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Quand, il y a seize ans, j’ai débarqué sur le net avec ma foi en bandoulière et ma très grande envie de prendre la défense de mes sœurs en humanité, quelle que soit leur religion, dans ce monde si inégalitaire et très souvent injuste envers elles, j’avais pensé que je pourrais me sentir à l’aise au contact des croyantes à tendance féministe, soucieuses de réhabiliter les femmes au sein des traditions qui ont très largement trahi l’amour de Dieu pour ses filles. Cet amour parfaitement manifesté en Jésus, lui qui prenait toujours leur parti contre des hommes prêts à les condamner et ne s’est jamais aigri, dans tous les évangiles, contre une femme, alors qu’il a pu être si virulent à l’égard des religieux malintentionnés de son temps et même de ses propres disciples à l’occasion.

J’ai lu des livres et écouté des interviews de ces femmes engagées avec foi pour une meilleure représentation féminine au cœur de l’Eglise catholique, j’ai même noué des contacts avec certaines d’entre elles par les réseaux sociaux. Tout cela pour me rendre compte assez vite que je n’étais pas vraiment la bienvenue dans leurs rangs en écrivant ce que moi j’ai à dire sur ces questions-là.

Etre haïe par les conservateurs en Eglise, j’y étais fort habituée. A l’époque florissante des forums internet, j’étais déjà leur bête noire, taxée d’être une affreuse féministe, ce qui, aux yeux de ces messieurs jaloux de leurs prérogatives ancestrales, était l’ultime insulte qui marquait la fin de tout dialogue. Leurs comparses féminines n’étaient d’ailleurs pas en reste, et me rejetaient tout autant que leurs compagnons de culte ou de messe à l’ancienne.

Eh bien, me disais-je, les féministes auront lieu de se réjouir de mes écrits dénués de toute influence, et de ma grande empathie pour toute fille et femme en ce monde. Mais dès qu’elle ont eu l’occasion de me lire ici ou là, la plupart m’ont opposé un silence gêné ou une réaction d’agressivité. Assurément, je n’étais pas de leur caste. (suite…)

Je me souviens de ma naïveté il y a vingt ans, quand le Père et le Fils se sont manifestés à mon esprit dans des grâces infuses et inoubliables. Je jubilais intérieurement, comprenant que sur un plan personnel, je ne douterais jamais plus d’eux deux et de leur lien paternel et filial d’amour et de substance. Et cela s’est vérifié. Non, vraiment, ces vingt dernières années, je n’ai plus jamais douté de Dieu le Père et de son Fils Jésus Christ.

Ce à quoi je ne m’attendais pas dans l’excès de mon enthousiasme, c’est que les ennuis sérieux allaient commencer pour moi. Ce que je n’avais pas escompté, c’est que le retournement de ma vie désormais tout orientée vers le Père et le Fils n’allait paraître que suspect voire infiniment dérangeant aux yeux de ceux, très nombreux dans mon entourage, qui n’ont tout simplement pas envie de croire parce que l’incroyance leur est plus confortable, et aussi, et cela me fut beaucoup plus incompréhensible, aux yeux de ceux qui chantent pieusement le « Veni Creator » mais qui repoussent de toutes leurs forces l’Esprit Saint quand il se manifeste en une autre personne que la leur propre, et surtout quand il exprime ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre.

On a vite fait de se créer un Dieu à sa propre mesure, et le psaume de la liturgie d’aujourd’hui nous le redit :
« Mais mon peuple n’a pas écouté ma voix,
Israël n’a pas voulu de moi.
Je l’ai livré à son cœur endurci :
qu’il aille et suive ses vues ! »

Psaume 80 (81) 12-13

Oui, dans ma grande naïveté, il y a vingt ans, je pensais que beaucoup seraient heureux de m’entendre quand j’affirmerais désormais :
« Mais oui, Dieu existe, et le Christ Jésus est son Fils ! »
Je croyais que beaucoup seraient curieux d’entendre ce que Dieu avait à dire dans l’aujourd’hui de ce XXIe siècle par la toute simple créature à qui Il avait choisi de circoncire l’oreille pour lui murmurer ses confidences, ses volontés, ses promesses d’accomplissement des Ecritures, ses mises en garde contre les faux prophètes, les faux voyants, les fausses apparitions. (suite…)

La bouteille d’Armagnac

3 février 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

J’avais 17 ans et j’étais en vacances dans le chalet de montagne de ma tante et de mon oncle, avec mes bien-aimés cousin et cousines. Randonnées mémorables, moments joyeux avec tous les enfants qui peuplaient ces chalets l’été, raclettes au feu de cheminée, le fromage piqué sur un gros clou sur une planche de bois, chacun attendant son tour quand mon oncle passait son couteau sur le délice ainsi fondu…
Nous étions allés faire de grandes courses et mon oncle s’était réjoui d’une bouteille d’Armagnac qu’il s’était offerte pour la déguster en soirées avec les voisins. Au retour, j’aidais à ranger les victuailles, et voilà que la bouteille d’Armagnac m’échappe des mains et se brise violemment sur le carrelage du chalet. Confusion extrême, et courroux de mon oncle. J’aurais voulu disparaître.

La nuit, je dormais sur la mezzanine ouverte sur le salon. Mon oncle et ma tante recevaient des amis, et je l’entendis, lui, se plaindre encore de ne pouvoir servir le précieux Armagnac que sa nièce malhabile avait gâché. J’étais morte de honte, mais j’entendis ma douce tante, toujours bienveillante, lui demander de cesser avec cette histoire.

Ainsi va la vie. Quelques années plus tard, c’est leur histoire d’amour qui a cessé, douloureusement, et plus proche que jamais de ma tante, en grandissant, j’ai partagé avec elle maintes confidences. Celui qui avait tout de même été longtemps notre oncle manquait par moments à notre famille, c’était une très forte personnalité, un hyperactif charismatique et très drôle mais parfois tyrannique aussi. Je partageais la douleur de mes chers cousin et cousines quand, longtemps, il se mit à les ignorer. Nostalgie pour eux et sous nos regards compatissants du père très attentionné qu’il avait été, souvenirs d’enfance en bataille… Je lui dois ne n’avoir, de toute ma vie, jamais fumé la moindre cigarette : oh non pas par l’exemple, c’était un très gros fumeur, mais par le souvenir cuisant d’une bouffée qu’il m’avait proposée vers mes 10 ans, et qui m’étouffa tellement que je fus vaccinée à vie contre le tabac !

Et hier, un message tragique de ma cousine sur mon téléphone : son père, septuagénaire, emporté par un cancer… Il aura eu le temps de se réconcilier largement avec ses enfants une fois devenus parents à leur tour et de jouir de ses petits-enfants. Je l’ai revu une seule fois cette dernière décennie, au mariage de ma cousine, il avait feint d’abord de ne plus nous connaître les uns et les autres, avant, en fin de soirée, de s’asseoir à mes côtés pour me faire maints compliments sur mon artiste de fils. Ses mots m’avaient profondément touchée. Il restait mon oncle.

Alors hier soir, les souvenirs me sont revenus en pagaille, des rires de l’enfance jusqu’à l’humiliation de la bouteille d’Armagnac.

Paix à cette âme tourmentée…

Marcher

30 janvier 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Il n’y a pas d’âge pour se découvrir une nouvelle passion. C’est plutôt que parfois, dans une vie, le temps, l’occasion et la confiance en soi manquent pour se lancer de nouveaux défis. Et ainsi, mettant à profit du temps qui m’est offert pour me refaire une santé sur tous les plans, je me suis surprise à me passionner pour la marche ; oh ce n’est pas de la grande randonnée, mais déjà plus de la petite promenade.
Et si je m’en réjouis autant, c’est que je suis plutôt tout le contraire d’une sportive. On ne me verra ni dans les salles de fitness, ni sur un vélo, ni sur les pistes de ski, ni en tenue de joggeuse. La course, mon cauchemar de collégienne ! Arrivant écarlate au bout du circuit de cross, je faisais peur même à mes professeurs !
A avoir eu toujours de vilaines notes en sport, on finit par se persuader qu’on n’est capable de rien dans ce domaine. Eh bien voilà, je prends ma petite revanche, sur ce versant descendant de la cinquantaine. Mon médecin me l’a toujours dit et répété : « Il faut faire davantage d’exercice ! »
Et moi de me plaindre, et à juste titre en plus, de ne pas avoir de temps pour cela.

J’ai donc acté qu’ayant ces derniers mois tout mon temps, je n’avais plus aucune excuse pour ne pas prendre soin de moi en écoutant un peu mieux mon docteur, qui me dit encore :
« Là où vous habitez, profitez donc de ce bel environnement pour aller marcher. »

Et nous y voilà. Oui, je dois le reconnaître, je vis dans un paysage exceptionnel de beauté, dans cet écrin de verdure qui se niche entre sommets vosgiens et vignoble alsacien. J’aime m’y promener depuis que j’y vis, mais la raideur des pentes me décourageait jusqu’ici de me lancer dans la vraie randonnée. Et comme le manque d’entraînement provoque la difficulté, je ne sortais pas de mes inhibitions. (suite…)

L’évangile lu aujourd’hui en Eglise (Jean 1, 29-34) raconte la révélation à Jean le Baptiste de la filiation divine de Jésus :
« J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui.
Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit :
“Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.”
Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »

Et dans beaucoup d’homélies prononcées ce jour, on a entendu, comme par exemple à l’abbaye de Tamié ce matin :
Désormais, c’est à chacun de nous que Dieu dit : « Tu es mon fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie. » (Frère Raffaele)

Cela est juste. Nous devenons enfants de Dieu par le baptême chrétien. Point n’est besoin de naître par conception miraculeuse comme Jésus, puisqu’en Lui, l’Agneau sans tache, nous pouvons trouver le pardon de nos péchés, et que par Lui, et avec l’appui des sacrements de l’Eglise, l’Esprit Saint nous est donné. Double grâce dont tout un chacun peut bénéficier gratuitement en demandant le baptême et la confirmation, en gardant l’habitude de confesser ses péchés pour en recevoir le pardon, en cherchant dans ce cheminement à croître en sainteté. Grâce offerte et irrévocable.

Néanmoins, je voudrais souligner un paradoxe.

Au temps de Jésus, ses coreligionnaires n’ont pour la plupart pas voulu croire qu’il était Fils de Dieu, et ce malgré le témoignage de Jean-Baptiste, puis celui de Pierre, de Marthe, de la Samaritaine… Il était inconcevable pour les Juifs pieux de ce temps que Dieu se donne un Fils ayant pris chair d’une femme, Marie, sans intervention masculine, et force est de constater que beaucoup de nos contemporains, même baptisés, n’y croient toujours pas. Cet article de foi est cependant bien connu et confessé par les nombreux croyants qui osent l’admettre avec simplicité de cœur. Et il est véridique. Je ne cesserai de proclamer, pour ma part, que Jésus est bien ce véritable Fils de Dieu, de la substance du Père, le Messie promis à travers toute la Première Alliance.

Au long des siècles, les chrétiens n’ont en tout cas plus eu de retenue à se dire fils ou fille de Dieu. Cela semble désormais couler de source, de même que l’affirmation d’avoir part à l’Esprit Saint. Et nous voici donc dans la situation inverse de celle vécue par Jésus en son temps : personne ne pouvait à l’époque être fils de Dieu, et donc lui non plus.
Aujourd’hui, tout chrétien se dit légitimement fils ou fille de Dieu. C’est une affirmation de baptisé qui ne devrait donc choquer personne, surtout pas en Eglise. (suite…)