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La coquille

3 janvier 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

L’occasion des vœux du Nouvel An est celle de prendre des nouvelles d’amis proches ou plus éloignés géographiquement et quotidiennement. J’aime le moment où arrivent les réponses, auxquelles on donne suite en posant quelques questions plus personnelles. Le lien se renoue.
Ainsi, cette amie m’écrit, et je devine derrière ses mots rapides qu’elle a peut-être quelque chose de plus profond à confier. L’encourageant à le faire, je conclus, ne me rendant compte de la coquille qu’une fois le mail parti :

« Je t’embrase ».

Et alors me revient comme une vague le souvenir brûlant d’une grâce insigne reçue à l’occasion des vœux de Nouvel An, il y a plus de vingt ans. Une autre amie m’envoyait, sans aucunement se douter de l’effet que cela produirait sur moi, un livret méditatif pour bien commencer l’année. Je cite ici mon témoignage « Histoire d’une foi » à la p 28 :

 

A la dernière page, la photo d’une bougie de faible lueur dans la pénombre. Et le livret se termine sur cette pensée (je traduis de l’allemand) :

« Souvent, tu te dis que ce que tu fais, les autres ne le font plus depuis longtemps, ce pour quoi tu te bats, les autres l’ont abandonné depuis longtemps. (…)

Mais si tu y regardes vraiment bien, ta présence est indispensable et importante. Ton enthousiasme, ton élan, ton énergie sont comme la lumière dans l’obscurité… (…) Ce feu en toi n’est pas le fruit de ton propre effort. Un « Autre » l’a déposé en toi et t’a appelée à briller et à répandre de la chaleur. Entretiens-le fidèlement en toi, comme ton plus grand trésor. Bien sûr, tu ne vas pas embraser le monde entier avec ça, mais tu seras un signe visible que tu existes, – et pour Celui qui a allumé cette flamme en toi . »

Je tombe à genoux et je pleure à chaudes larmes. Une seule parole me vient :

« Tu me veux, c’est ça, Tu me veux ? »

Je me sens vaincue…

©Histoire d’une foi          Véronique Belen

(Citation : traduite de Andreas Pohl « Wenn du genau hinschaust »)

 

Mon réveillon de Nouvel An

31 décembre 2018 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 1 commentaire

J’aime ces heures qui s’égrènent calmement, chaque année depuis longtemps, dans ma solitude qui n’en est pas une. J’aime ces heures ultimes passées loin du bruit, des paillettes et des cotillons. J’aime orner le silence de quelques beaux chœurs qui chantent Noël, encore. J’aime ce temps qui se traîne un peu, où les réseaux sociaux deviennent plus silencieux, où je devine des fêtes plus ou moins réussies qui ne me manquent pas. J’aime ne pas être enivrée, ne pas avoir à contempler, dépitée, les effets de l’ivresse chez les autres. J’aime la nuit qui se fait au dehors avant que n’éclatent quelques fusées colorées ici ou là. J’aime attendre ces douze coups de minuit, pile, pour envoyer mes vœux à ceux qui me sont chers. Avant c’est trop tôt, après c’est déjà un peu superflu. Dérisoire de toute façon, à moins d’y mettre vraiment quelque chose de soi et de ses destinataires.

On l’aura compris, j’aime le passer ainsi, dans la plus grande simplicité, mon réveillon de Nouvel An. Avoir le temps, intérieurement, de dresser un bilan de l’année écoulée. Ebaucher quelques projets pour celle qui commence. Demeurer dans une paix profonde, dans tous les cas.

Jamais autant que cette nuit-là je ne me sens vraiment, au plus profond, « sentinelle de l’invisible ».

De la lumière, partout. Des sensations fortes pour ceux qui en ont le courage. Des ornements de Noël en nombre, éblouissants. Du rire et de l’émotion devant tant de beauté et de souvenirs de naguère, quand les enfants étaient petits et qu’ils s’émerveillaient du moindre manège, des attractions aquatiques qui rafraîchissaient par la canicule. Aujourd’hui, ils sont adultes, et c’est maintenant eux qui encouragent leur maman craintive à tenter telle ou telle aventure. En guise de cadeau de Noël, je leur ai offert une journée dans leur parc d’attractions préféré.

Tandis qu’ils s’étourdissent dans les grands coasters qui ne m’attirent guère, je prends plaisir à des attractions plus douces, méditant au passage sur ce goût prononcé qu’ils ont pour les parcs de loisirs contemporains fourmillant d’avancées technologiques époustouflantes, et je les comprends. Nous leur léguons un monde dur. Ils étudient courageusement, et n’ont aucune garantie de trouver un emploi au terme de leur cursus. Et combien de temps exerceront-ils ce métier-là, qu’ils ont choisi ? Tout est devenu fluctuant, et il y a peu de chances qu’ils aient un jour à transmettre à autrui ce savoir qu’ils acquièrent maintenant et qui sera bientôt obsolète.

Ici, on entre dans un univers protégé. Les sacs sont consciencieusement fouillés au portique d’entrée, et là où je hurlerais de terreur dans un grand huit interminable, ils se sentent en sécurité, car point de bombe ne leur explosera au visage, point de terroriste sanguinaire n’en voudra à leur jeune vie, une arme automatique à la main.

Je les comprends. Je me souviens des premières semaines de vie de mon fils : nous étions horrifiés devant le déluge de missiles Scud, à la télé, pendant la guerre du Golfe. Il pleuvait de la mort. Et cela n’a pas cessé. Point de 20h, depuis leur enfance, qui ne fasse étalage de guerres et d’attentats atroces en tous points du monde. Leurs grands-parents ont beau leur dire que leur jeunesse à eux, en pleine seconde guerre mondiale et occupation allemande, était bien plus éprouvante que la leur, il y a une dimension d’insécurité permanente qui imprègne aussi, et plus insidieusement, la vie de ces jeunes d’aujourd’hui ; ils évoluent avec ce sentiment diffus et pas de leur âge que tout pourrait, pour eux, s’arrêter demain.

Alors là, dans ce parc qui nous présente une Europe belle et unie dans la fraternité de façon idyllique, je comprends que mes enfants soient soulagés de la lourdeur de leur quotidien et heureux, enfin, comme ils y ont droit à leur âge. Même si cela ne doit durer qu’une journée. Une journée de joie gagnée dans un monde parallèle, certes factice, mais qui, pour une fois, leur veut du bien.

XXe siècle. Dans ces années-là se profile une révolution : l’apparition de la pilule contraceptive. Mais pas pour cette femme-là. Elle est catholique. A ce titre, elle a été bien prévenue : un mariage consommé équivaut à autant de grossesses qui se présenteront, et puis ma fille, tu accoucheras dans la douleur, car tout de même, tu descends d’Eve, et il faut bien payer l’addition un jour. Entre un oncle et un frère prêtre, elle n’aurait pas l’idée de contester. Sa destinée est là.

Lui naît, au bout de six ans de mariage, une quatrième fille. C’est la disgrâce. Pas même capable de mettre au monde un garçon ! Voilà une naissance qui gêne voire indiffère. Tout le monde s’en serait bien passé. Un bébé dont on aimerait ne pas avoir à faire mention. D’ailleurs, vous aurez beau fouiller les vieilles boîtes à photos, il n’y a pas trace de ce petit visage avant ses deux ou trois ans.

Dans les années et les décennies qui suivent, de telles naissances se produiront beaucoup moins. La pilule, puis l’IVG. Massif. Puis l’IVG sélectif, qui élimine surtout les filles, en certaines contrées. On pourrait appeler cela le massacre des saintes innocentes.
Finalement, elle a quand même eu de la chance de naître, cette fillette, même si c’est toute une enfance, une adolescence et plus encore à souffrir de se savoir au plus haut point non désirée, indésirable, en surnombre, en trop.

C’est plus tard. Elle s’est mariée, cette petite fille, et elle a trois enfants. Et voilà qu’elle vit un enfer conjugal. Le chaos dans sa tête et le harcèlement moral sous son toit. Il ne lui laisse plus de répit, le conjoint, au point qu’elle se sent la plus mauvaise en tout : comme épouse, comme mère, et même comme paroissienne, car ils sont de mèche, le mari et le curé, pour la dire « folle du logis ». C’est qu’elle a confié des grâces extrêmes reçues en nombre aux détours de sa prière, mais qu’aucun des deux, ni aucun autre, n’est capable de la croire ni même de l’écouter vraiment ou simplement de la recevoir avec considération. (suite…)

Jusque là, ça va. Bethléem inhospitalière au Messie qui devait pourtant en être originaire.

Toi, Bethléem Éphrata,
le plus petit des clans de Juda,
c’est de toi que sortira pour moi
celui qui doit gouverner Israël.
Ses origines remontent aux temps anciens,
aux jours d’autrefois.
Mais Dieu livrera son peuple
jusqu’au jour où enfantera…
celle qui doit enfanter.

Michée 5, 1-2

La naissance de Jésus en toute pauvreté dans une étable, sa mère, toute jeune et déjà confrontée à l’épreuve d’une telle venue au monde pour son fils, Joseph son époux à ses côtés, lui qui sait que cet enfant n’est pas conçu de lui.

J’ai tout de même un peu de mal avec Noël, à cause de tout ce qu’on y surajoute. Mais cette naissance dans le dénuement pour le propre Fils de Dieu, oui, j’y crois, c’est bien dans ses manières de faire à Lui, de prendre toujours la dernière place dans la vie des hommes et du monde. Le Créateur de toute chose qui accepte de n’être légitime presque nulle part dans sa création, le Dieu d’Israël qui se donne un Fils de chair et de sang, un Fils qui nous donnera tout, et cette chair, et ce sang.

Je peux contempler la crèche et croire à ce mystère. Je peux contempler la Croix et comprendre cet autre scandale, qui n’est cependant pas le terme de la vie du Christ, lui qui est venu de l’Eternité pour s’en revêtir dans son corps de gloire et nous l’offrir par sa résurrection.

De la crèche à la Résurrection en passant par la Croix, oui, je crois à tout l’Evangile. Va-t-on encore me soupçonner d’être mauvaise chrétienne ?

On comprend mal ce qui m’indispose, je le sais. Et pourtant, c’est très simple : il s’agit de toutes les extrapolations de l’Eglise catholique, les « Marie toujours vierge » et les « Saint Joseph son très chaste époux ». Toutes les contorsions pour prêcher que les frères et sœurs de Jésus, en fait, ne le sont pas, que la Sainte Famille, c’est une mère vierge après son accouchement, un époux légitime mais qui ne l’a jamais « connue », un Jésus fils unique couvé de tous côtés, Fils unique du Père, Fils unique de sa mère, unique toujours… (suite…)