Site de Véronique Belen
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Quand je suis arrivée dans l’église, un peu en avance, elle était plongée dans la pénombre. Le sacristain absent, le couple chargé de le remplacer stressé car la porte de la sacristie ne répondait à aucune clé du trousseau, les cloches qui n’avaient pas sonné, l’autel qui n’était pas prêt… Tension, à quelques instants du début de la messe, et le curé qui arrive toujours un peu à la dernière minute. Je ne sais même pas pourquoi je me sentais si confiante après une longue journée de travail et tout ce stress ambiant. Il n’était tout simplement pas possible qu’on ne célèbre pas ce soir la messe en l’honneur de saint Joseph. J’ai dit : « Peut-être que le verrou est inversé? » Et la porte de la sacristie s’est ouverte tout de suite, comme par miracle…

Par contre, personne n’a trouvé les bons interrupteurs pour allumer la lumière. Le curé, qui n’est pas dans la paroisse depuis longtemps, non plus. Alors, on a célébré dans la pénombre du soleil couchant, et cela lui seyait bien, à saint Joseph, que nous chantions, à la seule lueur du chœur « N’aie pas peur, laisse-toi regarder par le Christ ». Se laisser regarder par l’unique lumière de cet enfant qui allait naître au cœur de la nuit la plus noire, se laisser enseigner sur cette naissance divine dans un songe nocturne précédé d’un sombre doute sur la fiancée si belle…

Le prêtre a eu des paroles porteuses de sens sur saint Joseph, et nous étions bien, là, si peu nombreux mais recueillis, quand nous avons fait résonner encore l’Ave Maria de Lourdes pour clore cette célébration toute simple mais belle.

Et moi je songeais, en récitant le Credo de l’Eglise de mon baptême exposée à tant de bourrasques, que j’avais été assez naïve, mais que j’étais encore toujours là malgré tout. Naïve, quand j’ai cru, il y a longtemps déjà, que l’Eglise catholique me verrait comme une chance pour elle parce que je recevais tant de choses à lui dire de la part du Seigneur. Naïve, quand j’ai cru que mon mari persévèrerait dans une foi qu’il avait découverte à mon contact, et qu’il ne me répudierait pas. Naïve, quand je croyais que cette Eglise était avant tout passionnée par le Christ, et qu’elle reconnaîtrait dans mes propres combats ses accents à Lui, toujours pleins d’exigeante vérité. Naïve, quand je pensais, à chaque nouvel interlocuteur ecclésial, qu’il recevrait un signe, un songe, une incitation à avoir confiance en moi de la part du Père, comme celui-ci avait daigné le faire pour protéger son Fils.

Mais là, à l’ombre de saint Joseph, j’ai pensé aussi à mon papa qui a toujours tant fait pour moi, à son labeur de toute une vie pour nous nourrir malgré l’indigence de son salaire, à ce prénom si particulier qu’il porte, René, celui qui est né une seconde fois, et Joseph, comme son propre parrain… Et leur même métier du travail du bois…

Et je suis sortie heureuse et paisible de l’église, parce que celle avec un grand E, c’est une chose, mais la chaleur de ma paroisse, c’en est une autre.
Saint Joseph était un humble, de ceux qui comprennent entre les lignes et par-delà les apparences et les mots, et il convenait que je le fête, là, ce soir. Dans la pénombre.

Comme je n’en suis plus à un risque d’excommunication près – nous verrons bien s’il est plus difficile de rester au cœur de l’Eglise catholique de son baptême quand on en conteste la doctrine que quand on a violé des enfants ou des religieuses – je précise le fond de ma pensée sur le catéchisme de l’Eglise catholique romaine.

Je n’en parle pas par méconnaissance. Un prêtre à qui je m’étais confiée – durant peu de temps heureusement – me conseillait il y a quelques années d’en faire mon livre de chevet pour bien demeurer en phase avec l’Eglise. Je l’ai donc acheté dans une belle édition, et entrepris de le lire. J’avoue que je n’en suis pas venue à bout. L’Evangile me tentait bien plus, et d’ailleurs, quand j’ai confié ma perplexité devant le conseil de cet « accompagnateur spirituel » réputé à un ami moine cistercien aguerri à la vie monastique et qui plus est ancien prêtre diocésain, celui-ci m’a répondu : « Véronique, c’est l’Evangile qu’il faut méditer. » Dont acte.

J’ai gardé ce CEC relié un certain temps sur mon chevet, en en relisant des pages au gré de mes questionnements et de mes bouillonnements intérieurs. Puis, à l’occasion d’un grand rangement, je l’ai remisé sur une étagère, où il est mieux que si près de mon lit.

Mais si je le conteste, ce n’est pas que par convenances personnelles, comme on pourrait me le reprocher. D’où émane-t-il, ce sacro-saint catéchisme ? Wikipédia n’est pas beaucoup plus fiable, mais dans cet extrait d’article, l’information, je pense, n’est pas contestable :

« Jean-Paul II forme en 1986 une commission de douze cardinaux et évêques, présidée par le cardinal Ratzinger (futur pape Benoît XVI), alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et assistée par un comité de rédaction de sept évêques résidents. Le secrétaire de rédaction de cette commission est Christoph Schönborn. Un grand nombre de spécialistes sont consultés. Et pas moins de neuf versions successives sont produites jusqu’au résultat final. Ce travail fut suivi de près par Jean-Paul II. » [Fin de citation]

Nous y voilà. Jean-Paul II, et des hommes d’Eglise. Rien que des hommes, cela va de soi. Ils élaborent tout le code moral et l’interprétation des Ecritures qui sont censés convenir aux catholiques. Et cela devient coercitif. Ce catéchisme-là a plus de trente ans, et il demeure la référence absolue, le contester est une faute contre « la foi ». (suite…)

C’était un soir d’insomnie. En 2014. Je m’étais donné la peine d’écrire longuement, dans le menu détail, la quintessence de ma foi méditée au cours de quinze années d’oraison intense. J’avais confié tout cela à un homme d’Eglise respecté que mon propre curé m’avait conseillé comme accompagnateur spirituel. « C’est une perle », me disait-il. Et je parcourais plus de 100 kilomètres en voiture pour aller le voir.
Je lui avais remis les trois ou quatre feuillets en mains propres et j’attendais, anxieuse, sa réaction.
Ce fut celle-ci :

Bonsoir,

Comme vous me l’avez dit, il y a effectivement quelques erreurs théologiques dans les écrits que vous m’avez remis lors de notre dernière rencontre.

Pour apporter plus de clarté et de précisions, je vous invite à faire du catéchisme de l’Église catholique promulgué par S.Jean Paul II, un livre de chevet; chaque soir lisez une page;

et puis je vous invite également à faire connaissance, si ce n’est pas déjà le cas, de l’Évangile en 10 volumes de Maria Valtorta. C’est une mystique du XX° s qui a reçu le privilège de rapporter les faits d’évangile comme si elle était contemporaine de Jésus: un témoignage émouvant et le pape Pie XII disait de ces ouvrages  »qui lira comprendra.. »

en espérant que ces quelques ouvrages pourront vous apporter lumière et consolations en pleine communion avec l’Église.

 

J’étais atterrée et éberluée à la fois de cette réponse. Autant dire que « l’accompagnement spirituel » en resta là.

Dans la nuit, ne trouvant pas le sommeil, je me suis relevée, et j’ai jeté ces mots sur une feuille blanche, pour moi-même :

Le moule est trop étroit pour moi.
Le carcan trop serré.
Trop d’hommes.
Trop.
Une pensée d’hommes, une théologie d’hommes, un catéchisme d’hommes.
2000 ans d’histoire écrite par des hommes. Et approuvée par des femmes soumises pour leur plaire.
S’en référer toujours à des hommes.
Obéir toujours à des hommes.
Avoir toujours pour ultimes juges des hommes.

Qui me comprendra ?
Qui me lira sans s’offusquer ?

Exploser le cadre.

Rassembler. Unir. Faire comprendre.

Seigneur, tu es tellement plus grand que tout ça !
Tes voies sont tellement au-dessus de nos voies, de leurs voies…

Erreurs théologiques.

Ultime conclusion.

Oui, erreurs théologiques.

Mais de quel côté ?

Seigneur, prends pitié de cette âme qui se heurte à tant de murs !

31 octobre 2014

 

Eh bien, aujourd’hui, en mars 2019, je me sens bien moins seule. Le cadre a explosé, pour d’autres raisons, mais il a explosé. Qu’ils ne s’en prennent qu’à eux-mêmes…

Il y a quelques mois, j’écrivais sur ce blog ce billet :

https://www.histoiredunefoi.fr/blog/9784-combat-spirituel-et-consolation-ecclesiale

Sur les réseaux sociaux, suite à un partage, est arrivé un commentaire de la part d’un homme que je ne connaissais pas du tout, ne le comptant pas dans mes « amis ». En voici la teneur :

« Que de conditionnements derrière ces pseudos combats spirituels. La réalité est plus triviale. Mais moins agréable à regarder en face. On se console comme on peut… »

D’emblée, j’ai discerné là le doute absolu sur ce que j’exprimais, le soupçon de délire, le mépris de mon expérience mystique. J’ai commencé à dialoguer avec lui, davantage pour lui faire admettre une autre réalité que pour me justifier. Il se trompait de bout en bout sur mon compte, et je n’avais pas l’intention de le laisser instiller le doute sur ma bonne foi si facile à mesurer dans mes écrits. Nous avons beaucoup échangé, je l’ai même « ajouté » dans mes contacts. Et depuis, c’est une mini guerre larvée. Il provoque sans arrêt les croyants qu’il met « tous dans le même sac », en particulier les chrétiens, lui qui l’a été. Mais il se targue aujourd’hui d’être « libre penseur » et s’octroie le droit du mépris des chrétiens, en particulier des catholiques qu’il a dans le collimateur. L’occasion est trop belle pour lui et les amalgames trop tentants : oui, notre Eglise est à terre, par la faute de certains clercs pervers jusqu’à la pédophilie, l’abus spirituel et l’abus sexuel de religieuses. J’ai regardé hier soir en replay le reportage d’Arte et je suis horrifiée jusqu’à l’écœurement, même si, et mes lecteurs réguliers le savent, je dénonce depuis des années cette gangue de l’omerta qui étouffe l’Eglise catholique depuis bien des décennies. Je n’étais pas très compétente sur la question des abus sexuels, mais les abus spirituels et d’autorité, la non prise en considération de la parole des femmes, je connais très bien, et je les dénonce depuis longtemps à mes dépens. (suite…)

J’ai eu cette chance, petite fille et adolescente, d’être élevée dans la foi par des parents très simples mais profondément chrétiens. Et notre guide dans cette foi, c’était un curé de village qui vivait l’Evangile dans chaque aspect de sa vie. Il ne nous donnait jamais de leçons de morale, n’interrogeait pas sur le catéchisme, ne nous apprenait pas les longues génuflexions, incitait au dialogue vrai d’égal à égal même dans la confession. Il s’appelait Jean, et a été vraiment grâce de Dieu dans nos vies. Il nous a appris à vivre en cohérence avec l’Evangile, à nous soucier du prochain tout autant que de la messe dominicale, à discerner dans nos vies ce qui relevait de l’injustice et qu’il convenait, avec la foi au Christ, de chercher à combattre. Quand je repense à lui, c’est toujours avec gratitude pour la vérité de sa personne, et son très grand sourire est resté gravé en mon cœur pour toujours.
Je lui avais écrit, au soir de sa vie, longtemps après son départ de notre village pour une retraite en d’autres contrées. Il m’avait répondu très chaleureusement : « C’est rare, tant de fidélité ! » Mais je comprends mieux aujourd’hui, dans cette tempête que l’Eglise catholique traverse, que c’est lui aussi qui était une personne rare et précieuse. Quand l’Evangile a pris pour vous, dès l’enfance, le goût de la rectitude et de la vérité, vous pouvez sans aucun mal faire du Christ Jésus un compagnon de route quotidien qui vous éclaire à chaque instant dans tous vos choix personnels.

Jean a été grâce dans ma foi naissante, et le Seigneur a bien voulu doubler cette grâce en me donnant à vivre une vie ressemblant à celle de son Fils, dans une certaine symétrie. Je pourrais n’en plus finir d’évoquer nos existences en miroir. Jésus a eu un papa charpentier, et moi un papa menuisier. Et tous deux, la maman la plus fidèle possible à la foi de ses ancêtres, vivant sa vie de mère de famille dans une très grande humilité.
Nous sommes l’un et l’autre des enfants de foyers modestes. Et nous en avons gardé le goût de la simplicité et l’aversion pour les richesses.
Le même Père, aussi. Jésus est son Engendré, et moi j’ai le droit de me dire Sa fille par le baptême que j’ai reçu à deux semaines de vie.
Une fratrie nombreuse : Jésus a des frères, et moi des sœurs. (suite…)