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Bien sûr, il y a les vœux pieux et les homélies un peu culpabilisantes que nous allons entendre pendant le temps de Noël : c’est le moment de faire la paix, de se réconcilier avec son prochain, de pardonner à qui nous a fait du tort, de demander pardon à ceux à qui nous en avons causé… Bien sûr.

Chacun examinera lui-même sa conscience, et s’il est vrai qu’il faut parfois ravaler son orgueil pour demander pardon ou pour pardonner à autrui, ne perdons pas de vue que dans certaines circonstances, ce n’est pas forcément souhaitable, surtout quand l’orgueil n’est pas en jeu, non, mais la survie psychique, oui.

Il y a parfois, malheureusement, dans le discours chrétien, des injonctions au pardon inappropriées. Loin de comprendre ce qui a causé une rupture de relations, le donneur de « bons » conseils va risquer de  raviver des douleurs plutôt que de les amener à se cicatriser avec le temps voire l’éloignement définitif.

Je prends quelques exemples : une personne ayant un parent toxique, véritablement toxique – je pense à ces parents qui soumettent leur enfant, jeune ou adulte, à des injonctions contradictoires qui peuvent ruiner un psychisme. « Tu ne viens jamais me voir ! » se plaint le parent. L’enfant y va et se prend une bordée d’insultes ou une manifestation de parfaite indifférence à ce qu’il est, à ce qu’il vit. Aucune question le concernant, mais des jérémiades égoïstes à engranger patiemment. L’enfant en ressort meurtri… jusqu’à la prochaine scène de « double bind ». J’ai donné un exemple « soft », certaines injonctions paradoxales étant bien plus néfastes encore.

Il est bon, parfois, de sortir de l’angélisme chrétien. Il existe des personnalités toxiques, oui, malheureusement. Et mieux vaut s’en prémunir quand on a fini par identifier le danger pour soi-même. Telle personne peut être toxique avec vous et uniquement avec vous. L’entourage ne comprend pas et veut vous réconcilier l’un avec l’autre. Il faut être fort, parfois, pour résister à ces manœuvres.
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » n’a jamais signifié : « Tu aimeras ton prochain au risque de te détruire toi-même. » (suite…)

Chers amis lecteurs,

Je suis prête aujourd’hui à vous livrer une très précieuse confidence.
Pourquoi le faire aujourd’hui ?
Parce que cette expérience spirituelle fondatrice avant toutes ces années de témoignage est absolument indélébile en moi et explique toute la suite de mon existence.
Parce que je l’ai mise par écrit il y a plusieurs années déjà, soumise discrètement à différents accompagnateurs spirituels et à ma propre hiérarchie ecclésiale, qui ne m’a opposé qu’un silence gêné.
Parce que je suis fatiguée parfois d’être considérée avec condescendance comme une pauvre malade mentale qui doit gentiment avaler ses traitements et taire ses inspirations spirituelles les plus vives et authentiques.
Parce que ceux qui me lisent et se posent des questions sur moi ou osent des moqueries suspicieuses pourront trouver là l’explication de ma compréhension un peu hors normes du langage et de la volonté de Dieu.
Ce choix que je pose aujourd’hui suppose une très grande confiance de ma part. Il y a bien des années, une religieuse m’avait dit : « Ne jetez pas vos perles aux pourceaux. »
Je considère que mes lecteurs, ici, ne sont pas des pourceaux. Certains peuvent être malintentionnés, je le sais pour l’avoir déjà amèrement vécu.
Mais je parie sur votre âge adulte et votre bienveillance. Oui, si je vous livre la perle absolue de ma vie spirituelle, considérez-la avec le respect qu’elle mérite, et accordez-moi la légitimité qu’elle me confère dans la foi au Dieu Trinité et la compréhension intime de ce qu’Il a à nous dire dans l’aujourd’hui de nos vies. (suite…)

Je lis ce matin, sur les réseaux sociaux, des statuts, des billets et des poèmes enthousiastes sur l’entrée en Avent. Les non-croyants publient des photos de leur ville illuminée pour les fêtes de fin d’année. Les chrétiens rivalisent de superlatifs pour évoquer leur attente tout ecclésiale de la venue du Messie. Il va prendre chair de la Vierge Marie, il va venir, il va ranimer notre foi endormie… Il va nous donner la paix, la concorde, nous ouvrir le Royaume du Père… etc, etc.

Tout cela est convenable et correspond à la liturgie de ce premier dimanche de l’Avent. Je n’ai pas boudé l’Eglise, la messe tombait hier soir chez moi, j’y suis allée, j’ai apprécié qu’il y ait du monde et la belle homélie de notre prêtre. Oui mais…

Mes lecteurs vont finir par le savoir, l’Avent et Noël, ce n’est pas « mon truc ». Je viens de lire une méditation d’un père jésuite proposée sur Vatican.News pour l’occasion, et j’y relève :

Et la péricope de l’Evangile de Saint Matthieu du vingt-quatrième chapitre, que nous lisons en ce premier dimanche de l’Avent, nous rappelle que ce combat pour la lumière devrait mobiliser tout notre être dans l’attente du Messie, nous appelant à sortir de nos assurances, de nos certitudes humaines sans limites, pour mettre notre foi dans le Seigneur. Sortir de notre sommeil signifie donc pour nous, nous dessaisir d’une foi superficielle, qui s’enlise dans la routine d’une vie chrétienne faite d’accoutumance, pour entrer dans une foi opérante qui veille et s’active dans l’espérante attente du Christ. Que Dieu rende donc vigilants, en ce début du temps de l’Avent, ceux qui attendent et espèrent le Seigneur.

https://www.vaticannews.va/fr/afrique/news/2019-11/meditation-dimanche-de-l-avent-annee-a-l-attente-dans-l-esper.html

Voilà, je comprends mieux mon malaise. Il me semble que l’Avent est destiné, dans l’Eglise catholique, à ceux qui ont une foi tiède. Si tiède qu’il leur arrive d’oublier que le Christ Jésus est venu dans la chair il y a 2000 ans et qu’il nous a laissé sa Parole qui est à méditer chaque jour de l’année liturgique commençante. (suite…)

Pauvretés

30 novembre 2019 | Publié par Véronique Belen dans Blog - Aucun commentaire

Hier, je suis allée au cinéma pour voir « Gloria Mundi » de Robert Guédiguian, un film sombre, difficile, sans concession pour notre société injuste, où les uns, d’un milieu social modeste dans les quartiers nord de Marseille, s’éreintent au travail pour à peine survivre tandis que d’autres jouent les parvenus, prospérant dans des affaires troubles qui ne consistent qu’à tirer profit de la précarité d’autrui : rachat d’objets dont on se défait pour « boucler ses fins de mois » et qui sont ensuite revendus après avoir été réparés dans des ateliers clandestins de travailleurs non déclarés, eux aussi précaires entre les précaires. Le réalisateur nous amène à l’amer constat de la misère à nos portes, dans nos sociétés d’opulence pour certains, de désespérance pour beaucoup d’autres. Je retiendrai l’image du visage décomposé de Sylvie, femme de ménage quinquagénaire honnête et besogneuse admirablement interprétée par Ariane Ascaride, lorsque son chef d’équipe lance « Neuf minutes par cabine ! », et qu’en train de se démener pour y parvenir, elle découvre les toilettes dans un état nauséabond. Souvent, j’ai souligné ici le mérite des femmes de ménage que l’on ne pense jamais à louer, elles sont méprisées comme leurs tâches, alors que sans elles, nos lieux publics seraient invivables.

En proie à des pensées encore noires après ce film à l’issue implacable, je me retrouve dans la salle d’attente d’un médecin qui a pris du retard dans ses rendez-vous. Il faut prendre patience quand on se rend compte que plusieurs patients vous précèdent alors que vous étiez bien à l’heure.
Il y a là un couple, elle, la patiente prévue après moi, s’agite un peu, parle avec tout le monde, descend fumer une cigarette, remonte et commente l’amertume de sa vie : un accident grave qui l’a handicapée depuis vingt-cinq ans, le moral fluctuant, l’impossibilité de travailler, la précarité financière, l’envie quant aux personnes « joyeuses et qui ont tout. »
Je n’aime pas beaucoup les conversations de salle d’attente, mais entre ses paroles incessantes et un coup de fil que passe son mari, j’en sais déjà presque trop sur leur pauvre vie.
Elle évoque une fillette, leur petite-fille je suppose, qui veut venir dîner chez eux de « pommes de terre au munster. »
« Le grand munster était à 5 ou 6 euros, dit-elle à son mari, j’en ai pris un petit, tant pis, je n’en mangerai pas, moi, je lui laisserai ma part. »

Parfois, le cinéma ne reflète que la triste réalité.

 

Image : Pablo Picasso    Les pauvres au bord de la mer    XXe     National Gallery of Art, Washington

Voilà, l’année liturgique s’est terminée et nous allons entrer dans le temps de l’Avent. Nous allons entendre des lectures qui parlent de la venue imminente du Seigneur. Nous allons être invités à nous préparer à cet avènement. Et tout cela va aboutir à ce non-événement que seront les célébrations de Noël.
Comme chaque année, le même scénario : les bénévoles des paroisses vont s’agiter pour mettre en place la crèche, vendre des décorations de Noël pour des causes plus ou moins humanitaires, sélectionner les enfants qui animeront le grand cinéma de la crèche vivante, préparer les célébrations qui reprendront les mêmes erreurs théologiques que chaque année avec les mêmes cantiques qu’on finit par ne plus supporter d’entendre depuis tant de messes de minuit…

Mes lecteurs se demandent quelle mouche m’a piquée ?
Aucune.
Ce n’est pas la première fois que j’exprime mon malaise en Eglise au sujet de Noël. Non, je n’aime pas ce temps et je n’apprécie pas la façon que nous avons de le vivre en Eglise.

Théologiquement d’abord : on va encore dire que « Dieu s’est fait homme », que « Dieu est descendu sur terre », que « Dieu a pris chair dans un tout petit enfant ».
Je conteste ces formulations.
Dieu, le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, habite un espace-temps inaccessible à nos sens, nul ne peut le voir sans mourir : « Tu ne pourras pas voir mon visage, car un être humain ne peut pas me voir et rester en vie. » (Exode 33, 20)
Qu’avons-nous fait de cette Parole, nous chrétiens ? Ce Dieu-là n’est jamais descendu sur terre, ce Dieu-là n’est pas homme, ce Dieu-là n’est pas masculin ! Nous ne savons rien de sa forme, de son apparence, de son être profond. C’est bien parce qu’ils affirment à tort que Dieu tout entier se manifeste en Jésus Christ son Fils que les chrétiens se fourvoient dans leur façon d’appréhender Dieu. Jésus est pleinement son Fils, oui, il est pleinement le Verbe de Dieu, il est pleinement la deuxième Personne de la Trinité… mais pas la Première ! Laissons au Dieu d’Israël ses prérogatives, et progressons dans le respect que nos aînés juifs ont de son mystère ! J’avoue pour ma part être presque gênée devant des proches juifs de ce que nous autres chrétiens sommes capables d’affirmer à Noël. « Mais Jésus est Dieu ! » va-t-on encore m’objecter comme si j’étais une mauvaise chrétienne. Eh bien pour ma part, je ne peux nommer « Dieu » que la Trinité tout entière, avec ses trois Personnes distinctes l’une de l’autre, ou le Père qui existait déjà avant qu’Il n’envoie le Fils s’incarner en homme masculin. Quand Jésus s’est incarné à Bethléem, il n’a rien enlevé au Père, qui est demeuré Dieu tel qu’Il était et sera pour l’éternité. (suite…)