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Au feu rouge

3 novembre 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’avais de la route à faire. Il avait plu, et même neigé. Conditions de circulation difficiles.
J’étais en train d’arriver à ma première étape. Dans cette ville qu’il me fallait traverser de bout en bout, pas de chance, tous les feux passaient au rouge à mon arrivée. S’énerver un peu, et puis patienter.
Et soudain, à cette intersection-là, devant l’église, mes yeux se sont arrêtés sur un petit autocollant, juste en-dessous du feu qui ne voulait pas passer au vert.
« Jésus t’aime, oui, toi ! »
Voilà. C’était aussi simple que cela, mais délicat de me le rappeler.
Il m’aimait. Moi.
J’ai fini mon trajet la joie au cœur.

Depuis des mois, en secret, je contactais ses meilleurs amis : quand toutes les feuilles seraient rousses, comme elle qui a toujours pétillé du feu de sa joie de vivre, elle aurait vingt ans. Une occasion qu’on ne pouvait pas manquer. Je ne sais pas mentir, alors cela a été un peu difficile de dissimuler l’événement et de détourner ses projets jusqu’au bout. Parce qu’il faudrait que cette fête d’anniversaire soit une inoubliable surprise et qu’elle ne se doute de rien jusqu’au bout.

En son absence, elle qui étudie dans le « ville rose », j’avais plaisir à anticiper les courses de déco et de tout ce qu’il faudrait pour faire vivre un gîte deux jours et une nuit. Le sous-sol de la maison s’emplissait d’objets hétéroclites aux couleurs de l’automne.

Jour J. La pression monte. Certains amis très chers, son frère, sa sœur sont déjà là qui donnent un coup de main pour tout installer, fignoler et préparer la salle et l’apéritif pour qu’elle soit accueillie au mieux quand elle arrivera avec son papa et sa belle-mère, vêtue de façon festive pour aller, officiellement, au restaurant en famille restreinte.

Tandis que résonne le chant d’anniversaire à son entrée tant attendue au gîte, elle sourit, très émue, mais ne pleure même pas ! Entourée d’amour et d’amitié, elle va fêter joyeusement ses vingt ans radieux, accueillant encore des amis qu’elle ne s’attendait pas à voir là, dansant, riant, savourant mets et boissons, versant des larmes quand même quand son papa lui chantera une chanson écrite par lui rien que pour elle, et qui reflète si bien les espoirs que nous portons sur sa belle personne. Rétrospective en photos et vidéos projetées de toute sa jeune vie, émotions, souvenirs, rires, ce sont vingt ans de nos vies aussi qui défilent entre ombres et éclats de lumière, événements familiaux, amicaux, festifs, scolaires…

Elle souffle ses bougies. Toute cette journée, elle a vingt ans. Et je crois bien qu’elle aura vingt ans très longtemps encore.

Nous méditons en Eglise ces jours-ci des extraits du chapitre 11 de l’Evangile de Luc, et le moins que l’on puisse dire, c’est que Jésus n’y est pas tendre pour les gardiens de la religion dans laquelle il a été élevé et qu’il a fidèlement pratiquée. Nous pouvons y lire toute une série d’invectives contre les pharisiens et les docteurs de la Loi.

J’ai toujours entendu prêcher sur ces extraits de doctes paroles sur le judaïsme de l’époque, sur la situation intenable de Jésus qui était messie d’Israël, Fils de Dieu et que ces notables du judaïsme étaient aveugles à reconnaître comme tel. Sans doute l’antisémitisme qui a eu cours dans les milieux chrétiens pendant des siècles a-t-il pris là sa source. Moi-même, quand j’étais petite fille dans les années soixante – soixante-dix et que je demandais à mes parents catholiques très peu cultivés ce que signifiait « être juif », je recevais pour réponse : « Ce sont les Juifs qui ont tué Jésus. » Ils ne l’avaient pas inventé, ni ne le disaient par haine personnelle. C’est ce qu’ils avaient toujours entendu en chaire, depuis leur enfance très simple et fidèle à l’Eglise.

Je crois que nous sommes obligés de nos jours d’élargir notre regard et de transposer l’intemporelle parole du Christ à notre propre époque. Et il est vain désormais de détailler encore et encore le contexte juif de la vie de Notre Seigneur, comme si c’était du judaïsme qu’étaient provenus tous ses tourments, et que nous, chrétiens éclairés, nous bénéficierions d’une grâce spéciale qui nous garderait de ne plus reconnaître les prophètes que Dieu continue à envoyer. Nous nous croyons sauvés – quand ce n’est pas supérieurs – parce que nous « aimons Jésus » et que nous sommes baptisés, parce que nous avons retenu l’essentiel du catéchisme et que nous approuvons la canonisation de tel ou tel pape.

Pas plus tard qu’hier, un jeune prêtre m’a adressé des reproches sur les réseaux sociaux, je le cite: « Et je souris de ce que vos centres d’intérêt ou vos préoccupations réinterprètent toute la Parole de Dieu à la lumière de ce que vous voulez lui faire dire. Parfois, je trouve que ça apporte une interprétation intéressante et originale, parfois, je trouve que c’est juste une récupération artificielle et ça me fait sourire… »

Eh bien…

Je vais persévérer dans la « récupération artificielle » puisque c’est ainsi que ce prêtre nomme le fait que je sois soucieuse de comprendre et de faire comprendre la Parole du Christ Jésus dans le contexte d’aujourd’hui.

Qui n’a pas vu des photos du « Synode des évêques sur les jeunes », cette assemblée de vieux prélats qui dissimulent leurs cheveux gris sous des calottes rouges ou violettes et qui prennent toute la place sur la photo ; on devine quelques jeunes au fond de la salle, mais de femmes, point, ou à peine, bien évidemment au Vatican. On sait aussi que ces mêmes prélats, ou leurs prédécesseurs, prennent exclusivement entre eux des décisions qui concernent les couples ou, encore davantage, le corps des femmes, puis les font inscrire dans le sacro-saint catéchisme. Catéchisme qui est ensuite présenté comme émanation de l’Esprit Saint et coercition pour les âmes et les corps.

Mais si je fais là un rapprochement avec le chapitre 11 de l’Evangile de Luc, je pourrai être accusée de vouloir faire dire aux Ecritures ce que ma seule petite personne veut leur faire dire. C’est méconnaître que je lis et écoute énormément mes sœurs en humanité, depuis toujours, et que je connais quelques-unes des raisons qui les ont fait fuir, et parfois définitivement, l’Eglise. Je reprécise que je demeure pratiquante, et que je porte intensément dans ma prière toutes ces femmes profondément blessées.

Lors du Jugement, la reine du Midi se dressera
en même temps que les hommes de cette génération,
et elle les condamnera.
En effet, elle est venue des extrémités de la terre
pour écouter la sagesse de Salomon,
et il y a ici bien plus que Salomon.

Luc 11, 31

Source image : Vatican News  https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2018-10/synode-jeunes-2018-pape-discours-ouverture.html?fbclid=IwAR1ZI0dg2JLirUGFkpIA44q2gLbjiEvfqJwbsxkVE_zJuwpIBA2Ayvlirss

Le sens d’une vocation

15 septembre 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Ce matin, tandis que je faisais mes courses, une femme semblait m’attendre au rayon des surgelés. Elle m’arrête, un peu gênée, tandis que j’allais passer à côté d’elle : « Madame, vous pouvez me dire s’il y a de l’oignon dans ces steaks hachés ? » Je regarde la boîte, un peu interloquée. Sur la photo, il y a de l’oignon sur la viande. Elle poursuit : « Je ne sais pas lire… »
Je cache du mieux que je peux mon émotion, et je lis la composition : « Non, il n’y a pas d’oignon dedans. » Puis elle me demande encore : « Est-ce que c’est du pur bœuf ? » Il est écrit en tellement grand « 100 % pur bœuf » que sur le coup, je ne le vois même pas, je retourne la boîte dans tous les sens pour traquer d’autres ingrédients, il faut dire que je suis troublée. Puis je remarque enfin l’indication et je la rassure sur le produit.
« Merci madame, les enfants viennent souvent manger chez moi, du steak haché avec des pâtes, ils aiment bien ça.  »

Tandis que je reprends mon chemin avec mon caddie, j’aurais bien envie de pleurer un peu. Et je comprends alors profondément le sens de ma vocation d’enseignante en CP : tout faire pour contribuer, à mon petit niveau, à éradiquer pareil handicap de la vie quotidienne.

Sérénité

5 septembre 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’ai lu à l’instant un bel article sur les sept dons de l’Esprit Saint, que je mets en lien :

https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/les-grandes-fetes-chretiennes/la-pentecote/438333-sept-dons-de-lesprit-saint/

J’y lis avec plaisir que « L’intelligence aide à entrer dans le mystère de Dieu, à comprendre de l’intérieur la foi, les Écritures, à distinguer l’erreur de la vérité. Par ce don, chaque chrétien peut devenir un authentique théologien. » [Fin de citation]

Ce serait à dire et répéter à tous ceux, clercs ou non, qui ne jurent de nos jours que par le diplôme universitaire de théologie. Chacun, me lisant, peut comprendre ici que je n’en ai aucun. Ce qui n’est pas une raison pour m’estimer sans intelligence de la foi et des Ecritures.

Le mot « sérénité » m’habite aujourd’hui car elle m’envahit, au moment où j’aurais cependant eu quelques raisons de la perdre. Je viens en effet de prendre des fonctions importantes, à savoir la direction de ma chère petite école rurale et montagnarde, responsabilité qui ne me dispense pas de celle d’une classe à trois niveaux à plein temps. Beaucoup de travail en perspective, pédagogique, administratif, relationnel, mais j’embrasse la tâche avec enthousiasme, et ma rentrée s’est d’ailleurs très bien passée. Je ne suis pas une personne qui a besoin de beaucoup « sortir » pour être heureuse. J’accepte donc l’idée que les dix prochains mois de ma vie soient consacrés presque exclusivement au travail – sans bien sûr négliger ma vie spirituelle et ecclésiale et ma vie de maman.

Amis lecteurs, j’écrirai beaucoup moins souvent sur ce site. D’une part, parce que j’en aurai très peu le temps, d’autre part, par souci de devoir de réserve dans mes nouvelles fonctions professionnelles.

Je pense aussi, en quelques 1200 articles depuis six ans et demi, avoir exprimé sur les Ecritures à peu près tout ce que j’avais à en dire. Je ne renie aucun de mes articles, chacun a été mûrement réfléchi, prié, médité. Pour ceux qui aiment me lire, tout est facile à trouver dans l’onglet Plan de site https://www.histoiredunefoi.fr/plan-site. Si vous désirez relire ou découvrir un sujet particulier, je vous aiguillerai aussi volontiers par le biais du formulaire de Contact https://www.histoiredunefoi.fr/contact. N’hésitez pas à m’écrire, je réponds toujours.

Et enfin, pour les lecteurs qui souhaitent pouvoir débattre avec moi de façon plus spontanée, je suis aussi présente sur Facebook sous ce nom de plume. Manifestez-vous, et je vous accepterai comme « Ami ».

Je ne disparais pas de la sphère spirituelle publique. Je me ferai simplement plus discrète sur ce blog, goûtant pleinement la sérénité qui m’a été donnée par Celui qui peut tout. Merci à tous pour votre temps passé dans mes lignes et pour tout commentaire qui continue à être le bienvenu, quels que soient l’article et votre opinion. Je reste là, au bout de mon clavier, pour vous lire et vous répondre.

Amicalement, dans l’Esprit,

Véronique Belen