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Différentes voies de sainteté

29 décembre 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 1 commentaire

Pour faire suite à mon billet sur les trois voies de la vie chrétienne, je voudrais aujourd’hui détailler différentes formes de sainteté. Je ne m’appuierai pas forcément sur les critères de canonisation de l’Eglise catholique romaine, car je considère qu’elle passe à côté de nombre de saints, et qu’elle en canonise d’autres peut-être à tort… Je ne suivrai pas non plus les discours faciles qui tendent, au jour de la Toussaint par exemple, à prêcher que tous les chrétiens sincères sont des saints. Car nous sommes, je pense, très loin du compte.

Basons-nous plutôt sur le Confiteor :

Je confesse à Dieu tout-puissant,
Je reconnais devant mes frères
que j’ai péché,
en pensée, en parole, par action et par omission.
Oui, j’ai vraiment péché.
C’est pourquoi, je supplie la Vierge Marie,
les anges et tous les saints,
et vous aussi, mes frères,
de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

Il s’agit de savoir reconnaître, d’abord, que l’on a péché. Et même, de le reconnaître devant autrui. Cela implique d’avoir le sens du péché et la volonté de l’éviter. Or, nombre de nos contemporains ne savent plus ce qu’est le péché et le commettent sans vergogne et sans jamais s’en excuser et en demander pardon, le chrétien pratiquant d’ailleurs peut-être tout autant que les autres.

Un premier indice de sainteté, c’est de reconnaître devant Dieu que l’on a péché, de lui en demander pardon et tout autant d’en demander pardon au prochain que l’on a blessé et dans la mesure du possible, de s’amender, de réparer le tort qu’on a causé. Qui peut prétendre à la sainteté alors qu’il porte en lui-même des fautes pour lesquelles il n’a jamais demandé pardon à sa victime ni fait un geste envers elle en volonté de réparation ? Je pense que la miséricorde de Dieu est une chose, mais qu’on la pousse trop loin quand on fait abstraction de la personne blessée, lésée, peut-être irrémédiablement marquée par la faute de l’autre. Les confesseurs ont là à se remettre en question, quand ils n’encouragent plus qu’à une pénitence sans amendement réel. Et donc, déclarer saintes des personnes qui ont quitté cette vie en laissant derrière elles des victimes de leur péché personnel sans consolation, voire dans la désolation, me semble très excessif. (suite…)

On pourrait distinguer trois façons de vivre la foi chrétienne :
– la voie ecclésiale
– la voie humanitaire
– la voie mystique

La voie ecclésiale est certes belle et nécessaire, mais peut-elle être suffisante ? Ainsi, certains chrétiens sont fidèles à leur église d’appartenance et en respectent la doctrine et les enseignements. Ils font preuve souvent de la précieuse vertu d’obéissance. Ils pratiquent leur foi avec constance et fidélité. Ils rendent mille services à leur paroisse et sont précieux pour tous les cultes et tous les fidèles, d’autant plus qu’ils font souvent preuve de beaucoup d’abnégation.
L’écueil qui peut les guetter, c’est de faire passer le Christ et les Evangiles au second plan. Ils risquent de se durcir face à des contestations de la doctrine venues de la base. L’œcuménisme leur est souvent aussi une voie difficile et indésirable. S’ils écoutent volontiers le chargé de leur paroisse et sa hiérarchie, ces chrétiens courent parfois le risque de devenir sourds à l’Esprit Saint, lui qui est et rend souverainement libre.

La voie humanitaire est pleine de générosité et d’attention au prochain. Le chrétien qui la vit se veut le bon samaritain, et il pratique avec un grand désintéressement les œuvres de charité dont il puise l’exemple dans la propre vie de Jésus Christ et des grands bienfaiteurs de l’humanité. Le chrétien qui poursuit la voie humanitaire est grâce pour le monde et son prochain. Sans lui, la planète aurait été, serait devenue invivable.
L’écueil qui peut le guetter, c’est de perdre le sens du sacré, de perdre le goût de rendre un culte à Dieu en paroisse, en église. Sa foi très incarnée peut devenir sèche et ne pas porter de fruit spirituel. Le chrétien qui suit cette voie en se détachant d’une église finit parfois par ne plus se différencier d’un bienfaiteur aux valeurs laïques. Il donne le témoignage de l’évangile vécu, ce qui est très bon, mais n’est pas toujours source de foi pour ses proches qui doutent de Dieu.

La voie mystique est la plus rare et sans doute la plus ardue. Le chrétien mystique recherche l’union profonde et intime avec les trois personnes de la Sainte Trinité. C’est la quête de toute sa vie et sans doute la réponse à un appel. Dieu précède sa créature et la veut contre son cœur.
Le chrétien mystique est le plus attaqué par le démon sous toutes ses formes et son entourage qui ne le comprend pas. De son vivant, en général, il suscite méfiance voire moqueries et outrages. Des années après sa mort, son témoignage est parfois pris en compte et même admiré et proposé aux fidèles car il est un fort vecteur de foi. La voie mystique révèle à celui qui la suit des vérités cachées depuis toujours dans le sein de Dieu. Le mystique est souvent chargé par une ou plusieurs personnes de la Trinité de dévoiler la volonté de Dieu pour l’Eglise et le monde dans son aujourd’hui. D’où un très grand décalage, car l’Eglise lui fait très rarement confiance de son vivant et ne tient compte de ses avertissements que longtemps après les avoir reçus.
L’écueil qui guette le chrétien mystique est multiple : souffrance, toujours. Peur de la tentation et de l’illusion, toujours aussi. Grand risque de s’éloigner de son église qui à coup sûr ne le comprend pas. Risque aussi de se perdre dans la contemplation sans produire d’œuvres de charité. Le mystique a besoin de témoigner : souvent, il écrit. C’est d’ailleurs sa seule chance d’être compris un jour. Son principal ennemi n’est pas du tout le non-croyant, qui souvent l’apprécie pour ses valeurs, et réciproquement. Non, l’ennemi juré du mystique, c’est le faux prophète ou le faux voyant, lui qui attire les foules à soi pour les faire sombrer dans l’erreur, tandis que le mystique authentique est très souvent un grand solitaire, discret et silencieux oralement.

Evidemment, l’idéal du chrétien et l’idéal de Dieu, c’est que le croyant allie en lui ces trois voies. Ce n’est pas facile. Mais il faut toujours éviter de penser que parce qu’on est pleinement lancé dans l’une des trois, on peut se permettre de négliger les deux autres.

Me voici dans le troisième volet d’une modeste trilogie sur Marie. Et cette fois, à mon point de départ, je suis en accord avec le Magistère catholique, ce qui, on l’aura remarqué à me lire, n’est pas toujours le cas !
Mais hier, à l’occasion de la fête de Notre-Dame de Guadalupe, le Pape François a rappelé dans son homélie de manière forte que (Marie) ne s’est jamais présentée comme “co-rédemptrice”, mais simplement comme disciple de son Fils, «l’unique Rédempteur».

Source : https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2019-12/pape-francois-messe-notre-dame-de-guadalupe.html

Je dis ouf et merci à notre Pape ! Car depuis des années, je lis ici ou là que ce dogme de Marie co-rédemptrice devrait être proclamé, qu’on n’en dira et fera jamais assez au sujet de la mère du Christ Jésus. Or, quant à moi, j’ai déjà du mal à assumer deux voire trois dogmes mariaux sur les quatre qui existent (Mère de Dieu, Virginité perpétuelle, Immaculée Conception, Assomption) alors en rajouter un cinquième qui serait en outre totalement faux théologiquement, c’est à mon sens impensable.

Quelques éléments pour expliquer pourquoi, à mon avis – je m’exprime ici en mon nom personnel – Marie ne peut pas  être considérée comme co-rédemptrice.

Le Christ Jésus est notre rédempteur, je ne puis remettre cet article de foi en question : par lui, nous pouvons recevoir la grâce du pardon de nos péchés et l’espérance concrète en la vie éternelle. Il nous l’a obtenue par sa mort injuste mais consentie et sa résurrection, lui qui, de toujours, était absolument sans péché. En lui, nous avons le compagnon de route compatissant, nous relevant de toutes nos chutes, et notre Sauveur, celui qui nous ouvre la porte du Royaume de Dieu son Père.

Or, l’Evangile nous enseigne que la seule faute qui ne soit pas pardonnée en Jésus Christ, c’est le blasphème contre l’Esprit Saint. (suite…)

Marie et le Tentateur

11 décembre 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 3 commentaires

Pour approfondir mon propos au sujet du dogme de l’Immaculée Conception qui oppose injustement à mon avis Marie à Eve, je voudrais mettre par écrit quelques réflexions au sujet de Marie par rapport au Tentateur, le « serpent » des origines, Satan, le Diable ou le Diviseur, appelons-le comme nous le voudrons.

Je reprends ici une réflexion que j’ai proposée ce matin à l’un de mes lecteurs :
Selon le récit de Genèse 3, Adam assiste à toute la scène de la tentation d’Eve complètement passif, sans venir en aide à sa compagne, sans essayer de contrer le serpent, alors qu’Eve, dans un premier temps, fait mémoire des recommandations de Dieu, c’est son tout premier mouvement intérieur : « Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas… » Sa première inclination est l’obéissance aux commandements, ce qui n’est pas le cas d’Adam. N’oublions pas, tout de même, que le serpent était redoutablement rusé, et qu’Eve avait très peu de chances, étant sans aucune aide, de lui résister verbalement et en actes. J’ai déjà dit ailleurs que l’opposer à Marie n’a pas de sens : Marie a été visitée par un ange de Dieu et pas par ce fameux « serpent », c’est plus aisé de dire « oui » à un ange de Dieu que « non » au plus rusé et policé des tentateurs…

Je précise bien entendu que si je crois parfaitement au récit de l’Annonciation qui est dans les Evangiles, je considère celui d’Adam et Eve comme symbolique de ce qui se vit dans beaucoup de relations homme-femme depuis la nuit des temps. Je ne crois pas que ce couple ait été « nos premiers parents » car j’ai confiance en la paléontologie et la science qui nous enseignent l’évolution de l’espèce humaine depuis les hominidés jusqu’aux homo sapiens sapiens que nous sommes encore.

Cela étant dit, il est notoire qu’il n’y a rien de commun entre la tentation d’Eve et l’Annonciation faite à Marie : Eve a affaire au diable lui-même, incarné dans ce serpent, qui, par sa ruse extrême et sa distorsion de la Parole de Dieu, va l’induire en erreur et la faire chuter, alors que, pour ce qu’elle avait compris des commandements de Dieu, elle avait l’intention première de s’y tenir. (suite…)

Mon propos n’est pas d’expliciter ce qu’est la doctrine de l’Immaculée Conception. Pour en prendre connaissance, on peut se référer au Catéchisme de l’Eglise Catholique (CEC) articles 484 à 511 :

http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_P1H.HTM

D’emblée, je précise que je connais cette doctrine, que je la comprends mais aussi que je la réfute. Je n’écris pas par ignorance du dogme et du catéchisme. Je m’exprime en tant que baptisée de l’Eglise catholique et pratiquante toujours fidèle, mais néanmoins pourvue d’un libre arbitre que je revendique, et tout particulièrement sur la doctrine du péché originel et sur le dogme de l’Immaculée Conception, l’une étant profondément liée à l’autre.

Ma réflexion est le fruit de toute une vie d’intérêt pour cette question, de l’observation incessante des fillettes et des garçons, des femmes et des hommes qui m’entourent et des relations qu’ils nouent entre eux, de très nombreuses lectures sur ce sujet et enfin d’une vie d’oraison intense. Ainsi, j’ose affirmer que ce que j’écris, je l’écris sous le regard du Seigneur et après l’avoir interrogé pendant de très longues années sur cette thématique, dans la prière.

Je puis affirmer, dans la foi, que Marie est Immaculée Conception. Je crois en Lourdes et aux dires de Bernadette Soubirous en 1858, par confiance en la jeune fille simple et pure qu’elle a été. Bernadette a rapporté au curé de son village que « la Dame » lui étant apparue lui avait dit son nom « Je suis l’Immaculée Conception » ce que la jeune fille rapportera tel quel dans son patois, en disant bien au prêtre « Je suis l’Immaculée Conception » et non « Elle est l’Immaculée Conception. »
J’insiste sur ce détail, car il a à mes yeux son importance, comme nous le verrons plus loin dans mon développement.
Mettons maintenant le dogme de l’Immaculée Conception de Marie en correspondance avec des termes de la liturgie de sa fête dans l’Eglise catholique, le 8 décembre (ou le 9 décembre comme cette année 2019, le 8 étant un dimanche) :

«Seigneur, tu as préparé à ton Fils une demeure digne de lui par la conception immaculée de la Vierge ; puisque tu l’as préservée de tout péché par une grâce venant déjà de la mort de ton Fils, accorde-nous, à l’intercession de cette Mère très pure, de parvenir jusqu’à toi, purifiés, nous aussi, de tout mal.» Et encore : « Car tu as préservé la Vierge Marie de toutes les séquelles du premier péché, et tu l’as comblée de grâce pour préparer à ton Fils une mère vraiment digne de lui ; en elle, tu préfigurais l’Eglise, la fiancée sans ride, sans tache, resplendissante de beauté. Cette vierge pure devait nous donner le Sauveur, l’Agneau immaculé qui enlève nos fautes. Choisie entre toutes les femmes, elle intervient en faveur de ton peuple et demeure pour lui l’idéal de la sainteté. »(Source : Prions en Eglise).

Il apparaît ici clairement, tout comme dans le CEC, que Marie est dite « préservée du péché originel », c’est bien le sens que l’Eglise donne à ce dogme. Et ceci par une grâce « venant déjà de la mort de son Fils »… tandis qu’il n’est même pas encore conçu. Il faut avouer que le raisonnement ecclésial est tout de même alambiqué. (suite…)