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Marie n’est pas co-rédemptrice

13 décembre 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Me voici dans le troisième volet d’une modeste trilogie sur Marie. Et cette fois, à mon point de départ, je suis en accord avec le Magistère catholique, ce qui, on l’aura remarqué à me lire, n’est pas toujours le cas !
Mais hier, à l’occasion de la fête de Notre-Dame de Guadalupe, le Pape François a rappelé dans son homélie de manière forte que (Marie) ne s’est jamais présentée comme “co-rédemptrice”, mais simplement comme disciple de son Fils, «l’unique Rédempteur».

Source : https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2019-12/pape-francois-messe-notre-dame-de-guadalupe.html

Je dis ouf et merci à notre Pape ! Car depuis des années, je lis ici ou là que ce dogme de Marie co-rédemptrice devrait être proclamé, qu’on n’en dira et fera jamais assez au sujet de la mère du Christ Jésus. Or, quant à moi, j’ai déjà du mal à assumer deux voire trois dogmes mariaux sur les quatre qui existent (Mère de Dieu, Virginité perpétuelle, Immaculée Conception, Assomption) alors en rajouter un cinquième qui serait en outre totalement faux théologiquement, c’est à mon sens impensable.

Quelques éléments pour expliquer pourquoi, à mon avis – je m’exprime ici en mon nom personnel – Marie ne peut pas  être considérée comme co-rédemptrice.

Le Christ Jésus est notre rédempteur, je ne puis remettre cet article de foi en question : par lui, nous pouvons recevoir la grâce du pardon de nos péchés et l’espérance concrète en la vie éternelle. Il nous l’a obtenue par sa mort injuste mais consentie et sa résurrection, lui qui, de toujours, était absolument sans péché. En lui, nous avons le compagnon de route compatissant, nous relevant de toutes nos chutes, et notre Sauveur, celui qui nous ouvre la porte du Royaume de Dieu son Père.

Or, l’Evangile nous enseigne que la seule faute qui ne soit pas pardonnée en Jésus Christ, c’est le blasphème contre l’Esprit Saint.

« Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné ; mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné. » (Luc 12, 10)

Et là, je voudrais une fois de plus prendre mes distances avec le discours catholique contemporain habituel. Je ne pense pas que le blasphème contre l’Esprit Saint soit uniquement cette attitude qui consiste à refuser la grâce ou à croire que Dieu ne peut pas nous pardonner. Je trouve cette explication un peu lénifiante, avec le défaut d’être par trop rassurante. On imagine ainsi un Jésus tout sucre et tout miel nous attendant à la porte du paradis les bras ouverts, et on n’en perdrait l’accès que parce qu’on lui dirait : « Non Jésus, je ne veux ni de ton amour, ni de ton pardon. »

Pour moi, le blasphème contre l’Esprit Saint, c’est bien autre chose. C’est accuser cet Esprit, quand il se manifeste vraiment en une personne qui est dans la grâce de Dieu, d’être mensonge, émanation du diable ou délire. C’est réduire le souffle de l’Esprit à l’inverse de ce qu’il est – mensonge, possession ou folie – lui qui n’est que vérité qu’il tient du Père et du Fils, authenticité de la Sagesse divine.

Et là, si chacun s’examine, il pourra constater que la tentation est très forte, surtout à notre époque, de « fermer les écoutilles » et de se moquer des prophètes de la vérité. Faisant cela, on le commet déjà, ce fameux blasphème contre l’Esprit Saint. On peut même aller plus loin et persécuter le faiseur de vérité. Jeanne d’Arc en sait quelque chose, elle qui fut mise au bûcher comme sorcière sans avoir jamais menti ni trahi son Dieu.

Alors, perdus pour toujours, les abbés Cauchon ?

Je n’en suis pas tout à fait sûre, parce que j’ai confiance en Dieu. S’il nous a envoyé un rédempteur pour nos péchés, il peut en faire de même pour nos blasphèmes contre l’Esprit Saint. Quand Dieu promet le Salut, il l’offre vraiment. Dieu tient toujours ses promesses.

Là où les défenseurs de Marie co-rédemptrice ont une parcelle d’intuition juste, c’est que cette fois, ce sera par une incarnation féminine et non pas masculine que la rédemption s’opèrera. Il n’y a que des hommes, en leur suffisance, pour s’imaginer que la Trinité soit toute masculine. Non, la troisième personne, la Sagesse du Père, est féminine, et de toute éternité.

Et l’humanité étant ce qu’elle est, elle persécutera la Sagesse tout autant qu’elle a persécuté le Verbe.

Alors, si nous obtenons le pardon de nos péchés en nous humiliant devant Jésus pour demander sa grâce, peut-être faudra-t-il aussi, lors de sa manifestation glorieuse, nous humilier devant la co-rédemptrice à son bras… qui ne sera pas la Vierge Marie, mais bien plutôt une femme anonyme mais choisie par Dieu qu’on s’est plu, même en tant que catholique, à abreuver sa vie durant d’insultes et de ricanements narquois.

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