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Qui me connaît sait que je suis aussi éloignée de la superstition que Jérusalem l’est de Babylone. Mais il y a des petites coïncidences de la vie que je saisis comme autant de signes sur le chemin parfois escarpé de la prière d’intercession.
Et ainsi, confiant récemment à une communauté de bénédictins une demande de prière qui m’est très chère, je me suis mise à faire quelques recherches sur la puissance de saint Benoît, dont j’ai pris pour devise le magnifique conseil « Ne rien préférer à l’amour du Christ. » De lien en lien, je découvre qu’il existe une « médaille de saint Benoît ». Et si je ne suis guère adepte habituellement de ce genre de breloque, j’ai quand même lu avec intérêt tout ce que je trouvais au sujet des inscriptions pour le moins mystérieuses de cette médaille qui remonte vraisemblablement au Moyen Age – saint Benoît de Nursie, fondateur du monachisme occidental, étant quant à lui mort en l’an 547. Et ainsi, j’ai appris que mises bout à bout, les lettres donnaient cette sentence étonnante :

« Que la sainte Croix soit ma lumière et que le Démon ne soit pas mon chef. Retire-toi, Satan. Ne viens pas me conseiller tes vanités. Le breuvage que tu verses est le mal. Bois toi-même tes poisons. Paix ».

Il se trouve que je suis de ces catholiques qui ne professent pas l’inexistence du Démon. Je ne me le figure pas avec des pieds crochus et une barbichette, mais il a déjà suffisamment perturbé ma vie, à mon corps défendant, pour que je sache qu’il est malheureusement bien réel, entité funeste qui se glisse subrepticement dans les créatures qui – consciemment ou non – veulent le plus grand mal à ceux qui recherchent avant toute chose la justice et n’ambitionnent, dans la vie, que l’unique sainteté. Le Mauvais, vraiment mauvais, je l’ai discerné bien souvent ici ou là et je le hais avec toute la force de ma foi.

De là à me procurer cette médaille, il y a un pas que je ne voulais pas franchir trop promptement. (suite…)

Glissement de sens

15 août 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 2 commentaires

A chaque fête de l’Assomption, je ressens le même malaise.
Il est très bon de fêter l’entrée de Marie, mère de Jésus, aux cieux de la première résurrection en son corps intact malgré la mort terrestre. Là est sa place, non loin du Père et du Fils, auprès desquels elle n’est pour nous qu’intercession attentionnée. Et je demeure catholique en ceci que je crois en quelques-unes de ses apparitions, en ce corps qui ne fut pas qu’une « illusion d’optique » pour Bernadette à Lourdes ou Catherine Labouré à la rue du Bac à Paris. Circonspecte sur bien d’autres fausses apparitions contemporaines, je mets ma foi en Marie par confiance en ces jeunes femmes très humbles et discrètes, dont toute la vie ne fut que consécration au Fils de celle qu’elles avaient vue de leurs propres yeux et chérie pour le restant de leurs jours

Ce n’est donc pas le dogme de l’Assomption que je remets en question, ce sont plutôt les lectures que l’Eglise choisit en ce jour qui me posent problème, et en particulier le psaume 44 (45) que je propose ici à la lecture dans la traduction de la Bible de Jérusalem, version de 1998.

Du maître de chant. Sur l’air : Des lys… Des fils de Coré. Poème. Chant d’amour.

Mon cœur a frémi de paroles belles je dis mon œuvre pour un roi, ma langue est le roseau d’un scribe agile.
Tu es beau, le plus beau des enfants des hommes, la grâce est répandue sur tes lèvres. Aussi tu es béni de Dieu à jamais.
Ceins ton épée sur ta cuisse, vaillant, dans le faste et l’éclat
va, chevauche, pour la cause de la vérité, de la piété, de la justice. Tends la corde sur l’arc, il rend terrible ta droite!
Tes flèches sont aiguës, voici les peuples sous toi, ils perdent cœur, les ennemis du roi.
Ton trône est de Dieu pour toujours et à jamais ! Sceptre de droiture, le sceptre de ton règne !
Tu aimes la justice, tu hais l’impiété. C’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a donné l’onction d’une huile d’allégresse comme à nul de tes rivaux ;
ton vêtement n’est plus que myrrhe et aloès. Des palais d’ivoire, les harpes te ravissent.

Parmi tes bien-aimées sont des filles de roi ; à ta droite une dame, sous les ors d’Ophir.
Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père,
alors le roi désirera ta beauté il est ton Seigneur, prosterne-toi devant lui !
La fille de Tyr, par des présents, déridera ton visage, et les peuples les plus riches,
par maint joyau serti d’or.

Vêtue de brocarts, la fille de roi est amenée au-dedans vers le roi, des vierges à sa suite. On amène les compagnes qui lui sont destinées ;
parmi joie et liesse, elles entrent au palais.
À la place de tes pères te viendront des fils ; tu en feras des princes par toute la terre.
Que je fasse durer ton nom d’âge en âge, que les peuples te louent dans les siècles des siècles. (Psaume 44 / 45)

 

A l’évidence, le psaume prophétise au sujet du Messie d’Israël, que nous chrétiens reconnaissons comme notre Seigneur Jésus Christ. Tous ces éloges au Roi qu’il est lui conviennent parfaitement. Par toute une vie incarnée sans aucun péché et son sacrifice rédempteur sur la croix, il est digne de toutes nos louanges. Oui, l’onction d’huile d’allégresse, nul ne l’a reçue mieux que le propre Fils de Dieu.
Et à sa droite, la dame qui se tient « sous les ors d’Ophir » pourrait très bien être celle qui lui a donné le jour, Marie, fille d’Isarël, la « reine mère » en quelque sorte. Marie élevée à sa suite, après lui, aux Cieux, événement que nous fêtons aujourd’hui comme tous les 15 août. (suite…)

Un modèle

9 août 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 1 commentaire

J’ai rêvé d’elle cette nuit. C’était assez étrange.
Une classe inconnue et très nombreuse. J’étais à temps partiel, je devais intervenir cette demi-journée-là. Une très jeune collègue était là aussi, qui commençait un cours d’histoire sur « les rois », en précisant à nos jeunes élèves le domaine de compétences qu’elle allait aborder, ses objectifs… Pédagogie explicite, comme on dit maintenant.
Je lui signifiai que c’était mon tour d’intervenir, qu’un échange de service était prévu pour elle avec une autre classe. Elle en fut fort contrariée, conclut sa séance sur « les rois » et me laissa avec la classe.
Et moi de commencer une séance sur la vie d’Edith Stein. La voilà, dans mon rêve. Elle me donne tout le déroulé de sa vie, pour que je l’enseigne, et je le fais avec gratitude, consciente que son exemple est bien plus formateur pour ces jeunes intelligences que le parcours de n’importe quel roi de France. Je parle avec fougue de cette grande sainte que j’aime tant et de sa vie si exemplaire.
Mais voilà que je suis interrompue.
« Ce n’est pas dans les programmes. »
Il y a beaucoup de courroux dans ce reproche.
« Ce n’est pas dans les programmes. »
Ma séance d’histoire sainte s’interrompt, et mon rêve aussi.

Il y aurait beaucoup à comprendre et à conclure au sujet de ce rêve quant à ma vie personnelle en ce moment.

Mais surtout, je veux garder le goût de cette visite nocturne de sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, que nous fêtons aujourd’hui.
Dans sa quête éperdue de vérité, la garder pour modèle. Elle qui a recherché toute sa jeunesse, de son judaïsme à l’évangile en passant par le doute, la philosophie et sainte Thérèse d’Avila, la flamme de vérité qui pourrait la combler dans sa soif d’absolu. Elle qui s’est résolue à contrister sa famille pour demander le baptême catholique, elle qui a répondu à l’appel pressant du Seigneur en prenant le voile du carmel, elle qui n’a jamais renié ses origines juives, mais au contraire, a accepté de mourir pour elles et le peuple élu.
« Komm, wir gehen für unser Volk. » (« Viens, allons pour notre peuple », parole à sa sœur Rosa lors de leur arrestation au carmel d’Echt le 2 août 1942).

Edith Stein, je la retrouve dans tous les recoins de ma vie. A Speyer, où toutes deux, nous avons enseigné. Dans cette même ville encore où je me trouvais quand Jean-Paul II, venant de la béatifier, y vint en visite pastorale. A Bad Bergzabern où elle avait été baptisée et où je fus initialement nommée pour cette année en Allemagne. Dans notre commune dévotion à sainte Thérèse d’Avila. Dans des vœux confiés à Notre Dame du Mont Carmel. Dans son martyre extrême pendant la Shoah parce qu’elle était née juive, dans mes souffrances insignes en hôpital psychiatrique parce que j’avais un peu trop parlé de ma propre élection.

Edith Stein qui me visite en rêve dans la vigile de sa fête.

Sœur aînée dans la foi, amie, modèle, je t’aime infiniment ! Donne-moi de ne jamais renier la Vérité et d’accepter, pour elle, toutes les luttes et toutes les persécutions.

Nous fêtons aujourd’hui sainte Marthe. Il y a quelques années, j’avais déjà rédigé un article dans lequel j’exprimais mon regret que Marie de Béthanie ait disparu du calendrier grégorien au profit de sa sœur aînée derrière laquelle, au mieux, on la cache en ce jour, au pire, on croit la fêter le 22 juillet en Marie Madeleine, avec laquelle elle n’a pourtant rien à voir, faudra-t-il que je me batte pour le répéter jusqu’à mon dernier souffle… (Voir l’article en lien ci-dessous).

Je viens de faire une expérience assez étrange. Parmi les très nombreux livres religieux que j’ai récupérés dans la maison de mon oncle prêtre, il y a une série en douze volumes : « Les saints de tous les jours ». Un volume par mois du calendrier, édités à la fin des années cinquante pour « Le club du livre chrétien. » J’ai lu quelques articles sur sainte Marthe, saint Abel – demain le 30 juillet – sainte Marie-Madeleine, et la curiosité m’a poussée à lire aussi les pages sur sainte Véronique. L’occasion de constater que des livres religieux, et notamment sur les saints, sont très connotés de l’époque à laquelle ils ont été rédigés. J’y constate un ton assez libre en ces années pré-conciliaires, mais aussi un comité de rédaction exclusivement masculin, et une tendance générale à débiter d’incroyables stéréotypes sur les femmes. Marthe comparée aux épouses catholiques qui s’affairent à la cuisine quand la famille reçoit M. le Curé à déjeuner, Marie-Madeleine affublée de toute la gamme des péchés possibles pour une femme et confondue encore et encore avec Marie de Béthanie, Véronique dans la cohorte des femmes « pardonnées » sur le chemin du Golgotha… On se demande simplement d’où vient l’obsession de ces rédacteurs d’imaginer toute femme – sauf la Vierge Marie bien sûr – susceptible d’avoir de lourdes fautes à se faire pardonner par notre Seigneur Jésus Christ.

Pour moi, je reviens aujourd’hui sur deux figures : Marie de Béthanie et Abel. Ma lecture les a fait se succéder. Ce n’est pas un hasard je pense, car il y a bien des similitudes entre ces deux personnages bibliques. (suite…)

Transmission

22 juillet 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

1936 et 1962. Deux étés, deux ordinations, deux prêtres dans ma famille, alors que je n’étais pas encore née. Deux premières messes dans mon village natal, il y a respectivement quatre-vingt-trois et cinquante-sept ans. Un grand-oncle, décédé il y a plusieurs décennies déjà, et un oncle, le seul que j’aie, donnés au sacerdoce. On était prêtre d’oncle en neveu, mais dans ma génération, point de garçon dans la famille. L’âge venant, chacun des deux dut se résoudre à entrer en maison de retraite. Mon grand-oncle était un homme affable, humble et pieux. Il laissa tous les trésors de sa bibliothèque à son neveu prêtre, et de la vaisselle et quelques meubles, comme il se doit, à nous ses petites-nièces. Je regardais toujours la bibliothèque de mon oncle d’un œil gourmand. Aucun des deux ne s’était dit que tous ces livres religieux pouvaient intéresser aussi la femme avide de Dieu que j’étais. Et d’ailleurs, je ne suis toujours pas revenue d’une stupeur : il y avait encore, dans mon enfance, un troisième prêtre dans la famille, mais aucun des trois, jamais, n’a trouvé juste et approprié de nous offrir une Bible, à nous petites puis jeunes filles. Oui, aussi étonnant que cela puisse paraître dans une famille si catholique, il n’y avait pas la Bible dans la maison de mes parents ! Conséquence regrettable d’une sorte d’omerta ayant prévalu pendant des siècles sur la Parole de Dieu dans les milieux catholiques populaires…

Nous voici arrivées à l’été où il s’agit de vider la maison – très encombrée ! – de notre oncle entré en Ehpad. De bout en bout, j’ai eu pour principal souci de sauver de la déchetterie les trésors spirituels et ecclésiaux ayant appartenu à ces deux prêtres. Mon aînée désirant la bibliothèque vide, je me suis employée à en trier les livres et les objets de culte. Et j’en ai gardé beaucoup pour les emporter chez moi, comme un juste retour des choses après plus de cinq décennies à les contempler, inusités, sur les rayons. Personne n’a contesté que tout le religieux me revenait comme de droit. D’aucuns s’en gaussent, tout en me laissant remplir mes cartons pieux.

J’ai fait de la place dans ma propre bibliothèque, presque toute la place, et je les ai installés là, ces Bibles reliées, ces catéchismes anciens, ces missels qui ont soutenu deux vocations. Emouvant héritage plus spirituel que matériel, je les contemple, ces éclats de la parole de Dieu qui me parviennent, à travers cette tranche d’histoire de ma famille, alors que j’atteins moi-même la maturité de l’âge. Méditer les Ecritures et prendre la plume pour les commenter, plus que jamais, je me sens légitime à le faire. Même sans ordination.