Site de Véronique Belen
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Méditations bibliques

Soyez attentifs, vous qui dominez les foules, qui vous vantez de la multitude de vos peuples.
Car la domination vous a été donnée par le Seigneur, et le pouvoir, par le Très-Haut, lui qui examinera votre conduite et scrutera vos intentions.
En effet, vous êtes les ministres de sa royauté ; si donc vous n’avez pas rendu la justice avec droiture, ni observé la Loi, ni vécu selon les intentions de Dieu,
il fondra sur vous, terrifiant et rapide, car un jugement implacable s’exerce sur les grands ;
au petit, par pitié, on pardonne, mais les puissants seront jugés avec puissance.
Le Maître de l’univers ne reculera devant personne, la grandeur ne lui en impose pas ; car les petits comme les grands, c’est lui qui les a faits : il prend soin de tous pareillement.
Les puissants seront soumis à une enquête rigoureuse.
C’est donc pour vous, souverains, que je parle, afin que vous appreniez la sagesse et que vous évitiez la chute,
car ceux qui observent saintement les lois saintes seront reconnus saints, et ceux qui s’en instruisent y trouveront leur défense.
Recherchez mes paroles, désirez-les ; elles feront votre éducation.

Sagesse 6,2-11
Textes liturgiques©AELF

A la fois beau et redoutable, le Livre de la Sagesse ! Du temps de la royauté, il y avait peut-être encore un peu cette idée que le pouvoir n’était pas donné que par le sang, mais aussi par Dieu. A l’époque des démocraties et des dictatures, on est loin de cette conception. Celui qui se sent légitime par les urnes perd très vite de son humilité. Celui qui prend le pouvoir par la force ou les armes se prend généralement lui-même pour un dieu… et fait fi de la Parole du seul vrai Dieu.

Je ne pense pas que la Parole du Christ abolisse celle du Livre de la Sagesse, que je me réjouis personnellement de trouver dans le canon des Ecritures. Et des paroles fortes telles que « un jugement implacable s’exerce sur les grands ; au petit, par pitié, on pardonne, mais les puissants seront jugés avec puissance » ne sont pas pour me déplaire. Car enfin, s’il n’y a pas de justice en ce monde, il faut bien qu’il y en ait une sous le regard de Dieu. Et qui opprime en ce bas monde impunément ne saurait échapper au minimum à une violente prise de conscience du mal qu’il a commis en sa vie au moment de l’ultime face à face. Avec toutes les conséquences que cette prise de conscience peut avoir sur sa vie éternelle, la repentance sincère comme autre chose.

Pour reprendre des mots que j’ai lus ces dernières semaines dans des homélies données à l’abbaye de Tamié « La piété a si bien recouvert de confiture les paroles de Jésus, qu’on ne sait plus à quel point elles sont salées. La théologie a si bien mouliné la pensée de Jésus, qu’on a perdu le goût si fort du paradoxe. » (Maurice Bellet, prêtre philosophe et théologien) (suite…)

Aimez la justice, vous qui gouvernez la terre, ayez sur le Seigneur des pensées droites, cherchez-le avec un cœur simple,
car il se laisse trouver par ceux qui ne le mettent pas à l’épreuve, il se manifeste à ceux qui ne refusent pas de croire en lui.
Les pensées tortueuses éloignent de Dieu, et sa puissance confond les insensés qui la provoquent.
Car la Sagesse ne peut entrer dans une âme qui veut le mal, ni habiter dans un corps asservi au péché.
L’Esprit saint, éducateur des hommes, fuit l’hypocrisie, il se détourne des projets sans intelligence, quand survient l’injustice, il la confond.
La Sagesse est un esprit ami des hommes, mais elle ne laissera pas le blasphémateur impuni pour ses paroles ; car Dieu scrute ses reins, avec clairvoyance il observe son cœur, il écoute les propos de sa bouche.
L’esprit du Seigneur remplit l’univers : lui qui tient ensemble tous les êtres, il entend toutes les voix.

Sagesse 1,1-7
Textes liturgiques©AELF

J’ai déjà eu l’occasion de dire ici à quel point j’aime le Livre de la Sagesse. Son début, donné à notre méditation dans la liturgie d’aujourd’hui, est d’une richesse insondable.
Il est à la fois plein d’espérance pour l’âme qui cherche Dieu, et confondant pour celle qui le rejette a priori. Car il est facile de dire « Je crois en Dieu », ou « Je ne crois pas en Dieu », mais je trouve que personne ne devrait faire l’économie, sa vie durant, de la recherche de la vérité. Et comme le disait si bien Edith Stein : « Qui cherche la vérité cherche Dieu, qu’il en soit conscient ou non. » Cette phrase m’a beaucoup portée dans ma vie spirituelle. Vraiment, je suis tout à fait sûre qu’aucun quêteur honnête de vérité ne pourra rester toute sa vie sans bénéficier de signes personnels, oh certes discrets, mais néanmoins parlants, de la part de Dieu pour l’amener vers Lui. Une recherche honnête trouve toujours grâce à ses yeux. Ce que le Très-Haut aime, c’est précisément qu’on le recherche ! Mais il faut le faire en se dépouillant de l’orgueil qui nous pousse à nous croire auto-suffisants, et du choix de la facilité qui consiste à penser comme la majorité pense, comme il est de bon ton de penser. Autour de moi, je vois beaucoup de gens qui paraissent de bonne foi et « tolérants » – c’est le mot à la mode – qui se prétendent amis des minorités stigmatisées, qui ont des tas de maximes et de pensées nobles à la bouche, mais qui cultivent au fond d’eux-mêmes une indifférence totale, voire une vraie haine à l’égard de l’Evangile. Je me dis souvent que nier l’existence de Dieu ou s’indigner de son silence face au malheur de nos proches, c’est faire preuve d’une certaine malhonnêteté intellectuelle, surtout à l’âge de la maturité, quand on a tout de même eu le temps d’explorer de près certaines questions. Parfois, le doute devient une posture un peu snob, qu’on choisit pour être apprécié en société, pour ne pas paraître faible et crédule, et, il faut bien le dire, pour se débarrasser à peu de frais des questions morales.
Ayant longtemps douté moi-même, je ne suis pas intolérante au doute et à l’incroyance. Mais j’aurais tendance à dire : un temps pour tout, et s’installer toute sa vie dans le rejet de l’idée même de Dieu, c’est avoir davantage confiance en soi-même qu’en des millénaires de témoignage de croyance.
Là réside souvent la difficulté : les incroyants refusent de faire confiance à l’expérience de Dieu d’autrui. On réduit cette expérience à un choix personnel. Pire, on ne s’intéresse pas aux raisons de croire de l’autre, on n’accepte pas de cheminer un temps avec le témoin pourtant authentique.
Cette posture est cependant fort risquée : confronté au deuil, à l’épreuve, à l’approche de la mort, on se trouve bien démuni, privé d’espérance et de perspectives. Et comme le disait l’extrait d’évangile d’hier en Matthieu 25, 1-13, on court le risque énorme, au jour du face-à-face inéluctable avec Dieu, de l’entendre nous dire :
‘Amen, je vous le dis :
je ne vous connais pas.’

À Celui qui peut vous rendre forts
selon mon Évangile qui proclame Jésus Christ :
révélation d’un mystère
gardé depuis toujours dans le silence,
mystère maintenant manifesté
au moyen des écrits prophétiques,
selon l’ordre du Dieu éternel,
mystère porté à la connaissance de toutes les nations
pour les amener à l’obéissance de la foi,
à Celui qui est le seul sage, Dieu, par Jésus Christ,
à lui la gloire pour les siècles. Amen.

Romains 16, 25-27
Textes liturgiques©AELF

A lire cette conclusion de l’Epître aux Romains par l’apôtre Paul, je me demande comment l’Eglise catholique romaine, au cours des siècles sur deux millénaires, a pu en venir à croire et faire croire à ses fidèles que l’ultime mystère que Dieu avait à révéler à l’humanité ait pu tenir dans ces quelques lignes et les Ecritures achevées au terme de l’Apocalypse de Jean. Loin de moi l’idée de contester les Ecritures telles qu’elles ont été définies canoniquement. Qui me lit régulièrement sait d’ailleurs que je suis assez allergique aux évangiles apocryphes… dans lesquels l’Eglise a toujours du mal à avouer puiser l’origine de certaines de ses fêtes liturgiques et de ses doctrines (ce qui concerne la Vierge Marie en particulier).
Ce que je voudrais simplement souligner, c’est que ce verrouillage de la doctrine catholique aux écrits du dernier des Apôtres marque une forme de mépris de la puissance de l’Esprit Saint. Tout fonctionne comme si, après Paul et la révélation de Jean, l’Esprit Saint n’avait plus rien eu à révéler à l’humanité, que ce soit dans le cadre de l’Eglise ou en dehors.
A y regarder de près, je me dis que cela arrange bien une certain clergé 100 % masculin. Un Père, un Fils et un Esprit que le langage chrétien masculinise aussi. Une vision très arrêtée de la place des femmes dans l’Eglise et la famille dans les écrits de Paul. Combien de générations de femmes ont-elles eu à souffrir du fameux « Femmes, soyez soumises à vos maris ! » (Ephésiens 5, 22). Nous n’en sommes pas encore totalement sorties – par exemple  dans les milieux traditionalistes. Et j’irai plus loin : c’est tellement entré dans les mœurs que de nos jours, les femmes sont plus soumises, même en Europe, à leurs compagnons de vie qu’elles ne le croient. En effet, je le constate depuis toujours, bien des femmes abandonnent la petite flamme de la foi chrétienne qui aurait pu brûler en elles pour mieux plaire à l’homme qu’elles veulent conquérir et garder. Ne soyons pas aveuglés par les traditions bibliques : bien plus d’hommes que de femmes sont foncièrement mécréants et rejettent l’Evangile comme un discours contraignant pour leur ego orgueilleux et libertin. Je ferme la parenthèse. (suite…)

Malachie 1,14-2.2,2.8-10
Psaume 130
1 Thessaloniciens 2,7-13
Matthieu 23,1-12

C’était aussi un 31ème dimanche du temps ordinaire, avec les mêmes lectures liturgiques qu’aujourd’hui. C’était, je crois, il y a dix-huit ans.
J’étais à la messe avec mon papa, et mon mari encore à cette époque, dans mon village natal. Le prêtre, vieillissant, était un ami de longue date. Son homélie fut poignante. Il exprima soudain une grande souffrance intérieure. Je me souviens de ses mots : « C’est un appel au secours que je vous lance ! » Etant à cette époque dans la même disposition intérieure que lui, j’en avais été bouleversée.
Nous sommes sortis de l’église, la messe était finie. Mon père formule le vœu de nous diriger vers le cimetière. Je lui réponds aussitôt : « Mais papa, ce ne sont pas les morts qu’il faut aller voir, mais René qui ne va pas bien ! »
Et mon mari et moi sommes allés au presbytère où nous avons rejoint notre ami prêtre, celui-là même qui avait apaisé le conflit dans notre famille quand nous avions décidé, après très mûre réflexion, neuf ans plus tôt, de ne nous marier qu’à la mairie.
Nous nous enquérons de sa santé, de son moral, du pourquoi de son appel à l’aide. Il change aussitôt de sujet : « Et vous, comment allez-vous ? Et les enfants ? » Et la conversation glisse vers notre situation à nous. Il va nous chauffer un café dans une petite casserole, non sans mal car son logis est un fouillis indescriptible. « Vous voyez comment je vis, ce n’est même plus digne d’un être humain ». Partie de la réponse à notre question précédente…
La lecture du Livre de Malachie m’a profondément secouée, en particulier ce passage : (suite…)

Glorifie le Seigneur, Jérusalem !
Célèbre ton Dieu, ô Sion !
Il a consolidé les barres de tes portes,
dans tes murs il a béni tes enfants.

Il fait régner la paix à tes frontières,
et d’un pain de froment te rassasie.
Il envoie sa parole sur la terre :
rapide, son verbe la parcourt.

Il révèle sa parole à Jacob,
ses volontés et ses lois à Israël.
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ;
nul autre n’a connu ses volontés.

Ps 147 (147b), 12-13, 14-15, 19-20

Textes liturgiques©AELF

Croyez-vous, amis lecteurs, que Dieu puisse s’attacher davantage à une ville qu’à une personne ?
Personnellement, je ne le crois pas. Aussi suis-je parfois ahurie de toutes ces guerres autour de Jérusalem depuis sa fondation.
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité, oui, là, d’accord. Dieu peut s’attacher à un peuple, il s’est attaché au peuple juif depuis les origines, et on ne m’enlèvera pas l’idée qu’il y soit toujours autant attaché aujourd’hui. Le peuple juif préfigure son Fils, né Juif, élevé dans une tradition qui plaisait au Père et que son Fils a observée.
Et aujourd’hui ?
Il envoie sa parole sur la terre : rapide, son verbe la parcourt.
Oui, la parole du Christ Jésus n’a pas encore fini de parcourir la terre, et il serait stupide et orgueilleux de prétendre qu’elle soit parfaitement circonscrite dans une seule tradition, une seule Eglise chrétienne. Aucune ne possède l’absolue vérité dans sa plénitude.
Pour en revenir à Jérusalem, c’est un haut lieu des trois grandes religions monothéistes, oui, c’est certain.
Mais ne peut-on aller au-delà de la métaphore ?

Il a consolidé les barres de tes portes, dans tes murs il a béni tes enfants. A qui, mieux qu’à une femme ayant eu plusieurs enfants, tous sa joie et tous bénis, cette image peut-elle s’appliquer ?

Il fait régner la paix à tes frontières, et d’un pain de froment te rassasie. Paix, sérénité, sagesse venant avec l’âge. Nourriture incomparable que représente, pour soutenir une foi, le pain de l’Eucharistie.