Site de Véronique Belen
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Avec le retour de la pluie, plonger mes mains dans la terre me manque déjà. Je ne pensais pas être gagnée un jour à ce point par la passion du jardinage. Mais entre confinements et temps retrouvé, j’ai été gagnée par cette fièvre qui saisit les jardiniers amateurs du printemps à l’automne.

Quand ma vie était dévorée par le labeur professionnel, je me désolais régulièrement de l’aspect un peu négligé des abords de ma maison. Mais on ne peut pas tout mener de front quand on on a un métier chronophage et qu’on vit en solo. Les vacances suffisaient à peine pour fleurir la terrasse et quelques recoins du jardin, et les week-ends pour tondre la pelouse.

A la faveur de ma liberté retrouvée et du premier confinement, j’ai eu le goût de me mettre au potager. Ma terre caillouteuse est on ne peut plus ingrate. J’ai donc mis en place un potager en carrés surélevés, passant en quelques mois d’un seul carré à sept. Rien que la mise en place était déjà un labeur plaisant. Billes d’argile, terre, compost, terreau, les strates à élaborer me laissaient le loisir d’imaginer des légumes goûteux à la belle saison et jusqu’à la fin de l’hiver. Entre brouettes à charrier et mal de dos, je retrouvais avec jubilation les gestes ancestraux de mes aïeux agriculteurs. (suite…)

Aujourd’hui, c’est le dimanche de la Divine Miséricorde. Nous n’aurons jamais fini d’épuiser les grâces que peut nous offrir la bonté de Dieu dans la contrition pour nos errements et la confession de nos fautes pesantes dans le sacrement de la Réconciliation. J’en ai tant de fois éprouvé la grâce purifiante et libératrice que je ne peux que recommander à mes frères et sœurs chrétiens de ne pas négliger les examens de conscience personnels, et, quand notre péché devient entrave à notre quotidien et à notre progrès spirituel, entreprendre un effort de réconciliation avec la personne avec laquelle nous sommes demeurés en différend, tout comme avec nous-mêmes et avec Dieu si nous l’avons, d’une manière ou d’une autre, offensé. Entrer en confession le cœur lourd et avec des envies de fuite n’est que le début pénible d’une régénération de tout notre être. Et quant à l’impopulaire « pénitence », elle devrait toujours consister à chercher à s’amender auprès du prochain lésé par nos torts. Peut-être cette journée est-elle l’occasion de réfléchir à une offense ancienne ou récente et non solutionnée.

Cependant, en ce jour où je suis dans la joie durable de Pâques, le cœur libre de scrupules et d’acrimonie, remontent en moi des paroles données par des confesseurs variés que je suis en mesure de considérer, avec des années de recul, comme des petits poisons qui m’ont été distillés alors que je me trouvais en posture d’humble confiance. Quoi de plus inconfortable en effet que de faire la confidence de son âme à une personne quasi inconnue, dont on attend avant toute chose qu’elle nous délivre une parole éclairante de la part du Seigneur par l’intermédiaire du ministre censé se faire sa voix pour nous. Le pénitent n’est jamais en position de force, et si j’écris ces lignes, c’est aussi à l’adresse de confesseurs susceptibles de les lire : que ceux-ci ne se permettent jamais de prendre l’ascendant sur une âme pour tenter de la soumettre à leurs vues personnelles. (suite…)

A partir de ce verset de la première lecture d’aujourd’hui dans les Actes des Apôtres 3, je reviens sur une polémique qui a eu cours la semaine dernière sur les réseaux sociaux.

Michel-Marie Zanotti-Sorkine, un prêtre très médiatique qui traîne des hordes d’admirateurs après lui, a cru bon de mettre en ligne sur sa page Facebook et sa chaîne YouTube une homélie qu’il a prononcée le 25 mars 2021 en soutien à la famille de Thomas Philippe, ce dominicain coupable d’abus spirituels et sexuels dont le corps a été exhumé de la propriété de l’Arche pour être inhumé plus discrètement au cimetière de la commune de Trosly. Michel-Marie Zanotti-Sorkine partit dans une homélie dans laquelle il évoquait avec emphase la miséricorde inconditionnelle de Dieu et les grands mérites de Thomas Philippe que nous serions désormais tous coupables d’occulter, tout en affirmant que ce dominicain reconnu coupable de manipulations mystico-spirituelles et d’abus sexuels sur au moins une dizaine de femmes majeures se trouvait assurément « dans les bras de Dieu ». Ceci en laissant planer le doute sur la véracité des témoignages des victimes et sans un réel mot de compassion pour elles.

Face au tollé suscité par cette homélie et sa diffusion sur les réseaux sociaux, avec des centaines de commentaires contrastés entre inconditionnels de ce prédicateur toujours prompts à l’ovationner et vifs témoignages d’opposition à cette prise de parole et à la distorsion des valeurs évangéliques qu’elle contenait, la vidéo a brutalement disparu de la page Facebook et de la chaîne YouTube de Michel-Marie Zanotti-Sorkine, faisant tomber aux oubliettes du même coup tous le commentaires qui y étaient attachés.

Si je reviens sur cette affaire, c’est que le verset cité en titre m’en donne l’occasion. (suite…)

Ce jour est le seul dans la liturgie catholique où l’on fasse mention, au cours du chemin de Croix, de la sainte dont je porte avec reconnaissance le prénom, ce qui n’est absolument pas dû au hasard. Mes parents attendaient un quatrième enfant en six ans de mariage, ils avaient déjà trois petites filles et espéraient tout légitimement maintenant un garçon. Ma mère arriva donc à la maternité avec un prénom masculin dans le cœur – c’était André – et mit au monde sa quatrième fille ! Comment l’appeler ? La famille proche fut mise à contribution pour trouver une idée, et ma bien-aimée tante Irène, la sœur aînée de mon père, une femme pieuse, donnée au Seigneur dans le célibat et toujours au service de son prochain que ce soit dans un hôpital ou plus tard comme aide au prêtre, fit à mon père cette proposition : « Appelle-la Véronique, comme sainte Véronique qui a essuyé le visage du Christ pendant son chemin de Croix ! » Et ainsi fut fait. J’ai toujours su que je ne devais pas mon prénom à une mode des années 60, mais à l’amour de ma tante pour le Seigneur, et à la foi de mes parents. Ce qui donne à une vie un singulier et très beau bagage de départ.

Une trentaine d’années plus tard, je décidai en mon cœur que tous mes Vendredis Saints seraient pour le Seigneur, dans des petits efforts personnels et une assiduité sans faille aux offices de la Passion, ce que le statut concordataire d’Alsace-Moselle où ce jour est férié m’autorisait avec bonheur. Longtemps, j’en ai fait un jour de tâches ingrates et de grande piété. Il m’apparaît à présent que je le dois aussi à mes frères et sœurs en humanité, et en particulier à ceux qui souffrent et versent larmes de désespérance et de sang. (suite…)

Par ce billet, je ne veux aucunement minimiser le « Oui » de Marie à l’incarnation du Verbe de Dieu en son sein que nous commémorons aujourd’hui en la fête de l’Annonciation. Cet événement fondateur de la foi chrétienne nous rend redevables à jamais à Marie pour son ouverture spirituelle et corporelle au projet divin. Je suis de ces chrétiens qui ne fléchiront jamais à affirmer que Jésus est bien le Fils de Dieu et qu’il n’a eu aucun géniteur masculin.

Je voudrais plutôt interpeller les catholiques et en particulier les hommes d’Eglise qui se gargarisent de la sainteté insurpassable de Marie en restant souvent aveugles à l’abnégation de leurs sœurs en humanité – passées ou leurs contemporaines – au quotidien depuis la nuit des temps. Le culte à Marie reste encore bien trop souvent l’occasion masquée de passer sous silence voire de mépriser les mérites de toutes les autres femmes.

Car à bien y regarder en tant que femme, on peut mettre en évidence quantités de « Oui » que nous avons à formuler tacitement depuis l’enfance.

Naître fille, dans bien des cultures, c’est encore dire oui à la disgrâce de ne pas être, aux yeux de l’entourage, un petit mâle. Et ne nous voilons pas la face : même dans notre société, qui n’a jamais entendu parler de la « fierté » d’avoir mis au monde un garçon, d’avoir engendré un garçon en tant que mère, en tant que père ? Quel choix de sexe posent les parents dans ce pays où il est recommandé d’avoir un seul enfant ? Vont-ils avorter du garçon au profit d’une fille ?

La fillette grandira dans la nécessité du oui aux quolibets de ses pairs masculins : « Je ne veux pas mettre ça, ça fait fille !  » « Mais maîtresse, on veut jouer au foot entre garçons !  » Rires satisfaits pendant les leçons de grammaire, quand ils apprennent que « Le masculin l’emporte sur le féminin » et humiliation généralisée des filles. Que dire simplement de l’expression « C’est un garçon manqué » ? Qui a jamais dit d’un garçon : « C’est une fille manquée » ? On dira : « Il est efféminé », ce qui est péjoratif par le seul fait d’évoquer la féminité, alors que le garçon non « manqué » est tout simplement un garçon. (suite…)