Site de Véronique Belen
Header

Blog

Retrancher la folie de ma foi

9 février 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 3 commentaires

La délicate et talentueuse théologienne et essayiste Monique Durand-Wood me pardonnera de m’inspirer du titre d’un de ses magnifiques livres pour rédiger ce billet. J’avais parlé de son ouvrage ici :

https://www.histoiredunefoi.fr/blog/3726-ajouter-foi-la-folie

Aujourd’hui, je lance un appel pressant à ceux qui me lisent. J’aimerais que l’on ne considère plus mes écrits comme émanant d’une personne peu équilibrée psychiquement, pour ne pas dire malade mentalement. Je m’en explique.

J’ai fait le choix difficile et coûteux, dans mon récit « Histoire d’une foi », de ne rien occulter de mon parcours spirituel de la toute petite enfance à l’année 2011. J’avais rédigé ce témoignage de façon chronologique, et je dois dire que la chapitre « La maladie » a été le plus difficile à écrire, j’ai dû affronter ma propre pudeur et mes résistances intérieures pour accepter de l’inclure et de le diffuser. Mais bien évidemment, sans ce chapitre-là, mon témoignage de vie et de foi perdrait beaucoup de son sens. Et cependant, c’est bien de ma foi que j’ai voulu de bout en bout témoigner, de même que je n’ai pas fait depuis 2012 de ce site internet un lieu de débat sur la maladie mentale.

Alors je dois dire aujourd’hui que quand on me réduit encore à une pathologie mentale qui a traversé ma vie, j’en suis blessée et je ressens de l’injustice. Je me souviens très bien de la réaction du premier prêtre qui a lu mon manuscrit : « Vous êtes d’une grande lucidité. » Oui, j’étais en voie de résilience à l’époque, et aujourd’hui, huit ans plus tard, je considère, et j’aimerais qu’on le sache, le trouble mental comme un épisode qui est très loin derrière moi. Je demeure sous traitement médical, oui, je ne m’en cache pas, mais justement, vais-je dire, une personne efficacement soignée pour des variations chroniques de l’humeur est bien plus équilibrée, quand le traitement est parfaitement adapté sur le long terme, que n’importe quel individu en proie à ses propres névroses non résolues. J’ai suivi aussi une très longue psychothérapie qui m’a permis de me connaître moi-même bien mieux que la moyenne, j’en suis certaine, et de résoudre en moi des blessures nombreuses et diverses qui n’affectent plus aujourd’hui ma sérénité quotidienne. Il y a, dans ma vie bien assumée, peu de questions béantes que je n’aie affrontées courageusement, très peu de dilemmes intérieurs non résolus, et pratiquement aucune histoire d’amour ou d’amitié qui n’ait été interrogée et résolue jusqu’à son terme apaisant. De même qu’en famille, j’ai des relations affectueuses et chaleureuses avec absolument tout le monde.

Alors, amis lecteurs, imaginez ma peine quand je songe à l’Eglise catholique qui a dans son arsenal de « discernement spirituel » des clauses qui excluent de toute attention les personnes ayant présenté un jour des « troubles psychiques ».
Imaginez ma révolte quand, sur le net, des interlocuteurs anticléricaux voire christianophobes me considèrent avec condescendance, me jettent à la figure des soupçons de « névrose chrétienne », se gaussent de ma consécration au Seigneur comme relevant d’un état de vie pathologique et de ma lucidité quant au péché intrinsèque de l’homme comme de la misandrie de pauvre fille ayant des problèmes non résolus avec la gent masculine. Je tairai l’expression française détestable qui leur vient forcément à l’esprit.

Chers lecteurs, je suis une chrétienne ardente et convaincue que jamais rien de plus beau ne fut donné à l’humanité que la vie et la parole du Christ Jésus au milieu des hommes et des femmes de sa génération. Et si je crois comme à la première des évidences à sa résurrection, c’est que sa parole et sa présence vivantes m’habitent tous les jours de ma vie, depuis bien des années et même depuis presque toujours. Alors, enfin, je voudrais que l’on retranche les soupçons de folie de ce qui, en moi, n’est que foi brûlante et besoin irrépressible d’en témoigner.

Mon credo œcuménique

26 janvier 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Alors que s’achève la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, je songe à tous les obstacles qui se dressent encore entre nos églises et nos temples, à cet immense gâchis de nos divisions qui affaiblissent la portée de l’Evangile du Christ Jésus. J’ai le souci du rapprochement œcuménique chevillé au cœur depuis de longues années, peut-être parce que je vis en des terres où étant catholique, on croise tout autant de protestants, mais pour ne se rencontrer en prière que quelques fois par an, malheureusement. Si l’Eglise catholique scrutait de près mes écrits, elle pourrait me considérer comme hérétique et en un autre siècle, j’aurais certainement déjà été excommuniée. Je fais fi de ce risque et je continue à proclamer ma foi immense en Dieu Trinité, en l’Evangile et en la continuité judéo-chrétienne de la Révélation. Et ainsi, j’ose proclamer en ce jour mon credo œcuménique inspiré librement du symbole des Apôtres :

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre
Et en Jésus Christ, son Fils, notre Seigneur
qui a été conçu sans intervention d’un homme,
est né de Marie qui était vierge à sa conception,
puis épouse de Joseph et mère de la fratrie de Jésus.
Il a annoncé l’Evangile authentiquement consigné dans les Ecritures
et accompli des œuvres belles.
Il a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié,
est mort et a été enseveli ;
le troisième jour est ressuscité des morts,
est apparu à Marie de Magdala et quelques disciples,
est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
d’où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l’Esprit Saint, la Ruah conçue elle aussi du Père,
essence féminine de Sagesse,
répandue sur les âmes de ceux qui croient au Dieu Eternel,
sœur du Christ depuis les entrailles maternelles du Père,
appelée à s’incarner elle aussi à la consommation des siècles
par la grâce du baptême.
Je crois en l’Eglise universelle des disciples du Christ,
à l’intercession des saints,
au pardon des péchés en Jésus-Christ,
à sa présence réelle dans l’Eucharistie,
à la résurrection de la chair au jour du jugement dernier
après le retour du Christ en Gloire,
à la vie éternelle des rachetés par la foi et les œuvres de justice.

Amen

Quand le calendrier prend un an, quelques jours plus tard, je prends une année aussi. Et ainsi, entre les vœux de Nouvel An et d’anniversaire, je peux déborder début janvier de gratitude pour la fidélité et la richesse intérieure de mes amis.
Il y a cette femme de laquelle je pourrais sembler si différente. Dans une école, il y a plus de vingt ans, elle avait en charge les élèves les plus en difficulté, et moi une sorte de petite élite que notre région avait voulu créer. J’arrivais d’autres horizons, naïve, je voulais avec fougue œuvrer pour l’Europe, tandis que les parents qui inscrivaient et inscrivent encore leurs enfants dans ces filières bilingues avaient des intentions bien moins nobles.
Nous nous sommes rapprochées à l’occasion des obsèques de François Mitterrand. Oui, c’est vrai, je peux le dire, j’étais bouleversée par sa mort, lui qui avait symbolisé l’espérance de mon humble milieu social dans les années quatre-vingts de ma jeunesse. Ne retenons que cela. Elle aussi était très chagrinée, et je nous vois encore faire front devant un collègue qui se moquait un peu de nous : « Vous portez le deuil pour un si grand homme ? »
Une complicité était née, qui allait se traduire en profonde amitié. Jusqu’à lui faire la demande, un peu plus tard, d’être la marraine de mon troisième enfant. Elle accepta d’emblée, avec le baptême religieux et tout ce qui en découlerait, alors qu’elle est profondément athée. C’était touchant de les voir, elle et le parrain, si éloignés tous deux de la foi chrétienne, tenir avec amour entre leurs bras la délicieuse petite fille qui voyait l’eau couler sur son front, la lumière des cierges s’allumer autour d’elle, et se faisait les dents pendant la cérémonie sur son chausson blanc.
Je sais, en Eglise, je ne fais rien dans les normes. Mais quelle heureuse initiative que ce lien créé ce jour-là entre ma fille et elle, entre ma famille et la sienne ! Et force est de constater que vingt ans plus tard, elles ont bien des atomes crochus, le filleule et sa marraine !

Moi aussi, j’en ai beaucoup avec elle. Dans une conversation mondaine, on pourrait être en désaccord sur à peu près tout. C’est ce qui est remarquable dans notre amitié. Mais nos conversations ne sont jamais mondaines, et là, dans l’intime de chacune de nos vies, nous nous rejoignons. Elle a pour moi des mots très forts que personne d’autre n’ose avec moi. Je les accueille toujours comme un merveilleux cadeau. Et j’ai pour elle une tendresse qui résiste à tous les écueils. Elle m’a accompagnée quand j’étais au pire de ma vie, amie fidèle et sans jugement, et nous pouvons tout partager de nos grandes joies et de nos grandes peines. Dans le respect plein et entier de la personne qu’est l’autre. C’est très beau. Je le lui dis, à elle et à une autre grande amie non-croyante aussi : je me sens plus à l’aise avec elles qu’avec nombre de catholiques convaincus. Et pourtant, Dieu sait si je suis une fervente chrétienne !

Un jour, et je n’oublierai jamais, elle a d’ailleurs eu pour moi ces mots qui surpassent tous les autres : « Je t’aime parce que tu es authentique ».

Je n’ai besoin de rien de plus. Et moi aussi, je l’aime pour son authenticité, elle l’athée convaincue qui ne cesse d’être grâce dans ma vie.

Mon milieu : la forêt

9 janvier 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

En méditant l’évangile d’aujourd’hui (Marc 6, 45-52) avec cette scène célèbre mais assez stupéfiante de Jésus qui marche sur la mer, je me dis qu’on n’a vraiment pas eu les mêmes milieux de prédilection, lui et moi. Lié à la terre qui l’a vu naître, il circule beaucoup dans des endroits arides, proches du désert, ou alors dans les terres plus hospitalières qui bordent les fleuves et les lacs. Je ne suis jamais allée en Terre Sainte, mais je me figure ces territoires bien plus secs et pauvres en végétation que ne l’est mon milieu vert et boisé du nord-est de la France. De nombreuses scènes de l’évangile nous transportent près du lac de Tibériade, où Jésus appelle des pêcheurs, leur procure des pêches miraculeuses, prêche sur une barque ou marche sur l’eau! L’évangile est tout plein de ces scènes liées à son milieu de vie. Et en marchant sur la mer, il montre son étroite proximité avec le Père, Lui qui est le créateur et le maître de tous les éléments. Ce qu’aucune créature ne serait capable de faire, le Christ Jésus le peut, à la grande stupeur de ses disciples qui n’ont toujours pas compris, malgré la multiplication des pains, sa filiation divine.

Pour moi, je suis née et je demeure très loin de toute mer. Il faut prendre la route pour une journée pour l’atteindre. Aussi n’est-ce pas du tout un milieu qui me soit habituel. Je vois la mer, parfois, pour un court temps de vacances. Je la trouve belle et apaisante. Mais je la redoute aussi : j’ai déjà failli m’y noyer, un jour d’imprudence, alors que j’étais déjà maman de trois enfants. Depuis, je garde mes distances avec elle. Je sais qu’elle pourrait me ravir la vie autant qu’elle ravit mes yeux. Et si je dois aller au-delà des mers, je préfère les survoler en avion que d’embarquer sur un bateau. Souvenirs pas très agréables non plus de traversées de la Mer Egée en ferry… (suite…)

La coquille

3 janvier 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

L’occasion des vœux du Nouvel An est celle de prendre des nouvelles d’amis proches ou plus éloignés géographiquement et quotidiennement. J’aime le moment où arrivent les réponses, auxquelles on donne suite en posant quelques questions plus personnelles. Le lien se renoue.
Ainsi, cette amie m’écrit, et je devine derrière ses mots rapides qu’elle a peut-être quelque chose de plus profond à confier. L’encourageant à le faire, je conclus, ne me rendant compte de la coquille qu’une fois le mail parti :

« Je t’embrase ».

Et alors me revient comme une vague le souvenir brûlant d’une grâce insigne reçue à l’occasion des vœux de Nouvel An, il y a plus de vingt ans. Une autre amie m’envoyait, sans aucunement se douter de l’effet que cela produirait sur moi, un livret méditatif pour bien commencer l’année. Je cite ici mon témoignage « Histoire d’une foi » à la p 28 :

 

A la dernière page, la photo d’une bougie de faible lueur dans la pénombre. Et le livret se termine sur cette pensée (je traduis de l’allemand) :

« Souvent, tu te dis que ce que tu fais, les autres ne le font plus depuis longtemps, ce pour quoi tu te bats, les autres l’ont abandonné depuis longtemps. (…)

Mais si tu y regardes vraiment bien, ta présence est indispensable et importante. Ton enthousiasme, ton élan, ton énergie sont comme la lumière dans l’obscurité… (…) Ce feu en toi n’est pas le fruit de ton propre effort. Un « Autre » l’a déposé en toi et t’a appelée à briller et à répandre de la chaleur. Entretiens-le fidèlement en toi, comme ton plus grand trésor. Bien sûr, tu ne vas pas embraser le monde entier avec ça, mais tu seras un signe visible que tu existes, – et pour Celui qui a allumé cette flamme en toi . »

Je tombe à genoux et je pleure à chaudes larmes. Une seule parole me vient :

« Tu me veux, c’est ça, Tu me veux ? »

Je me sens vaincue…

©Histoire d’une foi          Véronique Belen

(Citation : traduite de Andreas Pohl « Wenn du genau hinschaust »)