Six mois, c’est bien trop court… C’était suffisant pour m’attacher à toi, pour apprendre à te connaître, fidèle, câline mais pas trop, joueuse…
Le début de ton histoire, je ne le connais pas. Ton arrivée à la SPA avec deux chatons à allaiter. Toute jeune, dévouée, fatiguée et amaigrie.
Je suis venue à ta rencontre sur un coup de tête – coup de cœur. Notre chat qui venait de disparaître, le vide, l’intuition désabusée que je ne le reverrais pas. Un coup de tête. Je suis allée à la SPA avec ma boîte à chat, c’était fin août.
“Je voudrais une chatte tranquille et qui reste à la maison”. Parce que deux ans à attendre sans cesse ton congénère aventurier avec la peur permanente qu’il ne revienne pas, ça avait été trop dur.
La bénévole : “Nous avons ce qu’il vous faut, un amour de petite chatte !”
Je suis entrée dans le box. Des chats noirs se sont mis à miauler en s’agrippant à mes jambes. Et toi tu étais là au fond, jolie comme je t’avais toujours rêvée, si jolie !
“C’est celle-ci ?” Je n’osais pas y croire.
Oui, c’était toi ! Ecaille de tortue, j’avais toujours eu envie d’une petite chatte comme ça.
Tu es venue, tu as sauté dans un casier à ma hauteur et tu t’es laissé câliner. Je t’avais adoptée, tu m’avais acceptée. Les papiers signés, et nous sommes parties ensemble.
Les premières semaines ont été difficiles, il ne fallait pas te laisser sortir. Je n’ai plus profité de la fin de l’été, toutes portes-fenêtres closes. Tu étais encore un peu stressée, mais tu t’es vite laissé apprivoiser. Et moi par toi. Puis une maladie bien pénible, bien difficile à éradiquer, mais l’attachement était là et j’étais un peu outrée quand on me suggérait de te rendre à la SPA.
Depuis décembre, tout allait bien. Guérie, ayant repris du poids, tu étais une compagne douce et agréable. Tes petites manies, inédites. Gratter aux rideaux pour sortir. Chercher dans la maison tous les élastiques à cheveux pour jouer pendant des heures. Miauler à ma porte tous les matins dès que j’avais à peine remué un orteil. Sortir un peu, rentrer très vite, te dresser sur tes pattes arrière comme un écureuil pour être caressée. Tu commençais à faire l’unanimité dans la famille.
Et puis voilà, hier soir, tu n’es pas rentrée. Je t’ai appelée dans la nuit froide. Rien.
Au lever, je m’emmitoufle et je décide de faire le tour du quartier avec ta photo, comme l’été dernier pour un autre avant toi. Es-tu enfermée dans un garage, peut-être ?
Je ne suis pas allée bien loin. Sous la boîte aux lettres. C’est là que tu as été laissée, au bord de la route. A peine abîmée. Encore toute douce. Mais déjà raide et froide.
J’ai le cœur tout glacé. Je suis découragée. Déjà en manque de toi, ma belle, ma toute belle. Oh que c’était trop court, six mois pour me réjouir de ta présence dans notre foyer !
