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Hommage à Chanel

  • 14 décembre 2013

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Septembre 1982. Le concours d’entrée à l’Ecole Normale d’Instituteurs a été sélectif cette année, il n’y avait que vingt-sept postes en Moselle pour 1500 candidats. J’ai encore du mal à réaliser que je suis parmi les “élus”. Des amis de toujours ou connus pendant le concours ne sont pas là, eux. Nous nous retrouvons assis en carré, à nous regarder les uns les autres d’un air un peu interrogatif, il va falloir faire connaissance, nous avons trois années à passer ensemble pour apprendre le métier que nous avons choisi, dans la “maison” Education Nationale qui a daigné nous recruter.
Les formateurs organisent des jeux pour briser la glace.
Nous sommes moitié filles et moitié garçons.
Je crois que dès le premier jour, il m’a intriguée. Un physique un peu particulier, un prénom original, un air british, assis bien droit dans ses mocassins, il parle peu mais il sourit beaucoup, d’un large sourire qui étire tout son visage. Et ma première impression perdure pendant toutes ces années. Il est calme, pondéré, c’est “quelqu’un de bien”. Il n’est pas dans le cercle le plus étroit de mes meilleurs amis d’étude, mais je n’ai pas le moindre souvenir d’un quelconque conflit avec lui, dans cette promotion qui connut pourtant des échanges parfois violents et blessants.

Un jour, il vient vers moi avec son grand sourire :
“J’ai quelque chose à te dire : mes parents ont vécu dans la maison des tiens.”
Je ne comprends pas du tout. La maison de mes parents, c’est celle où j’ai toujours vécu, ils l’ont rachetée à la mort de mon grand-oncle avec lequel nous l’avons partagée pendant plus de dix ans. Je sais qu’il y avait d’autres locataires dedans quand mes parents venaient d’y arriver, mais je n’ai jamais entendu parler de cette famille. Le soir, je m’empresse de poser la question à mon père, et oui, en effet, à une période, mon grand-oncle avait cru bon de dépanner ce jeune couple en lui louant deux chambres, ce qui rendait l’appartement de mes parents fort exigu. Mais cela s’est néanmoins bien passé, nos pères travaillaient ensemble dans la sidérurgie. Ni Chanel, ni moi n’étions encore nés. Clin d’oeil du destin de se retrouver dix-neuf ans plus tard dans la même formation professionnelle !

Diplôme en poche, nous sommes éparpillés dans tout le département de la Moselle, je ne le croiserai plus jamais, quittant en outre ma région dix ans plus tard. J’ai de temps en temps des nouvelles par des amis qui le rencontrent aux manifs syndicales, où il est fort engagé.

Et puis le coup de massue mercredi soir. Un ami m’envoie un horrible article de presse. Chanel, sur le chemin du retour de l’école dont il était le directeur unanimement apprécié, a été assassiné de plusieurs coups d’une arme blanche. Je suis abasourdie.

Je ne sors pas de la tristesse et de la nostalgie depuis quatre jours. De l’incompréhension, de l’affliction pour sa famille et ses proches, du questionnement béant sur le mobile du crime. Je lis tout ce que je trouve dans la presse sur internet, je découvre une personne qui s’est remarquablement dévouée dans son métier, allant volontairement vers les quartiers les plus difficiles où il a toujours été un directeur d’école apprécié, soucieux de la réussite de tous les élèves.

Alors aujourd’hui, je voulais simplement lui rendre hommage, lui dire, comme les enfants de son école à la marche blanche qui a eu lieu là-bas hier soir pour lui :
“Chanel, je ne t’oublierai jamais.”

http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2013/12/12/c-etait-une-belle-personne

Véronique Belen

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2 commentaires
  1. Véronique dit :
    19 décembre 2013 à 13 h 07 min

    Voilà, le mobile du crime paraît émerger au milieu de toute cette douleur.
    Je ne voudrais pas participer d’une quelconque façon au déballage médiatique sur l’intimité de plusieurs familles.
    Dire simplement que je suis encore plus triste des dernières révélations sur l’affaire.
    Il y aurait un adultère et la vengeance sanglante d’un mari jaloux : “un faisceau d’indices graves et concordants” a dit le procureur de Metz.
    Je songe à la souffrance décuplée de la famille de Chanel, je pense aussi à cette autre femme dont la vie est désormais également brisée.
    Et je supplie le Seigneur de les prendre tous en pitié, lui qui a fait rebrousser chemin à tous ceux qui étaient prompts à jeter la première pierre, lui qui n’a pas renié David malgré son grand péché…

    Répondre
  2. Cathy dit :
    14 décembre 2013 à 13 h 42 min

    Merci pour ton témoignage. Quelle tristesse ! Moi aussi cette histoire me travaille, j’ai habité si près de cette école, de son lieu de vie et de mort… Une mort violente, cruelle, injuste, horrible, difficile à accepter. Je pense à ses proches et à tous ceux pour qui il oeuvrait, tout ce qu’il a fait puisqu’on le décrit comme particulièrement dévoué à son métier. Quel crime affreux. Peut-être l’enquête permettra-t-elle de comprendre ce qui s’est passé ?

    Répondre

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