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C’était un soir d’insomnie. En 2014. Je m’étais donné la peine d’écrire longuement, dans le menu détail, la quintessence de ma foi méditée au cours de quinze années d’oraison intense. J’avais confié tout cela à un homme d’Eglise respecté que mon propre curé m’avait conseillé comme accompagnateur spirituel. « C’est une perle », me disait-il. Et je parcourais plus de 100 kilomètres en voiture pour aller le voir.
Je lui avais remis les trois ou quatre feuillets en mains propres et j’attendais, anxieuse, sa réaction.
Ce fut celle-ci :

Bonsoir,

Comme vous me l’avez dit, il y a effectivement quelques erreurs théologiques dans les écrits que vous m’avez remis lors de notre dernière rencontre.

Pour apporter plus de clarté et de précisions, je vous invite à faire du catéchisme de l’Église catholique promulgué par S.Jean Paul II, un livre de chevet; chaque soir lisez une page;

et puis je vous invite également à faire connaissance, si ce n’est pas déjà le cas, de l’Évangile en 10 volumes de Maria Valtorta. C’est une mystique du XX° s qui a reçu le privilège de rapporter les faits d’évangile comme si elle était contemporaine de Jésus: un témoignage émouvant et le pape Pie XII disait de ces ouvrages  »qui lira comprendra.. »

en espérant que ces quelques ouvrages pourront vous apporter lumière et consolations en pleine communion avec l’Église.

 

J’étais atterrée et éberluée à la fois de cette réponse. Autant dire que « l’accompagnement spirituel » en resta là.

Dans la nuit, ne trouvant pas le sommeil, je me suis relevée, et j’ai jeté ces mots sur une feuille blanche, pour moi-même :

Le moule est trop étroit pour moi.
Le carcan trop serré.
Trop d’hommes.
Trop.
Une pensée d’hommes, une théologie d’hommes, un catéchisme d’hommes.
2000 ans d’histoire écrite par des hommes. Et approuvée par des femmes soumises pour leur plaire.
S’en référer toujours à des hommes.
Obéir toujours à des hommes.
Avoir toujours pour ultimes juges des hommes.

Qui me comprendra ?
Qui me lira sans s’offusquer ?

Exploser le cadre.

Rassembler. Unir. Faire comprendre.

Seigneur, tu es tellement plus grand que tout ça !
Tes voies sont tellement au-dessus de nos voies, de leurs voies…

Erreurs théologiques.

Ultime conclusion.

Oui, erreurs théologiques.

Mais de quel côté ?

Seigneur, prends pitié de cette âme qui se heurte à tant de murs !

31 octobre 2014

 

Eh bien, aujourd’hui, en mars 2019, je me sens bien moins seule. Le cadre a explosé, pour d’autres raisons, mais il a explosé. Qu’ils ne s’en prennent qu’à eux-mêmes…

Il y a quelques mois, j’écrivais sur ce blog ce billet :

https://www.histoiredunefoi.fr/blog/9784-combat-spirituel-et-consolation-ecclesiale

Sur les réseaux sociaux, suite à un partage, est arrivé un commentaire de la part d’un homme que je ne connaissais pas du tout, ne le comptant pas dans mes « amis ». En voici la teneur :

« Que de conditionnements derrière ces pseudos combats spirituels. La réalité est plus triviale. Mais moins agréable à regarder en face. On se console comme on peut… »

D’emblée, j’ai discerné là le doute absolu sur ce que j’exprimais, le soupçon de délire, le mépris de mon expérience mystique. J’ai commencé à dialoguer avec lui, davantage pour lui faire admettre une autre réalité que pour me justifier. Il se trompait de bout en bout sur mon compte, et je n’avais pas l’intention de le laisser instiller le doute sur ma bonne foi si facile à mesurer dans mes écrits. Nous avons beaucoup échangé, je l’ai même « ajouté » dans mes contacts. Et depuis, c’est une mini guerre larvée. Il provoque sans arrêt les croyants qu’il met « tous dans le même sac », en particulier les chrétiens, lui qui l’a été. Mais il se targue aujourd’hui d’être « libre penseur » et s’octroie le droit du mépris des chrétiens, en particulier des catholiques qu’il a dans le collimateur. L’occasion est trop belle pour lui et les amalgames trop tentants : oui, notre Eglise est à terre, par la faute de certains clercs pervers jusqu’à la pédophilie, l’abus spirituel et l’abus sexuel de religieuses. J’ai regardé hier soir en replay le reportage d’Arte et je suis horrifiée jusqu’à l’écœurement, même si, et mes lecteurs réguliers le savent, je dénonce depuis des années cette gangue de l’omerta qui étouffe l’Eglise catholique depuis bien des décennies. Je n’étais pas très compétente sur la question des abus sexuels, mais les abus spirituels et d’autorité, la non prise en considération de la parole des femmes, je connais très bien, et je les dénonce depuis longtemps à mes dépens. (suite…)

J’ai eu cette chance, petite fille et adolescente, d’être élevée dans la foi par des parents très simples mais profondément chrétiens. Et notre guide dans cette foi, c’était un curé de village qui vivait l’Evangile dans chaque aspect de sa vie. Il ne nous donnait jamais de leçons de morale, n’interrogeait pas sur le catéchisme, ne nous apprenait pas les longues génuflexions, incitait au dialogue vrai d’égal à égal même dans la confession. Il s’appelait Jean, et a été vraiment grâce de Dieu dans nos vies. Il nous a appris à vivre en cohérence avec l’Evangile, à nous soucier du prochain tout autant que de la messe dominicale, à discerner dans nos vies ce qui relevait de l’injustice et qu’il convenait, avec la foi au Christ, de chercher à combattre. Quand je repense à lui, c’est toujours avec gratitude pour la vérité de sa personne, et son très grand sourire est resté gravé en mon cœur pour toujours.
Je lui avais écrit, au soir de sa vie, longtemps après son départ de notre village pour une retraite en d’autres contrées. Il m’avait répondu très chaleureusement : « C’est rare, tant de fidélité ! » Mais je comprends mieux aujourd’hui, dans cette tempête que l’Eglise catholique traverse, que c’est lui aussi qui était une personne rare et précieuse. Quand l’Evangile a pris pour vous, dès l’enfance, le goût de la rectitude et de la vérité, vous pouvez sans aucun mal faire du Christ Jésus un compagnon de route quotidien qui vous éclaire à chaque instant dans tous vos choix personnels.

Jean a été grâce dans ma foi naissante, et le Seigneur a bien voulu doubler cette grâce en me donnant à vivre une vie ressemblant à celle de son Fils, dans une certaine symétrie. Je pourrais n’en plus finir d’évoquer nos existences en miroir. Jésus a eu un papa charpentier, et moi un papa menuisier. Et tous deux, la maman la plus fidèle possible à la foi de ses ancêtres, vivant sa vie de mère de famille dans une très grande humilité.
Nous sommes l’un et l’autre des enfants de foyers modestes. Et nous en avons gardé le goût de la simplicité et l’aversion pour les richesses.
Le même Père, aussi. Jésus est son Engendré, et moi j’ai le droit de me dire Sa fille par le baptême que j’ai reçu à deux semaines de vie.
Une fratrie nombreuse : Jésus a des frères, et moi des sœurs. (suite…)

Bon dimanche, demain !

27 février 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Tous les mardis soirs, elle est là, à la messe de semaine. Son sourire et son bonnet sur la tête, et un pas qui se fait de plus en plus hésitant. Les paroissiennes âgées, contentes de se retrouver là, bavardent un peu avant l’apparition du curé dans le chœur, et elle, elle se met parfois à parler très fort dans ce moment où d’autres tentent de se recueillir déjà dans la prière. Oh, ce ne sont jamais, jamais des méchancetés, mais des exclamations qui étonnent. Chacun se demande si elle n’est pas en train de perdre un peu l’ouïe.

Je la rencontre dans cette église depuis que je me suis intégrée à ma paroisse, cela fait plus de vingt ans maintenant. Elle y venait alors avec son mari, et à eux deux ils formaient un couple phare du village, anciens instituteurs de notre école, aimés et respectés de tous. Plus d’une fois, dans le temps du carême, je suis allée chez eux pour des soirées de débat sur notre foi. Nous y étions toujours reçus avec chaleur et bienveillance.

Puis lui est parti, l’à-Dieu a rempli l’église jusque dans la rue, et tous, nous pleurions.

Elle a continué à venir seule, vaillante et courageuse, ne se plaignant jamais de son veuvage, mais témoignant de sa grande foi en la continuité de la vie de celui qu’elle avait tant aimé et qui lui avait donné cinq enfants. « De là-haut, il me protège encore mieux qu’avant ! » me glissait-elle parfois à l’oreille à la sortie de la messe dominicale.

Je lui dois le plus beau service que j’aie jamais accompli en Eglise : pendant quelques années, à sa suite et sur sa proposition, j’ai donné la communion à l’eucharistie dominicale. Seule femme de la paroisse avec elle à avoir bénéficié un jour de cette belle marque de confiance, j’en garde avec elle un lien particulier. Cette lettre aussi, pleine d’observations détaillées, qu’elle avait rédigée après avoir lu mon manuscrit il y a huit années déjà, et qui m’avait fait si chaud au cœur.
Autant dire que c’est une femme que j’aime particulièrement, tant au niveau de la communauté paroissiale que villageoise.

Mardi, la messe achevée, notre aimable curé vient nous serrer la main, à chacune et chacun. Comme à son habitude, elle appelle sur lui la bénédiction de Dieu, puis lance, très convaincue et rayonnante : « Et bon dimanche demain ! » Il rit et ne rectifie pas. Ce n’est pas la première fois qu’elle le dit, alors nous ne rectifions plus, cachant que cela nous meurtrit un peu intérieurement.

Voilà, elle ne sait plus qu’aujourd’hui, c’est mercredi. Peut-être qu’elle n’espère plus que des lendemains dimanches. Peut-être qu’elle croira maintenant tous les soirs que demain, nous fêtons le Christ ressuscité.

Ô Seigneur, je n’ai qu’une demande : laisse-lui sa grande dignité, et offre-lui, quand tu jugeras le moment venu, un long dimanche heureux qui n’ait pas été précédé par un Vendredi Saint.

Accompagnement spirituel

20 février 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Un parquet ancien, des plafonds hauts, une table ronde avec une nappe en dentelle blanche… Se poser là, déposer, écouter, accueillir, confier, approfondir, rechercher le sens, tracer une direction, mettre en parallèle avec l’Evangile qui nous nourrit toutes les deux.

J’en oublie pourquoi je m’étais privée quelque temps de ce partage si précieux. Les scrupules sont balayés. La relation est toujours là, vive, réciproque, pleine à la fois de respect mutuel et d’amour vrai. Nous avons tant en commun, elle et moi ! Un métier-passion, la foi vivante jusqu’à la consécration de nos vies, l’amour brûlant plus que tout pour le Christ.

J’avais peur de la pousser trop loin dans ses retranchements de loyauté vis-à-vis de l’Eglise, mais non, elle accepte ma parole et ce que j’écris, elle y voit le vrai, elle m’éclaire de son expérience de la vie religieuse, de sa si longue fidélité à ses engagements de jeunesse. Elle dit que je ne suis pas hérétique, malgré le manque d’orthodoxie assumé de ma foi. Elle comprend, elle, que j’ai aussi une foi mariale, même si elle n’est pas conventionnelle, même si je pousse à l’extrême mes questionnements. Elle accepte même que je puisse avoir certains éclaircissements, dans ma prière, que l’Eglise institutionnelle n’a pas forcément.

Alors oui, j’ai bien fait de retourner la voir, de renouer avec le doux rendez-vous de l’accompagnement spirituel. Savoir que je ne chemine pas complètement seule sur les sentiers exigeants de ma foi. Avoir une interlocutrice de choix dans cette Eglise où j’ai parfois été si mal accueillie. Elle, elle comprend beaucoup et ne juge jamais. Précieux regard sur ma vie intérieure, solide main tendue à ma fidélité à mon baptême et à mes vœux personnels.

Nous avons parlé aussi des bruits du monde, des églises profanées, de la lutte pour demeurer authentiques et fidèles aux sacrements malgré tout le mal qui sourd du cœur même de l’Eglise et qui se dit présentement d’elle.

Toute une vie de fidélité à une vocation religieuse, contre vents et marées, en exemple devant moi. Et la suprême liberté qu’elle prend de m’écouter sans se scandaliser.

Ce soir, j’ai envie de rendre grâce. Pour tous ceux qui demeurent, humbles et discrets, dans une grande fidélité à l’appel reçu un jour du Seigneur, Lui notre unique phare et notre ultime amour.