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Si vous me croisez un jour dans une église hors temps de messe, à coup sûr j’aurai le nez en l’air et je serai en train de capturer la lumière des vitraux avec mon appareil photo. Les vitraux sont la merveille des églises, cathédrales et basiliques. Les plus contemporains nous envoient des flots de lumière colorée, les plus anciens racontent merveilleusement la Bible et l’histoire sainte.
Je ne les contemple pas en historienne, je n’aimerais même pas suivre une visite guidée à ce sujet, même si les comprendre mieux m’intéresserait. Non, je les contemple en contemplative. Ceux de la Sagrada Familia à Barcelone m’ont laissée en extase il y a quelques jours. Il faut dire que je la visitais au soleil couchant, et que les couleurs chaudes étincelantes côté ouest rendaient l’intérieur de la basilique particulièrement somptueux.

J’aime aussi capter la beauté et le mystère des vitraux figuratifs. Ils racontent une longue histoire que tant de chrétiens et de touristes ont tenté de comprendre à travers les âges ! Les vitraux nous parlent des personnages bibliques et des saints encore bien mieux que les statues, qui ont parfois quelque chose d’un peu ostentatoire ou même de mièvre qui m’incommode. Et puis, en photo, c’est indiscutable, les vitraux rendent bien mieux que les statues. Emotions d’une journée ensoleillée, joie d’une messe en plein jour qui allie l’éclat des cierges à celui de l’œuvre des maîtres verriers, quand la lumière entre à flots et coïncide avec le murmure du cœur en état de grâce.

Bénis soient tous ceux qui ont créé avec amour et talent des vitraux pour nos lieux de culte. Personnellement, je ne me lasserai jamais de les admirer, partout où je passe, et Dieu sait à quel point j’ai du mal à me trouver à proximité d’une église sans y entrer !

Question de confiance

24 avril 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

La foi, c’est d’abord une question de confiance, et dans trois directions : confiance en Dieu, confiance en ses témoins, confiance en soi-même. Si l’une de ces trois dimensions de la confiance manque, on est facilement dans le doute, mais on peut encore s’appuyer sur les deux autres. Manque-t-il deux voire trois dimensions à la confiance, on risque de vraiment perdre la foi et de se laisser séduire intellectuellement par tous ceux qui ont intérêt à ce qu’on chancelle.

La confiance en Dieu est certainement la plus difficile à garder. Dieu que l’on ne voit pas, que le plus souvent on n’entend pas, que parfois l’on ne sent pas. Dieu qui est tellement malmené dans le monde contemporain, qui est tellement galvaudé, qui est tellement défiguré par les idées fausses qui sont véhiculées sur lui. Dieu qui se cache et aime à se laisser chercher. Dieu qui se retire parfois volontairement d’une âme, même très pieuse, pour l’éprouver au creuset de la solitude et de la déréliction. Dieu qui veut mieux que l’adhésion formelle à des dogmes ou à des doctrines, Dieu qui espère de l’être humain de la quête, du désir, de l’amour. Trouve-t-il cela, authentiquement, il finit par se donner au-delà même des espérances de l’âme qui a véritablement aspiré à le connaître. Dieu ne reste pas caché pour toujours. Au détour du chemin ardu de l’espérance, dans le saut dans le vide qu’est la pari de la foi, Dieu s’offre pour des retrouvailles amoureuses brûlantes avec sa créature.

Pour avoir confiance en Dieu, il faut déjà une certaine idée de ce qu’il est et de ce qu’il a dit. Et là, il est nécessaire d’avoir confiance en ceux qui témoignent de lui : ceux qui l’ont connu, cherché, étudié avant nous. Les prophètes du Premier Testament dont les paroles sont intemporelles et si édifiantes, ceux qui en ont dit des choses justes et élevées, ceux qui ont consigné ces paroles dans le canon des Ecritures. Faire confiance au Christ Jésus et à ses témoins authentiques. Un verset de l’Evangile, une épître de Paul ou d’un autre auteur du Nouveau Testament, un passage des Actes des Apôtres pourront parfois plus pour notre foi que n’importe quelle leçon de catéchisme apprise pieusement – ou non – dans l’enfance. Refuser de lire les Ecritures, c’est s’enfermer dans le risque de ne jamais comprendre la quintessence de Dieu. Ne jamais ouvrir une Bible, c’est se priver du plus grand trésor de l’humanité, c’est à coup sûr s’exposer soit à une foi approximative, soit au doute voire à l’ignorance.

Enfin, la foi en Dieu requiert aussi la confiance en soi-même. Car ils ne manqueront pas autour de vous, tous ceux qui chercheront à renverser votre foi, à mettre autre chose à la place, à vous prouver que leurs idées de créatures valent mieux que le choix de la foi que vous avez librement posé. Ils ne manqueront pas, ceux qui prétendront vivre mieux que vous sans attendre quelque chose de Dieu. Ce n’est pas parce que ceux-là sont majoritaires, notamment dans notre pays de la raison raisonnante, qu’il faut en venir à douter de soi-même quand on a son ancrage en Dieu, sa Parole voire ses sacrements. Avoir confiance en soi est aussi la quête de toute une vie. Et là où Dieu s’est plu à faire grâce, il n’y a plus lieu de douter, ni de Lui, ni de ses témoins, ni de soi-même si on est résolu à marcher sur la voie de la sainteté, en se nourrissant de l’exemple du Christ et de toutes celles et ceux qui se sont configurés à lui au long des siècles. Puisons dans l’histoire sainte l’exemple de ce qui manque à nos propres vertus.

Alors, dans cette triple confiance en Dieu, ses témoins et soi-même, nous résisterons à toutes les manœuvres des esprits chagrins et malins qui, tout en dénigrant notre foi, ne font rien d’autre qu’ambitionner de la renverser par pure jalousie. N’oublions pas non plus que plus notre foi sera forte, affirmée et abreuvée de la grâce, plus les ennemis seront nombreux et redoutables autour de nous. Mais la confiance est réciproque entre Dieu et ses créatures : quand il se plaît à combler une âme de bienfaits spirituels, il l’envoie très sûrement dans sa vigne, avec une grande confiance en elle. Il ne lui épargne pas les obstacles, mais lui donne toujours les moyens de les surmonter.

Image : Le Christ et saint Thomas, Cathédrale Notre-Dame de Paris

On n’y entre pas comme on veut, et je mesure ma chance. Trente-cinq ans que je n’étais plus allée à Barcelone, et le cœur de mon court séjour de cette Semaine Sainte devait être ma visite de la Sagrada Familia. D’elle, je n’avais vu dans les années quatre-vingts qu’une façade, le reste n’était pas encore construit. Le rêve de Gaudi s’était interrompu tragiquement sous un tramway. Mais Barcelone a eu à cœur de poursuivre ce gigantesque chantier architectural et mystique de l’humble génie qui était aussi un homme d’oraison. Quelle émotion au matin, d’abord, quand j’ai visité la maison où Gaudi a vécu quelques années, au parc Güell ! Sa chambre, dépouillée, son lit étroit, mais un beau crucifix au mur et un prie-Dieu en-dessous. Et encore, à côté de cette chambre, un oratoire qui l’invitait à la prière… Ce n’est pas si souvent qu’on peut pénétrer ainsi dans l’intimité spirituelle si touchante d’un architecte de cette envergure.
Et donc, ayant réservé mes billets à l’avance, j’ai pu pénétrer dans la basilique presque achevée de nos jours de la Sagrada Familia. On ne choisit pas le moment : c’est un rendez-vous fixé selon le jour de votre présence. Lundi 15 avril à 18h45, spécifiait mon billet de réservation. J’y suis arrivée un peu en avance et n’ai pas eu à faire la queue. A l’entrée, d’abord, le stress : des portiques de sécurité exactement comme pour prendre l’avion. Mettre son sac, sa veste et quelques effets personnels dans un bac qui sera scanné, passer sous le portail de détection et éventuellement être fouillé… L’instant devient solennel. Le téléphone sur silencieux, comme à chaque fois que j’entre dans une église.

Et là, soudain, l’émerveillement absolu. Dans la lumière déjà basse d’un soleil généreux, l’immense basilique chatoyait de couleurs éclatantes émanant des vitraux innombrables se reflétant sur les voûtes et les parois. Beauté intraduisible par mes pauvres mots, et le flot de touristes, comme moi, qui respectait un quasi silence, les yeux écarquillés dans toutes les directions, car partout il se trouve quelque chose à admirer. Les appareils photos tentent de capter sans bruit un échantillon de cette éblouissante lumière colorée qui inonde de partout. Je suis restée ainsi en extase près d’une heure, et m’est venue cette pensée qui m’a presque serré le cœur : « Seigneur, tu le sais, je ne désire rien davantage que d’être près de toi, dans ce Royaume bientôt offert dont la rançon sera de tout quitter pour l’inaugurer avec toi, mais si tu pouvais faire quelque chose pour que nous emmenions avec nous ce joyau qu’est la Sagrada Familia ! »

J’ai contemplé encore longuement les sculptures extérieures, profondément émue de ce travail remarquable, et quitté à regrets l’enceinte de la basilique. Je savais que juste à côté, il y avait un point Wi-Fi, et mon téléphone s’est mis à m’indiquer un flot de messages. J’ouvre celui de ma sœur, et là, je lis, totalement incrédule : « Notre-Dame de Paris brûle, incendie. » Et tous les autres messages qui disent la même chose… Il est environ 19h30. Je ne sais plus si je dois pleurer d’émotion artistique ou de chagrin, je voulais offrir à tous mes amis ma plus belle photo de la Sagrada Familia, et tous déjà ne parlent plus, horrifiés, que de Notre-Dame ravagée par les flammes.
Vite, rentrer à l’hôtel, allumer la télé, il n’y a qu’une seule chaîne en français, et je découvre les images terribles de l’incendie qui fait rage déjà au soir tombant. Stupeur, désolation, je revois ma pérégrination de juillet à Notre-Dame, toutes ces photos que j’ai prises aussi alors, dans tous les recoins, émerveillée de tant de trésors que je n’avais jamais eu l’occasion de contempler aussi longuement. Notre-Dame de Paris en feu, l’inconcevable se déroule sous mes yeux à la fois ébahis et en larmes. Et je n’ai que mon pauvre téléphone pour partager mon effroi avec mes proches…

Je ne vais pas polémiquer sur les jours suivants. Le prince Argent est de retour… Bref.

Il me reste au cœur la pensée que j’avais en quittant la Sagrada Familia : c’est difficile de se séparer d’un très beau patrimoine. Le patrimoine nous cloue plus sûrement au sol que n’importe quoi d’autre. Combien de nos contemporains sont dévorés de jalousie pour leur propre patrimoine, et rendus incapables de ce fait d’avoir une pensée qui s’élève !

Reconstruire Notre-Dame pour les « générations futures ». Noble cause. Mais à l’intérieur de moi s’insinue une parole de Jésus :
« Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Luc 21, 6

Si on ne comprend pas où je veux en venir, il suffit de lire la suite du chapitre 21 de saint Luc, ou encore Matthieu 24 et 25.

Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises.
Apocalypse 2, 7

Cette veste-là, je ne la porte qu’au printemps. Et puis pas tous les jours, parce que je suis comme ça, le dimanche je me fais un peu plus belle pour retrouver mon Bien-Aimé à l’eucharistie. J’ai donc quelques vêtements « du dimanche », et cette veste-là en fait partie. Demi-saison, et donc, très souvent, je la porte les semaines qui précèdent et suivent Pâques. Tant et si bien qu’en la ressortant du placard il y a quinze jours, j’ai trouvé au fond de la poche un tout petit lapin en chocolat…

Mais cette veste marron, elle a encore une valeur bien plus haute pour moi : elle appartenait à maman. Mon père, à l’époque, avait dû insister pour qu’elle l’achète : elle a été très modeste toute sa vie, et elle trouvait ce vêtement trop coûteux pour elle. « Mais si, fais-toi donc plaisir pour une fois », avait insisté papa. Et par la suite, elle l’a très peu portée, cette veste. « Trop dommage », cela a été  le refrain de toute sa vie au sujet des beaux vêtements.

Un ou deux ans avaient passé depuis son décès. Papa m’a dit : « Prends-là donc, cette belle veste, c’est dommage de la laisser dans l’armoire… »  Mes sœurs étant trop fines pour la porter, elle m’est donc revenue. Et c’est religieusement que je la mets, le dimanche, enveloppée comme par la peau de ma maman.

Dans cette veste, j’ai déjà versé bien des larmes, quand je pensais à elle, et quand, après elle, d’autres êtres chers sont partis… souvent vers la Semaine Sainte, d’ailleurs, c’est vrai, elle est comme ça, ma vie. Presque chaque année, j’ai une Pâque à vivre. La première fois que j’ai pleuré dans cette veste, j’ai mis la main dans ma poche, et j’ai senti, tout au fond, un petit bout de tissu : un petit mouchoir jaune, bien propre, plié et repassé, comme maman en avait dans tous ses manteaux. Lavé, repassé, plié par ses soins. Il est pour moi comme une relique : jamais je ne m’en sers, et jamais je ne le sors de cette poche. Mais je sais qu’il est là, et quand les larmes montent, je fourre ma main dans ma poche et je serre le petit mouchoir jaune. « Maman, aide-moi à vivre ce nouveau deuil… Maman, toi qui es dans la lumière, intercède pour cet(te) aimé(e) qui souffre… »

Ce matin, à la messe, je l’ai serré très fort au fond de ma poche, le petit mouchoir jaune, parce que je n’avais pas de nouvelles de mon meilleur ami depuis qu’il m’avait dit partir pour les urgences, parce que je le sais, il est criblé des maladies les plus graves et en sursis depuis des années, parce que je me suis déjà abîmée en des heures de prière et d’intercession pour qu’il vive encore et que la mort ne me l’arrache pas, pas encore, non, pas cette fois, vraiment pas… Ce matin, j’ai dit à maman, par le petit mouchoir jaune, que j’étais prête désormais, que s’il était trop fatigué de vivre et de souffrir en continu, j’allais enfin me résoudre à le laisser partir. Mais maman, je t’en supplie : pas comme tu es partie, toi, si brutalement. Pas sans pouvoir lui dire mon amitié, mon affection, mon au revoir. Pas sans que l’aie revu et eu une vraie conversation d’à-Dieu avec lui.

Et là, je te fais une promesse, maman : quand j’irai le voir, mon ami, j’aurai sur moi le petit mouchoir jaune. Et s’il pleure, et s’il sue, je le lui tendrai. Et il ne partira pas sans avoir goûté une dernière fois à la douceur de ma présence, à cette ultime amitié si pure qui se vit, qui se dira pleinement, et qui ne mourra jamais. Même si je dois pleurer toutes les larmes de mon corps en le quittant, cette fois-ci.

Ce fut une constante dans ma vie : souvent, les faits m’ont donné raison, mais longtemps après que j’eus émis des réserves sur tel ou tel phénomène, fait de société, engouement pour une idée ou une personne, et d’autant plus quand le fait était ecclésial ou religieux, et la personne bien en vue spirituellement.

Bien évidemment, je ne prétends pas avoir raison dans des domaines dans lesquels je suis plutôt incompétente : les sciences, les technologies, en gros tout ce qui touche au monde des objets, de la production technique humaine.

Mais en ce qui concerne l’âme humaine et le discernement des esprits, je revendique mon acuité.
Je me souviens simplement d’une lettre envoyée à une abbaye en 2000, dans laquelle j’exprimais des expériences spirituelles personnelles et mon aversion pour le clinquant du Vatican. C’était au moment du Jubilé de l’an 2000 où Jean-Paul II apparut devant la « Porte Sainte » dans une riche chasuble chamarrée qui m’avait profondément incommodée. J’avais osé écrire à ces bénédictins que le Christ revenu sur terre ne s’assoirait pas sur le trône du Vatican et se préoccuperait avant tout des pauvres et des petits, que les richesses du Vatican étaient sur sa tête comme une couronne d’épines. Scandale que cette lettre ! Toute la communauté me rejeta.
Or, quand parut le pape François le 13 mars 2013, il refusa d’aller vivre ailleurs qu’à la maison Sainte Marthe et force est de constater que le discours papal a changé, et que ce pape-là ne visite pratiquement que des pays déshérités… sans chaussures rouges. J’arrête là ma comparaison.

De même, dès que j’ai eu internet, en 2004, j’ai découvert avec stupéfaction la nuée de faux prophètes qui sévissaient sur la toile. J’ai combattu autant que je pouvais les allégations de « dictée céleste » de Vassula Ryden, qui avait alors le vent en poupe. J’étais tournée en ridicule sur les forums catholiques faisant bon accueil à ses écrits. En 2011, je m’en ouvrais à mon évêque. En 2012, enfin, elle fut persona non grata en France de la part de l’Eglise catholique pour ses rassemblements de conférence-prière fort douteux.

Me reste l’espoir que je serai entendue aussi quant à Medjugorje et ses fausses apparitions que je combats avec l’énergie du désespoir devant tant de chrétiens et de clercs séduits et abusés. Fadeur des messages, fausse piété et fausse paix intérieure, illusion d’une Vierge Marie qui va convertir la terre entière, miséricorde feinte qui cache beaucoup de mépris envers ceux qui s’opposent à l’extension de ce faux sanctuaire, tout y est. L’empreinte même du Diviseur. Et comment ne pas voir à quel point l’Eglise catholique est divisée sur cette question !

Alors aujourd’hui, je sais que je mets mal à l’aise ou que je suscite soupçons de délire ou de mystification quand j’annonce sans plus faiblir que le Christ est à nos portes, que le Jugement est tout proche et le Royaume qui lui sera consécutif aussi. Je sais que je ne suis pas du tout suivie dans cette prophétie et que je suscite de la jalousie spirituelle quand j’évoque ma propre place tout près du Christ Jésus à son retour, mais je l’annonce néanmoins, car j’ai gagné, grâce au Dieu Trinité – qui Lui seul justifie – confiance en Lui et aussi en moi.

Avoir raison trop tôt n’a jamais signifié avoir tort.

 

Image : Ouverture de la Porte Sainte par Jean-Paul II,    2000