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Tant qu’ils sont là

12 juillet 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’ai envie de leur rendre hommage, aujourd’hui, à tous les deux, tant qu’ils sont là, tant que je peux aller leur rendre visite, tant que je peux espérer de chacun un coup de téléphone ou un texto.

Ils ne se connaissent pas. Ils sont aussi dissemblables qu’il est possible de l’être dans une même Eglise.

Pourquoi les associer dans ce billet ? Ils sont de ces rares amis très chers que je dois à la foi et à l’Eglise. Entièrement. Ils sont de ces proches bien-aimés pour lesquels je redoute un coup du sort, la victoire de la maladie sur la combativité, une abdication de la santé qui leur ferait rencontrer le Seigneur avant moi.

Elle. Ne vous arrêtez surtout pas à son enveloppe charnelle. Ne regardez que le bleu de ses yeux et sa chevelure encore très féminine malgré le blanc.
Elle a connu toutes les galères. La précarité sociale, les addictions, les couples instables, la stérilité. Pas de frère ni de sœur, plus de parents, à peine de lointains cousins. Quand la vie vous impose la solitude à ce point, la marginalité vous repousse un jour, à l’approche de la soixantaine, entre les murs d’une maison de retraite. Un temps, elle a parlé de partir, de recommencer ailleurs, d’envisager la vie et pas seulement la vieillesse si précoce. C’est dur pour elle de côtoyer à longueur de journée des personnes quasi grabataires dans son couloir d’EHPAD. Mais elle a appris à ne pas se plaindre. La rue, elle a connu. La pauvreté, la faim, l’errance, l’incertitude, tout cela est inscrit dans son passé, qu’elle évoque seulement à demi-mot, comme s’il la rendait indigne d’avoir aujourd’hui ce toit-là et une nourriture abondante chaque jour. Elle ne se plaint pas. Elle repousse la plainte dès qu’elle franchit le bord de ses lèvres.

Les journées sont longues, et elle se lève avant l’aurore de l’été. Alors elle met des couleurs dans le gris de ses jours. Quand je vais la voir, elle est toujours occupée à colorier. Magnifiquement. Des mandalas, des dessins qui déclinent une infinité de nuances. Elle colorie, et me dit qu’elle ne s’en lasse jamais. C’est une grâce. Et le reste du temps, elle prie. Beaucoup. Et souvent, je ressens sur mes proches que je lui confie les bienfaits de sa prière désintéressée. (suite…)

C’est ce que j’ai ressenti hier soir, autour du terrain de foot à la télévision et dans la ville – en liesse à partir de 22 heures – dans laquelle je me trouvais. J’avoue qu’habituellement, je n’aime pas trop traverser le quartier de mon fils le soir : on n’y croise guère de femmes, et je sais que ma belle-fille y est régulièrement victime de harcèlement de rue rien qu’en allant de sa place de parking à l’entrée de son immeuble. J’ai toujours une légère angoisse en quittant cette ville de nuit au volant.

Mais hier soir, tout était bien différent. Chacun est sorti exprimer une joie bon enfant, en famille ou en groupes d’amis. Les petits maquillés de bleu-blanc-rouge, les femmes voilées ou en boubous agitant des drapeaux français, les jeunes vociférant une allégresse et un patriotisme inhabituels. Les voitures défilaient en klaxonnant, les drapeaux claquaient au vent, souvent surgissaient d’une vitre le drapeau français et de l’autre celui du pays d’origine, dans une saine cohabitation. On vivait là un moment historique. Je me suis souvenue, avec mon fils, de la tristesse et de la gravité de la manifestation, au même endroit, après les attentats de Charlie Hebdo en 2015. Cette fois, c’était la joie et le bonheur de la victoire, qui rappelait fortement l’euphorie de la France Black – Blanc – Beur de l’été 1998. Un moment fédérateur, comme notre pays en a tant besoin dans les tensions qu’il traverse. Tous, nous espérons revivre ces moments où la France s’était unie dans une tolérance unanime et un sentiment de gratitude pour les talents de son équipe de foot championne du monde représentant si bien la diversité de notre nation.

Puisse cet esprit perdurer, et nous mener à une grande fête de la réconciliation nationale au lendemain du 14 juillet 2018 !

Le début de mon année scolaire a été troublé par ce dilemme lancinant : allais-je perdre mon poste d’institutrice dans cette école que j’aime depuis si longtemps, au cœur du village que j’avais choisi entre tous pour y habiter ? Le risque était réel, et je devais prendre une décision importante : aller enseigner ailleurs, ou alors, décider de rester pour prendre la direction de l’école, une responsabilité que je n’avais jamais envisagée jusque là. Eh bien, aussi étrange que cela puisse paraître, un des éléments qui m’a aidée à prendre ma décision, c’est le fait que depuis une quinzaine d’années, dès que je traverse le village en voiture, les petites mains des enfants se lèvent pour me saluer longuement, avec leur plus beau sourire. Un geste affectueux auquel je réponds toujours avec grande joie.

Dans mes prospections d’affectation, plusieurs opportunités se présentaient ailleurs, hors de ma vallée. J’y pensais sans joie. Je n’aime guère conduire de nuit, et l’hiver est bien long. Et délaisser cette petite école de mon village, qui me tient tellement à cœur ! Un jour que je passais au volant devant un ensemble de pavillons où vivent plusieurs de mes élèves, les salutations furent appuyées et touchantes. Et je me suis dit : « Voilà, si je quitte cette école, d’ici deux ou trois ans, les enfants de mon village ne me connaîtront plus, et les petites mains ne s’agiteront plus à mon passage. Je verrai des visages sur lesquels je ne saurai plus mettre de prénom. Et je rentrerai chez moi le soir sans avoir eu l’occasion de féliciter un jeune couple du voisinage pour la naissance du petit frère, sans avoir revu à la porte de l’école un grand collégien qui vient raconter ses découvertes et ses projets tout en étant ému de revoir les lieux de son enfance épanouie. »

Cela a été un des éléments déclencheurs. L’envie de prendre plus de responsabilités n’était pas première. Elle a suivi ce mouvement d’amour pour la population si attachante de mon village. Mais à présent, tout me semble couler de source. Je reviens d’une formation sur la difficile fonction de directeur d’école, et je suis persuadée à présent d’avoir fait le bon choix. Je vais avoir un travail énorme, en surplus de ma classe à plein temps. Mais ici, pour ces enfants que j’aime. Dans cette communauté villageoise avec laquelle je désire encore davantage faire corps.

Tiens tiens, en quelques jours, deux prêtres m’ont supprimée de leur liste « d’amis » sur les réseaux sociaux. Un autre, avec lequel je correspondais un peu, ne me répond plus.
Que s’est-il donc passé ?
J’ai rédigé ces derniers temps plusieurs billets et commentaires qu’ils ont dû considérer comme trop polémiques, l’un des trois m’a même demandé si j’étais « un troll ». Non, je ne suis pas un troll, je suis une femme catholique d’âge respectable, qui réfléchit avant de poster quelque chose, qui assume tout ce qu’elle écrit ici et ailleurs, qui ne cherche pas à offusquer pour offusquer mais qui provoque un peu les catholiques dans leurs retranchements, c’est vrai. Je nourris l’espoir de contribuer, à mon tout petit niveau, à faire bouger certaines lignes. Vous savez, « l’effet papillon » ! Je n’ai de pouvoir nulle part dans l’Eglise : ni en paroisse, ni sur le plan de la formation en théologie universitaire. Et de toute façon, puisque je suis une femme, aucun pouvoir de décision ni même de parole au niveau du Magistère !

Qu’ai-je donc écrit de si déplacé, pour que ces prêtres en col romain ou en tenue civile aient jugé bon de m’ignorer désormais ? J’ai parlé du fait que je ne croyais résolument pas – et depuis très longtemps – à la doctrine de la virginité perpétuelle de Marie Mère de Jésus – j’entends bien, après sa conception virginale et sa naissance. J’ai osé parler de cet hymen certainement altéré par l’accouchement du Fils de Dieu incarné pour de bon et pas en capacité de se dématérialiser au moment de sa venue au monde (théorie de la virginité avant / pendant et après la naissance de Jésus),  j’ai aussi osé parler d’argent, de la Providence divine quand on s’abandonne vraiment à Dieu dans le dénuement financier et que l’on évite de thésauriser. (suite…)

Hello mon petit blog, tu te sens délaissé ? Trois semaines déjà que je ne t’ai plus alimenté ! C’est que, comme je te l’ai déjà confié, le mois de juin est chaque année pour moi comme une énorme marmite bouillonnante de projets à finaliser dans l’urgence, mais en demeurant efficace et cohérente !
Tu le sais, l’insinuation qui ne me fait même pas sourire, à cette période, c’est le sempiternel « Alors, bientôt en vacances ? » émanant de la planète des « non-enseignants » qui ne s’imaginent même pas que la seule pensée des vacances ne parvienne pas à effleurer nos neurones surchauffés… Tu ne comprends pas de quoi je parle, mon petit blog ?

Eh bien, dans la marmite bouillonnante de juin, il y a les programmes de maths et de français qu’on n’arrivera pas à boucler et dans lesquels il faut faire les coupes sombres les plus judicieuses, il y a la préparation de la fête des mères à peine passée que voilà déjà celle de la fête des pères – et trouver chaque année deux idées nouvelles, parce qu’une fratrie, ça passe de longues années dans une école – il y a une montagne de paperasses à renseigner et à collecter pour peu qu’on veuille passer une frontière en voyage scolaire, il y a les listes de matériel à préparer pour la rentrée de septembre et les grosses commandes à passer aux fournisseurs en papeterie et matériel de bureau, tout en faisant l’inventaire des stocks de l’école pour ne pas commander ce qui y est déjà, il y a les livrets scolaires en gestation et en montée de stress à l’approche de la date où il faut les rendre, il y a les rencontres sportives de fin d’année à préparer intensivement avec les élèves et sur le papier, il y a les familles qui se permettent de partir en vacances avant l’heure et qui créent des complications d’organisation des plannings d’évaluations et de récupération de manuels et autres, et il y a, ce que beaucoup oublient, en plus de tout ça, vingt-cinq  heures de classe à assurer devant des élèves fatigués par les couchers trop tardifs, les orages et les canicules, un trimestre qui dure de neuf  à onze semaines en continu et qui ne se termine que le 6 juillet. « Ah bon, tu ne termines que le 6 juillet ?  » ajoutent encore ceux qui croient que quand sonne l’heure du bac, les écoliers et leurs instits sont déjà en vacances… J’aurais pu ajouter les ultimes réunions en soirée ou à midi, les échanges avec les collègues nouvellement nommés, le stress majeur des mutations pour les enseignants que cela concerne…

Voilà, mon petit blog, je sens que tu comprends déjà mieux mon silence qui n’est pas de l’absence d’inspiration, mais le surmenage à l’état brut.

Si tu pouvais souffler à quelques-uns que ce n’est pas une très bonne idée de lancer avec un sourire entendu vers le 1er  juin à un professeur des écoles « Alors, bientôt en vacances ? », tu m’auras rendu un fier service…