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La fête du Christ-Roi est une de mes fêtes liturgiques préférées, et cependant elle m’occasionne des tristesses : cette année en particulier où, pour cause de confinement, nous nous devons de la passer loin de notre paroisse et sans recevoir l’eucharistie, et aussi parce que je la trouve toujours mal comprise au cœur même de l’Eglise. Cette année liturgique A qui se termine étant en outre à mon goût celle qui nous donne, sur les trois années, les plus belles lectures en ce jour : Ézékiel (34, 11-12.15-17), Psaume 22 (23), 1 Corinthiens (15, 20-26.28) et Matthieu (25, 31-46).
Quelle richesse dans tous ces textes et la beauté du Psaume 22 !

Si je suis souvent contrariée en cette fête du Christ Roi, c’est que j’ai beaucoup de mal à adhérer aux homélies données à cette occasion, en particulier quand elles sont censées s’appuyer sur l’évangile de Matthieu 25, 31-46, comme aujourd’hui. Et la messe catholique étant ce qu’elle est, j’en suis réduite, comme femme et laïque, à écouter passivement les mots du célébrant sans être autorisée à donner mon avis. C’est donc ici, sur cet espace d’expression personnelle et libre qu’est mon blog, que je vais le faire. (suite…)

Ecclésialement subversive

16 novembre 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Finalement, j’ai une chance : en confiant à un prêtre mon désir de me consacrer au Seigneur il y a presque dix ans maintenant, je l’ai mis devant le fait accompli, et il a béni mon vœu sans m’obliger à m’astreindre à la discipline du long « discernement en Eglise ». J’arrivais déjà très déterminée, appelée au plus profond de moi-même par le Christ Jésus à ce détachement définitif des créatures. Je ne l’ai jamais, jamais regretté, et tout confidentiel pour l’Eglise que soit mon vœu renouvelé chaque année auprès d’un prêtre différent, je m’y tiens sans difficulté.

Ma très grande chance, c’est ma liberté dans le Seigneur. En effet, je ne me suis inféodée à aucun Ordre, et je n’ai jamais promis de « servir l’Eglise » comme le font par exemple les « Vierges consacrées » – appellation que je trouve d’ailleurs réductrice voire insultante pour les femmes. Pour moi, me consacrer au Seigneur, c’était et c’est toujours véritablement le prendre Lui pour unique Epoux. Cela ne signifie aucunement que je devrais devenir une main d’œuvre docile pour une paroisse ou un diocèse. Toute ma vie de foi m’a suffisamment démontré quel contraste il y a entre Dieu et l’Eglise, fût-elle celle de mon baptême. Si j’ai traversé une longue nuit d’agnosticisme de 18 à 33 ans, ce n’était aucunement par désintérêt pour le Seigneur Jésus, mais bien plutôt en raison d’insurmontables contre-témoignages chrétiens tout autour de moi et du discours ecclésial des années Jean-Paul II. Jamais je n’ai pu adhérer à ce moralisme et à ces vues familiales étriquées, et je n’y adhère toujours pas a posteriori.

Il était donc hors de question pour moi de vouer ma vie des années plus tard à une institution qui montrait tant de prises de distance avec l’Evangile. Le Dieu Trinité est toute ma vie. L’Eglise catholique romaine, dans son fonctionnement qui démontre tant de failles, non. Si je lui étais liée par des vœux dans un Ordre, j’aurais le sentiment de cautionner tacitement ses mille et uns scandales. Qu’ils soient sexuels, de pouvoir ou financiers, tous me révulsent. J’entends ne pas me taire quand la voix des victimes est étouffée et que les rouages de la hiérarchie et de la curie démontrent… leur incurie. (suite…)

« L’amour n’est pas aimé », disent de nombreux chrétiens à la suite de saint François d’Assise à qui cette parole est attribuée. On identifie ainsi le Christ ou notre Dieu Trinité à l’amour, et force est de constater que dans le siècle où nous vivons, ce n’est pas une majorité qui vit de la Parole de Dieu personnifiée en son Fils et de la référence à Dieu pour trouver en Lui le sens de notre vie. « L’amour n’est pas aimé », autrement dit le Dieu d’amour, de miséricorde et de justice ne tient pas la première place dans le cœur de beaucoup de nos contemporains.

Je voudrais prolonger ce constat par un autre postulat : « La vérité n’est pas aimée. »

Jésus s’est lui-même présenté comme « le Chemin, la Vérité et la Vie ». (Jean 14, 6) Les chrétiens authentiques tentent de vivre de cette parole. Choisir de suivre le Christ-chemin pour accéder au Père, vivre de la parole de Jésus pour entrer dans la promesse de la vie éternelle. Défi de toute une vie ! Ce n’est pas toujours simple de tenter de se conformer aux commandements de l’Evangile, source de vérité. Ils sont à la fois un fardeau léger et une exigence radicale de cohérence dans l’amour, le don du pardon et la charité.

Concernant la vérité, le Christ Jésus a eu aussi cette parole très importante :

J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Jean 16, 12-15

Jésus préparait ainsi ses disciples à la venue du Saint Esprit sur eux, ce qui se produisit effectivement cinquante jours après sa résurrection, événement dont nous faisons mémoire à chaque fête de la Pentecôte (Actes des Apôtres 2, 1-13).
Mais n’allons pas croire que l’Esprit a déjà tout révélé des mystères divins ce jour-là, et que désormais nous n’avons plus rien à en attendre. Jésus savait bien que ses disciples, et même après sa résurrection, ne seraient pas capables de tout porter de la vérité de Dieu. Ils ont reçu l’essentiel pour témoigner du Christ ressuscité et s’acheminer vers la rédaction des Evangiles, vers la proclamation de la bonne nouvelle du salut aux païens par l’apôtre Paul converti au Christ après une forte expérience mystique. Tout cela était absolument nécessaire pour asseoir solidement la foi des chrétiens et les bases de l’Eglise. Nous vivons encore de ces grâces aujourd’hui. L’Esprit a produit des merveilles dans les premiers temps de l’Eglise, avec force persécutions pour les premiers témoins qui recevront le nom de chrétiens.

Et de nos jours ? L’Esprit est-il toujours à l’œuvre ? (suite…)

Demandez aux Français non pratiquants ce que représente la fête de la Toussaint, et ils vous parleront cimetières et chrysanthèmes. C’est si vrai que les fleuristes ont eu une dérogation pour continuer à travailler malgré le reconfinement jusqu’à la date de cette fête catholique.
Les pratiquants auront beau se démener pour expliquer que la fête de la Toussaint, c’est se réjouir de tous les saints qui ont aimé ou aiment Dieu plus que tout et leur prochain comme eux-mêmes,  dans l’acception sociale, à la Toussaint, on fait mémoire de nos défunts. Et de là, je pense, une confusion et une mauvaise interprétation des Ecritures.

Qui, sinon Dieu ou une personne remplie d’Esprit Saint peuvent discerner qui est saint et qui ne l’est pas ?

C’est faire erreur que de considérer que tous nos défunts ont été des saints, et c’est aussi se leurrer que de penser que tous les défunts ont déjà eu part aux Cieux de la première résurrection. Or, cette erreur d’appréciation, énormément d’ordonnés eux-mêmes la commettent, il suffit d’écouter leurs homélies onctueuses aux funérailles. Il est souvent prêché que le baptisé est d’ores et déjà sauvé en Christ, et ce quelle qu’ait été sa vie. On évoque l’immense miséricorde de Dieu qui efface toutes les fautes d’un coup d’éponge et qui donne à chacun l’accès direct au paradis. Dans l’Eglise catholique, j’entends souvent cela et j’avoue que j’en éprouve de l’irritation, car c’est mentir aux fidèles et encore davantage à tous ceux qui ont relégué les commandements de Dieu, l’Evangile voire le simple souci d’autrui sur le recoin poussiéreux d’une étagère de leur vie, et cela même s’ils ont été baptisés. Et d’ailleurs, dans notre Eglise, nombre de parents font encore baptiser leur enfant simplement comme un rite social, familial, ou encore une sorte de vaccin contre le néant. On l’envoie encore éventuellement à la catéchèse de la première communion, puis tout s’arrête, et le petit prince est élevé selon des valeurs personnelles de sa famille, quand toutefois elle en a quelques-unes. Comment ne pas devenir, le plus souvent, un piètre chrétien, quand l’entourage ne donne plus de témoignage de la suréminente pertinence de l’Evangile ? (suite…)

A-Dieu mon Papa

16 octobre 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog - 3 commentaires

Il y a d’abord un coup de fil du médecin du service des soins palliatifs. Ce serait bien de venir, demain. Et si possible en fratrie complète.

Nous sommes autour de Papa. Fatigué. Amaigri. Incapable d’avaler quoi que ce soit, pas même de l’eau dont il aurait pourtant tellement envie. L’aide-soignante, touchante d’affectueuse sollicitude, passe régulièrement lui hydrater les lèvres.
Il a encore la force de dire quelques mots, les mots essentiels. Il a encore la force de nous dire, sur la photo de mariage de ses parents en 1928, qui est qui. Il sait que tout un livre d’histoire familiale va se refermer avec ses yeux qui ont tant pleuré au cours de ces trois mois d’hôpital. Toute une histoire ponctuée de guerres, de déplacement dans la Vienne quand il avait l’âge d’apprendre à lire, de double journée de travail dans l’atelier de menuiserie et la ferme de ses parents, de rappel en Algérie, de jours heureux assombris de lourdes épreuves aux côtés de notre maman, la seule femme qu’il ait jamais aimée.

Nous sommes là, autour de lui. Ses filles, ses petites-filles, son gendre qui a été pour lui comme un fils et qui l’a considéré comme son père. Il nous dit l’essentiel. L’amour passe l’obstacle difficile de ses lèvres desséchées ; dans la vie qui l’abandonne déjà, il s’enquiert de ce que seront ses obsèques. Ce sera dans l’église de son village, où il a été choriste paroissial plus de soixante ans. On comprend difficilement le mots « fleurs ». « Tu ne veux pas de fleurs, Papa ? » « Des belles fleurs », répond-il dans un sourire d’espérance, lui qui, pendant tant d’années, a fait fleurir méticuleusement de magnifiques chrysanthèmes pour les tombes de sa bien-aimée et de ses parents et beaux-parents. « C’est promis Papa, tu auras de très belles fleurs. » Le diacre de la paroisse le connaît bien et il connaît bien le diacre. « Papa, cela te dérange s’il n’y a pas d’eucharistie ?  » Non, il est en paix, notre choix du diacre lui va très bien. Je l’interroge encore sur les lectures, les chants. Mais il nous fait une entière confiance pour ces choix-là.
Je lui lance en forme de boutade : « Papa, si tu vois Jésus, donne-lui bien le bonjour de ma part. » Dans un faible sourire, il parvient à me dire : « Mais comment je vais faire pour le reconnaître ? Même ses disciples ne l’ont pas reconnu ! » Voilà, le choix de l’évangile s’impose à moi comme une évidence : ce sera celui des disciples d’Emmaüs (Luc 24, 13-35).

Il est de plus en plus faible. Ma nièce, qui a beaucoup pleuré toute l’après-midi en apprenant cet ultime rendez-vous avec le médecin, s’approche de lui avec son ventre mûr d’une grossesse de huit mois. Dans un souffle, elle lui promet que le deuxième prénom de son bébé sera celui de ce Papy adoré avec qui elle a vécu tant de belles et inoubliables choses. Depuis ces trois mois d’hôpital, les photos et vidéos de son premier fils de deux ans arrachaient à l’arrière-grand-père alité les plus beaux sourires. Il nous aime avec force et évidence. Il nous aime et le redit par toute son attitude. Il faiblit, il ne peut presque plus parler. Il va s’endormir du sommeil auquel il aspire de tout son être. Je lui dis qu’il est tout près de revoir sa chérie, notre maman partie il y a dix ans déjà. « Oh oui… » Il a tenu pour nous toute l’après-midi sans faire de sieste. Le voilà tellement fatigué… Nous le quittons doucement, l’un après l’autre, en lui redisant tout notre amour et la chance de l’avoir eu pour Papa, pour beau-père, pour Papy… Il nous dit, en paix profonde :
« Moi j’aime tout le monde… »

Dors bien mon papa chéri, repose-toi, réjouis-toi, intercède pour nous du ciel des bienheureux, toi qui as été rayon de lumière dans notre vie.

https://www.youtube.com/watch?v=6dlCmAWZ8q4
(Le chant final aux obsèques de Papa)