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Voilà une donnée de la foi chrétienne que beaucoup ne comprennent pas. Des traités savants et indigestes ont été rédigés à travers les siècles, et pourtant, la sainte Trinité, c’est tout simple quand on la vit intensément dans la prière. Aimer le Père, aimer le Fils, et par amour pour eux deux, se faire réceptacle de l’Esprit qui procède de leurs deux Personnes. Devenir soi-même cette autre personne qu’ils chérissent eux aussi, qui leur rend témoignage, qui ne cède pas d’un pouce à l’esprit du monde quand il s’agit d’attester de la Vérité de l’Evangile.

Ce matin, me promenant dans mon jardin à la recherche de beautés épanouies ou en promesse, je suis passée presque trop vite devant le recoin le plus négligé des abords de ma maison. Il y a là de vieux pavés mal désherbés et un fauteuil de jardin passé du blanc au gris que j’ai abandonné aux herbes folles. Et surprise : trois fleurs jaune soleil s’étaient frayé un chemin à travers les fentes de la chaise de jardin ! La beauté dans la disgrâce, la vie dans l’abandon, du neuf dans le vieux, des couleurs éclatantes dans le terne de l’usure.

Et si c’était seulement cela, la Sainte Trinité ? Trois fleurs entêtées de vie et de soleil dans les recoins négligés de notre âme, dans le rebut de notre monde oubliant souvent de s’arrêter devant ce qui n’est plus rutilant…

Ces trois fleurs sauvages m’ont réjoui le cœur jusqu’à venir les raconter ici. Une grande, une moyenne, une petite. Perçant les fentes du fauteuil considéré comme inutile, dans le recoin du jardin que je n’aime montrer à personne, trois fleurs en une seule belle visite. S’élevant vers le ciel de leurs corolles lumineuses, humbles et cachées et pourtant bien réelles, trois fleurs qui deviennent pour moi, à la veille de célébrer la Trinité Sainte, tout un symbole.

Il fut un temps où il fallait avoir du courage pour prendre ses distances avec l’Eglise car elle rassemblait la majorité des habitants de notre pays. Les saltimbanques, les mécréants, les athées étaient mal vus.
Nous voilà passés d’un extrême à l’autre.
C’est devenu stigmatisant d’être chrétien, sincèrement et authentiquement chrétien. Les artistes sont devenus de nos jours des références dans notre pays et ailleurs en occident. Il suffit que vous apparaissiez sur telle ou telle affiche pour que les médias vous demandent votre avis sur tout et sur n’importe quoi. Un artiste ou Miss France sont censés avoir quelque chose à dire sur le moindre sujet brûlant de l’actualité. Par la force des choses, un texte de chanson ou une réplique de cinéma ont alors de nos jours plus de poids dans l’opinion publique qu’une sagesse anonyme mûrement acquise par de longues années de méditation ou d’étude des textes sacrés. Et ainsi, une chansonnette malmenant la foi chrétienne s’incruste-t-elle plus profondément dans l’oreille et le cœur que 2000 ans de méditation de l’Evangile, dans une transmission patiente et discrète de génération en génération.

Le chrétien porte une croix qui n’est pas toujours très bien identifiée par celui qui ne l’est pas : il est facilement accusé d’être complice, voire responsable de tous les maux qu’ont pu causer les églises au long des siècles. Affirmez-vous chrétien dans un milieu athée, incroyant ou païen, et on vous jettera en vrac à la figure l’Inquisition, le chapelet de votre grand-mère, l’avis de Jean-Paul II sur la contraception et la pédophilie de certains prêtres.

Il faut du courage pour s’affirmer chrétien dans n’importe quel milieu de nos jours. Il faut de l’abnégation pour encaisser, comme témoin du Christ Jésus, tous les griefs que les uns et les autres ont contre Dieu, ou du moins l’image qu’ils s’en font, et le ressenti négatif qu’ils ont des églises. Il faut de la persévérance pour oser affirmer sa foi inébranlable en la vérité de la parole du Verbe de Dieu.

L’incroyant vous dira toujours que vous n’êtes rien de plus qu’un croyant.
Et cependant, croire en un Dieu en trois Personnes, c’est autrement plus consistant que de croire en un solstice ou en une pyramide.

Ce matin, c’était prévu, je suis allée voir une amie en maison de retraite. Oh, elle n’est pas âgée, mais quand on est sans famille, un peu dans les marges, difficile de faire face parfois à la dureté de la vie solitaire dans la deuxième moitié de sa vie… Et ils sont ainsi un certain nombre, comme elle, dans cette maison, à être un peu jeunes pour l’EHPAD, mais trop démunis pour une vie en ville.

Dès que je passe la porte d’entrée, je les vois, ces trois, presque toujours les mêmes, assis dans le hall à regarder passer les visites qui ne sont jamais pour eux. A mon bonjour qui se veut jovial répond aussitôt une question : « Oh, vous pouvez me rendre un service s’il vous plaît ? J’ai un problème avec mes mailles… »

Je m’approche. Deux femmes, un homme, et tous les trois tricotent. Il a l’air très contrarié, son tricot rectangulaire, déjà long, ne peut plus être continué.
« Vous voyez, j’ai perdu les mailles à l’autre bout, je ne sais pas comment les rattraper, vous voulez m’aider ?  »
Je m’assois à côté de lui. Il me tend son tricot multicolore, avec toutes les épaisseurs de laine qui se succèdent et s’enchevêtrent.
« Vous faites une couverture ?
– Non, c’est une écharpe. »
Mince, j’aurais dû me taire. Mais il n’a pas l’air de m’en vouloir. Pas facile de rattraper l’ouvrage, et je n’ai plus fait de tricot depuis des années. Bon, être méthodique. Passer patiemment chaque maille sur l’autre aiguille, pour arriver aux dernières, qui se sont sauvées quand l’embout s’est détaché. Il y a de vraies mailles, des nœuds, des tortillons de laine, un peu de tout dans ce tricot. Mais je m’applique. Et il se met à me raconter sa vie, les instituts par lesquels il est passé, une blessure au pied qui lui a valu de l’hôpital, et sa maman à laquelle il pense encore, là il étouffe un sanglot. Il m’émeut, je lui demande son prénom, des détails, je lui raconte qu’il y a pas mal d’années, j’étais allée à la fête de fin d’année de cet institut pour adultes déficients dont il me parle. Une maille après l’autre, et sa vie toute humble qui défile…
Voilà, j’arrive au bout et je rattrape les cinq ou six coupables de la panne de tricot. Il est content. Comme je m’étonne que le tricot soit à l’envers, il m’explique qu’il est gaucher.
J’aurais pu rester assise là encore un bon moment, finalement, mais mon amie m’attendait depuis un quart d’heure.

La prochaine fois que j’irai la voir, je me le promets intérieurement, je passerai aussi un moment avec lui, même si, entre temps, il a fini son écharpe bigarrée sans autre problème de mailles.

Le temps des lilas

29 avril 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Il chante dans mon cœur, ce temps-là. Définitivement repoussé, l’hiver interminable ! Le jardin renaît de son long sommeil, la senteur de ma fleur préférée embaume l’atmosphère dès la porte-fenêtre passée, ou dans le salon autour d’un bouquet éphémère et d’autant plus précieux.
Le lilas, je ne m’en lasse pas, car il ne nous en laisse jamais le temps. Des jardins de nos grands-mères jusqu’aux bosquets qui explosent à l’approche du mois de mai, il faut profiter de ce ravissement car il ne dure que deux ou trois courtes semaines. Généreux et libre lilas, qui se déploie dans les campagnes sans se laisser enfermer dans les arrière-boutiques des fleuristes…

Le temps des lilas, c’est aussi, souvent, le temps de retrouvailles familiales. On ne craint plus la neige et la nuit pour faire de la route, des occasions se présentent, religieuses ou simplement conviviales, l’apéritif peut se prendre dehors les années de chance, et, joie, un jeune couple a parfois un bébé à présenter à la famille élargie ! La dynastie se poursuit, on se réunit, émus, autour du patriarche qui n’en revient pas de toute sa descendance. Temps pour faire mémoire, sans larmes, d’une mamie qui aurait tant aimé la connaître aussi, temps de méditer sur la poursuite inexorable de la vie, encore et toujours donnée.

Je le chanterai sans cesse, le temps de lilas, et s’il y a une fleur que je veux retrouver, un jour,  au Royaume d’éternité, c’est bien celle-là.

Je suis une fille de la campagne. Depuis toujours. A ce titre, j’ai passé les étés de mon enfance non pas sur des plages ou des chemins de randonnée, mais à cueillir des groseilles et à effiler des haricots. Je m’en acquittais tant bien que mal, n’ayant pas d’autre choix, que ce soit à la maison ou chez mes grands-parents.

Aujourd’hui, j’ai une maison avec un assez grand terrain. J’y fais tout moi-même, ce qui m’oblige à restreindre les tâches. Passer la tondeuse à gazon, cueillir et conserver les fruits, entretenir les massifs de fleurs, cela me suffit. J’ai renoncé depuis quelques années au jardin potager. Terre ingrate et manque de temps. Je ne suis pas de ces passionnés de la tomate et de la courgette bio. Dans mon entourage proche, je n’entends parfois parler que de cela, et ces discussions récurrentes ont provoqué chez moi le réflexe inverse de la course au panier de légumes du jardin. Entourée d’acharnés de la semence maison et de la conserve d’été, j’ai résolu de ne pas passer la moitié de l’année à me soucier de ce que j’allais me mettre dans le ventre. Car finalement, à trop se passionner pour une nourriture hors des circuits longs, on finit par être obsédé par le légume qui trouvera place dans son assiette à midi. On consacre le plus clair de ses loisirs à cultiver la terre, à la désherber, à faire la chasse naturelle à la limace et au liseron, à courir les marchés bio et les producteurs locaux… Je ne dis pas que cela ne soit pas vertueux sur le plan sanitaire et environnemental. J’admire plutôt cette ténacité. Mais je suis parfois fatiguée de passer pour une inconsciente consommatrice de produits de supermarché. J’ai entendu des conseils de culture maison jusqu’à la nausée, lors de réunions dont ce n’était pas du tout le but. Ceci a peut-être entraîné cela. J’ai lu aussi « Laudato si », et avec plaisir. Mais l’écologie n’est pas ma raison de vivre. Je ne pourrais pas habiter en ville et n’avoir aucun arbre à chérir. Mais de là à être agricultrice bio pendant mes nécessaires vacances, non. C’est un choix un peu marginal que je pose dans mon milieu campagnard. A la dictature du potager, je préfère la plantation pleine d’espérance d’une pivoine ou d’un massif de mufliers. Mon été sera de fleurs, si ma terre le veut bien. Et de temps de prière volé à l’ombre du parasol, sur la terrasse.