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Le sacrement du frère

12 février 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Je porte le désir d’écrire ce billet depuis longtemps. J’aurais pu l’intituler « Le sacrement de la sœur », mais notre langue étant ce qu’elle est, j’utilise l’expression ecclésiale qui englobe les deux genres.
Souvent, je n’en suis pas dupe, on me soupçonne d’être une pseudo-mystique ne pratiquant pas les œuvres de charité, déconnectée des besoins de ses frères et sœurs en humanité. Même en communauté de paroisses, je suis un peu regardée ainsi. Je ne suis pas très active dans ma paroisse, on me l’a souvent reproché de façon plus ou moins aimable, comme si être une bonne catholique au service de la mission relevait exclusivement d’un mandat pastoral de membre actif, de visiteuse de malades ou de bénévole à la Caritas.

Je ne veux pas me justifier par ce billet, mais tenter d’élargir les regards, non seulement pour mon bénéfice, mais surtout pour celui de celles et ceux qui pratiquent sans le dire et même sans le savoir « le sacrement du frère » au quotidien. Je trouve que même le pape François, que je tiens cependant en très haute estime, manifeste parfois une méconnaissance des œuvres de charité quotidiennes, notamment pour ce qui est de l’occident.

Je ne m’étendrai pas longuement sur la charité élémentaire : le don financier aux plus pauvres et aux œuvres humanitaires. J’ai toujours eu en détestation le fait de claironner devant soi ses aumônes. Celles qui plaisent à Dieu, indiscutablement et depuis les premiers écrits bibliques, ce sont les plus discrètes : Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret (Matthieu 6, 3-4). Que chacun examine donc sa conscience pour découvrir s’il donne pour être vu ou encore seulement pour un reçu fiscal. Je ferme cette parenthèse.

Le sacrement du frère !
J’ai été formée en Eglise à l’amour et au souci du prochain à travers un mouvement tel que la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne). Mais là encore, d’aucuns pourraient être tentés de me reprocher de ne plus m’y investir depuis que je travaille.
Souvent, je pense aux toutes premières religieuses enseignantes, qui se sont démenées pour que les exclus de la société, et notamment les filles, ne demeurent pas sans instruction. Et l’Eglise en a porté certaines aux autels de la sainteté.
Et aujourd’hui, tout se passe comme si la femme qui travaille était aux yeux de l’Eglise une bienfaitrice et une main d’œuvre perdues pour elle. A quel point ai-je senti, les quelques années où j’étais mère au foyer, que l’Eglise cherchait à me « récupérer » pour une mission de catéchèse ! Je me culpabilisais beaucoup, à cette époque, d’avoir décliné l’appel, et certains paroissiens en sont encore restés à cette manifestation de « mauvaise volonté » de ma part, comme si ce « Oui »-là à l’Eglise avait pu être pour moi l’équivalent du « Oui » de Marie !

Où vais-je en venir ?
A expliciter que la femme qui travaille ne travaille pas que pour gagner sa vie. Elle a ainsi un rôle dans la société, qui l’occupe presque à plein temps, et qui peut être source de bienfaits pour le prochain autant voire plus que celui d’une « dame patronnesse » !

Que fais-je de mes journées ? Mes enfants élevés et partis de la maison, je m’investis dix à douze heures par jour pour les élèves qui me sont confiés, en classe et dans l’école dont j’ai désormais la responsabilité. C’est une lourde tâche, dévorante, je commence à travailler à 7h30 et quand je rentre chez moi, il est souvent 18h, voire plus. Et je m’installe encore à mon bureau personnel pour achever des corrections et préparer la journée suivante. A ce rythme, je suis incapable de donner encore du temps en réunions paroissiales plus ou moins utiles en soirée. Je me couche épuisée à l’heure où mes petits élèves le font aussi.

Que l’on mesure ce que donne ainsi de son temps au prochain au long des semaines et des carrières une enseignante – nous sommes une grande majorité de femmes dans la profession. Et souvent, des femmes qui avons aussi des enfants et les élevons du mieux que nous pouvons.

Et il n’y a pas que les enseignantes qui soient au service du plus petit tout au long de leur carrière : que dire des infirmières surmenées, des aides-soignantes indispensables, des personnels de crèches et de maisons de retraite sans lesquels personne ne pourrait mener une vie sereine au travail… Que dire encore des assistantes maternelles, des aides à domicile, des auxiliaires de vie auprès des personnes en situation de handicap, des assistantes sociales ? Tous ces métiers sont largement féminisés, souvent mal rémunérés, et indispensables au fonctionnement d’une société telle que la nôtre !

Alors voilà, j’aimerais qu’à me lire, on prenne conscience qu’une femme qui a un métier de don de soi à l’autre fait bien plus pour son prochain au long des jours, que ce soit au nom de l’Evangile ou non, qu’un laïc engagé dans une œuvre ecclésiale à ses heures perdues et qui se fait abondamment applaudir à la messe de rentrée…

Retrancher la folie de ma foi

9 février 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 4 commentaires

La délicate et talentueuse théologienne et essayiste Monique Durand-Wood me pardonnera de m’inspirer du titre d’un de ses magnifiques livres pour rédiger ce billet. J’avais parlé de son ouvrage ici :

https://www.histoiredunefoi.fr/blog/3726-ajouter-foi-la-folie

Aujourd’hui, je lance un appel pressant à ceux qui me lisent. J’aimerais que l’on ne considère plus mes écrits comme émanant d’une personne peu équilibrée psychiquement, pour ne pas dire malade mentalement. Je m’en explique.

J’ai fait le choix difficile et coûteux, dans mon récit « Histoire d’une foi », de ne rien occulter de mon parcours spirituel de la toute petite enfance à l’année 2011. J’avais rédigé ce témoignage de façon chronologique, et je dois dire que la chapitre « La maladie » a été le plus difficile à écrire, j’ai dû affronter ma propre pudeur et mes résistances intérieures pour accepter de l’inclure et de le diffuser. Mais bien évidemment, sans ce chapitre-là, mon témoignage de vie et de foi perdrait beaucoup de son sens. Et cependant, c’est bien de ma foi que j’ai voulu de bout en bout témoigner, de même que je n’ai pas fait depuis 2012 de ce site internet un lieu de débat sur la maladie mentale.

Alors je dois dire aujourd’hui que quand on me réduit encore à une pathologie mentale qui a traversé ma vie, j’en suis blessée et je ressens de l’injustice. Je me souviens très bien de la réaction du premier prêtre qui a lu mon manuscrit : « Vous êtes d’une grande lucidité. » Oui, j’étais en voie de résilience à l’époque, et aujourd’hui, huit ans plus tard, je considère, et j’aimerais qu’on le sache, le trouble mental comme un épisode qui est très loin derrière moi. Je demeure sous traitement médical, oui, je ne m’en cache pas, mais justement, vais-je dire, une personne efficacement soignée pour des variations chroniques de l’humeur est bien plus équilibrée, quand le traitement est parfaitement adapté sur le long terme, que n’importe quel individu en proie à ses propres névroses non résolues. J’ai suivi aussi une très longue psychothérapie qui m’a permis de me connaître moi-même bien mieux que la moyenne, j’en suis certaine, et de résoudre en moi des blessures nombreuses et diverses qui n’affectent plus aujourd’hui ma sérénité quotidienne. Il y a, dans ma vie bien assumée, peu de questions béantes que je n’aie affrontées courageusement, très peu de dilemmes intérieurs non résolus, et pratiquement aucune histoire d’amour ou d’amitié qui n’ait été interrogée et résolue jusqu’à son terme apaisant. De même qu’en famille, j’ai des relations affectueuses et chaleureuses avec absolument tout le monde.

Alors, amis lecteurs, imaginez ma peine quand je songe à l’Eglise catholique qui a dans son arsenal de « discernement spirituel » des clauses qui excluent de toute attention les personnes ayant présenté un jour des « troubles psychiques ».
Imaginez ma révolte quand, sur le net, des interlocuteurs anticléricaux voire christianophobes me considèrent avec condescendance, me jettent à la figure des soupçons de « névrose chrétienne », se gaussent de ma consécration au Seigneur comme relevant d’un état de vie pathologique et de ma lucidité quant au péché intrinsèque de l’homme comme de la misandrie de pauvre fille ayant des problèmes non résolus avec la gent masculine. Je tairai l’expression française détestable qui leur vient forcément à l’esprit.

Chers lecteurs, je suis une chrétienne ardente et convaincue que jamais rien de plus beau ne fut donné à l’humanité que la vie et la parole du Christ Jésus au milieu des hommes et des femmes de sa génération. Et si je crois comme à la première des évidences à sa résurrection, c’est que sa parole et sa présence vivantes m’habitent tous les jours de ma vie, depuis bien des années et même depuis presque toujours. Alors, enfin, je voudrais que l’on retranche les soupçons de folie de ce qui, en moi, n’est que foi brûlante et besoin irrépressible d’en témoigner.

Mon credo œcuménique

26 janvier 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Alors que s’achève la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, je songe à tous les obstacles qui se dressent encore entre nos églises et nos temples, à cet immense gâchis de nos divisions qui affaiblissent la portée de l’Evangile du Christ Jésus. J’ai le souci du rapprochement œcuménique chevillé au cœur depuis de longues années, peut-être parce que je vis en des terres où étant catholique, on croise tout autant de protestants, mais pour ne se rencontrer en prière que quelques fois par an, malheureusement. Si l’Eglise catholique scrutait de près mes écrits, elle pourrait me considérer comme hérétique et en un autre siècle, j’aurais certainement déjà été excommuniée. Je fais fi de ce risque et je continue à proclamer ma foi immense en Dieu Trinité, en l’Evangile et en la continuité judéo-chrétienne de la Révélation. Et ainsi, j’ose proclamer en ce jour mon credo œcuménique inspiré librement du symbole des Apôtres :

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre
Et en Jésus Christ, son Fils, notre Seigneur
qui a été conçu sans intervention d’un homme,
est né de Marie qui était vierge à sa conception,
puis épouse de Joseph et mère de la fratrie de Jésus.
Il a annoncé l’Evangile authentiquement consigné dans les Ecritures
et accompli des œuvres belles.
Il a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié,
est mort et a été enseveli ;
le troisième jour est ressuscité des morts,
est apparu à Marie de Magdala et quelques disciples,
est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
d’où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l’Esprit Saint, la Ruah conçue elle aussi du Père,
essence féminine de Sagesse,
répandue sur les âmes de ceux qui croient au Dieu Eternel,
sœur du Christ depuis les entrailles maternelles du Père,
appelée à s’incarner elle aussi à la consommation des siècles
par la grâce du baptême.
Je crois en l’Eglise universelle des disciples du Christ,
à l’intercession des saints,
au pardon des péchés en Jésus-Christ,
à sa présence réelle dans l’Eucharistie,
à la résurrection de la chair au jour du jugement dernier
après le retour du Christ en Gloire,
à la vie éternelle des rachetés par la foi et les œuvres de justice.

Amen

Quand le calendrier prend un an, quelques jours plus tard, je prends une année aussi. Et ainsi, entre les vœux de Nouvel An et d’anniversaire, je peux déborder début janvier de gratitude pour la fidélité et la richesse intérieure de mes amis.
Il y a cette femme de laquelle je pourrais sembler si différente. Dans une école, il y a plus de vingt ans, elle avait en charge les élèves les plus en difficulté, et moi une sorte de petite élite que notre région avait voulu créer. J’arrivais d’autres horizons, naïve, je voulais avec fougue œuvrer pour l’Europe, tandis que les parents qui inscrivaient et inscrivent encore leurs enfants dans ces filières bilingues avaient des intentions bien moins nobles.
Nous nous sommes rapprochées à l’occasion des obsèques de François Mitterrand. Oui, c’est vrai, je peux le dire, j’étais bouleversée par sa mort, lui qui avait symbolisé l’espérance de mon humble milieu social dans les années quatre-vingts de ma jeunesse. Ne retenons que cela. Elle aussi était très chagrinée, et je nous vois encore faire front devant un collègue qui se moquait un peu de nous : « Vous portez le deuil pour un si grand homme ? »
Une complicité était née, qui allait se traduire en profonde amitié. Jusqu’à lui faire la demande, un peu plus tard, d’être la marraine de mon troisième enfant. Elle accepta d’emblée, avec le baptême religieux et tout ce qui en découlerait, alors qu’elle est profondément athée. C’était touchant de les voir, elle et le parrain, si éloignés tous deux de la foi chrétienne, tenir avec amour entre leurs bras la délicieuse petite fille qui voyait l’eau couler sur son front, la lumière des cierges s’allumer autour d’elle, et se faisait les dents pendant la cérémonie sur son chausson blanc.
Je sais, en Eglise, je ne fais rien dans les normes. Mais quelle heureuse initiative que ce lien créé ce jour-là entre ma fille et elle, entre ma famille et la sienne ! Et force est de constater que vingt ans plus tard, elles ont bien des atomes crochus, le filleule et sa marraine !

Moi aussi, j’en ai beaucoup avec elle. Dans une conversation mondaine, on pourrait être en désaccord sur à peu près tout. C’est ce qui est remarquable dans notre amitié. Mais nos conversations ne sont jamais mondaines, et là, dans l’intime de chacune de nos vies, nous nous rejoignons. Elle a pour moi des mots très forts que personne d’autre n’ose avec moi. Je les accueille toujours comme un merveilleux cadeau. Et j’ai pour elle une tendresse qui résiste à tous les écueils. Elle m’a accompagnée quand j’étais au pire de ma vie, amie fidèle et sans jugement, et nous pouvons tout partager de nos grandes joies et de nos grandes peines. Dans le respect plein et entier de la personne qu’est l’autre. C’est très beau. Je le lui dis, à elle et à une autre grande amie non-croyante aussi : je me sens plus à l’aise avec elles qu’avec nombre de catholiques convaincus. Et pourtant, Dieu sait si je suis une fervente chrétienne !

Un jour, et je n’oublierai jamais, elle a d’ailleurs eu pour moi ces mots qui surpassent tous les autres : « Je t’aime parce que tu es authentique ».

Je n’ai besoin de rien de plus. Et moi aussi, je l’aime pour son authenticité, elle l’athée convaincue qui ne cesse d’être grâce dans ma vie.

Mon milieu : la forêt

9 janvier 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

En méditant l’évangile d’aujourd’hui (Marc 6, 45-52) avec cette scène célèbre mais assez stupéfiante de Jésus qui marche sur la mer, je me dis qu’on n’a vraiment pas eu les mêmes milieux de prédilection, lui et moi. Lié à la terre qui l’a vu naître, il circule beaucoup dans des endroits arides, proches du désert, ou alors dans les terres plus hospitalières qui bordent les fleuves et les lacs. Je ne suis jamais allée en Terre Sainte, mais je me figure ces territoires bien plus secs et pauvres en végétation que ne l’est mon milieu vert et boisé du nord-est de la France. De nombreuses scènes de l’évangile nous transportent près du lac de Tibériade, où Jésus appelle des pêcheurs, leur procure des pêches miraculeuses, prêche sur une barque ou marche sur l’eau! L’évangile est tout plein de ces scènes liées à son milieu de vie. Et en marchant sur la mer, il montre son étroite proximité avec le Père, Lui qui est le créateur et le maître de tous les éléments. Ce qu’aucune créature ne serait capable de faire, le Christ Jésus le peut, à la grande stupeur de ses disciples qui n’ont toujours pas compris, malgré la multiplication des pains, sa filiation divine.

Pour moi, je suis née et je demeure très loin de toute mer. Il faut prendre la route pour une journée pour l’atteindre. Aussi n’est-ce pas du tout un milieu qui me soit habituel. Je vois la mer, parfois, pour un court temps de vacances. Je la trouve belle et apaisante. Mais je la redoute aussi : j’ai déjà failli m’y noyer, un jour d’imprudence, alors que j’étais déjà maman de trois enfants. Depuis, je garde mes distances avec elle. Je sais qu’elle pourrait me ravir la vie autant qu’elle ravit mes yeux. Et si je dois aller au-delà des mers, je préfère les survoler en avion que d’embarquer sur un bateau. Souvenirs pas très agréables non plus de traversées de la Mer Egée en ferry… (suite…)