire pathologies de la grossesse et de l’accouchement, et si elle fait le beau choix d’allaiter, les nuits sacrifiées pendant plusieurs semaines seront pour elle.

Professionnellement, à qualifications égales, elle est encore, même dans notre pays, lésée d’un salaire moindre. Et si elle fait le choix généreux du congé parental pour demeurer auprès de ses enfants dans leur jeune âge, toute sa carrière et sa retraite en seront amputées au prorata des journées non concédées à une crèche ou une nourrice, elle, rémunérée pour garder ses enfants.

Les métiers de service à la personne sont majoritairement pour elle, ce qui serait finalement une belle chose si ce n’étaient aussi les plus mal rémunérés.

Dans la vie conjugale, les femmes ont presque toujours à dire oui à des maris intraitables quant à leur temps de loisirs, tandis que trop souvent, elles les consacrent encore à des tâches ménagères.

Qui prend soin des parents voire des beaux-parents âgés ? Ce sont encore, bien majoritairement, les femmes, même fatiguées par les petits ou grands désagréments de la cinquantaine.

Et que dire des femmes qui voient, à peu près à la même période, leurs conjoints s’envoler du foyer pour s’étourdir de passions post-adolescentes et dans les bras d’une autre ?

Que dire encore des femmes qui endurent une vie conjugale durant les coups psychologiques ou physiques d’un mari pervers ? Que dire de l’incompréhension d’un entourage aveugle à leurs souffrances quand elles osent enfin poser un « Non » à leur calvaire ?

Qui, statistiquement, vieillit le plus longtemps dans la solitude voire la précarité financière ?

Et quant à la vie ecclésiale et paroissiale, tout ce qu’il y a à en dire n’est que trop connu : absence de participation aux grandes orientations vaticanes et diocésaines, rôles subalternes dans nombre de paroisses, stéréotypes des services accordés prioritairement aux femmes parce qu’ils ne sont pas assez valorisants pour ces messieurs.

Alors, en cette fête de l’Annonciation, j’aimerais que l’on ne se souvienne pas seulement de la candeur et de la foi d’une toute jeune fille dont d’autres auraient pareillement pu faire preuve à sa place, mais aussi de tous ces oui féminins consentis au fil des jours et que personne ne relève, comme si c’était banal et naturel de la part de toute une moitié de l’humanité.

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