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Le mariage d’Isaac et de Rebecca

5 juillet 2013 | Publié par Véronique Belen dans Méditations bibliques

La liturgie d’aujourd’hui nous donne à lire des extraits de la Genèse : mort de Sara et mariage de son fils Isaac. Je ne vais pas recopier tout le passage car il est assez long. On le trouvera en Genèse 23 et 24.
Depuis longtemps, je médite l’histoire du mariage d’Isaac et de Rebecca. C’est une belle scène de la Bible, et qui se déroule conformément au voeu d’Abraham, père d’Isaac, le fils de la promesse. Abraham désire que son fils épouse une fille de sa parenté et non une Cananéenne. Il envoie son serviteur la quérir dans son pays, dans sa parenté. Le serviteur rencontre Rebecca au puits, et elle semble correspondre en tous points aux voeux d’Abraham pour son fils. Quand le serviteur explique toute l’histoire au père de Rebecca, l’accord de la jeune fille est sollicité pour aller rencontrer Isaac, et elle s’engage dans ce projet volontairement. Elle part, avec ses servantes, à la rencontre du fils d’Abraham.

Je relève ici l’extrait (Genèse 24, 58-67)

lls appelèrent donc Rebecca, et lui dirent: Veux-tu aller avec cet homme ? Elle répondit: J`irai. Et ils laissèrent partir Rebecca, leur soeur, et sa nourrice, avec le serviteur d`Abraham et ses gens.
Ils bénirent Rebecca, et lui dirent:
O notre soeur, puisses-tu devenir des milliers de myriades,
et que ta postérité possède la porte de ses ennemis !
Rebecca se leva, avec ses servantes ; elles montèrent sur les chameaux, et suivirent l`homme. Et le serviteur emmena Rebecca, et partit.
Cependant Isaac était revenu du puits de Lachaï roï, et il habitait dans le pays du midi.
Un soir qu`Isaac était sorti pour méditer dans les champs, il leva les yeux, et regarda ; et voici, des chameaux arrivaient. Rebecca leva aussi les yeux, vit Isaac, et descendit de son chameau.
Elle dit au serviteur : Qui est cet homme, qui vient dans les champs à notre rencontre  ? Et le serviteur répondit : C`est mon seigneur. Alors elle prit son voile, et se couvrit.
Le serviteur raconta à Isaac toutes les choses qu`il avait faites.
Isaac conduisit Rebecca dans la tente de Sara, sa mère ; il prit Rebecca, qui devint sa femme, et il l`aima. Ainsi fut consolé Isaac, après avoir perdu sa mère.

Toute cette rencontre a été désirée par le Seigneur qui a inspiré Abraham de la provoquer. Et on sait d’après la suite de la Genèse qu’Isaac et Rebecca furent des époux fidèles.

Ce qui me laisse pensive, à chaque fois que je relis – avec plaisir – l’histoire de cette union, c’est la rapidité avec laquelle elle se conclut.
Et je ne peux m’empêcher de penser au joug que l’Eglise impose aux jeunes gens depuis des siècles.

Dans le Livre de Tobie, on voit aussi le jeune Tobie et sa cousine Sara s’unir trois jours après leur rencontre, trois jours qu’ils passeront en prière pour lever une malédiction qui pesait sur Sara et faisait mourir ses maris avant que l’union ne soit consommée. Là aussi, tout va se résoudre quand elle entrera dans le plan de Dieu, qui était d’épouser Tobie en remettant la consommation de leur mariage à Dieu dans une prière conjugale avant de se donner l’un à l’autre.

Mais dans les deux récits, le mariage est consommé très tôt après la rencontre. Et l’union est bénie hors de la présence d’un prêtre.

Voilà donc pourquoi je m’interroge sur la lourdeur que l’Eglise a conférée au mariage chrétien à travers les siècles.
La Vierge Marie n’avait certainement que 14 ou 15 ans quand elle fut promise en mariage à Joseph.

De nos jours, en occident, nous avons heureusement reculé l’âge de la nubilité des jeunes filles, et c’est un grand progrès qu’elles puissent étudier et acquérir une formation professionnelle. Mais cela retarde d’autant plus l’âge auquel elles peuvent se consacrer au projet de fonder une famille. De plus, ces dernières décennies, la situation financière des jeunes démarrant dans l’emploi est devenue très précaire, et il est bien souvent déraisonnable d’avoir des enfants avant que le couple n’ait vraiment les moyens d’assumer leur éducation.

Alors je m’interroge sur cette persistance de l’Eglise à exiger le blanc-seing du mariage religieux pour accepter que les couples fidèles consomment leur union. Immédiate entre Isaac et Rebecca, trois jours entre Tobie et Sara, il y a de quoi faire réfléchir.

Ne donnons pas dans l’angélisme. Les jeunes gens ont des besoins affectifs et sexuels forts. Est-il raisonnable et même souhaitable d’exiger d’eux la chasteté jusqu’à 25 – 30 ans ? Une chasteté mal assumée et des désirs obsessionnels sont-ils préférables à une sexualité assumée dans la tendresse et le désir de l’engagement vrai ?
Et cela d’autant plus que ces dernières années, le mariage est devenu un événement festif démesurément cher et compliqué à organiser – ce que je suis loin d’approuver – qui est hors de portée de nombre de couples, et en cela, rédhibitoire.

Dans sa discipline sur le mariage et la consommation d’une relation amoureuse fidèle, je trouve l’Eglise en profond décalage avec la réalité contemporaine. N’ai-je pas lu récemment sur un site catholique qu’un couple vivant en union libre n’avait ni le droit de se confesser, ni celui de communier ? Toujours cette vision du péché absolu dans les questions de morale amoureuse…

Qui sommes-nous, pour juger de ce qui se passe dans le coeur profond d’un couple, pour juger du regard que porte Dieu sur un couple dont l’amour est sincère et qui désire la fidélité ?

Il serait bon de revoir un peu nos crispations canoniques en méditant le récit du mariage d’Isaac aujourd’hui…

Image : Le mariage d’Isaac et de Rebecca, vitrail de L’Eglise saint Martin de Tours, Epsom

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12 commentaires

  • Véronique says:

    Bonjour Rebecca, merci pour votre témoignage et bonne route à votre couple !

  • Rebecca says:

    J’ai rencontré mon Epoux alors que nous étions affecté dans une petite bourgade de notre pays le même mois de la même année par pur hasard ou par la volonté de Dieu il y a 6 ans.Nous avons séjourné dans le même hotel sans jamais nous croiser pendant trois mois.Puis chacun de nous à regagner son domicile d’affectation

    .Cet affectation dans cette localité m’a permis de me rapprocher davantage de Dieu.Loin de l’agitation de la Capitale, j’avais plus de temps pour jeuner et prier et plus de temps pour me rappeler que j’étais une femme à épouser et pas seulement une femme ambitieuse et carrieriste.

    De son côté mon époux se remettait tant bien que mal d’une séparation avec trois enfants dont le dernier avait à peine 2 ans.

    Le jour où mon époux m’a demandé en mariage, la veille ma hierarchie me ramener vers la capitale.Six mois plus tôt nous nous parlions pour la premiere fois. Je sortais d’une retraite spirituelle avec dédicace d’une grotte offerte à la Vierge Marie.La premiére fois que mon époux mis les pieds chez moi pour mes compagnons de priére comme pour mon fils et moi un seul certitude nous liait:la certitude que c’était lui mon époux. De son coté la même certitude se lisait.

    Je l’ai suivi la paix au coeur avec la certitude de ne m’etre pas tromper et depuis nous ne nous sommes plus jamais quitté.
    J’adore les enfants et me voilà tout d’un coup avec trois enfants à élever mon rêve de maternité et d’épouse combler en une seule foi. De son côté son désir de trouver une mére pour ses enfants et une épouse pour l’accompagner.
    Je n’ai pas pris le temps de regarder aux signes extérieurs que j’etais deja en train de jouer les mamans trop occuper à prendre soins des enfants comme » Rebecca des chameaux » .
    Ce sont mes cousines invitées à l’anniversaire de mon époux quelques mois plus tard qui me font remarquer la beauté de mon époux et l’agitation des enfants qu’elles se seraient bien gardés de prendre avec elles si avaient été à ma place!!!

    Nous nous sommes mariés en toute simplicité dans l’intimité j’avais toujours révé dans mariage somptueux mais ce matin de Vendredi lorsqu’il m’annonce qu’il a pris toutes les dispositions pour notre mariage si je le veux j’ai dit oui sans hésiter.

    L’Amour est venu consolider notre relation jours aprés jours mais c’est beaucoup plus la certitude que que le moment voulu par Dieu pour lui comme pour moi est arrivé,que nous accomplissions le but voulu par Dieu pour le mariage dans nos vies,que nous étions au bon endroit au bon moment tout les deux, que les qualités qu’il attendait d’une épouse et d’une mére et que j’attendait d’un époux et d’un pére étaient réunis , mais ausi les conseils des sages qui m’encadraient dans ma retraite spirituelle .Ce processus parfois en lisant le cHapitre 24 de Génése du verset 1 à 67 j’ai l’impression de l’avoir vecu.

    C’est vrai que je crois à la chasteté mais l’esprit parle à l’esprit ausi des choses de la chair QUAND l’Esprit est au contrôle.Rebecca.

  • SORO says:

    Véronique, je suis content de voir que tu fais l’effort de lire la Bible. Je suis d’accord avec toi qu’il y a du superflu dans les mariages chrétiens tels que les dépenses qu’exigent les cérémonies grandioses. Mais pour ce qui est de la chasteté avant le mariage, je penses que l’Eglise est dans la droite ligne du texte de Genèse 24. Je souhaite que tu lises à fond l’histoire de ce mariage et que tu demandes dans la prière à Dieu de t’aider à le comprendre.

    Merci

    • Aleph says:

      Bonjour, l’histoire du mariage d’Isaac avec Rebecca est loin d’être claire. D’abord, ils ne se sont jamais vus, c’est un intermédiaire qui fait toutes les démarches au nom du père du jeune homme et auprès des parents de la future, comme si ça ne suffisait pas comme archaïsme, la fille est choisie dans le clan du pays d’origine, surtout pas dans le pays d’accueil, l’émissaire la couvre de cadeaux sans rien lui dire, ensuite, contrairement à ce qui est indiqué ici, Rebecca ne donne pas son consentement immédiat pour le mariage : on ne le lui demande pas, et on prend seulement son avis pour savoir si elle va partir tout de suite ou rester encore un peu auprès des siens. Avec ça, c’est très bizarrement raconté : on voit Rebecca accomplir tous les gestes que l’envoyé attend sans qu’on sache qu’il les espère, puis il raconte ce qu’il guettait (le suspens est tué), et répète ce qu’elle a fait (on est abreuvés trois fois, c’est plus que les chameaux eux-mêmes…). Eh bien, désolé, je n’y comprends rien de bien enthousiasmant, et je serais heureux de lire une explication de texte compatible avec les valeurs de l’humanisme et du consentement éclairé.

      J’en aurais bien une, un peu désobligeante : Isaac est une image pour désigner une facette du divin, et le serviteur est juste un illuminé qui se prétend envoyé de Dieu : Rebecca, brave fille, l’accueille normalement, et soigne aussi sa suite, puis elle est sidérée de voir ses parents la vendre à cet inconnu et préfère les quitter, après quoi elle fausse compagnie à la bande des chameliers matérialistes aux bracelets pour se retirer dans un couvent, enfin tranquille à adorer le divin tout pur. 😉

      Pour ce qui est du « commerce charnel » avant mariage, je pense que ça fait naturellement partie des points sur lesquels il est important de se connaître sans quoi le consentement pour une vie de couple n’est pas réputé parfaitement éclairé. Cela ne veut pas dire que ceux qui se découvre la nuit de noces ne peuvent pas être heureux au lit, cela signifie qu’il n’est peut-être pas prudent de bâtir sans se connaître bien. L’obsession de la virginité existait dans les sociétés primitives comme preuve de la fraîcheur des filles utilisées comme monnaies dans des stratégies matrimoniales d’alliances entre hommes. La société a évolué depuis.

  • ellalecrivain says:

    Article intéressant. pour ma part, je crois qu’il est raisonnable d’exiger la chasteté. Ce n’est pas une question de morale religieuse. Cela va bien au-delà. La chasteté est un ordre divin. Si ces jeunes marchent par l’Esprit ils pourront avec la grâce de DIEU réprimer leurs désirs. On a tendance à dire que la chair est faible et à mettre cette faiblesse en avant pour ne pas lutter quand vient la tentation. N’oublions pas que Celui qui est en nous est plus fort que Celui qui est dans le monde.

    Rappelons-nous que Isaac avait quarante ans quand il a rencontré sa femme. La bible ne nous dit s’il a connu d’autres femmes mais l’on considère que non puisque son père veut formellement qu’il épouse une femme de son pays. Il a dû lui inculquer des valeurs comme l’abstinence.

    Le mariage d’Isaac et de Rebecca quoique arrangé a été fait sous la direction de DIEU. Prenons les choses dans leur contexte : les mariages de cette époque se faisaient-ils en présence d’un prêtre ? Je ne le crois pas.

    Je suis d’accord avec vous. Si l’engagement est vrai et DIEU au centre, il ne faut pas attendre de célébrer un mariage pompeux. Le mariage est célébré pour confier notre engagement à DIEU pas pour faire étalage de ses richesses.

    Ce n’est pas le plus beau jour de notre vie parce qu’on a une belle robe mais parce qu’on va construire une vie à deux, on ne formera qu’une seule chair, nous entrons dans la célébration d’un mystère…

    • Véronique says:

      Bonjour Ella, et merci pour votre intervention.
      Vous défendez un idéal beau et noble, et si le vivez et que vous connaissez d’autres couples qui le vivent, je suis admirative et je m’incline.
      Pour ma part, observant beaucoup les jeunes couples depuis plusieurs décennies, je voulais faire preuve de réalisme. Je ne sais pas où vous vivez, mais en France, il y a peu de milieux où la foi soit assez vive chez les deux partenaires pour endurer la chasteté jusqu’à un âge adulte avancé. Je pense en particulier que les jeunes filles sont soumises à une forte pression de la part des jeunes gens dans le contexte très érotisé dans lequel nous vivons. Je ne dis pas que ce soit une bonne chose. Je fais un constat. Et quant aux mariages très précoces, je suis assez dubitative sur leurs chances de durer dans une réelle harmonie.
      Il me semblait, écrivant cet article il y a quelques mois, que les péchés les plus graves ne sont pas forcément dans l’intimité des couples fidèles. Il y a tant de manières d’offenser le Seigneur et de vivre contrairement aux commandements de l’Evangile ! La nuisance au prochain se manifeste de bien d’autres façons…

      • Claire says:

        Attendre une union plusieurs années…c’est bien trop long! Mais quelques mois (les préparations au mariage en prévoient 6…), pour pouvoir s’engager librement sans être emprisonné dans une relation de dons des corps..quel cadeau pour ceux qui pourront le vivre! J’ai aimé lire récemment « aimer en Vérité  » de Pierre-Hervé Grosjean..un livre ni moralisateur, ni culpabilisant, qui peut ouvrir aux jeunes un chemin de liberté.. pourquoi ne pas se marier dans une petite église de campagne avec leurs familles et leurs amis suivi d’un pique-nique géant? Pourquoi tant de conformisme avec location de salle, traiteur et DJ? Là aussi, nous avons à devenir libre..ce n’est pas le plus facile!



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