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Miséricorde et justice de Dieu : mon point de vue

20 avril 2020 | Publié par Véronique Belen dans Blog

J’ai une très grande envie d’écrire au sujet de la miséricorde et de la justice de Dieu. Pour ne pas me lancer sans prendre en considération ce que professent les églises, je viens de lire un certain nombre d’articles qui en traitent. Or, tous me laissent sur ma faim, même les écrits du pape François qui ont été déjà très abondants sur ce thème, notamment à l’occasion de l’année sainte de la Miséricorde en 2015-2016. Pendant ce jubilé-là, on a entendu surabondance de discours sur la miséricorde de Dieu, point n’est besoin d’y revenir, chacun en retrouvera très facilement les références, et il me semble que sous le pontificat de notre pape actuel, cette notion de miséricorde de Dieu imprègne très profondément tout le langage ecclésial, avec son influence sur la théologie contemporaine.

Or moi personnellement, j’ai une très grande faim et soif de justice, et j’attends fermement d’en être un jour rassasiée (Cf. Matthieu 5, 6).

J’ai constaté, dans tous les articles que les moteurs de recherche m’ont proposés à lire, une sorte de broderie autour du fait que la justice de Dieu serait en fait magnifiée par sa suprême miséricorde, qu’étant tous pécheurs, nous avions tous besoin de la miséricorde de Dieu pour nous relever et nous pardonner, et qu’en conséquence, être nous-mêmes miséricordieux les uns avec les autres, ce serait déjà avoir part à la justice de Dieu, sa miséricorde surpassant toujours notre sens parfois étroit de la justice. Certes. Et j’ajoute : Oui mais…

Oui mais, car revient comme un leitmotiv dans ces démonstrations la référence à l’épisode de la femme adultère en Jean 8, 2-11 et la fameuse conclusion de Jésus :

« Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

Prenant cet exemple, les prédicateurs semblent toujours avoir tout dit. Or je voudrais souligner que cette femme, même adultère, n’est pas l’incarnation même du péché. Car enfin, si elle a commis l’adultère, c’est bien qu’un homme l’a commis avec elle. Où est-il, celui-là, dans cet extrait d’évangile ? Lequel des deux était le plus à l’initiative de cet adultère ? Quelle parole le Seigneur aurait-il eue pour l’homme adultère ? Nous n’en savons rien du tout !

Un autre péché souvent cité dans ces articles, c’est celui de David, qui a commis l’adultère avec Bethsabée puis a fait sciemment assassiner Ourias, le mari de celle-ci (2 Samuel 11, 1-27). Nous savons que David prit conscience de sa grande faute et implora largement et avec contrition le pardon de Dieu (Psaume 50). Ce que l’on souligne moins souvent, c’est que David n’a pas seulement péché contre Dieu et contre Ourias : en effet, il a déshonoré premièrement Bethsabée dont rien de ne dit qu’elle était consentante dans cet adultère. David, roi, la voyant belle, use bien plus sûrement sur elle d’un « droit de cuissage » qu’il aggrave en faisant tuer le mari de sa proie, Ourias, qu’elle pleurera (2 Samuel 11, 26) ; s’il fallait une preuve que dans cette affaire, Bethsabée a aussi été victime de David. Le fait qu’il la prenne ensuite pour épouse ne justifie rien : nous savons que dans certaines cultures, encore aujourd’hui, a cours l’horrible coutume de contraindre une jeune fille violée à épouser son violeur. Comme si le mariage avec son violeur pouvait racheter l’opprobre et le traumatisme du crime initial ! C’est au contraire rajouter une vie de souffrance à l’acte abject qu’est tout viol.

Je constate, lisant ce type d’article sur l’insurpassable miséricorde de Dieu, qu’il s’agit presque toujours de points de vue masculins, impropres par là-même à discerner la très grande différence qui existe entre la faute d’une femme adultère qui en principe s’est donnée à un amant par amour – peut-être d’ailleurs en fuyant un mari imposé – et le crime de viol perpétré par un homme niant l’absence de consentement de sa victime, dont les souffrances vont durablement affecter toute la vie future, que ce soit une femme, une jeune fille ou un enfant dans le cas des crimes pédophiles.

Revenons-en à la justice. Peut-on concevoir un Dieu qui pardonnerait magnanimement des crimes affectant les victimes et leurs proches pour la durée de leurs jours, sans que ces criminels n’aient pu ou même voulu s’amender d’une faute majeure, qui n’est pas une « chute » ou un simple petit péché ?

Je dis que tant que ce seront presque exclusivement des hommes qui s’exprimeront au sujet de la miséricorde et de la justice de Dieu, nous courrons le risque de passer à côté de ce que Dieu est au plus profond de lui-même. Dieu n’est pas à l’image de l’homme mâle, non, libérons-nous enfin de cette conception ridicule. Et également de l’idée que Dieu serait plein de mansuétude pour les « faiblesses » masculines qui causent des dégâts irréversibles sur la vie d’autrui. Oh bien sûr, il n’y a pas que le viol et l’adultère, mais toute cette multiplicité de délits, crimes, trafics et escroqueries qui font que les prisons en tous lieux regorgent de bien plus d’hommes que de femmes, quand toutefois la justice humaine est passée par là…

Je voudrais aujourd’hui rendre attentifs mes lecteurs au fait que la miséricorde de Dieu a surabondé depuis vingt siècles de christianisme à travers la personne du Fils, qui nous l’a si bien démontrée.
Mais le fait est que la justice de Dieu n’a pas encore été de ce monde. Par contre, elle vient. La justice succède à la miséricorde. Et le Christ, lors de son second avènement, revient pour juger les vivants et les morts, oui, pour les juger, selon la Parole qu’il nous a donnée il y a 2000 ans. Et il saura bien, Lui, faire la différence entre  les brebis fidèles et souvent victimes des boucs, et ceux-là-mêmes qui sont généralement un peu trop sûrs d’avoir d’ores et déjà acquis leur salut.

Image :  Jugement dernier, la pesée des âmes    Rogier van der Weyden , détail, XVe, Hospices de Beaune

 

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1 commentaire

  • Simon says:

    chère Véronique, il me revient ce passage d’Isaïe: « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite ? N’a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles ? Quand elle l’oublierait, Moi je ne t’oublierai pas. » Vous qui êtes mère, vous comprenez surement de façon plus intense ce verset. Soyons comme Abraham intercédant pour nos frères devant Dieu. Bien sûr le temps de la Justice viendra, mais avant Ce jour que nous soyons des offrandes d’amour pour tous nos frères.



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