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Au sujet du dogme de l’Immaculée Conception

9 décembre 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Mon propos n’est pas d’expliciter ce qu’est la doctrine de l’Immaculée Conception. Pour en prendre connaissance, on peut se référer au Catéchisme de l’Eglise Catholique (CEC) articles 484 à 511 :

http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_P1H.HTM

D’emblée, je précise que je connais cette doctrine, que je la comprends mais aussi que je la réfute. Je n’écris pas par ignorance du dogme et du catéchisme. Je m’exprime en tant que baptisée de l’Eglise catholique et pratiquante toujours fidèle, mais néanmoins pourvue d’un libre arbitre que je revendique, et tout particulièrement sur la doctrine du péché originel et sur le dogme de l’Immaculée Conception, l’une étant profondément liée à l’autre.

Ma réflexion est le fruit de toute une vie d’intérêt pour cette question, de l’observation incessante des fillettes et des garçons, des femmes et des hommes qui m’entourent et des relations qu’ils nouent entre eux, de très nombreuses lectures sur ce sujet et enfin d’une vie d’oraison intense. Ainsi, j’ose affirmer que ce que j’écris, je l’écris sous le regard du Seigneur et après l’avoir interrogé pendant de très longues années sur cette thématique, dans la prière.

Je puis affirmer, dans la foi, que Marie est Immaculée Conception. Je crois en Lourdes et aux dires de Bernadette Soubirous en 1858, par confiance en la jeune fille simple et pure qu’elle a été. Bernadette a rapporté au curé de son village que « la Dame » lui étant apparue lui avait dit son nom « Je suis l’Immaculée Conception » ce que la jeune fille rapportera tel quel dans son patois, en disant bien au prêtre « Je suis l’Immaculée Conception » et non « Elle est l’Immaculée Conception. »
J’insiste sur ce détail, car il a à mes yeux son importance, comme nous le verrons plus loin dans mon développement.
Mettons maintenant le dogme de l’Immaculée Conception de Marie en correspondance avec des termes de la liturgie de sa fête dans l’Eglise catholique, le 8 décembre (ou le 9 décembre comme cette année 2019, le 8 étant un dimanche) :

«Seigneur, tu as préparé à ton Fils une demeure digne de lui par la conception immaculée de la Vierge ; puisque tu l’as préservée de tout péché par une grâce venant déjà de la mort de ton Fils, accorde-nous, à l’intercession de cette Mère très pure, de parvenir jusqu’à toi, purifiés, nous aussi, de tout mal.» Et encore : « Car tu as préservé la Vierge Marie de toutes les séquelles du premier péché, et tu l’as comblée de grâce pour préparer à ton Fils une mère vraiment digne de lui ; en elle, tu préfigurais l’Eglise, la fiancée sans ride, sans tache, resplendissante de beauté. Cette vierge pure devait nous donner le Sauveur, l’Agneau immaculé qui enlève nos fautes. Choisie entre toutes les femmes, elle intervient en faveur de ton peuple et demeure pour lui l’idéal de la sainteté. »(Source : Prions en Eglise).

Il apparaît ici clairement, tout comme dans le CEC, que Marie est dite « préservée du péché originel », c’est bien le sens que l’Eglise donne à ce dogme. Et ceci par une grâce « venant déjà de la mort de son Fils »… tandis qu’il n’est même pas encore conçu. Il faut avouer que le raisonnement ecclésial est tout de même alambiqué.

En parallèle, dans les lectures du jour, on nous présente Eve censée être à l’origine, avec Adam, de ce même péché originel. Nous connaissons bien ces versets (Genèse 3, 9-15, Source AELF) :

Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu donc ? » Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. » Le Seigneur reprit : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? » L’homme répondit : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. » Le Seigneur Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. » Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux et toutes les bêtes des champs. Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »

De là nous est présentée dans toute la tradition de l’Eglise Eve comme désobéissante à Dieu, qui plus est responsable de la tentation d’Adam, et Marie comme pleinement obéissante, par opposition à Eve.

Cette vision d’Eve a conduit à discréditer toutes les femmes après elle, le catéchisme dirait « jusqu’à Marie » mais dans les faits, c’est bien souvent le cas pour toutes les femmes qui ne sont pas la mère de Jésus, avant elle et aussi après elle. La dévotion mariale exacerbée à laquelle on assiste ces dernières décennies ne fait que creuser l’écart entre une Vierge Marie exempte de tout péché par grâce et n’importe quelle autre femme qui ne peut trouver pareille dignité que dans le baptême, et encore sommes-nous loin du compte dans les faits en Eglise et dans les mots qu’elle emploie, et ce même au sujet de ses baptisées ! La suspicion vis-à-vis d’une femme « ordinaire » censée être facilement tentée et intrinsèquement tentatrice demeure, même diffuse, dans les esprits, qu’ils soient chrétiens ou non.

Toujours dans la liturgie de la fête de l’Immaculée Conception, l’expression « une demeure digne de lui » pour parler du sein de Marie accueillant Jésus me choque profondément. Car cela revient à dire qu’aucune autre femme n’aurait été digne de porter en son sein le Fils de Dieu, comme si toutes étaient porteuses d’une souillure congénitale qui aurait empêché la sainteté de Jésus Christ.
De l’instant de sa conception jusque dans sa maternité, une fillette, une femme « ordinaire » est donc considérée par l’Eglise comme vecteur de péché, comme coupable de transmettre une inclination à ne pas obéir à Dieu puisque c’est là la définition du péché.
« Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère », dit le psalmiste. Psaume 50 (51)

Et de là cette compréhension fréquente, que ce soit chez le juif ou chez le chrétien, d’avoir « hérité » du péché originel par les entrailles de sa mère.
Eh bien, je voudrais souligner à quel point cette conception est injuste, et quel tort toute cette doctrine du péché originel cause aux fillettes et aux femmes depuis la nuit des temps. Car revenons enfin au Christ Jésus : aucun chrétien ne contesterait que lui est absolument sans péché, de sa conception jusqu’à sa mort en passant par sa naissance et toute sa vie. On ne trouvera jamais Jésus en défaut d’obéissance à Dieu son Père. Il exécute toute sa volonté, jusqu’à la remise de son esprit sur la croix. Il ne fait jamais preuve ni d’orgueil, ni de goût du pouvoir, ni d’envie, ni de jalousie, ni de compromission dans son intérêt personnel, ni d’instinct de domination, ni de goût pour l’argent ou la guerre, ni de mensonge, ni de dissimulation, ni de lâcheté. Jésus est absolument pur de toutes ces tentations-là. Et pourquoi ? Est-ce parce que sa mère est demeurée vierge à sa conception ? Est-ce parce que sa mère est différente des autres femmes ?

Je voudrais interroger mes lecteurs masculins en leur for intérieur : baptisés, sont-ils devenus exempts de ces tentations-là ? N’ont-ils donc aucun des défauts précités ?
Et si ce n’est pas le cas, pensent-ils que c’est parce que leur mère n’était plus vierge en les concevant, et parce qu’elle n’était pas, elle, pourvue de la grâce de l’Immaculée Conception ?

Chacun mesurera le ridicule de ce postulat. Le Christ Jésus, de fait, a une différence irréductible d’avec eux tous, tous ses frères en humanité, baptisés ou non, il est le Fils de Dieu en substance, c’est-à-dire, né de Dieu et du « Oui » d’une femme, en l’occurrence Marie, et si l’on insiste tant sur sa virginité, ce n’est pas parce qu’un hymen intact confèrerait la sainteté à l’enfant ainsi conçu, mais bien parce qu’absolument aucun homme mâle n’est intervenu dans cette conception-là. Je ne veux pas parler ici de l’acte de procréer. On pourrait très bien, de nos jours, inséminer une vierge par PMA, même une jeune baptisée la plus ingénue qui soit, on n’engendrerait pas pour autant le Christ Jésus. Pourquoi ? Parce qu’un embryon masculin ainsi obtenu aurait des gamètes mâles hérités du donneur homme, et par là-même, tout un patrimoine chromosomique masculin le portant, justement, à tous les péchés que j’ai cités plus haut.

Que savons-nous du génome du Christ Jésus ? Rien du tout justement. Il avait une apparence d’homme et se disait lui-même « le Fils de l’homme », alors qu’il est bien, de toute l’humanité, le seul à n’avoir pas de géniteur masculin. D’où aurait-il tiré orgueil, volonté de domination, instincts guerriers voire meurtriers, pulsions violentes et adultères que nous pouvons observer chez pratiquement tous les acteurs bibliques masculins de Caïn à Paul en passant par Abraham, David et même Joseph qui doute de la vertu de Marie à l’annonce de sa grossesse et envisage de la répudier dans un premier temps ?

Jésus est exempt de ces péchés parce qu’il n’a pas d’hérédité masculine et non pas parce que sa mère aurait été préservée du péché « par grâce ».
Par là, je veux dire qu’il aurait été tout aussi saint s’il avait été enfanté de Bernadette Soubirous ou de Thérèse de Lisieux au lieu de Marie. Elles auraient sans nul doute dit « Oui » à Dieu, elles aussi, comme d’innombrables autres très jeunes filles candides d’ailleurs !
Et j’en reviens à Bernadette qui court vers son curé en disant : « Je suis l’Immaculée Conception ».

Oui Bernadette !
Tu l’es tout autant que Marie, préservée depuis ta conception de péchés tellement inhérents à la nature masculine. Thérèse de Lisieux le sera tout autant, elle qui nous prouve qu’en ayant une disposition durable à l’obéissance à la volonté de Dieu, on peut passer toute une vie sans presque jamais pécher. Une fillette, une femme le peut, quand elle n’est pas amenée à pécher par imitation ou par dépit, parce qu’elle est malmenée, mal éduquée, mal entourée, mal informée de sa sainteté originelle qu’elle se devrait de cultiver.

Je finirai en faisant remarquer à mes lecteurs sans doute déjà très irrités cette très simple réalité génétique : une femme transmet, en donnant la vie, un chromosome sexuel X à son enfant, qu’il soit fille ou garçon. Un homme, un X qu’il tient de sa mère à une fille, un Y qu’il tient de son père à un garçon.

Quid de Jésus alors ?

De sa mère, comme tout garçon, il a reçu un X… qui ne l’a pas porté à pécher. De son Père ? Très grand mystère ! On pourrait nommer son autre chromosome sexuel Ω, cela lui siérait parfaitement. « Je suis l’alpha et l’oméga ». (Apocalypse 22, 13)
Voilà la différence de Jésus avec tous ses frères en humanité !

Quant à Marie, elle n’en a aucune avec ses soeurs en humanité. Alors si Marie est Immaculée Conception, et je veux bien l’en croire, nous toutes, ses soeurs et filles en humanité, nous le sommes aussi !

Conçues à l’origine sans péché, le tout étant de s’y tenir une fois qu’on le sait et de ne pas renier Dieu et ses commandements au cours de notre vie semée de bien des embûches… à commencer par celle du langage ecclésial.

 

Véronique Belen, 8 décembre 2019

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