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Il faudrait commencer par une définition de l’intellect, et il en existe beaucoup. Celle qui me convient le mieux est la suivante :
,,L’intelligence en tant qu’elle élabore des données, juge, discerne, conclut, et construit la science«  (Goblot 1920).

J’ai tendance à lui opposer l’esprit, celui qui sourd de l’Esprit avec un E majuscule. L’esprit comme intelligence qui ne provient pas seulement de ses propres neurones mais aussi de son expérience de vie et surtout du Vivant, de l’intelligence absolument supérieure de Dieu, principe créateur et fin de tout. L’esprit ne se contente pas des potentialités de l’intellect. Il va plus loin. Il relie le raisonnement purement intellectuel à la vie, à la Création, au beau, au bien, au vrai.

Me voici prise en étau. Confrontée à une personne à l’intellect puissant. Un intellect qui lui inspire, par sa rigueur et son haut potentiel, une croyance en sa supériorité incontestable sur autrui. Un intellect qui le conduit à un orgueil absolu et à l’illusion d’entrevoir, en toute situation, la vérité. Un intellect qui lui dicte des comportements de dédain et de domination sur ses proches. Un intellect qui a séduit une âme belle et vulnérable en quête de proximité affective et d’absolu.

Jeune, à la vingtaine, j’ai déjà été confrontée à ce type de personnalité. Il s’agissait du petit copain de ma meilleure amie. Que de débats houleux et de dialogues de sourds dont je ressortais souvent humiliée et désorientée dans mes valeurs alors en quête de consolidation. Il avait eu le don de me déstabiliser sur tous les plans, et je dois à ses boutades narquoises sur ma candeur d’alors quelques-unes des déconvenues les plus cuisantes de ma jeunesse. Je n’avais pas alors les armes pour lutter contre les flèches de son intellect puissant et brillant. Trop de rhétorique venait à bout de mes convictions chancelantes à l’entrée dans l’âge adulte. Il était en outre affilié à un parti politique pour le candidat duquel je n’aurais jamais voté, mais le doute s’était insinué dans mon esprit jusque là tranquillement formaté aux valeurs de la gauche des années 80. Ce fut un tsunami intellectuel et moral pour moi qui, par la force des choses, le côtoyais beaucoup. (suite…)

Les 99 autres brebis

18 juillet 2021 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

La parabole de Jésus en Luc 15, 1-17 ou Matthieu 18, 12-14, dans laquelle un berger recherche sa brebis perdue en laissant seules les quatre-vingt-dix-neuf autres n’est pas dans la liturgie de ce dimanche, par contre l’extrait de Jérémie 23, 1-6 sur les brebis malmenées par leurs pasteurs peut y conduire.

Je constate que nos prédicateurs catholiques préfèrent aujourd’hui évoquer la mission (évangile en Marc 6, 30-34) en se décernant un éventuel satisfecit pour leur zèle au cours de l’année pastorale écoulée et en évoquant le repos mérité des vacances, plutôt que de commenter la première lecture de Jérémie qui n’est pas particulièrement valorisante pour les gardiens du troupeau – peuple de Dieu ou Eglise. Eternelle illusion d’évoquer exclusivement les anciens prêtres du judaïsme dans la lecture du Premier Testament, soit-disant discrédités une fois pour toutes au profit des prêtres et pasteurs du christianisme. C’est méconnaître qu’une prophétie divine est intemporelle.

La parabole de Jésus sur la brebis égarée n’a plus beaucoup de sens de nos jours dans ses proportions. Car c’est bien une brebis sur les cent qui fréquente encore une église, et les quatre-vingt-dix-neuf autres qui se tiennent à ses marges, faute de baptême, ou de foi, ou d’envie ou de sentiment d’être accueillies dans une institution qui s’est fait un devoir d’exclure des sacrements qui n’est pas dans les clous du catéchisme. (suite…)

Ce fut mon premier logis. Et cette maison restera celle de toute l’histoire de notre famille, depuis la cellule que nous avons formée, mes parents, mes trois sœurs et moi, jusqu’au lieu de retrouvailles ensuite de tous nos descendants. Histoire d’un couple de son premier enfant jusqu’au soir de sa vie, jusqu’à ce que notre papa ferme les yeux sur une longue existence de fidélité, de labeur et de fécondité sur tous les plans.

Il a fallu s’y résoudre : personne, dans la descendance, n’irait s’y installer. La question avait déjà sa réponse immédiate : nous allions vendre LA maison. Pincement au cœur, émotion et espérance qu’elle vive une nouvelle saga familiale, qu’elle abrite un nouveau foyer avec naissances, cris d’enfants, heurs et malheurs propres à chaque famille.

Un très jeune couple du voisinage se présenta, qui avait remarqué les volets fermés depuis quelque temps, qui avait appris que le gentil papy veuf qui y vivait depuis plus de soixante ans n’était plus. L’imposante bâtisse attirait leurs regards et ils y projetaient déjà leur jeune bonheur. Tout s’est fait très vite : visite, coup de cœur, re-visite, devis et compromis de vente. Nous n’en revenions pas de leur enthousiasme et de leur confiance. Je leur avais glissé, au cours d’une de leurs investigations : « Cette maison a une âme » et ils en ont été persuadés eux aussi. Infini respect pour les lieux et leur histoire, et promesse d’y vivre dans la continuité d’une vie simple, familiale, honnête. Une petite fille, déjà, allait l’égayer de ses jeux et de ses sourires. (suite…)

Soutenance de thèse

3 juillet 2021 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 7 commentaires

Elle est assise sur un tabouret pivotant dans une élégante robe rouge bien ajustée qui lui va à ravir. Le clavier au bout des doigts – je l’ai vue mettre la dernière main à son PowerPoint ces tous derniers jours passés chez moi. Le coup de stress est derrière elle, elle est prête et déterminée à prouver aux quatre membres du jury et à ses invités présents dans cette salle à l’allure solennelle, famille toute proche et amis bien aimés, qu’elle maîtrise parfaitement le sujet de sa thèse en médecine générale au thème innovant et quelque peu tabou : le vécu des hommes victimes de violences conjugales. Le jury entre, l’assistance retient son souffle et elle se lance dans un exposé d’une vingtaine de minutes qu’elle mène avec brio. C’est limpide, parfaitement préparé et accessible pour un public n’ayant pas le même niveau de connaissances scientifiques qu’elle et ses professeurs et directeur de thèse. Je suis assise tout près d’elle et j’ai confiance. Enfant et adolescente, elle était habituée à évoluer seule ou en équipe devant un jury exigeant sur un praticable de gymnastique rythmique. Et le scénario était toujours le même : tendue et nouée jusqu’aux larmes avant son passage, parfaite et souriante sur le praticable, en pleurs dans les bras de ses entraîneurs dès qu’elle l’avait quitté. Je sais que sa prestation sera parfaite car elle maîtrise son sujet sur le bout des doigts. Quelques questions insidieuses ne suffiront pas à la déstabiliser. Elle conquiert son jury et tout l’auditoire, beaucoup s’interrogeant pour la première fois sur ce sujet délicat des violences conjugales abordé pour une fois dans l’autre sens, avec des hommes victimes dont elle nous a livré des extraits de témoignages poignants.

Le jury s’absente un très court temps pour délibérer tandis que je l’aide à enfiler sa tenue de doctorante.

La mention est à la hauteur des éloges déjà entendus précédemment : Très honorable, avec les félicitations du jury. La voilà admise dans le collège des Docteurs en médecine. Le poids de l’honneur qui lui est fait et de la délivrance du stress la fait instantanément fondre en larmes, et, tournée vers le jury, le dos à son public, elle prononce le serment d’Hippocrate, des sanglots dans la voix, tandis que tous, nous la soutenons dans cet ultime rituel les yeux embués nous aussi.
La salve d’applaudissements, la sortie de la salle, les embrassades avec ses proches, les enchaînements de photos lui rendront son sourire éclatant. En cet instant, elle savoure l’immense soulagement d’être parvenue, dans l’excellence, au terme d’une scolarité toujours studieuse et de dix longues années d’études de médecine tellement éprouvantes et exigeantes. Elle est déjà un très bon médecin généraliste depuis dix-mois, la voilà officiellement docteur, approuvée, encouragée, louée par ses pairs pour sa rigueur intellectuelle et scientifique et ses très profondes qualités humaines.

Je suis tellement fière de toi ma fille, tellement heureuse de ton succès et de cette délivrance que tu peux enfin éprouver, de cet allègement de tes jours à venir qui va te permettre de goûter pleinement l’été, pour une fois depuis bien longtemps.

C’est une route lumineuse et encore pleine de surprises qui s’ouvre devant toi, prends toute la mesure de ta valeur personnelle et sois grâce et secours pour tes patients tout au long de ta carrière, toi qui combles tes deux parents et tous tes proches de fierté et de gratitude !

 

Dessin par : alyeska_art

Aujourd’hui, elle aurait eu 88 ans. Mais sa vie en a décidé autrement. Elle nous fut arrachée il y a onze ans déjà, petite maman…

Née quelques années avant la seconde guerre mondiale d’un mariage improbable entre deux orphelins jetés de bonne heure dans la vie adulte ; mon grand-père m’avait raconté qu’on lui avait conseillé, comme il cherchait une épouse, de se rendre à une vingtaine de kilomètres de là, dans un village où il y avait quatre sœurs à marier. Il alla à la messe dans cette paroisse où il repéra celle qui lui semblait la plus jolie. Le mariage fut conclu en quelques semaines selon lui, mais mon bien-aimé grand-père avait le don de l’exagération, alors je me dis que c’était peut-être quelques mois. Pas très souriants sur leur photo de mariage, mais se connaissaient-ils seulement ?

Il avait choisi la plus jolie mais certainement pas la plus douce. Et elle a passé sa longue vie en disputes avec lui et en maltraitance psychologique à l’égard de leur fille première-née qui n’a jamais compris le pourquoi de ce déferlement de haine à son encontre, elle qui n’était que discrétion et soumission à une quelconque autorité. Notre maman était marquée au fer par ce désamour de sa mère, qui ne se limita pas à son enfance, mais se poursuivit par salves jusqu’à la mort de cette femme autoritaire à 95 ans, autant dire, presque toute la vie de notre petite maman. Qu’avait- elle donc à lui reprocher, sinon sa grande vertu, sa fidélité, son mariage d’amour avec un très beau jeune homme, son existence humble de service et de foi confiante ? (suite…)