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Enseignement privé catholique

13 avril 2013 | Publié par Véronique Belen dans Blog

Je rédige ce billet dans un mouvement d’humeur, qui n’est que la manifestation d’une gêne profonde que je ressens depuis toujours face à l’enseignement privé catholique.

Je suis d’une famille très modeste mais très pieuse, et j’ai fait toute ma scolarité dans l’enseignement public, pour devenir ensuite institutrice dans l’école publique.
Quand j’étais jeune, les enfants de mon village qui allaient à l’école privée en ville n’étaient absolument pas plus pratiquants que les autres, je dirais même, plutôt moins. A l’époque, ils étaient de familles plus fortunées, ça c’est certain. Un jeune garçon du privé avait dit un jour à mes soeurs avec une incroyable condescendance, en leur parlant de notre collège public : « Vous allez à *, cette porcherie ! »
Eh bien, cette porcherie a donné à la nation, sur quatre filles d’ouvrier, trois enseignantes !

Aujourd’hui, je suis encore confrontée à cette concurrence de l’école privée par ma profession. Dès que les parents ont contre nous le moindre grief, fondé ou infondé, ils brandissent puis exécutent la menace de la radiation vers un établissement privé – qui oblige les enfants, je précise, à partir une demi-heure plus tôt le matin, à prendre le car parfois à 8-9 ans avec des collégiens, à rentrer à la maison à 17h30 au lieu de 16h.

Mon école se trouve dans une situation relativement critique. Nous sommes près de risquer, pour la deuxième année consécutive, une fermeture de classe. De cinq classes l’année dernière, nous passerions à trois dans ce cas-là, ce qui signifierait trois triples niveaux à presque 30 élèves par classe. Une réelle angoisse pour chacune d’entre nous, d’autant plus que cela signifierait la perte de poste de deux collègues qui sont là depuis une dizaine d’années.

Or, une famille qui par ailleurs dispense sa fille de cours de religion ( statut concordataire d’Alsace-Moselle : une heure de religion dans l’emploi du temps scolaire, que la très grande majorité de nos élèves suivent), a pris en compte tous les caprices de la fillette et décidé de l’inscrire dans le privé à la rentrée. La directrice a eu beau leur exposer la situation préoccupante de notre école, la réponse a été une totale indifférence à cette question.

Alors voilà, je m’interroge.
Y a-t-il un lien entre l’enseignement privé catholique et l’Evangile ?

Personnellement, dans un pareil cas, je n’en vois aucun. Mais on peut m’expliquer…

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3 commentaires

  • Cathy says:

    Vive la laïcité, et le respect des croyances de chacun !
    Cet attachement à l’enseignement public non confessionnel est très français je pense, et en cela je me sens très française. Et puis, petite fille d’instituteur, j’ai été élevée dans une famille où l’école publique est en quelque sorte une religion ! Je ne saurais donc parler de l’enseignement catholique, que je connais très mal.
    Mais partager des classes de collège et de lycée public avec toi a été un bonheur durant bien des années ! 🙂
    J’aime bien la remarque d’André sur la « charité chrétienne » des pratiquants et des autres. Charité que l’on peut appeler « solidarité » ou « humanité » : les exemples ne manquent pas, de gens humains et généreux, dans tous les milieux, et de gens mesquins également…
    J’aime bien l’idée d’un « cours philosophique » au choix, en Belgique : avec François-Marie on apprend toujours quelque chose, et avec la Belgique, on découvre toujours des idées intéressantes !

  • François-Marie says:

    La situation en Belgique est à cet égard relativement différente. En effet, l’enseignement « catholique » est majoritaire (60%) au niveau de l’enseignement secondaire (12 à 18 ans) et scolarise 40% de la population de l’enseignement fondamental (maternel et primaire). Mais il n’est pas pour autant « privé » comme vous l’entendez en France. On parle ici de « l’enseignement libre confessionnel », par opposition à l’enseignement « officiel ». Mais finalement tous ces enseignements sont « publics », entièrement financés par l’État (enfin du moins, par la « Communauté française de Belgique »).

    Il y a bien sûr une concurrence entre les différentes écoles, d’autant plus que la « liberté du choix de l’enseignement » est inscrite dans la Constitution. Et cette concurrence entre les écoles entraîne aussi le type de situation que tu dénonces, mais cela peut se faire au détriment de n’importe quel type d’école.

    Enfin, la question de savoir si ces écoles sont vraiment « catholiques » (et donc censées être proches de l’Évangile) est un peu dépassée. Il y a évidemment longtemps qu’il y a « de tout » dans ces écoles, que ce soit au niveau des élèves ou au niveau des enseignants. D’un point de vue philosophique, la seule différence est que les écoles libres confessionnelles doivent (et ne peuvent que) donner des cours de religion catholique (ou juive si c’est une école juive, etc.), alors que les écoles officielles doivent proposer des cours de morale et des cours de religion (de toutes les religions reconnues). Ce sont les parents/enfants qui choisissent quel cours « philosophique » ils suivent. Il y a là pas mal de débat, car certains voudraient qu’il n’y ait qu’un seul cours identique pour tout le monde.

    Certains voudraient aussi la « fusion des réseaux » et donc ne plus avoir d’écoles libres ou officielles, mais simplement des écoles. L’idée n’est pas mauvaise, mais tant structurellement que culturellement elle me semble actuellement impossible. Il y a certes une dispersion des énergies (par exemple, les « programmes » ne sont pas les mêmes, même s’ils doivent se référer à un référentiel commun (Socles de compétences). Mais je ne dirais pas qu’il y a une réelle rivalité, avec un sens d’élitisme pour l’école libre. Cela, ça me semble dater d’une autre époque !

  • André BONDU says:

    J’aimerais bine que l’on fasse une enquête sur ce que sont devenus les anciens élèves de l’ enseignement catholique.
    Mon fils et l’ aînée de mes filles sont allés jusqu’au bac. dans le grand collège catholique parisien Saint Michel de Picpus dans le 12°; L’ un et l’ autre ne pratiquent plus la religion catholique..
    Ma dernière fille qui a 12 ans de moins que son frère a fait ses études dans l’ enseignement public : en 12 ans nous avions changé et ne pensions plus que des catholiques devaient obligatoirement faire éduquer leurs enfants dans des établissements catholiques. Elle a fréquenté assidûment l’ aumônerie des lycées et collèges du 12°, puis ,à la Sorbonne, elle était une animatrice de la Mission Universitaire créée par le Père Lustiger et a dirigé des Pélerinages à Chartres. Elle est professeur de français dans un collège public, une fervente catholique pratiquante très attachée à sa paroisse, ainsi que son mari.
    Ma petite fille est dans le « public » depuis la crèche; actuellement en seconde. Sa meilleure amie depuis la crèche est partie, en sixième, dans l’ enseignement catholique, non pas pour recevoir un enseignement plus catholique, mais de « meilleures manières », bénéficier d ‘un meilleur environnement et d’avoir de meilleurs professeurs ( ? ).
    Moi, je constate que, dans l’ enseignement catholique, il y a de plus en plus d’ enfants non catholiques, et même de plus en plus de musulmans, qui cherchent à fuir l’ islamophobie ambiante…
    Que l’ enseignement soit catholique ou public, le résultat dépend en fait de la qualité des enseignants. Mes deux filles sont enseignantes dans le public.
    Et celle qui ne « pratique » pas, ne cesse de ma dire que les collègues non catholiques ont souvent beaucoup plus l’esprit évangélique et « pratiquent » plus la charité chrétienne que les prétendues « pratiquantes » !

    Oui, je me demande, moi aussi à quoi sert l’ enseignement catholique aujourd’hui ?,

    En tout cas, notre fille très catholique a eu la même réaction que ses parents, tout comme son mari. Elle a mis sa fille dans l’ enseignement public, ce qui ne l’ empêche nullement d’avoir une éducation très catholique. Elle a fait sa profession de Foi et reçu la Confirmation, fréquente des retraites et des réunions d’ adolescents catholiques, y compris le Frat… Elle a une Foi convaincue et nullement grégaire.



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