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Marie et le Tentateur

11 décembre 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Pour approfondir mon propos au sujet du dogme de l’Immaculée Conception qui oppose injustement à mon avis Marie à Eve, je voudrais mettre par écrit quelques réflexions au sujet de Marie par rapport au Tentateur, le « serpent » des origines, Satan, le Diable ou le Diviseur, appelons-le comme nous le voudrons.

Je reprends ici une réflexion que j’ai proposée ce matin à l’un de mes lecteurs :
Selon le récit de Genèse 3, Adam assiste à toute la scène de la tentation d’Eve complètement passif, sans venir en aide à sa compagne, sans essayer de contrer le serpent, alors qu’Eve, dans un premier temps, fait mémoire des recommandations de Dieu, c’est son tout premier mouvement intérieur : « Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas… » Sa première inclination est l’obéissance aux commandements, ce qui n’est pas le cas d’Adam. N’oublions pas, tout de même, que le serpent était redoutablement rusé, et qu’Eve avait très peu de chances, étant sans aucune aide, de lui résister verbalement et en actes. J’ai déjà dit ailleurs que l’opposer à Marie n’a pas de sens : Marie a été visitée par un ange de Dieu et pas par ce fameux « serpent », c’est plus aisé de dire « oui » à un ange de Dieu que « non » au plus rusé et policé des tentateurs…

Je précise bien entendu que si je crois parfaitement au récit de l’Annonciation qui est dans les Evangiles, je considère celui d’Adam et Eve comme symbolique de ce qui se vit dans beaucoup de relations homme-femme depuis la nuit des temps. Je ne crois pas que ce couple ait été « nos premiers parents » car j’ai confiance en la paléontologie et la science qui nous enseignent l’évolution de l’espèce humaine depuis les hominidés jusqu’aux homo sapiens sapiens que nous sommes encore.

Cela étant dit, il est notoire qu’il n’y a rien de commun entre la tentation d’Eve et l’Annonciation faite à Marie : Eve a affaire au diable lui-même, incarné dans ce serpent, qui, par sa ruse extrême et sa distorsion de la Parole de Dieu, va l’induire en erreur et la faire chuter, alors que, pour ce qu’elle avait compris des commandements de Dieu, elle avait l’intention première de s’y tenir.

De l’enfance de Marie, nous ne savons rien du tout par les Ecritures canoniques, et je trouve vain de puiser dans les évangiles apocryphes pour supposer ceci ou cela à son sujet, ces écrits ayant été rejetés du canon des Ecritures à juste titre. Nous faisons donc connaissance avec la jeune Marie, fiancée à Joseph, sans doute a-t-elle 14 ou 15 ans et elle aussi, en tant que jeune fille humble, simple et « pleine de grâce », toute inclination originelle à observer les commandements de Dieu. C’est un ange qui la visite et non le diable ! Moment de grâce et de douceur dans sa jeune vie, elle est seule à seule avec cet ange, et il lui propose de la part du Dieu d’Israël de devenir la mère du Messie tant attendu ! Au risque de choquer, je répète qu’il est plus aisé de dire oui à un ange de Dieu pour un tel projet que non à un rusé tentateur qui vient à vous pour déformer toute la parole divine. Personnellement, je sais que j’aurais dit oui à l’ange moi aussi, comme la plupart des jeunes filles que le monde a portées, j’en suis sûre.

Et relevons au passage que Marie est seule : Joseph n’est pas présent, elle peut user librement de sa volonté propre. Tandis que pour Eve, Adam est à côté d’elle et ne fait strictement rien pour la garder de la tentation, au contraire, il y collabore volontiers, comme s’il encourageait Eve à chuter par complaisance avec la situation.

Pour Marie, nous verrons par la suite que Joseph, gagné par les doutes sur sa vertu, envisage de la répudier, ce qu’il ne fera finalement pas grâce à un songe divin (Matthieu 1, 18-25).
A partir de ce moment-là, Joseph, sanctifié par sa décision, va devenir un rempart entre le Mauvais et Marie. Il la prend chez lui et la respecte jusqu’au terme de sa grossesse. Il lui trouve un abri pour accoucher, il la protège, avec son bébé, contre le fureur d’Hérode qui en veut à la vie de l’Enfant (Matthieu 2, 13-23).
De retour chez eux, Joseph accomplira toujours avec Marie les commandements de la Loi juive qu’ils observent en famille. Et on peut s’imaginer que toutes les fois où Marie aurait pu être confrontée à la fureur du diable contre elle ou son enfant, Joseph faisait bouclier. Puis Jésus, en grandissant, devenait évidemment à même de le faire lui aussi. Il est resté auprès de sa mère jusqu’à la trentaine, sans doute Marie était-elle déjà veuve à ce moment-là. Comment le Mauvais pourrait-il atteindre une femme qui est toujours dans la proximité du propre Fils de Dieu ?

Nous ne verrons d’ailleurs Marie qu’une seule fois tentée de ne pas faire la volonté de Dieu : c’est quand elle essaie, avec les frères de Jésus, de le faire taire et rentrer à la maison sous prétexte qu’il aurait « perdu la tête » ( Marc 3, 20 – 35). Gageons que ce sont les frères de Jésus, soucieux de leur propre réputation et influencés par les ennemis du Verbe de Dieu qui ont poussé Marie dans cette erreur de jugement et non l’inverse. Force est de constater que Marie, privée de Jésus et de Joseph chez elle, n’a plus de rempart contre les manœuvres du Mauvais.

Je finirai en ajoutant que c’est sans doute en raison de cette scène que sur la croix, Jésus a confié sa mère à l’Apôtre Jean. Jean était au pied de la croix, les frères de Jésus, non. Jean croyait ardemment au Christ et à sa Parole, les frères de Jésus ne se convertiront à sa messianité qu’après sa résurrection (Cf. Jacques « le frère du Seigneur », qui deviendra éminent dans l’Eglise de Jérusalem (Galates 1, 19)). Jean était aux yeux de Jésus pour sa mère un rempart bien plus sûr contre le Mauvais qui allait se répandre en persécutions que ses propres frères qui jusque là « ne croyaient pas en lui » (Jean 7, 5).

En conclusion, je dirai que Marie, toute sainte qu’elle ait pu être, a eu cette chance d’être toujours protégée des attaques du Mauvais à son encontre par un homme très saint resté près d’elle.
Ce qui n’a vraiment pas été le cas d’Eve… ni de la très grande majorité des femmes de ce bas monde, pour lesquelles l’entourage masculin est bien plus souvent source de souffrance ou de chute que de sanctification, alors qu’elles avaient en elles la même innocence originelle que Marie.

Image : Oeuvre du musée des Arts Catalans de Barcelone

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3 commentaires

  • Françoise says:

    N’oubliez pas Lilith, Véronique. Eve n’est que la seconde épouse d’Adam, issue de lui (on pourrait presque parler d’inceste). Alors que Lilith fut tirée comme Adam de la glaise et réellement son égale. Eve est soumise à Adam. Ce que ce dernier réclamait à Dieu d’une femme. Il n’acceptait pas l’égalité de décision et d’état avec Lilith. Ce partage des responsabilités et des pouvoirs.
    Le mythe d’Eve a été retenu essentiellement pour appuyer la domination masculine et retirer tout droit et toute égalité avec les hommes aux femmes.
    Il correspond à la culture juive qui veut que toute femme reste une éternelle petite fille, sans droits, passant de l’autorité du père à celle de son mari, et lui étant soumise en tout, quoi qu’il lui fasse.
    Ce qui pose d’ailleurs un vrai problème encore aujourd’hui en Israël car le mariage juif est uniquement religieux, pas laïc et ne reconnaît aucun droit à l’épouse en dehors de son mari. En cas de violences conjugales, le recours étant religieux, à partir du moment où le mari décrète ne pas vouloir divorcer, ne pas payer le get, qui correspond à une somme forfaitaire revenant à la fois aux rabbins et à l’épouse, la femme ne peut rien faire. Et peut être totalement dégradée, mise au ban de la société en toute légalité et même tuée par son mari. Vous avez à ce sujet un excellent documentaire israélien sur le sujet qui s’appelle en français « Condamnées aux mariage » d’Anat Zuria, une documentariste israélienne qui a aussi produit un autre formidable documentaire nommé « Pureté »sur le rituel obligatoire de purification des femmes juives en rapport avec leurs menstruations dès lors que mariées.

    Le serpent est un élément mythologique présent dans différents courants de sagesse et religions.
    Dans la culture judéo-chrétienne, il est le diable si l’on se réfère uniquement à la Genèse (vous pouvez remarquer que Jésus ne diabolise pas le serpent dans l’évangile mais en fait un exemple de prudence, donc de sagesse), mais dans d’autres cultures, il représente la kundalini, c’est à dire l’éveil spirituel qui remonte dans le corps comme un serpent, du chakra racine au chakra couronne. Il est donc lié à l’arbre de la connaissance du bien et du mal.
    Un éveil spirituel non accompagné (ce que préconise Dieu est un accompagnement spirituel avec Lui comme guide) peut par sa brutalité, conduire à l’errance et non à l’illumination. On parle alors de kundalini descendante.
    C’est en cela qu’Adam et Eve sont pécheurs. D’avoir cru pouvoir accéder à l’illumination hors d’un accompagnement spirituel et d’étapes avec Dieu. D’ailleurs la première chose qu’ils perçoivent après avoir mangé du fruit de l’arbre est qu’ils sont nus, ils regardent donc en bas au lieu de regarder en haut. On comprend donc que leur éveil spirituel a abouti à un éveil spirituel qui descend et non qui monte.

    Il me paraît surprenant que vous considériez comme mythologie la Genèse mais voyiez l’Annonciation comme réelle. Si je respecte cette croyance, elle ne me paraît pas logique dans la mesure où la Bible qui comporte l’Ancien et le Nouveau Testament et d’autres livres, constitue l’outil mythologique par excellence.
    Il ne rapporte pas des faits historiques mais propose une mythologie.
    La plupart des théologiens contemporains rejoignent cet avis.
    Vous avez l’excellent livre de John Shelby Spong « Né d’une femme » qui développe de façon argumentée et en lien avec les évangiles, cet aspect.
    Je vous passe ce lien qui devrait vous éclairer. L’ouvrage est toujours disponible en librairie:

    http://librepenseechretienne.over-blog.com/2015/10/a-propos-du-livre-de-john-shelby-spong-ne-d-une-femme-conception-et-naissance-de-jesus-dans-les-evangiles-jacques-musset-31-2015.htm

    • Véronique Belen says:

      Bonjour Françoise, et merci pour votre commentaire.
      Il est dense, il y aurait beaucoup à en dire.

      Je rebondis seulement sur ceci :
      « la Bible qui comporte l’Ancien et le Nouveau Testament et d’autres livres, constitue l’outil mythologique par excellence.
      Il ne rapporte pas des faits historiques mais propose une mythologie. »

      Là je ne suis pas d’accord. La Bible ne raconte pas une mythologie, mais l’histoire de la relation de la créature, homme ou femme, avec le Dieu d’Israël qui est aussi le Dieu de Jésus-Christ. Dans l’Ancien Testament, certains récits sont symboliques en effet, il est évident par exemple que la terre n’a pas été créée en sept jours, cependant quand on observe l’ordre d’apparition des créatures, c’est presque chronologique par rapport à ce que nous enseignent les sciences sur un temps infiniment plus long évidemment.

      Dans la Bible, je mets les 4 évangiles tout à fait à part. Ils ont été écrits par des témoins directs de Jésus ou par des tout proches de ces témoins. Et avec le secours de l’Esprit Saint , celui-ci étant une force de vérité dont vous ne faites jamais mention. Je n’aime pas que l’on relativise les évangiles et en cela, je me démarque justement de ces théologiens qui ne voient que des symboles partout. Les Evangiles sont véridiques, je le dis car je le vis. C’est contre l’empilement des doctrines depuis des siècles qui ne sont justement pas puisées dans ces Ecritures que je m’érige, pas contre la base de toute foi chrétienne que sont les Evangiles.
      Quand on vit une vraie rencontre avec le Christ Jésus, il n’y a aucune différence entre Lui et le Jésus des Evangiles. Je ne fléchirai jamais sur ce point-là.

  • Catherine Lestang says:

    Il me semble aussi pour ce mythe de la Genèse, qu’ Eve, effectivement oppose des arguments au serpent, mais que quand elle goute, et elle prend quand même le risque de mourir, parce que cela a été dit, ou du moins transmis par Adam. Or il ne lui arrive rien, elle a fait son office de bonne mère, elle a gouté avant…

    Et du coup l’homme peut manger en ttoute tranquilité (bon il aurait pu aussi dire non, c’était même son rôle) et c’est là qu’il se passe cette magnifique ouverture des yeux..

    Et comme le disent je crois certains rabbins, Dieu l’aurait bien donné ce fruit un jour où l’autre.

    Amicalement



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