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« Ce seront des jours où justice sera faite pour que soit accomplie toute l’Écriture » Luc 21, 22

28 novembre 2019 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« Quand vous verrez Jérusalem encerclée par des armées, alors sachez que sa dévastation approche.
Alors, ceux qui seront en Judée, qu’ils s’enfuient dans les montagnes ; ceux qui seront à l’intérieur de la ville, qu’ils s’en éloignent ; ceux qui seront à la campagne, qu’ils ne rentrent pas en ville,
car ce seront des jours où justice sera faite pour que soit accomplie toute l’Écriture.
Quel malheur pour les femmes qui seront enceintes et celles qui allaiteront en ces jours-là, car il y aura un grand désarroi dans le pays, une grande colère contre ce peuple.
Ils tomberont sous le tranchant de l’épée, ils seront emmenés en captivité dans toutes les nations ; Jérusalem sera foulée aux pieds par des païens, jusqu’à ce que leur temps soit accompli.
Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots.
Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde, car les puissances des cieux seront ébranlées.
Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire.
Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. »

Luc 21,20-28
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

J’ai déjà, ici ou là, commenté cet extrait d’Evangile, je veux juste m’arrêter aujourd’hui sur la phrase mise en titre : « Ce seront des jours où justice sera faite pour que soit accomplie toute l’Écriture. »
Il est de bon ton, dans une homélie catholique, d’appuyer sur la fait que ce soit le Christ Jésus, par son incarnation, sa mort et sa résurrection, qui ait déjà accompli toutes les Ecritures. Le catholique n’aime pas s’appesantir sur l’espérance en un retour du Christ en gloire à la fin des temps. Sommes-nous donc tellement craintifs qu’il faille toujours nous ménager face à ce type de texte ? Sommes-nous tellement auto-satisfaits de notre propre salut en Jésus-Christ – que beaucoup considèrent comme d’ores et déjà acquis – que nous finissions par devenir indifférents au salut de notre prochain qui ne croit pas au Fils de Dieu ? Sommes-nous tellement jaloux de notre confort, notamment en occident, que nous ne voulions plus penser que la justice de Dieu soit autre chose que notre petite paix personnelle et nos prérogatives de bon chrétien ?

Il y a vingt ans, « recommençante » dans l’Eglise, j’étais vivement interpellée par les récits apocalyptiques qui ne me laissaient pas dans une paix béate. Notre curé, issu du Renouveau charismatique, balayait mes questionnements en me répondant que Luc parlait ici de la destruction du temple de Jérusalem en l’an 70 et que tout cela était accompli depuis longtemps. Il riait presque de mes préoccupations pour le devenir de notre monde. Et comme il me voyait inquiète, il me disait que ce n’était pas là la signature de Dieu, celle-ci étant une paix profonde. Quand c’est votre curé de paroisse, unanimement apprécié, qui vous dit ces choses, vous ravalez vos questionnements et vous apprenez à les taire.

J’ai eu l’occasion de mûrir, de m’affirmer et de relativiser les propos de ce prêtre convaincu lui-même de bénéficier suprêmement de l’onction de l’Esprit Saint. Et de comprendre que mes préoccupations personnelles en matière de salut n’étaient pas aussi infantiles et déplacées qu’on avait voulu me le faire croire.

Car enfin, j’observe le monde, et il serait indécent de considérer que la justice de Dieu a déjà été manifestée pleinement. Sa miséricorde en Jésus Christ, oui. Le Christ crucifié et ressuscité nous est donné, à tous, pour trouver en Lui un compagnon de souffrance et une source de pardon pour nos péchés. Je ne dénie absolument pas cet article de foi.

Mais être pardonné de ses péchés, est-ce là l’ultime justice ?

Je considère la vie de mes sœurs en humanité en bien des lieux du monde, et je vois leur souffrance qui n’est pas due à leur péché, mais à celui d’autres sur elles : oppression par un père, un frère, un mari, une belle-mère, un employeur, un responsable religieux… Condamnation à l’illettrisme, à la tutelle sociale et familiale, à la vie domestique parfois aliénante voire aux coups ou aux humiliations psychologiques… « Double journée » entre le travail et la famille dans les contrées où elles ont un emploi…

Nos prédicateurs catholiques sont tous des hommes parfois aveugles et sourds à de telles considérations. A force de prêcher sur « le frère », souvent, ils en oublient « la sœur ».
Moi non. Et si j’espère sans crainte et sans être obsédée par de possibles cataclysmes concomitants le retour prochain de Christ en Gloire, c’est bien pour que le Dieu de tous et de TOUTES fasse enfin justice à toutes celles et tous ceux qui souffrent une vie dégradante dans ce monde où les plus belles prophéties de paix et de bonheur des Ecritures sont encore très, très loin d’être accomplies.

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