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La bouteille d’Armagnac

3 février 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’avais 17 ans et j’étais en vacances dans le chalet de montagne de ma tante et de mon oncle, avec mes bien-aimés cousin et cousines. Randonnées mémorables, moments joyeux avec tous les enfants qui peuplaient ces chalets l’été, raclettes au feu de cheminée, le fromage piqué sur un gros clou sur une planche de bois, chacun attendant son tour quand mon oncle passait son couteau sur le délice ainsi fondu…
Nous étions allés faire de grandes courses et mon oncle s’était réjoui d’une bouteille d’Armagnac qu’il s’était offerte pour la déguster en soirées avec les voisins. Au retour, j’aidais à ranger les victuailles, et voilà que la bouteille d’Armagnac m’échappe des mains et se brise violemment sur le carrelage du chalet. Confusion extrême, et courroux de mon oncle. J’aurais voulu disparaître.

La nuit, je dormais sur la mezzanine ouverte sur le salon. Mon oncle et ma tante recevaient des amis, et je l’entendis, lui, se plaindre encore de ne pouvoir servir le précieux Armagnac que sa nièce malhabile avait gâché. J’étais morte de honte, mais j’entendis ma douce tante, toujours bienveillante, lui demander de cesser avec cette histoire.

Ainsi va la vie. Quelques années plus tard, c’est leur histoire d’amour qui a cessé, douloureusement, et plus proche que jamais de ma tante, en grandissant, j’ai partagé avec elle maintes confidences. Celui qui avait tout de même été longtemps notre oncle manquait par moments à notre famille, c’était une très forte personnalité, un hyperactif charismatique et très drôle mais parfois tyrannique aussi. Je partageais la douleur de mes chers cousin et cousines quand, longtemps, il se mit à les ignorer. Nostalgie pour eux et sous nos regards compatissants du père très attentionné qu’il avait été, souvenirs d’enfance en bataille… Je lui dois ne n’avoir, de toute ma vie, jamais fumé la moindre cigarette : oh non pas par l’exemple, c’était un très gros fumeur, mais par le souvenir cuisant d’une bouffée qu’il m’avait proposée vers mes 10 ans, et qui m’étouffa tellement que je fus vaccinée à vie contre le tabac !

Et hier, un message tragique de ma cousine sur mon téléphone : son père, septuagénaire, emporté par un cancer… Il aura eu le temps de se réconcilier largement avec ses enfants une fois devenus parents à leur tour et de jouir de ses petits-enfants. Je l’ai revu une seule fois cette dernière décennie, au mariage de ma cousine, il avait feint d’abord de ne plus nous connaître les uns et les autres, avant, en fin de soirée, de s’asseoir à mes côtés pour me faire maints compliments sur mon artiste de fils. Ses mots m’avaient profondément touchée. Il restait mon oncle.

Alors hier soir, les souvenirs me sont revenus en pagaille, des rires de l’enfance jusqu’à l’humiliation de la bouteille d’Armagnac.

Paix à cette âme tourmentée…

Marcher

30 janvier 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Il n’y a pas d’âge pour se découvrir une nouvelle passion. C’est plutôt que parfois, dans une vie, le temps, l’occasion et la confiance en soi manquent pour se lancer de nouveaux défis. Et ainsi, mettant à profit du temps qui m’est offert pour me refaire une santé sur tous les plans, je me suis surprise à me passionner pour la marche ; oh ce n’est pas de la grande randonnée, mais déjà plus de la petite promenade.
Et si je m’en réjouis autant, c’est que je suis plutôt tout le contraire d’une sportive. On ne me verra ni dans les salles de fitness, ni sur un vélo, ni sur les pistes de ski, ni en tenue de joggeuse. La course, mon cauchemar de collégienne ! Arrivant écarlate au bout du circuit de cross, je faisais peur même à mes professeurs !
A avoir eu toujours de vilaines notes en sport, on finit par se persuader qu’on n’est capable de rien dans ce domaine. Eh bien voilà, je prends ma petite revanche, sur ce versant descendant de la cinquantaine. Mon médecin me l’a toujours dit et répété : « Il faut faire davantage d’exercice ! »
Et moi de me plaindre, et à juste titre en plus, de ne pas avoir de temps pour cela.

J’ai donc acté qu’ayant ces derniers mois tout mon temps, je n’avais plus aucune excuse pour ne pas prendre soin de moi en écoutant un peu mieux mon docteur, qui me dit encore :
« Là où vous habitez, profitez donc de ce bel environnement pour aller marcher. »

Et nous y voilà. Oui, je dois le reconnaître, je vis dans un paysage exceptionnel de beauté, dans cet écrin de verdure qui se niche entre sommets vosgiens et vignoble alsacien. J’aime m’y promener depuis que j’y vis, mais la raideur des pentes me décourageait jusqu’ici de me lancer dans la vraie randonnée. Et comme le manque d’entraînement provoque la difficulté, je ne sortais pas de mes inhibitions. (suite…)

L’évangile lu aujourd’hui en Eglise (Jean 1, 29-34) raconte la révélation à Jean le Baptiste de la filiation divine de Jésus :
« J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui.
Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit :
“Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.”
Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »

Et dans beaucoup d’homélies prononcées ce jour, on a entendu, comme par exemple à l’abbaye de Tamié ce matin :
Désormais, c’est à chacun de nous que Dieu dit : « Tu es mon fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie. » (Frère Raffaele)

Cela est juste. Nous devenons enfants de Dieu par le baptême chrétien. Point n’est besoin de naître par conception miraculeuse comme Jésus, puisqu’en Lui, l’Agneau sans tache, nous pouvons trouver le pardon de nos péchés, et que par Lui, et avec l’appui des sacrements de l’Eglise, l’Esprit Saint nous est donné. Double grâce dont tout un chacun peut bénéficier gratuitement en demandant le baptême et la confirmation, en gardant l’habitude de confesser ses péchés pour en recevoir le pardon, en cherchant dans ce cheminement à croître en sainteté. Grâce offerte et irrévocable.

Néanmoins, je voudrais souligner un paradoxe.

Au temps de Jésus, ses coreligionnaires n’ont pour la plupart pas voulu croire qu’il était Fils de Dieu, et ce malgré le témoignage de Jean-Baptiste, puis celui de Pierre, de Marthe, de la Samaritaine… Il était inconcevable pour les Juifs pieux de ce temps que Dieu se donne un Fils ayant pris chair d’une femme, Marie, sans intervention masculine, et force est de constater que beaucoup de nos contemporains, même baptisés, n’y croient toujours pas. Cet article de foi est cependant bien connu et confessé par les nombreux croyants qui osent l’admettre avec simplicité de cœur. Et il est véridique. Je ne cesserai de proclamer, pour ma part, que Jésus est bien ce véritable Fils de Dieu, de la substance du Père, le Messie promis à travers toute la Première Alliance.

Au long des siècles, les chrétiens n’ont en tout cas plus eu de retenue à se dire fils ou fille de Dieu. Cela semble désormais couler de source, de même que l’affirmation d’avoir part à l’Esprit Saint. Et nous voici donc dans la situation inverse de celle vécue par Jésus en son temps : personne ne pouvait à l’époque être fils de Dieu, et donc lui non plus.
Aujourd’hui, tout chrétien se dit légitimement fils ou fille de Dieu. C’est une affirmation de baptisé qui ne devrait donc choquer personne, surtout pas en Eglise. (suite…)

Le bouquet de mes amitiés

8 janvier 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

J’avais déjà écrit sur ce blog au sujet de l’amitié en 2012 :

https://www.histoiredunefoi.fr/blog/158-lamitie

Les amis que j’évoquais à ce moment-là, les vrais, je les ai tous gardés ! Joie…
L’amitié est l’un des moteurs de ma vie. C’est un bouquet somptueux, dans lequel s’ajoutent chaque année de nouvelles fleurs, sans que les plus anciennes ne flétrissent ni ne disparaissent. On peut rester longtemps sans se donner de nouvelles, et puis les circonstances font que l’on reprend contact, et le lien demeure, intact. J’aime la période des vœux de Nouvel An, car c’est l’occasion de se rappeler au bon souvenir des uns et des autres, et de prendre de leurs nouvelles. Mails, coups de téléphone – les cartes et les lettres, plus trop – chaque amitié a là une chance de refleurir, bien à sa place dans le grand bouquet.

Mes amitiés sont nées parfois il y a bien longtemps, sur les bancs de l’école primaire, du collège, du lycée ou de l’Ecole Normale d’instituteurs(trices), et les meilleurs de ces liens sont demeurés vifs. Les souvenirs de jeunesse communs nous lient autant que le déroulé de nos vies adultes. Je compte aussi parmi mes meilleurs amis quelques ancien(ne)s collègues. Avec ceux-là, on a pu passer beaucoup de temps ensemble. Se revoir – ou pas – en privé fait la différence.

J’ai des amitiés nées de façon originale : telle était ma correspondante de jeunesse, française ou allemande, et après d’innombrables lettres échangées, il y a eu des rencontres, et le goût de ne plus se perdre de vue. Telle était ma voisine de chambre à la maternité. Nos enfants ont grandi en parallèle, et c’est une joie de les suivre dans leur évolution adulte. Telle était la conquête d’un homme aimé venue après moi : comme je n’ai pas vraiment un tempérament jaloux, je compte des amies devenues fleurs de mon bouquet dans ces circonstances étonnantes. Et d’ailleurs, ces couples ont passé, mais notre amitié est demeurée ! Telle a été catéchiste de mes enfants, et, heureuse de son rayonnement, je suis restée proche d’elle. Tels étaient les parents de copains de mes enfants. Et puis toutes ces amitiés spirituelles avec des religieux ou des prêtres, qui comblent tant ma soif d’échanger sur la foi chrétienne !

Plusieurs de mes amitiés désormais très chères sont le fruit d’échanges improbables sur le net : sur des forums il y a une quinzaine d’années, ou encore par le biais de ce blog – très belles rencontres, non virtuelles ! – plus récemment via les réseaux sociaux. Là, les amitiés se nouent par affinités profondes : goût d’écrire, foi qui unit… Des rencontres vraies et touchantes qui auraient eu très peu de chance – à vrai dire aucune – de survenir hors du contexte du Web.

L’amitié me rend heureuse, autant, je crois, que l’amour a pu me faire souffrir. Je suis faite pour l’amitié !

Et quand je contemple mon Bien-Aimé, le seul désormais qui m’inspire de l’amour sponsal, je me dis que nous nous ressemblons bien un peu, tous les deux : grands célibataires devant l’Eternel, mais entouré chacun de tant d’amis, qui, même, s’apprécient parfois les uns les autres par-delà deux millénaires de distance temporelle !

A vrai dire, je crois que dans l’amitié, le temps est aboli. Tout comme peut l’être la distance.

 

Souvent, ici ou sur les réseaux sociaux, je me heurte à l’incompréhension de certaines personnes qui me jugent, dans ce que j’écris, orgueilleuse, pas catholique, péremptoire, illégitime, hérétique ou fermée et j’en passe.
Or, je me suis fait cette réflexion : un prêtre, quand il donne son homélie, la prononce et la laisse suivre d’un silence. Et personne, pendant la messe, ne va se manifester pour exprimer son désaccord. Tout au plus le fera-t-on éventuellement à la sortie de l’église si c’est un prêtre qui se laisse approcher. Il en va de même pour la prédication d’un pasteur. Les fidèles leur reconnaissent pour le moins la capacité à les enseigner. On ne considère pas que le prédicateur nous a donné son avis, mais un enseignement sur la Parole.

Quand j’expose ici des méditations bibliques, comme aujourd’hui sur le verset 2, 27 de la première Epître de saint Jean, je ne donne pas qu’un avis. Je recherche longuement dans la prière, la connaissance des Ecritures et toute une expérience de vie comment je pourrais transmettre ce que je reçois jour après jour depuis très longtemps dans mon oraison de la part du Seigneur Jésus par l’onction de l’Esprit Saint.

Et donc, je considère comment le Christ lui-même s’y prenait : il donnait un enseignement, souvent en paraboles, et en dehors de ses détracteurs gardiens de leur commune religion, Jésus n’était pas contesté. Il était écouté. Chacun n’y allait pas ensuite de son avis personnel sur la Parole qu’il avait délivrée. Personne, en dehors des scribes et des pharisiens, ne lui opposait d’avoir exprimé simplement une opinion personnelle en tant que Jésus de Nazareth.

Je suis donc chagrinée quand je tente, peut-être maladroitement j’en conviens car j’ai mes propres limites, de restituer à mon tour un enseignement que je reçois du Seigneur Jésus et que l’on ne m’oppose que des contradictions voire des recadrages vers le catéchisme catholique, ou alors vers des croyances parfois ésotériques qui n’ont plus rien à voir avec la foi chrétienne.

Le respect que j’espère, ce n’est pas celui de la petite opinion personnelle de Véronique. C’est celui de l’enseignement que je reçois jour après jour par Notre-Seigneur dans la prière, et que j’essaie de traduire au mieux dans ma propre incarnation de femme du XXIe siècle. Rien de plus, rien de moins non plus.