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Combat spirituel et consolation ecclésiale

27 novembre 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog

En ces temps où beaucoup de catholiques sont tentés de quitter une Eglise au climat délétère – et je peux les comprendre, ayant moi-même la nausée à chaque nouvelle révélation de délit ou de crime de l’un de ses consacrés – je voudrais simplement témoigner de la grâce que peut apporter une fidélité « envers et contre tout ».

Ces derniers jours, j’ai dû faire face à un combat spirituel intense, l’un de ces conflits purement intérieurs dont le Seigneur a le secret et qu’Il permet aux âmes très fortement liées à Lui de traverser. Que l’on n’aille pas croire qu’une foi totale comme celle qui m’habite épargne au chrétien le combat spirituel. J’aimerais souvent dire, mais cela est inaudible, à quel point l’on se trompe quand on pense par exemple que les religieux cloîtrés ont suivi une voie de fuite du monde et de confort spirituel. J’ai depuis longtemps grande compassion d’eux, non pas seulement parce que je partage avec eux le choix de la vie chaste – je trouve que c’est en fait la moindre de nos difficultés – mais surtout parce que je connais les affres du combat spirituel dans la vie contemplative. Qu’on me pardonne la comparaison, mais sainte Thérèse d’Avila a très bien exprimé par toute son œuvre que la vie mystique est une gageure, une remise en question intérieure permanente, même et peut-être surtout si le Seigneur comble une âme d’indicibles délices. Il en va comme d’une vie conjugale harmonieuse : arrivera toujours un moment, malgré tout, où l’on discernera mal la volonté, le désir ou l’état psychologique de son conjoint, et où l’affrontement épuisera la meilleure des volontés. Le conjoint est autre, on ne peut jamais tout comprendre et deviner de lui, et l’on se retrouve un moment livré à la détresse psychique, même si rien n’est remis en cause dans la vie commune. Je ne sais pas si je parviens à me faire comprendre. On touche là à l’intime de l’être, à l’impossibilité d’être l’autre quand on est soi.

Ce combat spirituel d’une extrême puissance me touche à chaque fois que la « lune de miel » avec le Seigneur a été particulièrement comblante, et que la confiance en Lui est absolument sans aucune réserve. Je ne Lui oppose plus rien, le cœur à cœur est des plus parfaits – mais Il me renvoie alors brutalement et soudainement à la très dure réalité du quotidien des hommes et du monde. Je ne peux l’expliciter davantage : Il est Lui, je suis moi, et il me rétrograde en un instant à ma condition de créature qui ne peut pas savoir comme Il sait.

J’étais donc ces derniers jours dans une vraie déréliction spirituelle : qu’avait-Il voulu de moi ? Que signifiait cette nouvelle épreuve inattendue et déconcertante ? J’avais véritablement mis toute ma confiance en Sa promesse, et j’étais en un instant déchue de toutes mes aspirations les plus nobles. Comment comprendre ? Comment continuer à prier, à contempler sans réserve ? J’ai eu un temps de quasi colère contre Lui. Ce mutisme de mon oraison, pour Lui signifier que cette fois, Il était vraiment allé trop loin avec moi.

La vie des contemplatifs, c’est « Ora et labora ». En froid avec le Seigneur, je me suis résignée à me contenter des contraintes et des joies du travail professionnel. Rester dans la société des hommes, là où Il me renvoyait une fois de plus. Mais je n’ai pas pour autant omis d’aller à la messe ce soir. Et là, vraiment, mon Bien-Aimé m’a refait signe : je ne trouvais plus aucune explication à mes dilemmes intérieurs dans ma prière depuis trois jours, mais il a suffi de quelques mots dans la courte homélie de notre curé pour que j’aie ma réponse. Mon cri s’était élevé vers le Seigneur : « Pourquoi cette souffrance spirituelle-là, une fois de plus ?  »
Et là, par quelques simples mots destinés à la poignée de paroissiens que nous étions, le prêtre, dans la grâce de l’Esprit, m’a donné une réponse intérieure.

Je suis sortie de cette messe dans une grande paix, et le cœur joyeux. Je n’en voulais plus à mon divin Epoux. Par la voix du prêtre, Il m’avait répondu, expliqué, consolée. La vie pouvait reprendre son cours normal, le chemin de l’oraison m’était rouvert, au soir d’une journée de travail.

Pourquoi donner ce témoignage ?
Pour souligner cette réalité : quand la vie mystique donne lieu à une tension extrême, l’Eglise demeure, solide, pour nous tracer une route possible. Ne l’abandonnons pas, toute imparfaite qu’elle soit !

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